La première ébauche de Beguiling Junior

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Twin Temple, amants maudits ?

Établis à Los Angeles, Alexandra et Zachary James, mariés à la ville, publieront leur troisième elpee, « Doomed Lovers », le 23 octobre sur leur propre label, Pentagrammaton Records, distribué à travers le monde par Secretly Distribution. L'annonce survient…

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The Cure
Jon Spencer
Festivals

Open’er 2018 : jeudi 5 juillet

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Journée historique pour le festival polonais ! Il est sold out pour la première fois depuis sa création. La présence de Depeche Mode à l’affiche (NDR : le groupe qui a rameuté le plus grand nombre de spectateurs en un an durant sa tournée) n’y est pas étrangère. C’est également la première fois que l’on croise des fans recherchant désespérément un ticket d’entrée. Et vu le contexte, également des spéculateurs patibulaires et sans scrupules qui achètent pour revendre aussitôt les sésames tant convoités…

En début de soirée, Mø assure le spectacle seule, sur la grande scène. Elle n’est accompagnée que de trois musiciens : un batteur, un guitariste ainsi qu’un préposé aux claviers, bidouillages et samplings. Dès lors, vu le grand espace dont elle dispose sur l’estrade, elle doit bondir d’un côté à l’autre du podium pour le combler. Et à l’instar de Nick Cave la veille, Karen Marie Aagaard Ørsted Andersen (NDR : c’est son vrai nom) n’hésite pas à opérer de nombreuses incursions au sein de l’auditoire. Heureusement que sa tenue est sportive, car elle accumule les kilomètres tout au long de son set. Cependant, autant votre serviteur l’avait louangée, lorsqu’il l’avait découverte, sur une petite scène, autant il est devenu perplexe en assistant à ce show mainstream qui dérape parfois dans la lounge. Il faudra d’ailleurs attendre « Drums » et « Lean on » pour retrouver des beats davantage rythmés voire tribaux…

Grand merci à un ami journaliste qui avait souligné la bonne prestation de David Byrne, accordée dans le cadre du Primavera de Barcelone, en mai dernier. Sans son avis, j’aurais zappé la prestation de l’Ecossais, le considérant comme un ‘has been’. Direction donc la Tent stage... pour effectivement se prendre LA claque de la soirée. Le leader du défunt Talking Heads va livrer un show de toute beauté. L’entrée en matière est plutôt théâtrale. Il est assis derrière une table et tel un scientifique, tient la réplique d’un cerveau entre les mains. Il a enfilé un costume chic de couleur grise, qui colle parfaitement à sa chevelure cendrée. Débarquent ensuite ses neuf (!) musiciens et choristes, habillés dans le même style. Ils se répartissent aux quatre coins du podium. Le décor est sobre mais judicieux. Les différentes lumières projetées sur les murs latéraux permettent de subtils changements d’atmosphère.  Aucun musicien ne reste statique ; même le percussionniste trimballe son matos. Les artistes osent des chorégraphies amusantes, dignes d’une comédie musicale. Et malgré ses 66 balais, le leader est tout aussi mobile, empoignant, suivant les morceaux, sa guitare. Sa voix n’a pas pris une ride… comme les mythiques Peter Gabriel ou Robert Plant (NDR : n’ayons pas peur des superlatifs à la Marc Ysaye). En outre, sa communication est aussi classieuse qu’habile. Ce qui nous change des ‘you are amazing’ ou ‘we are very happy to be here’ formatés, dont les artistes américains sont friands. Et l’ovation récoltée auprès de l’auditoire en fin de spectacle est largement méritée.

Cap ensuite vers l’Alter stage pour la prestation de Yonaka. Faut dire que l’article élogieux consacré à ce band avait de quoi convaincre les plus sceptiques. Ce billet s’était même autorisé un ‘one of the UK’s most unique bands, during their ferocious live shows’ (sic !) Le combo est déjà programmé lors de la plupart des grands festivals. Pourtant, il n’a encore sorti que deux 7inches et un Ep. Sous sa longue crinière blonde, la vocaliste affiche un look de female metal singer. Et puis elle est capable de monter dans les aigus comme Sharon den Adel (Within Temptation). Mais à l’image du crowdsurfing entrepris par le gratteur, le style musical du band est encore trop vague. Il est fondamentalement rock, mais, comme en fin de parcours, s’autorise des incursions dans le hip hop. Manifestement, il y de la fougue et de la jeunesse chez ce combo, mais il faudra suivre son évolution avant de se prononcer définitivement sur son potentiel…

S’il existe un groupe qu’il ne faut plus encenser, c’est bien Depeche Mode. C’est le band qui a enregistré le plus grand nombre d’entrées sur sa tournée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : fin mai 2018, on avait enregistré pas moins de 2,3 millions de spectateurs pour assister à son ‘Global Spirit Tour’. Il est aussi frappant d’observer l’attitude des hordes de fans sur le site du festival. Et même en dehors : ils n’hésitent pas à faire la file devant l’hôtel où le groupe réside à Sopot. Ce soir le show revêt une version plus light que celle en salle (comme lors des deux dates accordées au Sportpaleis d’Anvers). Exit la passerelle vers la fosse, le grand décor cubique et lumineux sur lequel Dave entre en scène ou encore les canons à confettis. Qu’importe, leur unique présence ce soir, bien que limitée à 1 heure 30 minutes montre en main, semble raviver la ferveur sur la plaine. Dès l’intro vintage du « Revolution » des Beatles (NDR : tiens encore une reprise des Fab Four, après celle de Noël Gallagher, la veille), les cris s’élèvent au cœur de la fosse. A l’instar des autres grands festivals pour lesquels le band de Basildon est programmé, la set list est, sans surprise, quasi-respectée chaque soir, dans le même ordre. De « Going Backwards » en ouverture à « Personal Jesus », en passant par un interlude « Somebody » que Martin se réserve au micro, au sein d’un décor intimiste (NDR : enfin si on ne tient pas compte des GSM allumés ou des cameramen amateurs, dont les lumières scintillent aux premiers rangs). Juste avant le rappel, « Never let me down again » permet aux aficionados de balancer les bras de gauche à droite et inversement, sur un rythme signifié par Dave, tel un GO du Club Med. Et aucune touche inédite lors de l’encore, puisque les trois morceaux « Walking in My Shoes », « Enjoy the Silence » et « Just Can't Get Enough », seront interprétés sans la moindre surprise tout en respectant le timing...

