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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Skeleton key

David Gogo est né à Nanaimo. En Colombie britannique, c'est à dire à l'Ouest du Canada. Il découvre le blues au cours des années 80, en écoutant Howlin' Wolf et Son House ; mais ne trouve sa voie qu'après avoir rencontré Stevie Ray Vaughan. A ce jour, il est responsable de six albums. Tous parus chez lui, sur le label Cordova Bay : "David Gogo", le live "Dine under the stars", un elpee de blues acoustique intitulé "Bare bones", "Change of pace" et "Halfway to Memphis". "Skeleton key" constitue donc son sixième.

Gogo ouvre les hostilités par "Jesse James". La dégaine du rythme est puissante. Le riff rock'n'roll victorieux. Brendan Hedley martèle ses ivoires derrière le piano. David a poussé la puissance et la réverb de sa slide au maximum. Le rythme hausse encore d'un cran sur "Stay away from my home". Un fragment timidement traversé par l'harmonica de Gerry Barnum et mouillé par l'orgue de Rock Hopkins. "I can still hear you crying" opère un habile changement de style. Une ballade douce, mélodique, très musicale. La voix légèrement rocailleuse de Gogo colle parfaitement à ce style de répertoire. Le piano de Hedley est bien en avant. La guitare sonne étonnement proche de celle de Mark Knopfler du Dire Straits. Le solo est lumineux et les réponses chant/guitare sont brillantes. "Things are about to change" est un blues rythmé. Gogo en exécute une interprétation très nerveuse. Il y étale sa classe, en promenant ses cordes dans l'univers des Albert Collins, Buddy Guy, et peut-être également de l'ami Luther Allison. David avoue être un fan de Stevie Ray Vaughan. Il a beaucoup appris en écoutant l'ange d'Austin. Les petits reflets rythmiques qui introduisent "I don't make sense (that you can't make peace)", en sont la plus belle démonstration. Un superbe blues signé Willie Dixon, qu'il chante avec passion. Avide de disserter au sein de ce climat dramatique, une guitare trafiquée, torturée dans le jeu de pédales, se libère au beau milieu de cette plage. Excellent! Classique écrit par Paul Butterfield, Mike Bloomfield et Nick Gravenites, "Reap what you sow" est une nouvelle plage lente hydratée par l'orgue de Hopkins. La guitare se fait volontiers mélodique. La tonalité est proche de celle du géant Bloomfield. Un climat parfaitement approprié qui bénéficie du concours d'une section de cuivres ; et il faut l'entendre le Gogo monter progressivement en puissance. Il n'a d'ailleurs aucune raison de rougir de sa prestation ! Billy Hicks s'agite aux percussions pour entamer "Walkin". Un fragment écrit naguère par Otis Spann, l'inoubliable pianiste du Muddy Waters Band ; mais l'harmonica de Barnum n'est pas assez percutant à mon goût. Ballade soul bien ciselée, le titre maître est renforcé par des cuivres, dont le jeu me rappelle le Memphis R&B. David a adapté le "Backstroke" d'Albert Collins. Le Master de la Telecaster est incontestablement une de ses influences majeures. Tout au long de cet instrumental, il en reproduit très bien le jeu tout en pickin'. "Signed, sealed, delivered" est issu de la plume de Stevie Wonder. Une nouvelle ballade soul dont le solo de guitare immaculé scintille sur fond d'orgue. Très beau! "Personal Jesus" achève cet elpee. Mais bon sang, n'est-ce pas une composition de Depeche Mode? Absolument ! La version réalisée par David me plaît beaucoup. L'intervention aux claviers est très réussie et celle de l'harmonica beaucoup plus présente. Un album, ma foi, fort agréable à écouter !

