Les mille destins d’eightycuts

Nouvelle signature du label Teenage Menopause, eightycuts réunit Siam Coudrais à la batterie et Grégoire Léauté Culioli à la guitare et au chant. Le duo publiera son premier long playing, Thousand Fates, le 25 septembre 2026. Inspiré par Solénoïde de Mircea…

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Bernard Dagnies

Bernard Dagnies

“Are the village green preservation society” est paru en 1968. Un véritable chef-d’œuvre, auquel Nicky Hopkins avait participé ; mais un flop commercial magistral! Faut dire qu’à cette époque, les Beatles avaient sorti leur double blanc. Le même jour que cet album des Kinks. Et les Stones surfaient sur le succès de « Sympathy for the devil », single qui allait figurer en fin d’année sur l’indispensable « Beggars Banquet ». Sans oublier que les textes –superbes– de Ray Davies paraissaient complètement décalés pour l’époque. Enfin, faute de moyens, l’elpee avait été mal produit.


La remasteristation opérée sur cette édition Deluxe remet les pendules à l’heure. Toutes les subtilités qui passaient inaperçues sur la version originale sont ici bien mises en relief. D’ailleurs, il suffit d’écouter le second cd, reproduit sous le format d’origine, pour entendre la différence. Et finalement, on se rend compte de l’importance de cet opus, dont le format des pop songs a inspiré des artistes comme Damon Albarn (Blur) ou encore Jarvis cocker (Pulp). Le box recèle un troisième compact-disc réunissant des inédits, des raretés, des versions alternatives et surtout il bénéficie également d’une mise en forme impeccable, rendant aux compos de Ray Davies un lustre insoupçonné jusqu’à ce jour… Et l’ensemble est vendu pour 25€. 

 


mardi, 14 juillet 2009 23:14

With these hands

Sixième album solo pour l’ex-Dream City Film Club. Une œuvre conceptuelle, semi-autobiographique, au cours de laquelle il raconte l’histoire fictive d’un boxeur professionnel (Michael a pratiqué cette discipline sportive au cours de sa jeunesse). Rien que le sous-titre (NDR : ‘The rise and fall of Francis Delaney’) vous donne une idée du récit en question. Evoluant quelque part entre Tom Waits, Nick Cave et David Eugene Edwards (16th Horsepower, Wovenhand), la musique de Sheehy puise autant dans la roots, le blues, le r&b, la country, le vaudeville, le gothique que le gospel. Baignant au sein d’un climat particulièrement malsain, presque vaudou, « Fight for your right to fight » est même hanté par Screamin’ Jay Hawkins. Michael possède une très belle voix de crooner. Tour à tour tendre, ténébreuse, voluptueuse ou envoûtante. Que vient régulièrement enrichir des chœurs gospel. Des chœurs gospel dispensés a cappella, lors de la finale « Goodnight Irene », un éloge funèbre empreint d’une grande délicatesse. Trois artistes féminines ont participé aux sessions d’enregistrement : Sandy Dillon, Patsy Crime et Gemma Ray. Cette dernière pose même, en solitaire, son timbre bouleversant, sur « Frankie my darling ». Sheehy est bien sûr soutenu par une formation : les Hired Mourners (NDR : les Mercenaires Pleureurs !) Qui se partagent guitare électrique, orgue (NDR : vintage !), piano, percus, slide, basse et sporadiquement banjo ainsi que violon(s) (NDR : les arrangements de cordes sur « When did we grow so old » sont absolument fabuleux !) Bref, il y avait longtemps que je n’avais plus conclu par ces termes : un must !

mercredi, 08 juillet 2009 19:19

Lou Barlow Incognito

Le nouvel album de Lou Barlow paraîtra ce 5 octobre. Intitulé « Goodnight Unknown » il a notamment reçu le concours de Dale Crover des Melvins, de son collaborateur de longue date, Imaad Wasif (Yeah Yeah Yeahs, Alaska!) et de la vocaliste Lisa Germano. L’elpee a été mis en forme par Andrew Murdock. Flanqué des Missingmen c’est-à dire le guitariste Tom Watson et le drummer Raul Morales, Lou partira en tournée, dès cet automne, en assurant la première partie de Dinosaur Jr.