En toute fin de soirée, votre serviteur fait un petit détour via l’after party organisée dans un club de Gdynia, juste à côté du site du festival. Véritable institution en Pologne, ce type de soirée y est organisée régulièrement tout au long de l’année par et pour les fans de Depeche Mode. On peut même y croiser des sosies de Dave Gahan, singeant sa manière de chanter sur un podium. Mais passé ce rapide coup d’œil, votre serviteur décide de rejoindre sagement ses pénates pour conserver suffisamment de ressources les deux jours suivants…

(Organisation : Open’er)

 

Open’er 2018 : mercredi 4 juillet

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A l’instar des 12 années précédentes, l’Open’er se déroule à Gdynia, au Nord de la Pologne, en bordure de mer Baltique, sur le site (gigantesque) de l’aérodrome Kosakowo, où les avions se posent facilement, même lorsque le festival est sold out comme ce sera déjà le cas ce jeudi.

Le début de soirée commence en mode mineur par Noël Gallagher, flanqué de ses Flying Birds. Chaussé de lunettes fumées, le leader est aujourd’hui bien grisonnant. Seule sa guitare est rutilante, sous les rayons –généreux, eux– du soleil. L’attitude du Mancunien n’a toujours pas changée, non plus. Tel un shoegazer, il regarde soit ses chaussures ou l’horizon lointain. Il ne communique que peu ou pas avec le public, mais râle régulièrement sur son ingé son. Heureusement, sa charmante claviériste/choriste apporte un dose de bonne humeur à un show, dont le début est plutôt soporifique. Il faut attendre la deuxième partie du spectacle et les titres d’Oasis, « Half the world away » et « Wonderwall », avant que la foule ne commence à s’enthousiasmer. Pourtant, si les versions sont correctes, elles ne sont pas pour autant transcendantes. Mais c’est la deuxième choriste (black) qui va apporter un vent de fraîcheur, en imposant son chant, tout en souriant et en se déhanchant (NDR : aux antipodes de Noël !) tout au long d’« Aka what a life ! » A partir du plus allègre « The right stuff  », la prestation monte cependant en crescendo et atteint son apogée sur l’incontournable « Don’t look back in anger », que la foule reprend en chœur. Faut dire que le public est constitué de fans, donc conquis d’avance. ‘We have just time for another song’ s’exclame le leader qui nous réserve alors une version surprenante du « All you need is love » des Beatles. Et il faut le reconnaître, la voix de Noël (r)assure. Anecdote, lors de son set, d’un ton ironique, Nick Cave va nous raconter avoir croisé John Lennon, en backstage…

On en arrive justement à Nick Cave. Il faut se déplacer dans un festival de grande envergure ou une salle à capacité conséquente (NDR : le Sportpaleis d’Anvers, par exemple), pour assister à un de ses concerts. Et sa présence à l’Open’er est une des raisons de mon déplacement en terre polonaise. Les musicos débarquent sur les planches, vêtus de costumes sombres mais élégants. Quel contraste avec le look du band précédent ! Et puis, ils affichent une telle énergie couplée à une bonne humeur non feinte. Au bout d’une trentaine de seconde, suivant sa bonne habitude, Nick rejoint ses aficionados agglutinés aux premiers rangs. Il quitte ainsi l’estrade en s’appuyant sur les barrières le séparant de la foule. Ce n’est qu’en milieu de parcours qu’il revient –un moment– sur le podium en plaisantant : ‘It’s really fucking hot here, I go back on stage’. Et il est vrai que le soleil cogne encore dur jusque son coucher. Mais pas question de se plaindre, car les derniers rayons illuminent alors la Main stage, et la vision est de toute beauté. Cave a de l’énergie à revendre. Il flanque un bon coup de pied dans son chevalet, faisant valser au loin les feuilles sur lesquelles figurent les lyrics. La set list regorge de bonnes surprises et ne recèle que très peu de morceaux issu de son dernier opus (NDR : en ouverture, quand même !), « Skeleton tree », paru en 2016. Elle privilégie les compos les plus notoires, un peu comme un forme de ‘best of’. Nick rejoint Warren Ellis au piano pour une version remarquable de « Do you love me ? » Warren est toujours aussi dynamique, troquant aisément ses ivoires contre un violon ou une guitare. Pendant « From her to eternity » le natif de Warracknabeal (NDR : c’est en Australie) invite une jeune Polonaise à exécuter un pas de danse en sa compagnie. Et elle est particulièrement émue. Le répertoire nous réserve cependant quelques titres plus paisibles, mais empreints d’une intense émotion, à l’instar d’« Into my arms », un morceau exécuté au piano. Ou encore de « The weeping song », moment au cours duquel on oublie presque l’absence du charismatique Blixa Bargeld. Finalement, le set de Nick Cave constitue déjà un des top acts de ce festival, voire de l’année, tout simplement.