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

A world of blues

Tino serait au blues ce que Carlos Santana est au rock. Ce qui ne peut être qu'un compliment ! La culture latine exerce, il est vrai, toujours une certaine fascination, pour ne pas dire une fascination certaine. Tino n'est pas un débutant, loin s'en faut. Ce musicien mi-américain, mi-mexicain est né à Chicago voilà un peu plus d'un demi-siècle. Il compte déjà à son actif une importante production discographique. Ce monde du blues est déjà sa quatrième production originale, distribuée par Dixiefrog. Elle fait suite à "A heart full of blues" parue en 97, "Tequila nights" en 99, et "Modern day hobo" en 2001.

Cet album a été enregistré en France. Il s'ouvre par "Lies, lies, lies". Une ballade aux accents ‘soul’, introduite par une guitare à la fluidité saisissante. La touche latine est renforcée par le concours d'un redoutable duo italien : Gio Rossi aux drums et Alberto Marsico au piano ainsi qu'à l'orgue Hammond, deux accompagnateurs habituels d'Egidio "Juke" Ingala et d'Alex Schultz. "You bad" est une plage qui swingue et déménage. Marsico est à l'Hammond, David Maxwell au piano et la guitare reconnaissable de Jimmy Thackery épaule celle de Gonzales. Amar Sundy a été invité pour participer au slow/blues/funky "Cruising in the night" ; un jeune guitariste algérien, kabyle et touareg, originaire de Biskra. "Cajun queen" nous offre un petit détour par la Louisiane. Le piano de Marsico roule. Les percussions palpitent et l'accordéon de Lionel Suarez, un musicien issu du milieu jazz, frémit. "A million miles away" est une nouvelle ballade soul, chantée admirablement. Pour aborder le vigoureux "I was all wrong for you", Tino s'approprie le style de B.B King. Appuyé par un orgue Hammond et force cuivres, il nous sort un petit trésor de solo, tout en délicatesse et finesse. Même le chant est mené à la manière de BB. Le puissant et lourd Popa Chubby D est le dernier invité de l'album. Lui et Tino conjuguent leurs cordes pour affronter la plage jazzyfiante, "Compared to what". Douceur et mélodie hantent le gracieux et tout aussi jazzyfiant "Just for Juliette". Une complainte exotique pour guitare acoustique, piano et accordéon. Toni manifeste beaucoup de subtilité et libère énormément de feeling pour chanter un blues sensible au mélange de fraternité et de paix. Un morceau proche du Memphis blues d'Albert King intitulé "No more misery". La finale instrumentale "Peace and wine" déborde de joie dans sa trame latino-américaine. Un des meilleurs albums de Mr Gonzales !

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Gov’t Mule

En 1994, Warren Haynes, guitariste de l'Allman Brothers Band fonde son propre groupe : Gov't Mule. Un trio de southern rock au sein duquel on retrouve également Matt Abts aux drums et Allen Woody à la basse. Distribué aujourd'hui en Europe, cet opus avait vu le jour en 1995. C'était également le premier elpee du Mule. Depuis, le bassiste Woody nous a quittés. Au cours de l'année 2000, pour être plus précis.

