Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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Lokerse Feesten 2018 : samedi 11 août

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Outre les Djs, l’avant dernier jour des Lokerse Feesten va nous plonger au sein d’un univers électro-indus rétro. Et pour cause, Gary Numan et Front 242 y sont programmés. Compte-rendu.

Gary Numan est considéré comme l'un des pionniers de la musique électronique contemporaine. Son dernier opus, « Savage » (Songs From A Broken Word) », est paru en septembre 2017, une œuvre qui dépeint un monde post-apocalyptique, ravagé par une catastrophe écologique et au sein duquel l'Occident finit par fusionner avec l'Orient…

Gary Numan, les cheveux de couleur geai, déboule sur les planches. Il empoigne son pied de micro, comme s’il s’emparait d’une lance avant de combattre. A l’instar de ses musicos, il a enfilé une tenue à franges de teinte brune. Une estrade est réservée à gauche pour le drummer et une autre à droite pour le claviériste (NDR : un barbu !) Planté au centre du podium, un clavier est posé sur un fly case. Il est destiné à Gary. Et juste devant, une gratte est posée sur son trépied. Des peintures de guerre ornent leurs visages dont la croix d’Indochine, sur le front de Numan. La trilogie « Pressure », « Halo » et « The Fall » est dispensée d’une traite. Des vidéos sont projetées sur un écran, à l’arrière du podium. Les gratteurs exécutent également des danses hostiles et complexes, tout en triturant leurs instruments et en les poussant à la limite de la rupture. La musique est à la fois sombre, tourmentée, angoissante, sauvage et glaciale. Même l’attitude de Numan est agressive. Androgyne, hypnotique, sa voix est grevée d’un accent ‘british’ très prononcé. Il ne se consacre aux claviers pour deux titres et ne se sert de sa guitare que pendant une vingtaine de secondes. Avant « My Name Is Ruin », un roadie apporte un pupitre à partition, et l’installe à gauche de Gary. Une fille blonde, d’allure frêle, rejoint le band. Gary nous la présente : il s’agit de sa fille, Persia. Ce seront les seules paroles prononcées par Numan au cours du set. Elle assure les backing vocaux d’un timbre cristallin. Le public connaît parfaitement les paroles du refrain, et les reprend en chœur. Si la plupart des morceaux sont issus du dernier long playing, en fin de parcours, les inévitables « Cars » et le final « Are Friends Electric ? » achèveront brillamment le set. C’est d’ailleurs ces compositions que votre serviteur attendait impatiemment, parce qu’ils ont bercé son adolescence. Nostalgie, quand tu nous tiens…

Setlist : « Pressure », « Halo », « The Fall », « Metal », « Ghost Nation », « Bed of Thorns », « Me! I Disconnect From You », « Pray for the Pain You Serve », « Here in the Black », « My Name Is Ruin », « Down in the Park », « Cars », « When the World Comes Apart », « Are 'Friends' Electric? ». 

Depuis 2003, date de la sortie de « Still and Row », Front 242 n’a plus enregistré de nouveau matériel, mais inlassablement, il continue de tourner, en puisant dans son back catalogue, pour alimenter ses shows ; des compos, très souvent, revisitées. Le set du band va durer 75 minutes. Et il y a du monde sur la place. Amusant, mais parmi les aficionados, certains ont enfilé un vieux t-shirt à l’effigie du band ; et d’autres, de tous récents, probablement achetés sur le stand merchandising, particulièrement bien achalandé. Deux estrades sont posées sur le podium : une pour le préposé aux percus électroniques et l’autre, le claviériste/machiniste. Richard 23 vient tapoter sur ces claviers de temps à autre. En arrière-plan des vidéos sont projetées. Collant parfaitement aux compos, elle alternent clips vintage, reviennent sur la guerre du Vietnam (‘Apocalypse now’) ou s’évadent dans le psychédélisme quand ils n’optent pas pour des messages abstraits… Calqué sur les beats électro, le light show émane essentiellement du haut du chapiteau. Impressionnant et luxuriant, il tétanise littéralement les premiers rangs. Surtout à cause des stroboscopes, bien trop aveuglants...

Il est loin le temps où les musicos paradaient en tenue militaire (NDR : c’était en 1981 !), aujourd’hui ils sont tous habillés de noir. Cependant, la lutte partisane est toujours d’actualité, tout comme le blitzkrieg, sur les planches… « Moldavia » (« Tyranny ») ouvre le show. Les deux chanteurs portent des masques de couleur noire. Immobiles, ils fixent l’assemblée, avant d’exécuter des mouvements saccadés, remuant dans tous les sens, suivant le tempo de la musique. Le son est puissant, violent même. « Take On » est davantage dansant. Une invitation au karaoké défile sur l’écran. On peut y lire : ‘Body’, répété plus de 30 fois. C’est un rituel destiné à animer « Body To Body » (« Two in One », 1983). Le public entre en transe, jumpe, agite les mains afin d’exécuter, à sa manière, une danse robotisée.

Toujours à la pointe de la technologie, Front 242 ne va pas se contenter de nous refourguer les versions originales de ses compositions, mais prend le soin de les remodeler, à l’instar de « W.Y.H.I.W.Y.G », dispensé lors du rappel ou de « Commando Mix »…

« Headhunter » et autre « Funkhadafi » constituent, bien sûr, toujours les points d’orgue du concert. Tout comme l’époustouflant « Funkhadafi », amorcé par le recours à la machine à fumée. Une prestation 5 étoiles pour les papys du rock indus. La génération 3.0. peut en prendre de la graine…

Place ensuite aux sets de deux des meilleurs DJ’s de la planète : 2 Many DJ’s et Cherry Moon… qui malgré leurs succès n’ont jamais rien apporté de neuf à la culture musicale…

Setlist : « Moldavia », « Take On », « Body To Body », « Together », « Religion », « Triple X Girlfriend », « Quite Unusual », « Loud », « Funkahdafi », « No Shuffle », « U-Men », « Commando Mix », « Don’T Crash », « Headhunter », « Im Rhythmus Bleiben », « Welcome To Paradise ». 

Rappel : « W.Y.H.I.W.Y.G. », « Masterhit ».

(Organisation : Lokerse Feesten)

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Lokerse Feesten 2018 : mercredi 8 août

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Il s’agit déjà de la sixième journée des Lokerse Feesten ; et elle est consacrée au mouvement musical punk ; accueillant pour la circonstance, The Living End, Suicidal Tendencies, Turbonegro, Bad Religion et Dropkick Murphys. Depuis quelques années, traditionnellement, le dimanche est consacré au métal et le mercredi suivant, au punk. Notons que lors de ce festival, le timing est toujours scrupuleusement respecté.

The Living End ouvre les hostilités. Un power trio australien qui pratique une forme de punk/rock/psychobilly. Son line up réunit le chanteur/guitariste Chris Cheney, le contrebassiste Scott Owen et le batteur Andy Strachan. Ils sont considérés comme des stars au pays des kangourous ! D’ailleurs, il y a déjà 24 ans qu’ils sont dans le circuit. Punkabilly, « Second Solution » ouvre le set. Bien en avant, la contrebasse est parfaitement en phase avec le drumming. Les titres proposés son issus des elpees, « The Living End », « White Noise » et « Modern artillery ». Plus rock, « Don't Lose It » semble taillé pour la bande FM. Caractérisé par ses interventions de gratte stridulantes, « How Do We Now » a davantage de pêche. Chris manifeste toute sa fougue à travers la voix. Et « Roll On » met tout le monde d’accord. On a même eu droit à un hommage à d’illustres compatriotes, en l’occurrence AC/DC. Une bonne entrée en matière !

Setlist : « Second Solution », « Roll On », « End Of The World », « Don't Lose It », « How Do We Know », « Raise The Alarm », « Who's Gonna Save Us? », « Prisoner of Society », « E-Boogie ».