Mais un festival c’est aussi l’occasion de faire des découvertes, notamment d’artistes locaux. Sur la Firestone stage, située à proximité de la scène principale, se produit le trio féminin Gang Sródmiescie. Un combo polonais qui pratique une musique agrégeant folk oriental et post punk réminiscent de Yeah Yeah Yeahs. Et totalement déjanté, son set déborde de vitalité. Les filles vident littéralement leurs tripes. Et franchement, elles ont suffisamment de potentiel pour dépasser les frontières de leur pays…

Hasard et coïncidence, comme lors de l’édition 2013, Nick Cave et Arctic Monkeys partagent l’affiche d’une même soirée. Mais la prestation du groupe insulaire devrait être très différente. Parce que son dernier elpee, « Tranquility base hotel & Casino », quoique agréable à l’écoute, est bien plus serein que les précédents, s’éveillant même au jazz. De quoi craindre une transposition ‘live’ terne. Le set s’ouvre d’ailleurs par le tendre « Four out of five ». Cependant, seul le titre maître et « Star treatment » (NDR : lors du rappel), morceau qui ouvre cet LP, seront interprétés. Alex Turner et ses comparses sont sapés et coiffés comme des dandys. Ils affichent, en outre, un flegme bien britannique. La formation va puiser dans l’ensemble de son répertoire et nous réserver notamment « Brainstorm », un titre qui remonte à 2007. Mais également des tubes aussi impétueux que « I Bet You Look Good on the Dancefloor » (juste avant le rappel) ou « Are you mine ? », lors du final. Bref un set tout à fait plaisant, mais qu’on pourrait tout aussi bien écouter dans son salon, assis dans un fauteuil bien moelleux…

Il est déjà minuit, et ChVrches doit encore se produire. Mais à 1h45 du mat’ ! Pourtant, il s’agit d’un trio que votre serviteur apprécie. Mais après s’être levé à 6 heures, ce matin, il est préférable de rejoindre ses pénates, car il y a encore de la marche et un long trajet en transport en commun, avant d’entamer une nuit réparatrice…

(Organisation : Open’er)

 

Au Carré 2018 : lundi 2 juillet 2018

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Cette année encore, le festival ‘Au Carré’ intègre la jolie cour de l’ancienne caserne montoise, Major Sabbe. On ne peut rêver mieux pour ce premier rendez-vous de l’été…

Incontournable, cet évènement culturel propose une déferlante d’artistes hors du commun. Entre théâtre, cirque, musique, danse, fêtes et soirées thématiques, les spectateurs ont l'embarras du choix.

En pénétrant au sein de cet espace, votre serviteur jette un regard contemplatif sur les immenses bâches blanches qui surplombent l’ensemble. Majestueuses, elles semblent établir le trait d’union entre différents bâtiments qui abritent désormais l’école supérieure des Arts plastiques.

Le soleil frappe fort en ce début juillet ! Ces toiles gigantesques jouent leur rôle à merveille en procurant un ombrage adapté à l’ensemble et une fraîcheur ostentatoire.

Inutile de préciser que les terrasses qui fleurissent le parterre sont bondées. Des couples de quinquas constituent la majorité du parterre.

Peu enclins à s’endimancher, les hommes ont revêtu leur bermuda, laissant apparaître une masculinité affirmée, tandis que le public féminin a adopté une tenue toute aussi légère, dévoilant le plus souvent une plastique empreinte de grâce…

Mondial de football oblige, une poignée d’olibrius a décidé soutenir les ‘Diables Rouges’, en arborant fièrement des t-shirt tricolores.

La Belgique est également à l’honneur aujourd’hui. Et pour cause, les organisateurs ont convié trois artistes noir-jaune-rouge à se produire sur l’estrade montoise : Isadora, Greg Houben et Témé Tan.

Isadora, jeune femme d’à peine une vingtaine d’années, porte une robe légère que la brise du vent vient effleurer de temps à autre. Très naturelle, son sourire rayonne de bonheur. D’emblée, son jeune âge traduit mal une très grande aisance scénique. Elle avance d’un pas décidé.

Artiste originaire de Liège, elle a étudié au Conservatoire de Bruxelles. Elle est devenue populaire, suite à un passage remarqué dans le télécrochet ‘The voice’, version française, au cours duquel sa reprise du « Killing me softly with this song » des Fugees a marqué les esprits.

Elle campe devant un clavier. Le gaillard qui l’accompagne alterne tour à tour saxophone et cajon (instrument de musique inventé au Pérou au XVIIIème siècle) sur lequel il restera d’ailleurs assis, histoire de ne pas se fatiguer les guiboles.

Isadora possède une tessiture vocale qui lui permet de monter dans les aigus avec une facilité déconcertante. Son univers pop/soul, mâtiné de couleurs jazzyfiantes, est proche de celui d’Alicia Keys dont elle s’empare d’ailleurs brillamment d’un titre.

Le set d’environ une demi-heure laisse un goût de trop peu. Malgré tout, la donzelle a montré l’étendue d’une belle palette artistique et est parvenue à conquérir un public manifestement enjoué.

Greg Houben lui emboîte le pas ! Sombrement vêtu et chapeau de paille sur la caboche, sa silhouette et sa dégaine évoquent étrangement… Bourvil…

Il s’avance presque timidement, flanqué de deux musicos. L’un se place devant les claviers et l’autre, Lorenzo Di Maio, figure de proue, se charge –entre autres– de la six cordes.

D’emblée, il souligne son attachement pour le pays qui l’a adopté lors d’un voyage initiatique alors qu’il n’avait que 17 ans. Belo Horizonte, Sao-Paolo et Rio ont semble t-il transformé le Liégeois d’origine.

