CULK : entre smog et étoiles…

CULK a gravé « smogstar », son quatrième elpee ce 4 septembre 2026. Autour de Sophie Löw, également connue sous le nom de Sophia Blenda, la formation viennoise poursuit son exploration d’un présent traversé par les tensions, les élans de liberté et les zones…

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Biohazard 8/8/26
Bernard Dagnies

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mardi, 23 décembre 2008 01:00

Marathon

Suffit de lire les notices de la pochette pour savoir que le deuxième album de Malibu Stacy a été enregistré aux studios Headgar de New York, sous la houlette de Scott Norton (TV On The Radio, CocoRosie), mixé par Mike Major (At The Drive In) au Mike’es Mix Room, en Floride, et masterisé au Sterling Sound de N.Y. par Steve Fallone (The Strokes). Faut croire que le sextuor est fasciné par les States, puisque pour réaliser leur premier clip vidéo, il s’était rendu à Los Angeles.

Mais venons-en au contenu de cet opus. Tout d’abord, il recèle une majorité de compos pop bien dans le style du premier elpee. C’est-à-dire pas facile à assimiler à première écoute, même si les mélodies peuvent paraître contagieuses ou hymniques. A la limite, dans ce style, le type de chanson évoque à nouveau Ficher Z. Et les inflexions, alors proches de John Watts accentuent cette impression, tout comme les chœurs qui les soutiennent. Maintenant, il est vrai qu’en filigrane, on décèle toujours quelques traces de Weezer et de Maxïmo Park, mais elles sont de plus en plus diluées. Heureusement le combo a le bon goût d’essayer de varier sa palette sonore. A l’instar de « Maria », plutôt proche de la comédie musicale, du slow crapuleux (NDR : ce mid tempo !) « Duck and cover », qui aurait pu naître au cours des seventies, si l’instrumentation n’avait pas été aussi contemporaine et puis du final « White teeth », notamment lorsque le rythme emprunte un tempo new wave. C’est le moment choisi par les cordes de guitare pour grésiller frénétiquement comme à la plus belle époque de Wedding Present. Pourtant, les deux plages qui me bottent le plus sont aussi les plus enlevées. Tout d’abord l’intro « Hotel de police », caractérisé par ses vocaux reverb, dispensés dans l’esprit de Roy Orbison et puis surtout le violent, véhément et punkysant « Older bolder (and stuff like that…) » qui devrait faire un malheur sur les planches. Et à mon humble avis, c’est sans doute aussi dans ce créneau que le groupe a le plus de chance d’asseoir sa crédibilité…

 

mardi, 23 décembre 2008 01:00

Berlin – Live at St. Ann’s warehouse

Lorsque Lou Reed compose “Berlin” en 1973, la critique n’est pas tendre à son égard. Et son elpee est boudé par le public. Lou aura beaucoup de mal à se remettre de cet échec et va commencer une longue descente aux enfers de l’addiction… Evidement, la suite est une autre histoire. Pourtant, en prenant du recul, on peut considérer cet opus comme un véritable chef-d’œuvre. Mais particulièrement sombre. Trop sombre, sans doute. En fait, ce concept album raconte l’histoire d’un couple, qui emprisonné au sein du mur de la honte, s’abandonne aux drogues, au sexe, à la trahison et à la violence. Une tragédie qui n’aura qu’une seule issue : la mort.

Il y a trente ans que Reed cherche à mettre en scène cet opéra-rock. Et en décembre 2006, son rêve est devenu réalité. Il va ainsi interpréter, entouré d’une solide équipe de collaborateurs, dont Fernando Saunders Steve Hunter, Rob Wasseman, Rupert Christie, Antony Hegarty et Sharon Jones, sans oublier les chœurs du Brooklyn Youth ainsi que des cuivres et des cordes, l’intégralité de cet ouvrage. Pendant quatre jours. Au St Ann’s Warehouse de Brooklyn. Une série de dates qui feront l’objet d’un Dvd et de ce cd. Produit par Bob Ezrin (NDR : c’était déjà lui qui avait mis en forme la mouture originale) et Hal Williams, ce ‘live’ est enrichi de trois bonus tracks : la cover du Velvet Underground, au cours de laquelle il partage un duo en compagnie d’Antony des Johnsons, « Candy says », « Rock minuet » et le hit intemporel « Sweet Jane », trois plages qui alimentent le film du même titre signé par Julian Schnabel.

