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dEUS - 19/03/2026
Bernard Dagnies

Bernard Dagnies

vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Incoherence

En tenant compte de sa carrière solo, l’instrumental “Sonix”, ses projets ‘live’ et ses aventures vécues au sein des différents Vander Graaf Generator, « Incoherence » constitue le 49ème album de Peter Hammill. Excusez du peu ! Pour enregistrer ce nouvel opus (NDR : son 36ème en solitaire), Peter a uniquement reçu le concours de ses complices Stuart Gordon (NDR : au violon) et de David Jackson (NDR : aux saxophones et flûtes). Pas de drums. Hammill se chargeant des parties de guitare et des claviers en plus des vocaux. Bien que recensant 14 fragments, « Incoherence » n’est en fait qu’un seul titre dont le thème traite des difficultés de communication. On retombe ici dans le domaine du concept album. Comme à l’époque de « Pawn Hearts » du Vander Graaf Generator. On y retrouve même ces lignes instrumentales hypnotiques, en boucle, qui se superposent, s’évanouissent, avant de renaître du néant après une brisure de rythme. Et puis le registre vocal ample, théâtral, expressionniste de Peter. Pas de commentaire supplémentaire, la musique intemporelle de Peter parle d’elle-même. Si vous appréciez son oeuvre, vous ne serez pas déçus. Pour votre info, sachez que le chanteur/compositeur/musicien a été victime d’une attaque cardiaque le 7 décembre dernier. Hospitalisé, il a depuis récupéré. Mais il est vrai qu’à l’âge de 55 ans, il a aussi celui de ses artères. Infatigable bosseur, il va devoir apprendre à se ménager.
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Uh huh her

Pour enregistrer son septième album, PJ Harvey a décidé d’en revenir à une forme plus minimaliste, comme il y a 12 ans. A un blues primal, aride, sauvage que « Dry » incarnait si bien. Un retour aux sources auquel trop d’artistes ont tendance à recourir, lorsqu’ils sont en panne d’inspiration. Son précédent opus, « Stories from the city, stories from the sea », était tout bonnement remarquable. « Uh huh her » est de bonne facture, sans plus. En fait, il manque de compos percutantes. Une œuvre qu’elle a écrite, interprétée, mixée et produite. On n’y relève d’ailleurs que la collaboration de son complice de longue date, Rob Ellis ; et puis de Head au mixing et aux arrangements additionnels. Curieusement, la chanson « Uh huh her » ne figure pas sur cet elpee. Parce qu’elle ressemblait trop à ce qu’elle faisait auparavant, confesse Polly. Bref, les rares accents hymniques empruntés à Patti Smith ou à Siouxie (« The letter ») ne parviennent pas à sauver un ensemble qui exhale un parfum de déjà entendu. Pas que la plaque soit de mauvaise facture, mais pour une artiste de la trempe de Polly Jean Harvey, on reste sur sa faim…
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

In exile deo

Réapparue par la grâce d’une compile rétrospective en 2002 ; puis impliquée au sein des Some Girls, en compagnie desquelles elle a commis un elpee l’an dernier, Juliana Hatfield nous revient aujourd’hui avec un septième album solo. Et je dois avouer que nonobstant toute l’estime que je lui porte, les premiers fragments de cet « In exile deo » m’ont fait craindre le pire. En fait, elle y a mis tellement de pop dans son rock, que je me demandais si je n’étais pas en présence d’un nouvel elpee de Sheryl Crow ou de Liz Phair. Passée la mise en bouche croustillante (« Get in line »), il faut ainsi attendre la sixième plage pour retrouver tout le mordant de Juliana. Celui qui lui avait permis de rejoindre le mouvement ‘riot grrl’ des Throwing Muses, Breeders, Veruca Salt et consorts. Encore que l’expression sonore s’y révèle plus riche, plus américaine, plus rock. Dans un style qui évoque les débuts de Tom Petty lorsqu’il était encore flanqué de ses Heatbreakers ; les claviers rognés de Peter Adam remplaçant ici ceux de Benmont Tench. La moitié de l’opus épouse ce profil ! Un disque aux lyrics autobiographiques. Qui traitent des problèmes liés à sa vie affective. Des ses relations intimes. Très intimes même. Sans le moindre complexe. A l'instar de « Dirty dog », chanson au cours de laquelle elle assume ses fantasmes. Encore que dans le registre, Liz Phair s’est déjà montrée plus explicite… L’album recèle, en outre, deux ballades tendres et romantiques (« Tomorrow never comes » et « Singing in the shower »), deux tracks caractérisés par des arrangements particulièrement riches et soignés (cordes, piano, etc.) ; mais deux compos qui manquent d’intensité mélodique pour vraiment convaincre. En fin de parcours, l’elpee retombe d’ailleurs dans ses travers initiaux ; un peu comme si le soufflet était retombé…
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Robyn Hitchcock