Trompettiste de formation et comédien de théâtre, il est venu défendre un premier opus de chanson française intitulé « Un Belge à Rio », un disque enregistré en partie à Copacabana au sein du studio mythique, ‘Cia dos técnicos’.

Comme pour assurer la véracité de sa légitimité, il tient son bébé fraîchement enregistré entre les mains, fruit d’un travail acharné de deux ans, précise-t-il, d’un ton quelque peu ironique.

Armé d’un cuivre, il entame un tour de chant qui sent forcément le sable chaud, les cocktails largement garnis de glaces pilées, de citrons verts écrasés et de sucre de canne.

Le public écoute presque religieusement cette fresque haute en couleurs, mais aux subtilités insoupçonnées. On rêve, on s’extase, on ferme les yeux et on entend la mer au loin. On se laisse bercer par les rayons généreux du soleil et ce vent léger qui nous rafraîchit quelquefois la peau. L’écoute est jouissive et maculée de bonheur.

Cette culture musicale forte et profonde est parfois difficile d’accès pour les non-initiés. On est en effet très loin du tout grand ramdam commercial. Pourtant, qu’on ne s’y trompe guère, les aficionados vivent le show, sans crier gare, confortablement assis dans leurs sièges les yeux rivés sur le podium. Le temps s’écoule lentement, paisiblement…

En pleine extase, Gregory tend même les bras vers le ciel tel le Christ Rédempteur du haut du mont du Corcovado, comme pour remercier le créateur de lui avoir permis d’assouvir cette jolie passion jusqu’au bout.

A cet instant, un tourbillon de folie souffle sur quelques énergumènes éparpillés ci et là. Les cris et les applaudissements fusent. La Belgique vient de gagner sa place vers les quarts de finale. Les autres semblent s’en foutre royalement et ne se laissent pas perturber par la quiétude du spectacle.

Houben va nous réserver bien des surprises. A l’instar de cette reprise pour le moins inattendue du « Pourvu qu'elles soient douces » de Mylène Farmer, dont le clip fait revivre François l'Embrouille en guichetier de la SNCB. Ou encore, cette version d’un titre de France Gall, interprétée en compagnie d’Isadora, venue soutenir vocalement son troubadour.

Il y a l’artiste, mais aussi l’homme. D’une sensibilité à toute épreuve, à l’écoute des autres. Sans tralala, il se dévoile insidieusement au travers l’une ou autre ritournelle ‘On dit que je suis souvent assis dans mes spectacles’ ; il se lève alors, fait deux mètres et… se rassied aussitôt sous les applaudissements hilares…

Enfin, c’est par "Animal", une chanson qui aborde humoristiquement le thème de la soumission sur un tempo des plus accrocheurs, qu’il termine une prestation qui restera à jamais ancrée dans la mémoire collective.

Une belle découverte !

Après une pause d’environ une quinzaine de minutes, histoire d’ingurgiter quelques pintes, le troisième larron prend place. Témé Tan ? Quel drôle de pseudonyme !

Derrière l'avatar aux deux T se cache Tanguy Haesevoets. Filiforme, cheveux hirsutes, dégaine d’ado attardé vs Kev Adam et gueule d’ange, on lui donnerait le bon Dieu sans confession.

Il s’affranchit rapidement au milieu des machines à loops et séquenceurs. D’origine congolaise, TT a grandi entre Kinshasa et Bruxelles.

‘Je suis né à Kinshasa, en République Démocratique du Congo’ clame-t-il tout haut en confessant à la foule les souvenirs liés à son enfance, les balades dans la brousse avec sa famille, et la difficulté de vivre dans un environnement austère.

Des hautes herbes africaines à l’urbanisation massive de nos villes, le chemin parcouru est long. Cette conjonction authentique l’a sans aucun doute transformé en une personne singulière…

Seul sur les planches, il est entouré de machines bizarroïdes, comme si elles émanaient d’un autre monde. Sa voix est angélique. Sa musique foisonne d’influences accumulées au gré de ses nombreux voyages. Multiples et cosmopolites, elles oscillent du hip hop à la dance, en passant par la world brésilienne et congolaise. Et elles mettent en exergue autant ses racines ensoleillées que sa recherche de modernité, en y ajoutant ce soupçon de névrose qui rend son approche si attachante. Enfin, ses compos se savourent comme la bande-son d’une vie arc-en-ciel.

Chargées de contrastes, mais paradoxalement minimalistes, les chansons, certes assez inégales, sont riches en harmonies suaves tout en libérant un groove entêtant…

Dans sa set list, il n’oublie pas d’intégrer « Améthys », la plage d’ouverture de sa digne création, référence au cristal de quartz de teinte violette (NDR : que sa mère lui a offerte dès son plus jeune âge) et qui possède, paraît-il des vertus de concentration et de méditation. A démontrer…

Ou encore son hypnotique « Matiti », sobriquet africain pour désigner des hautes herbes du Congo où enfant il s’amusait à jouer à cache-cache avec ses frères aînés. Signification à double lecture puisque cette ode a été écrite à la gloire d’une grand-mère maintenant partie rejoindre ses ancêtres.

‘Ce sera ma dernière chanson calme’, signale-t-il avant d’embrayer par des rythmes plus relevés provoquant un raz-de-marée de gonzesses venue expressément se tortiller le popotin sur une piste improvisée, face à la stage.