Projet très ambitieux ce ‘live’ nous replonge au sein d’un univers conceptuel qui faisait référence au cours des 70’s. Aussi, si vous n’êtes pas issu de cette génération ou êtes peu réceptif à la discographie de Reed, vous risquez fort de ne pas trop apprécier cet elpee. Voire même de l’abandonner en cours de route. Pourtant, les musiciens sont irréprochables. Lou est au sommet de sa forme. Mais proposé sous cette forme thématique, il est très difficile pour un néophyte d’accrocher à cette musique angoissante, austère, nonobstant la grande intensité instrumentale. En outre, il ne faut pas oublier que « Berlin » est considéré comme un des albums rock les plus déprimants de tous les temps. Et comme pour l’instant, il manque de soleil…

samedi, 31 décembre 2005 01:00

Blocked Numbers

Crystal Skulls nous vient de Seattle. Un quatuor responsable d’une musique particulièrement sophistiquée. Complexe également, même si plusieurs écoutes sont nécessaires pour s’en rendre compte. Qui mêle habilement la power pop et la prog issue de la Canterbury school. Avec une mise en forme digne de Todd Rungren voire de Steely Dan. Power pop à cause des compositions allègres, contagieuses, élégantes, qui rappellent Badfinger et les Nerves. Prog inspirée par Caravan, un des chefs de file de la Canterbury school. Et en particulier son premier elpee, qui manifestait encore une grande sensibilité pop, mais aussi et déjà les premiers signes d’une future orientation soft/jazz/rock. Todd Rungren et Steely Dan parce que les arrangements frisent la perfection. Evidemment, après tout ce que je viens de vous raconter, il serait fort étonnant que vous puissiez vous faire une idée plus ou moins précise du style pratiqué par Crystal Skulls. A moins peut-être de compulser l’encyclopédie du rock. Mais vu l’absence de références contemporaines (NDR : peut être The Sea and the Cake ?), il était difficile de faire autrement. D’autant plus que certains médias ont poussé l’hérésie jusqu’à les comparer à REM, aux Smiths, à Big Star, à Television et même aux Strokes. N’importe quoi ! Côté lyrics, Christian Wargo dispense tout au long de cet opus des contes qui fouillent dans les recoins les plus sombres de l’existence quotidienne. D’une voix claire, distincte, haut perchée, dont le timbre évoque parfois Donald Fagen (Steely Dan) ou Lowell George (Little Feat). Ca recommence !
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Melts in your brain… not your wrist!

Lors de son interview, Rudi Protudi (NDR: le chanteur/guitariste et leader des Fuzztones) n’avait pas tari d’éloges le Chocolate Watch Band. Une formation californienne. Issue de San José, très exactement. Parce que nonobstant sa durée d’existence éphémère (NDR : entre 65 et 69) et un nombre assez élevé de changements de line up, ce groupe de garage est devenu une véritable légende. Les collections ‘Nuggets’ et ‘Peebles’ nous l’avaient déjà rappelé. Et puis le label Sudazed avait ressorti leur catalogue complet sur compact disc en 1994. Mais pourquoi un tel engouement depuis peu ? Parce que le combo s’est reformé. Et est même reparti en tournée. En compagnie de son premier chanteur Dave Aguilar. Pas n’importe qui, puisqu’il est professeur d’astronomie à l’université du Colorado. Sous l’impulsion de leur producteur de l’époque, Edd Cobb, le label Big Beat a donc décidé de leur consacrer cette double compile. Le premier disque réunit leurs classiques (« Sweet young thing », « No way out », etc.); mais aussi trois titres (« Let’s talk about girls », « ‘til the end of the day » et « Medication ») remasterisés afin de replacer la voix de Dave. Le second morceau de plastique se consacre aux démos, à l’intégralité de leur album « One step beyond » et à toute une série d’enregistrements de leurs rivaux de l’époque : les Yo-Yos et les Inmates. Drôle d’idée ! N’empêche, dans le contexte du garage revival que nous vivons depuis quelques années, ces chansons ont gardé une saveur et une fraîcheur étonnantes. Rappelant même le plus souvent les Stones circa Brian Jones. A quand une semblable anthologie consacrée aux Standells ?
samedi, 31 décembre 2005 01:00