Cette plaque éponyme s'ouvre par "Grinnin' in your face". Un chant traditionnel écrit par Son House et repris ici, a capella, par Warren. Il le chante d'un timbre largement éraillé, à la manière d'un certain Joe Cocker. La formule du trio entame les hostilités par "Mother Earth", un blues lent signé Memphis Slim. La voix de Warren est puissante et frémissante. "Rocking horse" repose sur un riff dramatique. Un schéma calqué sur les trios légendaires des 60s : Cream, Experience ou Mountain ; Warren Haynes se réservant la part majestueuse du gâteau. Et le guitariste star se débrouille à merveille dans ce rôle. Arc-bouté sur un riff bien gras, "Monkey hill" est dominé par la voix, avant que les flots de notes ne s'échappent de l'instrument. Une formule reconduite sur "Temporary saint" ; mais davantage dans l'esprit du Mountain de Leslie West, tant par la puissance vocale que musicale. Théâtre d'une débauche de notes sorties de la guitare objet, l'instrumental "Trane" rappelle les outrances des guitaristes du passé. Ceux de la fin des 60s et début des 70s, chez qui les soli kilométriques étaient de rigueur. "Mule" est une espèce de titre signature. C'est également un excellent exercice de style. La voix et la guitare sont toujours très en avant, pendant que des grappes de notes très musicales s'échappent d'un harmonica. Il appartient à John Popper des Blues Traveler et les spécialistes l'auront reconnu de suite. La musique est assez complexe, de très bonne facture mais un peu nombriliste. Il ne faut cependant pas oublier que nous ne sommes pas tellement loin de l'univers des Allman Bros, une formation qui n'hésitait pas à étendre ses titres jusqu'à plus de 20'. Sur "Dolphineus", l'homme se calme, se tempère. Il s'accompagne à la guitare acoustique qu'il duplique pour absorber le maximum d'effets. L'atmosphère est aux mantras indiens. En fait, Allen Woody est armé d'un dulcimer basse et Warren d'une guitare Alvarez. Cette plage se fond dans la suivante, "Painted silver light". Une référence aux lumières colorées qui évoquent l'atmosphère orientale et psychédélique. Ainsi en est-il lorsque l'amplification revient! Le son est impressionnant. Il me rappelle certains groupes texans, d'Austin très exactement. Gov't Mule nous réserve une petite gâterie lorsqu'il reprend "Mr Big". Un titre du répertoire du groupe anglais Free, qui remonte à 1969. Et même le superbe riff de guitare créé par Paul Kossoff est reproduit. Blues rock théâtral, "Left Coast groovies" est rehaussé par la participation d'un autre harmoniciste intéressant : Hook Herrera. "World of difference" est une dernière plage kilométrique sans intérêt majeur. Un bon album pour les amateurs du genre!

 

Trio de rock sudiste, de southern rock si vous préférez, Gov't Mule réunit le leader/chanteur/guitariste Warren Haynes, le bassiste Allen Woody et le batteur Matt Abts. Warren et Matt militaient ensemble, au cours des années 80 dans le Dickey Betts Band. Le même Warren avait même sévi chez Allman Brothers Band, dans sa version réincarnée. En 1989, très exactement. C'est ainsi que Warren a fait la connaissance d'Allen. Et que Gov't Mule s'est formé. D'abord en parallèle avec l’ABB. Et à partir de 1997, comme projet indépendant.

Eponyme, le premier opus est paru 1995 sur Relativity. L'année suivante, le combo a immortalisé son premier elpee en public, "Live at Roseland Ballroom", chez Foundation. Nouvel album studio, "Dose" a vu le jour en 1998 sur Capricorn. Enfin, enregistré la nuit du nouvel an 99 au Roxy Theatre d'Atlanta, "Live with a little help from our friends" réunit de multiples invités. Pour être tout à fait complet, sachez qu'en 2000, la formation a commis "Life before insanity". Et qu'il semblerait qu'ATO ait également décidé de consacrer une trilogie au combo. Premier volume, "The Deep end - Volume 1" réunit ainsi différents bassistes, dont Jack Bruce et John Entwistle. Woody, le bassiste originel, est en effet décédé en août 2000. Cet elpee est le résultat de la distribution européenne du volume 2 de l'album live paru en 1999.

