Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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The Cure
Jon Spencer
Concerts

Russian Red

Spanish Rose

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C’est toute la chaleur de l’Espagne qui s’est invitée ce 9 octobre au Club de l’AB. Pas de match Belgique-Espagne au programme, mais le passage attendu de la jolie Lourdes Hernandèz. Derrière le ton Russian Red de son rouge à lèvres, elle venait présenter les compositions émaillant « Fuerteventura », un second recueil qui l’approche lentement mais sûrement du devant de la scène.

Le tube « I Hate You But I Love You » et ses accents folky n’ont pas échappé à l’oreille attentive des mélomanes de tous bords. Porté par une voix délicate et des accords de guitares mariant efficacement folk, americana et pop, Russian Red s’inscrit dans la lignée de ces projets tout à fait banals, mais dont le tout petit truc en plus pousse l’auditeur à s’y attarder. Et surtout davantage qu’il ne l’aurait, à priori. Ce petit plus, on le doit à Lourdes Hernandèz et à son délicieux timbre de voix rehaussé d’un léger accent hispanique.

La salle n’est pas comble mais donne cette impression, le public patientant dans sa majorité les fesses à terre. Mais l’heure de se lever a tôt fait de sonner. La jeune femme s’avance sur le podium de l’ABClub, sur le coup des 20h40. Entourée de deux musiciens, elle s’arme d’une énorme guitare avant d’entamer son set par « The Memory Is Cruel », extrait du dernier né de Russian Red. Hernandèz remercie son public d’être venu si nombreux et lui adresse quelques mots dans sa langue natale. Lorsque tu vois toutes les mains se lever, tu comprends que t’aurais mieux fait d’être un peu plus attentif pendant tes cours d’espagnol.

Des extraits de « Fuerteventura » s’intercalent entre ceux de « I Love Your Glasses », premier du nom. Acclamations pour le single « I Hate You but I Love You » placé assez tôt dans la setlist. On se dit alors que la petite va avoir du mal à tenir en haleine les petits curieux de mon genre ; mais elle finit par y parvenir à l’aide des efficaces « The Sun, The Trees », « Every Day Every Night », « Cigarettes Revisited » et « January 14th ». En bout de course, la Madrilène offre à son public une version retravaillée et interprétée dans sa langue natale du « All My Little Words » de Magnetic Fields, réintitulée pour l’occasion « Todas Mi Palabras ». Une reprise d’une reprise, comme l’expliquera la chanteuse avant d’entamer son morceau.

Au rappel, Russian Red réitère l’exercice de l’adaptation dans une version impeccable du « Baby, It’s You » des Beatles, avant de s’éclipser et de réapparaître une ultime fois pour des ‘au revoir’ acoustiques. « A Hat » clôture la prestation de la jeune femme qui s’éclipse sous les acclamations de ses compatriotes. Ils en auraient d’ailleurs volontiers goûté une quatrième part. Mais point trop n’en faut.

(Organisation : Ancienne Belgique)

Hubert-Félix Thiéfaine

Les dingues et les paumés étaient au rendez-vous

Écrit par

Cinq ans après sa tournée ‘Scandale Mélancolique’, qui passait par l’AB, HFT était de retour à Bruxelles, au Cirque Royal très exactement, ce samedi 8 octobre 2011, pour un ‘Supplément de Mensonges’ que nous aurons vite fait de lui pardonner.

Et ce n’est donc pas l’heure de retard pour problème technique qui va changer grand-chose à la donne. Le bar a tourné un peu plus qu’à l’accoutumée et faute d’autorisation de fumer –légale ou illégale– dans l’enceinte du Cirque –oui, même pour Thiéfaine !– le public a animé de sa présence les rues avoisinantes histoire de tuer l’attente, en ce début de soirée. Les fidèles les plus fervents n’ont quant à eux pas quitté leur siège, des fois que !

21h00 précises, les musiciens s’installent : Marc Perrier à la basse, Alice Botté à la guitare, Christopher Board (ça ne s’invente pas !) aux claviers et Jean-Philippe Fanfant, à la batterie. Et l’homo sapiens à l’honneur apparaît comme si nous l’avions quitté hier, dans son jeans noir et sa chemise blanche, rehaussée d’une cravate désaccordée.

