Le deuxième jour de cette édition des Inrocks 2008 se déroulait donc au Splendid. Toujours à Lille. Pas trop de monde lorsque le premier groupe monte sur le podium. Un public qui va cependant affluer au cours de la soirée, pour finalement bien remplir la salle lors de la prestation des deux derniers groupes. Faut croire que de nombreux spectateurs ne s’intéressaient qu’à Friendly Fires et à Foals. Et quelque part, ils n’avaient pas tout à fait tort.
Parmi les quatre groupes programmés lors de cette soirée, il revenait à The Wild Beasts d’ouvrir les hostilités. Une formation issue de Kendal, en Grande Bretagne. Un seul album à leur actif, « Limbo, Panto », paru en juin de cette année. Ce qui frappe surtout chez ce quatuor, c’est l’amplitude vocale du chanteur/claviériste/guitariste, Hayden Thorpe. Parfois mâle et rauque ; souvent falsetto, dans un registre fort proche de Jimmy Sommerville. En outre, les backing vocaux conjugués par le bassiste et le drummer accentuent la limpidité des harmonies vocales. Un bonnet de laine sur la tête, Hayden ressemble à un bûcheron canadien. Au début du set, il joue même de la gratte assis devant son clavier. Musicalement, leur pop, légèrement teintée de jazz, est un peu trop propre pour pouvoir communiquer une quelconque envie de remuer dans la salle. On a même l’impression que le drummer se décarcasse… pour ne pas trop heurter le sens mélodique. Bref, c’est sympa, mais un peu mou quand même.
Place ensuite aux Virgins. Un quartet new-yorkais manifestement influencé par le garage, le funk, le britrock et le r&b. Les plus jeunes penseront aux Strokes. Les vétérans aux Stones. En outre, c’est le bassiste, Nick Zarin-Ackerman (NDR : vu sa tête, il doit être d’origine amérindienne) qui balise toute la solution sonore de ses interventions très groovy et ma foi fort judicieuses. Quant au chanteur, Donald Cumming (NDR : il a aussi trempé dans le monde du cinéma), sa voix traînante et languissante a beau conter des textes terriblement urbains, elle manque quand même d’intensité pour parvenir à faire passer ses émotions.
On en arrive donc à Friendly Fires. La presse en parlait tellement, qu’on craignait devoir se farcir un hype. C’est tout le contraire que cette formation de St Albans nous a démontré. St Albans, c’est un patelin sis, dans le Hertfordshire, en Angleterre. Pas d’une quelconque banlieue de New York. Pourtant, leur punk funk est terriblement excitant. Un punk funk contaminé par le funk, la shoegaze et la pop. Une sorte d’hybride entre !!! et Radio 4. Le tout revisité par Franky Goes To Hollywood et LCD Soundsystem. Il y a de l’électro, mais c’est joué live. Du groove. Beaucoup de groove. Pour la scène, le trio de base est soutenu par deux mucicos dont un bassiste. On vibre aux rythmes des percus latino, dignes du carnaval de Rio. Les accès de guitare sont cinglants, pyrotechniques. Le public remue dans tous les sens, fait la fête. Et puis au centre de la scène s’agite Ed Marcfarlane. Il va même descendre dans le public. Le chanteur/danseur (à ses heures guitariste ou claviériste) a une bonne voix, mais elle se fond dans l’ensemble. Ses déhanchements sensuels, spasmodiques, chaloupés, communiquent un feeling voluptueux à la foule. On ne voit pas le temps passer. C’est la révélation du festival ! Et comme dirait, notre photographe préposé pour la circonstance, c’est ‘the next big thing’ !
Pas facile dès lors pour Foals de clôturer la soirée. Et pourtant, il y est parvenu sans aucune difficulté. En fait, Foals est avant tout un groupe de scène. Et au fil du temps, ses prestations deviennent de plus en plus convaincantes. Enfin, c’est ce que m’ont rapporté plusieurs spectateurs au cours d’une conversation impromptue relative à leur set. Le quintet d’Oxford pratique une forme de math rock mâtiné de post punk et de noise atmosphérique. Dans un style susceptible de rappeler The Rapture et TV on The Radio. Pas étonnant quand on sait que leur album, « Antidotes », paru en mars de cette année, a été produit par David Sitek. De petite taille, Yannis Philippakis est le guitariste/chanteur. Il virevolte d’un côté à l’autre de la scène. Monte même sur les baffles. Le second gratteur, Jimmy Smith, tient ponctuellement sa guitare très haute, comme si c’était un médaillon. Les musiciens sont hyperactifs et communiquent cette intensité à la foule, qui se met à danser. Yannis possède un timbre vocal volatil, versatile, épousant même parfois des inflexions ‘robertsmithiennes’. Mais ses interventions au chant sont parcimonieuses. Les rythmes dansants, hypnotiques. Les cordes de guitares staccato, contagieuses, rampantes. Les drums implacables. Les lignes de basse pulsantes. Il y une urgence dans leur musique qui nous fait tourner la tête. Yannis abandonne le temps d’un morceau sa râpe, pour se mettre à frapper sur une caisse claire. Puis disparaît dans la foule. On le cherche. Et puis soudain, il se retrouve juste en face de votre serviteur. Il a deux sticks dans les mains et me regarde d’un air hagard. Puis continue son chemin. Après avoir pris un bain de foule, il remonte sur le podium. Il avait sans doute envie de prendre la température de la salle. Tout le monde semble d’avoir perdu ses repères, d’autant plus que le groupe se lance dans une équation semi-psychédélique, semi-noisy. Puis tout s’arrête ; et il ne subsiste plus qu’une sensation de vide. Pas de rappel. Les lumières s’allument. La musique de fond reprend ses droits. Et on se décide, bon gré, mal gré, à quitter les lieux. Mais franchement, ce soir, le festival des Inrocks a vibré en compagnie de Friendly Fires et de Foals…
The Wild Beasts + The Virgins + Friendly Fires + Foals
(voir aussi notre rubrique Live Photos)
Organisation : A Gauche De La Lune et Aéronef (Lille)

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