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Eric Ambel

Loud & Lonesome

Bien que peu connu du commun des mortels, Eric Ambel possède une carte de visite plus que respectable. Non content de chanter, de jouer de la guitare et de composer, il produit et conçoit les arrangements. Pas uniquement de ses propres albums. Mais également d'artistes réputés. Comme par exemple en 1992, lorsqu'il a ciselé "Crooked Line", album solo du guitariste de Crazy Horse, Nils Lofgren. Ce Californien (Los Angeles) a, en outre, sévi au sein des Del Lords au tout début des eighties, formation au sein de laquelle il a côtoyé l'ex-Dictator Scott Kempner. Compliqué tout cela. Mais nécessaire pour bien comprendre le style dispensé tout au long de ce "Loud & Lonesome". Hormis l'une ou l'autre ballade country folk typiquement yankee, cet opus libère une électricité blanche, intense, sculptée dans les cordes de guitare intrépides, sulfureuses, ébréchées, cinglantes. Une musique excitante, savoureuse, réminiscente d'"Everybody knows this is nowhere" de Neil Young, voire du Paisley Underground (encore!) le plus rigoureux d'un Steve Wynn (Gutterball) ou du Green On Red basique. Un album épatant qui a bénéficié du concours de requins de studio comme le bassiste Andy York (Jason & The Scorchers, John Mellecamp, Nils Lofgren) et le drummer Keith Levreault (Blood Orange, KevinSalem).

 

The Almighty

Crank

Ardent disciple du PETA, association mondiale qui dénonce les mauvais traitements infligés aux animaux, Almighty nous vient de Londres et pas de Nazareth. Une doctrine que l'on ne retrouve pourtant pas dans ses lyrics. Quant à l'expression sonore, sa nature folk punk aux vertus New Model Army est successivement convertie au speed metal de Poison Idea et au metal de Metallica. La foi soulève parfois des montagnes, mais dans ce cas ci, le Tout Puissant est devenu trop puissant!

 

Alice In Chains

Jar Of Flies/Sap

Ce double CD couple sept titres enregistrés en 1993 ("Jar Of Flies") et quatre autres gravés en 1991 ("Sap"). Seul dénominateur commun, le heavy metal atmosphérique qui gangrène la plupart des mélodies. En fait hormis le jazzyfiant "Swing On This", et le sinusoïdal "I Stay Away", parcouru d'un violoncelle délicat, on n'y retrouve aucun titre menaçant, puissant, digne de "Dirt", précédent opus qui s'était vendu en 1992 à plus de trois millions d'exemplaires. Encore un ensemble yankee qui semble mal digérer la période post grunge que seuls, jusqu'à présent, Pearl Jam et Smashing Pumpkins sont parvenus à négocier avec succès...

Agnes Stone

Agnes Stone

Un groupe californien (San Francisco) qui bénéficie d'un coup de pouce de Quincy Jones, et de la collaboration de Benmont Tench, claviériste chez les Heartbreakers de Tom Petty, pour enregistrer son premier album présente incontestablement une belle carte de visite. Oui, mais le résultat n'est pas à la hauteur des apparences, le quartet se contentant, tout au long de son premier opus, de secréter une soft pop stérile, sub Prince, à peine plus consistante que celle dispensée par Maria Carey. Quoiqu’au change !...

 

The Afghan Whigs

What jail is like

Attention, ceci n'est pas un nouvel album du quartette de Cincinnati, mais une compilation partagée entre titres studio et morceaux ‘live’. Hormis deux versions du titre maître, composition qui figurait sur "Gentlemen", et "Now you know", version enregistrée en public de ce dernier opus, "What jail is like" s'attaque à quatre covers de rhythm’n’blues. La plus célèbre, "My world is empty without you" des Supremes n'ayant cependant voix au chapitre que pour la moitié de la cover. Ce qui n'empêche pas le CD d'être d'excellente facture. En tous cas, il permettra aux nombreux (et surtout nombreuses) fans (qui a dit groupies?) de patienter jusqu'au prochain elpee. Il règne, d'ailleurs, tout au long de cette œuvre, une tension blanche, latente, sensuelle ; une tension alimentée par un tourbillon d'émotions capricieuses. Emotions suscitées par la voix déchirée, fiévreuse (et le mot est faible!), passionnelle de Greg Dulli, organe vocal qui provoquerait (au féminin!) les fantasmes les plus pervers... Mais là, c'est une autre histoire!

 

Balanescu Quartet

Luminitza

En 1992, Balanescu Quartet rendait sur "Possessed" un bel hommage à Kraftwerk, en adaptant à la sauce classique des covers du mythique duo teuton. En publiant "Luminitza", la formation semble avoir définitivement tourné la page et opter plus classiquement pour la musique de chambre. Avant-gardiste, il est vrai. Expérimentale même, à la manière de Tuxedo Moon circa "Divine" ou de Barry Adamson, il faut le souligner. Mais à notre humble avis, essentiellement destinée à sonoriser la bande sonore cinématographique. Pas de pot!

 

 

 

Todd Rundgren

Mon ordinateur est un ami

Écrit par

Personnage emblématique du rock progressif des seventies, producteur qui a bâti sa réputation au cours des eighties, Rundgren a toujours été en avance sur son époque. Sans doute un peu trop. Car hormis son expérience Utopia, ses albums n'ont jamais rencontré qu'un succès confidentiel. Aujourd'hui, il s'est transformé en porte-parole du nouveau procédé de lecture du compact disc interactif. Une nouvelle technologie qui vous accorde la liberté de moduler à l'infini (ou presque!) une même composition, suivant vos goûts ou votre humeur. C'est en tout cas ce qu'il nous a expliqué lors de la démonstration accordée à Gand et démontré à travers son album "No World Order", totalement conçu pour le nouveau procédé CDI. A l'issue de cette conférence, il nous a accordé cette interview...

Tu as un jour déclaré que dans le futur, il y aurait de plus en plus d'horizons musicaux à explorer, de plus en plus de nouvelles idées à développer. Or la plupart des artistes issus de ta génération affirment purement et simplement le contraire. Que le rock et la pop d'aujourd'hui sont atteints de revivalisme aigu. Qu'en penses-tu?

D'une certaine manière, je partage ce point de vue. Cela ne m'empêche pas de penser que nous sommes très loin d'avoir épuisé le potentiel de la connaissance humaine, et de croire fermement que la musique populaire contemporaine dispose encore et toujours d'un énorme potentiel créatif. J'admets que ceux qui se contentent de sampler leur prochain ou de piquer systématiquement des sonorités à gauche et à droite font le lit du revivalisme. Les musiciens se sont souvent rendus coupables de répétition. En voulant remettre les idées du passé au goût du jour. Le style d'écriture est devenu trop formel. Il faut l'admettre. Ce problème existe également dans les autres formes d'art. L'originalité vit hors de la norme. Il faut se donner la peine de gratter un peu la couche de vernis pour la découvrir. Depuis mes débuts, j'ai toujours essayé de trouver les moyens pour la mettre en évidence. Etancher la soif des nouvelles idées par la technologie.

Oui, mais la technologie, n'est-elle pas le fossoyeur du rock'n roll?

La commercialisation est le plus grand fossoyeur du rock'n roll. La technologie est une abstraction. L'électrification de la guitare est une innovation par rapport à son utilisation acoustique. L'important, c'est d'y maintenir le degré d'émotion. Mon computer est mon ami. Pour d'autres personnes, il est un ennemi. Il m'aide à créer. D'une certaine manière, c'est une forme de relation privilégiée. J'ai toujours essayé d'estomper la distinction entre l'aspect technologique et la forme émotionnelle de la musique. Mais la plupart des artistes ne comprennent pas le milieu au sein duquel ils travaillent. Ils s'y sentent mal à l'aise. Pourtant, il est beaucoup plus facile d'obtenir un résultat tangible, si tu tires parti au maximum du potentiel d'un studio.

Penses-tu qu'en disposant d'un CDI, monsieur 'Tout le monde' peut devenir producteur?

Je ne vends pas de la créativité. Je propose une expérience au sein de laquelle l'auditeur est impliqué. Il est dangereux de faire croire au détenteur d'un tel lecteur qu'il concocte sa propre création. Créer est beaucoup plus complexe. Je ne crois pas, d'ailleurs, que chaque utilisateur souhaite devenir un producteur. J'imagine mal que le premier venu soit capable de composer une chanson, de la jouer, de la chanter, de la sculpter. Il faut d'abord connaître son métier, et puis tenir compte de l'attitude individuelle du créateur ; une attitude qui n'est pas nécessairement la même chez tous les compositeurs, et encore moins chez l'auditeur.

Pour bénéficier des vertus du CDI, il est indispensable de se procurer un lecteur approprié. N'est-ce pas un peu pousser à la consommation?

Euh!... Il faut placer cette invention dans un contexte à plus long terme. Si j'avais été uniquement l'objet d'un projet lucratif, je n'aurais certainement pas accepté la proposition de Philipps. Mais il faut rester réaliste. D'un côté, je mène des expérimentations technologiques. De l'autre, il y a un énorme marché qui se pointe à l'horizon. Pas seulement dans le domaine de la musique, mais aussi et surtout de la vidéo. Avec ses spécificités techniques et éthiques. Quel sera le meilleur matériel? Qui emportera le marché? Personne ne peut encore le dire. Mais ce sont des choses qui ne me concernent pas. Mon rôle se limite à la création et à la recherche.

Dans cette nébuleuse interactive, que devient Todd Rundgren? Un musicien, un compositeur, un concepteur ou un producteur?

J'ai toujours voulu varier les disciplines. Malgré mon intérêt pour la technologie de pointe, je joue toujours de la guitare acoustique. Lorsque j'en ai le loisir. Et je ne pense pas que ce soit un problème pour moi de multiplier les fonctions. Pour deux raisons. La première procède de ma volonté à ne pas être pris au piège du business. La seconde? J'ai oublié... (rires)... Je déteste toujours faire la même chose. Si je ne pouvais explorer qu'une seule corde de mon arc, je me sentirais frustré...

Comme producteur, tu as travaillé avec des artistes comme les New York Dolls, Patti Smith et Psychedelic Furs. Est-ce que ce style musical te touche encore?

Pourquoi pas? Mais ces groupes appartiennent au passé. Mes goûts sont en constante évolution. Je m'intéresse à de multiples formes de musique contemporaine. J'aime Beck. Son attitude. Et puis également des ensembles obscurs dont personne n'a probablement jamais entendu parler ici. Des formations qui apportent quelque chose à la musique. Mais en vérité, je ne m'intéresse pas tellement aux musiciens, mais plutôt aux sonorités qu'ils parviennent à développer. Il existe, par exemple, un groupe qui répond au nom de Life. Je déteste son dernier album, à l'exception d'un seul fragment que j'estime remarquable. Mes goûts sont très variés et paradoxaux. Le rap me branche également. Je pense à Public Enemy. Aux messages sociaux qu'il colporte. A son débit rythmique sonique. A sa liberté de langage. J'ai beaucoup synthétisé cette forme musicale...

Tu as également produit les deux albums du groupe Pursuit of Happiness. Un très chouette groupe canadien que je crains être disparu depuis quelque temps.

Il a enregistré un troisième opus. Mais celui-ci a été produit par un grand producteur de heavy metal. L'entreprise a cependant complètement foiré. Dommage! Mais le groupe existe toujours. Il est constitué de musiciens formidables capables d'écrire de remarquables chansons et de graver de superbes disques. Il possède ce petit quelque chose qui vous fait craquer. Difficile à expliquer, d'ailleurs. J'aimerais travailler à nouveau pour eux. Qui sait? Peut-être dans le futur!...

En 1991, tu as mis fin à une longue collaboration avec Warner Music. Que s'est-il passé?

C'est un problème spécifique au business musical. Je n'étais probablement plus en odeur de sainteté. Ou alors trop vieux. Surtout, je ne vendais plus assez de disques à leurs yeux. Le label a toujours espéré que je ferais un come-back comparable au succès rencontré début des seventies. Mais cette idée n'a jamais été un but pour moi. Aussi, comme il existe de nouveaux et jeunes talents qui montent. Plus dociles, potentiellement plus rentables... Enfin, au bout de près de vingt ans chez la même firme de disques, cette solution me semblait un aboutissement normal. Et, c'était sans doute mieux ainsi. Je n'avais plus à justifier mes ambitions computarisées. Et j'ai les mains libres pour entreprendre ce que je fais aujourd'hui. Mon CDI en est la plus belle démonstration.

Version originale de l'interview parue dans le n° 28 (novembre 94) du magazine MOFO

 

 

The Tea Party

Vivre sa musique avec la même passion que les bluesmen... (archive du mois)

Écrit par

Chanteur, compositeur et leader du trio canadien Tea Party, Jeff Martin ressemble très fort à Jim Morrison. C'est ce que j'avais pu lire au sein des différents articles consacrés à la biographie du groupe. Mais je ne m'imaginais certainement pas que la ressemblance était aussi frappante. Jeff souffre même d'un léger strabisme divergent comme le défunt et mythique roi Lézard. Et puis sa voix campe le même baryton profond. Il est également poète et plutôt mystique. Heureusement il joue de la guitare et tout comme Jimmy Page porte un grand intérêt à la musique orientale. Rencontre à l’issu de son set accordé dans le cadre du festival Pukkelpop…

Vous avez vécu très longtemps à Windsor, près de Detroit, mais votre firme de disques est canadienne. Tea Party est-il un groupe canadien ou yankee? N'y a-t-il pas une certaine volonté délibérée d'entretenir le mystère?

