Les rituels étranges de This Is The Kit

This Is The Kit sortira son septième opus studio, « Ghost Coat », ce 15 janvier 2027. En attendant, il a partagé le single et « Skim a Stone ». Enregistré au cœur des Rockfield Studios dans la vallée de la Wye, au sud-est du Pays de Galles, ce disque place…

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Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk londonien Daughter annonce la publication de Save As, un nouvel elpee attendu pour le 30 octobre chez 4AD. Pour faire patienter l'auditoire, elle dévoile le single d'ouverture…

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Les Nuits Botanique 2010 : jeudi 13 mai

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Une semaine déjà que le sol du jardin Botanique vibre au rythme des Nuits. Le chapiteau, où se sont déjà côtoyés artistes confirmés et jeunes espoirs, offrait ce soir sa propre définition des ‘musiques du monde’. Trois formations aux univers tout à fait différents se sont donné le relais, lors d’une soirée en demi-teinte, sauvée in-extremis par le panache d’Eugene Hütz et son Gogol Bordello explosif.

Après le forfait de Forro in The Dark, qui devait ouvrir cette soirée du 13 mai, on apprend, en arrivant sous les serres, que leur remplaçants, Tres Leches Sound Crew, ont également jeté l’éponge. La quadruple affiche laisse donc place à un trio de formations aux genres assez éloignés les uns des autres. Les New-yorkais de Bear In Heaven étaient chargés de lancer les festivités. Le combo présentait ce soir « Beast Rest Forth Mouth », leur dernier effort studio publié quelques jours auparavant. Musicalement, leur fusion de psyché et d’electronica est plutôt engageante. Mais les vocalises haut perchées de Jon Philipot affaiblissent un travail qui, à priori, aurait pu s’avérer impeccable…

Scéniquement, la troupe de Mariachi El Bronx était, quant à elle, un peu plus expansive que ses prédécesseurs. Le projet parallèle et loufoque des membres de la formation hardcore punk The Bronx va complètement à contre-courant du genre adopté, à la base, par les Californiens. Mais une fois l’effet de surprise dépassé, le trip inattendu du quatuor ne s’avère pas franchement passionnant, sauf peut-être pour les aficionados du genre traditionnel mexicain. En bref, Mariachi El Bronx, c'est un peu le Calexico du pauvre...

Ambiance électrique sous le chapiteau. A l’heure où la bande à Eugene Hütz frôle les planches de la scène, la salle est pleine à craquer, aux limites du surbooking. Après une courte intro, Gogol Bordello fait péter les guitares et les plombs de l’assemblée. « Not A Crime », « Mi Companjera », « Break the Spell », « Wanderlust King » s’enchaînent sans trêve. Le chanteur ukrainien et ses musiciens maîtrisent leur Gyspy Punk comme des dieux. Le sol réagit comme un trampoline au rythme des envolées d’un public surexcité. L’apothéose est atteinte, en fin de set, par les interprétations enflammées de « Pala Tute » et « Start Wearing Purple », les irrésistibles hymnes punk du plus excitant des bordels. En section rappel, la troupe ‘gitane’ clôture les festivités sur un véritable marathon-guinguette, en alignant les terribles « Alcohol », « Baro Foro » et une version allongée de « Trans-Continental Hustle ». Ce soir, le chapiteau aurait amplement mérité d’être rebaptisé ‘Boiler Room’ !

Bear In Heaven + Mariachi El Bronx + Gogol Bordello

Organisation : Botanique

Les Nuits Botanique 2010 : mercredi 12 mai

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Depuis 2008, on assiste à une résurgence de la dream pop et de la noisy sur la scène musicale indépendante (Beach House, School of Seven Bells, The XX…) Genres musicaux où l'essence de la musique converge vers les textures et les ambiances éthérées plutôt que vers les riffs rock propulsifs. Le phénomène ne demeurant plus exclusivement britannique revient en force sur la scène rock expérimentale étasunienne.

La programmation du Chapiteau, baignée d’un merveilleux printemps écossais, nous en faisait du reste la démonstration en invitant les Américains de Deerhunter (Atlanta), The Dodos (San Francisco), A Sunny Day In Glasgow (Philadelphia) et les Danois –résidant à Berlin– de Raz Ohara And The Odd Orchestra. Quatre formations ambient pourvues, chacune, d’ingrédients particuliers (pop-rock, punk, psyché-folk, électro…) mais naviguant sur des ondes sonores communes. Un line-up de qualité et parfaitement cohérent.

Découvert sur la scène internationale en 2009 grâce à son second long playing « Ashes Grammar », A Sunny Day In Glasgow ouvrait de bien belle manière cette sixième journée des Nuits Botanique devant un public timide. Six artisans qui érigent les ogives d’une cathédrale de sons, sise sur des sables mouvants mais habitée de mélodies ellipsoïdales nimbées d’échos, de nappes électroniques, de guitares filtrées et sublimées gracieusement par les deux voix féminines de Jen Goma et Annie Fredrickson. Malgré des influences criantes telles que Lush ou Slowdive, le sextet philadelphien parvient à sculpter de majestueux ‘soundscapes’ à la fois abyssaux, personnels et uniques. « Slaughter Killing Carnage – The meaning of words » givre l’instant d’une voix féminine soufflée et immortalise des paysages sonores introspectifs et existentialistes qui vous glacent le sang. Une dream pop sombre et sensuelle couverte de deux guitares résolument noisy inscrites dans la pure tradition britannique des 80’s qui contemple les horizons lointains de « Victorialand » (Cocteau Twins). Une musique qui ne réchauffe pas le climat humide du chapiteau, mais fait voyager l’âme.

Raz Ohara And The Odd Orchestra, projet porté par le Danois Patrick Rasmussen, place la suite des événements sous le signe d’un ambient original. L’ambient minimaliste, irradié par la voix du leader scandinave se couvre d’une multitude d’instruments (guitares, drums, accordéon, xylophone…) Une atmosphère qui s’éclaire parfois de guitares électriques rock soutenues d’une ligne de basse solide, puis replonge subitement dans les bras d’un atmosphérique cotonneux. Un set additif globalement placé sous le contrôle d’un électro planant et psyché.

La réputation de The Dodos, en concert, est solidement établie et l’éloge de leur troisième opus, « Time to die », sorti en 2009 (NDR : album bénéficiant de la précieuse production de Phil Ek : The Shins, Fleet Foxes, Band Of Horses) n’est vraiment plus à faire. Un trio extrêmement physique au volume sonore capable de déplacer des montagnes. Sur scène, côté jardin, Meric Long (chant/guitare), côté cour, en lisière de front stage, le batteur hyperkinétique Logan Kroeber ; et, en background, le dernier venu, Keaton Snyder derrière son vibraphone king Size. Les trois hommes agitent les ondes sonores aussi violemment que le ferait un groupe formé d’une douzaine de musiciens. Une performance en montagnes russes qui vacille entre des morceaux orageux capables de déchirer les toiles robustes du chapiteau de leurs drums hyperpuissants et des mélodies à fendre les cœurs de pierre. Une musique bipolaire qui coupe le souffle du spectateur et le surprend souvent par son défi constant de toute loi de la logique pop, folk ou rock. The Dodos rompt cependant trop fréquemment l’équilibre mélodique en privilégiant particulièrement les drums. Une dualité guitare/batterie qui caractérise le trio californien mais dont l’arrivée récente du vibraphone de Keaton Snyder étoffe le son et offre un supplément d’équilibre sur scène entre le binôme percussif et mélodique. Un instrument de transition qui permet au public de pénétrer les territoires mélodiques et dynamiques les plus complexes avec moins de brutalité. Ce soir, les arabesques alambiquées des trois Américains se font sensiblement sentir sur des titres d’une impressionnante précision comme “Two Medecines”. Un morceau répétitif où tous les éléments guitare/batterie/chant s’agencent merveilleusement (NDR : instant où l’on croirait entendre un essaim de guitares et de batteries). L’autre versant du groupe s’éclaire de morceaux plus mélodieux tel “Time To Die”. Un titre vibrant d’émotion au tempo ralenti, aux arpèges qui se déroulent... Un instant de frisson qui ne réchauffe pas le printemps glacial du chapiteau mais nous offre globalement un délicieux moment de pure énergie brute !