On connaît surtout Robyn Hitchcock pour avoir sévi chez les Soft Boys ou entraîné dans son sillage les Egyptians. Beaucoup moins sous la formule acoustique. Et pourtant, ce grand excentrique a longtemps été actif dans le circuit folk britannique, au tout début des années 70. Et puis, au cours de la première moitié des eighties, période au cours de laquelle il traduisait ses états dépressifs à travers une musique particulièrement intimiste. Si « Spooked » renoue avec la formule acoustique ou semi-acoustique, la démarche est sensiblement différente. En fait, pour enregistrer ce nouvel opus, Robin a fait appel à deux musiciens américains, Gillian Welch et David Rawlings. Deux personnages dont la sensibilité est plus proche de la country que du folk. Ce qui n’empêche pas les trois artistes d’utiliser une panoplie très large d’instruments. Depuis le sitar électrique à l’harmonica, en passant par le dobro et le Wurlitzer. Sans oublier l’instrumentation basique. Mais sous une forme généralement ‘unplugged’. Et la rencontre entre folk psychédélique ‘sydbarretien’ et country ‘dylanesque’ donne de bons résultats. Le trio reprend même ici le « Tryin to get to heaven before they close the door » du Zim. Nonobstant l’un ou l’autre fragment dispensable, l’opus épingle quelques excellentes plages. Et je pense tout particulièrement à la sérénade douce-amère « Television », au blues presque a cappella « Demons & friends », au mystérieux et captivant « Sometimes a blonde », à « We’re gonna live in the trees », imprimé sur un tempo emprunté à Talking Heads, au ténébreux et introspectif (Léonard Cohen ?) « Flanagan’s song » et surtout au country/jazz « Full moon in my soul », une chanson à la mélodie contagieuse qui aurait pu figurer au répertoire d’un Sophia. Le trio revisite même le folk orientaliste du « Revolver » des Fab Four sur « If you know time » et « Everybody needs love », deux compos véritablement hantées par le spectre de George Harrison, même si la voix de Robin est aussi nasillarde que celle de Lennon. Un elpee sympa, mais qui aurait eu un tout autre impact s’il avait été un tantinet plus électrifié…
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Sides

Holywater est une formation espagnole drivée par un certain Ricardo Rodriguez. C'est-à-dire le compositeur/lyriciste et le chanteur. Un chanteur dont le falsetto rappelle tantôt Thom Yorke, Matthew Bellamy ou encore Mark Greaney ; mais en plus sobre. Radiohead, Muse et JJ72 figurent évidemment parmi les influences majeures du groupe. Mais aussi Sigur Ros, Mogwai et Explosion in The Sky. L’expression sonore de cet opus est donc très atmosphérique. Parfois même post rock. Encore qu’on y trouve des traces de noisy expérimentale (My Bloody Valentine ?) voire de prog. Aussi bien jazzyfiant (King Crimson circa ‘Islands’?) qu’orchestral (Barclay James Harvest). Et le recours au mellotron n’y est pas étranger. Difficile dans ces conditions de vous faire une petite idée du style pratiqué par Holywater tout au long de leur deuxième elpee. Un disque dépassant allègrement les 70 minutes qui alterne ballades mélancoliques et fragments aventureux, parsemés d’éruptions électriques ou éclaboussés de claviers fluides. Encore que parfois, certaines chansons s’ouvrent sur un mode avant de virer vers l’autre. Bref, un elpee qui ne manque pas d’allure, même si le groupe y gagnera lorsqu’il aura complètement digéré ses influences…
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Half smiles of the decomposed

