Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce long playing succède à Supermodels paru en 2023. Pour accompagner cette annonce, il a partagé le single « She Doesn't Love Me », sous forme de clip (et il est disponible…

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Domino 2011 : samedi 9 avril

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Une douce aura enveloppait cette fin de chaude après-midi d'avril. Les enfants jouaient dans les squares et les terrasses étaient envahies. A l'entrée de l'Ancienne Belgique, se pressait un public nombreux et étonnamment diversifié. C'est qu'Agnès Obel offre une musique intemporelle qui plaît à un grand nombre. Pas surprenant dès lors de retrouver des familles entières, du vieux patriarche aux jeunes gamins en culottes courtes venus ensemble se délecter des subtiles mélodies de cette Berlinoise d'adoption dont Bruxelles fait chavirer le cœur.

Alors que les lumières s'estompent et qu'un halo encercle Clare Louise et ses deux acolytes, les derniers sièges qui ce soir garnissent la salle de l'AB trouvent quelque tardifs séants. Dans le silence respectueux qui pèse sur les gradins face à elle, la jeune Parisienne exilée dans notre capitale libère sa voix, la laissant s'envoler et prendre possession des lieux.

Cet organe est l'arme à double tranchant de cette artiste, dont les compositions folk aux consonances celtiques, établissent d'autant plus le corolaire avec la Dolorès O'Riardan des Cranberries. Mais si l'Irlandaise tend(ait) à surligner exagérément ce trait, Clare Louise, elle, utilise celui-ci brillamment. Bien sûr, d'aucuns se rétractent impulsivement à la première impression laissée par cette voix, et de se fermer alors instinctivement à une écoute plus approfondie.

Il n'en demeure qu'au-delà de cette particularité, les compositions du trio valent assurément qu'on s'attache à leur musique. Et qu'on approfondisse le propos au-delà de tout préjugé.

Mêlant harmonieusement guitares, violoncelle, xylophone ou autre tambourin, dans un registre semi acoustique, les titres présentés ce soir dressent un portrait tout en finesse d'un collectif au potentiel à devenir. Et qui ne demande qu'à s'épanouir dans un espace plus intime.

Réglé comme du papier à musique, ce qui assurément est de bon ton dans le cadre du concert de ce samedi, l'horaire dépose ensuite Agnès Obel comme un pétale sur le devant de la scène.

Moins austère que son image ne le suggère, mais tout aussi contenue, la Danoise s'installe timidement derrière l'immense piano qui semble prêt à la dévorer, tandis que la violoncelliste qui l'accompagne s'installe à l'autre bout de la queue de ce dragon.

Dès les premières mesures de « Falling, Catching », s'envolent les derniers doutes, comme autant de grains de poussières dans la fragilité qui baigne ces quelques notes cristallines.

Conformément à son premier album « Philharmonics », la prestation de la jeune femme démontre l'évidence de toute belle chose.

Fragile quand du bout de ses doigts elle caresse le clavier, subtile quand de sa voix elle enveloppe l'infini, ensorcelante quand elle s'échappe en de fulgurants moments de grâce.

Si le respect du public confine parfois à d'embarrassants silences blancs en réponse aux tentatives maladroites du duo d'instaurer une ambiance décontractée, celui-ci se montre particulièrement enthousiaste à la fin des morceaux.

De l'intrigante et magnifique reprise du « (I keep a) close watch » de John Cale à la subtile réinterprétation de certains de ces morceaux (l'incontournable « Riverside », bien sûr, « Brother Sparrow ») jusqu'au final tumultueux et magistral de « On powdered Ground », ce concert qui tenait du récital définit parfaitement le champ dans lequel gambade à présent Agnès Obel.

Entre musique de chambre et structure Pop, entre Satie et Kate Bush, entre lumière et clair-obscur.

Les quelques nouveaux morceaux proposés (dont un bref instrumental) achèvent de dessiner le parterre menant la belle Agnès vers des cimes élevées où nul ne viendra lui chatouiller les pieds.

Du bout des orteils, elle touche déjà le paradis.

Agnès Obel + Clare Louise

(Organisation: Ancienne Belgique)

Festival D'Hiver Rock 2011 : samedi 19 février

Changement de décor pour ce samedi 20 février. Il y a déjà bien 150 personnes pour accueillir la première formation. Et on en dénombrera 950 en début de soirée. Un beau succès, par rapport à la veille et même l’an dernier, lorsqu’on comptabilise l’ensemble des spectateurs sur les deux jours. Faut dire aussi que l’affiche était bien plus alléchante. Compte-rendu.