Venu présenter son dernier opus « Microcastle » (NDR : collaboration avec Nicolas Vernhes : Animal Collective, Cat Power…), Deerhunter n’hésitera pas à envoyer le bois pendant presque une heure pour clôturer cette sixième soirée de festival. Fidèle à sa réputation live, la bande de Bradford Cox ouvre les hostilités par « Wash Off », nous rappelant ainsi qu’elle n’a pas totalement abandonné son esprit rock-garage et punk dans le fond d’un grenier poussiéreux. Un mur du son puissant qui s’effrite cependant progressivement pour laisser place au nouveau visage Deerhunter. Un visage plus mélodieux s’élevant davantage dans les sphères éthérées de la dream pop et du noise rock. Un nouveau genre qu’ils qualifient eux-mêmes de garage ambiant. « Little Kids » s’ouvre dès lors à des mélodies plus pop derrière lesquelles les guitares s’apprêtent sournoisement à monter, crescendo, à saturation pour nous propulser dans de purs moments d’apesanteur. Malgré des morceaux plus rêveurs sous influence ‘Animal Collective’, la setlist recèle de nombreux voyages noisy qui invitent à une transe électrique et agitée. Par ailleurs, « Nothing Ever Happend » pourrait bien faire figure d’archétype résumé de l’ère « Microcastle ». Un morceau pop chargé des guitares libres du krautrock et d’expériences dream pop. Un groupe qui se situe toujours à l’intersection de genres s’éloignant souvent des rives balisées de la conformité. A la sortie de chaque concert, une impression de chaos subsiste un certain temps et puis se désagrège. Le final sur « Calvary Scars » nous rappelle sans cesse que la muse ‘mybloodyvalentinesque’ reste indéfiniment dans l’ombre de l’univers noise de Deerhunter. Morceau qui démarre sur une pop discordante et se termine sur une explosion sonore ‘shoegazée’. C’est finalement le corps trempé jusqu’aux os et les tympans dévastés que le spectateur repartira rejoindre un Morphée probablement très agité. 

Deerhunter + The Dodos + Raz Ohara And The Odd Orchestra + A Sunny Day In Glasgow

Organisation Botanique

Les Nuits Botanique 2010 : mardi 11 mai

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Un Botanique noir de monde accueillait les désormais incontournables ‘Nuits belges’, ce mardi 11 mai. Une foule dense venue également fêter le 15ème anniversaire du label bruxellois 62TV Records. Excepté les Français de Syd Matters flanqué de quelques Guests, tous les groupes programmés ce mardi soir font d’ailleurs partie des écuries 62TV et 30 février. Un cru 2010 qui prétend s’ouvrir sur l’étendue et la diversité des artistes de notre plat pays. Et c’est précisément là que le bât blesse. La programmation illustre férocement la fragilité actuelle de notre paysage musical national. Un désert créatif où l’on peine à apercevoir le moindre oasis. Période de sécheresse durant laquelle la scène belge souffre cruellement d’un déficit chronique d’imagination créatrice et promène oisivement ses guêtres dans le doux confort du déjà vu.

L’édition 2010 présentait 11 groupes belges et un groupe français : expression singulière d’un line-up représentatif de la scène belge 2010 bousculant la curiosité du public : le retour brutal de Malibu Stacy, réveillé de son stand-by pour venir nous (re)présenter son album « Marathon », sorti en 2008. Prestation agrémentée de quelques compos du nouvel album en construction, dont la sortie est prévue dans le courant de l’année 2011, la visite inattendue de The Tellers recomposé après un split et trois ans d’absence, supposé nous donner un avant-goût d’un album en préparation, le résident David Bartholomé (NDR : déjà au programme, mais en compagnie de Sharko, lors de la Nuit Belge 2009, pour nous balancer « Dance On The Beast ») en mode stand-up comedy, le come-back inespéré de Lucy Lucy (NDR : eux aussi à l’affiche de l’édition 2009) de passage pour (re)rejouer son Ep six titres sorti en 2009… Que du neuf ! Le problème fondamental de cette Nuit Belge 2010 devait cependant découler du nombre : douze groupes belges de qualité à dénicher. Les Français de Syd Matters pallieront soigneusement cette insuffisance.

Trois salles et un chapiteau aux saveurs distinctes exigeant un don aigu d’ubiquité  et une certaine souplesse pour se tailler une place au milieu du public des 4 scènes combles où 3 groupes jouent simultanément : le confort mélodieux du grand salon (Guy Van Nueten, Syd Matters et Dez Mona), le nid acoustique de la Rotonde (Stéphanie Crayencour, Loïc & The Frantic Lovers et David Barthlomé), la plus fougueuse Orangerie (Hallo Kosmo, Lucy Lucy et The Tellers) et l’humidité sibérienne du Chapiteau (Nele, Malibu Stacy et Été 67).

L’indétrônable pianiste et compositeur Guy Van Nueten ouvre délicatement cette soirée dans le cosy salon de concert. Paré de son costume noir, son air un peu absent et son humour délicieusement maladroit, l’ancien claviériste des Sands pose délicatement les doigts sur son piano noir pour nous faire partager ses rêveries minimalistes dignes d’un toucher pianistique épuré à la Satie. Souvent reconnu pour sa collaboration avec Tom Barman lors d’un somptueux disque ‘live’ paru en 2004, on en oublierait presque les talents de ce musicien à multiples facettes. Un arrangeur couru tant dans le monde de la pop (Daan, Tom Barman…) que du classique (Orchestre philharmonique de Flandre), du cinéma (Alex Stockman), de la danse, du théâtre… C’est d’ailleurs la tête pleine d’images qu’il interprète, dès le deuxième morceau, ses musiques de film empreintes d’un minimalisme à l’américaine. Un concert coloré d’images habité principalement de son dernier opus « Merg » paru en septembre 2009. Un moment doux pour l’âme.

A peine le temps de souffler pour rejoindre une Orangerie déjà surchauffée par les vapeurs électriques de Hallo Kosmo. Une scène drapée de toiles multicolores habitée du psychédélisme électronique de Daniel Offerman (ancien bassiste des Girls In Hawaii. Quelques minutes de décrassage auditif pour découvrir un rock coloré et festif qui ne laisse pas les guitares au placard et l’auditeur indifférent.

Singulièrement, la découverte la plus intéressante de cette édition 2010 des Nuits Belges nous viendra, sans l’ombre d’un doute, de France. Syd Matters (NDR : contraction entre Syd Barrett et Roger Waters des Pink Floyd) est un groupe porté par le Parisien Jonathan Morali qui affiche clairement ses couleurs entre Pink Floyd et Nick Drake. Bien déterminé à nous envoûter par les nouveaux morceaux de son prochain opus (« Brotherocean »), cet ensemble de cinq musiciens, sublimé de deux excellents backing vocalists, inonde le Grand Salon d’un hippie pop-folk hautement émotif. Un concert qui brille d’un travail soigné orienté vers l’ambiance, l’onirisme et l’émotion. Une musique née de la rencontre entre folk antique et pop moderne. Les voix magistrales, les discrets arpèges de guitare, les sonorités de claviers vintage, les atmosphères planantes aux vertus panoramiques, tout converge pour tisser un univers cotonneux que l’on souhaiterait ne plus devoir quitter. Syd Matters ou le pouvoir d’une simplicité et d’une naïveté ingénieusement contrôlées.

