La première ébauche de Beguiling Junior

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Un diptyque pour Then Comes Silence

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Triggerfinger

Pulsations irrésistibles…

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Afin de promotionner leur quatrième opus, « By absence of the sun », qui sortira ce 21 avril 2014, Triggerfinger opère une tournée des clubs ; et elle passait par De Kreun à Coutrai, ces 16 et 17 du même mois. Des concerts baptisés ‘Try out’ (Traduction : essai) et destinés à préparer la ‘release party’ prévue à l’AB, ce 2 mai. Bref après avoir interviewé le trio (voir ici), votre serviteur était curieux de prendre le pouls du combo en ‘live’ au sein d’une petite salle, avant qu’il ne se produise lors des festivals d’été, dont le TW Classic, le Rock Werchter et le Main Square.

En entrant dans la salle, la chaleur est déjà suffocante. Et au lieu de commencer à 8 heures, le set est retardé d’une heure. Sur le podium, on remarque que si la batterie est au centre, elle est légèrement en retrait, mais surtout bien surélevée. A l’heure fatidique, on entend des bruitages, les mêmes qu’on retrouve en intro du premier morceau du nouvel elpee. Le show va donc bien commencer par « Game ». Le trio monte donc sur l’estrade, vêtu de costards différents de ceux qu’ils portent sur la pochette, mais toujours aussi bcbg. Mario, le drummer, a même enfilé une veste rayée, comme celles des figurants de la fameuse série télévisée anglaise, ‘Le Prisonnier’. Et dès le départ, on est rassuré, Triggerfinger a toujours autant la pêche et son stoner continue de groover à souhait. Le son est naturellement puissant. L’intensité des compos bien palpable. Et Triggerfinger s’en donne à cœur joie. Non seulement Ruben a un fameux charisme, mais c’est un remarquable guitariste. Lorsqu’il égrène ses notes ou ses riffs, ce n’est pas pour épater la galerie, mais pour les mettre au service de la chanson. Et c’est ce que votre serviteur apprécie le plus chez un sixcordiste.

Derrière le groupe, on remarque la projection –un peu pâle quand même– de la tapisserie vintage qui sert de décor à leur pochette. Mais c’est surtout le nouveau light show qui impressionne. Des carrés amovibles, mais disposés géométriquement, au sein duquel de petits faisceaux (doit y en avoir une trentaine, mais ils peuvent également être réduits de moitié, voire d’un quart, suivant les circonstances) balaient l’estrade de leurs couleurs blanches, bleues, rouges et parfois même stroboscopiques. Sans oublier le plafond couverts de spots plus laiteux. Le tout adapté aux différentes compos. Impressionnant ! La setlist épingle l’une ou l’autre plage des deux premiers elpees, mais évidemment plusieurs titres issus de « By absence of the sun », et notamment le boogie « An there she was, lying in wait » ainsi que le très ‘zzztopien’ « Perfect match », nous rappelant que le groupe puise ses racines dans le blues ; et du précédent opus, « All dancing around », dont le titre maître. Une compo au cours de laquelle Ruben monte sur les enceintes, alors que Mario se réserve son rituel solo de drums. Et quand il frappe sur ses fûts, il est toujours aussi percutant et précis. Parfois, il se lève de son siège et harangue la foule en levant ses baguettes. Le concert s’achève par « My babe’s got a gun », un morceau qui débute lentement, sur un rythme martial. Les accords de guitare pulsent comme un battement de cœur. Puis c’est l’explosion, ces pulsations montent alors au moins à 180, avant de revenir, in fine, à une cadence cardiaque plus paisible…

Le rappel sera un peu plus particulier. Ah oui, j’allais oublier de le signaler, il fait de plus en plus chaud, voire même torride, dans la salle ; et pourtant, jamais les musicos n’enlèveront leur veste… Ruben a empoigné une six cordes pour attaquer le plus indolent « Without a sound », qu’il va chanter en mode falsetto. Mario se sert d’un clavinet miniature et Monsieur Paul pianote sur un synthé. Le trio embraie ensuite par leur tube, la cover de Lykke Li, « I follow rivers ». De nombreux spectateurs reprennent les paroles en choeur. Paul et Mario assurent les backing vocals et ce dernier imite le son d’une boîte à rythmes, à l’aide de sa bouche. On aura encore droit à « Black Panic », au cours duquel Mr Block utilise ce ‘delay’ si particulier. Et soudain, le franc tombe. Il est utilisé de la même manière que les Hollies, et en particulier sur leur hit « The day that curly billy killed crazy Sam McGee », paru en 1973. Le concert s’achève alors par « Cherry », une compo plus ténébreuse et complexe, plus proche alors d’un Queens of The Stone Age. Applaudissements longs et nourris, avant que nos trois lascars ne viennent ensuite saluer la foule, bras dessus, bras dessous…

Organisation De Kreun

Pour les photos du 16 avril, c'est ici et celles du 17, c'est là

 

 

 

 

Amatorski

A pas feutrés

Écrit par

Entre pudeur et retenue gracile, le groupe gantois, récemment signé chez Crammed Disc, présentait ce soir son nouvel album, devant un parterre d’invités.
Sur la pointe des pieds, Inne Eseyrmans et ses deux comparses, levaient donc le voile sur “From Clay to Figures”, album sur lequel nous aurons bientôt l’occasion de revenir.