Le trio remplit bien l'espace sonore. La section rythmique est très riche. Warren a saisi sa slide guitar qui sonne immédiatement très Allman. En ouverture, Warren chante "Wandering child", avec une puissance inouïe. La prise de son est remarquable. On croirait vraiment que l'enregistrement s'est produit en studio. Gov't Mule poursuit par le lent "No need to suffer". Un fragment bien dans le style dramatique du southern rock, proche de Lynyrd Skynyrd. La basse de Woody impressionne avant de laisser échapper les cordes de Haynes. "The hunter" est un titre écrit par Booker T and the MGs pour Albert King. Drivé par le chanteur Paul Rodgers, le groupe anglais Free l'avait repris fin des 60s. La version de Gov't Mule est inspirée de cette reprise. Deux invités ont pris place au sein du trio : Chuck Leavell à l'orgue (NDR : un ami de l'Allman Brothers Band qui a également joué en public en compagnie des Rolling Stones) et Marc Ford (Black Crowes) a la guitare. Il se paie ici un petit bijou de solo. Ce " Hunter " est vraiment bien réussi. La reprise de "Spanish moon", avait été écrite par Lowell George pour Little Feat. Elle figure d'ailleurs sur l'album "Feats don't fail me now". De nouveaux invités entrent en piste. Randall Bramlett au sax tenor (ex-Traffic et Sea Level), Bernie Worrell à l'orgue (ex-Parliament, Funkadelic) et Yonrico Scott (Derek Trucks Band), aux percussions. Ils participent à ce voyage atmosphérique de plus de 20 minutes. Un périple d'une densité et d'une richesse instrumentale saisissante. Le Gov't Mule revient sous la forme d'un trio pour délivrer "Pygmy Twylyte", une tranche musicale complexe composée par Frank Zappa…

 

mercredi, 24 août 2011 02:00

The Rambunctious Blues experiment

Mick Clarke est un vétéran de la scène blues anglaise. Il s’est révélé à la fin des sixties, alors que la vague du blues anglais s'estompait. Il était la figure de proue de Killing Floor, une formation responsable de deux albums, mais également de concerts mémorables, accordés en soutien de Freddie King. Au cours des seventies, il fonde Salt, un quartet de blues rock qui ne fera guère fortune. Depuis la vague de blues qui a marqué les 80’s, il énormément tourné aux commandes de son Mick Clarke Band. Un groupe qui a publié toute une volée d’album. Le premier ? "Looking for trouble", chez Appaloosa. Mick est très populaire en Europe ; mais également est c’est paradoxal, dans l'Oregon, sur la côte du Pacifique. Son dernier opus, "Solid ground" est paru chez Taxim. Il remonte quand même à 2006.

Pour enregistrer cet elpee, Mick a reçu la collaboration de l’harmoniciste Dangerous Dave Newman et du drummer Russell Chaney. Il cumule chant, guitare, basse et claviers. Les sessions se sont déroulées au studio de Mick, Fabulous Rockfold, dans le Surrey. Et pour préserver la spontanéité des compos, il n’a conservé que des premières prises.

Morceau cool, "Cheap" ouvre l’elpee. Baignant au sein d’un climat de swamp boogie blues, ce titre figurait sur l'album "Tell the truth", un long playing datant de 1991. Blues indolent, "Poor day" paresse à travers les marais louisianais. Epaulé par l’harmo de Dangerous Dave, Mick concède un solo qui reflète la torpeur ambiante. Clarke a sorti son bottleneck pour attaquer le ravageur "Groundhog man", un excellent boogie rock qui libère un max d’énergie. Lors de cette piste, sise à la croisée des chemins du blues de Chicago et du Delta, Mr Newman souffle puissamment dans sa musique à bouche. Une rythmique implacable et lourde balise "Wanna do", un Chicago shuffle. Mick reprend "Shake that boogie", l'un de ses titres fétiche. Caractérisée par sa slide détonante, cette plage figurait sur "Rock me", un long playing publié en 1984. Autre blues lent, bien trempé dans les swamps proches de Baton Rouge, "Twenty miles", est parcouru de cordes chargées de feeling, mais particulièrement paisibles. Blues/rock bien équilibré, "Slipaway" évoque les Groundhogs, d’autres anciens ténors du british blues. Instrumental très rock'n'roll, "Go go Freddie" constitue probablement un hommage à Freddie King. Faut dire que pour Mick, c’était un maître. "Something's wrong" opère un changement de style. Une ballade indolente, mélodieuse, caractérisée par ses vocaux placides et cette gratte aux sonorités enchanteresses. Imprimé sur un tempo tempéré, "I should've waited" épouse une ligne mélodique proche du "Rock me baby" tout en trempant dans un climat réminiscent d’"On the road again". Un blues/rock dynamisé par une excellente intervention à l’harmo. Et cet opus bourré d’énergie s’achève par "Woodsman", un boogie inoxydable.