Cette soirée sans vagues s’achèvera par les histoires tragi-comiques de David Bartholomé qui nous attendaient tout naturellement sous les charpentes métalliques de la Rotonde. Exercice de style entre le songwriting et le stand-up comedy où le leader de Sharko s’improvise acteur de théâtre pour nous raconter ses (més)aventures à travers son livre ‘Sharko Journal 2003-2009 ou comment en voulant grimper, j’ai construit une échelle en abattant un arbre au lieu de monter à l’arbre’, publié en septembre 2009. Le préambule de cet ouvrage loufoque résume parfaitement la prestation scénique du musicien bruxellois : ‘Tour à tour cynique, honnête, aigre, enthousiaste, hypocondriaque, anxieux, il se livre à nous avec beaucoup d'humour’. Guitare acoustique et récits de vie déclamés ou chantés nous offrent un moment doux-amer où se mélangent tristesse et esprit cynique. Un David Bartholomé troubadour qui jongle merveilleusement avec le récit sonore et l’autodérision. Un dernier cadeau surréaliste qui nous mènera à nos chaumières un sourire doux-moqueur aux lèvres.

Été 67 + Malibu Stacy + Nele + The Tellers + Lucy Lucy + Halo Kosmo + David Bartholomé + Stéphanie Crayencour Loïc B.O. & The Frantic Lovers + Dez Mona + Guy Van Nueten + Syd Matters & Guests (Fr)

(Organisation Botanique)

Les Nuits Botanique 2010 : dimanche 9 mai

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Troisième soirée. Les Nuits battent leur plein. Tandis que le chapiteau se prépare à vibrer au son des complaintes de Scout Niblett et Jean-Louis Murat, un casting presque entièrement féminin attend les festivaliers qui ont jeté leur dévolu sur le line-up de l’Orangerie. Au programme : Selah Sue, la petite Belge qui monte, Errors et leur bidouillages entêtants, ainsi que Rox et Ellie Goulding, deux espoirs féminins plébiscitées par la critique britannique. Et plus particulièrement par la BBC qui a gentiment apposé un cachet ‘The Sound Of 2010’ sur leurs premiers travaux.

Programme chargé à l’Orangerie. Pas de moins de quatre artistes vont se donner le relais sur les planches de la salle. Une quadruple affiche qui n’a pas pour autant déplacé les foules. En guise d’ouverture, Selah Sue, de son vrai nom Sanne Putseys. Malgré son jeune âge (elle vient de souffler sa 21ème bougie), la demoiselle originaire de Louvain affiche une détermination admirable. Sa discographie a beau ne compter encore aujourd’hui qu’un seul Ep (« Black Part Love », paru en 2008), Miss Sue ne cesse de gagner du terrain dans sa quête de notoriété. Il faut dire que du haut son mètre soixante et des poussières, la jeune femme manifeste une énergie sans faille. Après deux concerts sold-out à l’ABClub et à la Rotonde, la folk teintée de soul et reggae de Selah Sue a conquis sans trop de difficulté le public présent, notamment grâce à une sympathique version de son « Raggamuffin », en clôture de son set.

Errors prend place sur les planches vers 21h10. Le trio originaire de Glasgow propose, dans la bonne humeur, « Come Down With Me », son nouvel LP, devant une Orangerie à moitié remplie. Les petits protégés de Mogwai (NDR : ils ont signé sur leur label Rock Action) se distinguent de la plupart des formations surfant sur la vague post-rock, par leurs synthés omniprésents. Techniquement, ils n’arrivent pas à la cheville d’une formation telle que 65daysofstatic, mais les trois joyeux lurons assènent à leurs compositions une dose électro beaucoup plus présente et assumée que chez leurs aînés. Du post-rock taillé pour les dance-floors. Il fallait oser. Et Errors s’en sort particulièrement bien dans l’exercice.

Rox, accompagnée de son full band, présente quant à elle son premier album, « Memoirs », à paraître au cours du mois de juin prochain. La Londonienne entame son set par « My Baby Left Me », un premier single aussi solaire que son interprète. La demoiselle enchaîne ses futurs tubes, un sourire gravé aux lèvres. « Rocksteady » procure au public un pur moment de bonheur grâce au déhanché fiévreux de la chanteuse et de ses choristes. Rox est sans nul doute un nom à retenir et une artiste qui aurait bien sa place à l’affiche d’un festival tel que Couleur Café.

Vers 23h10, place à la tête d’affiche de la soirée. Sans se presser, Ellie Goulding et ses trois musiciens entament leur prestation sur une nouvelle compo. A 24 ans, la blonde à la coiffe négligée (déjà adoptée par les ados du premier rang) a réalisé un coup de maître, au cours du mois de mars, en plaçant son premier essai « Lights », directement en pôle position des charts britanniques. Sa pop électronique sucrée n’est certainement pas susceptible de lui faire gagner le respect des ‘hipsters’, mais n’en est pas moins un petit plaisir coupable qui fait du bien par où elle passe. La chanteuse parcourt la quasi-intégralité de son œuvre, depuis « Guns and Horses » à « Salt Skin », en passant par une version acoustique de « Wish I Stayed ». Avant de quitter la scène sur les dernières notes de son hit « Starry Eyed », la Londonienne a également effectué un arrêt sur les terres de Midlake pour une reprise de « Roscoe », sans grand intérêt. Le genre même d’appropriation qui ferait certainement grincer des dents les fans de la formation. Petite faute de parcours sans conséquence qui clôture une soirée un brin 'gentillette'. Mais, parfois, il n'en faut pas beaucoup plus pour être heureux...

Selah Sue + Errors + Rox + Ellie Goulding

(Organisation : Botanique)

Les Nuits Botanique 2010 : samedi 8 mai

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Mosaïques d'art !

Lors de cette deuxième soirée des Nuits Botanique, le Cirque Royal nous régalait de deux talentueux groupes aux rumeurs musicales distinctes mais aux projets parallèlement excentriques : The Irrepressibles et MLCD. Espace artistique où chacun d’eux nous propose une vision kaléidoscopique de l’art qui se sert de la musique pour nous emmener dans les mondes du théâtre, du cinéma, de l’opéra… Pas de première partie ce soir mais deux réelles têtes d’affiche qui chevauchent des champs musicaux éloignés sans jamais se télescoper.  

The Irrepessibles. Après avoir chambardé les salles du Roundhouse de Londres, l’amphithéâtre romain de Barcelone et la Cigale à Paris, l’orchestre britannique composé de neuf musiciens classiques déverse le flot torrentueux de ses élucubrations ‘rockocoesque’ sur les planches du Cirque royal. Illuminations puisées aux sources de leur deuxième opus, « Mirror Mirror », produit par l’excellent Dimitri Tikovoi (Placebo, The Horrors, Sharko, John Cale…)

Tout d’abord, un décor. Une scène minutieusement architecturée de huit miroirs, de néons blancs et d’une énorme boule à facettes. Lieu planté, côté jardin, d’un clavier, d’un violoncelle, de deux flûtes traversières et, côté cour, d’un percussionniste et de trois violons. Au centre, le chef d’orchestre, Jamie McDermott. Un ensemble qui magnifie de sa belle synchronisation chaque note émise par la guitare acoustique du leader charismatique. Un travail de concordance stupéfiant ! Un univers extraterrestre construisant un pop orchestral baroque et classique grimé de gestuelle théâtrale, de poses statuaires, de fanfreluches décadentes, de maquillage fantaisiste, de costumes intemporels… Jamie McDermott définit d’ailleurs lui-même son concept : ‘Je me suis intéressé aux liens entre la mode et la musique, à la façon dont la musique et les arts peuvent ouvrir sur un autre monde.’ Un spectacle atypique qui synchroniserait dans le maintenant pur de cet espace sans rivages la musique classique baroque, la pop spatiale de Bowie, le rock pompier de Queen. Non lieu sonore où les symphonies pop de Scott Walker converseraient avec le chant sophistiqué d’Anthony Hegarty (Anthony and The Johnson). Un spectacle qui habiterait le décor cinéma de « The Rocky Horror Picture Show ».