Il n'y a pas de mystère. En vérité, le groupe a grandi à Windsor dans l'Ontario. Une ville de 120 000 habitants située près de Detroit. Detroit en compte 4 000 000. Ce qui explique pourquoi cette cité subit une très grosse influence de la part des States. A Windsor, la population écoute la radio américaine, regarde les programmes de TV américains, et inévitablement écoute la musique yankee. J'y ai vécu jusque l'âge de 10 ans. Et je dois avouer que j'ai fini par devenir très américanisé. Mais il est très difficile pour un groupe canadien de se faire une place au pays de l'once Sam. Nous n'avons jamais décroché un seul contrat à Detroit. Nous avons dû remonter quatre heures vers le nord. A Toronto. Qui est le centre vital de la musique au Canada. EMI nous y a découvert, et nous a sorti de l'ombre. Aujourd'hui, je vis cependant à Montréal. La ville est beaucoup plus européenne, artistique. Un endroit qui correspond beaucoup mieux à ma sensibilité culturelle, finalement.

Que tu épanches à travers tes lyrics; une sorte de message spirituel?

Je suis très influencé par la poésie française. Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud et Paul Verlaine en particulier ; les romanciers anglais Colin Campbell et Robert Graves également. J'ai découvert ma spiritualité en lisant cette littérature. J'explore, à travers mon écriture, les aspects les plus sombres de l'âme humaine. La vie n'a pas que de beaux côtés... Enfin, la religion occupe une place très importante dans mon attitude. J'étais à l'origine de conviction catholique. A l'âge de 16 ans, mon âme a été confrontée aux questions existentielles. J'ai beaucoup réfléchi. J'ai cherché. J'ai énormément lu. Et j'en ai conclu qu'il était nécessaire d'opérer un retour aux sources. Parce que la religion organisée est néfaste à l'humanité. Elle engendre l'intolérance provoque des situations conflictuelles. La foi est personnelle...

Tu crois à la réincarnation?

Oui. (NDR: il entame une grande réflexion sur Nietzsche...)

Au cours de ton set, tu as inclus le refrain de "Love will tear us apart" de Joy Division dans une de tes chansons. Etait-ce une forme d'exorcisme?

Oui. Ou plus exactement un hommage à Ian Curtis. La puissance de son lyrisme m'a toujours impressionnée. Nous avions des goûts, ma foi, très semblables dans le domaine de la littérature et de la poésie...

Est-il exact que tu répugnes tourner des vidéos?

J'apprends à ne plus les détester. En fait, jusqu'à présent, je n'ai toujours pas trouvé un concepteur susceptible de rencontrer mes idées. De faire passer notre symbolisme à travers l'image. Nous ne voulons pas tourner de clip pour le plaisir de le tourner. C'est la raison pour laquelle, jusqu'à présent, nous avons toujours éprouvé des sentiments négatifs à cet égard. Maintenant, nous ne sommes pas totalement hermétiques à cet univers. Il suffirait peut-être de rencontrer le réalisateur compétent.

Nonobstant ton aversion profonde pour les sempiternelles comparaisons avec le Led Zeppelin, je suis au regret de t'annoncer que je trouve de nombreuses affinités entre ton album et le troisième elpee du célèbre dirigeable. Qu'en penses-tu?

Je suppose donc que c'est vrai. L'explication est assez simple. A cette époque, Jimmy Page était influencé par les mêmes guitaristes auxquels je voue une grande admiration aujourd'hui. Page a d'ailleurs également exercé une certaine influence sur moi. Mais il ne faut pas prendre uniquement le passé pour bible. Car si Tea Party laboure dans le même champ que Led Zeppelin, il ne le retourne pas dans le même sens. Je ne dispose pas, par exemple, d'un timbre vocal stratosphérique (NDR: il imite la voix de Plant)... ‘Maybe... babe...’ Tout le monde est influencé quelque part par les autres, et en particulier par les artistes du passé...

Lorsque tu parles de guitaristes auxquels tu voues une grande admiration, je suppose que tu parles d'abord de John Renbourn, de Bert Jansch et de Roy Harper. Et puis, bien sûr de Sony Boy Williamson ainsi que Robert Johnson?

Des modèles! Ils sont parvenus à dynamiser le son de la guitare acoustique en imaginant de nouveaux accords. Des accords susceptibles, comme chez John Renbourn, de sonner comme un luth, un sitar, ou des tas d'autres instruments. Chez Tea Party, j'essaie d'inoculer cette science dans un cadre plus électrique. Mais en y apportant notre propre passion, notre propre humeur, et pas seulement une technique. Roy Harper est davantage pour moi, un ami, un professeur. Il m'a énormément influencé.

Tu as eu le loisir de jouer avec lui!

Nous avons accompli une tournée ensemble au Canada. Et puis nous avons donné un spectacle à Londres au cours duquel nous avons purement et simplement électrifié toutes ses chansons originellement acoustiques. Ce fut un grand moment de fantaisie et de rock'n roll... Sony Boy Williamson, Robert Johnson et BB King appartiennent à un héritage musical transmis par mon père; lorsque tous mes copains écoutaient Ritchie Blackmore et consorts, il m'a demandé de m'asseoir et m'a passé des disques de ces grands bluesmen. Howlin' Wolf également. Sa voix reste pour moi un exemple. Ces racines constituent pour moi une éducation fondamentale qui m’a servi à vivre ma musique avec la même passion que les bluesmen...

Version originale de l’interview parue dans le n° 28 du magazine Mofo de novembre 94.

 

 

Robert Plant & Jimmy Page

Page & Plant redécollent…

Écrit par

La nouvelle a fait des heureux sur toute la planète, dès sa publication. Oui, 14 ans après la séparation, Jimmy Page et Robert Plant, les leaders du légendaire Led Zeppelin, se sont retrouvés et retravaillent ensemble. Mais attention, il n'est nullement question ici d'une reformation de Led Zeppelin.

Cette résolution, Plant et Page l'ont clairement rappelé à ceux qui, comme nous, avaient eu l'honneur et l'avantage d'être conviés à une conférence de presse parisienne précédée de la projection en avant-première du film ‘Unledded’ (NDR : il a depuis été diffusé sur MTV, dans le cadre d'un week-end consacré à Led Zeppelin). Le film est assez extraordinaire et c'est cette expérience qui est à l’origine de la collaboration nouvelle entre les deux ex-divorcés. Même qu’ils donnent aujourd'hui, en public, l'image un peu idéale du couple parfait. La conférence de presse, sera folklorique. Robert Plant maniant l'ironie (NDR : parfois un peu grinçante) avec beaucoup de savoir-faire, notamment à l'égard de quelques confrères européens dont il jugeait les questions un peu bateau. En avançant timidement le nom de Deep Purple, le téméraire a été mouché et retourné comme une crêpe.

Au Maroc et au Pays de Galles

Plant et Page ont donc réalisé un document extraordinaire. ‘Unledded’ a été filmé partiellement au Maroc, mais aussi au Pays de Galles. Il recèle aussi certaines séquences enregistrées live dans un studio de télévision anglais. Il met en exergue la grande ouverture d'esprit et la recherche évidente de nouveauté –et d'une nouvelle personnalité!– dont ont fait preuve les deux protagonistes dans le cadre de leur collaboration nouvelle.

Le cd ‘No Quarter’, dont la sortie est prévue le 7 novembre, est le prolongement purement musical de l'expérience et bénéficie, également, des mêmes qualités. Ce disque a toutes les chances de surprendre –et même très fort– ceux qui, à travers les retrouvailles de Robert Plant et Jimmy Page, n'imaginaient qu'un redécollage en bonne et due forme d'un dirigeable, avec les mêmes plans de vol. Même si ‘No Quarter’ épingle quelques chansons qui ont fait la gloire de Led Zep, il y a une marge.

Plant s’explique à ce sujet : « En ce qui concerne le choix des chansons du répertoire de Led Zeppelin que nous avons retravaillées pour ce disque, je suppose que nous l'avons effectué en fonction de nos possibilités actuelles, du confort physique que nous pouvions éprouver à les jouer, de leur compatibilité avec le projet dans son ensemble. II est clair qu'il y avait des chansons dont nous ne voulions pas ».

Mais venons-en à la genèse du concept que Bob commente : « MTV m'a jadis proposé de participer à une émission ‘Unplugged’. Je n'imaginais pas du tout assumer ce type de projet et jouer, dans le cadre d'une illustration de mes activités passées, des chansons de Led Zeppelin, sans la présence de Jimmy. Je lui en ai donc parlé. C'était en novembre 93. Et nous avons étudié la possibilité de réaliser cette aventure ‘acoustique’. Immédiatement, nous avons réagi de la même manière en nous disant qu'il serait vraiment dommage de nous limiter à interpréter, en version ‘débranchée’, des titres de Led Zep. Plutôt évoluer que revenir simplement sur ses pas. C'est ce que nous avons donc fait ».

Avec un beau résultat à la clé. A vrai dire, pour ‘No Quarter’, le duo a carrément ouvert la porte de son inspiration à la world. Certains morceaux ont été enregistrés à l’aide de musiciens marocains, égyptiens (NDR : ceux-ci utilisant leurs instruments, quelquefois cocasses). Sans oublier la participation du London Metropolitan Orchestra. Des plages aussi légendaires et imposantes que ‘Kashmir’ ou ‘The Battle of Evermore’ ont été complètement repensées en fonction du nouveau contexte de travail. Sans parler de celles spécialement écrites pour l'occasion. A propos de ‘Battle’, la version réservée à ‘No Quarter’ est magique, notamment grâce à la participation de Najma Akhtar, une chanteuse au timbre vocal absolument ahurissant, qui communique à la compo une dimension encore supérieure. Il y a aussi, dans ‘Kashmir’, un lumineux solo de violon...

Un bootleg japonais

Plant tient toujours le crachoir : « Nous voulions aller de l'avant et je suis fier du travail accompli. Mais l'ouverture que Jimmy et moi-même avons manifestée envers les colorations musicales orientales ne date pas d'hier. En 71 déjà, nous étions allés enregistrer en compagnie d’un orchestre local à Bombay, en Inde. Cet épisode est reproduit sur un très bon bootleg sorti au Japon ; je vous le recommande! Jimmy et moi avons été très marqués par la musique orientale. Je la trouve très belle car hypnotique, incantatoire, séduisante. Il en émane aussi cet esprit particulier lié au fait que, pour les gens qui la jouent, elle incarne une célébration. Elle ne nait pas d'un souci d'exploitation commerciale mais bien à l'occasion d'événements, de fêtes du calendrier, de mariages, etc. »

Au printemps dernier, Plant et Page se sont donc rendus au Maroc, à Marrakech. Ils ont rencontré les Gnaoui, membres descendants d'une population noire africaine jadis emmenée de force au Maroc pour y être exploitée comme esclaves. De leur collaboration sont nées trois chansons, ‘City Don't Cry’, ‘Wah wah’ et ‘Yallah’, des morceaux qui portent évidemment les larges marques de la culture musicale locale ; un retentissant mélange de culture orientale, de rock et de blues. Page commente : « Nous avons joué dans la rue à Marrakech. Au début, on voyait bien que les gens étaient surpris, amusés. Finalement, ils sont rentrés dans le jeu. Pour eux, peu importait qui faisait le ‘bruit’, ils se contentaient juste de ressentir ou pas ». Plant embraie : « Les gens des montagnes là-bas, qui jouent de la musique, utilisent des micros aussi performants que ceux que nous connaissons. Mais ils ont vraiment cette foi, en plus. Je crois que notre disque ne transmet pas l'aspect ‘sérieux’ qu'on attribue généralement à la world. D'ailleurs, ce serait bien qu'on arrête de considérer tout musicien qui ne parle pas anglais ou français comme un gourou extatique. Nous avons d’ailleurs aussi eu recours aux boucles sonores de Martin Meissonier (NDR : le mari d'Amina!) La musique orientale me remue à l'intérieur bien plus que la musique brésilienne, par exemple. J'aime beaucoup la samba, mais ce n'est pas la même chose ». Et il insiste : « II était très intéressant d'intégrer des musiciens d'origines et de cultures diverses à ce projet. Certaines chansons sont ressorties complètement changées. Certains musiciens nous ont apporté des choses très significatives. Ils nous ont aussi dégagé, Jimmy et moi, d'une partie de l'intensité, de la pression ».

Le duo ne s'est cependant pas contenté de cette coloration musicale particulière. Il a aussi cherché à retrouver certaines sonorités de la musique celtique. Ainsi, trois chansons, là-aussi, ont été composées pour l'occasion et bénéficient de la présence, entre autres, d'un joueur d'orgue de barbarie…

‘No Quarter’ est donc le travail d'un duo retrouvé mais que l'on dirait aussi presque libéré par près de quinze années de séparation. Etonnant! Pourtant peu disert jusqu’alors, Page en a rajouté une couche : « J'ai adoré la façon dont nous avons géré et conçu le projet. Je pense aussi qu'il nous ouvre des portes vers l'avenir! »

L’avenir ?

Les rumeurs de reformation de Led Zeppelin, qu’en pensent-ils ? Plant ironise « Pourquoi John Paul Jones n'est pas avec nous? Oh, on l'a oublié dans la voiture! Ha Ha... Que nous soyons capables de rejouer à trois, n'implique pas que tout le monde doit être présent pour une raison de nostalgie pure. Au début du projet, on était juste un chanteur et un guitariste qui comprenaient très vite si telle ou telle chose était bonne ou mauvaise. A trois, les prises de décision auraient été moins évidentes, moins confortables ». On chuchote que si tournée il y a, John Paul Jones pourrait quand même en être... Il poursuit : « Et puis, je n'imagine pas de rejouer sous le nom de Led Zeppelin en regardant un batteur dans les yeux et en ayant l'impression de voir quelqu'un d'autre qui n'est plus là ! ». A cet instant, bien sûr, il parle du possible remplacement envisagé, si reformation il y avait, de feu John Bonham par son fils Jason. *

Quant à savoir si le duo souhaite partir en tournée, Robert qui n'a visiblement aucune envie de s'éterniser sur le sujet, allez savoir pourquoi, avoue quand même : « Oui, nous comptons tourner, si nous ne nous séparons pas avant! Ha ha... Non, nous n'avons encore rien fixé ».