Tracklisting

1. Sharing
2. Goodnight Unknown
3. Too Much Freedom
4. Faith In Your Heartbeat
5. The One I Call
6. The Right
7. Gravitate
8. I’m Thinking…
9. One Machine, One Long Fight
10. Praise
11. Take Advantage
12. Modesty
13. Don’t Apologize
14. One Note Tone

Pour plus d’infos : http://www.loobiecore.com

 

mardi, 07 juillet 2009 19:14

Who are you + The kids are alright

Universal propose, pour l’instant, toute une série de compacts discs à prix ‘budget’. Le Who fait partie de cette campagne. Et le disque qui nous concerne ici réunit « Who are you », paru à l’origine en 1978, trois semaines avant le décès de son drummer Keith Moon ainsi que la bande sonore de « The kids are alright », sortie en 1979.

Pour « Who are you », c’est la version extended remasterisée qui nous est ici proposée. Elle avait été rééditée en 1996, enrichie de 5 bonus tracks. Si le disque n’est pas incontournable, il recèle quand même un fort intéressant « Music must change » chanté par Pete Townshend et puis surtout le titre maître, dont la version single se défendra honorablement dans les charts UK et US.

« The kids are alright » est une B.O. consacrée à leur histoire. Immortalisé ‘live’, il a été réalisé sur invitations au théâtre Kilburn State à Londres. Plus intéressant, son tracklisting épingle de grands classiques comme « My generation », « Magic bus », « Happy Jack », « I can see for miles », « Baba O’Riley », Pinball Wizard », « See me feel me » ou encore « Won’t get fooled again ». Dans des versions enregistrées en public. De quoi en mettre suffisamment plein les oreilles aux aficionados du mythe britannique…

 

Paru en 2001, ce disque vient donc de bénéficier d’une réédition. Faut dire qu’à l’époque, le nombre d’exemplaires mis en vente avait été rapidement épuisé. Si bien qu’il est devenu un disque de collection. Expérimental et ambient, il  est même considéré comme un véritable aboutissement dans l’univers de l’électronique. A un tel point qu’il aurait influencé la phase électro d’Animal Collective.

Mais venons-en à Jim, mieux connu comme producteur (Wilco, Joanna Newsom, Stereolab, Saint Etienne, Smog, Stereolab, Sonic Youth, etc.). Il a milité au sein de la bande à Thurston Moore pendant cinq ans (NDR : à partir de 2000). Mais c’est également un féru d’expérimentations les plus diverses. Electroniques, surtout. Qu’il partage entre différentes collaborations, mais réalise également à travers ses propres projets. Et dans ce domaine, manifestement, il a été marqué par l’œuvre de Steve Reich et de Terry Riley. Son électro minimaliste, mathématique est essentiellement le fruit de son laptop. L’album est découpé en longues plages hypnotiques, contemplatives, entretenues par les boucles ; une structure de compo qui me rappelle parfois étrangement Klaus Schulze. Emballé dans un superbe digipack, l’opus recèle un second cd découpé en trois compos de la même veine. Ne m’en demandez pas plus, car dans le style, c’est sans doute remarquable, mais pas trop ma tasse de thé…

“Tubular Bells” est l’œuvre maîtresse de Mike Oldfield. Nul ne peut le nier. Et pourtant son second elpee, « Herghest ride » est de toute bonne facture. Il avait même atteint même la première place des charts en Grande Bretagne. En 1975, Mike commet dans la foulée « Ommadawn », un elpee tout aussi convainquant ; un disque pour lequel il reçoit le concours du Paddy Moloney, le leader des Chieftains. Mais le natif de Reading est déjà devenu ‘Mr. Tubular Bells’. Et il va traîner le succès de son premier opus comme un véritable boulet, toute sa vie. A un tel point qu’il va consentir à lui donner une suite (« II » et « III »), proposer des versions alternatives et même enregistrer d’autres disques (NDR : plus ou moins 25 !), qui ne susciteront d’intérêt que chez ses véritables aficionados. Deux exceptions qui confirme la règle : le 45 tours « Guilty », une compo allègre, presque disco ; et puis le hit single « Moonlight shadow », enregistré en compagnie de Maggie Reilly en 1983. Deux morceaux qui s’écarte alors complètement du style symphonico-atmosphérique auquel il avait alors habitué son public, jusqu'alors. Mais rien à faire, la seconde moitié des seventies est marquée par l’événement du punk ; et Oldfield est relégué au rang des dinosaures de la prog, au même titre que Yes, Emerson Lake & Palmer et consorts.