Un cabaret pop précieux qui assume et cultive une certaine forme visuelle du kitsch et de l’excentricité sur "My Friend Joe" ou "Splish! Splash! Sploo!" alternant cependant avec des morceaux plus classiques ("Forget The Past", "In This Shirt" ou "Nuclear Skies"). D’autres, enfin, surprennent par leur sérénité. Ainsi, "The Tide", chanson poignante, bouscule les âmes par ses envolées finales de cordes. Lyrique, glam, précieuse, la musique de The Irrepressibles ne sombre jamais dans l’ultra-sulfureux et se fond souvent dans le timbre élégiaque du contre-ténor britannique.

Et le concert de s’achever tendrement sur un rappel orné d’un visuel drapé d’un fond de scène rouge vif où seuls la claviériste et le chanteur anglais apparaîtront en ombres chinoises. Touché ou non par cette représentation surréaliste, le spectateur ne sort pas indemne de cette expérience.

21h30. MLCD monte sur les planches du Cirque Royal pour livrer le concert belge le plus attendu de cette année musicale 2010. Deuxième représentation seulement (NDR : le premier concert s’était déroulé la veille à la Caserne Fonck de Liège) pour exposer les trames singulières de son opéra pop. Ceux qui d’ailleurs ont eu la chance d’assister au concert livré en bord de Meuse, en rêvent encore. Vidéos, animations, orchestre, costumes… MLCD conjugue avec une aisance remarquable la musique et la magie du cinéma, mais aussi du théâtre.

Trois années de travail intensif qui prennent enfin corps au milieu d’une scène minutieusement meublée. Une fiction accompagnée de metteurs en scène, de vidéastes, de scénographes narrant la vie torturée de Brian Wilson (leader charismatique des Beach Boys) et prêtant un supplément d’âme aux symphonies ‘dictaphoniennes’. Symphonies sublimées par l’orchestre du conservatoire de Liège. Un travail minutieux où tous les acteurs artistiques font merveilleusement corps et observent une synchronisation digne d’un horloger suisse entre musique et projections. Musique qui donne astucieusement vie aux images (NDR : vidéo projetée sur 47 cubes érigés en pyramides) habitées par Redboy. Lieu fantasmagorique où le chanteur-guitariste devient acteur de sa propre narration et incarne le fantôme de Brian Wilson. Un exercice schizophrénique merveilleusement réussi.                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

Alternant le rouge et le blanc, cet espace visuel est habilement organisé et habité, côté jardin, d’un orchestre sous la direction d’Hélène Cambier, de la basse hyperactive de Xavier Guinotte et, côté cour, du clavier de Louis Leback ainsi que de la batterie de Jérôme Compère. Au centre, la remarquable présence scénique de Redboy déchire radicalement la ‘toile’.

Entre rêve et réalité, les quatre de bord de Meuse feuillettent les pages de la vie passionnante du musicien californien, en empruntant le talent narratif d’un Tom Waits. Neuf morceaux savoureux au sein desquels ils injectent une énergie brute et communicative et qui ne peuvent laisser indifférents. “He’s not there”, “What are you waiting for », “Shine on”… joués avec plus d’intensité et de puissance que sur l’album n’accorde aucune seconde de répit à vos tympans. Un visuel et une musique qui flirtent avec la perfection !

Ce spectacle-concert froisse le confort des certitudes lisses et vous tourmente l’âme. Il vous convie dans l’œil même du cyclone d’un destin que disloquent tous les vents en furie de la schizophrénie, où se déchaînent des démons qui fracassent la conscience et l’attirent sans pitié dans les abysses les plus sombres d’un océan cauchemardesque. Mais tout n’est pas vents et furie, il est des crêtes du destin où l’on aime surfer indéfiniment…

Une performance impressionnante qui, espérons-le, encouragera d’autres groupes nationaux à se lancer dans des projets aussi ambitieux…

Organisation Botanique

My Little Cheap Dictaphone (BE) + The Irrepressibles (GB)

 

Festival Childerock 2010 : samedi 24 avril

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C’est dans les vieilles marmites que l’on prépare les meilleures soupes…

Le Childerock festival fêtait, en 2010, son cinquième anniversaire.

Machiavel était de la fête lors de la première édition et Sttella illuminait de sa présence la seconde. Cependant, depuis trois ans, l’accent est plutôt mis sur l’aspect populaire du spectacle et l’envie de perpétuer des mythes… Depuis 2008, les organisateurs ont donc choisi délibérément de ne plus inviter que des ‘cover bands’ susceptibles de nous faire (re)découvrir les classiques de notre bon vieux rock’n roll.

Ne faisant pas les choses à moitié, Philippe Leclercq, coorganisateur de l’événement, va même jusqu’à choisir des bands qui sont –ce n’est pas une blague– agréés par les groupes originaux. L’avantage de cette formule, c’est qu’elle évite toute (mauvaise) surprise. Les cover bands offrent la garantie d’une bonne connaissance des morceaux interprétés et l’attente du public est donc forcément rencontrée. Cette année, la programmation du Childerock nous proposait Cannon Ball en lieu et place de Supertramp, High Voltage pour nous faire rêver d’AC/DC et en tête d’affiche, Mister Cover, dont le panel très étendu de reprises épingle des standards de Police, Telephone, U2, Queen et la liste est loin d’être exhaustive.

Une bonne nouvelle attendait le public ‘jeune’ aux caisses. Les moins de 24 ans ne payaient en effet que la valeur de la moitié de leur âge. Les autres devaient s’acquitter d’un droit d’entrée de 15 €. Un prix plus que raisonnable au vu de la qualité proposée. Sachant également que les bénéfices du festival serviront à aider les associations caritatives du Lions Club de Tournai, personne n’a rechigné à débourser ce montant.

Il est 19h45, le soleil est toujours bien au rendez-vous, la température agréable, mais rien n’y fait, Cannon Ball entame son set. Les sept membres de ce premier cover démarrent fort (un peu trop au niveau du son) et une bonne partie de la foule profite encore des derniers rayons de soleil. Occupé de déguster une frite ou de terminer sa chope, il se décide enfin, sans doute interpellé par le style progressif de ‘Supertramp’, à pénétrer sous le chapiteau. Tout y est : clavier, saxo, guitares et interprétation d’excellente qualité. Les hits se succèdent: “Dreamer”, “It’s raining again”, “School”, “Goodbye Stranger”... La liste serait trop longue à énumérer. Les amateurs du genre sont ravis et reprennent épisodiquement en chœur, un refrain ou chantonnent de temps à autre du bout des lèvres. Certes, quelques morceaux accusent le poids des ans et résistent difficilement à une déferlante plutôt pop de ces quinze dernières années. Mais les belles mélodies, c’est bien connu, n’ont pas d’âge et le répertoire de Supertramp appartient à  ce que l’on pourrait appeler les ‘immortels’ du rock. Ces dinosaures de la musique anglo-saxonne plaisent encore, preuve en est de l’ambiance devant la scène occupée par Cannon Ball. Une bonne quinzaine de titres plus tard et après un succès bien mérité,  il est temps de céder la place. Le public se retire sous un soleil déclinant, la bière coule à flots et le public se fait plus nombreux.