A Paris, DVH

*NDLR : une situation qui va quand même se produire le 10 décembre 2007, lors d’un concert caritatif accordé à l’Arena O2 de Londres.

Rétrospective…

A l'heure du retour en force de Jimmy Page et de Robert Plant, alors que John Paul a opéré un comeback avec Diamanda Galas, il nous a paru intéressant d'effectuer un bref retour en arrière sur la cellule familiale qui a permis leur explosion. Retour vers le futur, en quelque sorte !

Résumer l'histoire de Led Zeppelin revient à dresser le constat d'une grande partie de l'histoire du rock en général et de ses mécanismes. Un type comme Jimmy Page a, par exemple, débuté sa carrière en 62 (il est donc actif derrière sa gratte depuis 32 ans ; et vous quel est votre âge?), or la carrière de Led Zep  a été marquée par un incroyable succès autant que par une aura de mystère savamment entretenue, qui n’a jamais quitté le groupe. Plus près de nous, une association de ‘dangereux’ hard rockers (NDR : à quel point de vue?) nommés Guns N’ Roses (NDR : mais par pitié, n'allez pas comparer les deux groupes sur le plan de la qualité, hein !) ne s’y est pas prise autrement pour se payer un méga-succès planétaire. CQFD donc, et basta pour la théorie...

Tout le monde, dans l'univers du rock en général et du hard en particulier (même David Mustaine, c'est dire!), se plait à le reconnaître : Led Zeppelin a eu sur l'évolution du rock une emprise incontournable. Pour en être convaincu, il suffit simplement

1) de constater quel ramdam médiatique (là aussi organisé, hein bon, on ne jette pas, sans bonne raison, les bonnes recettes) cause aujourd'hui, la ‘nouvelle’ association Jimmy Page/Robert Plant)

2) de voir avec quelle vigueur le public s'est jeté sur les fameux "Remasters" livrés en pâture il y a quatre ans à peine.

3) de se dire que, des années durant, une radio aux States n’a émis que pour diffuser des chansons du Led Zep uniquement.

4) de jeter un œil aux chiffres (tous les albums de Led Zep ont été certifié disque de platine aux USA et en Angleterre)

et 5) rappeler à quel point les punks de 76 se sont démenés, sans succès, pour déboulonner les dinosaures du type de Led Zep. Le ‘dirigeable’ a eu, sur l'existence de toute une série de groupes, une influence majeure, c'est évident : les Black Crowes, Blind Melon, Alice ln Chains et autres Queensryche leur vouent, aujourd'hui une admiration sans borne et nous ne citons que quelques noms pour éviter de noircir la page...

Cocktail parfait

Au départ, le groupe formé par Jimmy s'appelle les New Yardbirds. La légende veut que ce soit Keith Moon (le batteur des Who pour lesquels Page a d'ailleurs été ‘sessionman’) qui ait trouvé le nom de Led Zeppelin. Dès le début, le cocktail est parfait : un guitariste fabuleux qui avait déjà fait l'unanimité autour de lui, au sein des Yardbirds (groupe dans lequel deux autres guitar heroes, Eric Clapton et Jeff Beck, se sont succédé); un chanteur véritable sex-symbol au déhanchement scénique très suggestif et au timbre vocal orgasmique (Robert Plant); un bassiste relativement effacé mais important élément régulateur du groupe (John Paul Jones) et un batteur qui martelait si fort sa batterie que la frappe à la baguette est devenue, depuis, un sport olympique (comment ça, je rêve?). Le tout sur un fond de rock/blues/rhythm'n'blues qui, rapidement, installera son rayonnement. Il ne faudra, de fait, guère plus d'un album (le premier, en toute logique, sorti en 68), à Led Zeppelin, pour marquer le terrain. "Good Times, Bad Times" et c'est parti pour une gloire monstrueuse. Gloire bien gérée dès le départ. Led Zeppelin ne donne pas –ou très peu– d'interviews, ne passe pas à la télé, ne veut pas sortir de singles (à l'époque, c'était encore très important, demandez à Sheila et Ringo!), n’attribue même pas de titre à ses albums...

Rumeurs dingues

Le groupe s'entoure d'une espèce d'aura énigmatique qui, bien entendu, renforce encore la curiosité du public... mais qui finira quand même par lui jouer des tours lorsque cette curiosité se muera en frustration médiatique. Puisque cette attitude ouvrira la porte aux rumeurs les plus dingues, On ira jusqu'à affirmer que Jimmy Page est un adepte des messes noires, et on lui imputera tous les malheurs qui se sont abattus sur le groupe, au milieu des années 80 : l'accident de voiture de Plant, la mort de son fils Karac, des incidents multiples lors de concerts, et bien sûr, le décès de John Bonham, le batteur, retrouvé mort au domicile de... Jimmy Page, le 25 septembre 1980...

Né dans l'allégresse à la fin des années 60, Led Zep connaitra donc une fin de carrière (liée au décès de ‘Bonzo’), un brin difficile. Dommage car le groupe était encore plus que valable, comme l’a démontré son dernier concert belge, accordé le 20 juin 80 à Forest National, et l'album "ln Through The Out Door" (au titre évocateur) paru quelques mois plus tôt. Entre 68 et 80, Led Zeppelin a donc accompli des prouesses plus souvent qu'à son tour. Révélé sur un mode blues rock frondeur qui contrastait un peu avec les velléités bluesy ‘puristes’ des grands défenseurs du genre de l'époque (style John Mayall), Led Zeppelin a rapidement évolué, appuyant les riffs, et en alourdissant les tempos ("Led Zep II" contient "Whole Lotta Love", une des plus grandes pièces hard jamais commise ; et nous ne sommes qu'en 69).

Touches folk

Dès "Led Zep III" (en 70), à côté du génial "Immigrant Song", le groupe assène des touches plutôt folk**. Une approche qui trouvera son idéale matérialisation sur "Led Zep IV", le chef-d’œuvre inégalable de la discographie du groupe. Sur ce disque, figure notamment "The Battle Of Evermore", une merveille ultime que l'actuel "No Quarter" remet magnifiquement en selle. Là, c'est plus que clair, Led Zeppelin offre une nouvelle dimension au hard-rock –c'est ce qui offre au groupe un ‘plus’ évident par rapport à un Deep Purple, bien plus conformiste– une dimension que le splendide double "Physica1 Graffiti" (successeur d'un "Houses of The Holy'' trop méconnu pour sa valeur intrinsèque) transforme en véritable institution. Il recèle notamment "Kashmir" une pièce maîtresse de l'histoire du rock en général (là aussi, "No Quarter" fait joujou avec).

Nous sommes en 75 et Led Zeppelin a mangé son pain blanc discographique. Dès "Presence", le groupe perd un peu le fil, semble connaître une période creuse... Il ne s'en remettra jamais vraiment et disparaîtra donc à l'aube des années 80, laissant l'image d'un groupe de musiciens extrêmement doués, inventifs, novateurs qui ont réussi à utiliser à bon escient tous les artifices du rock'n'roll. La vague punk (un tout petit peu) et la grande faucheuse (surtout) auront raison de Led Zep... Robert Plant et Jimmy Page s'orienteront vers des carrières inégales. Plant a réalisé de superbes choses en solo et il a mieux vendu que son compère. Page qui, jusqu'en 83 a eu des problèmes avec l'héroïne, a été moins efficace au sein de The Firm, en solo ou en duo avec Coverdale récemment. John Paul Jones s'est fait oublier mais semble rependre du poil de la bête (il a travaillé en compagnie de REM et plus récemment Diamanda Galas).

Quatorze années après leur séparation, Plant et Page se sont donc retrouvés. Qu'ils le veuillent ou non, à travers leur union retrouvée, c'est un peu Led Zeppelin qui revit. Les temps ont changé, le rock s'est transformé mais il restera toujours de la place pour les gens talentueux, quels que soient les contextes et les modes. In through the opened door?

(Articles parus dans le n°28 de novembre 1994 du magazine Mofo)

** NDLR : sur cet opus figure de véritables perles comme "Gallows Pole", "Friends" ou encore "Bron-Y-Aur Stomp". Cependant, cet elpee ne rencontrera pas l’adhésion du public des métalleux. A contrario il va devenir une référence à toute une vague de groupes ou d’artistes décidés à expérimenter les sonorités des guitares acoustiques électrifiées. Depuis le début des 80’s à aujourd’hui. Pensez à The Dodos. Mais il y en a bien d’autres…

 

Grant McLennan

Mes chansons me parlent… - In memoriam : 1958 –2006 (archive du mois)

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Après avoir enregistré 6 elpees, les Go-Betweens se sont séparés, tout en restant en bons termes. En décembre 1989. Robert Forster et Grant McLennan ont alors embrassé des carrières individuelles. "Horsebreaker Star" constitue le troisième opus studio de l’Australien. Il est venu nous en parler. Tout au long de cette interview, il semble détendu et heureux. Il a laissé poussé une barbichette, comme lui avait demandé sa fiancée et n’est pas trop affecté par la relative modestie de ses ventes. Pour lui, ce n’est d’ailleurs pas une priorité. L’important, c’est d’être créatif et de voir ses disques sortir. Le reste est secondaire…

1994 est une année bénie pour moi ! J’écris un script en compagnie de Robert. On a toujours été attiré par le cinéma. Mon nouvel album, "Horsebreaker Star", sort bientôt ; et il sera double. J'ai aussi enregistré le second disque de Jack Frost, un projet que je partage avec Steve Kilbey de Church. Il ne paraîtra cependant que début de l’an prochain, puisque le mien et celui de Church viennent à peine d’être mis sur le marché.

Nomination aux Grammy…

Bien sûr, je suis quand même attentif aux chiffres de vente. Mais je sais que je ne décrocherai jamais de nomination aux Grammy Awards, de toute façon… J’ai réalisé l’album que je souhaitais. Donc tout va bien. D’autant plus que j’ai la chance de pouvoir montrer ce que je fais et de le faire comme je l’entends. Je reste modeste. Et puis Jacke a vendu des milliers de copies de son bouquin soft-porn. Maintenant, bien vendre signifie-t-il que la qualité est au rendez-vous ? C’est une autre histoire. Si j’écoulais énormément de disques, je serais plus riche. Seraient-ils meilleurs pour autant ? J’en doute ? Néanmoins, après ma mort, ce sera mon seul patrimoine. Peu importe combien j’en aurai vendu. Le premier de Television n’avait quand même pas cartonné ; et pourtant, j’en parle encore.

Tu voudrais un jour être reconnu, que tes LPs soient considérés comme des classiques ?

Je serais déçu si je devais escompter une quelconque attente particulière. Mais je ne cherche pas la reconnaissance, et franchement je n'attends rien. J'espère simplement être écouté par le plus de monde possible ; car je pense que ma musique est bonne. Evidemment, quelle importance mon propre avis peut-il avoir ?

La musique te permet-elle de gagner ta vie ?

Je ne me tracasse pas trop de savoir si je vends peu ou beaucoup de disques. Mes amis à Brisbane, où je vis, s’en chargent. En fait, ma seule préoccupation c’est de penser aux composions de mon prochain album…

Reprises

As-tu écouté l'elpee de Robert Forster, ton ancien partenaire chez les Go-Betweens, consacré à des reprises ?

Oui, un bon choix éclectique. Je lui en ai parlé au moment d’opérer la sélection. Quelques morceaux ne me plaisent pas trop, même si c'est Robert qui les chante... Le son est très... très Robert. Très chaud. Sa voix est superbe, fascinante, mais je suis quand même un de ses grands fans. Maintenant, je sais aussi qu'il a déjà écrit quelques nouvelles chansons pour un album qui devrait sortir, je suppose, l’an prochain. Je le préfère sous cet angle.

Et toi, pas envie de graver un elpee de covers ?  

‘Chais’ pas si je pourrais y consacrer un album entier. Il est trop difficile d’opérer une sélection. Sur "Horsebreaker Star", j’ai inclus une version du "Ballad of Easy Rider" de Roger McGuinn. Mais tout un album ! Bien sûr, le concept pourrait être amusant, mais il faudrait de toute manière que j'y réfléchisse.

Pedal steel et banjo

Sur ton nouvel opus, tu a régulièrement recours à une pedal steel guitar, ce qui communique aux compos une coloration plus country. Pourquoi ? Etonnant, quand on sait que Robert emprunte la même voie...

Son disque sonne bien plus country que le mien, même si j’y ai glissé quelques titres typiques, comme "Late afternoon in early august", "That's That" ou "Do your own thing"… J’apprécie le style, il a bercé mon enfance. Et parfois j’aime écrire ce type de chansons. Mais tu sais, ce sont elles-mêmes qui déterminent, en fait, comment je dois les jouer. Et je ne fais jamais que suivre leur feeling. Elles me parlent et me conseillent de les jouer en puissance ou rapidement ; si je dois avoir recours à une guitare ou une pedal steel.

La décision ne t’appartient donc pas ?

Si, si, elle m'appartient. J'ai composé les chansons et connais celles qui doivent sonner country. Mais bon je suis aussi conscient que vu ma façon d’écrire et de chanter, ce ne sera jamais Nashville! L’atmosphère ‘cow-boy’ et la présence d’instruments inhabituels peut aussi donner une nouvelle impulsion, un peu comme lorsqu’on bénéficie du concours d’un invité en studio! Et puis j’aime le son du pedal steel et du banjo. C'est fun.

Tu es un type optimiste?

Dans mes chansons, je ne lésine pas sur l’humour. Mais mon optimisme est teinté de réalisme. Je ne suis pas un pessimiste, c'est trop désespéré.

Tu as connu des moments difficiles? Ton précédent album n'était pas particulièrement joyeux !

Tout le monde traverse des moments difficiles, de solitude ; est confronté aux idées noires... mais j'ai eu la chance d'y survivre, de ne pas m'être tiré une balle dans la tête.

Tu veux évoquer le suicide de Kurt Cobain, là?