En 2016, Suicidal Tendencies était programmé lors du ‘metal day’. Aujourd’hui le quintet est à l’affiche du ‘punk day’. Originaire de Venice, en Californie, le band est drivé par Mike Muir. Malgré ses 55 balais, il n’a rien perdu de son énergie. Le line up est complété par Ra Díaz à la basse (NDR : il avait déclaré vouloir assister à de nombreux circle pits sur la Grote Kaai), le drummer Dave Lombardo (ex-Slayer) ainsi que les guitaristes Dean Pleasants et Ben Weinman, qui a remplacé Jeff Pogan, pour cette tournée… Le groupe pratique du skate/punk mâtiné de trash. Mike Muir parcourt des kilomètres sur l’estrade, tout au long du set. Ses mouvements sont un peu détraqués. On dirait qu’il lance une balle de la main avant de la rattraper. Lombardo est époustouflant derrière ses fûts. Sa rapidité à frapper sur ses deux grosses caisses est hallucinante. En fin de set, « Cyco Vision » va donc provoquer ce fameux tsunami circulaire, tant souhaité par Díaz ; et avant d’attaquer « Pledge Your Allegiance », Muir invite une cinquantaine de fans à rejoindre le band sur le podium pour participer à l’apothéose de ce concert. Nouvel album, « Still Cyco Punk After All These Years » paraîtra en septembre prochain. Et Suicidal Tendencies a promis de revenir, notamment, en Belgique, pour le défendre… 

Setlist : « You Can't Bring Me Down », « I Shot The Devil », « Clap Like Ozzy », « Freedumb », « War Inside My Head », « Subliminal », « Cyco Vision », « Pledge Your Allegiance ».

Turbonegro (Turboneger en norvégien) est issu de Nesodden, près d’Oslo. Son mélange de heavy metal, rock et punk, il l’a baptisé ‘deathpunk’. Le line up du groupe est relativement instable. Il implique deux guitaristes, un bassiste vêtu d’une salopette dorée, un drummer et un claviériste, jouant souvent de dos et affichant une attitude théâtrale. Sans oublier le nouveau chanteur. En l’occurrence Anthony Madsen-Sylvester. Charismatique, tatoué de la tête aux pieds, c’est un véritable showman. Il est partout à la fois et harangue constamment la fosse, ne la laissant jamais reprendre son souffle. Mais casquette de marin vissée sur la tête, ce Viking ressemble plutôt à un gros nounours. Moustachu et barbu, il aurait pu figurer dans une pub pour une célèbre marque de ‘fish sticks’. Le sextuor va nous réserver l’un ou l’autre morceau de son dixième opus, « Rock'n' roll Machine », dont trois titres en début de set. Le vocaliste demande à la foule si elle a déjà eu l’opportunité de l’écouter. Hormis quelques bras levés, on ne se bouscule pas au portillon. Après avoir interprété le « Bohemian Rhapsody » de Queen, que l’auditoire reprend en chœur, Sylvester prétend qu’il s’agit d’une de leurs compos (NDR : humour nordique ?)…

Setlist : « Well Hello », « Rock N Roll Machine », « Hurry Up & Die », « Get It On », «Hot for Nietzsche », « All My Friends Are Dead », « Wasted Again », « John Carpenter Powder Ballad », « Special Education », « The Age of Pamparius », « I Got Erection ». 

Issu de Los Angleles, Bad Religion est considéré comme un des meilleurs groupes punk de la planète. Caractérisé par ses textes politiquement engagés, ses compos sont brèves. Sur les planches, il va d’ailleurs nous en fourguer 25 en 60 minutes. Dont 10 titres en rappel ! Le show s’ouvre par « You Are (The Government) », que Greg Graffin, le frontman, annonce tout simplement comme une chanson punk et s’achève par « Pessimistic », juste avant l’encore. Curieux, mais en général très prompt à colporter les idées de son évangile punk, il faudra attendre les 20 dernières minutes du concert, avant qu’il ne se mette réellement à communiquer. Sans quoi, sa voix puissante et ce trio de guitaristes complémentaires, responsable de riffs incisifs, graisseux et chargés de testostérone, vont nous en mettre plein les portugaises…

Après les guêpes, place aux moustiques. Dropkick Murphys, ce sera pour une autre fois. En outre, il est minuit trente, et la fatigue commence à gagner votre serviteur. Il rejoint donc ses pénates. Mais il a consigné la prochaine visite de ce band démoniaque, dans son agenda. Ce n’est donc que partie remise.

(Organisation : Lokerse Feesten)

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Ronquières 2018 : dimanche 5 août

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Seconde et dernière journée sur le site du plan incliné de Ronquières.
Le farniente n’est pas au programme de votre serviteur, même si une bonne sieste dominicale aurait été la bienvenue
De surcroît, c’est toujours la canicule. Une chaleur tropicale s’est lourdement abattue sur toute la Belgique. Les festivaliers peinent à rester debout.
La popularité dont jouit le festival a dépassé les frontières. De nombreux anglophones ont débarqués.

Au loin, résonnent les incantations de Thérapie Taxi. Bis repetita puisqu’il s’et déjà produit la semaine dernière dans le cadre des Nuits Secrètes, à Aulnoye-Aymeries. Du déjà vu !

Cette ‘thérapie de taxi’ balaie large puisque le style campe un patchwork entre pop, rock et rap. Apparemment, le concert va bientôt se terminer.

Suivant son habitude, le trio bouscule les convenances en dispensant des textes crus. « Bisous tendres » provoque un ‘roulage de pelle’ à grande échelle.

« Hit sale » ne fait pas davantage dans la fine dentelle. Une gonzesse, hôtesse d’un jour, monte sur l’estrade pour scander à la foule en délire que ‘Ici tout l'monde déraille, tout l'monde déraille/T'es cent fois trop, cent fois trop bonne/T'as beugué nos entrailles, beugué nos entrailles/T'es mille fois trop, mille fois trop sexe’…

Cette « Salope » met tout le monde d’accord !

Une constance dynamique booste le combo et fait le bonheur des plus jeunes… à défaut de parfaire un cursus en langue de Molière…

Intergalactic Lovers prend la relève côté bâbord. Depuis 2008, les Alostois ont bien bourlingué. Notamment en Europe, mais également en Russie et au Japon.

Les guitares punchy se posent sur la voix sensible et assurée de Lara Chedraoui.

Naviguant quelque part entre ceux d’Interpol et de Yeah Yeah Yeahs, l’univers sonore, tour à tour ténébreux ou coloré, s’observe tel un prisme tantôt mélodique, tantôt abrupt. Lorsqu’il n’embrasse pas tout ces antonymes en  même temps…

La formation flamande ne parvient pas (s’)enflammer. La sincérité ferait-elle défaut ?

Si d’aucuns prennent possession de la scène comme d’un terrain de jeu où il fait bon vivre et s’amuser, Lara et ses potes font mine de ne pas l’entendre de cette oreille. C’est vraiment dommage !

Les compos sulfureuses de Tamino parviendront-elles à nous rendre un peu de baume au cœur ?

Flanqué d’un batteur et d’un claviériste, l’Anversois s’exprime dans un français assez approximatif. Qu’importe !

A peine quelques centaines de personnes se sont pressées devant le podium, alors que le talent du gaillard a séduit l’Hexagone, lorgnant même vers les Pays-Bas, Paris et Londres.

Clope dans une main et pinte dans l’autre, de petites grappes humaines se sont constituées. Elles se sont assises sur ce qui ressemble plus à de la terre battue qu’à une plaine verdoyante. Faut dire que les guindailleurs de la veille n’ont pas fait les choses à moitié…

La musique coule dans les veines de ce chanteur/auteur/compositeur d’origine égyptienne depuis sa tendre enfance. Il a suivi les traces de son père. Sa mère, pianiste, lui a inculqué les préceptes de la culture musicale. En outre, le grand-père, Muharram Fouad, star dans son pays, était considéré comme l'une des plus grandes voix, au cours des sixties…

On le sent proche de l’expression artistique de Maarten Devoldere (Warhaus) dont il assurera d’ailleurs les premières parties à l'Ancienne Belgique.

Hypnotique, sa voix androgyne aurait pu naître d’une rencontre entre celle de feu Jeff Buckley et l’ex-Arid, Jasper Steverlinck. Elle impressionne lorsqu’elle grimpe dans le registre aigu, comme si elle était redevenue sur le moment enfantine, tout en bénéficiant du volume sonore produit par la capacité thoracique issue de sa maturité.

Les notes aériennes sont légères, presque éphémères, s’envolent et se posent délicatement, calmement. Elles s’effacent pour revenir chaloupées. C’est chaud et suave à la fois !

Ses compos enivrantes invitent au voyage de l'autre côté de la Méditerranée ; celui dont lequel Tamino cultive l’émotion !

Une prestation qui désarçonne !

Autre endroit, autre style : Nada Surf.