Vers 21 heures, retour sous la tente rouge et blanche. Tout est prêt pour le second chapitre de la soirée. Les fans d’AC/DC ont fait le déplacement en masse… Ils sont facilement reconnaissables en arborant les uns, une tenue à la ‘Angus Young’, les autres, les fameuses cornes rouges diaboliques. Les perfecto ne se comptent plus. Visiblement, « High Voltage » fait des émules. Le mimétisme dans le public est similaire à celui qui avait accompli le déplacement à Anvers. Seul le nombre d’amateurs diffère sensiblement.

A 21h10 précises, les quatre membres du band entrent en scène et immédiatement l’ambiance monte de deux voire trois crans. Il faut avouer que le ‘sosie’ d’Angus Young sait y faire. Les fans d’AC/DC deviennent carrément fous et on assiste à une espèce d’hystérie collective bien amorcée par ce diable de guitariste. Il pousse le plagiat au maximum, jouant tout comme son idole, des solos de guitare au milieu d’un public complètement conquis et floué par une telle ressemblance tant dans le geste que dans la ‘parole’. Les hits du combo australien s’enchaînent pour le plus grand bonheur de l’assistance. Comme pour la partie précédente, une heure est accordée pour ce second cover band. C’était sans compter sur les rappels insistants du public insuffisamment rassasié… High Voltage accordera donc un rabiot de 10 minutes avant de devoir s’éclipser sous les acclamations de l’assistance complètement surexcitée !

Vingt minutes plus tard, l’espace musical est envahi par les membres de Mister Cover, bien connus du public tournaisien, car déjà présents lors de l’édition 2008. Le souvenir de cette soirée est bien vivace, car à cette heure déjà avancée, le nombre de spectateurs atteint son nombre maximum. Le chapiteau affiche en effet plus que complet et l’ambiance est à son paroxysme. Quelques imperfections techniques, notamment un son de qualité médiocre n’affectent pas ou si peu un début de prestation mené tambour battant. Le sommet est atteint lors d’une reprise de Coldplay et à partir de ce moment, les hits de tous bords se succèdent pour le plus grand plaisir de la foule en transe. La bière et la bonne humeur aidant, chacun se met à danser, transformant le chapiteau en immense salle de bal où s’ébattent tant les plus jeunes que leurs parents… Sur la tracklist de Mister Cover, on retrouve dans le désordre ZZ Top, Coldplay, U2, Wham, Queen, Machiavel, Les Rita Mitsuko, Sttellla, Indochine, Louise Attaque, et j’en passe énormément… Le son est redevenu meilleur (merci l’équipe technique) et le leader de la formation s’en donne à cœur joie. Il faut reconnaître que la qualité d’interprétation est à la hauteur de la satisfaction et la participation des ‘danseurs’. Tête d’affiche de la soirée, Mister Cover a droit au double de temps des autres formations présentes ce soir. Sans aucun temps mort, et sans l’ombre d’un moment d’ennui, le temps passe et vite s’écoule. Le bonheur des danseurs est total durant près de deux heures. Petit bémol cependant, vers 0h30, quelques thèmes de séries télévisées sont interprétés par le combo ; et hélas, à partir de cet instant, le soufflet retombe quelque peu. Dommage de proposer en pleine excitation des morceaux qui sonnent le glas de la soirée pourtant bien entamée et poursuivie –et de quelle manière– par ce cover band de très grande valeur. Il n’est pas loin d’une heure du matin, Dallas et consorts ne retiennent pas les spectateurs et le chapiteau se vide de manière spectaculaire. Mister Cover se perd dans des reprises nettement moins audacieuses et tombe dans une caricature regrettable à cette heure encore ‘festive’.

Pas de regrets à avoir cependant, la soirée a été, dans son ensemble, d’une qualité irréprochable. Et c’est avec un plaisir non dissimulé que Musiczine a couvert, pour la première fois, l’événement. Espérons que l’édition 2011 nous réserve autant de moments de bonheur. Nous reviendrons, sans aucun doute.

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Festival D'Hiver Rock 2010 : samedi 20 février

Mauvaise nouvelle, Blakfish a déclaré forfait. Panne de camionnette paraît-il. Et pas plus de monde que la veille pour entamer cette seconde journée du festival. Pourtant l’affiche est bien plus consistante, puisqu’y sont notamment programmés The Ex et My Little Cheap Dictaphone. Un pic d’affluence sera cependant atteint vers 20 heures, quand on dénombrera plus ou moins 650 spectateurs. Tant pis pour les absents, ils auront tort. Et le déroulement de la soirée va confirmer cette intuition…

Hands Up Boys ouvre les hostilités à 16 heures. Quatre filles. Mais pas n’importe lesquelles, puisqu’elles ont déjà bourlingué au sein d’une multitude de projets. Certaines militent d’ailleurs parmi plusieurs groupes. La surprise nous vient quand même de la présence de Cloé Defossez (NDR : si, si, l’ex-Clover’s Cloé dont le nouveau projet Cloé du Trèfle a décroché le Prix ‘Coup de Cœur’ de l’Académie Charles Cros, en 2008). Et manifestement, ses trois copines ont des planches. Deux autres Bruxelloises (pour la section rythmique) et une Romaine. Elisabetta. Au chant et à la seconde guitare elle fait aussi le spectacle. Au menu un mélange de rock, de funk, de pop, de hip hop et d’électro particulièrement excitant. Sans jamais en rajouter trois couches. Sauf le culot et la dérision (NDR : surtout de la part d’Elisabetta !) Et puis, elles participent toutes les quatre aux vocaux. Un set qui programmé à une heure plus tardive aurait pu enflammer la salle. Une performance, quand on sait qu’il ne s’agissait que du quatrième concert de la formation. A revoir, c’est une certitude…

« Attagirl » est le titre du sixième album du band néerlandais Bettie Serveert. Un disque paru en 2003. C’est également le patronyme d’un quatuor issu de la région tournaisienne. Rien à voir donc avec le titre d’une chanson de Johnny. Côté performance, Attagirl assure honnêtement son set dans un style, ma foi, fort conventionnel, dans la lignée de Malibu Stacy (NDR : surtout pour l’attitude), mais sans les claviers. Plus intéressant, le chanteur emprunte parfois les inflexions vocales de Brian Molko (Placebo) ou de Finn Andrews (The Veils). Une bonne voix, c’est une certitude ! Mais pour le reste, rien à signaler…

Drums Are For Parades nous vient de Gand. Un trio réunissant les frères Geert et Piet Reygaert. Aux guitares. Wim chante, Geert pas. Le drummer se chargeant épisodiquement des backing vocaux. Pas de bassiste. Le second frangin n’a plus un poil sur le caillou. Une pilosité que le premier a sans doute récupérée pour en faire une barbe touffue. Leur musique évolue entre noise, heavy metal et hardcore punk. Quelque part entre Kyuss et Shellac, probablement. Les deux gratteurs ne sont pas des manchots. Leur solution sonore est terriblement agressive, puissante et sans concession. Le batteur frappe sur ses fûts comme un possédé. Mais on a parfois l’impression que les différents membres jouent chacun dans leur coin. En outre, pas la peine de chercher une once de subtilité chez ce power trio. Aussi après dix bonnes minutes, on a préféré s’esquiver, pour économiser nos tympans…