Contraste saisissant à premier abord, entre la lumière crue des éclairages projetée sur un mur de béton blafard et la musique feutrée d’Amatorski, qui tel un papillon venant à se poser sur un néon blanc, cherchait tout autour un peu de chaleur réconfortante.

Quelques échanges de politesse avec une poignée d’amis parsemés dans le public (tout juste une quarantaine de spectateurs attentifs), allaient permettre à la timide chanteuse de trouver ses marques.

Pour le reste, l’aperçu du nouvel album était présenté de manière juste, sans aucune fioriture, ni aucune surprise.

Si le visuel est appelé à magnifier les compositions du groupe sur scène dans un avenir proche (notamment le 21 mai prochain dans le cadre des nuits du Botanique), les chansons étaient ce soir présentées dans leur plus simple appareil.

Un dépouillement à fleur de peau qui mérite nettement mieux qu’un éclairage de cantine mais qui offre à entendre la face épurée de compositions savamment mises en avant sur disque de par une production léchée.

Ce soir le groupe déployait encore timidement ses ailes, mais gageons que très vite, ils seront hors de vue, planant loin au-dessus de nos têtes rêveuses.

(Organisation : PiaS)

 

Wild Beasts

Pros jusqu’au bout des ongles…

Écrit par

Wild Beasts vient donc d’enregistrer son quatrième album. Intitulé « Present Tense », il est paru sur le label Domino. En se produisant au Botanique ce mardi 15 mai, on se demandait si la formation insulaire (NDR : elle nous vient de Leeds) allait confirmer en ‘live’, le léger virage pris en direction d’une électro-pop à tendance 80’s, sur disque. De quoi confirmer tout le bien que la critique pense d’eux depuis maintenant près de six ans. C’est, en outre, la cinquième fois que le groupe foule la scène de la salle bruxelloise.

Pour assurer leur première partie, Wild Beasts a invité des compatriotes : Money. Un combo mancunien qui marche sur les traces de leurs hôtes. Et pour cause, il est également réputé pour dispenser une pop classieuse et théâtrale. Je suis malheureusement arrivé en retard et je n’ai pas eu le loisir d’assister à leur set. Néanmoins, en recueillant quelques échos auprès de quelques spectateurs, il appert que leur prestation était de bonne facture. A ne plus manquer la prochaine fois, donc…

En pénétrant dans la salle, je jette un coup d’œil furtif vers le podium. On y remarque la présence de deux claviers installés au centre de la scène ; et ils se font face. Le virage synthétique semble donc se confirmer. Vers 21 heures, le quatuor monte sur l’estrade, sous les acclamations du public. Professionnels, ils ont prévu une introduction qui en jette. Malheureusement, la magie du direct les stoppe illico dans leur élan. Un des claviers ne fonctionne pas ! Faux départ ! Les musicos retournent derrière les rideaux pendant que plusieurs techniciens s’activent à réparer la panne. Après dix bonnes minutes et face à un public devenu sarcastique, ils reviennent sur les planches. Les choses sérieuses peuvent maintenant enfin commencer.

D’emblée, deux éléments impressionnent : la voix sensuelle et maîtrisée de Hayden Thorpe (également au clavier, à la basse et à la guitare) et l’éclairage. Sa voix constitue clairement la valeur ajoutée de Wild Beasts. C’est elle qui véhicule les émotions au sein des compositions du groupe. Tom Fleming (chanteur, clavier, guitare, basse) est également préposé au micro, mais s’il a également un bel organe, il fait un peu pâle figure par rapport à celui de son acolyte. Deuxième élément, scéniquement, malgré une intro ratée, les Anglais maîtrisent leur sujet. Chaque morceau, grâce surtout à la qualité du light show, baigne au sein d’une atmosphère spécifique. Les tons et les rythmes sont adaptés aux morceaux. Autrement dit, chaque titre interprété est une découverte ; et on n’a pas le temps de s’ennuyer.

Pendant un peu plus d’une heure, Wild Beasts va alterner anciennes et nouvelles compos. Mais votre serviteur a surtout apprécié les morceaux issus du grandiose deuxième elpee, « Two Dancers ». A mon humble avis, elle restent un ‘must’ tant au niveau des mélodies, des rythmes que des ambiances. Certaines évoluent malheureusement à la limite du mauvais goût. Et on même failli faire perdre à l’auditoire le fil conducteur du concert. Heureusement, à chaque fois, la bête s’est relevée.