Décidément, la programmation a de quoi donner le tournis. De nombreux quinquas se sont agglutinés, comme des guêpes autour d’un pot de miel. Faut dire que depuis ses débuts, le groupe est toujours parvenu à fédérer…

Le leader s’exprime dans un français impeccable. Normal, puisque lui et Lorca ont fréquenté le lycée français de New-York. Il a aussi vécu à Paris entre 5 à 12 ans, lorsque ses parents étaient enseignants.

C’est justement son anniversaire. Une femme lui souhaite ardemment en agitant une pancarte cartonnée. Elle est excitée comme une puce(lle) !

Matthew Caws (guitare, chant), Daniel Lorca (basse, chant) et Ira Elliot (batterie) ont recruté un quatrième larron ; en l’occurrence le guitariste Doug Gillard, rencontré lors de l’enregistrement de « If I Had a Hi-Fi » (2010), un album consacré aux reprises où il posera sa patte sur trois titres. « You Know Who You Are » scellera définitivement cette collaboration judicieuse.

Lorca a une sacrée tignasse. Ses dreadlocks vont jusqu’au creux du dos. Ses cheveux n’ont probablement plus vu de peigne depuis des lustres…

Le groupe célèbre les 15 ans de « Let Go », sans aucun doute l’opus préféré des fans de la première heure, un disque qui recèle des titres incontournables, dont le fameux « Blonde on Blonde ».

Catalogué comme groupe indé au sein de l’univers du rock alternatif ou de power pop, le band peut se targuer d’être responsable d’une discographie relativement constante dans la qualité des chansons.

Le set sera tantôt puissant et lumineux, tantôt un brin mélancolique. Les compos planantes et ravageuses procurent un véritable feu de joie et d’allégresse.

Les guitares sont rageuses et font grimper les décibels. Parfois, l’ombre de Nirvana plane… subtilement…

C’est sur « Popular », chef-d'œuvre et pierre angulaire d’une carrière bien remplie, que les membres de NS toucheront le cœur et l’âme du public.

Faut dire que cette compo fédère une énergie libératrice qui sert encore aujourd’hui d'hymne pour toute une génération.

Les grondements d’applaudissements résonnent à mille lieues. Totalement mérités !

En guise de conclusion, à défaut d’avoir surpris le public, Nada Surf a eu au moins le mérite de le combler le temps d’une petite heure d’un set qui aura ravivé bien des souvenirs…

Il est temps de se rassasier. N’espérez surtout pas faire de la diététique une priorité. Hormis frites, pâtes industrielles sauce bolo imprégnée de mouchettes ou encore hamburgers brunis par les vicissitudes du temps, rien de bien intéressant…

Les files sont plus longues que la veille. Le temps de se rassasier, le trio anversois Triggerfinger a terminé sa prestation depuis un moment…

Dans ce genre de manifestation, des choix drastiques s’imposent…

Maintenant, place aux ‘filles’. N’y voyez là aucune désignation sexiste, mais tout simplement Girls In Hawaii.

Votre serviteur attend maintenant depuis une demie heure devant la crash que déjà on se sent serré comme des sardines. La comptine de Sébastien prend ici tout son sens. Heureusement que l’odeur n’y est pas…

Les Belges drainent du people. Faut dire que leur popularité est aussi grandissante que leur répertoire est impressionnant.

« Indifference », issu du dernier « Nocturne », marque le ton d’un concert qui sera survitaminé.

Pour la petite histoire, le clip a été tourné dans la Gare Centrale de Bruxelles, loin du bruit et de son agitation quotidienne dans le cadre de la campagne ‘La Belgique, autrement phénoménale’, destinée à redorer l’image du plat pays chez nos voisins.

La rythmique est diablement convaincante. Les grattes puissantes finissent par se perdre au-delà des nuages. Le son est à la fois très contemporain et organique. Une perle de toute beauté !

Fausse ballade douce extraite du triste et mélancolique « Everest », opus paru en 2013, « Switzerland », est largement hantée par la disparition accidentelle du batteur Denis Wielemans, petit frère d’Antoine (chant), survenue trois ans plus tôt.

Une chanson qui renvoie à quelque chose de lumineux et dangereux à la fois pour s’effacer sur la pointe des pieds, laissant « Misses », torrent jouissif, convaincre les oreilles des plus réticents.

L’amertume et la mélancolie cèdent rapidement le relais à une compo up tempo baptisée « Walk ». Le leader met en garde ses fans en lui signifiant ‘Profitez-en, c’est la seule chanson où on peut danser !’ La messe est dite…

Les Brabançons wallons tiennent fièrement à remercier Sébastien Beaumont, backliner (NDR : en gros celui qui gère l’installation du matos) pour tous les services rendus, au cours de ces derniers mois.

« Birthday Call » est spécialement dédié à Matthew Caws (Nada Surf). ‘Nous les écoutions beaucoup lorsque nous étions jeunes’ lance Wielemans. Joli et bienveillant clin d’œil intergénérationnel…

Caractérisé par ses envolées synthétiques, « Guinea pig » vient clôturer un set à la dimension surréaliste sans jamais dénaturer la nature même du band dont la pop reste malgré tout le fer de lance.

Le show ne souffrira d’aucun moment faible. Toute la discographie est finement balayée pour le bonheur des mélomanes lambda et des plus exigeants.

Kyo semble clairement incarner le groupe destiné aux plus jeunes au vu des centaines de milliers de jeunes filles qui poussent des coudes pour débarquer les premières sur le site.

Les t-shirts à l’effigie du quatuor se dressent comme un étendard aux couleurs bleu-blanc-rouge.

Fondé en 1994, ce combo français est drivé par Benoît Poher (chant et guitare) et implique ses potes Florian Dubos (guitare), Nicolas Chassagne (guitare) et Fabien Dubos (percussions et saxophone).

Ils avaient déjà foulé la plaine du RF, il y a trois ans. ‘C’était notre plus beau concert. Les Belges sont les meilleurs’, avouent-ils. On ne mesure pas toujours la sincérité des propos, mais force est de constater que ces compliments donnent le sourire aux organisateurs et renforcent leur confiance pour les années futures…

Les lumières se tamisent. D’un bleu profond, la pénombre laisse à peine entrevoir le minois du chanteur qui approche maintenant la quarantaine…

Le drummer habituel est remplacé par un inconnu. Impossible de connaître la cause de cette désaffectation aussi soudaine qu’imprévue.

Les premières notes d’« Omega interlude » déclenchent quelques larmes sur les joues des plus fragiles. Une intronisation bien étrange puisque ce titre est issu de l’elpee « 300 lésions », un disque publié en 2004.

« White trash » lui succède. Une décennie sépare cette compo de la précédente que déjà la peur de sombrer dans l’oubli atteint « Je cours ».

Sur fond de violence familiale, de maltraitance et d'alcoolisme, « Sarah » prend une dimension très profonde lorsque Benoît pose son grain de voix délicat et éthéré sur une nappe synthétique du plus bel effet.

Si à une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, les briquets étaient légion, les smartphones illuminent désormais cette chanson dont la volupté est vite oubliée à cause de « Ton mec » dont la thématique brosse l’adultère.

Si la recette de Kyo repose avant tout sur des textes introspectifs et des accords passe-partout, elle n’en demeure pas moins efficace. De textes incisifs et introspectifs, couchés sur une bande son moderne et modulaire…

Bref, un live à la hauteur de ce que tout festivalier est en droit d’attendre. Et ça, peu de groupes peuvent se targuer d’y parvenir.

Avant de « Tout envoyer en l’air », un petit détour chez les « Poupées Russes » s’impose afin d’y faire une « Dernière Danse ». Qui s’y frotte, s’y pique ! Résultat : « Je saigne encore »

Fort du succès rencontré, gageons que la bande à Benoît s’efforcera de garder le « Contact » !

Il est presque minuit lorsque Lily Allen pointe de bout du nez. Le temps de rejoindre la voiture, de sortir du parking, de faire une file interminable et de rejoindre mes pénates, trois bonnes heures au moins se seront écoulées. Trop peu pour moi, faut se lever à 5 heures 30 du mat’ !

Pourtant jeune festival, Ronquières a une fois de plus démontré qu’il avait tout de ses grands frères !

A l’année prochaine vieux frère !

(Organisation : Ronquières Festival)

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Esperanzah 2018 : dimanche 5 août

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Le troisième jour et dernier jour de l’Esperanzah va se dérouler, à nouveau, sous la canicule. Les organisateurs ont qualifié cette dix-septième édition d’Esperanzah d’exceptionnelle. A cause de la programmation, du public attentif et curieux (NDR : 37 000 festivaliers quand même, dont de nombreuses têtes blondes) et d’une météo favorable. Manifestement, le succès était au rendez-vous.