Blakfish a déclaré forfait. Il est remplacé au pied levé par Paranoid Grill, un trio transfrontalier dont le set devait, au départ, se dérouler près du bar. Chez ce combo milite l'ex-chanteur/guitariste de Deadwoods et Sliver (combo qui s'est fait connaître en tant que coverband de Nirvana à travers le Benelux) et puis une section rythmique réunissant un très jeune bassiste (Mr J’) et un vétéran aux drums (Mr S’). La musique de Paranoid Grill est directement inspirée par les seventies. Une forme de stoner qui laisse une belle ouverture au blues et au boogie. Pensez aux Black Crowes. C’est pourtant dans ces deux derniers styles que la formation me paraît la plus performante. Surtout que la voix éraillée du vocaliste colle parfaitement à la solution sonore. Quant au drummer, au départ un peu court, il a gagné en amplitude au fil du temps parvenant alors à fédérer des compos de plus en plus abouties. Bref, si ce groupe est loin d’être révolutionnaire, dans son style, il tient la route. Maintenant, il leur reste encore du boulot pour peut-être espérer un jour accompagner Triggerfinger, en première partie d’une de leurs tournées. C’est tout le mal qu’on leur souhaite…

Sextet londonien, The Display Team implique deux guitaristes, un tromboniste, un trompettiste, un bassiste et un drummer. Ils chantent tous les six ! Ils reconnaissent pour influences majeures les Cardiacs, The Beach Boys, Mr. Bungle, Frank Zappa, Queen, XTC, The Specials et The Mad Caddies. J’ajouterai même Gentle Giant ! Et en mêlant rock, ska, punk, funk, doo-wop, swing, hardcore et metal, ils réalisent une forme de progcore ou alors du pronk, étiquette collée au prog punk. Tout un programme ! Et tout ce beau monde se démène sur toute la largeur de la scène tout en jouant de son instrument à la perfection. Parfait ! Sauf que mixer 6 chanteurs, c’est pas du gâteau. Et puis leur musique est tellement complexe qu’on éprouve des difficultés à en suivre le fil conducteur. Avant d’assister à ce type de concert, il serait indispensable d’écouter leurs disques. Histoire de ne pas être trop dépaysé.

La première surprise nous est venue de Phoebe Killdeer & The Straws. Phoebe est australienne, mais est surtout connue pour avoir sévi comme vocaliste au sein de Nouvelle Vague, un projet monté par Marc Collin et Olivier Libaux et destiné à reprendre des titres classiques de la new wave. Pas vraiment ma tasse de thé, même si le concept a cartonné et cartonne encore, en compagnie d’une autre chanteuse, outre-Quiévrain. Vêtue de noir, sexy, élégante, féline, charmeuse, Phoebe possède une très belle voix, légèrement rauque. Rappelant tour à tour Dani Klein (Vaya Con Dios) et Patti Smith. Elle pianote de temps à autre sur un clavier, mais secoue régulièrement des maracas. Elle est accompagnée d’un excellent guitariste (Cédric) qui pourrait être le fantôme de feu Phil Lynott (NDR : c’était le bassiste de Thin Lizzy), et d’une solide section rythmique, même si le drummer présent ce soir n’était que remplaçant. Musicalement, les compos oscillent entre rock, blues, rockabilly et soul. Des références ? Nick Cave, Screaming Jay Hawkins, les Cramps, Tom Waits et PJ Harvey. Des compos tour à tour tribales, sauvages, sensuelles, théâtrales, sombres, vibrantes, envoûtantes et parfois le tout en même temps. Cédric réalise parfois le grand écart tout en redressant son manche. Suggestif ! Le public applaudit poliment. Phoebe tente de l’allumer. Communique avec lui. En vain ! Qu’importe, le set est excellent. Ce n’est qu’en bout de parcours que l’audience commence timidement à participer à la fête. Trop tard, elle prend congé de l’auditoire. A revoir, et le plus vite possible…

A l’instar des Ramoneurs de Menhirs, programmés la veille, The Craftmen Club nous vient de Bretagne. De Guingamp plus précisément. La musique du trio est le fruit d’un mélange explosif entre rock, punk, blues et country. Un peu dans la lignée du Jon Spencer Blues Explosion. Au sein de l’Hexagone, le trio jouit d’une solide réputation de groupe de scène. Dès leur montée sur les planches, le combo enchaîne les titres furieux, brûlants, bien crades, à la vitesse de l’éclair. L’attitude est bien ultra rock’n roll ; mais le manque de variation dans leur répertoire devient rapidement lassant. C’est à cet instant qu’on se rend compte du potentiel de The Experimental Tropic Blues Band. En outre, le son sature rapidement, et après quelques titres, nous abandonnons le combat…

Car dans l’autre salle, nous attend le point culminant de ce festival. Et n’ayons pas peur des mots, l’un des plus grands concerts de ce début d’année 2010. On savait en effet The Ex particulièrement performant en ‘live’. Mais ce soir les Néerlandais vont tout balayer sur leur passage. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire au présentateur fantasque du festival de chauffer la salle. ‘Le groupe suivant n’a pas besoin d’introduction’, lance-t-il, ‘Depuis 30 ans il influence bon nombre de groupes’. Et c’est vrai que The Ex roule sa bosse depuis 1979, comptant même une bonne vingtaine d’albums à son actif. Si à l’origine, le combo pratiquait une forme d’anarcho punk lo-fi, au fil du temps sa solution sonore s’est muée en no wave. Très souvent expérimentale. La formation batave a ainsi, à une certaine époque, influencé Sonic Youth. Petite surprise en découvrant le line up cependant, le membre fondateur et vocaliste, GW Sock, a quitté le navire. Il estimait avoir fait le tour de la question et se consacre aujourd’hui essentiellement à l’écriture. Pour le remplacer Arnold de Boer (NDR : traduisez ‘le paysan’), dont la dégaine rurale colle parfaitement à son nom. Terrie Hessel, l’autre membre fondateur, est toujours bien au poste. Présente depuis 1984, Katherina Bornefeld se chargeant, bien sûr, des drums. Sans oublier le bassiste Andy Moor, impliqué dans l’aventure depuis 1990. Mais le groupe n’a rien perdu de ses qualités intrinsèques. D’abord, la musique cogne toujours aussi fort. Tout en conservant son profil complexe. Voire noisy. Les riffs de guitares sont aussi tranchants que chez Fugazi. Le groove impressionnant. Au fil du set, on pense successivement à Sonic Youth, Gang of Four voire à Wire, surtout lorsque les vocaux sont plus saccadés. Mais nous sommes bien en présence de The Ex ! Toutes les compos possèdent leur propre relief. Ce qui explique pourquoi leur prestation tient en haleine de bout en bout. Et lorsqu’on en arrive à « Ethiopia » (NDR : rappelant en même temps que le band batave y a tourné ; et puis également collaboré avec le saxophoniste de jazz Getatchew Mekurya, né en ex-Abyssinie), un morceau hypnotique, chanté par la drummeuse Katherina, l’intensité est à son comble. Un instant, on pense même à Yo La Tengo. Bref, de quoi ravir un public constitué en majorité de trentenaires, quadragénaires voire même carrément quinquagénaires. Et les mélomanes venus expressément de France ou du Nord du pays savaient qu’ils ne seraient pas déçus. Tête d’affiche de cette édition 2010 The Ex a bien rempli son rôle, mais en même temps a accordé une prestation qui pourrait s’avérer une des meilleures de cet exercice.