Que ce soit à travers des moments solennels ou plus difficiles, la formation anglaise a démontré qu’elle était devenue pro jusqu’au bout des ongles. Et la mise en scène particulièrement efficace en est certainement une autre illustration…

(Organisation Botanique)

 

 

Katie Melua

Un peu de douceur dans ce monde de brutes !

Écrit par

Un peu de douceur dans ce monde de brutes ! En cette fin de semaine printanière, que demander de plus lorsqu’on est installé dans un siège confortable, au Cirque Royal, pour admirer la belle Géorgienne et écouter sa douce voix qui va nous bercer le temps d’une soirée.

Votre serviteur débarque à la fin de la première partie assurée par Joel Harries, qui a le courage d’affronter une salle bondée, seul à la gratte. Ses ballades intimistes, dont le style oscille quelque part entre Jeff Buckley (pour le meilleur) et James Blunt (pour le pire), reçoivent un accueil poli du public.

Peu avant 21 heures, Katie Melua monte tout simplement sur les planches, accompagnée de deux musiciens. Et le décor est tout aussi sobre : quatre paravents surplombés par trois imposants spots vintage poussent les artistes vers l’avant du podium. De manière à donner l’impression que les musicos se produisent dans votre salon. Cette tournée a été baptisée ‘Simplified – First Acoustic European Tour’, car les sets se déroulent sous une formule trio inédite : guitare, basse et piano.

Une robe assez ample et un visage quelque peu bouffi et fatigué alimentent les rumeurs selon lesquelles la chanteuse serait enceinte. A vous de juger, les photos sont ici. Mais qu’importe cette parenthèse people, car dès les premières notes, sa voix douce et envoûtante plantent directement le décor. Et les ondes transmises parviennent directement jusqu’aux spectateurs, confortablement assis, mais qui semblent déjà vibrer sous le charme de la belle brune. D’ailleurs les lumières ne se posent que sur elle. Ses musiciens, discrets mais plutôt expérimentés et efficaces, restent en arrière-plan, dans l’obscurité.

Dans la lignée de son cinquième album « Secret symphony », et du dernier « Ketevan » (NDR : son véritable prénom), le set lorgne donc plus vers le jazz, la country ou le blues. Il faut oublier l’instrumentation plus lourde et les notes électro qui grevaient l’opus « The House », sorti plus tôt, en 2010. Au sein de la setlist, certains titres sortent du lot, comme « Nine Million Bicycles », dont les chiffres dithyrambiques cités égalent presque le nombre de singles vendus. Katie nous réserve, pour certaines chansons, un long commentaire introductif. Elle nous explique ainsi que lors de la promotion de son album, les journalistes lui demandent régulièrement si les compositions sont personnelles. Et celle qui va suivre « Where does the ocean go? » l’est manifestement, puisqu’elle évoque la Mer Noire qui n’a pas changé selon elle, contrairement à son village d’enfance. La prestation bénéficie de quelques variations dans les ambiances, de manière à conserver l’attention de l’auditoire. Ainsi le ténébreux « The flood » est enchaîné au plus énergique « God on Drums, Devil on the Bass ». Et lorsque le band prend congé du public, la plupart des spectateurs décollent enfin de leur siège pour accorder une ‘standing ovation’. Qui se prolonge jusqu’au moment où le groupe décide enfin de revenir sur l’estrade. Un rappel consacré à « Call Off the Search » et surtout une reprise surprenante de « Diamonds are Forever ». Une version que Katie Melua exécute en solo, et joue sous un angle inédit (NDR : c’est ce qu’elle nous certifie). Histoire de manifester un max de délicatesse avant de quitter définitivement la scène et de laisser une délicieuse impression d’avoir passé un bon moment d’intimité auprès de son public…

(Organisation Live Nation)

Set list :

Chase Me
The Cry of the Lone Wolf
Spooky
Dedicated to the One I Love
I Never Fall
Bridge Over Troubled Water
In My Secret Life
Nine Million Bicycles
Where Does the Ocean Go?
Spider's Web
Love Is a Silent Thief
Red Balloons
No Fear Of Heights
Nothin' in the World Can Stop Me Worryin' 'Bout That Girl
The Flood
God on Drums, Devil on the Bass
Shiver and Shake
The Closest Thing to Crazy
Kozmic Blues

Rappel:

Call Off the Search
Diamonds Are Forever

Nick Waterhouse

Dans la peau de Marty McFly

Écrit par

C'était un dimanche. J'allais vivre une expérience étrange et merveilleuse. En retard pour me rendre au concert, j’ai poussé ma vieille voiture, peut-être au-delà de ses limites. Je ne sais plus. Arrivé au Botanique, je ne me suis pas rendu compte tout de suite de ce qui s’est produit. Mais une fois pénétré dans la salle, alors que le concert avait déjà débuté, j’ai compris que j'avais traversé une faille spatio-temporelle. Ma vitesse excessive?