Dans une salle pleine à craquer, Hubert-Félix Thiéfaine démarre son set par « Annihilation » l’inédit glissé dans le « Best-hier » de 2009. Il fallait y penser. Le son des premières minutes n’est pas bon, mais les esprits sont ailleurs, à l’affût de la prestation si rare du bonhomme sur nos terres.

La moitié de l’album « Suppléments de mensonge » est passée en revue dont, en ouverture, « Fièvre résurrectionnelle », annoncée par les salutations d’usage puis une citation d’Aloysius Bertrand : ‘Et le soleil ouvrit ses cils d’or sur le chaos des mondes’. S’ensuivent « Infinitives voiles » et « Petit matin 4.10 heure d’été », compos entrecoupées des incontournables que sont « Lorelei sébasto cha » et « Soleil cherche futur ».

Entre les morceaux, le ton est à l’humour léger, HFT se défendant de faire l’apologie de la drogue en défiant quiconque de se shooter avec une amanite phalloïde… repris en chœur par le public et suivi du blues ensorcelé de « Solexine & Ganja », de « 113e cigarette » et d’un « Narcisse » taillé dans le rock. Très scolairement, il nous explique aussi qu’après avoir ôté tous les titres parlant de sexe, de drogue ou de Dieu, ne restaient au final que 12 minutes de spectacle. Cqfd.

La confidence est au rendez-vous pour « L’étranger dans la glace », écrit en souvenir de cet ami souffrant de la maladie d’Alzheimer.

Sur scène, ses déhanchés suggestifs et son aplomb rendraient presque jaloux, tous les quadras/quinquas de la salle, rêvant secrètement d’avoir encore son énergie au même âge et balaient d’un même coup les jérémiades des grands déçus qui ne sentent plus Thiéfaine habité par ses morceaux comme il a pu l’être.

Mention spéciale pour « Le chant du fou », chuchoté dans un silence clérical sur le ton rauque de ceux qui ont connu un autre ailleurs, dans un déplacement théâtral achevé par une généreuse carte blanche aux musiciens. 

Le concert se termine par « Alligator 427 », dans la lourdeur délectable des instruments et des volutes bleues qui se forment dans la salle. Chapeau bas aux musiciens, et plus spécialement à Alice Botté, qui, en plus d’avoir une guitare dans les mains et dans le ventre, remercie chaleureusement le public pour sa présence et son enthousiasme.

Et déjà, l’heure des rappels, dont « La fille du coupeur de joints », repris en chœur par un public un peu foufou, certains se prenant pour des chefs d’orchestre d’un soir faisant balancer de droite à gauche leur long bras, d’autres improvisant une espèce de jerk démantelé sur ce classique sautillant…

Après deux bonnes heures de concert, le bistrot ferme définitivement ses portes sur « Lobotomie sporting club », et ces deux derniers mots sans appel : fin programmée.

Si, comme annoncé, cette tournée devait être l’ultime, le bourdon de ce dernier concert risque de résonner longtemps encore au clocher de nos nostalgies…

Set list :

Annihilation
Fièvre résurrectionnelle
Lorelei sébasto cha
Soleil cherche futur
Infinitives voiles
Petit matin 4.10 heure d’été
Le chant du fou
Confession d’un never been
Les dingues et les paumés
L’étranger dans la glace
Sweet amanite
Solexine et Ganja
113e cigarette
Narcisse
Garbo XW Machine
Mathématiques souterraines
Ta vamp orchidoclaste
La ruelle des morts
Alligators 427

R1 Les ombres du soir
R2 La fille du coupeur de joints
R3 Lobotomie sporting club

 

True Widow

Voyage au bout de l’ennui

Écrit par

Vendredi soir sur la terre, comme chantait l’autre. Les lumières de la nuit commencent à se refléter à la surface des flaques d’eau et Bruxelles m’aspire dans son long œsophage au transit bien ralenti. Trois heures après mon départ de Liège, je me retrouve enfin face à l’Ancienne Belgique, où d’emblée, mes amis me rassurent. Oui, j’ai bel et bien raté la première partie. Oui, j’ai bien fait. Non, ce n’était pas bien terrible.

 as de regrets donc d’avoir manqué Crystal Antlers, dont le set était, suivant la rumeur, assez indigeste. La présence d’Ikey Owens, producteur des Mars Volta, derrière les claviers ne m’ayant pas franchement inspiré confiance, je confesse volontiers un certain soulagement.