Un groupe mouscronnois est invité à donner le coup d’envoi de la seconde journée du festival : Markünkl. Sur scène : 3 guitaristes, un bassiste et un batteur. Il n’y a pas de chanteur. Seule la musique fait vibrer les amplis. Quoiqu’influencé par Isis et surtout Explosions In The Sky, le band essaie de se forger son propre style. Exercice de style plutôt difficile, quand on pratique du post rock…

Particulièrement populaire dans les régions de Mouscron et de Tournai, Black Sheep est une formation qui en jette sur scène ! Son style ? Punk, mais dans l’esprit des débuts d’Offspring, même si on y décèle quelques traces de ska. Le line up réunit un bassiste, deux guitaristes (dont Peanuts qui double au chant) et un drummer. Enervé, le chanteur déborde d’une énergie surprenante. Il bondit d’un côté à l’autre de l’estrade abandonne même sa gratte, un moment, au milieu du show. Punk is not dead !

Franck Shinobi est un quatuor liégeois  composé d’un drummer, de deux sixcordistes, et d’un bassiste. Ce dernier et l’un des deux gratteurs (NDR : un sosie de Gérard Deprez, mais en plus jeune) se partagent le chant. Leur musique est étiquetée mathrock. S’ils reconnaissent pour influences majeures At The Drive-in, Foals, 31 Knots (NDR: c’est d’ailleurs Jay Pellicci de 31 Knots qui s’est chargé de produire leur premier album, « A Little Less More ») et The Redneck Manifesto, on y décèle des références à The Fall, Girls Against Boys, mais aussi à la prog (NDR : pensez aux débuts de Genesis et au King Crimson circa « Larks’ tongues in aspic »). Pas étonnant que ce soit des excellents instrumentistes et que paradoxalement, le préposé aux quatre cordes possède des inflexions vocales rappelant John Wetton, alors que celles de son condisciple me font plutôt penser à Mark E. Smith. Bref, si leur expression sonore n’est pas très facile à assimiler, elle est fort bien torchée. En fin de parcours, ils rejouent pour le D’Hiver Rock leur titre « Chanson reggae »… qui, en fait, n’a rien de reggae !

Random Hand serait une formation de post punk comme les autres (NDR : les références au ska sont classiques dans le genre), s’il n’y avait la présence de Robin Leitch. Il se réserve le lead vocal et le trombone. Et sur son cuivre, il se révèle vraiment brillant. Le quatuor londonien implique également un drummer, un bassiste et un guitariste. Une prestation solide pour un groupe qui a manifestement des planches…

Deux guitaristes, dont le chanteur, un bassiste et un batteur, Willis Drummond est un quatuor qui nous vient du Pays Basque. Ecorchés vifs, les vocaux sont exprimés dans la langue de Cervantès, ce qui confère à leur expression sonore, fruit d’un mélange de punk, de funkcore, de metal et d’alt rock (NDR : pensez à Incubus) une identité très spécifique. En fin de parcours, le combo se lance dans un morceau plus déstructuré ou psychédélique, si vous préférez. Pas mal du tout !

C’était le premier concert de Château Bourneville, et il faut l’avouer, il nous a réservé une bonne surprise. Le quatuor avait décidé de soigner son look. Et question look, on peut dire que le quatuor avait mis la gomme : pompes cirées et peau de mouton par-dessus les épaules pour l’un, lunettes de soleil, gants squelettiques, veste de smoking et caleçon kitsch pour le chanteur. Bref, on en avait plein la vue. Mais Château Bourneville nous en a mis aussi plein les oreilles. Et dès son arrivée sur l’estrade, le combo a montré de quel bois il se chauffait. ‘C’est le premier groupe de rock où tous les membres descendent de la ligne royale… sauf Thomas Rasneur, l’aventurier !’ confie le chanteur. Leur post punk expérimental ne manque pas d’humour, et leur set a vraiment marqué les esprits. Bien plus que de la musique, c’était une représentation théâtrale…

Ils sont quatre en nous viennent d’Anvers. DAAU (NDR : acronyme de Die Anarchistische Abendunterhaltung!) était donc venu présenter son 10ème album lors de cette nouvelle édition du d’Hiver Rock. Pour apporter un peu de calme et d’harmonie dans un contexte essentiellement rock ! Un clarinettiste, un accordéoniste, un violoncelliste et un contrebassiste constituent le line up. Le public semblait attentif et ému tout au long de ce rendez-vous musical. Leur reprise de la célèbre musique du film « Requiem for a dream » a flanqué la chair de poule à plus d’un mélomane ! Une belle découverte pour les amateurs de jazz et de musique classique. Par contre, pour celles et ceux qui ont déjà assisté à un de leurs concerts, le constat est identique : ce type de spectacle serait bien mieux mis en valeur, s’il était soutenu par des projections ; car leur solution sonore est filmique et finit par devenir lassante, si vous ne parvenez pas à entrer dans leur univers cérébral…