Je n'y pensais pas, non. Quand j'ai commencé les sessions d’enregistrement de mon cd, aux States, je me rappelle que la radio était allumée. Elle avait annoncé qu'on venait de découvrir son corps. Il était très triste, je pense, mais il avait aussi un côté pathétique, parce que ce gars avait tout pour vivre ; et puis il était père et avait des responsabilités à l'égard de cet enfant. Il a fui ses responsabilités. C’est son choix.

Tu aimes ce qu'il faisait ?

C'était un sacré bon guitariste et compositeur. Ce type d’artiste ne court pas les rues. Il y en a bien plus de médiocres. Mais, je ne crois pas que sa mort m'ait vraiment affecté. A l'époque, j'étais dans un état de bonheur très profond, c'était le printemps, il faisait beau, je me sentais comme renaître. Et je continue à penser que l'époque que nous vivons est vraiment géniale, passionnante à vivre!

(Article paru dans le n°29 du magazine Mofo de novembre 1994)

 

dEUS

Worst Case Scenario

Pour bénéficier d'un tel tam-tam, ce quintet anversois devait vraiment sortir de l'ordinaire. C'est vrai que le groupe avait participé à la finale du ‘Rock rally 1993’, et que depuis les labels majors lui font les yeux de Chimène. Mais de là à parier sur l'avenir avec pour seuls atouts deux singles encourageants sans plus, il y a une marge que nous n'aurions pas osé franchir. Et nous avons eu tort, il faut le reconnaître. Car le premier opus de dEUS va au-delà de toutes les espérances. Une œuvre originale, mais difficile, parce que courtisée à la fois par le jazz, le classique, le dub, le hardcore, le psychédélisme, la pop, le folk et la musique contemporaine au royaume de Clock DVA, Tuxedo Moon, Tinderstick, Big Black, Cypress Hill, Pixies, Tom Waits et Red Hot Chili Peppers. Un album dont la richesse et la complexité mélodiques sont heureusement balisées par le violon grinçant mais fascinant de Klaas Janzoons et le piano électrique aventureux, fluide de Rudy Trouvé ou de Tom Barman... Etonnant!

 

American Music Club

San Francisco

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‘L'œuvre d'American Music Club ressemble à un imposant mur de lamentations, sur lequel les journalistes peuvent battre leur coulpe et écrire tous les articles qu'ils auraient pu consacrer à Tim Buckley, s'il était encore de ce monde’ (Phil Nicholls - MM). Une belle métaphore qui donne une idée plus ou moins exacte de ce que l'on ressent à l'écoute d'un album d'AMC. Et pourtant, son septième opus est relativement moins pessimiste. Pour ne pas dire plus optimiste... Faut pas exagérer, quand même! Pas dans les lyrics, qui demeurent toujours aussi caustiques et introspectifs. Mais dans le ton. Plus rock, dans la lignée du fabuleux "Son" de Toiling Midgets gravé l'an dernier (NDR: pour rappel, Mark Eitzel y avait cumulé les fonctions de compositeur et de lead singer). Comme sur le sulfureux, lancinant, cuivré, "It's your birthday", l'intimiste, vertigineux, presque minimaliste "Love doesn't belong to anyone" ou l'insidieux, le venimeux "I'll be gone". Plus hymnique également, comme imprégné des vertus originelles ("Boy") de U2 sur "What holds the world together". Mais également plus pop. Avec un certain parfum réminiscent de Prefab Sprout ou de Deacon Blue. Mais d'une manière inattendue dans un registre vocal proche de Jean-Louis Murat sur "How many six packs does it take to screw in a light". Un album brillant. Mieux, éclatant. Qui par son éventail de nuances et sa richesse mélodique rencontre des émotions aussi complexes et pures que la joie torturée, le bonheur angoissant ou la fragilité sauvage ; des émotions qui, à la limite, deviennent même insupportablement magnifiques. Un must!

 

Pulp

Notre public est probablement le plus sexy de la planète...

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Vous avez certainement déjà eu l'occasion d'écouter le hit "Do you remember the first time?", une chanson qui figurera sans doute parmi les meilleurs singles de l'année. Elle est reprise sur un album de la même veine, "His'n Hers". Pourtant, avant de connaître ce succès foudroyant, la formation de Sheffield a végété dans la zone crépusculaire de l'underground pendant plus de dix ans. Comment comprendre que la presse britannique se soit mise soudainement à lui porter un tel crédit. Pourquoi ce groupe est-il passé du jour au lendemain de l'anonymat à l'aube de la célébrité. C'est le guitariste Russell Senior qui a bien voulu essayer de nous donner une explication à ce phénomène...

Si mes souvenirs sont exacts, Pulp était un quatuor à l'origine. A quel moment Candida est-elle venue rejoindre le groupe?

En mille neuf cent quatre-vingt trois. Enfin Candida et moi-même, puisque auparavant, la formation était composée d'autres musiciens. Seul Jarvis est là depuis le début.

Pourquoi cette longue interruption entre 87 et 91? Qu'avez-vous fait au cours de cette période?

Il n'y a pas eu d'interruption, mais nous avons vécu des moments difficiles. Nous avions enregistré un album, "Separations", mais Fire Records n'a pas voulu le sortir. Nous étions dans l'expectative. Alors nous en avons enregistré un second le mois suivant. Mais il n'a pas reçu davantage d'écho. Nous avons alors décidé de cesser de nous produire en concert. Nous nous sommes en quelque sorte croisés les bras en attendant que le label veuille bien changer de fusil d'épaule. Mais au bout de trois ans, la firme de disques ne voulait plus entendre parler de ce disque. Alors nous avons changé de label. Voilà l'explication. Cette période creuse nous a cependant permis de nous remettre en question, d'assimiler de nouvelles références. Un peu plus 'dance', mais pas trop. De repartir sur de nouvelles bases. (NDR: "Separations" est finalement sorti sur "Fire Records" en 1992).

Mais comment expliquer le soudain intérêt manifesté par le public, et par la presse pour Pulp alors?

Sans doute parce que les temps et les modes changent. Au milieu des eighties, nous étions mal compris, même détestés. Le public de cette décennie dénonçait le culte du vedettariat, et les artistes qui essayaient d'atteindre un statut de pop star, comme nous souhaitions le devenir, lui paraissait stupide. Il préférait les choses anonymes. Dès les nineties, il s'intéresse davantage aux personnalités, et c'est très bien pour nous. Notre profil est davantage taillé pour l'époque actuelle. "His'n hers" est un peu comme si c'était notre premier opus. Parce qu'il a bénéficié de conditions idéales pour être enregistré. Et parce qu'il correspond à la somme de nos sensibilités.

Qui sont très éclectiques!

Absolument! Dans une même chanson, nous parvenons à incorporer une multitude d'influences. Les cinq personnes qui composent le groupe possèdent des goûts musicaux différents. Et c'est cette fusion d'affinités différentes qui procure à Pulp ce style si particulier, si original même...

A vos débuts, Sheffield était un peu considéré comme le berceau de la musique synthétique, avec en face industrielle une école dirigée par Cabaret Voltaire, et en face pop des ensembles comme Human League et Heaven 17. N'avez-vous jamais imaginé suivre leur exemple pour obtenir quelque peu de succès?

Non, non! Nous aimions Human League et Heaven 17, et je suppose que d'une certaine manière, nous nous sommes inspirés des mêmes sources synthé-pop. Nous sommes même encore aujourd'hui parfois comparés à Human League. Mais je pense que Sheffield était davantage réputé pour ses groupes industriels. Cabaret Voltaire en tête évidemment. Les usines de construction métalliques forgent l'environnement de cette cité. Et la cacophonie urbaine en est son pain quotidien. Tu comprends donc mieux pourquoi tant de groupes ont adhéré à ce courant industriel. Personnellement, j'ai joué dans Test Department. Des claviers. Mais finalement, je me suis dit que j'aurais pu également reproduire le même bruit dans une manufacture. Et j'ai cherché un autre groupe. Capable de jouer des chansons à la structure mélodique. M'évader de ce contexte abrutissant. C'est pourquoi je suis atterri chez Pulp...

Est-ce la raison pour laquelle vos textes abordent les thèmes du travail, du shopping, de la TV, de la sexualité, des choses de la vie en général, quoi? Cherchez-vous à dénoncer l'absurdité de la condition humaine ou la considérez-vous comme une réalité sinistre, une comédie noire?

Nos lyrics ne sont pas aussi sombres. Nous ne nous prenons pas aussi au sérieux. Nous ne nous prétendons pas des artistes. Pour composer ses textes, Jarvis regarde simplement autour de lui. Il observe les gens qu'il connaît et qu'il côtoie. Il en brosse le portrait à travers leurs aventures et mésaventures. Pas avec un réalisme austère, mais en abordant les événements tragiques, bouleversants, d'une manière humoristique...

Pulp est-il devenu le groupe le plus sexy de Grande Bretagne? N'êtes-vous pas, tout comme The Auteurs et Suede, occupés de faire revivre le glam pop de T Rex?

J'ai déjà entendu parler de cette histoire? Et je l'ai finalement trouvée très amusante. Tu sais, j'ai souvent partagé la chambre d'hôtel avec Jarvis. Et le matin, lorsqu'il se lève, il n'est pas vraiment un sex symbol. Et je ne pense pas qu'il prétendrait l'être. Mais pour la scène, il se métamorphose. Il le devient. Il est élégant, flatteur, séduisant, et se crée beaucoup d'ami(e)s... Cette situation nous permet de rencontrer des tas de jolies filles. Le public est sensible à cette forme de sensualité, car elle est très accessible. Ce n'est ni Dieu, ni une des sept merveilles du monde, mais simplement un être humain qui essaie de se montrer sous son plus beau jour. Et n'importe qui pourrait le devenir. Jarvis exerce sans doute un rôle de modèle pour notre audience. Une audience qui est probablement la plus sexy de la planète... J'aime beaucoup Suede et The Auteurs, mais nous ne partageons pas les mêmes influences. Suede est beaucoup plus rock. Et je ne me sens pas davantage symboliser un groupe de glam pop. Et surtout pas inspiré de Marc Bolan! Mon Dieu! Je sui effrayé rien que de l'entendre dire. Nous essayons d'éviter de reproduire tous ces clichés revivalistes. Nous n'y avons jamais accordé le moindre crédit. Nous nous considérons comme un groupe progressif, moderne. Et je préfère être comparé à des formations telles que Suede et The Auteurs qu'à T Rex ou à des tas d'autres formations. Au moins, si la musique est différente, l'attitude est tout à fait similaire...

Sous la férule du bassiste Steve, Pulp a tourné un film consacré au thème de la perte de la virginité. Un court métrage inspiré par le single "Do you remember the first time?". Est-ce un documentaire entrecoupé d'interviews ou une leçon d'éducation sexuelle?

(rires): C'est un documentaire entrecoupé d'interviews susceptible de servir de leçon d'éducation sexuelle. En fait, nous avons recueilli les propos de différentes personnes sur leur vie sexuelle. En Europe, ce type de reportage n'aurait guère d'impact. Mais en Grande Bretagne, la notoriété des personnes interrogées suscite un grand intérêt auprès du public.

Quel est ton fruit préféré ?

Le fruit de la passion. Des fruits exotiques. Les nouveaux fruits qui arrivent sur le marché. Le pommorello (?). Ceux que nous ne connaissons pas encore et que nous allons découvrir. Nous adorons varier les goûts. Déguster un fruit est à la fois délicieux et sensuel. Cet acte symbolise la musique de Pulp...

Version originale de l'interview parue dans le n° 26 du magazine Mofo de septembre 94.

 

 

L7

En Amérique, on a un autre sens de l’humour

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Après avoir publié un "Bricks are heavy", produit par Butch Vig, qui les a révélées au grand public mais dont elles disent le plus grand mal aujourd'hui (‘trop propret, bidon’), les filles de L7 présentent leur nouvel album ("Hungry for stink" chez Phonogram), mais réfutent toujours l'étiquette grunge qu'on leur a collée sur le dos. Dee Plakas, la drummeuse du groupe, justifie son raisonnement.

On est ensemble depuis 8 ans, bien avant que quiconque ait entendu parler de Sub Pop et du grunge. Le grunge, ce n'est qu'une étiquette simplificatrice !

Votre album a été enregistré au moment du tremblement de terre de Los Angeles. Mais ce séisme a-t-il influencé votre travail ?

Franchement, je ne le crois pas. Nos chansons étaient écrites avant. On a juste été freinés dans notre élan. Notre matos est tombé par terre et a été endommagé. Résultat : on a pris du retard sur le planning prévu. Mais rien de plus...

Vous avez, cette fois, fait appel à Garth Richardson, le producteur de Rage Against The Machine...

Il est très différent de Butch Vig avec qui nous avions travaillé pour "Bricks are heaven". Par exemple, il n’aime pas utiliser des casques de retour ; il préfère un bon gros bon gros baffle qui crache fort. Dès lors, en studio, on s'est senties vraiment comme sur scène, sans casque sur la tête et mais beaucoup de boucan autour de nous. C'est ce qui nous convenait comme manière de travailler. Et puis, on a enregistré au sein de trois studios distincts. J'ai donc joué de la batterie dans différentes pièces, ce qui donne un son chaque fois différent. Les grandes pièces donnent un son large, les petites un son, disons plus ‘étroit’...

Le ‘Tampon-jet’

Votre bio parle d'une provocation...

Vraiment ? Quoi ?

On relate que Donita au festival de Reading a jeté un tampax dans le public...

Oh, la belle affaire ! C'est sans importance. Donita l'a fait, mais il faut remettre son geste dans le contexte. La foule nous envoyait de la boue sur la gueule ! Donita n’a pas du tout apprécié d’être ainsi traitée, ne comprenant pas, sur le moment, qu'en fait, il s'agissait pour le public d'une manière de manifester son enthousiasme ! Bon, toute cette boue sur sa guitare, ça l'a fait chier et elle a réagi instinctivement. Elle a pensé que ce serait rigolo d'envoyer son tampon... Les gens ont essayé d'attraper le projectile au vol, un spectateur l'a saisi et s'est rendu compte de ce que c'était...