Au cours des dernières années, Mr Clarke a pris un malin plaisir à remonter ses anciennes formations. Salt. Et puis surtout Killin' Floor. D’ailleurs, un nouvel elpee est en préparation et sa sortie prévue d’ici quelques mois. Quant à Salt, flanqué de son chanteur/harmoniciste originel, Stevie Smith, il part en tournée cet automne.

 

mercredi, 24 août 2011 02:00

Big surprise

La blondinette Becca nous vient des Cornouailles (NDR : c’est à l'extrême sud-ouest de l'Angleterre). Au cours de sa jeunesse, elle a beaucoup écouté Taj Mahal, Ray Charles et Aretha Franklin. Guère surprenant qu'elle ait opté pour le blues, la soul et le gospel. Elle rencontre, Vince Lee, le leader des Wildcards, en 2008. Un événement déterminant pour sa carrière. Vince tombe sous le charme de cette jeune femme. Il l’invite à accomplir une tournée en duo et à enregistrer un premier opus, "Big surprise", dans le studio de Plymouth. Lors de ces sessions, Becca est entourée de son backing band, mais a également reçu le concours de Vince, du bassiste des Wildcards, Martin Vowles, et du drummer Sebastian Boleslawski.

Les sources d’inspiration de cet elpee (NDR : très belle pochette !) sont multiples. Elles remontent même au blues du delta des années 20. L’opus s’ouvre par "I was born to cry", une compo signée Dion Dimucci, qui avait fait un tabac fin des fifties, et caractérisée par son chant doowop. Débordant d’enthousiasme, "King size papa" trempe dans un jump swing vigoureux. Lee étale son savoir-faire sur les cordes. Il est bien épaulé par l'orgue Hammond de Paul Harris. Le "While I wait for you" de Roxanne Potvin colle parfaitement à la voix atmosphérique de Miss Langford. Vince pince ses cordes de gratte acoustique dans le style manouche. Le "You're in for a big surprise" de Percy Mayfield constitue la réelle introduction de Becca au blues. Sa voix prend tout son relief tout au long de cet exercice de style accompli sans filet. Omniprésent, Mr Lee libère des notes particulièrement chatoyantes, sur ses cordes. La machine à remonter le temps défile ensuite. Tout d’abord pour aborder le répertoire du mythique Charley Patton. Lors d’un "Some these days I'll be gone" que Becca et Vince chantent en duo, soutenus par mandocaster, dobro, violon et percussions. Drôle, semblable à la B.O. d’un film muet, le "Do it this way" des Squirrel Nut Zippers est dominé par un ukulele et la trompette de Ian Pettit. Du pur ragtime ! Becca chante le "Love me like a man" de Bonnie Raitt, secondée par son paternel à l'harmonica, Ian Langford. L'orgue de Paul Harris et les cuivres entretiennent un climat jazz et swing tout au long de "Hot & cold running tears". Une ambiance envoûtante, très delta, envahit le "Lord, I just can't keep from crying" de Blind Willie Johnson. Becca injecte beaucoup de sensibilité tout au long de "Never no more", un autre blues d’une grande pureté. Mais sa plus belle performance vocale est incontestablement atteinte dans sa version soul du "Miss your water" de William Bell.

 

mercredi, 24 août 2011 02:00

On the ragtime

Mama Tokus est issue du Delta de la Tamise, terre brûlée qui a donné naissance à des artistes talentueux comme Dr Feelgood et Zoot Money. Elle adore la soul, le blues et le R&B, surtout lorsqu’il y a du rythme. Elle avoue pour influences majeures, Dinah Washington, Sarah Vaughan, Tina Turner et Sister Rosetta Tharpe, mais aussi les Rolling Stones ainsi que James Booker. Elle signe l'essentiel de son répertoire.