Après 17 années d’existence, Guided By Voices a donc décidé de tirer sa révérence. Une carrière au cours de laquelle le groupe a commis 15 albums studios, une multitude d’Eps et de singles ainsi que 3 box sets. Sans oublier les bootlegs ‘live’ ! La page (définitivement ?) tournée, Robert Pollard a décidé de se consacrer dorénavant aux différents projets qu’il multiplie depuis quelque temps. « Half smiles of the decomposed » constitue donc le chant du cygne de G.B.V.. Un disque sans bonne ni mauvaise surprise, puisqu’il s’inscrit parfaitement dans la lignée de l’œuvre de la formation. Bob y démontre, à nouveau, son art à ficeler des mélodies aussi contagieuses que capricieuses. Quatorze plages qui doivent autant au power pop, l’indie rock qu’à la pop des sixties. Celle du Who, en particulier. Circa « Tommy » pour être plus précis. L’opus recèle, en outre, une plage ténébreuse, angoissante, (« Sleep over Jack »), sensation amplifiée par des accès de basse angulaire, réminiscents de Joy Division ; et puis en « Window of my world », une petite perle raffinée, semi-acoustique, sculptée dans les rêveries baroques du psychédélisme…
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Les profils des Dômes

Drivé par Guillaume Belhomme, Gypsophile roule sa bosse depuis 1995. Un groupe parisien responsable de cinq albums à ce jour, tous parus sur des labels différents. Si à l’origine, les textes étaient composés dans la langue de Shakespeare, la langue maternelle est devenue, assez rapidement, le véhicule verbal de leurs chansons. Des lyrics symboliques qui servent parfaitement une pop minimaliste, visionnaire, essentiellement tramée dans l’instrumentation acoustique (guitare sèche, saxophone, piano, flûtes, percussions), susceptible à tout instant de déraper dans le jazz, la bossa nova ou l’ambiant. Dominique A et Mark Hollis (Talk Talk) exercent une influence certaine sur la musique de Gypsophile. La presse spécialisée mentionne également Morton Feldman et Jacques Coursil. Une chose est sûre, la musique de Gypsophile rame à contre-courant de la scène française contemporaine. Un peu comme Jean-Louis Murat. En aussi ténébreux. Après avoir écouté cet elpee, on se rend compte qu’il est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Parfois énigmatique (« L’Ethiopienne inuit »), psychédélique – à l’instar de la longue ballade envoûtante « Pour effacer quoi ? Et attendre », réminiscente de « The confessions of Dr. Dream and other short stories » du duo circonstanciel Kevin Ayers/Nico -, ou encore post moderne lorsqu’il se pose en épure de Tuxedo Moon (« Devant les fleurs singulières »). Mais ce sont les chansons pop mélodiques, délicates, mélancoliques, contemplatives qui dominent ce morceau de plastique. Dans un style qui me rappelle parfois un certain Pierre Surquin. Et ne me demandez pas qui est ce Petr Grisli qui a collaboré à la confection de cet opus ; c’est sans doute un pote à Gypsophile, puisque ce n’est pas la première fois qu’il participe aux sessions d’enregistrement. Un bémol : les interludes free jazz instrumentaux plantés au beau milieu de l’elpee qui font office de remplissage. N’empêche, il ne manque pas grand-chose pour que Gypsophile passe en division supérieure. Peut-être un producteur qui a le nez creux. A suivre de très près!
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Live Dvd