Mais revenons aux débuts de Mike Oldfield. A l’âge de 14 ans, il militait au sein du groupe de sa sœur Sally, Sallyangie. Cet épisode est d’ailleurs immortalisé par la sortie d’un elpee en 1968, « Children of the sun ». Puis, il va fonder Barefoot, dont la durée d’existence sera tout à fait épisodique, avant de rencontrer Kevin Ayers. Il devient alors le bassiste de The Whole Wold, responsable d’un unique album en 1970, « Shooting at the moon ». Cependant, dans sa tête, il mijote déjà le projet d’un futur concept album. Un long morceau instrumental qu’il va baptiser « Tubular bells ». Lors des sessions d’enregistrement, il n’est assisté que par les ingénieurs du son Simon Heuworth et Tom Newman. Il joue plus de trente instruments différents et utilise la technique de l’overdubbing. Qu’il a bricolée mais rendue terriblement performante. Encouragé par David Bedford, il signe finalement chez le nouveau label créé par Richard Branson (NDR : oui, oui, le patron de Virgin Airlines). A cette époque, ce passionné de musique avait démarché des tas de firmes de disques, pour faire signer son poulain, mais sans succès. Il décide alors de fonder son propre label : Virgin. Et le premier disque à sortir sur cette nouvelle firme de disques est celui de Mike. Il paraît le 25 mai 1973. John Peel passe le disque dans son intégralité lors de son émission fétiche ; et puis William Friedkin en utilise une extrait (NDR : qui paraîtra également en single), pour son film-culte l’« Exorciste ». Le succès est fulgurant. Le disque deviendra ‘multiplatinium’. Et même culte.

Universal vient donc de rééditer cette œuvre. Et notamment sous une version Deluxe qui recèle deux disques audio et un dvd. En audio, on a droit à la partie I et II remixées aux Bahamas par Mike en mars dernier et puis une seconde sous leur version stéréophonique originale, le tout enrichi de bonus tracks. Et puis un troisième disque propose des ‘Surround sound mixes’ opérés par Oldfield, ainsi qu’un film consacré à l’interprétation du classique le 1er décembre 1973, sur la BBC. Mike est alors accompagné par quelques musiciens de studio. Un booklet de 24 pages abondamment illustré et des commentaires judicieusement rédigés accompagne l’œuvre.

 

mardi, 07 juillet 2009 03:00

Bunny gets paid (Deluxe Edition)

Enregistré en 1995, ce disque fait aujourd’hui l’objet d’une réédition en version Deluxe. C’est-à-dire remasterisée et enrichie d’un second cd. Sur ce deuxième disque figurent 7 morceaux dont une démo de « Chain, chain chain », limitée à la voix et à la sèche, la version single d’« Idiot son », un mix dub de « Mouse-ish », une adaptation alternative de « Carpet of horses » et un inédit : « Saint Anthony’s Jawbone ». Sans oublier la cover du « Words » de Low et celle du « Wishing (If I had a photograph of you) » de Flock Of Seagulls. 

Mais qu’est-ce qui justifie la réédition de cet opus ? En fait, le groupe –séparé depuis 1999– a décidé de ce réunir circonstanciellement pour accorder quelques concerts ; et envisage même d’enregistrer un nouvel elpee. Et puis l’occasion était belle d’épingler un épisode de la carrière musicale de Tim Rutili, Ben Massarella et Brian Deck. Alors que ce dernier est devenu un producteur très huppé sur la scène alternative, suite à la mise en forme de disques –entre autres– d’Iron & Wine, de Modest Mouse, Gomez et Fruit Bats, Rutili et Massarella ont fondé Califone, dont le style s’inspire manifestent de Red Red Meat. Et pour en revenir à cette version Deluxe, elle est habillée d’un superbe digipack.