Témé Tan creuse son sillon là où beaucoup se seraient déjà cassés les dents. La fougue de sa jeunesse, sa capacité à se remettre en question et la recherche absolue de la perfection, en font le candidat idéal promis à un bel avenir…

Un parfait antidote à la morosité…

Isadora + Greg Houben + Témé Tan

(Organisation : Mars)

Couleur Café 2018 : vendredi 29 juin

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L’insoutenable légèreté de l’été commence ici à Couleur Café, au sein du parc Osseghem, à deux pas de l’Atomium. Les mélomanes sont présents en nombre et s’approprient l’espace qui leur est dédié. La pyramide des âges est bien respectée. Les différentes scènes voient défiler des familles, des amoureux, des jeunes tout juste extirpés de leurs sessions d’examens. C’est agréablement festif. Les boissons coulent à flots. Les artistes sont prêts.

Sur la ‘Red Stage’, une brise légère s’invite sur l’estrade. La jeune Angèle démarre en douceur le festival. Accompagnée de ses musiciens, l’artiste de vingt-deux printemps met déjà l'ambiance grâce à une petite ballade reggae. Elle s'installe au clavier pour le second titre et ne le quittera plus (ou presque) jusqu’au dernier morceau. Après l'entame du premier couplet, la chanteuse lâche ses ivoires artificiels et sautille sur les planches. Le public s'amuse. Ça sent l'été.

Après quelques compos devenues notoires, la chanteuse remercie chaleureusement Couleur Café : ‘Il n’y a pas longtemps, je venais ici pour aller voir des artistes et maintenant je suis là devant vous et c’est un putain de plaisir !’. Visiblement très émue, l’Uccloise de naissance adresse un clin d’oeil à sa famille et ses amis venus la voir. Angèle incarne cette jeunesse insouciante mais réaliste. Tout peut arriver si on s’en donne les moyens. Le message est passé. Une nouvelle étoile était peut-être présente dans l’arène. 

Dans un autre registre, Amadou et Mariam nous parlent de leur beau pays à travers leurs chansons. Revêtus de leurs costumes traditionnels, de couleur rouge comme le nom donné à la scène, les musiciens maliens, tous deux aveugles, invitent le public à chanter et à danser ensemble. Il n’en fallait pas plus pour que les festivaliers se déhanchent au rythme de la guitare électrique et basse ainsi que des percussions. L’ambiance est bon enfant. Mariam, la vocaliste lance, en affichant un large sourire et dans un néerlandais plus que correct : ‘Dank u wel’. Elle nous rappelle que la musique n’a pas de frontières et la langue ne doit pas être un frein au contact des cultures. Il se dégage autant parmi les musiciens que les badauds une belle énergie positive. La fin est même plus allègre. Le public, complètement conquis, chante en chœur la célèbre chanson « Dimanche à Bamako ».

Sur la « Green Stage », Selah Sue arbore une tenue décontractée, très classieuse. Sur l’estrade, un piano, une guitare et un violoncelle. L’amphithéâtre est plein à craquer. Il est difficile de se frayer un chemin. Les premiers titres invitent les mélomanes à une sorte de contemplation. Un recentrage sur soi-même. Un yoga de l’esprit. Sa voix presque méconnaissable résonne autour de la scène. Après quelques chansons qui semblent plonger le public dans la réflexion, elle lui adresse la parole : ‘Cela fait quelques années que je fais des concerts, avec la même énergie, la même intensité et la naissance de mon premier enfant, ici, je reviens avec d’autres chansons plus intimistes.’ Les morceaux se suivent mais n’incitent pas le public à danser, certains festivaliers ont lâché prise. Même le dernier titre dédié à son petit garçon laisse pantois un auditoire médusé.

Pour clôturer cette première soirée du festival, le reggaeman Alborosie, Sicilien d’origine mais établi depuis maintenant vingt ans en Jamaïque, se montre dans l’arène après une phrase mélodique donnant la part belle à une ligne de basse bien soutenue. Le digne représentant de Bob Marley a propulsé la foule sur la planète reggae. Dans tous les coins de la ‘Red Stage’, les spectateurs foulent le sol sur des rythmes binaires syncopés par le décalage d’un temps fort. Aucun répit n’est donné. Il est impossible de résister à ce tourbillon né de cette fusion entre ska et calypso, ce dernier originaire de Trinité-et-Tobago. Entre des titres devenus célèbres, il arbore fièrement ses dreadlocks et annonce que son nouvel opus « Unbreakable » est sorti aujourd’hui. Le chanteur est partout sur la scène, on le voit même sur la table de mixage…

La période des festivals est lancée.

Angèle + Amadou et Mariam + Selah Sue + Alborosie

(Organisation : Couleur Café)

Voir photos sur le site nl ici

Werchter Boutique 2018 : samedi 16 juin

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Jusqu’où êtes-vous prêts à vous déplacer (par amour) pour un artiste ? Réponse de votre serviteur : au Werchter Boutique ! Sans autre référence de prestige que la tête d’affiche, une météo prévue capricieuse, et la difficulté  de rejoindre le site, nombreux sont les aficionados d’autres festivals qui renonceraient à un tel projet. Mais lorsqu’on est fan, tout est possible : récit d’une mission to (Bruno) Mars…

Et comme le dit Conficius, ‘Qui veut déplacer une montagne, commence par déplacer de petites pierres’. C’est donc à un véritable travail d’investigation de chaque artiste (ou groupe) qui va se produire sur scène, auquel il faudra se livrer, au fur et à mesure de cette journée, avant d’assister au show de la tête d’affiche…