Je suis projeté en 1962 aux Etats-Unis, entouré de demoiselles aux robes colorées et aux coiffures choucroute explosives se dandinant gracieusement dans un même mouvement d'épaule sur un R&B classieux. Sur scène, on remarque la présence de 8 personnages tirés à quatre épingles, dont un sosie de Buddy Holly. Nick Waterhouse a commencé à égrener les pépites de ses deux albums. Comme le héro de ‘Minuit à Paris’, je peux savourer le bonheur de côtoyer l'époque à laquelle j'aurais voulu vivre. Comme Marty McFly, comme le savant d'HG Wells, je partage le privilège d'habiter une autre époque pendant quelques précieuses minutes. Une époque fabuleuse où sont nés tous les rudiments de la musique actuelle.

Cette introduction un peu délirante est destinée à vous faire comprendre le bonheur qui m'envahit durant ce concert. Nick Waterhouse, accompagné de son crew, a une nouvelle fois enthousiasmé son public par ses compositions rétro. Un public étonnamment de tous âges. On savait que les sixties étaient tendance chez les jeunes, mais quel plaisir de voir que certains poussent le vice jusqu'à se repaître de la musique de leurs grands-parents. Ce qui doit les changer de Guetta, toutes ces notes…

Mais évoquons un peu le spectacle. Le groupe (2 saxos, un Hammond, un batteur, un percussionniste, un bassiste et une choriste plus Nick à la guitare) va évidemment principalement proposer les titres de son formidable nouvel album "Holly" mais aussi puiser dans les morceaux de "The Time All Gone" (une bonne moitié de cet opus sera interprété dont "Some Place, "Is That Clear" ou "Don't You Forget it"). Nick n'oublie pas non plus de faire la promo de son grand pote Ty Segall avant d'entamer la reprise d'"It # 3", une vieille compo du nouveau génie du garage et une des grandes réussites de "Holly". Il est vrai que Nick a beaucoup côtoyé la nouvelle scène garage-psyché californienne et la reprise finale, poisseuse à souhait, du "Pushing Too Hard" des Seeds, est une parfaite démonstration que sa vénération pour les sixties ne se limite pas aux premières années.

Mais finalement, la cover la plus représentative des goûts viscéraux du Californien sera un vieux standard du Rhythm & Blues qui a bercé l'enfance de Nick : le "It's Your Voodoo Working" du méconnu Charles Sheffield.

Le concert a duré un rien trop peu à mon goût. Le groupe semblant accablé par la chaleur de la salle, notamment le bassiste, personnage tout droit sorti d'Austin Powers, ruisselant de sueur et s'essuyant le front avec application entre chaque morceau. Pour les rappels, Nick tombe même la veste, laissant découvrir le vrai pantalon d'époque remonté jusqu'au nombril et soutenu bien évidemment par des bretelles sixties. C'est beau le souci du détail.

On soulignera également les prestations des musiciens, car cette musique nécessite plus de virtuosité qu'on ne le croit ; et le Waterhouse Band n'en manque assurément pas. La section rythmique tout d’abord. Et particulièrement un excellent jeune batteur qui s’illustre dans un style très jazz secondé par les congas et les tambourins du percussionniste. Mais aussi le claviériste, lançant quasi toutes les mélodies à l’aide de son Hammond et conférant parfois un léger et délicieux psychédélisme à ces compositions fusionnant R&B, rock, soul et jazz. Difficile en tout cas de résister à l'appel de la dance, dans cette effervescence rythmique, où le groove règne en maître.

Timide, un peu mal à l'aise au cours de ses interactions avec le public (et même après son set lorsqu'il viendra papoter au stand de merchandising), Nick Waterhouse n'en reste pas moins un personnage sympathique. Et tant pis si sa chaleur humaine est bien plus palpable dans sa musique, c'est l'essentiel après tout. Les mines réjouies à la fin du set sont la preuve qu'il a atteint son but : nous replonger avec maestria dans l'insouciance d'une époque dorée où l'on pensait encore que tout était possible, où tout était encore à inventer. Fin du voyage. Une voiture tunée déglutit une atroce euro-dance devant le Botanique. Pas de doute, je suis bien revenu en 2014. Nostalgie.

(Organisation Botanique)

 

Timber Timbre

Dans sa coquille…

Écrit par

En 2009, Timbre Timbre publiait son premier elpee. Un opus éponyme à l’atmosphère empreinte de sensualité. Dans la foulée, le Canadien (NDR : il est originaire de l’Ontario) opérait une tournée sur le Vieux Continent ; mais manquant encore d’expérience, il ne parvenait pas à communiquer le feeling de ses compos à son auditoire. Quelques mois plus tard, il se produisait en tout anonymat, au cœur du Parc Royal, dans le cadre d’un festival organisé par l’Ancienne Belgique. Lors de sa dernière visite au Botanique, le 19 mars 2012 très exactement, il remplissait la Rotonde et démontrait qu’il avait pris de l’assurance sur les planches. Ce jeudi 3 avril, il revenait au Bota, mais à l’Orangerie, le jour de la publication de son nouvel album, en Belgique. Et la salle est pleine à craquer pour accueillir Taylor Kirk.