Showstar est un groupe qui a des planches. Et dont la musique n’a jamais déçu, même si elle a toujours été considérée comme ‘underdog’ au sein d’un soi-disant rock wallon. La formation a publié un troisième elpee, « Think Ringo », l’an dernier, un disque qui n’a peut-être pas bénéficié du soutien nécessaire et indispensable pour pouvoir faire la différence (NDR : Musiczine ne l’avait d’ailleurs pas reçu). Depuis ses débuts, il a connu quelques changements de line up, mais il pratique toujours ce type de pop/rock mélodique et contagieux, alimenté par des guitares ‘ligne claire’. Le chanteur, Christophe Danthinne, et un vrai personnage. A la fois charismatique et discret, il possède une très bonne voix. Plutôt statique sur scène, habillé d’une veste gris/bleu, il joue surtout sur l’attitude derrière ses lunettes de prof, qu’il ôte puis rechausse tout au long du spectacle. Un titre issu de leur dernier album pourrait franchement faire un tube : « We are the Residents ». Mais le reste du traklisting ne manquait pas d’allure. Un coup de chapeau à Showstar quand même, pour avoir livré un set d’une telle qualité, quand on sait que 15 jours plus tôt, des malfrats avaient volé leurs guitares, mésaventure (dixit Christophe) qui leur était d’ailleurs déjà arrivée il y a 7 ou 8 ans.

Un duo étonnant : Chevreuil. Un batteur et un guitariste qui se réserve également le synthé. Ce tandem français a décidé d’installer son matos au beau milieu du hall d’entrée de la maison de la culture. Une manière de happer le public à l’entrée du festival. Ils pratiquent une musique à la fois instrumentale et expérimentale, parfois à la limite du métal. L’auditoire semblait conquis cette nouvelle formule de scène ; car outre le fait de se produire en un endroit inédit de cette institution tournaisienne, ils utilisent 4 amplis différents, simultanément ou séparément. Original !

Des rockeurs habillés classe, ça existe ?! Et bien oui : Inspector Cluzo en est la preuve humaine ! Seul petit hic, le chanteur porte des Adidas blanche en dessous de son costard noir! Et le drummer (NDR : un support en arc de cercle passe au-dessus de sa tête pour qu’il puisse donner de la voix ; dans le micro, bien sûr, comme chez les Ting Tings) ressemble plutôt à un caissier de banque, comme on le voit dans les films. Ce duo français (Issu de Mont-de-Marsan, dans les Landes) a de la gouaille. Le chanteur/guitariste tout particulièrement. Physiquement, il me fait penser à un Rubeus Hagrid endimanché. Et possède un timbre vocal susceptible de passer du grave à un falsetto digne de Prince. Il aime la provoc’ et n’hésite pas à haranguer le public (NDR : verbalement, et pas seulement en affichant ses doigts en cornes de diable) ou à pourfendre les institutions, dénigrer les hommes politiques et autres personnages illustres (Sarkozy en tête) ainsi que les bassistes (NDR : une des chansons s’intitule d’ailleurs « Fuck the bass player »). Il affirme qu’en Australie, on les a surnommés ‘The French bastards’, fait monter une fille des premiers rangs à se trémousser sur les planches, mais surtout le cameraman de la télé locale auquel il subtilise quelques instants la caméra pour le filmer en action (NDR : doit avoir eu des sueurs froides le garçon !) Dommage que le public ne participe pas davantage au spectacle. Manque de réplique ! C’est d’ailleurs ce que Laurent Lacrouts cherche et espère. Maintenant faut aussi comprendre et apprécier son humour au quatrième degré. Certains diront, un peu lourd. Néanmoins, le duo va enflammer l’audience à l’aide de son funk/blues/rock qui doit autant à Fishbone, Rage Against The Machine, Incubus et Primus qu’à AC/DC et aux White Stripes. Et malgré l’absence de basse, ça groove du tonnerre. Faut dire que le batteur utilise beaucoup la grosse caisse et que le gratteur se sert aussi de ses grosses cordes. Un excellent moment du festival !