A singsong and a scrap

Réduit à un quatuor, Chumbawamba compte aujourd’hui 23 années d’existence. A l’origine punk, la musique de cette formation a progressivement évolué vers une pop précieuse, raffinée par de superbes harmonies vocales. Ce qui ne les a jamais empêché pas de poursuivre leur combat. A travers une attitude rebelle, contestataire, militante, anarchiste même, et des lyrics engagés. Aujourd’hui, le groupe de Leeds traduit cette lutte en pratiquant une musique folk, presque celtique ; sans pour autant oublier de soigner les polyphonies vocales. L’exercice a cappella y est d’ailleurs à nouveau pratiqué tout au long de « Walking into battle with the lord », une compo qui condamne le fondamentalisme religieux et les guerres qui en découlent ; et puis de « Coal not dole », une chanson de soutien aux mineurs grévistes, victime du capitalisme en Angleterre. La contestation sociale, et la révolte alimentent les 12 morceaux de cet opus. Même lors des deux covers qui figurent sur cette plaque. Tout d’abord l’adaptation du chant des partisans antifascistes italiens, « Bella ciao » ; et puis la reprise du « Bankrobber » de Clash. Enfin, la formation aborde des questions relatives à la discrimination et à la violence conjugale. Pour enregistrer ce nouvel opus, Jude Abbott, Lou Watts, Bob Whalley et Neil Ferguson ont quand même reçu le concours de quelques invités. Et parmi eux un inévitable joueur de cornemuse et un accordéoniste. Sans oublier la participation épisodique de l’un ou l’autre violoniste ou violoncelliste. Coloration folk oblige !

samedi, 31 décembre 2005 01:00

X&Y

Vous avez certainement déjà remarqué que nous ne sommes pas tendres avec les grosses pointures. Normal, parce que d’une part, nous prenons du recul par rapport aux fans, en essayant d’effectuer la critique la plus objective possible. D’autre part, nous estimons qu’il appartient aux stars de démontrer qu’elles méritent de conserver leur statut. Ce n’est pas parce qu’un artiste vend des millions d’albums à travers le monde qu’il doit lui suffire de paraître pour convaincre. Il faut aussi le mériter. En outre, lorsque cet artiste dispose de moyens financiers et matériels, remettre une copie bâclée est une injure au public. A l’instar de Radiohead, Coldplay se remet constamment en question. Et c’est sans doute là le secret de leur pérennité. On avait dit de Coldplay qu’ils étaient trop lymphatiques sur les planches. Ils sont devenus une des formations les plus percutantes et impressionnantes en ‘live’. Et tout particulièrement dans les stades. On les avait taxé de copie conforme de Radiohead. Ou même de nouveaux U2. Sept ans et 3 albums plus tard, de semblables comparaisons trahissent une totale méconnaissance du groupe. Leur troisième opus a été accouché dans la douleur. Il a fallu 18 mois à la formation pour le concocter. 60 chansons avaient été écrites. Peu satisfaits du résultat, les musiciens ont fait table rase et recommencé à travailler. Et « X&Y » constitue le fruit de leur labeur. 13 morceaux (NDR : dont un caché) qui nonobstant des arrangements grandiloquents, s’avèrent émouvants dans leur simplicité. Pourtant les spectres de Bowie et de Brian Eno (« Low », qui est également le titre d’une des plages de l’opus) ainsi que de Simple Minds circa « Empire and dance » (NDR : c'est-à-dire du tout début des eighties) planent sur cet opus. Une brume d’orgue (NDR : un hammond B3 !) mystérieux, parfois même mystique, tapisse la plupart des compos de cette œuvre. L’ombre de Phil Spector rôle également ; mais à cause des arrangements somptueux de cordes. Ce qui permet à Chris Martin d’afficher sa face obscure, ténébreuse même ; ou encore de laisser éclater sa colère. Un elpee bien équilibré entre titres puissants, allègres, complexes ou fragiles, au sein duquel le piano et la voix gémissante, mélancolique de Chris se promènent au gré des fluctuations de la mélodie. Une œuvre balayée par les accès de guitare de Jim Buckland, dont les riffs tout à tour gémissants ou bringuebalants peuvent adresser l’un ou l’autre clin d’œil à House Of Love (l’hymnique « Fix you »), au défunt Big Country (les accords/cornemuse de « Talk ») voire aux Beatles (« Twisted logic » et son crescendo hypnotique réminiscent d’« I want you »). Et lorsqu’on ne parle pas de la section rythmique, c’est qu’elle est irréprochable ! Plus besoin de résoudre l’équation car franchement ce « X&Y » est une réussite.
mardi, 31 décembre 2002 01:00