On débute la journée face au podium ‘Alpha’ où se produit Belcirque. Un sextuor féminin qui puise ses influences dans le swing, le jazz, le blues et la pop, mais également la musique traditionnelle américaine et africaine, en tirant parti d’un violon, d’une contrebasse, de tas de percus, de cuivres, d’harmonies vocales, d’une gratte électrique et semi-acoustique. Quant aux paroles, elles sont interprétées tour à tour en français, néerlandais ou anglais…

Direction scène ‘ jardin’ pour le set de Mélanie De Biaso, une des plus belles voix du jazz en Belgique, mais également à travers le monde. Douce, captivante, lancinante, envoûtante, elle s’inscrit dans la lignée des Nina Simone voire de Betty Davis. Pas étonnant qu’elle ait été surnommée la Billie Holiday belge. Elle entame le set en solo. Rien que sa voix et une flûte traversière, pendant 15 bonnes minutes. Le pianiste et le drummer sont quasi au chômage technique. Elle va nous proposer de larges extraits de son dernier elpee, « Lilies », publié en 2017. Ses compos baignent au sein d’un cocktail de blues, jazz, lounge, pop et d’électro. Les orchestrations sont soignées. Son charisme est tellement impressionnant que sa prestation va fasciner un auditoire silencieux et presque en contemplation…

La grosse surprise va nous venir du podium ‘Alpha’, où se produit Studio Shap Shap (NDR : ‘Shap Shap’ est le bruit produit par martèlement d’un marteau sur une enclume). Un collectif issu de Niamey, au Niger. Il va nous réserver de larges extraits de son premier opus, « Château 1 ». Le combo implique Arobasse (basse), Ousseini (soliste à cordes Molo et Komsa), Le Popo (cithare Kindé), Boubé (chant et gymnastique), Sakina (piano, mao, balafon, chant) et le percussionniste Oumarou Mai Douma, un type un peu fêlé sur les bords, mais particulièrement efficace, qui tape sur des instruments faits maison : une calebasse et une peau de chèvre tendue font l’affaire. Ce qui va lui valoir la sympathie du public. Et le tout est enrichi par quelques sonorités électro, afin de donner à l’expression sonore, un aspect plus contemporain. Vieux et édenté, Boubé slame parfaitement son texte en nous racontant l’histoire et les origines du band. En outre, il est encore suffisamment alerte pour exécuter des pas de danse en tous genres. Et envoûtante, la voix de Sakina accentue cette impression de transe vaudou. Si vous souhaitez mieux connaître cette formation, parfois comparée à Staff Benda Bilili voire à  Konono n°1, on vous invite à découvrir son clip baptisé « Indépendance », ici...

Direction ‘Jardin’ pour le slam de Fabien Marsaud, aka Grand Corps Malade. Sa béquille bien calée dans la main gauche, il tient son micro, dans la droite. Il vient nous parler de son « Plan B », titre de son dernier long playing, en toute simplicité et décontraction. Mélancoliques, ses textes sont appuyés par une orchestration rock puissante. Il existe, sans doute, un plan A et un B… L’artiste plaisante en revenant sur la rencontre de coupe du monde de football, qui a opposé la France à la Belgique. Ce qui déclenche des quolibets dans l’auditoire. Pourtant, le gars est sympathique, mais son humour particulièrement décalé. Ce qui va finalement lui permettre de recueillir les acclamations d’un public multigénérationnel. Grand Corps Malade est programmé dans le cadre du festival des Libertés, cet automne.

Après une pause restauration bien méritée, place à Mélissa Laveaux. D’origine haïtienne, cette Canadienne n’a pas renié ses origines. En 2016, elle était retournée dans son pays de naissance afin de s’y ressourcer en sonorités, mélodies, ambiances, hymnes vaudous et histoires indigènes. Avant de composer un répertoire qu’elle interprètera en créole sur son troisième album, « Rayo siwèl ». Et ce sont des titres de cet LP qu’elle va nous réserver ce soir. Sur les planches, elle se consacre au chant et à la guitare électrique. Elle est soutenue par une jolie et talentueuse bassiste et un drummer. Mélissa nous parle de ses racines, de l’amour, de la vie quotidienne, des dieux vaudou, et des Américains qui ont occupé son pays pendant de nombreuses années. C’est une féministe qui ne mâche pas ses mots. Elle est néanmoins attachante, mais ce soir, elle manque quelque peu d’interactivité. Caractérisée par ses rythmes entraînants, sa musique salée/sucrée incite normalement à la danse. Raison pour laquelle elle s’inquiète verbalement du manque de réactivité de la foule. Mais les festivaliers n’ont plus guère envie de remuer le popotin. La température est suffocante et le moindre geste pompe de l’énergie. Et puis on arrive au terme de cette édition 2018 de l’Esperanzah…  

Pas de Gogol Bordello au menu pour votre serviteur. Il y était pourtant très attendu. Mais ces trois jours passés sous cette chaleur sur le site de l’abbaye de Floreffe ont beau avoir apporté tellement de satisfaction, la fatigue aura raison de l’envie d’assister à ce show. Séduit par le festival, son concept, sa programmation et son cadre, Musiczine répondra présent en 2019…

(Organisation : Esperanzah)

 

Ronquières 2018 : samedi 4 août

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Le plus fidèle des festivaliers s’est de nouveau invité sur le site de Ronquières. Absent l’année dernière, il se fait très insistant depuis plusieurs semaines déjà, dans les toutes les organisations, petites ou grandes…
Mais de qui s’agit-il donc ? Du soleil pardi ! L’herbe verte a laissé place à des brindilles de paille roussies. Dire que 365 jours plus tôt, il fallait mettre sa casaque et son paletot ! Si les longues averses entrecoupées de brèves éclaircies avaient alors jeté l’opprobre et plombé l’ambiance, elles auraient été accueillies à bras ouverts, lors de cette septième édition…Heureusement que le dessous du plan incliné procure de vastes espaces ombragés. On se console comme on peut.
De nombreux points d’eau dispersés aux quatre coins du site permettent de se désaltérer pour pas un rond. Mais il faut s’armer de patience, le précieux sésame a un prix : de longues files ; et elles sont interminables…
Pas de grands changements notoires pour ce RF, si ce n’est un espace aménagé à l’extrême droite de la plaine permettant d’y placer encore plus de ‘food trucks’, autrefois concentrés en fond de parcelle, côté bâbord.
Le bracelet au poignet est désormais équipé d’une puce électronique facilitant l’achat de boissons ou de nourriture. Exit donc les cartes bancaires peu pratiques et encombrantes…
Un sold out est annoncé. 42 000 âmes sont attendues. Pas étonnant, car il y en a vraiment pour tous les goûts : du hip-hop au folk, en passant par le rap et le rock. Sans oublier un fleuron de la musique électro, Henri PFR. Une affiche aussi populaire qu’éclectique donc…

Lorsque votre serviteur débarque, Caballero & JeanJass sont sur le point de terminer leur set.

Une banderole géante rappelle qu’il s’agit d’une tournée destinée à défendre « Double Hélice 2 », la suite d’un premier projet commun qui avait mis tout le monde d'accord, en 2016.

Flanqués d’un Dj, ils scandent à qui veut bien l’entendre que ‘Celles qui sucent des bites, toujours les mêmes’ tout en invitant la foule à former un cœur à l’aide des mains, de manière à mettre l’amour en sécurité. On ne peut pas dire que les deux gaillards font dans la fine dentelle…

Le temps de cerner ces nouveaux porte-drapeaux de la scène hip-hop belge, que « Bruxelles arrive » sonne le glas. Une manière de visiter la capitale tout en restant chez soi.

Asaf Avidan se produit sur la ‘stage’ de gauche.

Il n’a pour seules compagnes que deux ou trois sèches posées à ses côtés et attend patiemment que les pompiers finissent d’arroser les spectateurs à grands coups de jets d’eau. C’est impressionnant ! Que feriez-vous si vous receviez sur la tronche l’équivalent de plusieurs jours de pluie en une seule fraction de seconde ?

Si de nombreuses personnes se délectent de ce torrent artificiel, mais providentiel, d’autres complètement lavées vont pousser une gueulante virulente à l’égard des ‘firemen’. Généreux et téméraires, oui, mais un peu fous tout de même !