Quand montent sur scène les trois True Widow, mes grandes espérances fondées sur l’écoute de divers titres disponibles sur la toile chavirent quelque peu.

Manifestant autant d’enthousiasme qu’un trio de paresseux sous antidépresseurs, notre combo texan se lance, tel un Phoenix englué dans une marée noire, dans un concert au ralenti qui jamais ne prendra son envol…

Une heure d’ennui profond, d’une platitude morne où les musiciens semblent traîner les pieds. Pas la moindre envolée, et les quelques tentatives amorcées ne parviendront jamais à réanimer un scan désespérément plat.

Les voix au diapason restant timidement emprisonnées dans les gorges, la seule envie qui me titillera sera un repli vers le bar. Néanmoins, je me suis efforcé de tenir bon, espérant un quelconque sursaut d’énergie qui hélas, n’est jamais venu.

S’ils sont effectivement très bons sur disques, True Widow ne nous a rien prouvé ce soir. Rien dans le ventre. Sorte de Low neurasthénique (sic !) sans désir ni passion, et donc loin du génie de ceux-ci.

Déçus mais pas vaincus, mes amis et moi quittons l’Ancienne Belgique en direction des bars de Bruxelles où l’entrain est quand même tout autre.

Organisation : AB

Noah & The Whale

Noah & Sons ?

Écrit par

Votre serviteur avait quitté Noah and the Whale –dont le nom est issu d’une combinaison entre le film préféré d’un membre du groupe, « The Squid and the Whale », et celui du réalisateur américain Noah Baumbach– en 2008, lors de la sortie de leur premier et magnifique album « Peaceful, the World Lays Me Down », opus qui avait squatté mon IPod pour de nombreux mois, tant il me rappelait le folk tout en fragilité des Américains de Neutral Milk Hotel voire de Micah P. Hinson. Curieusement, une série de malencontreuses coïncidences ne m’a jamais permis de découvrir les deux albums suivants, publiés par les insulaires…

Qu’importe, leur musique chargée d’émotion m’avait suffisamment bouleversée à l’époque pour que je décide de me procurer un ticket, à l’annonce de leur passage à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. En outre, leur répertoire d’alors ne me permettait pas d’imaginer que la formation allait récolter un tel succès, aujourd’hui. Quelle n’a donc pas été ma surprise en découvrant une salle comble, pour accueillir le band, et surtout pour applaudir les nouvelles chansons d’« A Night on Earth », le dernier né de Noah et ses sbires. Un disque qui doit probablement cartonner sur les radios au Nord du pays ; car la popularité du combo demeure relativement confidentielle en Wallonie !

Dès les premiers accords, je me rends compte que l’ensemble qui se produit ce soir n’est plus (ou n’a jamais été) celui que je pensais connaitre ! Les délicats « Give a Little Love » et « Shape of my Heart », interprétés en début de set, sont artificiellement gonflés à l’électricité. Et les sonorités dispensées par la basse sont trop puissantes ; elles asphyxient carrément une expression, à l’origine, raffinée. Charlie Fink et ses acolytes enchaînent des hymnes rock à tendance celtique, à la manière de Mumford & Sons. La prestation n’est cependant pas dérangeante ni désagréable ; bien torchée, elle libère même énormément d’énergie. Mais je n’y retrouve plus ce supplément d’âme que j’avais cru déceler à travers la magnifique voix du chanteur, finalement aussi décevante, ce soir. Une bonne heure de concert plus tard, le public est conquis. Manifestement, Noah and the Whale est taillé pour les stades. Mais il vient de perdre un de ses fans de la première heure…

(Organisation AB + Live Nation)

 

EMA

Dans la cour des grands

Certains concerts marquent à jamais de leur empreinte la mémoire et l’imaginaire. Pour diverses raisons, parfois très subtiles. Pour trois enfants âgés de onze, neuf et huit ans, ce tout premier concert avec papa (ça, c’est moi), cette soirée restera tout simplement inoubliable. C’est que peu de monde peut se targuer d’avoir été le pôle d’attraction de l’artiste pendant toute une soirée. Compte-rendu au travers des yeux d’enfants émerveillés par la simplicité et la gentillesse d’une grande artiste.