Une journée qui commence par Jessie J.. Une Londonienne qui se serait hissée un peu plus haut dans l’affiche, il y a quelques années… Mais après publié trois elpees, entre 2011 et 2014, qui ont récolté un succès certain, elle a consacré plus de temps aux crochets télévisuels (The Voice UK et Australia) qu’aux sessions d’enregistrement. Et son dernier opus, « R.O.S.E. » (NDR : acronyme de ‘Realisations, Obsessions, Sex & Empowerment’), qui rend notamment hommage à sa mère, paru fin mai 2018, n’a visiblement pas encore été écouté par le public. La belle Anglaise a enfilé un ensemble argenté, style chic et sport. Elle ôte rapidement sa veste. Mais en milieu de parcours, elle est victime d’un incident vestimentaire. Son pantalon s’est déchiré et elle forcée de s’éclipser pour en changer, abandonnant ses musicos qui improvisent pendant quelques minutes, pour meubler son absence. Son set démarre par le jazzyfiant « Who you are », une compo qui évolue en crescendo et au cours de laquelle la voix monte dans le aigus. Le nouveau single, « Real deal », ne soulève pas encore l’enthousiasme au sein de la fosse. La frontwoman se livre quand même totalement et se fend de discours empreints de pensées positives (NDR : dont un ‘Every lady must be treated like a Queen’, pour introduire le titre « Queen »). Il faudra cependant attendre la fin du show, et tout particulièrement « Bang bang », pour voir l’artiste se déhancher un peu plus, et entraîner dans son sillage, quelque peu le public, dans un répertoire mêlant, bien sûr, pop, rap et r’n’b. La fine pluie qui tombait alors se dissipe et le soleil commence à poindre le bout de son nez. C’est le moment choisi par Jessie J. pour aligner une série de tubes, et tout particulièrement le final explosif « Price tag », dont le refrain ‘We don't need your money money money. We just wanna make the world dance’ déclenche une belle ferveur dans la foule…  

Le décor ne varie guère pour le set de Years & Years. Sur fond rouge, le podium est rehaussé d’une estrade centrale. Efféminé, le chanteur se distingue par une chevelure de la même teinte. Il est soutenu par un claviériste/bassiste, un claviériste/percussionniste et une drummeuse. Sans oublier les quatre chorégraphes (trois hommes et une jeune femme) qui ne cessent d’accompagner le leader dans ses danses parfois un peu trop langoureuses (NDR : compte tenu des nombreux enfants présents dans le public). Mais au fil du temps, ces ballets souffrent d’une absence de relief. D’ailleurs, aux premiers rangs, certains spectateurs battent en retraite, alors que d’autres bavardent sans guère se soucier du spectacle proposé. Il faudra attendre le tube « King », dispensé en finale, pour que le set reprenne un peu de poil de la bête, dans un style rappelant… Michaël Jackson (NDR : on en reparlera…)

C’est en 2012, dans le cadre de PiaS Nites, que votre serviteur avait eu l’occasion d’assister à la prestation d’Oscar & The Wolf. Depuis, on a la nette impression que le spectacle du band, en ‘live’, n’a guère évolué, même s’il est toujours cinématique. Vêtu d’une combinaison argentée, Max Colombie dégaine tous les classiques de son répertoire. Des compos romantiques, mélancoliques même, parmi lesquelles on épinglera « The game », « So real » et enfin, le morceau final, « Strange entity ». Comme il est programmé au Sportpaleis d’Anvers, pour deux soirées, en octobre prochain, il faut croire qu’Oscar & The Wolf est toujours aussi populaire au Nord de la Belgique. Et pourtant, on ne peut pas dire que sa prestation accordée ce soir, ait été transcendante.

Pas de doute, en observant la foule qui se masse devant le podium, la majorité du public est venue exclusivement pour le concert de Bruno Mars. Il faut l’avouer, votre serviteur également. Que ce soit lors de son passage en mars 2017, dans un Sportpaleis comble, malgré un prix d’entrée exorbitant, et dans le cadre de l’édition 2011 du Rock Werchter, ses prestations ont toujours été appréciées par le public. Après quinze longues minutes de retard, une fumée blanche (NDR : serait-elle annonciatrice d’un nouveau pape ?) se propage depuis les extrémités de la scène, cachée par un grand rideau de couleur blanche. Des écrans vidéo stimulent l’enthousiasme d’une foule déjà chaude-boulette. On peut y lire différents messages comme ‘Beautiful people, are you ready ? You have waiting so long’ ou encore ‘Let me hear you scream’, à la suite duquel une clameur s’élève dans la fosse, pour toute réponse. Habillé aux couleurs de l’équipe de basket yankee, les Chicago Bulls en l’occurrence, la star débarque sur les planches, flanquée de ses fidèles musiciens, également vêtus d’équipements de ce sport, mais sous le pavillon d’autres teams. Ce backing group implique un batteur, un guitariste, un bassiste et deux guitaristes, outre les danseurs et choristes. Et d’entrée de jeu, on a l’impression de revivre le fameux clip de James Brown, « Living in america ». « Finesse » enchaîné au tube « 24K magic » et à un « Treasure » bien cuivré, embrase la foule. Bruno empoigne une gratte pour attaquer « Calling all my lovelies ». Au cours du set, il nous propose des morceaux complètement réarrangés, à l’instar du notoire « Marry me », imprimé sur un tempo plus rapide et oscillant entre folk et rock. Pas étonnant qu’un solo de batterie vienne servir d’entracte, en milieu de parcours, afin de permettre aux musicos de reprendre leur souffle, en coulisses. Les singles s’enchaînent jusqu’au final, « Just the way you are ». Avant un bref rappel, au cours duquel « Uptown funk » va mettre une dernière fois, le feu sur la plaine.

