Mike Bader est né en 1958. A Cedar Rapids, dans l'Iowa. Il reçoit sa première guitare à l’âge de 12 ans, et monte un groupe l'année suivante. Au cours des 70’s et des 80’s, il fréquente un autre guitariste : Craig Erickson (NDR : devenu depuis célèbre). A cette époque, il assiste aux concerts d’Albert et BB King, Luther Allison, Buddy Guy, Jimmy Dawkins, Albert Collins et des Allman Brothers. Ils deviendront ses influences majeures dans l’univers du blues. En 1981, il s'installe dans les Montagnes Rocheuses et devient Park Ranger à Yellowstone. Fin des 90’s, le virus musical refait surface et le pousse à se produire en solo lors de shows acoustiques consacrés au blues. Puis il se décide à fonder son propre groupe. Bien qu’établi depuis à Missoula, dans le Montana, il est redescendu l’an dernier à Cedar Rapids pour enregistrer son premier album. Un opus constitué de onze compositions personnelles. Un disque pour lequel il a reçu le concours de son frère Dave à la basse, de Tom Giblin aux claviers et de Mike O'Connell à la batterie.
"Power shaft blues" ouvre l’elpee en toute décontraction. Une plage chaleureuse qui affiche directement la couleur du style adopté par Bader : la voix est posée bien à l'avant, l'orgue colore l'ambiance ; et lorsque la guitare prend enfin prend le large, c’est avec économie et réserve. Une forme musicale où se mêle nonchalance et bonne humeur ; que Bader qualifie de ‘meat and potatoes blues music’. Une configuration qu’il reproduit sur "Four times the pain". La bande à Bader éprouve quand même quelques difficultés à masquer ses origines teutonnes. Et n’hésite donc pas à s’attaquer rageusement à un "Auf wiedersehen blues", au cours duquel Tom rejoint ses frères à l'harmonica. La voix émerge très souvent de d'ensemble. La rythmique n'est pas un modèle de légèreté, mais elle soutient bien les solistes ; et en premier lieu Mike, dont la slide est bien aiguisée tout au long de "Don't want to know". Mike laisse cependant entrevoir une capacité à diversifier son style. Instrumental particulièrement jazzifiant, "Octavio" en la plus belle illustration. Le titre maître est un blues à la fois remarquable, lent et très long. Le jeu de guitare est immaculé, très mélodique. L’atmosphère plaintive, empreinte d’une grande tristesse. Mike épanche son trop plein d’émotion avec une grande sensibilité. Une rythmique très caractéristique du reggae envahit "Never too late". Les musiciens contribuent à entretenir cette atmosphère, y compris la guitare de l'ami Erickson et l'harmonica de Tom Bader. Les cordes de Mike vagabondent dans la reverb. L'effet est très réussi. Intermède instrumental nourri au zydeco louisianais, "Shufflin' in A" se trémousse sur des rythmes dansants. La guitare y excelle face à l'orgue et l'accordéon de Dan Funsch. Mike force un peu sa voix à l'avant-plan pour interpréter "Here I am now", un R&B aux arrangements bien ficelés. Une ambiance stimulante qui se prolonge tout au long de "Funky ED". Toujours aussi dansante, mais nettement plus funky (NDR : le titre !), cette plage instrumentale ouvre la porte aux cuivres activés par Jason Hicks. Ce qui n’empêche pas ce morceau de s’accrocher puis de s’étendre, autorisant ainsi les sorties remarquées de l'orgue, du sax et de la guitare de Craig Erickson. Giblin est vraiment brillant aux claviers. C’est vrai qu'il a longtemps joué en compagnie de Lonnie Brooks, mais aussi de Mighty Joe Young. L’opus s’achève par un nouveau slow blues somptueux ; mais davantage dans un style proche du Chicago blues classique des 50s. Tom s’y réserve l'harmonica, Giblin le piano électrique. L’interprétation est traditionnelle mais très efficace ; en outre la guitare évolue dans son espace sonore de prédilection. Une manière bien agréable de clôturer cet album d’excellente facture…