Ce soir, pas de cirque, pas de cinéma, mais pour la toute première fois, un concert avec papa. Nous découvrons les jardins du Botanique et nous nous amusons dans ses allées. Quand papa nous rappelle à l’ordre. C’est qu’il n’a pas envie du tout de rater le début du concert ! Et puis, vu notre taille, mieux vaut rentrer parmi les premiers, histoire de jouir d’une vue imprenable sur la scène. L’attente est un peu longue, mais elle vaudra assurément le coup.

Quand EMA monte sur scène, le violoniste s’est déjà lancé dans une intro sombre et tourmentée. Les jeux de lumières ajoutent une aura particulière et nous plongent directement dans l’ambiance. EMA (pour Erika M Anderson de son vrai nom) se lance alors dans un spoken word habité qui plante le décor.

A peine avons-nous fini d’applaudir à tout rompre que le morceau suivant s’enchaîne. La musique semble bancale, osciller entre douce folie et rage contenue. Maman dirait que ça sonne faux. Et papa rigolerait bien. EMA, elle, s’en moque pas mal, parce qu’elle a l’air complètement absorbée par son chant. Elle est habitée par sa musique. Quand elle interprète « Grey Ship », son navire tangue et menace d’être englouti par les flots, mais en capitaine de son navire ivre, la capitaine redresse l’embarcation et conduit le morceau à bon port. Intensément vibrant, cette plage s’échoue doucement sur les rivages d’un désespoir mal contenu. Simplement magnifique.

Après « Milkman », le groupe se fend d’une reprise des Violent femmes (« Add It Up ») tout simplement renversante. S’ensuivent la totalité des titres issus de son magistral premier album, « Past Life Martyred Saints », qui tous donnent cette improbable sensation d’être en équilibre précaire au-dessus du vide sans jamais menacer de sombrer.

Combinant avec justesse et émotion, déluge sonore et ambiances sombres, cette artiste fragile sous ses airs de foldingue (elle porte une chaîne autour du cou, comme un chien, c’est rigolo !) transporte la salle et comble le public qui pour la majorité découvre ce soir tout son potentiel.

Mais la vraie alchimie du moment, elle s’est déroulée entre elle, mon frère et ma sœur. Car touchée par notre présence, EMA a confié, à plusieurs reprises, son réel bonheur de voir des enfants au-devant de la scène. Un cadeau pour elle, un véritable souvenir inoubliable pour nous, qui avons même eu le privilège de gratter sa guitare en pleine séance de larsens. Hé ! Vous en connaissez beaucoup qui à nos âges respectifs ont fait du noise sur la scène de l’Orangerie ?

Transposés dans une autre dimension, nous l’avons contemplée se déhancher, onduler, psalmodier, s’extasier et enfin s’offrir complètement dans un show d’une rare véracité.

Pas de semblants mais de vraies émotions au bout d’un rappel terminé dans la poussière d’un « Red star » intense et contemplatif.

Nous ne pouvions partir sans la rencontrer, et c’est elle qui est venue à nous, aussi gentille et simple que lorsqu’elle se produisait quelques minutes auparavant. La star du jour nous demandant de prendre la pose en sa compagnie pour une série de photos immortalisant cette nuit magique que nous n’oublierons jamais. Merci Madame EMA, vous êtes une grande dame.

Organisation : Botanique

The War On Drugs

L’été indien

Écrit par

A l’aube d’un nouveau soir perdu dans les brumes de ma perdition, mes pas m’ont guidé vers une une frontière singulièrement mal définie, entre folk, psychédélisme, electronica et expérimentations diverses.

Fantôme parmi les hommes ou simple quidam égaré dans la foule, absorbé par les ombres et les échos répercutés en lointaines réverbérations, j’ai observé le monde des vivants et tenté de me souvenir…

A nouveau, un homme seul face à ses machines.