Pourquoi le mentionner dans la bio, si vous estimez que c'est ‘sans importance’ ?

On ne l'a pas écrite nous-mêmes, cette bio. Je suppose que certains estiment ce geste provocateur... Pour nous, c'est simplement marrant. Peut-être qu’en Europe, les gens comprennent-ils mal cette attitude ? En Amérique, on a un autre sens de l'humour qu'ici. Crois-moi, lancer son Tampax, ce n'était pas une prise de position politique.

Camel Lips

Vous apparaissez dans "Serial Mother", le dernier John Waters. C'était votre premier rôle dans un film?

Oui, j'ai un grand respect pour John et toutes, nous sommes des grandes admiratrices de son style, ça va sans dire. Mais j'ai aussi une grande considération pour les acteurs. On doit se lever très tôt le matin et on passe la plupart de son temps assis à attendre très, très longtemps, tout en ayant sur soi un maquillage ou un costume. C'est pas toujours marrant ! Nos habits avaient été spécialement coupés pour nous. Des pantalons très, très étroits ! Dans le film, notre groupe s'appelle les Camel Lips.

Pourquoi John Waters vous a-t-il demandé de jouer dans son film et comment est-il parvenu à vous convaincre d’accepter la proposition ?

Apparemment –enfin, c'est ce qu'on nous a dit–, il nous apprécie et avait écouté notre premier CD. Quand il a écrit les scènes avec le groupe, il pensait à nous pour le rôle, il a donc contacté notre agent. On a lu le script, qu'on a trouvé rigolo. Voilà... je pense qu'on s'est bien défendues. Bien sûr, pour nous, c'est une bonne promotion, même si dans le scénario, on ne se comporte pas comme L7 ; là, on est très métal, très cliché, très femelles, aussi...

Un peu comme dans Spinal Tap ?

Je n'y avais pas pensé, mais je crois que la comparaison est tout à fait justifiée.

Tu t'intéressais au cinéma avant cette expérience?

Bien sûr, je suis d'ailleurs une grande collectionneuse de bouquins sur le Hollywood de la grande époque. Je suis fascinée pour tout ce glamour : Gene Harlow, Clark Gable, Greta Garbo, des gens comme ça... Et puis, je possède des cassettes vidéo. Avec mon mari, il nous arrive souvent de rester au lit et de se brancher sur une chaîne télé qui ne diffuse que des vieux films de ce style, comme "Casablanca", par exemple… j’aurais bien voulu vivre dans les années 30!

Tu es riche?

Oh non ! Tu as entendu parler de cette chanson des Replacements : "One foot in the door, the other foot in the gutter" ? Eh bien, c'est nous ça : les gens nous ont entendues, commencent à nous apprécier, mais il nous reste un pied dans la gouttière ! On vit toutes dans de petits appartements au milieu de quartiers miteux. Peut-être que grâce à notre nouveau disque, on pourra déménager ! Parce que je n'en fais pas de mystère : j'aimerais être plus riche et je serais heureuse de m'acheter une chouette petite bicoque dans un beau coin tranquille où je pourrais promener mon chien...

Tu as un chien ?

Plus maintenant, ma chienne vient de mourir. Tu ne devineras jamais comment elle s'appelait : 'Jah Wobble’, comme le bassiste de Public Image ! Quand elle était petite, elle était toute chancelante (‘wobbly’ en anglais) et comme j'étais, à l'époque, une grande fan de PIL...

(Article paru dans le n°26 du Magazine Mofo de septembre 1994)          

 

Grant Lee Buffalo

On peut jouer aussi bien jouer dans un salon ou dans une arène

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Ils avaient frappé fort en publiant "Fuzzy", leur premier album, mais ils ne comptent évidemment pas en rester à ce stade. Déjà qu'ils sortent « Mighty Joe Moon », leur deuxième disque en ce début septembre (chez Phonogram). Les trois de Grant Lee Buffalo, à savoir Grant Lee Philips (chant et guitares), Paul Kimble (basse) et Joey Peters (batterie) s'expliquent après leurs prestations au T/W et avant leur retour en Belgique (le 26/10 à La Luna).

Pourquoi ne pas avoir choisi ‘The Grant Lee Philips Band’, comme patronyme, puisque Grant Lee Phillips est de toute façon le patron indiscuté du groupe?

Grant Lee Phillips : Disons qu’il est apparu au début de l'existence du groupe, à une époque où nous n'arrivions pas à nous décider. C’était plus un personnage qu'autre chose ; mais dès le début, dans les cabarets à L.A., il est devenu indissociable du trio, et nous avons été incapables de nous en débarrasser, lorsqu'il s'est agi d’en dénicher un autre.
Joey Peters :
C'est vrai qu’il reprend les deux premiers prénoms de son nom, mais c'est véritablement un groupe, dans le sens où la musique que nous produisons sur scène ou sur disque, est le résultat de la collaboration de trois personnes qui travaillent ensemble depuis très longtemps. Grant écrit les paroles, il est aussi le compositeur, mais le son est produit par nous trois.

College Radios

Attribuez-vous votre succès actuel aux ‘college radios’ des campus américains?

GLP : Je ne sais pas. A mon avis les ‘college radios’ sont en passe de devenir des radios commerciales comme les autres ; elles sont très contrôlées. Alors qu'à leurs débuts, elles étaient indépendantes et faisaient office de radios pirates. A présent, c'est moins le cas, elles sont liées à 1'industrie musicale
Paul Kimble :
Oui, les firmes ont réalisé qu'elles pouvaient vendre énormément de disques par 1'intermédiaire des leaders d'opinion que sont ces stations. Elles se sont ruées dessus en envoyant leurs responsables de la promo leur payer à boire et à bouffer ; c'est plutôt les maisons de disques qui les ont embobinées et leur font à présent prendre la direction musicale qu’elles souhaitent… Mais il reste encore des radios de collèges qui luttent contre ce phénomène.
GLP :
Il y a aussi quelques stations commerciales qui ont repris le rôle à leur compte : WFNX à Boston, par exemple, refuse toujours de mettre sa programmation sur ordinateur et de la déterminer par les chiffres.
PK :
Pour revenir à ta question, je ne pense pas que nous ayons été accueillis à bras ouverts par les radios. Notre succès n'a pas dépendu d'elles ou alors de façon très marginale ; il est la conséquence de la multiplication de nos concerts. Bien sûr, il y a la ‘hype’ de la presse qui a incité beaucoup de gens à s’intéresser à notre album. Mais le phénomène s'est déclenché grâce aux nombreux sets et premières parties que nous avons accordés l'an dernier. C'est plutôt grâce à notre travail qu'on est devenu populaire.

Est-ce difficile d'être un ‘songwriter’ aux States par les temps qui courent?

GLP : Oui, je crois que les temps ont été durs, ces dernières années pour les artistes qui essaient de raconter une histoire ou d'écrire n'importe quel type de chansons qui évolue. Quelque part, il existe des restrictions qui s’appliquent à des chansons qui passent en radio : sa rapidité, le nombre de mesures par minute, le temps qu'elle dure, le sujet dont elle parle... Ces critères agissent comme des restrictions, et limitent le type de thèmes dont on peut parler. Si tu veux causer de ‘Sex, Sex, Sex, Sex’, le dire très vite et terminer ta chanson en trois minutes, tu as une bonne chance d'y arriver, mais au-delà, cela devient difficile.

A Torhout, vous aviez l'air vraiment furieux en sortant de scène?

GLP : Le groupe suivant (NDLR : Therapy?) réalisait son soundcheck derrière pendant que nous jouions, il y avait pas mal d'agitation sur les côtés du podium, et ce ramdam nous faisait vraiment chier
PK :
Il y avait beaucoup de bruit, et comme nous sommes une formation plutôt calme, dynamique me paraît un terme plus approprié, et que ce tintamarre se déroulait durant un des moments les plus intimes de "Fuzzy", c'était très désagréable. Nous entendions à peu près ça : ‘Iiiii, Boum! Boum! Tchac ! Uuuu !’. On s’est plaint le samedi, et le dimanche ce fut nettement plus calme, je ne sais pas pourquoi. C’était un drôle de festival, très bien organisé avec seulement 5 minutes de break entre les groupes… C’est à mon avis un handicap pour le public qui n’a pas le temps de se relaxer entre les prestations.
GLP :
On dirait que le T/W essaie d’imiter MTV sur scène !

Etait-ce une bonne idée pour un groupe comme le vôtre, mieux adapté aux petites salles, de se produire devant un public aussi nombreux?

JP : On doit être capable de faire les deux. Etre imprévisible a toujours été un des buts du groupe ! Par exemple, on a tourné aux States en compagnie de Pearl Jam pendant quelques semaines, et puis Sugar. On a tourné avec des gens dont la musique est à 90% heavy, ce qui prouve que nous sommes capables de se produire devant cette tranche de public, c'est un des aspects du business… Je pense que l'on se sent à l'aise sur ce type de scène et que nous sommes capables de jouer de cette façon. Et si nous passons dans un club, nous avons une approche différente... Ce qui me plaît Chez Grant Lee Buffalo, c'est qu'on arrive à moduler notre musique en fonction des circonstances.
GLP:
On est ‘adaptable’. On peut aussi bien jouer dans un salon ou dans une arène.

Vous sentez-vous plus proches de gens comme Neil Young et Bob Dylan que Nirvana?

GLP : Je crois qu'on est plus proche de Nirvana que des autres noms que tu as cités. Nous sommes le produit de l'époque dans laquelle nous vivons. On est plus contemporains que ces idoles du passé que sont Young et Dylan. Mais nous sommes des fans de ces vieux mecs! Il y a beaucoup d'artistes des années 60 qui ont une influence sur notre génération, mais nous ne devons pas nous cramponner à cet héritage du passé. Même si on se réfère aux anciens, c'est à nous et nous seuls de tracer notre propre voie

Croyez-vous que l'apathie qui règne aux States et que vous décrivez dans « America Snoring » peut s'étendre à l'Europe?

PK : Oui, bien sûr; je pense que cette apathie, qu'elle soit politique ou émotionnelle, peut s'étendre au monde entier Je ne crois pas qu'elle soit spécifique aux USA. Il suffit d'observer ce qui se passe en Europe pour l'instant : la montée de l'extrême-droite, la dérive conservatrice, le racisme, les gens qui veulent bannir un type d'art ou de musique. Ce sont des problèmes qui ne sont certainement pas l'apanage des States. Ce qui se passe aux Etats-Unis a plus d'impact sur nous, car c'est là que nous avons grandi et c'est l'endroit où nous vivons, mais le phénomène décrit est loin d'être unique.

Comment expliquez-vous le soutien de Michael Stipe et Bob Moud, deux personnalités musicalement très éloignées?

PK : C’est parce que nous ne jouons pas une catégorie de musique précise, ce qui signifie qu’il existe une facette de notre musique qui plait à pas mal de gens. Mais c'est une arme à double tranchant : d'un côté, il est difficile d'avoir une prise sur le monde musical en adoptant ce genre d'approche, parce que tu n'es pas enfermé dans un genre musical précis et donc les firmes de disques ne peuvent te vendre comme un style déterminé pour un programme de radio spécifique ; d'autre part, c'est un avantage, parce que tu n'es pas stéréotypé et tu peux espérer séduire davantage qu'un panel quantifié d'auditeurs qui se concentre sur un genre ou une mode.

Auto-déception

Cette chanson, "Demon Called Deception", quelle signification lui donnez-vous?

GLP : Au cours des siècles, l'être humain s'est toujours référé aux anges et aux démons. Fondamentalement, ils font partie intégrante de notre âme. Et si tu rencontres un démon qui s'appelle déception, tu évoques forcément ton auto-déception... Dans cette chanson, j'adopte le rôle d'un individu qui a découvert l'auto-déception... et qui y trouve un certain confort, parfois, c'est la seule chose vers laquelle tu puisses te tourner.

‘LA.-Blues’, est-ce une expression qui convient à votre musique?

PK : Je crois que Los Angeles, surtout sur l'album "Fuzzy", a un impact sur nos chansons. Les préoccupations du moment, à l'époque de la conception de l'album, nous ont certainement influencés : les élections, la guerre du Golfe et les émeutes dans certains quartiers étaient figées dans nos esprits, lorsque nous composions.
GLP :
Le premier album est hanté par L.A. ; mais le rapport à la ville est moins présent sur le second, parce que nous sommes restés éloignés de Los Angeles très longtemps. Il est plus subjectif, plus introverti et réfléchi. En même temps, il reflète les sentiments de gens qui ont passé pas mal de temps ensemble à parcourir le monde et rencontré des personnes différentes parlant d'autres langues et véhiculant d'autres idées...

L’expérience était positive?

GLP : Tout n'a pas été parfait, et tout ne s'est pas déroulé comme nous l'aurions souhaité. Mais c'est chouette de savoir que, dans le monde, vivent d'autres être humains qui se posent des questions comme ‘Pourquoi avons-nous un tel arsenal nucléaire’, c'est rassurant de voir qu'il existe des gens qui s'en inquiètent.

America is the world

Tu crois que les Européens se posent des questions plus fondamentales que les Américains?

GLP : Nous, Américains, ne sommes habitués à envisager un pays juste à côté du nôtre, exception faite du Canada que les Américains considèrent comme des cousins proches: ‘Those nice folks upon the hill’ comme ils disent... Et puis, il y a le Mexique au sujet duquel les gens formulent énormément de préjugés. On n'a donc pas l'impression d'avoir une culture différente juste à côté de la nôtre. De ce fait, nous nous sommes enfoncés dans l'apathie.
PK :
Oui, il existe un sentiment d'isolement qui a un grand impact en politique: l'isolationnisme et le protectionnisme sont des thèmes porteurs aux States, de même que le slogan ‘America is the world’.
JO :
un exemple pour illustrer ce comportement : il est difficile de trouver en Amérique un journal qui parle de ce qui se produit en France, sauf s'il s'agit d'un événement énorme, tandis que ce qui se passe aux Etats-Unis a souvent une répercussion médiatique immédiate en Europe. Chez nous, le non-Américain n'est pas un sujet porteur.