Pour enregistrer « On the ragtime », elle est épaulée par ses Sons of Bitches, en réalité quelques choristes ; mais également le saxophoniste/harmoniciste Tom Wildy et la flûtiste Anne Batson. Sans oublier toute une série d’invités, parmi lesquels on remarquera surtout la présence de Vince Lee, leader de son Big Combo et membre des Wildhearts. 

Un orgue très mystique entretient une ambiance gospel tout au long de "That was it". Pourtant, le tempo est enlevé. Mama Tokus est très entourée. Par de multiples choristes, comme lors d’un grand office dominical. Le ton est donné. La densité de la musique est la conséquence d’une instrumentation riche, sur "Trouble with a lowercase T", un R&B implacable. Les cuivres assurent le rythme tandis que l'orgue Hammond de Paul Harris et les cordes de Vince Lee prennent leur billet de sortie. Excellent ! Le "Too much butt" des Uppity Blues Women nous entraîne dans le monde du blues, rythmé bien sûr, mais proche du son BB King de Memphis. Mama aime le rythme. Elle en use et en abuse. L'orgue et les cuivres sont à la fête. "If it don't fit" grésille comme un vieux 78tours, de manière à restituer l'ambiance des cabarets. A cette époque, le blues était largement teinté de jazz. Piano et trompette flirtent au sein d’un climat feutré. En 1938, Barrelhouse Annie avait traduit cette chanson en succès. L’ambiance devient franchement ténébreuse pour "Wifebeater". Nous sommes plongés au cœur d’une nuit sombre d’hiver. Miss Tokus s’érige en femme battue. L’harmonica blafard de Tom Wildy introduit ce blues lent. Une compo somptueuse alimentée par les sonorités d’orgue Hammond de Harris. Vince Lee n'y tient plus et délivre un solo de guitare royal! Des percussions syncopées et des samples ouvrent  "Silver for fixation", une compo qui opère un mélange savoureux entre ska et Memphis southern soul. C’est Sebastian, le drummer, qui assure les percus, face aux interventions enchanteresses de Miss Batso, à la flûte. Fresque vocale divertissante, "Reproduce" baigne dans une atmosphère de music hall. Bien ficelé, "Packing for the promised land" constitue un nouvel exercice de style dans le gospel. "I just want some anarchy" est une parodie du célèbre hit des Sex Pistols, une piste sculptée dans le pur Chicago blues à la sauce Muddy Waters circa "Mannish boy". Autre r&b particulièrement dansant, funkysant, "500 nights" est illuminé par un solo de saxophone désopilant. Dans son style, cet opus est vraiment d’excellente facture. Un disque rafraîchissant et original également. Qui s’achève par un irrésistible et amusant pastiche du "Yes we can can" des Pointer Sisters.    

 

mercredi, 17 août 2011 02:00

Kinky at the root

Dede Priest est une artiste de couleur noire. Originaire de Dallas, elle a étudié la philosophie à l'université d'Austin, au Texas. Elle a également appris à jouer du violon, mais son instrument de prédilection, c’est sa voix! Une voix aussi bien à l'aise dans le blues, la soul que le jazz. Elle avait publié un premier opus en 2007, intitulé "Candy moon". Pour concocter ce second elpee, elle a reçu le concours de musiciens bataves. Logique, puisqu’elle a enregistré ce disque aux Pays-Bas.