Giraffe

Pour enregistrer son troisième opus, Richard Warren a reçu le concours de Flood à la production. Un personnage célèbre pour avoir mis en forme certains albums de Depeche Mode, de U2 et du défunt Smashing Pumpkins. Un disque qui est loin de démarrer sur les chapeaux de roues, car les quatre premières plages sont étouffées par une boîte à rythmes aussi primaire qu’agaçante. Le pire, c’est qu’« Automatic eyes » et « Don’t destroy me », les deux premiers fragments du morceau de plastique, étaient annoncés comme des hits potentiels. N’importe quoi ! Mais le plus triste procède du traitement infligé à « Comfort of the hum », une très belle chanson, digne de Joe Jackson, véritablement massacrée par un ‘tchack tchack boum’ obsessionnel (NDR : manque plus que le pouet pouet !). Mais alors que j’étais prêt à siffler la fin de la récréation, la suite des événements a soudainement pris une tournure beaucoup plus intéressante. Beaucoup plus sombre aussi. D’autant plus que le ‘tchack tchack boum’ s’est mué en tempo plus new wave, plus hypnotique, lorsqu’il ne s’est pas totalement effacé. A l’instar du trip hop atmosphérique « High speed in love ». Le reste est cependant et manifestement influencé par le début des eighties. Epousant des mélodies sombres mais envoûtantes. A l’instar du gothique « Fun in you », du ‘joydivisionesque’ « Lately lonely », de « Good on T.V. », sorte de pop song californienne des sixties écorchée par une basse cold, mais revisitée par l’esthétisme glacé d’un Duran Duran. De « Wasted spaces », un fragment sculpté dans un funk blanc réminiscent d’A Certain Ratio que Chemical Brothers aurait pu remixer. Et enfin de « Nicely all the time », un blues industriel tramé sur fond de psychédélisme brumeux.

 

The Dodos, un nom à coucher dehors. Mais The Dodos, c’est surtout le patronyme choisi par une formation issue de San Francisco. Devenue un trio depuis peu. C’est-à-dire lors de l’intégration du xylophoniste/percussionniste Joe Haener. Les deux piliers de cet ensemble californien sont cependant le drummer Logan Kroeber et le chanteur/compositeur/guitariste Meric Long. Et c’est ce dernier qui a choisi le nom du groupe. En fait il s’agit tout simplement d’un mot tendre chuchoté par sa maman lorsqu’il était nourrisson. Une Tahitienne. Donc de nationalité française. Ce qui peut expliquer le choix. Avant de nous gratifier d’un set époustouflant au VK de Bruxelles (voir review), le groupe nous a accordé une interview. Au grand complet, même si Joe ne prendra jamais la parole, se contentant épisodiquement de hocher la tête ou de sourire. Et pour entrer dans le vif du sujet rien de tel d’aborder un sujet percutant : les percussions…