La première partie est assurée par le groupe Only Child, une formation canadienne pratiquement inconnue. En outre, à l’extérieur le temps incite au farniente ; aussi les spectateurs profitent de la clémence de ce début de printemps pour prendre un verre en terrasse. Votre serviteur, le premier !

Il est 20h55 lorsque la sirène nous rappelle à l’ordre. Timber Timbre va bientôt monter sur l’estrade. La foule massée à l’extérieur (c’est-à-dire quasiment tout le monde) se presse vers l’Orangerie. Il ne faut pas attendre 10 minutes avant que la température ne monte de quelques degrés. Et que l’humidité ambiante n’envahisse les lieux. Accusant un léger retard, Taylor Kirk, cheveux longs et vêtu d’un costard, monte sur le podium. Il est accompagné d’un batteur et d’un bassiste. Hormis deux ampoules suspendues qui vacillent au-dessus de la tête du trio, l’éclairage est projeté dans leur dos. L’atmosphère est lugubre. Le set s’ouvre par des morceaux issus du dernier long playing, « Hot Dreams ». Des compos plus généralement blues/rock. Mais la setlist va puiser dans l’ensemble de sa discographie. Les notes guitare dispensées par le Canadien résonnent dans la salle. Sa voix est voluptueuse. Elle me fait penser tantôt à Léonard Cohen, tantôt à Nick Cave. Si sur disque, ses chansons empruntent un format folk, en ‘live’, elles privilégient la tension électrique. Une intensité qui va s’accentuer lorsque l’expression sonore va tout doucement glisser vers un rock progressif pas du tout palpable sur ses précédents opus.

Malheureusement, on a l’impression que Taylor Kirk a érigé une barrière entre lui et le public. Jamais, on ne verra son visage. Peu loquace, il n’adressera qu’un seul ‘merci’ à son auditoire, sans autre commentaire. Cette absence de communication va même finir par devenir dérangeante. Et au bout d’une bonne heure de prestation, on a eu l’impression que le set tournait en rond.

S’il faut reconnaître l’aspect strictement musical était irréprochable, en revanche, on a le droit de se demander pourquoi l’attitude de l’artiste vis-à-vis de l’auditoire, était si glaciale ? Pourquoi s’est-il enfermé dans sa coquille ? Un minimum de contact aurait peut-être permis à Timber Timbre de briser cette morosité ambiante qui s’est installée au fil du concert...

(Organisation Botanique)

Temples

Entre hype et véritable talent…

La musique psychédélique est un peu comme le Phoenix : régulièrement, elle renaît de ses cendres pour livrer un nouvel avatar, héritier des traditions des années sixties et seventies. Après The Church (« Heyday ») dans les années '80, Oasis et Kasabian dans les années '90 et plus récemment, Tame Impala, Black Angels et Animal Collective, Temples, une formation originaire de Kettering dans le Northamptonshire, vient de prendre le relais. Soutenus par Noel Gallagher, l’ex-guitariste/compositeur d'Oasis, ils rencontrent actuellement une ascension assez fulgurante. Leur passage au Botanique nous permettrait donc d'aller vérifier si nous étions en présence d'un 'hype' comme l'Angleterre nous en fourgue régulièrement ou s'il s'agissait d'un véritable talent en pleine éclosion.

La salle de l'Orangerie est bien remplie et ce qui est frappant, c'est l'étendue des tranches d'âge représentées : depuis le vieux hippie reconverti au consumérisme jusqu'aux jeunes branchés arborant fièrement une frange à la Brian Jones. Sur scène, pas de surprise : les musicos ont le même look que dans leurs clips vidéos : le chanteur/guitariste, James Edward Bagshaw, est un croisement entre Syd Barrett et Marc Bolan et l'autre membre fondateur, le bassiste Thomas Edison Warmsley, semble sorti du groupe glam The Sweet.

Au moment où les musiciens montent sur les planches, on entend la musique de « Daydream », le célèbre hit du groupe belge Wallace Collection ;  mais, sacrilège, dans une version 'cover' ! Une furieuse faute de goût, si vous voulez mon avis. Enfin, dès le premier titre du concert, le superbe « Colors To Life », on doit se rendre à l'évidence : les lascars savent jouer ! Le son est parfait, les harmonies vocales époustouflantes et l'ensemble donne l'impression d'un professionnalisme sans faille. Ces petits morveux n'ont qu'un album à leur actif, l'envoûtant « Sun Structures », paru en février dernier sur Heavenly Recordings, et ils sont déjà au top de leurs capacités techniques.

La musique de Temples est un véritable kaléidoscope d'influences diverses. Dans l'ensemble, on pense évidemment à la pop psychédélique de la fin des 60’s : Pink Floyd (période « See Emily Play »), Beatles (« Tomorrow Never Knows »), The Monkees, The Zombies, The Easybeats ou The Byrds. Mais on reconnaît également ça et là quelques touches de T.-Rex (« Keep It Dark »). Dans « Sun Structures », les triolets exécutés en parfait parallélisme par les quatre musiciens font irrémédiablement penser au Yes du début des années '70.