Excellente plage, "Lips of a friend" ouvre la plaque. Dede possède une jolie voix, bien posée, taillée pour son répertoire. Elle est soutenue par un excellent backing group. Fruit d’un mélange de blues et de jazz, "Chicken or a egg" baigne dans une atmosphère raffinée, en demi-teinte. Ruud Breuls s’y réserve la trompette. Jimmy Reuter pince délicatement ses cordes. Mais tous les musiciens sont soucieux du climat d'ensemble. Précise, musicale et éthérée, la voix de Dede est empreinte de sérénité. "Kinky at the root" est une compo bouleversante par son intimisme. Tout comme "Whole Christmas thing", un morceau jazzyfiant, abordé dans l’esprit de Gerschwin. "What would I do?" est une ballade très élégante, séduisante. Face au bottleneck de Richard Van Bergen, la voix entretient cette atmosphère délicate, tout comme le piano et l'orgue. L’atmosphère est, en général, très cool. Tout est parfaitement mis en place. Pas d’éclat particulier. Si les instrumentistes pointent épisodiquement le bout du nez, ils rentrent assez rapidement dans le rang. "Freddie King way down deep" est un superbe blues lent inspiré, bien évidemment, par le regretté géant texan. Bien soutenue par les cordes de Reuter, la voix force le respect. Une voix susceptible de se traduire en instrument, tant elle se fond dans l’ensemble. A l’instar de "Dandelion in the breeze". Une apparente fragilité contamine les compos. Mais il ne s’agit que d’une fausse impression, car tous les éléments du puzzle s'imbriquent rigoureusement. Ce vécu dans le timbre me rappelle parfois l'Anglaise Julie Driscoll ; et c'est un compliment. La voix de Miss Priest domine "Gather round", un blues lent d’une grande limpidité. Une piste caractérisée par la houle sonore alimentée, d’abord par les cordes de Raymond Nijenhuis, puis par les interventions d’orgue de Mike Roelofs. Tout au long de cet opus, on a l’impression que la recherche de l’esthétisme est une constante. "Freedom moan" en est une nouvelle illustration. Autre blues lent, mais minimaliste, "Blues is running red" est parcouru d’accords de six cordes davantage allègres et un tantinet métalliques. D’excellente facture, cet elpee s’achève par une ballade blues traditionnelle, intitulée "Judgment day bells".

 

vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Show me the money

Agé de 48 ans, Smokin’ Joe Kubek est né à Grove City, en Pennsylvanie. Pourtant, ce solide guitariste a été élevé à Irving, au Texas. Il fréquente d’ailleurs toujours les clubs de Dallas, depuis plus de trente ans. Au cours des années 70, il a été le guitariste rythmique de Freddie King. Jusqu'à la mort de ce dernier, en décembre 1976. Depuis 1989, il a lié son destin musical à celui du noir louisianais, Bnois King. Après avoir commis un premier album en 1990, "The axe man", un disque paru chez Double Trouble, les deux gratteurs sont passés sur le label Bullseye. Pour y commettre "Steppin' out Texas style", en 1991. Depuis, sept autres elpees sont parus : six pour Bullseye et "Roadhouse research" sur le label californien Blind Pig, en 2003.

Pour concocter ce nouvel album, Kubek et King ont reçu le concours du bassiste Paul Jenkins et du batteur Ralph Power. Ballade au sens mélodique indéniable, "I saw it coming" ouvre l’opus. Bnois chante de sa voix soul, finement veloutée. Sa guitare rythmique est au service de la musique. Smokin' Joe signe sa première envolée ; une envolée concise, sans aucun excès, très blues rock. "Burnin' to the ground" durcit quelque peu le ton. Smokin' Joe est passé à la slide. Le son quelque peu métallique du bottleneck sied bien à ce style. Un style qui me fait penser au Savoy Brown contemporain. "Mirror, mirror" est également très coriace. Même les vocaux de Bnois épousent des inflexions agressives. Les cordes s’y déchaînent et le phrasé se fait plus volubile. Bnois chante avec passion et feeling "She can smell another woman", un très bon blues, assez ‘smoking’. Joe dispense les notes nécessaires avec une incontestable sensibilité blues. "My heart's in Texas" consomme du pur rock'n'roll texan. Les musiciens prennent leur pied. Le message passe clairement. "Invitation only" ne manque pas de charme. Très mélodiques, les soli de Joe bénéficient de l’assise rythmique de Bnois ; mais aussi de la présence d'un autre grand guitariste local : Anson Funderburgh. Il exécute ici une très belle intervention en répondant note pour note à Smokin' Joe. Excellent ! Blues instrumental, "Armadillo blues" démontre la solidité de la formation constituée de musiciens soudés pour jouer le blues. Pour la circonstance, Bnois King prend aussi sa part en épinglant un bijou de solo au jeu très roots. La machine est bien huilée. "Can't keep her hands off" est un R&B nerveux. Les cordes frétillent sans jamais donner l’impression de pouvoir s’arrêter. Une sensation qui se prolonge tout au long de "Stop messing with my mind". "Crazy world" réserve un moment de quiétude. La guitare acoustique (NDR : celle de King?) illumine la compo de ses tonalités plutôt jazzyfiantes. La technique est impeccable. Le climat des cordes est propice à l’aventure. Pour "Let"s stop pretending", Joe est passsé à l'orgue Hammond B3. Les interventions sur les cordes ne manquent pas d’originalité. D’ailleurs, les clichés ne sont guère légion sur ce très bon album qui s’achève par un "Tired of cryin' over you", sculpté dans les cordes de guitares tellement proches de Freddie King.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Live at Biscuits & Blues