Ainsi Meric estime qu’il existe quelque chose de primal et d’universel dans l’art du drumming et des percus. Il est fasciné par les polyrythmes pratiqués à l’Est de l’Afrique, et en particulier au Benin et au Togo, discipline qu’on appelle aussi le West African Ewe (Wikipédia :  http://en.wikipedia.org/wiki/Ewe_drumming). Il s’explique : « Effectivement. De manière générale, les gens apprécient les percussions, les toms qui résonnent. Qu’elles soient jouées en force ou subtilement. Mais ce qui nous intéresse, ce n’est pas uniquement le rythme, mais le rôle ou l’apport du percussionniste dans la mélodie. Ce qui importe, c’est la façon dont le musicien arrange sa chanson plutôt que son niveau technique. En fait, on base notre recherche sur des éléments simples. Exemple : la batterie. Et ensemble, on arrive à tramer le tout de manière à rendre les morceaux intéressants (NDR : en quelque sorte, la somme des interactions est plus importante que les parties individuelles). Ce qui ne veut pas dire qu’on se marche sur les pieds… » Mais dans cet esprit, peut-on dire que Meric joue de la guitare comme des drums et Logan des drums comme de la guitare ? Meric admet : « Sûrement ! Je traite parfois ma guitare comme une batterie et Logan ses drums de manière très mélodique. Enfin, la façon dont nous jouons chacun de notre instrument est très percussive. C’est mon explication. » Meric joue de la gratte depuis son plus jeune âge. Mais il a d’abord commencé sur un ukulélé. Celui de son oncle. Ce qui explique peut-être un certain goût des Dodos pour les instruments insolites. « J’ai même hérité de cet ukulélé. Et il est exact que c’est le premier instrument sur lequel j’ai joué. Je voulais une guitare, et je me suis retrouvé avec un ukulélé… Vu que nous gagnons mieux notre vie aujourd’hui et avons acquis une certaine notoriété, on va pouvoir penser à se payer des instruments insolites. Je connais un luthier qui fabrique des instruments à cordes sur mesure. Et nous allons lui demander d’en confectionner l’un ou l’autre… » N’empêche, pour afficher une telle dextérité aux cordes, Long doit avoir suivi des cours. Pas à l’Académie, mais dans une autre école artistique. Il reconnaît avoir bénéficié des conseils d’un excellent prof. « Mais mon truc, c’était plutôt la dance et la pop. Je compte encore enregistrer trois ou quatre albums, dans le style proposé actuellement par les Dodos, puis j’envisage de reprendre des études musicales. Approfondir mes connaissances, mais dans un autre domaine que la pop. En fait, c’est toujours ce que j’ai fait : jouer, chanter, écrire de la musique. C’est mon truc et un type d’existence que je compte poursuivre… »  Logan est davantage branché sur le metal progressif. Etonnant pour un musicien impliqué dans un tel projet. Il se justifie : « En fait, dans le métal progressif, les drums sont joués très rapidement. Et c’est ce qui m’intéresse. » Pour l’anecdote, Logan et Joe consomment de nombreux sticks durant un concert. Mais c’est ce dernier qui détient le record absolu de bris de baguettes…