Mais venons-en à ce que Musiczine écrivait au sujet de cet elpee en 1996. : ‘Une chose est sûre, ce quintette de Chicago voue une grande admiration à l'œuvre des Stones. Et en particulier à "Exile on Main Street". Faut même croire que si la bande à Jagger avait un jour imaginé une suite à cet opus indispensable, elle aurait accouché d'un elpee dans le style de ce "Bunny gets paid". Pas côté vocal, bien sûr. Le chant de Tim Rutilli campant plutôt un timbre guttural proche de Kevin Weatherill, leader d'Immaculate Fools. Si Red Red Meat s'autorise d'ailleurs quelque incursions dans la lo-fi semi acoustique, accomplissant dans ce domaine des performances assez remarquables, il s'illustre surtout par une musique filandreuse, sordide, claustrophobe, aux pulsations nerveuses, âpres, qui prennent une véritable dimension au fil de l'écoute. Une sorte d'urban blues déstructuré, ravagé par l'émotion et la colère, destiné à soulever des thèmes aussi brûlants que la sexualité, la solitude, le nihilisme, la faim ou l'asphyxie des métropoles (New-York notamment).’

dimanche, 05 juillet 2009 12:50

Un double ‘live’ pour Cali

Cali vient de sortir un double live. Intitulé « Le Bruit de ma vie » il propose une face acoustique, immortalisée lors de sa tournée « Nu » ; et en particulier lors de ses concerts accordés à Mons ainsi qu’à Tournai et une autre électrique. 29 titres qui témoignent de l’amour que porte Bruno à la scène et à son public.

Tracklisting

Cd 1:

1.  1000 coeurs debout (Bruxelles)   
2.  Je ne te reconnais plus (Clermont-Ferrand) 
3.  Comme j'étais en vie (Rennes)   
4.  Pensons à l'avenir (Saint-Étienne)
5.  Paola (Nantes)   
6.  Je m'en vais (Limoges)   
7.  Elle m'a dit (Nantes)   
8.  L'exil (Caen)   
9.  Pas la guerre (Bruxelles)   
10.  Le droit des pères (Bruxelles)    
11.  L'espoir (Nantes)    
12.  Je te souhaite à mon pire ennemi (Rennes)    
13.  Dolorosa (Clermont-Ferrand)   

Cd 2:

1.  L'espoir
2.  Tes désirs font désordre
3.  Je me sens belle
4.  Résistance
5.  Comme j'étais en vie
6.  Menteur
7.  Qu'est-ce qui va pas mon amour
8.  Les beaux jours approchent
9.  Giuseppe et Maria
10.  Els Segadors
11.  Pour Jane
12.  Le grand jour
13.  Roberta
14.  Sophie Calle n°108
15.  Je m'en vais
16.  1000 coeurs debout

Pour plus d’infos : http://www.calimusic.fr

 

mercredi, 31 mars 1993 03:00

Nostalgique du ‘Paisley Underground’

Figure de proue de la scène underground californienne de la fin des seventies et du début des eighties, Chris Cacavas vient d'accomplir une tournée en compagnie du Giant Sand de Howe Gelb. Un périple qui fait d'ailleurs suite à l'enregistrement en commun de l'album "Center of the Universe". Cacavas est surtout connu pour son rôle de claviériste joué au sein de Green On Red, un groupe qu'il a quitté apparemment brouillé avec Dan Stuart et Chuck Prophett. Mais là, c'est une autre histoire. Pourtant, ce musicien accompli, doué d'une superbe voix, capable de troquer son orgue contre une guitare avec une aisance surprenante, dégage une sympathie naturelle. Il ne compte d'ailleurs que des amis parmi les musiciens qui ont vécu ou été impliqué dans le ‘Paisley Underground’, dont Howe Gelb qui participe également à cet entretien (voir également l’interview qui est consacrée à Giant Sand)

Lorsque tu as quitté Green On Red, tes relations avec Dan Stuart et Chuck  Prophett étaient loin d'être au beau fixe, que s'est-il donc passé ? Regrettes-tu d'avoir joué au sein de ce groupe ?