(Article paru dans le n°26 de septembre 1994 du magazine Mofo)

 

Jah Wobble

Les PIL étaient plates, il a fallu les recharger…

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Il commence sa carrière à 18 ans, en 78, comme bassiste de Public Image Limited. Les deux albums enregistrés en compagnie du groupe de Johnny Rotten ("First Issue" et "Metal Box"), avant de le quitter, ouvriront les portes à la new-wave. Dès les premières lignes de basse concédées à PIL, on se rend compte qu'il s’agit d’un bassiste d'exception. Jah Wobble le prouvera en solo (en publiant des long playings comme « Betrayal » ou « Snakecharmer ») et aujourd'hui, chez ses Invaders of The Heart. Son dernier opus (« Take me to God ») est un des ses meilleurs disques ; il y utilise la recette de la world music pour mitonner sa spécialité du chef : d'excellentes chansons chargées d’atmosphères. Le premier sujet abordé par Jah concerne la longue éclipse qui l'a éloigné des studios et des scènes...

Je n'ai jamais été quelqu'un de très régulier. Je ne suis pas comme ces musiciens qui réalisent un album tous les ans, tels des métronomes. Je suis plus dissipé. Je ne reste jamais à rien faire. Je me déplace d'un endroit à l'autre, sans toujours me soucier de mon emploi du temps. J'aimais aussi bien aller boire un verre, plutôt que de travailler. Et puis un jour, je me suis rendu compte que j'étais devenu alcoolique. Oh, rien d'extraordinaire, juste un alcoolo comme il en existe beaucoup...

Alcoolo

Tu en parles volontiers?

Pourquoi pas? Ce n'est pas un problème qui sort du commun... Il y a des tas de gens qui ont des problèmes avec l'alcool ou la cocaïne, peut-être plus encore dans le rock business... Sans doute à cause de la pression terrible qu’il fait subir aux rockers. Le rock bizness encule les gens! (rires) La conséquence de la frustration. Ce qui n'est pas neuf, ni spécifique aux musiciens : les mineurs de fond connaissaient aussi des problèmes d'alcool ! Mais finalement, je crois qu’il est bénéfique d’être confronté à un tel danger. Bien sûr, il faut arriver à s'en tirer. Mais en ce qui me concerne, c'était devenu si grave, que je devais trouver une solution. Obligé.

Tu as donc arrêté la musique. Tu as eu un autre job?

Oui, des petits boulots. Et je me suis désintoxiqué, je suis redevenu sobre. Camionneur… J'ai aussi été conducteur de métro à Londres. De retour à la vraie vie... Il a dû se passer 3 ou 4 ans pendant lesquels j’ai décroché de la musique. De 84 à 88, même si un album est paru pendant cette période. Mais là, je m'étais laissé bouffer par la drogue et l'alcool. Et puis, une fois clean, j'ai ressenti que l'envie revenait

Tu acceptes de parler de ce passé?

Ca m'est égal !

Quel souvenir gardes-tu de l'époque de Public Image Ltd?

Très, très amusant ! C'était une période un peu folle. Des tas d’événements dingues me sont arrivés. Et je suis très heureux de les avoir vécus, et surtout d’y avoir survécu, bien sûr. Après avoir quitté le groupe, je me suis dit que l’aventure PIL n’était guère extraordinaire, que des tas de groupes partageait un même concept, revendiquaient un même son. Un an plus tard, je me suis rendu compte que ce n'était absolument pas le cas. Pour l’époque, nous étions vraiment des marginaux. Notre créneau était totalement spécifique ; mais c'était aussi quatre types qui prenaient quatre drogues différentes à des moments différents…

C'est la raison pour laquelle tu as claqué la porte?

Non. Il y a un aspect qui me dérangeait. Trop de monde tournait autour de PIL. Des coiffeurs, des gens du style ; et de moins en moins de paramètres retenaient mon attention. Perso, j'ai toujours apprécié, sur le moment, ce qui pouvait se produire d'intéressant autour de nous. Et là, j'avais l'impression qu'il ne se passait plus rien ou en tout cas, pas suffisamment d’événements. Trop peu de concerts, par exemple. Il me semblait qu'on pouvait en accorder davantage et bien meilleurs... Mais au fil du temps, on a tendance à ne retenir que le positif, même si la période était difficile, même si les egos étaient surdimensionnés, les disputes débiles et la tension permanente... D'une certaine manière, je garde une image parfaite de cet épisode. PIL, je n'y suis resté que deux ans, mais au cours de cette période on a enregistré deux albums importants, deux disques qui ont permis d’ouvrir des voies...

Ensuite, tu rencontres Holger Czukay, de Can. Tu le considères comme un professeur?

Je l'ai rencontré à Londres vers 78, grâce à un ami commun. Je connaissais quelques bribes du répertoire de Can, et je n’en connais pas davantage aujourd'hui. Je ne me considère pas comme un grand fan de Can, mais j'aime bien certains trucs. Les plus bizarres, les plus allumés. Un morceau comme « Hallelujah », j'adore! Mais le reste, ce qui est davantage orienté rock'n'roll, me semble moins intéressant. Bref, je préfère le répertoire le plus expérimental, surtout quand Jaki étale sa technique incroyable à la batterie. Les bandes live que j'ai entendues m'ont semblé excellentes. Pour en revenir à Holger, il est devenu un professeur, car il est parvenu à faire ressortir des capacités qui existaient déjà en moi, mais à l'état latent. J'avais déjà en mon for intérieur, cette suspicion vis à vis de la musique. Holger m'a aidé à la formuler. Il a été une grande inspiration pour moi, et j'aime les gens qui m'inspirent. Aujourd'hui, à mon tour, c'est une grande fierté de rencontrer des gens qui me disent qu'ils s'inspirent de moi. A ceux-là, jamais je ne dis : ‘Tu dois faire ci ou ça’. Je préfère les discussions sur les principes généraux, pour les aider à se positionner comme interprète ou musicien. Je n'ai jamais cherché à copier Holger, mais bien à appliquer ses principes à mon cas personnel. Je travaille dans son esprit, mais pas comme lui. Il y a aussi chez lui un côté ‘Jouons d'abord, réfléchissons ensuite’ qui me plaît beaucoup.

A quelle musique tu t'intéresses aujourd'hui?

Parmi les formes modernes, je dirais la techno. C'est très naïf mais très énergisant, ça me plaît bien. Je crois qu'il y a un parallélisme avec la musique punk de l'époque où j'ai débuté.

Ta musique reflète-t-elle, d'une certaine façon, une ‘prise de position politique’?

Oh, tout est politique, si on veut. Le comportement de chacun a une signification, donc c'est de la politique à la limite. Mais je veux éviter la politique avec un grand P, parce que j'estime que c'est de la merde ou quasi. J'essaie de me construire une vie la plus efficace possible. Et pour y parvenir, à mon avis, il faut chercher une sorte de spiritualité. Donc, la politique... Attention, j’admets que cette manière de vivre n'est valable que pour moi et pas pour les autres. Je comprends bien qu'on se passionne et se batte pour une cause comme la préservation de la forêt amazonienne ou quelque chose de ce style-là. Mais, ma propre vie est guidée par une spiritualité et par la musique, bien sûr.

Tout est jeu

Tu es marié?

Non, divorcé, j'ai deux gamines.

Qu'as-tu appris d'elles?

Une ouverture d'esprit. Je les regarde comme celui que j'étais à leur âge. Chez les gosses, il y a, à la fois, folie et spontanéité. Je me dis qu'elles représentent l'équilibre que j'ai cherché pendant des années... Il suffit de les observer jouer. Pour elles, tout doit être merveilleux, tout est jeu, tout est joyeux : qu'elles s'imaginent être dans le cosmos ou soient simplement dans le jardin… Une ouverture d’esprit qui m'a aidé à voir les choses différemment.

John Wobble, c'est ton vrai nom?

Oui, oui.

Sais-tu que la drummeuse d'L7 a appelé son chien Jah Wobble?

(très pince-sans-rire) Génial, excellent. Il doit effectivement y avoir quelques chiens, quelques chats qui portent mon nom. J'en suis heureux.

Tu portes toujours ce béret?

Non, pas toujours. Des chapeaux ausi. J'aime revêtir de beaux costumes et les assortir d’un couvre-chef. J’adore les grands chapeaux. En général, je suis très, très bien habillé.

Tu imagines ta carrière future?

J'ai l'intention de rester longtemps dans la musique. Et c'est bien, j'y suis à ma place et il y a une place pour moi, je ne dois pas trop me tracasser. Je ne peux pas imaginer un jour en avoir marre au point d'arrêter d’en jouer ou ne plus avoir suffisamment d'idées pour pouvoir continuer. Bien sûr, c'est comme tout le monde, il m'arrive d'être un peu las, surtout quand il s'agit de faire la promo d'un disque. Je t'assure. Par exemple, je déteste accorder des interviews par téléphone. Quelle horreur! Bref, c'est comme quelqu'un qui prend le train chaque jour pour aller au travail, il lui arrive d'en avoir ras-le-bol. Mais, je ne crois pas que je puisse être complètement dégoûté de mon métier au point d'arrêter de le pratiquer.

(Article paru dans le magazine Mofo n°27 de septembre 1994)

 

Dig

Impossible de rester à Los Angeles sans se faire bouffer par le système...

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Dig était présent au 'Pukkelpop' de Hasselt en août 1994. En une demi-heure, il est parvenu à mettre le public dans sa poche. Son premier album date pourtant de l'année dernière. Une oeuvre dont la texture mélodique se trame dans les fibres électriques les plus savoureuses des House of Love, My Bloody Valentine, Radiohead, Smashing Pumpkins, Pixies, Sugar et du psychédélisme floydien de Syd Barrett. Un opus aux textes torturés, sarcastiques, hallucinants. Pour mieux comprendre la nature de Dig, il était indispensable de rencontrer une des deux têtes pensantes de Dig. Scott Hackwith de préférence. Parce que chanteur, guitariste et compositeur, il est devenu en un temps record un producteur demandé...

Si je ne m'abuse, Dig est un groupe relativement jeune, puisqu'il s'est formé en 1993. Mais auparavant, quel était l'emploi du temps de ses musiciens?

Nous avons vécu au jour le jour, exercé de petits boulots journaliers, séjourné au sein de groupes sans importance. Affronté les aléas de l'existence. Acquis une certaine expérience de la vie. Personnellement, j'ai participé au tournage de plusieurs films comme acteur de second plan. Des choses finalement banales par rapport à ce que nous sommes occupés de vivre avec Dig.

Vous venez de San Diego, une ville située à la frontière mexicaine. Or, là-bas, il me semble que la musique qui y est pratiquée trempe essentiellement dans le 'tex mex'. Une explication?

Non, nous sommes originaires de Los Angeles. Mais nous avons vécu un certain temps à San Diego. Disons que la genèse du groupe lui appartient Ce qui explique pourquoi nous ne sommes pas des adeptes du 'tex mex'. En fait les circonstances ont voulu que le groupe se soit formé là-bas. Cela aurait pu être ailleurs, puisque nous voyageons énormément.

Exemple votre séjour prolongé à Boston?

Impossible de rester à Los Angeles sans se faire bouffer par le système. Un groupe qui y végète deux ans est systématiquement récupéré par le business. Tu sais, L.A. est encombré de clubs où il ne vaut mieux pas mettre les pieds. Ils sont à la solde de l'industrie musicale. Nous sommes allés à Boston pour y jouer nos premiers concerts. D'excellents souvenirs! Et avec le recul, je pense que c'était la meilleure solution pour préserver notre indépendance.

Tu aimes la scène de Boston? Pourtant j'ai lu que tu étais surtout attiré par la musique sudiste. Que représente le Paisley Underground pour Dig?

Oui, la scène de Boston nous branche. Les Pixies, Frank Black aujourd'hui, les Breeders, et tous ces groupes du Massachusetts comme Dinosaur Jr. Parce qu'ils ont exercé et exercent encore une influence considérable sur l'évolution du rock américain. La musique sudiste aussi. Aussi bien celle des seventies que des eighties. En particulier Lynyrd Skynyrd qui demeure encore et toujours à nos yeux un symbole. Le Paisley Underground? Ce n'est vraiment pas notre truc! Par contre, nous avons beaucoup de respect pour ce qu'a fait Hüsker Dü. Il a permis à la scène indépendante américaine de se forger une identité. Nous sommes également attirés par tous ces groupes de guitares qui ont fleuri en Grande-Bretagne, en pleine période noisy, comme Swervedriver et Ride...

Pourtant, en comptant trois solistes dans votre line up, nous serions plutôt tentés de croire que vous érigez un mur de guitare comme chez Band of Susans?

Non certainement pas un mur de guitares. Nous accordons trop d'importance à la texture et à la profondeur de nos lignes mélodiques. Hormis le nombre de guitaristes, nous n'avons aucun point commun avec Band of Susans et tous ces autres groupes new-yorkais.

Comment interpréter tes lyrics? Comme un message social? Un exercice de style surréaliste. Ou un épanchement d'ironie pure?

Je ne me considère pas comme un écrivain ou un poète. J'aborde des thèmes qui m'intéressent et surtout qui m'émeuvent. J'essaie de composer de bonnes chansons. En général, l'inspiration vient assez spontanément. Je me vois mal passer des heures à sécher devant une feuille vierge. Tout dépend de mon état d'esprit. Je ne pense cependant pas que mes textes adoptent un ton systématiquement ironique. Mais il est exact que je les aborde, en général, sous un angle humoristique. Quelquefois, je suis même le seul à comprendre mes propres plaisanteries... (rires)

Tu as produit le dernier album des Ramones. Une fameuse carte de visite, non?