C’est en 2006 que l’artiste a démarré sa carrière. D’abord soutenu par un backing group, baptisé The Mojos, puis sous son propre nom.

Auteur-compositeur-interprète, il se destinait initialement au cinéma d’animation. Sa passion pour le chant et la musique est soudainement née lorsque sa fiancée de l’époque met les voiles. Comme quoi, se faire larguer a parfois du bon…

Hautement perchée, hantée par Janis Joplin, Jeff Buckley ou encore Robert Plant, sa voix est reconnaissable entre mille...

Lorsqu’il exhibe son organe (vocal), l’assemblée se mure dans le silence et écoute presque subjuguée. Le temps s’arrête…

Ensuite, il y a ce corps. Fragile et athlétique à la fois. Une esthétique qui canalise l’attention des jeunes filles scotchées aux premiers rangs, salive dégoulinante sur les joues. Faut dire que le type est d’une beauté et d’un charisme à couper le souffle.

Les compos sont déchirantes, lancinantes, authentiques et personnelles. La mort est une obsession chez lui. A l’âge de 21 ans, il a failli succomber à un lymphome (cancer du sang). Ce qui peut expliquer sa vision de l’existence…

De temps à autre, il porte un harmonica en bouche ou se saisit de mailloches pour parfumer un peu plus encore l’habillage musical. C’est très épuré…

Le set s’écoute sans vraiment se vivre. Les gens se parlent (et s’assèchent) dans un brouhaha  sans vraiment tendre attentivement l’oreille au set qui se déroule sous leur yeux. La prestation est-elle trop ouatée en beau milieu d’après-midi ?

« One Day/Reckoning Song », hymne mondial qui a trusté largement les charts depuis qu’un Dj allemand s’en est emparé en 2013, mettra d’accord les plus indécis. Doigts délicatement posés sur sa gratte, son timbre de voix magique et majestueux déchire, retentit, provoque une déflagration ressentie à des centaines de mètres à la ronde. On cerne à ce moment toute l'étendue de ses émotions et sa créativité, sans aucune distinction de genre…

Le parterre est enfin conquis et se rend seulement compte qu’il vient d’assister à un moment d’anthologie… Un peu trop tardivement semble t-il.

Loïc Nottet lui emboîte le pas.

Chanteur et compositeur belge, c’est un produit issu de l’émission The Voice.

Propulsé à la suite de sa victoire en 2014, le Carolo est ensuite sélectionné pour représenter la Belgique au Concours Eurovision de la chanson l’année suivante où il termine à la 4ème place, grâce à un premier single qu'il a composé himself.

Lui et ses mucisos ont revêtu un accoutrement plutôt sobre. Blazer noir au-dessus d’une chemise blanche col mao. Sympa, mais osé par une chaleur pareille…

Une voix ‘off’ baragouine un propos en anglais pendant que des images inondent, en filigrane, la toile tendue à l’arrière du podium…

Dès « Mud Blood », il affiche ses prédispositions pour la danse. Ses deux compagnons d’arme et lui-même entreprennent des mouvements ordonnés, rythmés et remplissent énergiquement l’espace scénique.

Ca court ! Ca virevolte ! Les corps presque dénudés se chaloupent, flirtent pour plus d’étreinte sur fond de souplesse et de don de soi. Comme tirés par un fil invisible, les membres donnent l’impression d’être complètement désarticulés…

L’équipe a emporté une garde-robe bien achalandée. Quasi un costume par danse !

Si la gonzesse semble apprécier sa tenue de soubrette, style vieille pute de luxe, c’est dans sa longue robe blanche qu’elle est la plus sexy. Les galbes de son corps laissent plus d’un spectateur troublé…

Cette prouesse artistique recèle bien des efforts ; surtout quand on entend le souffle court du jeune homme de 22 ans qui parvient à peine à reprendre ses mots entre deux compos.

Il faudra attendre « Million Eyes » pour que cette parenthèse gestuelle laisse place à un moment plus doux et vaporeux, au cours duquel la voix du jeune homme prend une dimension fantasmagorique lorsque les aigus retentissent…

Il s’agit de sa dernière date. Il tourne depuis un an et demi et estime qu’il est temps de prendre du repos. ‘Je suis certain que mon équipe va me faire une surprise’ déclare-t-il, avant d’enchaîner par « Hungry Heart ».

Déguisé en clown flippant et schizo, salopette rouge, pull jaune et chaussettes orange, il s’attaque à « Doctor », puis prend congé de ses invités sur « Rhythm inside », caractérisé par son ‘rapapa tonight’ légendaire…

A tribord, maintenant, un prodige de la chanson française, en la personne de MC Solaar, y est programmé...

C’est d’un pas résolu qu’il débarque sur l’estrade, un béret blanc vissé sur la caboche…  

Son dernier opus, « Géopoétique », a été sacré disque de platine seulement un mois après sa sortie. Faut donc pas s’étonner de l’engouement populaire qu’il suscite aujourd’hui…

Vingt-six ans après avoir gravé « Bouge de là » et une décennie après la sortie de son précédent opus, Claude Honoré M'Barali n’a pas pris une ride et sa verve pointue et naturelle est demeurée intacte…

Son « Intronisation », plage titulaire de son dernier elpee, laisse entrevoir une musique solaire et positive où on apprend que ‘tout a commencé là-bas, dans la ville qu'on appelle Maisons-Alfort/En jean, en short ou en djellabah’...

Le temps de régler son « Sonotone », il exécute un bon en arrière en interprétant « Qui sème le vent récolte le tempo », titre issu du premier LP, paru en 1991. Le flow transgresse le poids des âges…

Son obsession textuelle laisse transposer des suggestions profondes et légères à la fois. Un véritable travail d’orfèvre pour ce chercheur de phrases.

Tout au long du formidable « Les Mirabelles », Solaar narre l’histoire d'un village de la Marne pendant la première guerre mondiale sur fond de rap. Son flot de guerre froide dira t-il.

Sa musique et la qualité littéraire de ses proses sont le fruit d'inspirations diverses, allant de Serge Gainsbourg –à qui il rendra hommage à travers « Nouveau western »– et aux musiques africaines (ivoiriennes, maliennes, tchadiennes), en passant par les classiques noirs américains (jazz et rap US).

« Bouge de là » et « Victime de la mode », titres-phares, ravivent pas mal de souvenirs au sein de l’auditoire…

La douceur de « Caroline » contraste avec un « Da Vinci Claude » diablement remuant. Pour prolonger cette ambiance festive, il propose au parterre de « Zomné des Zombies ».

Enfin, en préambule au rappel durant lequel « Solar pleure », alors que « La vie est belle », il présente généreusement l’équipe qui l’accompagne : Tom Fire, producteur et musicien reconnu et Maureen Angot, l’une des candidates les plus talentueuses de la saison 7 de The Voice. Elle se réserve une chanson, au cours de laquelle elle communique à son timbre soul, un relief chaud et granuleux digne d’Amy Winehouse. Grandiose !

Le spectacle s’achève, laissant des étoiles dans les yeux. Un MC… solaire !

Dernier concert de la journée en compagnie du mythique Etienne Daho…

La star est engoncée dans son éternel blouson de cuir noir, toujours aussi trop étroit. Les fans se sont empressés. Faut dire que c’est sa seule date belge…

La soixantaine bien sonnée, d’aucuns s’étaient émus il y a encore quelque temps d’une certaine fragilité dans la voix. Etonnement, elle est devenue plus sensuelle, grave et maîtrisée.

S’il passe en revue des titres énergiques et puissants où les guitares grondent et tournoient, c’est sur des ballades à la rondeur absolue, à l’instar de « Week-end à Rome », où il pose délicatement un organe humble et fragile ou encore « Ouverture », que son authenticité prend véritablement tout son sens.

Poète des temps modernes, la texture vocale est uniforme, délavée et sublimée par un tremblement et une assonance d’une subtilité à toute épreuve.

Joli pied de nez à cette chaleur tropicale qui frappe l’Europe depuis quelques semaines quand il ose « Les flocons de l’été » où il aime à rappeler que… ‘c’est l’hiver en été’…

S’il s’agit pour lui du « Premier jour du reste de ta vie », pour bon nombre de fans, c’est à tout le moins un des plus beaux !

Avant de regagner mes pénates, un petit détour vers le set d’Henri PFR s’impose. Il est vêtu d’un tee-shirt blanc et pantalon noir. Vu son visage de poupon, il ne doit afficher qu’une vingtaine de printemps, à tout casser. Ses deux mains triturent une série de consoles pour une déferlante qui se prolongera jusqu’à une heure du mat’…

A force de naviguer entre tribord et bâbord, votre serviteur tangue. Il est temps de lever l’ancre !