Chris Cacavas : (en grommelant) Difficile à expliquer. Je ne me rappelle plus des raisons exactes (NDR : ou il ne souhaite pas les divulguer). Tu sais, lorsque j'ai joué au sein de Green On Red, on ne peut pas dire que le courant soit toujours bien passé entre eux et moi et puis, mon rôle se limitait à assurer les claviers. Pas évident de vivre avec ces deux types. Ce qui ne signifie pas nécessairement que je regrette cette aventure, car elle m'a procuré une certaine expérience. Mais Green On Red était d'abord le groupe de Dan Stuart.

Tu as vécu le ‘Paisley Underground’ qui a sévi à Los Angeles au début des eighties ; n'as-tu pas la nostalgie de cette époque ? Que reste-t-il de ce passé prestigieux ?

C.C. : Un peu nostalgique quand même. Tous les musiciens se connaissaient, et la plupart sont restés des amis. Nous faisions ensemble des jams et n'hésitions pas à remplacer quelqu'un au pied levé lorsque c'était nécessaire. Les concerts étaient excellents, et ils dégageaient une formidable ambiance... Aujourd'hui, on nous compare à des profs. Personnellement, je n'aime pas beaucoup d'être comparé à un prof. Mais certains (NDR : Chuck Prophett et Dan Stuart ?) cultivent ce complexe de supériorité. C'est ridicule ! Il faut rester humble et s'ouvrir aux autres. Et particulièrement aux jeunes musiciens. Nous aussi nous avons eu des débuts difficiles... tu comprends ce que je veux dire ? Maintenant, le passé, c'est le passé et il vaut mieux vivre avec son temps...

Pourquoi a-t-on qualifié cette musique de psychédélique ? Y a-t-il, comme lors des sixties, une relation avec la consommation de drogues ? 

C.C. : Cette musique avait quelque chose de psychédélique, et de nombreux musiciens ont eu recours aux hallucinogènes ; mais je ne pense pas que cette scène reposait uniquement sur la consommation de drogues...

Tous les groupes issus de ce ‘Paisley Underground’ reconnaissent pour influence majeure les Byrds, et particulièrement Gene Clark. As-tu eu la chance, un jour de monter sur scène avec lui ? Que représente pour toi cette légende ?

Howe Gelb : J'ai joué avec lui !

C.C. : Je suis un fan des Byrds. Mais je regrette que des gens se procurent leurs disques pour les décortiquer, et que des artistes interprètent leurs chansons sans se soucier du message qu'il véhicule. Lorsque j'ai écouté les Byrds pour la première fois, j'ai été très ému. C'est une émotion que je ne puis décrire ; alors, tu comprends pourquoi je n'accepte pas que l'on en fasse des exercices de style. Je m'estime incapable de chanter correctement une chanson de Gene. Certains prennent pourtant le risque, mais avec quel résultat, je te le demande ?

Comment expliques-tu que des groupes comme Long Ryders et Green On Red aient eu ou ont encore des racines ‘country’ ?

C.C. : En ce qui concerne G.O.R., je pense qu'elles sont dues au passé de Dan Stuart. Il a séjourné tellement longtemps en Australie, qu'il se prend pour un cowboy. Il porte même encore aujourd'hui des chapes (NDR : jambières d'équitation)
H.G. : Même qu'il a peur de sourire de peur d'attraper des gerçures !...

En tant que claviériste, as-tu un modèle ?

C.C. : Oui et non. Disons que j'admire beaucoup Bent Montench, le claviériste de Tom Petty, et l'organiste de jazz Jimmy Smith.

Pas Ray Manzarek ?

C. C. : J'apprécie les Doors dans leur ensemble. A une certaine époque je n'écoutais rien d'autre. Et figure-toi que je n'ai jamais atteint mon point de saturation. C'est un groupe toujours aussi fabuleux, et j'aime toujours sa musique.

Les Doors représentent-ils encore quelque chose à Los Angeles, aujourd'hui ?

C.C. : Oui... plus ou moins... pas tellement (rires)

Lorsque tu composes, à quoi accordes-tu le plus d'importance, à la musique ou aux lyrics ? Qu'est-ce qui t'inspire pour écrire ?