A l’américaine, ce show n’a souffert d’aucun temps mort et nous a valu de vivre de nombreux moment forts. Et de se rappeler le concert que Michaël Jackson avait accordé, au même endroit, 30 ans plus tôt. Et si comparaison n’est pas raison, force est de constater que Bruno Mars est incontestablement devenu une des méga stars de la pop…

(Organisation : Live Nation)

Les Nuits Botanique 2018 : dimanche 6 mai

Alors que les Nuits entrent dans la dernière ligne droite, on peut d'ores et déjà dresser un bilan positif de cette 25ème édition. Quelques chiffres :

- 52 concerts dont la moitié ont affiché complet ;

- 124 formations artistiques, dont 51 formations belges (environ 40% de la programmation) ;

- plus de 30.000 festivaliers porteurs d’un sésame.

Parmi les moments forts du festival, on épinglera surtout les prestations de Charlotte Gainsbourg, Angèle, Juliette Armanet, Fakear, Insecure Men, Blanche, Feu ! Chatterton, Lucy Dacus, Amen Dunes, Juicy, Idles, Veence Hanao x Le Motel et Trixie Whitley. On retiendra également la percée marquante du hip-hop et des musiques urbaines en général, au détriment de certains courants un peu délaissés, comme l'électro et la ‘wave’. On regrettera également l'abandon du concert ‘Musiques Nouvelles’ dans la Cathédrale des Saints Michel et Gudule, qui était devenu une bien belle tradition les années précédentes.

Mais ce qui fait la spécificité des Nuits, c'est bien entendu le volet ‘créations’. Et cette année, on a été gâtés grâce à rien moins que 8 soirées exclusives, dont les créations de BRNS & Ropoporose, Haring Live, ‘L’expérience Pi’ de Pitcho & Musiques Nouvelles ou encore Cocaine Piss et Mette Rasmussen.

C'est précisément une de ces créations que nous sommes invités à découvrir ce dimanche soir en l'écrin de la Rotonde. Rodolphe Coster, électro(n) libre bien connu de la scène indie bruxelloise, membre de plusieurs groupes (Flexa Lyndo, Baum, Poni, Cafeneon), y propose un spectacle unique articulé autour de son nouvel EP « Plantes », publié par Le Pacifique Records.

Quand il prend possession de la scène, à 21h30, il est accompagné d'une sorte de 'supergroupe'. Le line up implique l'excellente Maya Postepski alias Princess Century (TR/ST, ex-Austra), à la batterie, la Japonaise Atsuko Hatano (qui a assuré la première partie en solo), au violon, Jean-Paul Dessy (Musiques Nouvelles) et une de ses collègues, aux violoncelles et, enfin, un bassiste. Pour certains morceaux, le spectacle est rehaussé par la présence de deux danseurs (les Mybalés), dans un style croisant figures classiques et hip-hop/break.

La musique de R. Coster & Band oscille entre un rock sombre et une musique mutante (electronica, punk, techno, indus, shoegaze). Une forme de no wave moderniste, frisant la dissonance et flirtant avec le noise, mais bien décidée à déstructurer les modèles, à faire éclater les genres. Au fil des compos, l’expression sonore oscille entre Fever Ray, Spacemen 3, My Bloody Valentine, NIN et Suicide. A tout moment, on imagine que R. Coster, hurlant au micro ou triturant sa guitare et ses pédales d'effets, va carrément péter un câble, mais il est systématiquement remis sur les rails par la batterie, puissante et précise, de Maya Postepski.

En fin de set, le musicien bruxellois descend de la scène pour rejoindre la fosse et offrir un final tout en riffs stridents empreints d'une incandescente énergie.

On est impatient de découvrir les nouvelles productions de ce diable de Rodolphe, surtout l'album produit par Matt Jones au Studio G., à New York, dont la sortie est prévue en septembre 2018.

Setlist: DOGSTROKE - DOLLS THEIR MAPS - SEAGULLS FLY ON HIGHWAYS - DERLISH - GILLES MEMORY - PLANTE - BURGLAR BLAMES SHADOWS - MY DEAR HIDDEN KRAUTY - HOUSY PUNK

(Organisation : Botanique)

Les Nuits Botanique 2018 : samedi 5 mai

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Trixie vient de terminer l’enregistrement de son troisième opus, à Brooklyn, sous la houlette du producteur hip hop new-yorkais Torbit Schwarz, aka Little Shalimar, qui a notamment bossé, en compagnie de Run the Jewels. Il est également responsable de la bande-son de 'Rubble Kings', un documentaire consacré à la guerre des gangs dans le Bronx.

Pas de supporting act. Les hostilités débutent à 20h30. Sur les planches, on remarque la présence d’un piano à queue, d’un synthé analogique et de deux guitares électriques, qui reposent sur des trépieds. Sans oublier une machine de marque ‘Roland’, que la Gantoise a baptisée sa ‘Rolande’… La Rotonde est soldout et il y fait très chaud.

Rayonnante, Trixie Whitley grimpe sur l’estrade, vêtue d’une sorte de salopette en cuir noir. Elle signale en néerlandais qu’elle a l’intention d’explorer de nouveaux sentiers et demande au public s’il est prêt à l’accompagner dans son nouveau voyage expérimental très introspectif. Et surtout intimiste…