(Organisation : Ronquières Festival)

Voir aussi notre section photos, sur le site nl, ici

Esperanzah 2018 : samedi 4 août

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Deuxième jour de l’Esperanzah, et c’est toujours la canicule sur le site de l’Abbaye de Floreffe… une journée qui promet de bonnes vibes, vu la présence de Juicy. On épinglera quand même le respect scrupuleux du timing tout au long du festival et l’excellente qualité du son sur les 3 scènes.

La navette de bus a pris un peu de retard. Et lorsqu’on débarque côté ‘Jardin’, la prestation de Bai Kamara JR. vient de s’achever. Cap donc vers l’‘Alpha’ pour celle de Nawaris. Le sextuor est encore occupé de réaliser son soundcheck. Hussein Rassim en est la cheville ouvrière et la tête pensante. Originaire d'Irak, ce virtuose de l’oud (NDR : un luth oriental) a quitté sa terre natale, à cause de la guerre, une situation qui ne lui permettait pas de vivre librement de son art. Et pourtant, ce jeune musicien est considéré comme un véritable monument chez lui. A l’issue d’un long parcours, il a donc débarqué à Bruxelles, comme réfugié…

Sur les planches, il est accompagné par la violoncelliste Juliette Lacroix et le saxophoniste/flûtiste Manuel Hermia, mais également par trois percussionnistes, dont l’autre vocaliste Saif AL Qaisi (NDR : également un migrant irakien), le drummer Stephan Pougin (qui double au djembé) et enfin Robbe Kieckens, qui se sert de percus hautes issues du folklore marocain. Le répertoire oscille entre compos traditionnelles irakiennes et personnelles, mais également nord-africaines, et même sculptées dans le blues touareg, des compos au cours desquelles les instruments, le chant aussi parfois, se rencontrent, jouent, engagent des conversations, tout en laissant une belle place à l’improvisation. Atypique, ce band est venu défendre son premier LP, « Migration » (voir clip du titre maître, ici, paru en janvier 2018).

En écoutant cette musique, on ne peut que penser aux influences puisées par Robert Plant, en Orient et au Moyen-Orient. Les interventions de la violoncelliste apportent cependant un feeling mélancolique aux compos, le plus souvent instrumentales. Ce qui n’empêche pas la voix de Saif Al Qaisi de se révéler particulièrement mélodieuse ; quand il chante, of course…  « The Way Back » relate la transhumance vécue par Hussein à travers les Balkans, avant son arrivée, en Belgique, dès 2015. Car on a beau rêver d’horizons lointains, en écoutant cette expression sonore, on ne peut s’empêcher de penser à la guerre, au terrorisme et au fanatisme de Daesh, qui ont ravagé cette région du monde…. Une première claque musicale pour cette seconde journée à Esperanzah.

Il faut se résoudre à affronter la canicule pour se rendre, côté ‘Jardin’ et y découvrir Liniker E Os Caramelows. Fondé en 2015, ce band brésilien ne doit, sans doute, pas être incommodé par la chaleur, car il va faire encore monter la température de quelques degrés en mettant une belle ambiance sur la plaine. Sa jeune chanteuse, Liniker Barros, est transgenre et jouit d’une énorme popularité au pays des cariocas. Le combo pratique une forme de soul/funk tropicale et cuivrée qu’il a baptisé ‘Fonzy’. Les mélodies sont sucrées. Entre le saxophoniste et une des percussionnistes, on ressent une grande complicité. L’autre préposé aux percus, Pericles Zuanon, est particulièrement efficace. Une plantureuse vocaliste assure les chœurs, et sa voix baigne dans le blues et le gospel, alors que suave, celle de la lead recèle du groove. Elle s’y révèle d’ailleurs particulièrement émouvante, lors des compos imprimées sur un tempo lent… 

Sur le podium ‘Alpha ‘, Oum va bientôt grimper sur les planches. On reste donc en Afrique, mais plutôt dans le Maghreb et plus exactement au Maroc. Révélation 2013 de la musique méditerranéenne, elle allie sensibilité et puissance à travers un cocktail qui agrège tradition arabe (chants sahraouis, rythmes gnaouas, etc.) et influences occidentales (jazz, soul, afrobeat, gospel, etc). Sur son troisième opus, « Soul Of Morocco », elle a décidé de chanter en dialecte marocain, la darija.

Plutôt jolie et chaussée de lunettes fumées, Oum a revêtu des habits locaux de couleur jaune. Elle est soutenue par Damian Nueva à la contrebasse, Yacir Rami à l'Oud, Inor Sotolongu aux percussions et Lonrenz Rainer à la trompette. Et toute cette troupe va nous présenter des extraits de son dernier album « Zarabi » ainsi que de « Soul Of Morocco ». Ce dernier elpee évoque un Maroc pluriel, où le désert côtoie les palmeraies et les plaines verdoyantes. La voix d’Oum oscille entre vocalises perçantes et chœurs légers ; et suivant les morceaux on décèle des nuances berbères, égyptiennes, gnawa ou andalouses. Une superbe découverte et l’un des coups de cœurs des programmateurs de l’Esperanzah.

Cap vers le ‘Jardin’, pour une des sensations de ce festival, Goran Bregovic. Bien que constamment assis sur son siège, afin de se consacrer à la gratte, le comparse d’Emir Kusturica, tout de blanc vêtu, dirige un véritable orchestre. Ils sont douze sur les planches. Dont une majorité de cuivres : contrebasse à vent, bugle, cor de chasse, saxo, clarinette et trompette. A côté du leader, on remarque la présence d’un percussionniste au matos minimaliste qui participe également aux vocaux. Sans oublier le concours de deux choristes vêtus de costumes traditionnels. Essentiellement balkanique, la musique proposée intègre une multitude d’influences qui oscillent du rock à la pop, en passant par le reggae, l’électro, le classique, le liturgique et même le tango… Et en live, le résultat est un véritable tsunami sonore. Lorsque la troupe attaque le célèbre chant révolutionnaire italien, « Bella Ciao », 10 000 personnes entrent alors en ébullition. Le public danse, jumpe et est envahi par une onde de ferveur. Et des morceaux comme « Kalasjnikov », « Duj Duj », célèbre pour son bordel désorganisé, ainsi que la perle « Gas Gas », vont littéralement mettre le feu à la fosse. Comme s’il ne faisait pas encore assez chaud…

La plaine est noire de monde, lorsque Juicy monte sur l’estrade. Et votre serviteur ne veut, pour rien au monde, manquer la prestation du duo réunissant Julie Rens et Sasha Vonck. Non seulement elles sont bourrées de talent, mais également jolies, sympathiques et accessibles. Issues du conservatoire, elles cherchent à remettre au goût du jour le r&b et le hip hop des années 2000, dans un style minimaliste et très électrique. Sasha se réserve la guitare et Julie, la boîte à rythmes. Les deux filles se consacrent également aux synthés, samplers et vocaux. Et on est parti pour 60 minutes de folie. Le set s’ouvre par « Warp », une nouvelle compo. Affublées de longs manteaux rouges et coiffées de chapeaux à franges, les filles parcourent les planches dans tous les sens pendant près d’une minute. Avant, enfin, de poser leurs voix. Elles ôtent vestes et couvre-chefs pour laisser apparaître des salopettes de couleur banche, dont les manches sont rabattues au niveau des hanches. Chaud dedans, chaud dehors. Elles interprètent « For Hands On Ass », a capella. Tout au long de « Mouldy  Beauty », elles ondulent sur place en brassant l’air à l’aide de leurs bras. Avant« Something Is Gone », ma voisine me souffle dans le creux de l’oreille que l’on doit s’accroupir. Avant de sautiller comme les filles. Cover de Diam’s, « La Boulette » déchaîne les passions. Nu soul, « Didn't Knock » fustige un certain Théo Franken. Les noms d’oiseaux volent bas. Et le set de s’achever par deux autres nouvelles chansons, « Bolly Wood » et Da Beat ». Juicy se produira ce 31 août, dans le cadre du Crammerock.