Le nouveau projet de My Little Cheap Dictaphone est un concept-album et un spectacle ambitieux, sorte d' ‘Opéra Pop moderne’ qui raconte le parcours tragique d'un artiste surdoué, mais torturé par ses démons intérieurs, perdu entre rêve et réalité. Une histoire inspirée par la vie de Brian Wilson. Il a fallu plus de deux ans de travail à Redboy et son équipe pour réaliser ce concept ; en outre, l’équipe a passé les ¾ d’une année mois au sein de différents studios entre Pays-Bas, Belgique et Etats-Unis pour le concrétiser, et a eu besoin de plusieurs mois pour finaliser la création du spectacle et de réalisation vidéo. Un show original imaginé par une équipe de professionnels issus du cinéma et du théâtre, alimenté par des projections vidéos et enrichi occasionnellement par un orchestre classique. C’est ce que nous pouvons lire sur le MySpace du groupe. Et c’est dans cet esprit que MLCD ouvrait donc sa tournée. Sans l’orchestre symphonique, il faut le préciser. Première constatation, le son est parfait. Il y a bien eu un petit problème de guitare, mais il a été rapidement réglé. Vêtus de costards noirs, le quatuor en impose par son attitude. Redboy dispose d’un micro ‘type années 50’. A droite, de profil, le claviériste se montre très appliqué. Du même côté, mais plus haut, le drummer domine l’estrade. Et à gauche, le bassiste, vient de temps à autre enrichir les compos d’interventions sur une caisse claire et une cymbale. Bref, tout baigne. Juste qu’au fil du set, on se demande où en est l’attitude rock’n roll ? Les progressions de cordes me font penser à Coldplay voire à Pink Floyd circa « Dark side of the moon ». C’est tellement parfait qu’on s’ennuie. Un peu comme lors des concerts prog des 70’s. Et j’imagine que lorsque l’orchestre symphonique soutiendra le spectacle, le résultat sera encore plus sophistiqué. Ou tout bonnement somptueux. Vous êtes de toutes manières ainsi prévenus de ce qui vous attend, si vous allez assister à un de leurs concerts, puisque c’est sous cette forme qu’ils seront dispensés pendant toute la saison 2010-2011. Et la sortie de l’album est prévue pour la mi-mars.  

Isbells est un quatuor louvaniste qui fait un véritable tabac au Nord du Pays. Faut dire que le leader, Gaëtan Vandewoude, y jouit d’une solide notoriété. Trois types au crâne rasé (NDR : on dirait des moines !) dont deux chantent et une fille (NDR : très jolie !), également préposée aux vocaux. Ils sont assis face au public, sur toute la largeur de la scène. La demoiselle pianote de temps à autre sur un clavier. Les trois autres se partagent une belle brochette d’instruments acoustiques : guitares, ukulélé, banjo, etc. ; sans oublier la slide. Les harmonies vocales sont superbes. Diaphanes, limpides, douces, elles alimentent des mélodies visionnaires et mélancoliques. Le plus jeunes pensent inévitablement à Iron & Wine, Bon Iver, Kings of Convenience voire Fleet Foxes. Bien lo-fi. Les vétérans à Simon & Gardfunkel et Crosby Stills & Nash. En moins chevelu. Mais c’est tout aussi beau. Simplement, ce style de concert ne me semble guère adapté à un festival. Il s’apprécierait bien mieux dans une toute petite salle, limitée à une centaine de personnes. Pensez à la ‘La cave des poètes’ voire à la ‘Rotonde du Botanique’. Prévoir des sièges également…  .

D’autres Bretons (NDR : mais des Rennais) investissent la salle Noté : X Makeena. Ils s’étaient déjà produits au D’Hiver Rock, lors de l’édition 2008. S’ils pratiquent le hip hop ; c’est surtout leur jeu de scène et le spectacle haut en couleurs qui impressionne. L’un des pions majeurs du collectif, Karlton, joue un rôle clé à la beatbox mais aussi tout au long du show. Le décor et les costumes des intervenants sont dignes de grands films fantastiques. C’est intrigant et on en a plein la vue. La salle est pleine à craquer et réunit de nombreux jeunes qui sautent un peu dans tous les sens. En fin de parcours, un énorme chaudron monté sur un échafaudage à roulettes approche du bord de la scène, avant de cracher d’énormes ronds de fumée, au-dessus des têtes de l’auditoire. Musicalement, pourtant, leur mélange d’électro et de hip-hop ne casse pas des briques. Chacun ses goûts ! D’ailleurs, si êtes intéressés par ce groupe, je vous invite à aller jeter un œil sur la chronique de leur dernier Cd (« Derrière l’œil »), concoctée par notre ami Jojo…

A contrario, chez Cecilia :: Eyes, la solution sonore est fort intéressante. Du post rock digne des maîtres du genre. Pensez à Mono ou à Explosions In The Sky. Le set s’ouvre par « Last call », morceau maître de leur nouvel opus prévu pour avril. Une compo plutôt longue qui s’étire en crescendo. Bien fait ! Il est cependant déjà passé minuit, et faute de jeu de scène ou de projections, une certaine lassitude commence à nous envahir. Même la batterie placée à l’avant-plan ne parvient pas à nous sortir de notre torpeur. Malgré leur répertoire bien maîtrisé et austère, les membres du groupe ont heureusement le sens de l’humour. ‘Nous sommes contents d’être ici’, déclare le leader ; ajoutant ‘Et c’est sympa d’être encore là pour nous, à cette heure-ci !’ Cet art de la dérision se retrouve également dans le titre de leurs compos. A l’instar de « Too late for a porn movie » (!) Finalement, il ne nous déplairait pas de les revoir dans d’autres circonstances, à une heure moins tardive, c’est à dire à un moment où Cecilia :: Eyes pourrait nous tendre les bras, plutôt que de nous abandonner dans ceux de Morphée.

Lors de la seconde journée du festival, se produisent également des artistes locaux ou insolites. Sur un podium monté près du bar. Et certains d’entre eux remportent un franc succès. Dont le nouveau projet de Thomas Rasseneur, Maria Goretti Quartet. Exit le punk à la n’importe nawak des Fucking Canaris. Particulièrement habile, le drummer balise un punk teinté de post rock et de rockabilly. Et quelques guests viennent même participer au set. Peter notamment. Mieux connu comme organisateur de concerts locaux. Pas comme chanteur.

Toujours sur la même estrade, Mambo Kurt va recueillir un joli succès de foule. Les fêtards ne semblent pas fatigués. Pourtant, il faut faire preuve d’une bonne dose de second degré pour apprécier ce type de musique. Car seul derrière ses claviers vintage, l’Allemand fait plutôt dans le méga-kitsch ! On pense à Didier Super lorsqu’il fait l’idiot en ‘one-man show’ ou encore à Meneo pour le côté rudimentaire de son matos informatique. Du « Killing of the Name » de Rage, à « Rythm is a dancer » de Snap! (NDR : mais si, souvenez-vous du le refrain ‘Oh oh, it's a passion, oh oh, you can feel it, yeah’) les reprises sont plus singulières les unes que les autres. Des adaptations, pour la plupart, de tube issus des 90’s, revisités à la sauce germanique. Et après avoir participé à cet oberbayern électro minimaliste, on avait envie d’avaler une saucisse choucroute. Ne pas oublier la moutarde !

Une nouvelle preuve que le D’Hiver Rock continue à faire la part belle aux découvertes en tous genres ! Et que le public tournaisien, tel celui des festivals d’été, est capable d’apprécier des styles fort… divers.

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Festival D'Hiver Rock 2010 : vendredi 19 février

En arrivant sur le parking de la Maison de la Culture de Tournai, une légitime crainte commence à nous envahir. Il est à moitié vide. En outre, le public déambulant dans le hall d’entrée est plutôt clairsemé. Or, lors des éditions précédentes, la foule est déjà au rendez-vous. Et est même constituée en parts égales d’ados et de vieux rockers. Une explication ? Peut-être l’absence de véritable tête d’affiche, de ‘hype’ susceptible de jouer un rôle de locomotive. La crise ? Peut-être. La date choisie ? A la fin des vacances de Carnaval. Au cours desquelles les étudiants retournent chez eux et les adultes prennent quelques jours de vacances. De quoi manifestement soulever des questions. Bref, pour cette première journée, il faut tabler sur une affluence estimée à 450 personnes.  