C.C. : Ce qui me vient le plus facilement à l'esprit, c'est la musique. L'élaboration des textes est plus laborieuse. Mais je n'ai pas d'exclusive en ce qui concerne les sources d'inspiration. Cela peut être une réaction à un film auquel je viens d'assister, à un livre que je viens de lire ou à une expérience que je viens de vivre...

En 1985, tu as participé à l'album de Giant Sand, "Valley Of Rain".  Comment t'es venue l'idée de recommencer cette collaboration pour "Center Of The Universe", puis de participer à la tournée du groupe ?

C.C. : Ce "Valley Of Rain" remonte déjà à un bon bout de temps. C'était juste avant la naissance de mon premier enfant. Cela doit être en 1985, tu as raison. En fait, j'ai surtout contribué à la confection du single qui porte le même nom. Nous avions pris beaucoup de plaisir à jouer ensemble, et avions convenu de reproduire l'expérience, mais les aléas de la vie ne nous avaient pas permis de la concrétiser plus tôt. Je ne regrette d'ailleurs pas cette décision, et je suis prêt à la renouveler...

Que comptes-tu faire à l'issue de cette tournée ?

C.C. : Me rendre à Disneyland (rires...) Je n'en sais trop rien. Me concentrer davantage sur mon propre travail. Me débrouiller pour que mon album puisse être distribué normalement en Europe. Reprendre mes activités de musicien de studio, prendre part à l'enregistrement des disques de mes amis.

Quel est le partenaire que tu préfères à la guitare ?

H.G. : Dis le, dis le !
C.C. : C'est Howe Gelb.
H.G. : Et moi, mon claviériste préféré, c'est Chris Cacavas.
C.C. : Faux cul ! (rires)

Interview (adaptée) parue dans le n°11 du magazine Mofo de mars 1993.

 

Giant Sand est un projet monté par Howe Gelb au beau milieu des années 80. Bien que né au Nord des Appalaches, Howe Gelb a véritablement entamé ses aventures musicales à Tucson, dans l’Arizona ; là où il avait émigré. Avant de se lancer dans le projet Giant Sand, il a milité chez les Giant Sandworms (NDR : commettant même un Ep passé complètement inaperçu), puis sorti un elpee sous l’étiquette de The Band Of Rocky Blanchette, disque édité par le défunt et mythique label parisien New Rose (NDR : un second long playing de ce combo, intitulé « Hertland », paraîtra même en 1986). C’est en 1985, que Giant Sand sort son premier opus : « Valley of Rain », un disque pour lequel il reçoit le concours du bassiste Scott Garber et du drummer Tom Larkins. Si on implique Giant Sand dans le mouvement ‘Paisley Underground’, c’est à cause de ses relations qui lui ont permis de côtoyer des musiciens comme Steve Wynn, John Convertino et Joey Burns (NDR : ces deux derniers ont même sévi chez le Géant de Sable, juste avant de fonder Calexico) ainsi que Chris Cacavas (NDR : voir également l’interview qui lui est consacrée). John, Joe et Chris accompagnaient même Howe pour la tournée mondiale de Giant Sand, début 1993, un périple destiné à promotionner l’album « Center of the Universe », auquel les trois protagonistes avaient participé. Le 6 février 1993, le band se produisait même à De Kreun, à Courtrai. Pour un set particulièrement halluciné. Faut dire qu’à l’époque, la musique du G.S. était très expérimentale. Surtout en ‘live’. Une sorte de country/psyché/jazz/blues qui aurait pu naître d’un hypothétique bœuf entre Captain Beefheart, Tom Waits, Thelonious Monk et Neil Young. Bref, la musique de Giant Sand est avant tout alternative. Apre, sulfureuse, urbaine, elle est en outre soulignée de textes très élaborés. Certains n'ont d'ailleurs pas hésité à les qualifier de kafkaïens. Rencontre donc avec un personnage, ma foi agréable, mais qui formule le plus souvent des réponses à prendre au second degré, lorsqu'elles n'atteignent  pas le stade de la dérision à l'état pur. Jugez plutôt du résultat...

Howe Gelb est-il ton véritable nom ?

H.G. : Oui, j'en ai bien peur !

Dans la mythologie du rock'n roll, quels sont les artistes qui t'ont le plus marqué ?