Coup de mou pour votre serviteur. Il est tard, la route du retour est encore longue, et il y a encore un troisième jour de festival, ce dimanche. Dommage pour le concert de Bernard Lavilliers. Ce sera pour une prochaine fois…  

(Organisation : Esperanzah)

Esperanzah 2018 : vendredi 3 août

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L’organisation du festival Esperanzah est impeccable. Si sa programmation privilégie la world et la musique urbaine, elle ne néglige ni les stars, ni les découvertes. Chaque édition défend un thème. Cette année, c’est le déclin de l’empire du mâle. Sois également ‘Sacha’ et attentif au gaillard qui met la main au cul d’une gonzesse, mais également tolérant et respectueux, notamment en matière d’égalité des sexes…
De vastes parkings de délestage sont relayés par des navettes de bus, toutes les 15 minutes ; et ce jusque 3h30 du mat’. Au sein d’un cadre exceptionnel et ombragé, des fontaines d’eau distribuent gratuitement de l’eau. Et par cette canicule, c’est primordial. Trois scènes sont réparties sur le site : la scène ‘Futuro’, située à son pied, est destinée à la musique urbaine et aux découvertes. Sur le site propre, la ‘Jardin’ accueille les stars montantes et confirmées et l’‘Alpha’ est réservée aux talents en devenir. L’empreinte écologique est omniprésente. Le festivalier trie ses déchets. Le prix de la nourriture et des boissons est abordable. Les familles sont les bienvenues. D’ailleurs, des activités pour les gosses, du cirque et de l’art de rue sont prévus sur le site… 

Ce soir, Roméo Elvis est à l’affiche. Il est programmé sur la scène ‘Futuro’. Mais un parcours de 15’ est alors nécessaire pour remonter vers le ‘Jardin’ ou l’‘Alpha’. Et la pente est raide. Une épreuve à éviter vu la canicule. D’autant plus que Jain se produit sur les hauteurs. Et pour assister à sa prestation, dans les meilleures conditions, il fera donc l’impasse sur celle du rappeur…

C’est d’ailleurs au ‘Jardin’ que la troupe strasbourgeoise, Lyre Le Temps, débarque. C’est le cas de le dire, car sa musique traverse toutes les époques, depuis le Charleston des années 30 au hip hop, en passant par le jazz et l’électro. Tout en y injectant une bonne dose de swing. Le line up réunit quatre musicos. Un drummer, un contrebassiste, préposé aux platines et un chanteur/crooner qui se sert également d’un clavier, mais de manière originale. Ce clavier est placé sur le sol, perpendiculairement à l’estrade et en position verticale. Il en joue donc assis, comme un harpiste ; et notamment tout au long du fabuleux « Prohibition Swing », le titre maître du dernier opus de la formation, un disque paru en 2016 ; et cette compo illustre parfaitement le climat au sein duquel baigne la prestation. On imagine les artistes coiffés de borsalinos, armés de mitraillettes, comme s’ils devaient défendre leur cargaison illicite d’alcool. Des images d’Elliot Ness traquant Al Capone, en noir et blanc, me traversent l’esprit. En ‘live’, le quatuor libère une énergie phénoménale et incite le nombreux public à danser, lever les bras en l’air (NDR : pas suite à une arrestation !) et à faire la fête. Et impossible de résister ! Premier coup de cœur de la journée.

Lubiana Kepaou, découverte, il y a à peine une semaine, au Palais 12, en supporting act de Youssou N’ Dour, grimpe la scène ‘Alpha’. La coupe afro, le regard de jade, la démarche féline, cette jeune Belgo-camerounaise a participé au télécrochet ‘The Voice Belgique’. Et bonne nouvelle, elle est soutenue par deux musiciens, en l’occurrence un claviériste/guitariste et un préposé aux machines. Sa musique est le fruit d’un cocktail subtil entre néo soul, jazz et lounge. Chaude, sensuelle et suave, sa voix colle parfaitement au style. Elle se sert d’une kora, un instrument traditionnel d’Afrique de l’Ouest, qui l’inspire et la rapproche de ses racines. Le concert s’ouvre par « Afro Blue », chanson qui ressemble étrangement à la version originale écrite par Mongo Santamaria et reprise par Erykah Badu. Elle nous réserve une adaptation singulière du « Sex Bomb » de Tom Jones. Caractérisé par ses percussions synthétiques, mais vibrantes, « Feeling love » nous entraîne vers les côtes africaines. Les interventions de Lubiana sur les 10 cordes de sa kora sont délicates, mais émoustillent la foule. Ce qui la pousse tout naturellement à se trémousser. Beats électro et synthés dynamisent « King Of My Kingdom ». Mais c’est lorsqu’elle est seule, face au micro et à son instrument, qu’elle se révèle la plus émouvante. Une superbe prestation, mais un peu courte… 

Setlit : « Afro Blue », « Sex Bomb », « Rose », « Feeling Low », «  Break Free », « Sunday Lost », « Come Back », « King Of My Kingdom », « You ».

Non seulement Gaël Faye est auteur-compositeur-interprète, mais également chanteur, rappeur et écrivain. Né en 1982 à Bujumbura, au Burundi, il a publié, en 2016, un premier roman, partiellement autobiographique. Intitulé ‘Petit Pays’, il raconte son histoire d’enfant vécue au Burundi au cours des années 90, pays déchiré par le génocide, avant qu’il n’émigre en France. Au bout de 10 minutes, on a l’impression que Gaël est le petit frère naturel de Stromae. Intelligent, constant et littéraire, son flow coule de source. En outre, l’artiste à une propension à communiquer d’une manière très naturelle avec le public. La plaine est noire de monde. Faye ne reste pas en place. Il harangue l’auditoire et l’incite constamment à lever les mains ou à jumper. Sa setlist est partagée entre plages de son elpee, « Pili Pili Sur Un Croissant Au Beurre », publié en 2013, de son Ep « Rythmes Et Botanique » paru en 2017, et nouvelles compos. Tel un boxeur sur le ring, Gaël est prêt à en découdre avec les dures réalités de la vie. Il nous parle d’exil, de guerre, de déracinement et surtout de métissage… sa seconde peau. Caractérisé par les interventions du piano et de la trompette, « Tôt Le Matin » ouvre le set. Un morceau paradoxalement doux et violent à la fois. Le discours prononcé par « Paris Métèque » est engagé et éclairé. Poétiques mais truffées de calembours, les rimes fusent sur les accords incisifs des ivoires. Gaël divise l’énorme plaine en deux parties pour voir des vagues de bras qui se lèvent. Son « Freestyle Fayaa » met littéralement le feu sur la plaine. La claque de cette première journée d’Esperanzah !

Place ensuite au Barcelona Gipsy Balkan Orchestra, un sextuor sont les musicos sont issus des quatre coins du Vieux Continent. En l’occurrence, Mattia Schirosa (accordéon, Italie), Sandra Sangiao (chant, Espagne), Ivan Kovacevic (contrebasse, Serbie), Stelios Togias (percussions, Grèce), Julien Chanal (guitare, France) et Oleksandr Sora (violon, Ukraine). Ils se sont rencontrés à Barcelone par amour de la musique balkanique. En fait, le combo réinterprète les thèmes traditionnels des Gitans et des Juifs d'Europe de l'Est, en respectant les racines et l'histoire de ces musiques qui ont traversé la Hongrie, Roumanie, Slovénie et Grèce, ainsi que les pays de l’ex-Yougoslavie, tout en préservant leur propre identité. Le Magazine ‘Mondo Sonoro’ considère « Del Ebro al Danubio », troisième LP de la troupe, comme l'un des 10 meilleurs disques de Musiques du Monde...

Sur les planches, la joie de vivre des musicos est communicative. En outre ils sont aussi talentueux qu’interactifs. D’origine catalane, Sandra Sangiao est vêtue d’une longue robe verte parée d’un corset de couleur noire. Probablement un costume traditionnel slave. Mais surtout, elle a une voix bouleversante, à vous glacer les os (NDR : finalement intéressant, vu la température ambiante). Et finalement, il émane de cette riche expression sonore gypsy, une émotion palpable…

Il faut cependant écourter le show, car Jain se produit au ‘Jardin’, et si on veut se dénicher une place à l’ombre, il faut débarquer sur les lieux assez tôt… Présentatrice, la très belle Yvoire de Rosen, Miss météo sur la chaîne BX1, préposée à la présentation de la soirée (NDR : c’était déjà elle qui avait rempli ce rôle lors du bal de Yousou N’ Dour), signale qu’il s’agit d’une date exclusive en festival. C’est d’ailleurs la dernière de sa tournée. Jain a revêtu une salopette de couleur bleu clair, dont le col rouge ressemble à celui d’un officier gradé. Seule, elle est entourée de ses machines et armée de sa gratte semi-acoustique. Outre le light show dont les faisceaux inondent également la fosse, réunissant alors entre 8 et 10 000 âmes, des vidéos sont projetées pendant son spectacle. Elle a la bougeotte. Et entame les hostilités par le sensuel et terriblement dansant « On my way », un titre issu de son futur elpee, « Souldier », puis embraie par « Star », un autre extrait de cet opus. Ce télescopage entre électro et sonorités empruntées aux quatre coins de la planète est l’occasion de relancer la machine à beats, mais surtout à transpiration. Jain signale qu’il pleut souvent dans notre pays. Elle rectifie en disant que c’est faux et qu’il fait ‘chaud’ ! Ce qui ne va pas l’empêcher de faire  grimper la température de quelques degrés en alignant ses hits, et en achevant sa superbe prestation par « Makeba »…

Une journée riche en vitamines D (soleil) et C (énergie).