A travers les différentes revues de presse, les Dodos sont comparés tour à tour à Tyrannosaurus Rex, Led Zeppelin (album III), Animal Collective, Velvet Underground, The Feelies, High Places, Yeasayer, Indian Jewerly, Magnetic Fields, Sufjan Stevens, Gorky’s Zygotic Mynci, Syd Barrett, Arcade Fire, Beta Band, Tom Waits, Robert Johnson ou Elliot Smith. Les musiciens n’aiment pas trop les comparaisons. Ils préfèrent parler d’influences. Finalement au plus la liste est longue, au plus elles sont diluées. Et au plus leur musique devient originale. Logan est même ravi d’entendre dire que leur musique a atteint un tel niveau de complexité qu’elle pourrait incarner la synthèse des artistes et groupes susvisés. Par contre, aucun des deux interlocuteurs ne connaît Johnny Dowd. Ils n’en ont jamais entendu parler, mais ont promis de prêter une oreille à sa musique. Il est vrai que même si ce Texan émarge à la roots, il est très friand de percus et de bruitages insolites… Dans un autre registre, Meric apprécie beaucoup Orchestral Manœuvres In The Dark. Ce qui méritait une explication. « Effectivement. Les voix, les mélodies. Andy McCluskey et Paul Humphreys étaient de grands compositeurs de chansons. Et la plupart d’entre elles sont devenues intemporelles. »

Qu’est-ce qui botte le plus les Dodos, le live ou le studio ? Logan réagit instantanément : « Sans hésitation : les concerts ! » Meric nuance : « Cela dépend. Ce sont des expériences différentes. Jouer en concert, c’est comme quand tu t’injectes une petite dose. C’est rapide. L’adrénaline te booste immédiatement. Mais la réaction n’est satisfaisante que jusqu’au lendemain matin. Et puis, lorsque tu te réveilles, il faut se remettre au travail. En fait, on peut comparer le studio au boulot et le concert à une récréation… » A propos de ‘live’, le groupe n’a-t-il pas l’intention d’enregistrer en public ? La réponse de Logan fuse : « Un Dvd sort ce mois. Nous l’avons enregistré à Londres. » Pourtant, Logan n’aime pas trop les festivals. Il estime qu’ils projettent une image tronquée du groupe. Il commente : « Lors d’un festival, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. C’est la façade ! Et dans ce gros bazar, il y faut faire passer un maximum d’artistes sur les planches. Imagine le concert que nous allons donner ce soir, dans une petite salle, et transpose-le dans un grand festival. Ce n’est plus la même chose. L’amplification et l’éclairage sont différents. On n’a l’impression de ne plus vivre dans la réalité. Tout le monde est mélangé et on doit même jouer au milieu des rockers… »

Laura Gibson (http://www.myspace.com/lauragibson) est une chanteuse/guitariste américaine qui vient poser sa voix sur le deuxième opus des Dodos. Mais comment l’ont-ils rencontrée ? Meric raconte : « Un an avant que nous enregistrions notre premier elpee, je l’ai croisée dans un studio d’enregistrement à Portland. Nous avons fait connaissance. Elle appréciait notre musique. Elle m’a refilé un cd et on s’est échangé nos e-mails. On s’est ensuite revus à New York. Et je cherchais une voix féminine pour participer aux sessions de ‘Visiter’, notre deuxième opus. J’avais pensé à Diane Krall, mais elle n’était pas disponible. Aussi j’en ai profité pour lui demander et elle a accepté l’invitation. Elle ressent les choses qu’elle chante. Elle a participé aux vocaux pour trois compos. La situation était surprenante, car Logan et moi l’observions de la salle de contrôle. Elle était de l’autre côté de la vitre. Nous ne l’entendions pas. On la voyait simplement remuer les lèvres. Et nous nous inquiétions du résultat. En définitive, nous avons fait le bon choix, car sa voix et belle et très riche… »

Merci à Vincent Devos.