Au départ, j'ai pensé que c'était une blague. Tu imagines toi produire les Ramones? D'autant plus que je n'ai pas de bagage technologique extraordinaire. Mais sincèrement, il n'a pas fallu beaucoup me pousser pour accepter. Pourtant, je n'ai compris le mobile de leur choix qu'au cours des sessions d'enregistrement. En fait, ils recherchaient tout simplement un dépaysement, tout en bénéficiant de bonnes conditions de travail. Prendre leur pied dans une ambiance très cool. C'est primordial pour eux! Ils sont beaucoup trop expérimentés pour recevoir des conseils. Finalement, n'importe qui aurait pu prendre ma place. Je pense que de plus en plus d'artistes essaieront de trouver des producteurs susceptibles de les ressourcer. C'est en tous cas mon point de vue.

L'intérieur de la pochette est illustré par différentes photographies d'un chien. Une raison particulière?

C'est mon chien. Un phénomène! Je lui ai consacré quelques lignes dans la chanson "Mothership". (NDR: il s'appelle Frampton, mais rien à voir avec Peter Frampton!).

Tu as un jour déclaré que les drogues étaient une partie de ta vie. Que simplement refuser en Amérique n'était pas concevable. Peux-tu préciser ta pensée?

J'ai eu recours aux drogues. Cette consommation faisait partie de mon existence. Mais il est difficile d'en parler pour tout le monde... Mes anciens amis et moi-même formions un cercle très fermé, décidé à fuir et à contester la triste réalité du monde. Il nous arrivait de fumer un joint au cours de ces réunions... Mais au fil du temps, tous ces potes ont trouvé du boulot, se sont mariés, ont eu des enfants, ont renoncé à ces rencontres. Personnellement, je ne me sens pas prêt à entrer dans ce monde d'adultes. Et si je devais m'y jeter, ce serait contre ma volonté...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 27 - septembre 1994 - de Mofo)

Ozric Tentacles

Les accidents utiles…

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Des néo baba cools qui jouent une musique atmosphérique préparée à base de rock, de jazz, de new age, de reggae, de techno, de world et de psychédélisme. Ils aiment le Floyd, Spacemen 3, Yes, Gong et The Orb et accordent une grande importance à l'improvisation. Ils ont multiplié les concerts depuis 1982 ; si bien qu'aujourd'hui, leurs prestations ‘live’ sont absolument stupéfiantes, comme celle accordée au festival de Dour en juillet dernier.

Rencontre avec Ed Wynne, le guitariste, John Egan, le flûtiste, et Joie Hinton, le claviériste, deux heures avant leur set mémorable...

Combien de concerts avez-vous joué depuis ‘Stonehage’, en 1983? (rires)

Ed : Approximativement, une bonne centaine. Peut-être plus!
Joie : Si notre mémoire est bonne!

Est-ce que jouer ‘live’ est un peu votre vie ?

Joie : J'y consacre un tiers de ma vie. La seconde est réservée au studio. Et la troisième à ne pas jouer de la musique. La vie familiale revêt également une certaine importance pour chacun d'entre nous. Même si une partie de mon habitation a été transformée en studio. Un amour de studio d'enregistrement ! Mais nous ne jouons pas 365 jours par an. Voilà la description de mon emploi du temps.

Le clan Ozric Tentacles vit-il en communauté ? Partagez-vous les idées de la génération hippie des seventies ?

Joie : Non, nous ne vivons pas ensemble et ne souhaitons pas fonder une communauté. Nous avons chacun notre chez soi.
Ed : Nous ne partageons pas les idées des hippies et n'essayons pas davantage de les propager auprès de notre public.

Pensez-vous qu'Ozric Tentacles appartient à un monde où le punk n'était rien d'autre qu'un mauvais voyage à l'acide ?

Joie : Effectivement. Pourtant, notre drummer, Merv, a sévi au sein d'un ensemble punk. Mais il avait les cheveux trop longs pour y végéter. Sans quoi je partage totalement ce point de vue.

Zia est impliqué chez Union, alors que Joie et Merv participent aux expérimentations d'Eat Static. Quel est l'intérêt de cette dispersion?

Joie : Le plaisir, l'amusement. Découvrir de nouvelles perspectives sonores.

Est-il exact qu'en public, lorsqu'un musicien commet une erreur, le groupe la répète quatre fois, de manière à marquer un nouveau point de départ pour la suite des événements? Quelle est la part d'improvisation dans votre musique? Vos compositions arrivent-elles par accident?

Joie : Oui, de nombreuses compositions arrivent par accident. Et nous commettons de nombreuses erreurs (rires). Il est exact que lorsque quelqu'un d'entre nous se fourvoie, nous reproduisons quatre fois son erreur pour indiquer une nouvelle orientation musicale à suivre. Une justification pour multiplier les erreurs (rires). Elles sont très utiles, je les affectionne...
Ed : Près de cinquante pour cent de notre musique est improvisé. Nous structurons une base à nos compositions qui se retrouve sur disque. Mais elle doit être susceptible d'être retravaillée. Ce qui nous permet de nous rendre où bon nous semble... Deux à trois titres interprétés ce soir iront certainement dans ce sens...

Les parties vocales sont pratiquement inexistantes dans la musique d'Ozric Tentacles. Pensez-vous que le chant soit un mauvais instrument ? Et pourquoi ?

Ed : Non, pas du tout. La voix est un merveilleux instrument. Mais nous avons opté pour une musique essentiellement instrumentale, parce qu'elle permet de communiquer davantage de feelings. J'aime la voix humaine. Cependant chez la plupart des groupes, je suis incapable de comprendre ce qu'elle exprime. Evidemment, des paroles permettent de soulever des questions sur la vie politique ou les problèmes rencontrés par notre société. Mais ces questions, je préfère me les poser, voire en discuter. Pas m'en servir comme message idéologique. Jon chante un peu sur l'une ou l'autre chanson.
Jon : Oui, quelques mots. Mais ils restent très vagues. Ils servent à la texture musicale, et l'auditeur est libre d'en faire sa propre interprétation.

Ozric Tentacles prône-t-il les vertus du psychédélisme spatial comme le Floyd, Spacemen 3, Gong et Hawkwind ?

Joie : Nous partageons des perspectives similaires. Notamment l'évasion dans l'infini spatial comme chez Pink Floyd, Spacemen 3 et Yes.

Gong n'a-t-il pas exercé une influence majeure sur le groupe ?

Ed : Oui, mais lorsqu'il était au sommet de son art. C'est-à dire lorsque Daevid Allen et Steve Hillage l'administraient. Nous avons surtout absorbé son feeling. Et puis la sonorité très cosmique des guitares.

Qu'est-ce que le psychédélisme pour Ozric Tentacles ? (long silence)

Joie : Quelle est la question?
Ed : Euh! Euh! Euh ! Qu'est ce que le psychédélisme ? Euh! Euh! Euh !...

Une musique pour l'esprit ?

Ed : Oui, pour l'esprit et le corps !

Source d'inspiration ?

Ed : Susceptible de l'être ! Je n'ai jamais abordé ce sujet en profondeur. Personne ne sait réellement ce que le terme psychédélisme veut dire. Si tu le traduis littéralement, tu obtiens ‘couleur de l'esprit’. Une explication comme une autre. Personne n'est jamais parvenu à m'en donner une signification exacte. Certaines formes de drogues sont psychédéliques... Je ne sais pas vraiment... Une forme de musique destinée à pénétrer dans le labyrinthe du subconscient, sans doute.

Oui, mais n'est-ce pas trop dangereux de s'y aventurer ? La folie ne guette-t-elle pas au bout du périple?

Ed : Dangereux ? Peut-être ! C'est fascinant en tous cas. Mais si tu entraînes l'auditeur dans ce voyage étrange, tu dois être sûr qu’il soit confortable. Et choisir le secteur précis à explorer. Ce que nous proposons de lui faire découvrir n'est pas dangereux. Nous ne voulons pas le conduire à la folie, mais simplement l'inviter à ressentir une bonne vibration, le rendre heureux...
Joie : De très étranges questions!

Kevin Ayers estime que la musique psychédélique est devenue pornographique parce qu'elle s'est prostituée au graphisme. Il cite le cas de The Orb, en exemple. Qu'en pensez-vous?

Ed : J'aime beaucoup The Orb. De la musique porno ? Qu'est-ce qu'il sous-entend ? Ce n'est pas mon avis. Nous ne sommes pas du tout sur la même longueur d'ondes. Sensuelle oui, mais certainement pas porno !

La musique d'Ozric Tentacles, c'est une bonne potion pour élaborer les bandes sonores cinématographiques ?

Joie : A une certaine époque, j'ai composé des ‘soundtracks’ pour la télévision. Mais je n'ai jamais eu l'occasion d'en adapter pour le cinéma. J'aimerais vivre cette aventure. Ce serait formidable!

Bernard Dagnies.

Article paru dans le n° 26 du magazine Mofo de septembre 94

 

Ian McNabb

Un peu comme si j'étais parti en week-end avec la femme de Neil Young?

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Ian McNabb, c'est l'ancien chanteur compositeur d'Icicle Works, groupe liverpuldien né au début des eighties, responsable de petites perles pop comme "Birds fly", "Love is a wonderful colour" et "In the cauldron of love". Depuis la séparation du groupe, soit en 88, il tente un come back en solo. Mais jusqu'il y a peu, il faut avouer qu'il ne s'était guère montré à la hauteur de son talent. Voici quelques mois une idée saugrenue lui a traversé l'esprit: pourquoi ne pas demander au Crazy Horse de participer à l'enregistrement de son nouvel album? Et figurez-vous que le mythique combo de Neil Young a accepté la proposition. Si bien que son "Head like a rock" a pris une coloration électrique tout à fait inattendue, très intense, et puis surtout savoureusement garage. Rencontrer Ian Mc Nabb? C'est un véritable plaisir! Un chouette gars, humble, chaleureux, enthousiaste et très lucide...

J'ignore combien d'interviews tu as accordées cet après-midi, mais quelle est la question qui t'a été le plus souvent posée? Y donnes-tu toujours la même réponse?

Excellente entrée en matière! Il est exact que la plupart des interviews ressassent les mêmes questions. Et ce n'est pas toujours très rigolo. Au fil du temps, tu ressembles à un automate (NDR: il remue la mâchoire comme un automate). Aussi, j'essaie de traiter une même question, posée par différents interlocuteurs, sous un angle différent. J'exécute en quelque sorte un exercice de style. Une attitude qui me permet d'échapper à une certaine lassitude. Ah oui, j'y arrive! Le sujet le plus régulièrement soulevé concerne la collaboration du Crazy Horse de Neil Young pour l'enregistrement de mon album.

Tu t'attends donc à ce que j'aborde cette question?

C'est tout à fait naturel!

Comment t'es-tu débrouillé pour décrocher le concours du Crazy Horse?

Tout simplement en leur demandant. En vingt-six ans, personne n'y avait jamais pensé, à l'exception de Neil Young. Et pourtant, ils ne me connaissaient pas. Je leur avais envoyé le CD "Truth & Beauty", mais ils l'avaient égaré. Ils ignoraient totalement ce que j'allais leur proposer. On n'a pas tellement discuté. Juste le temps de brancher les guitares aux amplis et de jouer quelques accords. Le courant est passé instantanément entre nous. Ce qui explique pourquoi ils ont accepté de se mouiller au projet.

Comment se sont déroulées les sessions d'enregistrement?

Au départ, j'étais un peu impressionné de devoir me frotter à des artistes aussi prestigieux. Toute la crème de Los Angeles y était. Et puis surtout Billy Talbot et Ralph Molina. Ce sont de véritables pros qui ne laissent rien au hasard. Lorsqu'ils prennent les choses en mains, on se sent emporté comme dans un tourbillon. Je dois avouer que parfois, j'ai été quelque peu dépassé par les événements. Mais au bout du compte je suis enchanté du résultat. Tu sais, c'est un peu comme si un rêve d'enfance venait de se réaliser. Je reste un grand admirateur de Neil Young, je ne m'en cache pas...

Quel sentiment as-tu éprouvé en te substituant à Neil?

Je n'ai jamais voulu prendre la place de Neil! Ce serait présomptueux de ma part! Et cela n'a jamais été dans mon intention. Je souhaitais simplement inoculer à mes chansons cette sonorité si particulière, si électrique. Et à mes yeux, seul le Crazy Horse pouvait me le procurer. Pourtant, au départ, Neil n'était pas tellement ravi de voir son groupe collaborer avec un autre musicien que lui. Il avait l'impression d'être trahi. Un peu comme si j'étais parti en week-end avec sa femme. Mais pour Billy et Ralph, Neil avait bien eu des aventures avec d'autres formations. Alors pourquoi pas eux?

Comme l'an dernier, lorsque Neil a tourné avec Booker T and the MG'S?

Figure-toi que ce périple ne s'est jamais achevé. Neil n'était pas tellement satisfait des prestations, et il a abandonné le projet bien avant le milieu de la tournée. Neil est un personnage très sensible, mais également exigeant, tant pour lui-même que pour les autres...

Où en est l'idée de tourner 'live' en compagnie du Crazy Horse?

Nous avons accordé quatre dates en Angleterre. A Liverpool, à Manchester, à Londres et au festival de Glastonbury. Pour la suite, tout dépendra du succès de l'album. S'il marche très fort, une tournée mondiale pourrait être envisagée. Mais cette décision est indépendante de ma volonté.

Pourquoi avoir choisi la marionnette Reginald Prickpuss pour orner la pochette de "Head like a rock"?