(Organisation : Esperanzah)

Les Nuits Secrètes 2018 : dimanche 29 juillet

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Dernier jour de festival à couvrir sur le site d’Aulnoy-Aymeries. Le soleil s’est taillé une place de choix. Certains se badigeonnent de crème afin de lutter contre les effets dévastateurs de ses rayons. D’autres, par contre, plus téméraires, implorent le Dieu de la pluie avec force et véhémence. Mais rien n’y fait !
L’affiche du jour est un peu moins intéressante que la veille. Les organisateurs visent une population plus jeune pour la clôture. Un line-up davantage dans l’air du temps, si vous préférez… Pas évident pour de vieux bourlingueurs comme nous. Mais il faut jouer le jeu jusqu’au bout…

Votre serviteur débarque tardivement sur le site. Il est pratiquement 19 heures. Juste le temps de prendre le pouls de Thérapie Taxi, groupe français dont le style musical pluriel rencontre, notamment, la pop, le rock et le rap.

Véritable phénomène auprès des post-adolescents, la troupe parisienne s’est fait connaître auprès du grand public en bénéficiant de la collaboration du rappeur belge Roméo Elvis, pour « Hit Sale ». Vu son panel d’influences, il séduit forcément quelques milliers de personnes présentes.

Dynamiques, les comparses débordent d’énergie et donnent de leur personne afin de faire de cette prestation ce qui restera l’une des meilleures du week-end !

Les festivaliers semblent surexcités. Faut dire que les textes rageurs et racoleurs du band ont de quoi titiller l’attention (la tension) du people…

Musicalement aussi, ça décoiffe. Impossible de rester statique ! Les guibolles flageolent, les genoux frétillent d’impatience et les phalanges de pieds exécutent des soubresauts continus. 

« Cri des loups » provoque l’hystérie totale ! Une horde de spectateurs s’empresse d’appliquer le principe du crowd surf, action qui consiste à se laisser porter à bras tendus ; ce qui donne l'impression de naviguer au-dessus de la foule. Le spectacle est édifiant !

A l’horizon, des corps étendus, comme morts, transitent d’une personne à l’autre. Dans une indifférence la plus complète. Des hommes, des femmes, des jeunes et moins jeunes. Des déguisés aussi, comme cet ersatz de Spiderman au costume rouge moulant laissant apparaître des attributs masculins. De quoi complexer ses congénères… Ou encore une baudruche verte géante, cousine de Wally Gator, alligator de dessin animé qui a sévi dans les années 80’ et incarné un humain tentant sans cesse de s'échapper du zoo au grand malheur du gardien des lieux, M. Tourniquet.

Raph, Adé et Renaud, invitent une jeune femme à pousser la chansonnette sur un titre. Elle s’en tire tant bien que mal juste en remuant le popotin sur un rythme endiablé.

Le trio décalé et provocateur, quitte l’estrade par un passage obligé sur… « Salope » au cours duquel chacun scande comme il le peut sa propre vision du couple.

Après tout, ‘Va t’faire enculer va bien t’faire enculer salope’ peut bien être considéré comme une belle déclaration pour sa dulcinée. Si si !

Il ressortira peut-être de la bouche d’Angèle des mots plus doux. Direction donc l’Eden.

Angèle Van Laeken est ce que l’on appelle ‘une enfant de la balle’. Fruit du chanteur Marka et de la comédienne Laurence Bibot, elle n’est autre que la frangine du rappeur belge Roméo Elvis.

Sa ‘Loi de Murphy’, brûlot auto dérisoire coécrit par Veence Hanao et Matthew Irons, l’a véritablement propulsée sur le devant de la scène en comptabilisant pas moins de 5 millions de vues sur YouTube. Faut dire que se mettre en scène avec humour tout simplement pour raconter une journée de merde, fallait oser tout de même…

Révélation de la scène francophone en 2017, c'est aussi l'artiste qui monte et qu'on entend vraiment partout. C’est donc assoiffé de curiosité que votre serviteur s’efforce de prêter une oreille attentive à cette Bruxelloise de cœur et de sang.

Flanquée d’un accoutrement très flashy, elle entame un tour de chant, véritable condensé de pop entraînante et lancinante.

Savant mélange d’insolence, de magie et de magnificence, son grain de voix très particulier collerait parfaitement à l’univers du jazz…

Elle ensorcelle, ses yeux pétillent de bonheur. Le public s’abreuve de ses paroles qu’il semble connaître sur le bout des doigts.

Sans doute aussi qu’il s’y reconnaît à travers les textes. Les chansons sont dictées dans la langue de Voltaire. Elle y évoque le quotidien, parfois pourri, parfois tout doux, pour le raconter en chansons. L’interactivité entre Angèle et l’auditoire est totale. On peut vraiment parler ici de cohésion sociale.

Pendant « Je veux tes yeux », la fosse est invitée à réaliser des exercices de fitness. C’est un rituel, paraît-il ! Une large frange du public s’exécute.

Le temps de s’accorder une petite heure de repos aux stands appropriés, la parenthèse belge du moment s’ouvre en compagnie de BRNS. Prononcez Brains s’il vous plaît !

Cet espoir de la nouvelle génération noir-jaune-rouge avait marqué les conduits auditifs, lors de la sortie de l’excellentissime « Mexico », en 2012, une plage issue d’un premier Ep intitulé « Wounded ».

Le groupe a acquis une notoriété certaine hors frontière. Ce qui explique pourquoi le site est bien rempli.

C’est après un nouvel an arrosé qu’Antoine Meersseman (basse/chœur) et Tim Philippe (batterie/chant) décident de créer un projet commun. Diego Leyder (guitariste) et César Laloux (multi-instrumentiste) les rejoignent peu de temps après.

Ce dernier quittera la formation tout récemment pour former un projet lorgnant vers l’électro-pop (Mortalcombat) avec celle qui partage sa vie à la ville. Lucie Marsaud assurera la place laissée vacante.

Au fait, pourquoi ‘BRNS’ ? Passionnés de cinéma, les lascars se sont tout simplement inspirés du titre d’un film. Ni plus, ni moins !

Particularité, le drummer se charge aussi des vocalises. Normal donc que son instrument soit mis en avant sur les planches. Son jeu est tentaculaire !

Ce qui surprend le plus chez ce gars, c’est ce côté autiste. Hors du temps, hors de tout, il s’amuse tel un gamin déballant le jouet que le Père Noël vient de lui apporter. Il est vraiment dans son truc !

La musique de cette jeune formation est difficile à cataloguer ; hybride à souhait, elle est le résultat d’un cocktail complexe entre rythmiques non conventionnelles et sonorités quasi-pop, parfois un peu rock, mélodieuses également ou alors rocailleuses.

Le set regorge d’idées ingénieuses alternant hymnes complexes, évolutifs et jouissifs, mais facilement identifiables. Riffs de guitares et beats syncopés tourbillonnent, sans jamais s’y perdre, autour de la voix particulière de Tim.

Le band semble libre comme l’air, sans jamais anesthésier l’arène. Nos congénères d’outre-Rhin semblent conquis…

Au terme d’un gig qui a tenu toutes ses promesses, BRNS tire sa révérence avant de regagner les coulisses.

Il est 22 heures 30’. Shaka Ponk est prête à se livrer sur la grande scène. Malheureusement, des obligations professionnelles matinales m’empêcheront de poursuivre ces Nuits un peu plus longtemps… 

Ce sera très certainement pour une prochaine fois !

(Organisation : Les Nuits Secrètes)

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