Le public est parfaitement réceptif mais c'est « A Question Isn't Answered » qui provoquera le plus de réactions. La rythmique presque tribale évoque Kasabian et on est emporté par les mélodies très simples, jusqu'à la superbe finale a capella. Un joli moment ! Dans « Mesmerize », la formation s'autorise une digression instrumentale assez bruitiste, dans la tradition psyché. « Sand Dance » clôture le set, révélant des accents Zeppeliniens du meilleur acabit. En rappel, Temples interprètera un « Shelter Song » dominé par des harmonies vocales très 'sixties', que n'auraient pas reniées les Mama's & Papa's.

Au final, un concert techniquement parfait mais sans véritable grain de folie. Les musicos sont appliqués. Comme de bons élèves, ils reproduisent les sonorités de leurs aînés mais, ils en oublient qu'il faut casser le moule, briser le carcan, si l'on veut exister en tant qu'artiste. De plus, dans les mélodies, ils abusent, en général, de ‘clichés’, des clichés qui après quelques écoutes, se transforment en ‘rengaines’. Et surtout, l'ensemble est trop apprêté, trop propre ; on ne ressent pas l'âme, la folie, la transgression du réel qui sous-tend le mouvement psyché. En conclusion, malgré des débuts prometteurs, Temples devra s’affranchir de références encore trop présentes aujourd'hui, sil veut déployer ses ailes. A vérifier lors de la sortie de leur deuxième opus !

Setlist

Colors To Life
Prisms
Sun Structres
A Questions Isn't Answered
The Golden Throne
Ankh
Move With The Season
Keep In The Dark

Mesmerize
Sand Dance

Encore :

Shelter Song

(Voir aussi notre section photos ici)

 

La Chiva Gantiva

Plus un poil de sec !

Écrit par

La Chiva Gantiva a été fondé par 3 Colombiens expatriés en Belgique. Dont le leader Rafael Espinel, chanteur/percussionniste qui avant de vivre à Bruxelles pour y suivre des cours de Beaux-Arts, avait transité par le Sud de la France. C’est en partageant une collocation au sein de la capitale, qu’il va rencontrer la plupart des musiciens qui vont former le groupe, un line up que rejoint alors un Français, un Vietnamien, et deux Belges. Et il faut avouer qu’en un peu plus de cinq ans, le septuor a pris de l’envergure. En 2010, il se produisait encore au Harby Festival à Anseroeul, entre Tournai et Renaix. Puis, après avoir effectué plusieurs allers-retours entre la capitale de l’Europe et la Colombie, où il remporte un franc succès, il commence à écumer des festivals de plus en plus conséquents en Belgique (Esperanzah, Couleur Café, Dour, etc.), et même à travers tout le Vieux Continent. Il vient d’enregistrer son second elpee, « Vivo », et se prépare à une tournée mondiale. En attendant, il se produisait ce vendredi 28 mars dans un AB Club sold out !

Vers 20h40, le combo monte sur l’estrade. Un drummer, un bassiste vêtu d’une salopette rouge, un guitariste (NDR : Felipe Deckers, également co-responsable de l’écriture des morceaux), deux cuivres dont un saxophoniste et un clarinettiste, une percussionniste en short, dont les cheveux bouclés lui tombent jusqu’au bas du dos ; et enfin, Rafael –cheveux noirs mi-longs en broussaille et barbe– armé d’un micro surmonté d’une mini caméra destinée à le filmer (voir résultat ici) Le set s’ouvre par le titre maître du dernier elpee, « Vivo ». Et on entre directement dans l’ambiance. Cumbia, champeta, afrobeat, funk, hip hop et rock vont faire bon ménage, ce soir. La température s’élève d’ailleurs rapidement dans la salle ; et le public a déjà des fourmis dans les jambes. Régulièrement, Rafael vient frapper sur son llamador ; mais surtout, il harangue la foule et l’invite à participer au spectacle. Lui demandant de répondre à ses onomatopées ou plus tard de lever les bras en les balançant de gauche à droite ; ou encore de faire le plus de bruit possible pour dépasser les 100 décibels. Il chante la plupart du temps dans la langue de Cervantès, parfois de Voltaire (« Pigeon »). Après quelques titres, il se retrouve en marcel et fatalement, à mi-parcours, torse nu. Bien vite imité par le drummer. Faut dire qu’il fait de plus en plus chaud, dans l’AB Club. La percussionniste frappe sur une sorte de tambour couché (tambora allegre) ou alors un tube en laiton. Après l’avoir détaché de son support, elle le secoue ou le gratte, à l’aide d’une sorte de racloir. Elle se déhanche sensuellement, un sourire permanent aux lèvres. Et puis, lorsqu’elle empoigne ses maracas, on a l’impression qu’ils ne font qu’un avec elle. La setlist épingle également l’un ou l’autre titre plus rap metal, abordé dans l’esprit de Rage Against The Machine ; moment choisi par les musicos pour bondir sur le podium, incitant la foule à les imiter. Même les cuivres s’y mettent, venant parfois se mesurer en bord de podium. Puis, le groupe nous présente un invité colombien. Il a emporté son propre llamador. Le premier titre auquel il participe manque un peu de cohérence ; mais dès le suivant, les ‘battles’ entre percus se multiplient. Natalia prend place derrière les fûts, afin que le batteur puisse passer à la trompette ; et son intervention est vraiment remarquable. Et quand La Chiva Gantiva attaque « Apreatao », on n’est plus loin d’une ambiance de carnaval, Natalia entamant alors une danse bien sud-américaine. Un petit bémol ? Certaines longueurs dans les morceaux ; et puis lorsque le guitariste, doué d’une excellente technique pourtant, en rajoute une couche. Ce qui heureusement, ne va pas nuire au climat général du set.