Nous cherchions une idée originale pour l'illustrer. Pas une banale reproduction ou une photographie sclérosée. Mais quelque chose qui frappe l'imagination. Et le hasard a encore bien fait les choses, puisque nous sommes tombés sur cette marionnette ventriloque en feuilletant des magazines. Nous avons trouvé l'idée originale et surtout très amusante (il mime, louche et grimace en même temps, déclenchant un grand éclat de rires). Il donne aussi une petite idée du climat qui a régné tout au long des séances d'enregistrement. Et puis, certaines pochettes exercent un certain magnétisme, une certaine attraction. On ne parvient pas toujours bien à en comprendre la raison. Celle-ci tranche en tous cas avec les tronches d'enterrement des photos de groupes proposées habituellement. Elle saute immédiatement aux yeux. Et pour cristalliser l'image de Reginald dans l'esprit des gens, nous avons tourné un clip en compagnie de la marionnette...

Es-tu autobiographe?

Tu vises sans doute les chansons "Fire inside my soul" et "Child inside a father". J'accorde une certaine place aux expériences vécues dans mon écriture. Mais ce n'est pas systématique. A travers ces deux titres, j'ai voulu résumer en quelques flashes les moments les plus marquants de mon existence. Mais je laisse également ma plume voguer au gré de mes rêves les plus inaccessibles. L'être humain traverse pour l'instant une histoire chargée de tant d'événements tristes. Je ne sui pas John Lennon! Lorsque les Beatles se sont séparés, il était devenu exclusivement autobiographe. Une attitude qui l'a rendu hermétique au monde contemporain. C'est trop introspectif. Cette source d'inspiration n'est pas idéale!...

Les States semblent toujours te fasciner. Dans le passé, il t'est arrivé de prendre un accent yankee pour interpréter l'une ou l'autre chanson. Pour enregistrer "Head like a rock", tu t'es exclusivement entouré de backing vocaux américains. Pourtant, tu es issu de Liverpool, fief des Beatles. N'es-tu pas occupé de renier tes origines?

Je ne vois franchement personne susceptible d'arriver à la cheville des Beatles. Leurs harmonies vocales étaient tout à fait exceptionnelles. Même en solo, ni George, Paul, Ringo ou John, ne sont parvenus à retrouver cette magie. Et je ne parle pas des groupes comme Squeeze, Tears For Fears ou des Australiens Crowded House qui ne sont que de pâles imitateurs. Parmi les chansons des Fab Four, "I wanna hold your hand" et "Magical Mystery Tour" demeurent à mes yeux les plus belles. Pas que je sois indifférent aux autres. Mais ce sont celles que je préfère. Ma musique, je la veux dans l'air du temps, actuelle. C'est peut-être la raison pour laquelle je suis attiré par tout ce qui se fait au States. Et puis, je souhaitais bénéficier de choeurs gospel sur certaines de mes chansons; or, et c'est chez les artistes noirs américains que tu trouves les choristes les plus talentueux.

Que penses-tu du "Best of Icicles Works" concocté par Beggars Banquet? Quels sont aujourd'hui les rapports que tu entretiens avec les musiciens du défunt combo?

Le label m'avait demandé l'autorisation de sortir cette compilation. Je ne m'y suis pas opposé, mais je ne me suis pas tellement soucié du contenu de ce recueil. Finalement, j'ai peut-être eu tort de ne pas m'impliquer davantage dans la sélection des titres, car ce disque ne reflète pas exactement ce qu'Icicle Works a réalisé de meilleur. Ce qui n'a pas empêché le CD de bien se vendre. Mais ce n'est certainement pas un "best of". J'envisage d'ailleurs d'en sortir un plus conforme à la réalité, un disque qui permettrait au public de se faire une idée plus exacte de l'histoire du groupe... Lorsque la formation s'est séparée, nous ne pouvions plus nous voir en peinture. On se regardait comme des chiens de faïence. Mais le temps a cicatrisé les blessures. Et il nous arrive à nouveau de nous rencontrer. De prendre un verre, de discuter, de rigoler ensemble. C'est à peine si on se souvient encore du motif de la discorde qui a entraîné la disparition du groupe. Mais je n'aime pas trop fouiller dans le passé. Je préfère aller de l'avant. Je n'ai que trente-trois ans, et je pense sincèrement avoir acquis suffisamment d'expérience pour enfin pouvoir me réaliser. Je ne me suis jamais senti aussi proche du sommet de mon art...

Version originale de l'interview parue dans le n° 26 de septembre 94 du magazine Mofo

 

Oasis

Definitely Maybe

Oasis est occupé de gagner la faveur de toute la jeunesse insulaire. Ils sont jeunes, beaux, ambitieux, impertinents. Et ont déjà hérité du pseudonyme Sex Beatles. Pourtant, dans leur musique, pas question de samplings, de sequencers ou de boîte à rythmes; mais une solution électrique conçue dans la plus pure tradition britannique. Nous vous avions annoncé la couleur lors de la sortie du single "Love Forever". "Definitely Maybe" répond tout à fait à notre attente. Onze hits potentiels qui scellent idéalement le point de rencontre entre la pop et le rock. Onze mélodies contagieuses, amphétaminées par la voix ‘rottenesque’, gémissante de Liam Gallagher et transcendées par les cordes de guitares crépitantes, acérées, soniques de son frère Noël. Onze chansons qui réverbèrent les échos les plus vulnérables des Fab Four, des Stones, Pistols, Smiths, T Rex, Mondays, Crazy Horse et puis surtout des Stone Roses, auxquels ils n'auront guère de difficultés à se substituer depuis que cet autre ensemble mancunien brille par son silence. Et n'imaginez surtout pas qu'Oasis risque de souffrir du même syndrome, puisque apparemment Liam compose comme il respire. Epatant!

 

Kevin Ayers

Le psychédélisme? De la musique porno!

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Musicien aux talents multiples, parolier à l'humour sarcastique, à la nostalgie douce-amère, au goût prononcé pour toutes les formes de désuétude, de décadence, voire de 'non sens', cet adepte du psychédélisme sous sa forme la plus pure a réalisé un come-back très remarqué en 1992. Après plus de cinq années de silence, il est sorti de sa résidence dorée d'Ibiza pour graver un nouvel album "Still life with guitar". Et depuis, cet ex membre fondateur du Soft Machine a repris le chemin des tournées. La plupart du temps en duo... Rencontre d'un personnage mythique, à la personnalité fascinante qui pousse la gentillesse à nous accorder, comme Peter Hammill, son interview dans la langue de Molière et accepte d'évoquer un passé pourtant encore douloureux...

Avant de sortir "Still life with guitar", en 1992, tu es demeuré cinq ans sans donner signe de vie. Y-a-t-il une explication à ce long silence?

Pas vraiment ! Dans la vie on n'a parfois plus rien à dire. Lorsque tu composes, l'inspiration ne vient pas sur commande. Lorsque tu te réveilles le matin, tu es incapable de savoir si tu vas écrire quelque chose d'intéressant. Tu peux avoir l'intention de le faire. Travailler toute la journée et toute la nuit, mais sécher devant une feuille vierge. L'écriture n'est pas une discipline automatique. D'ailleurs, l'étincelle peut jaillir n'importe où, même aux toilettes... (rires)

"Still life with guitar" est donc un titre chargé de significations?

Oui, mais en anglais, il a un double sens. Il se traduit également par nature morte. Disons que c'est un équilibre entre les deux significations...

Un CD de Kevin Ayers est sorti voici deux ou trois mois. Je suppose qu'il ne s'agit pas d'un nouvel album? Pourquoi ne bénéficie-t-il d'aucune promo?

Ce n'est pas un nouvel album, mais une compilation qui inclut des sessions d'enregistrement 'live' réalisées pour l'émission radio de John Peel. C'était très intéressant. Mike Oldfield y a participé. On avait plein d'idées, et on a travaillé sans la moindre contrainte. Le problème de promo n'est pas de mon ressort. C'est effectivement ennuyeux, mais la distribution est hors de mon contrôle...

Je constate que Mike Oldfield répond toujours présent lorsque tu fais appel à lui. Est-ce que tu comptes encore reconduire la même équipe pour concocter ton prochain opus?

Ce serait difficile, puisque Olie Halsall n'est plus de ce monde. Je sais que sa disparition n'a pas fait grand bruit, mais elle était à l'image du personnage. Discret, énigmatique, il n'a jamais voulu suivre le chemin normal du rock'n roll. Il a toujours voulu côtoyer des gens bizarres comme moi, et il est parti sans faire de bruit. Mais tu peux demander à n'importe quel guitariste ce qu'ils pensent de lui, et tu recevras invariablement une réponse élogieuse à son sujet. Parce que c'était un personnage extraordinaire. Sa disparition m'a beaucoup affecté...

Sur "Still life with guitar", on a l'impression que tu concentres toute ton énergie sur les guitares acoustiques. Est-ce un nouveau credo ?

Non, puisque j'ai commencé dans ce style ; et finalement, c'est celui que je préfère. J'aime également la guitare électrique et les sonorités électroniques. Mais je trouve que la guitare sèche est plus humaine, plus chaude, plus naturelle. Si tu ne comprends pas le feeling de la guitare acoustique, tu ne comprendras jamais rien à la guitare. Si tu es incapable de tirer quelque chose d'intéressant d'une seule corde ou d'un seul accord, tu resteras toujours incapable de le faire avec cinq, dix ou quinze. C'est un feeling. Et le feeling naît avec la guitare acoustique...

Est-ce que joues encore de la basse?

Pas pour l'instant. Mais, c'est l'instrument que je préfère. Parce que je le considère comme le coeur de l'orchestre. Et que si tu veux jouer de la guitare, il est indispensable de connaître aussi la basse. Des tas de guitaristes pensent être capables de jouer de la basse, mais ils la traitent comme une guitare électrique. Or, il y a une différence fondamentale entre les deux instruments. J'aimerai bien encore en jouer. Mais je suis incapable de chanter en même temps. C'est à cause de ma manière de chanter. Parce que ma voix passe toujours à travers le rythme. Mais chanter sans relief ne m'intéresse pas. C'est pourquoi, j'ai besoin d'une base solide derrière moi. Jouer de la basse et chanter en même temps est une opération que je ne suis pas encore parvenue à réaliser.

Au début de ta carrière, tu étais fort impliqué dans la musique psychédélique. Quel regard portes-tu sur le retour de ce style dans les nineties. Sur ce que réalise Steve Hillage dans ce domaine avec The Orb? Et d'une manière générale sur l'évolution du rock?

Je n'ai pas eu l'occasion d'écouter The Orb. Je suis un jour tombé sur Steve occupé à triturer des samples de Jimi Hendrix. Cela lui a d'ailleurs causé des problèmes. Il m'a dit qu'il considérait ces manipulations comme de l'art. Qu'il travaillait comme un peintre qui choisissait ses couleurs avant de les appliquer sur une toile sonore. Une manière de voir les choses, mais que je ne partage pas. J'ajouterai même que je n'aime pas du tout ces tripotages. Je préfère choisir mes propres coloris... Le rock contemporain ne va pas très bien. Il existe bien sûr des exceptions, mais en général, il manque de passion, d'engagement. De plus aujourd'hui, comme il y a moins de choses à dire, le risque de se répéter est beaucoup plus grand. La musique la plus effective, la plus actuelle, est le rap. Elle est directe, véhicule des thèmes brûlants sur les problèmes rencontrés par la génération nouvelle. Mais c'est plus une musique à danser qu'à écouter. En plus, elle est plutôt morose. Attention, je n'ai pas dit qu'elle était mauvaise...

Kevin Coyne qualifiait le rap de blues du XXème siècle.

Une excellente image. Je partage entièrement son point de vue...

Et le psychédélisme?

De la musique porno. Elle s'est prostituée au graphisme. Je n'en ajouterai pas davantage. J'apprécie pourtant toujours l'énergie qu'elle manifeste. Elle est toujours vivante. Parce que la chose la plus importante dans la musique demeure l'énergie. Tu peux écouter une chanson avec des paroles banales, mais son énergie peut te transporter. Car le reste n'est plus que forme et style. Il n'y a plus rien de nouveau à se mettre sous la dent. Il faudra peut être attendre une invasion d'extraterrestres pour voir fleurir de nouvelles idées. Ce qui ne veut pas dire que je ne considère pas la musique comme positive.

Est-ce que tu croises encore Daevid Allen, Robert Wyatt et Mike Ratledge?

Daevid Allen, oui ! Nous avons effectué une tournée ensemble aux States. Nous nous sommes produits dans une vingtaine de petits clubs. Au départ, ce périple n'était pas très intéressant, mais la multiplication des sets nous a permis de nous y retrouver. Une expérience assez difficile à vivre, cependant. Parce que tu passes la plupart de ton temps dans un avion ou dans les aéroports. Robert Wyatt et Mike Ratledge? Aucune idée de ce qu'ils deviennent!

Tu as eu l'occasion de travailler avec Nico à plusieurs reprises, et notamment pour la confection de ton fameux elpee "The Confessions of Doctor Dream and other short stories". Quel sentiment as-tu éprouvé lors de sa disparition?

Cela devait arriver. Je n'ai rien à ajouter à ce propos. C'était dans la logique des choses...

Si tu en avais l'occasion, quelle période de ton existence changerait volontiers?

Mon éducation scolaire. J'ai suivi un enseignement militaire, strict. L'école était académiquement correcte, mais désastreuse au niveau du contact humain. Cette école était totalement homosexuelle. Sadique. Et pas seulement à cause des châtiments corporels infligés, mais à cause de l'attitude misogyne de son personnel. Les femmes étaient proscrites de l'établissement. Et lorsque je suis sorti de cette école, je ne savais pas ce qu'était une fille. Je ne parle pas au niveau de la sexualité, mais du contact humain. J'avais alors seize ans. Tu imagines le gâchis! Mon départ dans la vie, tu vois, n'était pas vraiment idéal...

Au bout de combien de temps, le soleil commence à te manquer, lorsque tu es en tournée?

Il existe différentes sortes de soleil. Le soleil de l'âme est certainement le plus important. Pas le soleil qui brille. Il ne doit pas toujours nécessairement briller dans le ciel, mais bien dans l'âme des gens...

Version originale de l'interview parue dans le n° 25 (juillet 1994) du magazine MOFO