Phillip Walker est aujourd'hui âgé de 65 ans. Ce bluesman texan a entamé sa carrière en 1954. Auprès de Clifton Chenier. Comme guitariste. Il monte ensuite sa propre formation : les Blue Eagles, qui jouent alors régulièrement à El Paso. Son premier elpee, "Bottom of the top", date de 1973. Ses deux derniers ont été commis en 95 et en 1999. Intitulés respectivement "Working girl blues" et "I got a sweet tooth", ils sont parus chez Black Top.

Ce nouvel opus a été enregistré 'live'. En juin 2002. Au Biscuits & Blues de San Francisco. Il est entouré de son band au grand complet et d'un quatuor de cuivres : Bobby Lester au sax ténor, Joe Campbell à la trompette, Earl Mallory au sax baryton et Carl Vickers qui se partage sax alto, ténor et trompette.

"Think" est une version tonique et diablement intéressante d'un classique de Jimmy McCracklin. Phillip la chante en duo avec une autre représentante du blues texan, Miss Angela Strehli. Une plage marquée par le solo imparable de Charlie Musselwhite à l'harmonica. "Crying for my baby" est une plage tout aussi stimulante. La section rythmique est bien soudée. Aaron Tucker aux drums et James Thomas à la basse soutiennent le front des cuivres qui déménage dans toutes les directions, permettant même au sax alto et à la trompette de s'évader successivement. "Respirator blues" est un slow blues signé Luther Tucker. Phillip le chante d'une voix chaude, plutôt râpeuse. Le piano d'Alvee Ventura suit ses inflexions à la trace. La guitare est bien sentie. La version de "Mary Ann" de Ray Charles est superbe. Un R&B d'excellente facture, caractérisé par ses changements de rythme, au cours duquel les cuivres s'emballent à la première occasion. "Reconsider baby" de Lowell Fulsom est un blues on ne peut plus classique. Rick Estrin de Little Charlie & the Nightcats y souffle dans son harmonica comme un possédé. Le concert est de très haut niveau. La guitare se déplace au cœur des cuivres. A l'instar de "Breaking up somebody's home" et de "90 proof", sans doute le blues le plus brûlant de l'album. Mais aussi le meilleur ! Et pas seulement parce que Alvee est passé à l'orgue. R&B très dansant "I've got a problem" épanche ses riffs cuivrés. Walker chante divinement pendant que Ventura pianote dans les aigus sur "Along about midnight". Un nouveau slow blues composé par Little Willie Littlefield, dont la nouvelle version, nonobstant sa longueur, est vraiment superbe et jamais ennuyeuse. Cet excellent set s'achève par "Linda Lu" de Ray Sharpe. Un festin sonore au cours duquel Phillip ne peut plus retenir ses cordes. Un superbe album pour ce bluesman de première force!