H.G. : Mott The Hoople!

Tiens, j'aurais parié que tu me cites Johnny Winter, Woodie Guthrie et Neil Young.

H.G. : D'un point de vue artistique, ce sont de véritables monuments qui ont toujours affiché une forte sensibilité musicale. Mais ce sont aussi des citoyens américains qui paient leurs taxes comme moi et présentent probablement une anatomie semblable à la mienne (!!!)

N'as-tu jamais rêvé d'assurer la première partie d'une tournée de Neil Young ?

H.G. : Surtout pas ! C'est beaucoup trop dangereux ! Le rythme des prestations est tellement élevé que j'en perdrai la carte. Je ne tiens pas à vivre sur les routes pendant des mois et être astreint à me taper chaque soir un concert. Il faut être fou pour assurer la première partie des tournées de Neil Young !

Combien d'albums as-tu enregistré ?

H.G. : Huit en compagnie de Giant Sand. Onze ou douze si on tient compte des albums solos. J'ai également participé aux projets d'autres artistes. Mais là, je ne me souviens plus très bien...

Pourquoi le désert et le sable sont-ils omniprésents dans ton œuvre ?

H.G. : Je suis amusé d'entendre parler de l'omniprésence du sable du désert dans mon œuvre. Il n'est pas à l'intérieur, mais autour...

Tu as quand même une vision du monde bien particulière ?

H.G. : J'aime cultiver les choses troubles, à double sens (NDR : on s'en serait douté!), mais je n'ai pas de vision du monde très précise.

Tes lyrics semblent exprimer un bien-être, un spleen ou une expression violente à l'encontre de ce qui te déplaît. Est-ce la raison pour laquelle ta musique est tantôt douce, violente, complexe ou difficile ?

H.G. : Selon que je suis heureux, triste ou irrité, mon inspiration se modifie. C'est un état d'esprit qui a une répercussion sur mes textes et ma musique.  Et comme je suis extrêmement sensible aux évènements de la vie, ils peuvent paraître versatiles...

Te sens-tu inspiré par la littérature absurde ? Par Joyce, Beckett et Kafka en particulier ?

H.G. : Kafka est-il absurde ? C'est un excellent musicien et je me suis procuré son dernier album la semaine dernière... (rires)

Mais encore ? Tu as lu Kafka ?

H.G. : Je ne peux le nier, mais chacun en retire ce qu'il veut bien !

Que penses-tu de la mort ?

H.G. : Lorsque tu mets chauffer l'eau et qu'elle commence à bouillir, elle dégage de la vapeur... elle se meurt. L'âme de l'eau se détache alors du liquide. C'est la même chose lorsque nous nous éteignons... nous nous évaporons, nous nous transformons en un état gazeux...

De Dieu et de la religion ?

H.G. : Les deux choses ne sont pas nécessairement  liées...
John Convertino : Dieu est une relation personnelle, tandis que la religion crée Dieu.

Retournes-tu encore parfois à Tucson ? Y-a-t-il une scène spécifique en Arizona ?

H.G. : Je rentre à Tucson pour y retrouver ma famille. Ma petite fille s'y trouve pour l'instant. Il n'existe aucune scène en Arizona. Si tu trempes dans le rock'n roll, tu cherches les meilleurs studios d'enregistrements et les meilleurs musiciens de studio ; or ce n'est pas à Tucson que tu les trouveras. C'est la raison pour laquelle j'ai souvent séjourné en Californie ; et qu'aujourd'hui je vis à New York. C'est juste pour mon travail.

Que penses-tu de la phobie des groupes américains qui s'entassent à Seattle pour chercher fortune? Du noisy rock et du grunge en particulier?

H.G. : Un phénomène ou une phobie? Je ne sais pas pourquoi ! Sans doute pour gagner autant de fric que Nirvana. Ils vont bientôt devoir se marcher dessus pour se faire une petite place. Et je ne vais certainement pas allonger la liste. Le grunge? C'est une affaire privée... (???). Noisy? Regarde autour de nous, l'environnement est noisy... (???).

Bernard Dagnies

Interview (adaptée) parue dans le n°11 du magazine Mofo de mars 1993.