Si le concept n’est en soi pas dérangeant,  ce choix est surprenant de la part d’un artiste pratiquant une musique qui évolue entre Blues et Psyché.

Nulle guitare, mais énormément de matériel, de câbles, d’effets en tous genres.

Au final, Alexander Tucker a dispensé un set relativement agréable, au cours duquel sa voix bouclée et répétée à l’infini se perd dans les notes diluées de six cordes invisibles.

Mais je dois confesser une réelle déception due à un amour inconditionnel pour les performances live non préenregistrées.

Mais peut-être simplement suis-je devenu un vieux con ?

Mais des guitares, en voici, en voilà.

Il n’y a pas si longtemps, Adam Granduciel, leader des War On Drugs comptait au sein de sa formation le génial Kurt Vile.

Orpheline de celui-ci, la musique n’a cependant pas souffert de la séparation.

A cheval sur les terres de glorieux ancêtres (Springsteen, Dylan), éperonnant sa monture à coups d’aiguilles psychotropes, The War On Drugs se rapproche au final, dans ses moments de grâce, de Mercury Rev ou de Pink Floyd. Quoique soulignée de subtiles digressions solo proches d’un certain Dinausor Jr., l’expression sonore conserve une empreinte forte et personnelle. Légèrement linéaire, le concert dessine le portrait d’une Amérique moderne, mais aux couleurs automnales, reposant sur des valeurs ancrées, sources d’inspirations pour les générations futures.

Le quatuor de Philadelphie fait la part belle à son dernier opus, en l’occurrence le très recommandé « Slave Ambiant ». Manifestant une certaine décontraction, il me semble très à l’aise et heureux d’être là.

Quelques (gentilles) vannes adressées au public, un peu de Whiskey partagé, et surtout, un set efficace, pour un début de soirée placé sous la bannière étoilée.

Dehors, le monde m’attend. Sous un orage diluvien, je m’éloigne dans le néant.

Organisation : AB

Kitty, Daisy & Lewis

Oh Happy Day

Écrit par

Un petit tour dans le passé. Ce jeudi 15 septembre, l’AB reconstituait involontairement un épisode de la série culte ‘Happy Days’. Chemises à pois rouges et Stilettos pour ces dames, bananes gominées et blousons en cuir pour ces messieurs. Ce soir c’est Rockabilly et look fifties à tous les étages. Normal, la salle bruxelloise accueille la fratrie la plus anachronique du moment : Kitty, Daisy & Lewis.

Il y a quelques mois, l’AB annonçait le passage en ses murs des frangins Durham. Le tout en configuration salle. On imaginait bien les trois Britons remplir une ABBox mais demeurait quelque peu sceptique sur leur capacité à combler la grande salle. Finalement, au jour J, Kitty, Daisy & Lewis n’ont pas vraiment eu de quoi rougir de honte. Devant eux se dressait un parterre plein à craquer. Et la fermeture des balcons du second étage portait presque préjudice au public, qui s’est retrouvé aussi à l’étroit que dans une boîte à sardines.

Sur scène, les trois musicos au talent incomparable réservent une surprise de taille à leur public. Jusqu’ici la petite Kitty, la grande Daisy et le charmant Lewis nous avaient habitués à un set à trois, en rangs serrés. Cette fois, la famille Durham est au grand complet ; et pour cause, la progéniture a emmené papa et maman sur les routes d’Europe et au-delà ! Daddy Durham se fait discret sur le côté gauche de la scène, armé de sa guitare. Mama Weiss, elle, se cale derrière une contrebasse à l’autre extrémité de l’estrade. Au milieu, leur enfants se placent tour à tour derrière des instruments et des micros qu’ils vont s’échanger tout au long de la soirée. « Smoking In Heaven ». Le ton est donné. Swing, Rockabilly, Blues et quelques notes de Ska vont se relayer durant près d’1h20. Remarquable pour son jeune âge, la formation affiche de plus en plus d’assurance sur les planches. Entre les morceaux, la petite famille reste concentrée et switche les positions en silence. Ce qui révèle une AB distraite et bruyante, un trait qui devient de plus en plus caractéristique du public de la salle bruxelloise. Pas le temps de râler, « Don’t Make A Fool Out Of Me », interprété par Lewis, chauffe l’auditoire en trois coups de gratte.

