John Lee Williamson nous permet de vivre un nouveau chapitre dans la vie des Southside Jukes. Et à ce titre on peut le remercier. Après avoir réédité leur album de 1995, "Cool cool place to go", et gravé "Down in Hollywood", à l’aide des bandes récupérées lors des mêmes sessions accordées au sein des Pinetone Studio de Slim Green, il est parvenu à rendre la vie à une toute nouvelle série de blues sales et primaires, mais aussi enchanteurs. Et aussi très 50’s. D’ailleurs le son est loin d’être hi-fi, mais c'est bien la dernière chose que l'on attend de ces archives datant de plus d’un demi-siècle.
Joe Lee Bush se met dans la peau de Rice Miller pour attaquer "Eyesight to the blind". Il enchaîne en manifestant la même authenticité par une version coupée au rasoir de "Baby please don't go", et embraie sur une reprise extraordinaire de "Got to find my baby". Une nouvelle fois, il parvient à faire revivre, tant dans le son que dans la démarche, le génial Little Walter! John Lee Williamson prend le relais aux vocaux pour aborder "Fishtail Cadillac". Le son est toujours aussi pourri. Bush souffle la tête rentrée dans les épaules, comme si sa vie en dépendait. Le lieutenant Jones malmène sa basse. Elle ronfle à l'avant-plan. Ce blues explosif est beau à pleurer! La machine des Jukes est parfaitement huilée. On a l’impression d’assister à un set au cours duquel tout est parfaitement en place, un set prêt à opérer une symbiose totale entre tous les partenaires. Ces artistes ne se prennent pas au sérieux, mais ils manifestent tellement de sincérité et d’authenticité, que rien de fâcheux ne peut leur arriver. Le cœur empli de joie, John Lee chante "She's dynamite!". La guitare de Moates sort de sa réserve. Elle libère un son pas possible. Plage instrumentale, "All that piano & harp boogie" est suffisamment explicite par son titre. Un boogie infernal au cours duquel Green et Bush s'échangent des chorus intenses. Williamson s’approche du micro. La rage au ventre, il nous crie son "Cold chills! Hep shakin", et embraie aussitôt par un "Secret weapon" paresseux, semblant sorti tout droit d'un joint poussiéreux de Baton Rouge. Bush arrache encore des notes de son harmonica, qu'il décoche comme autant de flèches brisées. Et il nous en remet une couche lors du classique "Mean old world". Bush est un extraordinaire harmoniciste de blues. Chacune de ses interventions est une marque de classe. Elles sont, en outre, empreintes de cette sensibilité qui le hante en permanence. Et ce feeling revient continuellement. A l’instar de l’instrumental "Chicken shack basement". Quand Williamson chante "Wee wee hours", Bush lui répond sur l'harmo chromatique ; à cet instant, on croirait entendre l'inoubliable George Smith en compagnie du Muddy Waters Band. D'ailleurs le "Telephone blues" relevait bien du répertoire de Smith. Et cette bonne tranche de downhome blues s’achève par un dernier classique intitulé "Key to the highway".

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