 

samedi, 31 décembre 2005 01:00

Cripple crow

Le quatrième album de Devendra Banhart propose la bagatelle de 22 titres en près de 75 minutes. Un disque pour lequel il n’a plus fait appel à Michael Gira à la production, mais à Noah Georgeson (Joanna Newsom) et surtout Thom Monahan (Pernice Brothers). Une oeuvre pour laquelle il a également reçu le concours de son groupe de tournée, les Hairy Fairy, mais également d’Andy Cabic (Vetiver), un pote du lycée. Lorsqu’on observe la pochette, on ne peut s’empêcher de penser à « Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band » des Beatles. Un véritable clin d’œil qu’il traduit d’ailleurs à travers quelques chansons rendant hommage aux Fab Four. Et je pense tout particulièrement à l’hymne ‘lennonesque’ et antimilitariste « Heard somebody say », à l’exotique (George Harrison ?) « Lazy butterfly », impliquant tabla, sitar et tout le saint tremblement. Et bien sûr à la compo « The Beatles », nonobstant la seconde partie de la plage chantée dans la langue de Cervantès. Une langue qu’il utilise d’ailleurs sur plusieurs morceaux de cet opus, rappelant que l’intéressé a vécu une bonne partie de sa jeunesse au Venezuela. Et qu’il admire toujours autant Caetano Veloso auquel il emprunte, pour la circonstance, quelques accents bossa nova. En outre, il se réserve une cover de la « Luna de Margarita » de Simon Diaz. L’enfance est une période de sa vie qu’il voudrait éternelle. Ce qui explique sans doute la présence d’une chanson comme « I feel just like a child » (NDR : rien à voir avec le « Sometimes I feel like a motherless child », un standard gospel revisité par Richie Havens lors d’un célèbre festival en 1969. Quoique.) qu’il interprète sur un ton hypnotique, réminiscent de Lou Reed. Près d’un tiers des morceaux de cet elpee trahissent cet état d’esprit. Même le titre maître est une expression lyrique. Musicalement, Devendra pratique une sorte de folk très subtilement teinté de psychédélisme. Un peu dans l’esprit de Lovin’ Spoonful, mais en moins blues et davantage sous influence (…) Mais ce qui fait le charme de sa musique, c’est sa voix. Légèrement chevrotante, elle campe une sorte d’hybride entre Jeff Buckley et Cat Stevens. Et son sens mélodique particulièrement contagieux. Le plus amusant dans cette histoire, c’est que notre gaillard et ses acolytes semblent bien décidés à vouloir faire revivre la flower power. Cheveux longs, barbes, tuniques indiennes, vie en communauté, etc. (NDR : qui a dit amour libre ?). Un sujet qui mériterait un autre débat. Encore faudrait-il que le Devendra en question veuille bien s’expliquer (NDR : à moins qu’il n’ait rien à dire). Précisant, par exemple, la raison pour laquelle il a enregistré ce « Cripple Crow » aux studios Bearsville de Woodstock. Ou encore. J’entends déjà des babas cool entonner le ‘rain chant’.
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Sincerely, Black Lipstick

Auteur d’un premier album fort intéressant en 2003 (« Converted themes »), Black Lipstick nous revient avec un nouvel opus. Toujours aussi hantée par le Velvet Underground, leur musique semble aujourd’hui avoir été infectée par les Stones, le Clean et Pavement. Les Stones circa « Exile on main street », à cause de la sonorité un peu crade, produite par les guitares tour à tour, écorchées, sales, malsaines et tumultueuses. Clean ensuite. Parce que les mélodies tendres mais énigmatiques, spontanées et vibrantes, épanchent une mélancolie stimulante. Pavement enfin. Quand l’apparente anarchie se mue en véritable tourbillon hypnotique. Ajoutez y le timbre vocal lymphatique, monocorde, un peu limite de Philip Neimeyer (parfois soutenu par le backing vocal féminin de la drummeuse, Elisabeth Notthingham), dont le timbre peut rappeler Tom Verlaine voire David Byrne, et vous aurez une petite idée du climat sonore développé tout au long de cet elpee. Une belle affaire revivaliste, donc… Ben non, puisque comme je l’avais souligné sur le précédent elpee, B.L. possède l'art de mettre en valeur le détail sophistiqué qui le rend à la fois si attachant et contemporain. Et je n’ai pas changé d’avis.