Le rappel s’ouvre par « Pa Ke Gozen ? ». Le gratteur a opté pour une sèche à 12 cordes tout au long de cette compo imprimée sur un tempo frénétique, au cours de laquelle Rafael prend son micro pour un revolver. Excellent ! Pour le très dansant « Amamar », Rafael s’est coiffé de son célèbre chapeau de flamant rose, et le fait tourner autour de la tête. Ebouriffant ! La finale est particulièrement percussive. Le drummer a enfilé sa tenue de squelette et le public ne tient plus en place. Hormis le batteur, tous les musiciens sont en front de scène et semblent particulièrement heureux de l’accueil que lui réserve l’auditoire. C’est bras dessus bras dessous, que les sept musicos, complètement trempés, viennent saluer un public conquis et en transpiration. Plus un poil de sec !

(Organisation : AB + Live Nation)

Setlist

Vivo
Para Arriba
Estrenando
Pigeon
Por eso canto
El Pollo
Chofer
La Pecosa

El Valor tiene mareo
Pelao
Loco como yo
Wepaje
El chenche
Apretao

Rappel

Pa ke gozen?
Amamar
Migraño

(Voir aussi notre section photos ici)

 

Sun Kil Moon

L’art de préserver la magie d’un souvenir intacte…

Écrit par

C’était le 10 novembre 1993, et le continuum espace temps s’est cristallisé sous mes yeux, autour de la voix de Mark Kozelek.
Une expérience unique, précieuse et empreinte de magie, qu’un peu moins de vingt années n’a jamais réussi à altérer.
Un de ces moments rares dans l’existence, figé dans un recoin de la mémoire, à l’abri de l’oubli.
Mêlant, en proportions égales, attentes et craintes, le voyage vers Gand, ce lundi vingt-trois mars, était la promesse de grandes retrouvailles entre l’ancien Red House Painters et votre dévoué serviteur.
Si le concert du VK, deux décades auparavant était l’un des moments forts de ma ‘gigography’ personnelle, il m’avait jusqu’alors empêché de revenir voir l’ami Mark sous l’une ou l’autre de ses différentes moutures artistiques.
Sous son propre nom ou sous celui de Sun Kil moon.
À présent que je ne craignais plus la désillusion, je pouvais à nouveau goûter au spectacle, sans attendre en retour le même état de confusion sensorielle qui s’était emparé de moi à l’époque.
Mes aspirations canalisées, mon esprit libre des entraves de la nostalgie, je pouvais redécouvrir ce type à la voix d’ange et aux cheveux longs.

Sauf qu’évidemment, je savais qu’entre-temps, son physique avait quelque peu changé.

Les cheveux courts et le ventre dodu, mais la voix intacte, Mark Kozelek arrive donc sur l’estrade, accompagné de ses musiciens, dont un Steve Shelley complètement relooké.

Et d’office, il apparaît qu’il se passe toujours quelque chose de spécial lors d’un concert de monsieur Kozelek.

Bien que moins perceptible qu’il y a vingt ans, la magie opère néanmoins toujours, aussi intensément.

Toujours aussi déconcertante, elle émane d’un répertoire à premier abord grave et laisse croire –à tort– que sa prestation sera plombée par des lyrics fortement hantés par le spectre de la mort.

Mais il n’en sera rien.

Si l’émotion est bien entendu au rendez-vous et le recueillement respectueux de l’auditoire de circonstance, à aucun moment l’ennui ne trouvera le moindre recoin où se loger au coeur de cette soirée.

Un subtil mélange de tendresse abrité sous des airs faussement bougon, un amour de son public pourtant étrangement illustré (il ne fait pas bon se tenir au premier rang sous peine d’essuyer quelques moqueries, plutôt bon enfant), et un sens intact du songwriting mis en lumière dans son plus simple appareil. Tels sont les ingrédients imparables d’un sort auquel il est difficile d’échapper (on n’en voit d’ailleurs pas la nécessité, n’est-ce pas?)

Tout au long des deux heures trente (!) de spectacle, flanqué de sa guitare classique, le natif de l’Ohio va retisser les liens d’un passé en devenir.