En milieu de parcours, le trio invite un certain Eddie Thorton rejoindre la troupe. Le gugusse débarque sur le podium, trompette à la main, prêt à en découdre avec le public belge. Le Jamaïcan donne le ‘La’ du petit quart d’heure Ska. Une discipline qui opère son apparition au sein de trois morceaux de « Smoking In Heaven », le deuxième LP de Kitty, Daisy & Lewis, publié quelques mois plus tôt. « Tomorrow », « I’m So Sorry » et « Hold Me Tight » s’enchaînent ; et le gars, surnommé ‘Tan Tan’ ne s’essouffle pas une seconde. Les jeunes musicos ferment la danse sur deux moments forts, « Messing With My Life » au groove puissant et un « Say You Will Be Mine » épique. Près de 10 minutes-marathon durant lesquels chaque membre du clan Durham se relaiera le temps d’un solo.

Deux morceaux en guise de rappel et le tour est joué. Pour Kitty, Daisy & Lewis l’heure de gloire à manifestement sonné. D’aucuns ne douteront plus jamais de leur capacité à remplir et secouer une assemblée de la taille de l’AB.

Organisation : AB + Live Nation

Tuxedomoon

La lune dans le caniveau

Écrit par

C’est une nuit chaude. C’est une nuit moite et oppressante. Une de ces nuits zébrées d’éclairs silencieux qui s’étendent frénétiquement au dessus de la tête des hommes.

Une foule dense se presse aux portes du Magasin 4.

C’est une de ces nuits d’où émane le parfum des souvenirs d’une autre époque. Une nuit où la lune se révèle mystérieuse et chargée de sens. Une nuit hors du temps mais qui s’en imprègne. Une nuit qui suspend son envol, retenant le bruissement de ses ailes pour écouter cette douce mélodie flottant dans l’air. Et ce soir, à l’intérieur, l’air devient sensiblement de plus en plus lourd, étouffant, au fur et à mesure que la salle se remplit.

Sur scène, le Liégeois Phil Maggi (actif notamment au sein d’Ultraphallus) commence patiemment la construction d’une architecture alambiquée qui bientôt envahit totalement l’espace sonore.

Si l’on peut légitimement s’interroger sur la pertinence de ce genre de performances somme toute passablement inerte, où il n’est guère aisé de s’extasier devant un savant qui accomplit minutieusement son expérience, complètement absorbé par son propre univers, au grand dam d’un auditoire pas toujours convaincu, reste à saluer l’inébranlable foi de l’artiste accouchant d’une montagne.

Décrire l’ensemble tient de la gageure, que seul un fou comme moi s’autoriserait à relever.

Voici donc un aperçu bancal d’une prestation pyramidale ayant connu son apogée dans un malstrom bruitiste : BBBrrrrrrrrkkkksssssssstikfiiiiiiiirrrrrrrrrggghhmmmmtttfff-blip-crrrrrrrrrrrrrrrrrvvvvvvoomoomoomoOMMMMOOOMMMFFFFFFFFFFTTTTTTTSSSSSSSSSSRZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ

La relative efficacité de ce pâle descriptif ne devant pas vous distraire de l’essentiel. A savoir, pour hypnotique et transcendantale que puisse être ce type de composition bruitiste, le peu d’apport visuel crée immanquablement un vide difficile pour l’esprit à combler.

De fait, Phil Maggi envisagerait d’après certains échos glanés ce soir de s’adjoindre la complicité de danseuses lors de ces prochaines prestations. A bon entendeur…

Quelques bouffées d’air frais volées au dehors par l’entremise d’une porte de secours entrouverte, permettent aux plus téméraires des non-fumeurs d’attendre sagement l’arrivée du groupe pendant que votre serviteur préfère, lui, s’échapper par la porte principale et sacrifier quelques fibreuses muqueuses pulmonaires au Dieu tabac.