Il revenait aux Bangers d’ouvrir les hostilités. Une formation britannique issue de Falmouth, dans les Cornouailles. Un trio qui pratique une forme de post/punk mélodique plutôt basique. Un bon point : la voix rauque mais bien timbrée du vocaliste, Roo. Un point faible : le manque d’amplitude du jeu de drums. Des références : le Clash et la formation de skate punk californienne NOFX. Un set rondement mené mais qui n’a certainement pas brillé par son originalité…

Crazy Arms nous vient également des Iles Britanniques. De Plymouth, très exactement. Et tourne régulièrement en compagnie des Bangers. Un quatuor qui partage également ses influences majeures entre le Nouveau et le Vieux Continent. Du pays de l’oncle Sam, ils ont incontestablement été marqués par le hardcore juvénile des Green Day, Hüsker Dü voire des Pixies. D’outre-Manche, du folk punk de Ted Leo et surtout de Billy Bragg. A cause des lyrics politiquement engagés. Mais aussi de la voix un peu cassée du vocaliste. Et puis parfois de la manière quelque peu filandreuse dont Darren Johns, gratte sa rythmique. Mais si les références sont solides, le résultat manque quand même d’identité…

Les Ramoneurs de Menhirs véhiculent, au sein de l’Hexagone, une image de formation alternative. On y retrouve d’ailleurs l’ex-guitariste des Béruriers Noirs, à la manœuvre. Un style fortement marqué par le folklore celtique, breton en particulier. Les cornemuseurs avaient déjà rencontré Loran en 85, à l’invitation des Bérus. Pour y enregistrer " Vive le feu ", un morceau publié sur un Ep intitulé " Joyeux merdier ". L’aventure avait même entraîné une collaboration lors de quelques concerts, dont celui accordé lors de la Noël de cette même année, à Paris, Quai de la gare. Avant de revenir soutenir Béru aux Trans musicales de Rennes en 2003. Ce « Vive le Feu », les Ramoneurs vont d’ailleurs l’interpréter ce soir ; un morceau qui va récolter, il faut l’avouer, un franc succès auprès des aficionados. Le reste du public tournaisien se demande un peu ce qui lui arrive. Faut dire que le look punk (NDR : ces crêtes, ces vêtements en peaux de bête !) de ces quatre quadragénaires a de quoi interpeler. Sans oublier un cinquième larron, un sexagénaire, sorte de sosie de Patrick Topaloff, qui vient parfois donner de la voix (NDR : qui a dit chanter ?). Déroutant ! « Edan Ur Blez » ouvre le set. Le public est toujours calme, mais s’avance imperceptiblement vers le podium. Et puis la salle commence à se remplir. Dès « Dans Gwandek », les pogos fleurissent et les farandoles s’enchaînent, telles de véritables gavottes bretonnes (NDR : ‘an dro’ ou ‘dañs tro’, dans le dialecte local). L’ambiance monte en crescendo. Certains fans montent sur les planches et s’improvisent choristes, alors que les premiers slams de la soirée se déclenchent. Et le point culminant du show est atteint lors de l’adaptation de « Bella ciao », rebaptisé pour la circonstance « Bell ARB », un chant protestataire italien devenu celui des partisans communistes avant d’être reconverti en hymne de ralliement pour les anarchistes en France. Tout un programme ! Car le militantisme est très présent tout au long du set. Entre les titres, Loran n’hésite pas nous balancer quelques déclarations particulièrement engagées. Inévitablement, Sarkozy en prend pour son grade. Et si à première vue, on imagine qu’il se produit vêtu d’un maillot de foot français bien beauf, il précise en fin de parcours que c’est celui de la Grèce, en souvenir de la branlée mise à la France, lors de l’édition 2004 de Euro. Pour couronner le tout, le drapeau indépendantiste va même flotter tour à tour sur la scène et dans le public. Et ce n’est pas la version un peu trop brute et appuyée de « Oi oi oi » qui freinera l’enthousiasme de l’audience. Bon, c’est vrai, la solution sonore est parfois un peu monocorde. Les bombardes bretonnes et le binioù kozh y sont sans doute pour quelque chose. Les accords très punk dispensés par la gratte de Loran n’ont strictement rien de subtils. Tout comme cette boîte à rythmes, un peu trop mécanique. Et de véritables drums auraient donné davantage de couleur aux compos. En outre, l’ingé du son ne fait strictement rien pour rendre le son plus propre. On se demande même si ce n’est pas un pote, engagé, lors d’une soirée festive. Même que parfois, on ne comprenait rien de ce que Momo racontait. Mais au beau milieu de ce chaos, les spectateurs n’avaient qu’une seule envie : taper du pied, lever leur verre, et scander des airs révolutionnaires.

Autre salle, autre ambiance chez General Lee. Un septuor issu de Bethune, dans le Nord de la France. Les instrumentistes sont excellents et leur solution sonore lorgne même quelque part entre Meshuggah, Isis et 65daysofstatic. Et donc passe plutôt bien la rampe. Mais très vite le chant métal, limite grindcore, vient casser le tout et nous incite à évacuer les lieux…

Le set des Mala Vita est beaucoup plus pro. Quant aux influences, elles sont bien latines, oscillant de Gabriel Rios à Gogol Bordello, en passant par La Mano Negra (NDR : le patronyme du groupe en est certainement la plus belle illustration). Latines, ‘gypsies’, mais surtout hispaniques. D’ailleurs, on ne peut s’empêcher de penser à Firmin Muguruza voire aux bons vieux Negu Gorriak, tout au long du set. Néanmoins, on est loin de la copie conforme des références susvisées. Et pour cause, nous sommes en présence d’un combo hollandais. Donc issu du pays des coffee shops. D’ailleurs, leurs compos virent régulièrement au reggae. Qu’ils maîtrisent d’ailleurs à la perfection. Le show est parfaitement rôdé et la rigueur batave est parfaitement illustrée par la performance irréprochable de l’ingé du son. Un zeste de cuivres n’aurait certainement pas nui à l’ensemble. Encore qu’il y a toujours un risque de sombrer dans le ska. Ou alors du violon. Pour suppléer l’omniprésence de l’accordéon. Raison pour laquelle, au fil des compos une certaine morosité a commencé à nous envahir. Heureusement, c’était en fin de set. Sans quoi, la prestation de Mala Vita est quasi-irréprochable.

Finaliste du Concours-Circuit en 2007, Morning Red continue de croire en sa bonne étoile. Et pourtant, son néo métal indus est assez difficile à digérer. Le septuor (NDR : encore !) tournaisien implique au sein de son line up deux guitaristes, un bassiste (NDR : il joue sur une drôle de 5 cordes !), un claviériste, un préposé aux platines et deux chanteurs, dont les interventions vocales vociférées pourraient être placées dans le contexte d’une conversation entre deux mecs qui veulent avoir raison lors d’un différent. C’est puissant, intense, terriblement électrique. Mais la musique s’adresse à des aficionados particulièrement branchés sur le style. Ce qui n’est malheureusement pas notre cas. Désolé ! 

Habituellement, nous sommes exhaustifs et passons en revue la quasi intégralité des groupes présents lors du festival, mais nous avons fait l’impasse sur Doubitchou. Difficile de raconter quelque chose de sensé sur le set électro d’un Dj, d’une part. Et puis, au bar, le stock de ‘blanche’ était épuisé. Une raison suffisante pour prendre le chemin du retour. Et puis pour être en forme le lendemain. En espérant que l’affiche proposée soit un peu plus conséquente ; et puis la réserve de fûts de ‘H*********’ suffisante…

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