Elle entame son set par « Peace », un extrait de son premier elpee, « Fourth Corner », paru en 2013, un titre plutôt cérébral et déroutant. Et surtout électro, bien loin des styles, lounge, rock ou blues, qu’elle nous dispense habituellement, lors de ses concerts. Torturée, sa voix s’emballe. Elle pousse ses cordes vocales à la limite et joint le geste à la parole en gesticulant nerveusement sur place. Alors qu’elle continue à tapoter sur son clavier, sa ‘Rolande’ diffuse des sonorités de percus préenregistrées. Et le morceau suivant, « Oh, The Joyce », extrait du même opus, est de la même veine. Trixie avoue que les nouvelles chansons sont déjà mises en forme, mais que celles proposées ce soir sont dispensées dans des versions différentes. Et le dernier single, « Heartbeat », en est une belle illustration. En fait, au cours de son processus d'écriture, elle ne s’est plus laissée guider par des progressions d’accords, mais s’est servi du rythme comme point de départ. En quelque sorte, Trixie utilise son auditoire, comme un laboratoire. Drôle d’impression de servir d’éprouvette ! Autre nouveau morceau, « Touch » est interprété en mode piano/voix. Et le résultat est tout à fait convainquant. Sa guitare semble hantée par Jimi Hendrix, tout au long de la ballade « Fishing For Stars ». « Dare To Imagine » est une chanson très intéressante. Elle s’est inspirée d’un livre intitulé « To Dare Imagining », que lui a refilé un ami guitariste. Ce bouquin s’intéresse à une démocratie socialiste fondée sur l'égalité des sexes, instaurée à Rojava, une province autonome du nord de la Syrie. Elle conclut sa prestation par la ballade qui l’a fait connaître au grand public, « Breathe You In My Dreams » (« Fourth Corner », 2013), en s’accompagnant aux claviers. Et c’est bien l’avant-dernière respiration, puisque après avoir salué le public et s’être retirée sous les applaudissements, quelques minutes, elle reviendra bien en rappel, mais pour n’accorder qu’une seule compo, « Soft Spoken Words », jouée au piano…

Trixie Whitley

(Organisation : Botanique)

Pour les photos, c'est ici

Les Nuits Botanique 2018 : vendredi 4 mai

Fidèle à sa vocation de festival éclectique, les organisateurs des Nuits Botanique se devaient de programmer une soirée dédiée au punk/postpunk et aux musiques plus 'noisy'. Le line up prévu ce soir est, à cet égard, des plus alléchants, puisqu’il propose Fontaines D.C., Idles et Metz. Trois formations invitées à secouer nos pavillons acoustiques et à faire trembler les murs de l'Orangerie.

En lever de rideau, Fontaines D.C. constitue d'emblée une excellente surprise. Les jeunes Irlandais pratiquent un post punk qui ranime le souvenir de Joy Division, Undertones, Buzzcocks et Echo and the Bunnymen, pour notre plus grand plaisir. La référence à la 'Division de la Joie' est d'autant plus opportune que le chanteur arbore un look et une attitude qui évoquent irrémédiablement Ian Curtis. Pantalon trop court, chemise en toile, regard embué, perçant et habité, il adopte un style nerveux, légèrement épileptique et tout au long de la (trop courte) prestation du band, on reste sous le charme. Mention spéciale pour les compos « Boys in the Better Land » et « Chequeless Reckless ». Belle découverte !(Pour les photos, c'est ici)

Après l'apéritif, place au plat de résistance : Idles. Un combo britannique issu de Bristol. En 'live', c'est une véritable bombe. Le quintet agrège fureur du punk, énergie débordante et paroles musclées. Sans oublier d’y ajouter un grain de folie. Après une multitude de singles et d’Eps, il a gravé son premier opus, « Brutalism », l’an dernier, chez Balley Records. Un album judicieusement intitulé, car Idles déchire tout sur son passage. Et ce soir, dès l'entame du set, on en a la confirmation, car le spectacle est total.

Le point focal du combo est sans nul doute son charismatique chanteur, Joe Talbot. Croisement improbable entre Ian Dury et Liam Ghallagher, il communique une énergie parfois violente mais sans agressivité, et toujours en la teintant d’une pointe d'humour. Sa voix graveleuse éructe des paroles percutantes et engagées, qu’il dispense d’un accent dialectal qui fait toute la saveur des formations insulaires. Les deux guitaristes sont déchaînés : ils sautent en l'air, font mouliner leur instrument et ne se privent pas de descendre dans la fosse pour faire monter la pression. La musique lorgne du côté de The Fall, Ian Dury et Protomartyr ; un peu comme si les gars de Sleaford Mods étaient tombés dans une marmite punk.

Mention spéciale pour leur nouveau titre « Mother », qui est une tuerie absolue, provoquant un pogo, voire une émeute au sein des premiers rangs. « I Am Scum » prolonge l’agitation, comme d'habitude, par un chant de Noël (« All I Want For Christmas is You ») interprété a capella : fun ! Mais c'est vers la fin du concert que se produit le moment phare grâce à « Well Done », repris à tue-tête par les fans et, enfin, « Rottweiler ». Un concert impressionnant, en forme de coup de poing...(Pour les photos c'est là)

A notre avis, Idles a volé la vedette à la tête d’affiche, car, quelque minutes plus tard, quand Metz (pour les photos c'est ici), vient dérouler son noisy-punk-grunge-metal, on a l’impression que l'enthousiasme est un peu retombé. C'est la troisième fois que le trio canadien brûle les planches du Bota ; mais, après la claque que l'on vient de recevoir, la prestation fait un peu pâle figure, par manque cruel de subtilité. On est en permanence dans l'overdose sonore et les hurlements du chanteur sont, au final... lassants. Que ce soit tout au long de « The Swimmer » ou lors du brûlot « Mr Plague », on pense à une version hardcore de Nirvana (ils ont le label Sub Pop en commun) et, par moments, aussi à A Place to Bury Strangers, The Melvins ou Sonic Youth.

Alex Edkins, Hayden Menzies et Chris Slorach sont de véritables furies et soumettent le public, consentant, à un déluge de décibels, surtout pendant « Eraser ». Ici, les protections auditives sont hautement recommandées ! Mais pour nous, la « Metz » est dite. Ce qui ne va pas nous empêcher de quitter le Botanique satisfaits, le coeur réchauffé par une soirée de rock incandescent que l'on n'est pas prêts d'oublier!

(Organisation : Botanique)

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