Le ciel rougeoyait et se déchirait par endroits. Dans les volutes bleutées, se dessinait le retour au sein de l’enfer.

Les musiciens, forcément plus très jeunes de Tuxedomoon pénètrent alors sur la pointe des pieds. Cueillis par les applaudissements enthousiastes, aussi bien que par la pesante atmosphère, les membres du groupe entament leur set sur un mode cinématographique.

Ambiances feutrées qui se découpent avec grâce sur les immenses tentures pourpres avant de doucement prendre une orientation plus électro, une fois quelques problèmes techniques entre la boîte à rythme et les retours résolus.

Entre expérimentations jazzy et intégrité Rock, le plus belge des combos américains n’ayant jamais tranché (pour le meilleur d’une discographie irréprochable) ils nous offrent ce soir un bouquet éclatant épinglant une majeure partie de titres plus anciens, à l’intention des fans de la première heure, mais avant toute chose, pour se faire plaisir.

Allant jusqu’à oublier l’insoutenable fournaise et faire oublier à la majorité d’un public conquis les improbables caprices d’une météo tropicale, échouée aux abords de Bruxelles.

Après The Ex, autres dinosaures toujours éclatants de vitalité, le Magasin 4 nous offrait à nouveau une bien belle nuit, placée sous l’égide d’une lune ronde et goguenarde.

Dehors, le Sirocco soulève les premières feuilles mortes se love autour de nos âmes...

Organisation : Magasin 4.

 

Chilly Gonzales

The Unspeakable Genius

Écrit par

Il n’est pas idéal d’assister à deux concerts, en autant de soirées d’affilée ; car lorsque le spectacle parvient à me transporter, il me faut plus de 24h pour le digérer… Et ce sera le cas pour l’Unspeakable Chilly Gonzales programmé à la Volksbühne. Etait-ce de la musique contemporaine ? Un one-man show ? Une leçon d’éthique ? Ce que j’ai retenu, c’est que je ne me suis pas emmerdée une seconde. Le concert était ultra sold-out ; mais on a récupéré des cartes de ‘désistement’ après 3/4h d’attente à la caisse. D’un seul coup, 10 places se sont libérées (NDR : oui, je sais, j’aurais dû m’y prendre plus tôt ; et pareil pour les Foo Fighters).

L’homme est mégalomane : il se déclare légèrement dictateur à l’égard du Fuck Luck Orchestra (sic) qu’il ‘paie pour qu’ils fassent ce qu’il dit’.

L’homme est humble : en pantoufles et peignoir, comme à son habitude, il aspire avant tout à se décarcasser ostensiblement pour le public. Dans son interview sur Motor FM le lendemain, il expliquait que seuls les vrais artistes sont ceux chez qui on sent les années-misères, le vrai ‘job alimentaire’ de musicien de studio/d’ambiance/prof derrière eux, qui ont acquis assez d’humilité pour ne pas jouer les invincibles ‘même pas mal quand je joue’ une fois sur la scène du succès. Chilly Gonzales transpire, postillonne, s’obstine et s’essouffle. Il a parfois le profil du pianiste dans ‘Shine’.

L’homme est génial : il définit le musical genius comme la simple faculté d’entendre des choses et de les rejouer. Cela ne signifie pas le talent. Mais avant tout, l’unspeakable genius de Gonzales procède de l’invention d’un langage musical drôle et compréhensible qui demeure dans la finesse. Un piano s’exprime. Des incises au semblant improvisé donnent l’impression qu’il nous parle à tous, et pas seulement dans un jargon destiné aux musicos, même dans son trip extatique.

L’homme est un poète : il a peut-être pensé que les gens l’écouteraient plus que ne le liraient et a intégré ses poèmes, voire son pamphlet, dans sa musique. Résultat : du rap blanc qui ne parle ni de misère, ni de fric, ni de sexe et baston, mais résonne tel un article de Slate. Pourquoi le rap ? Parce que ‘si vous n’aimez pas le rap d’aujourd’hui, vous n’aimez pas aujourd’hui’.