Le 12 février 2004, Girls In Hawaii, Sharko et Ghinzu se produisaient à l’Ancienne Belgique de Bruxelles devant un parterre de 2.000 personnes. Cet événement vient d’être reproduit sur un Dvd de 135 minutes, incluant 6 bonus tracks acoustiques et une galerie de photos réalisées par Muriel Thies. Je ne vais pas vous relater une nouvelle fois le spectacle, mais simplement vous renvoyer à la review concoctée par Grégory, qui avait assisté à cette soirée…
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Headgit

Githead est le nouveau projet de Colin Newman (Wire) auquel participent Malka Spiegel (Minimal Compact) et Robin Rimbaud (Scanner). Découpé en 6 fragments, « Headgit » prélude la sortie d’un album prévu pour début 2005. Six titres qui auraient pu tout aussi bien relever du répertoire de Wire, mais sous sa forme la plus pop/rock. Et pour cause, si Malka est bien préposée à la basse, Robin – qui a délaissé ses computers pour la circonstance – et Colin se réservent les parties de guitares ; le trio ayant opté pour la formule de la boîte à rythmes (NDR : mais issue de la technologie de pointe), pour tout ce qui relève des drums et des percussions. Cette excellente entrée en matière recèle deux instrumentaux. Tout d’abord « Reset », une sorte de ‘road movie’ réminiscent de Neu. Ensuite l’atmosphérique « 12 buildings », une compo caractérisées par de nombreux collages que balaient des riffs de guitares introspectifs. Les quatre autres plages pulsent au gré de la basse funky. Hypnotiques (« Fake corpses », « Craft is dead »), parfois dub dans l’esprit du « Metal box » de PIL (« To have and to hold », « Profile »), elles libèrent un groove post industriel tantôt hénaurme, tantôt métronomique. Dommage que Malka ne chante pas davantage, les vocaux austères, impassibles de Colin conférant un aspect particulièrement robotique aux mélodies. Encore que ce soit peut-être à dessein…
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Golden Virgins The

Les Golden Virgins nous viennent du Nord-Est de l’Angleterre. De Sunderland, très exactement. Un trio qui brasse une multitude d’influences pour concocter une musique aussi personnelle qu’indéfinissable. Et ce premier opus en est la plus belle démonstration. Découpé en 12 fragments, « Songs of praise » oscille de la valse lente (« Waltz of praise ») à la pop mélancolique ‘blurienne’ (la ballade typiquement insulaire « Never had a prayer », le contagieux « We’ll never be friends » et le presque celtique « I don’t want no – one but you »), en passant par le folk gothique, moyenâgeux (« Shadows of your love »), le funk blanc (« The thought of her »), le boogie/rock’n roll (« I don’t want to believe you »), la power pop glamoureuse de Bowie et de Supergrass (« Renaissance kid »), la new wave hymnique, percutante, réminiscente des Cars (« I am a camera ») ou mélancolique, très british, si proche de Joe Jackson, nonobstant ses accès d’électricité déchiquetés, (« Light in her window »), le psychédélisme ample d’un Super Furry Animals (« Staying sober »), et le punk théâtral (« Never had a prayer »). Un punk théâtral abordé dans l’esprit du Sensational Alex Harvey Band. Même la voix de Lucas Renney adopte ici le timbre vocal emphatique du célèbre et défunt Harvey. Timbre et inflexions qu’il emprunte régulièrement au mythique Alex, avec beaucoup de bonheur, tout au long de cet opus. Un album fort intéressant, aux lyrics qui ne le sont pas moins (NDR : ils traitent de la fragilité des sentiments humains) pour un groupe qui risque de faire parler de lui (NDR : et en bien !) d’ici quelques semaines. Retenez bien ce nom : The Golden Virgins…