Majestueux, au centre de l’univers, son propre univers, balisé de rêves brisés et de revers amoureux, de pertes d’êtres chers ou d’histoires insolites de quidams malheureux.

Comme s’il se tenait au milieu d’une rotonde cernée de grandes baies vitrées, balayées par une légère brise, qui soulèverait de légers voiles de mémoire, sans les brusquer, mais raviverait les chagrins, les joies et les peines qui peuplent nos vies.

Splendide dans sa retenue, élégant dans son interprétation, l’artiste puise exclusivement dans le répertoire de Sun Kil Moon (et notamment de “Benji”, le petit dernier), à l’exception d’une unique reprise d’AC/DC, à l’entame des ‘Encore’.

L’exécution des deux derniers morceaux est laissée au soin des musicos (dont un solo de guitare déconcertant de naïveté proclamée) pendant que le chanteur se lève pour laisser monter sa voix, jusqu’alors tamisée dans un écho lointain.

Suspendu et bercé dans cet instant de grâce, le tout mis en exergue par la splendeur du lieu, j’ai oublié ce soir de 1993.

Et me suis promis à moi-même de ne plus fuir ce magicien extraordinaire qui semble avoir encore tant de tours dans son sac.

Si beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis la  première fois, c’est dans un torrent de pur bonheur que Sun Kill Moon m’a ramené aujourd’hui sur les rives de mes souvenirs.

(Organisation Handelsbeurs)

 

Sophia

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Retour en terre connue d’un vagabond céleste.
Robin Proper Sheppard se carapate maintenant depuis deux décades, fuyant son passé mais le rappelant à cor et à cri au travers de chansons parfois terriblement poignantes et souvent déconcertantes de vérité.
Il est parfois irritant dans son impudique effeuillement du mal adolescent, mais pourtant si vrai, authentique et fichtrement sympathique, qu’on finit toujours pas lui pardonner ses excès de pathos.
Un retour marqué par les souvenirs ancrés entre les murs de Bruxelles, où Robin a vécu quelques années avant de reprendre la route, cherchant ailleurs ce qui ne se trouve nulle part.
Un concert de retrouvailles, annoncé par un single (téléchargeable gratuitement sur Bandcamp) au titre en forme de balle dans le pied (“It’s Easy To Be Lonely”) mais qui va prendre corps ce soir dans un final majestueux où le groupe, soutenu par un chorale, va définitivement dévoiler la magie de Sophia.

New Found Land n’a pas laissé de traces indélébiles dans les esprits à l’heure où le collectif Sophia monte sur l’estrade. Au plus le sentiment diffus d’un sympathique interlude.

Accompagné de son nouveau line-up, Robin, le sourire suspendu aux lèvres est heureux de retrouver son public.

Car entre l’ancien God Machine et la Belgique, c’est une histoire d’amour.

Et l’amour, c’est le fond de commerce de Sophia.

Surtout dans sa veine la plus tourmentée.

De nombreux souvenirs viennent donc émailler le concert, dont le cours, tantôt calme, tantôt tumultueux, va se jeter au final dans la rivière.

Les premières notes se déposent timidement comme autant de vagues sur une plage paisible et triste. Puis le sourire de Jimmy Fernandez, l’ami parti précocement il y a presque vingt ans déjà, vient auréoler l’espace de sa présence.

Ainsi s’ouvre la valse du chagrin, qui tangue dans la voix et s’invite dans chaque arpège, sur chaque accord plaqué.

Les anecdotes dévoilées avec ce grain particulier, celui de la vérité, rappelant la genèse des deux premiers albums, majoritairement représentés  ce soir.

Adam Franklin et Jeff Townsin, les fidèles acolytes de l’ombre, assurant l’équilibre et relevant le nez de la barque quand celle-ci menace de sombrer.

Parfois, les mots s’échappent de la caboche de Robin, se jouant de lui, se dérobant à sa mémoire sous le feu de turpitudes émotionnelles.

Mais le navire fait front, l’équipage est soudé, et personne dans l’assistance ne semble rester à quai.

Comme à l’accoutumée, “The River Song” vient achever la première partie, dans un final puissant, secouant, bouleversant comme une tempête existentielle.

Après un court laps de temps, Robin revient seul interpréter un morceau acoustique, laissé au choix du public (“The Death Of A Salesman”, autre chanson dédiée au bassiste de God Machine qui figure sur “Fixed Water).

Ensuite, le reste du groupe le rejoint sur les planches de l’Orangerie pour deux autres titres avant l’apothéose  “It’s Easy To Be Lonely”, porté par un choeur et une instrumentation grandioses.

Le public est comblé, le groupe ravi. Le contraire aussi.

Dès sa sortie de scène, Robin viendra tailler la bavette en compagnie des fans, tout à la joie de partager quelques instants avec lui.

Sans chichis, en toute simplicité.

À l’image de sa carrière.

(Organisation Botanique)

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