L’homme souhaite vivre dans son temps: ‘I want to be a man of my time with my old-fashioned skills. (…) Find a way in. Find your way in’. Le pianiste tambourine de la pédale et va dans les cordes, mais accuse les musiciens classiques contemporains d’avoir tué la musique classique et se met à jouer n’importe quoi, ‘What I’m playin’ is bullshit, you know, just make the face so as to make it credible’.

L’homme est capitaliste : ‘Vous savez, ceux qui aiment ce que je fais achèteront mes disques et viendront à mes concerts, c’est comme ça que ça marche, je suis capitaliste’. ‘I’m a lot of things, but a left-wing singer songwriter I’m not.’

L’homme est arrogant, atypique, légèrement démoniaque, et complètement barge…

(Organisation Volksbühne)

Tindersticks

Tindersticks playing Claire Denis Film score : ‘A marriage made in heaven’

Écrit par

A pas de velours, la musique des Tindersticks prend corps le temps de quelques soirées d’exception à travers le monde, grâce aux images de Claire Denis (juste renvoi d’ascenseur, puisque l'inverse est vrai au cinéma depuis 1996). Si les compositions de Stuart Staples et des siens marient pour le meilleur et jamais le pire la filmographie de cette dernière depuis quinze années maintenant, ce n’est pas un hasard. Sorte de communion solennelle des sens et des sons, l’union sacrée entre ce groupe de classe et la réalisatrice française se fait charnelle et douloureuse, triste et passionnée, sensible et tumultueuse. L’interprétation live captivant les sens tandis que les images déclinées en patchwork illustrent les notes qui elles-mêmes renvoient aux images.

Ce jeudi, Bruxelles jouissait à son tour de cet immense privilège, après Istanbul, Paris, Londres ou encore San Francisco.

Aperçu d’une soirée en seize neuvième.

 S’invitant dans les plus belles salles pour ces représentations hors-cadre, les Tindersticks découvrent ce soir le Palais des Beaux Arts, dans le cadre de la neuvième édition du Brussel Film Festival.

En ce lieu élégant et quelque peu daté, seyant parfaitement à la musique des Anglais, les spectateurs, peu habitués à ce type de cadre, savourent l’atmosphère théâtrale. Elle emplit le microcosme avant que les lumières ne s’effacent. Sous les applaudissements se découpent alors les huit silhouettes du groupe sur la toile blanche qui ce soir, leur servira de tremplin. Absorbée par les images de « Nénette et Boni » et baignant dans les reflets aquatiques de cette scène miroitante de la piscine, doucement, la bande son prend possession de l’espace. Pour ne plus s’en défaire, jusqu’à la dernière note, suspendue quelque part dans l'infini.

Défilent sur la toile: trains à destination de l'abandon, chevaux lancés à bride abattue, dans la virginité opaque de campagnes enneigées ou paysages d'Afrique à la terre rouge sang.

Se succèdent, scènes chagrines ou sensuelles, tantôt bercées, tantôt malmenées ou encore transfigurées par la sublime musique de ces ombres se dessinant en contrebas de l'immense écran.

Violence et tourments, personnages en perdition, amour, haine et sexe se côtoient ainsi dans une orgie fantasmagorique dont la bande son illustre avec brio chaque imperceptible mouvement. La flûte traverse hier, le mélodica s’appuie sur deux mains, et le violon scelle son destin.

Alors que les dialogues se décalquent sur les nuances tissées au fur et mesure, le temps s'arrête, happé par cette ambiance feutrée.

Quand plus de septante minutes plus tard, en guise de remerciements, le groupe offre deux titres en rappel, dont l'incontournable "Tiny Tears", le voile se lève sur ce concert événement qui situe un peu plus les Tindersticks dans la sphère de ces groupes précieux considérés comme indéfinissables et dont la trempe n'a d'égal.

Standing ovation et saluts théâtraux clôturent cette bien belle soirée contrastant drastiquement avec la dernière fois que j'avais pu assister à un de leurs sets.

C'était à Eindhoven, l'an passé et après une trentaine de minutes, le concert s'était achevé  prématurément, Stuart Staples tournant les talons à un public irrespectueux et à la langue trop bien pendue.

Et oui, les Tindersticks jouent une musique qui s’écoute, mais comme aujourd’hui, se regarde aussi.

Organisation: Bozar

 

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