La cerise sur le gâteau du d’Hiver Rock nous est venue de Hurra Torpedo. Un trio norvégien qui n’a pas peur de faire du bruit et de la casse ! On ne les connaissait pas et pourtant, ils sont spectaculaires. Leur style oscille du bon vieux rock à l’indus, et n’hésite pas à exécuter des reprises dans un style très personnel (NDR : Bonnie Tyler, Britney Spears et les Pixies, par exemple). Ils sont vêtus de trainings bleus (NDR : des schtroumpfs ?) Le public est intrigué et fasciné par ces étranges bêtes de cirques ! A chaque extrémité de la scène, se plante un guitariste percussionniste. Derrière, au beau milieu, un colosse. Au rythme de leurs riffs, il massacre des fours à coups de pièces métalliques (les deux autres aussi, mais quand ils ne se concentrent pas sur leurs six cordes), tout en donnant le tempo, à l’aide d’un congelo. De quoi en prendre plein les mirettes et les feuilles de chou ! En fin de parcours, l’un des deux gratteurs enfile sur sa tête, un tambour de machine à laver, et commence à taper dessus, à l’aide d’un ustensile, alors que le mec balèze monte sur son congélateur, après avoir empoigné une des cuisinières, et la fracasse sur l’estrade (NDR : le public au premier rang ne devait pas être rassuré). Et de quitter l’audience en lâchant (NDR : l’humour scandinave ?) un ‘Norway 2 points’…

Après un tel spectacle, on peut affirmer que la barre était placée bien haut, pour le groupe suivant. En l’occurrence, Tagada Jones, quatuor breton qui pratique un mélange de métal, d'électro et de punk rock tout en véhiculant des textes engagés, traitant aussi bien de la mondialisation, du capitalisme, du fanatisme que de la justice sociale. Des lyrics interprétés d’un timbre éraillé par Niko, dans la langue de Voltaire. La musique est nerveuse, énergique et déboule à cent à l’heure. Le son est brut et énorme. Mais on ne parvient pas à se concentrer sur le sujet. Dans ce cas, il est préférable de prendre une pause…  

‘Personne ne m’arrêtera puisque je ne vais nulle part’, telle était la phrase inscrite sur le t-shirt de Louis Warynski. Un slogan très significatif pour Chapelier Fou. Pas besoin d’être fan d’Alice au Pays des Merveilles pour tout de suite basculer dans le monde de ce mélomane. Il est seul sur scène mais en impose beaucoup en se servant d’un ordinateur et de machines pour réaliser des boucles à l’aide de son violon, sa guitare et sa mandoline. Il jongle avec ses instruments au fil des mélodies, les pose en couches successives afin d’en créer une symphonie électronique et finit par parfumer l’atmosphère d’une ambiance tamisée et mystérieuse. Nous sommes alors à mi-chemin entre le rêve et la réalité…

Pas eu le temps de voir le set d’Alek et les Japonaises ni des Irradiates, mais on a entrevu celui de Thee Vicars, trio garage particulièrement imprégné par la culture des sixties (NDR : le look, la musique, les voix). Par contre, nous avons capitulé avant la prestation de Périls of Penelope. L’heure avancée et la fatigue aidant, nous avons préféré quitter le festival sur ce moment d’évasion, les images plein la tête. D’ailleurs, nous vous invitons à découvrir les clichés en rubrique ‘photos’.

 

Festival D'Hiver Rock 2011 : vendredi 18 février

Pour la première journée de l’édition 2011 du d’Hiver Rock, on ne peut pas dire qu’il y avait foule. Si vers 18h30, on dénombrait 80 spectateurs, on a à peine dépassé les 450 âmes, vers 22h30. Paradoxalement, a contrario des années précédentes, le bar est resté quasi-désert toute la soirée. Le public était dans les salles. Davantage de mélomanes que de flâneurs ou même de fêtards. Une inquiétude se lisait quand même dans les yeux des organisateurs. Une explication qui en vaut certainement une autre : l’absence de ‘tête d’affiche’, même si le festival est surtout consacré aux découvertes. Ainsi, pour ce vendredi, on ne recensait aucun article spécifique, consacré aux 9 artistes présents, dans Musiczine. Mais bien 8 lors du samedi, sur 17 participants.

Il revenait à Rue des Pêcheries d’ouvrir les hostilités. Un collectif réunissant huit musicos : un drummer/bidouilleur, un claviériste, un bassiste, un percussionniste, un MC et une section de cuivres partagée entre un saxophoniste ténor, un trompettiste et un tromboniste. Si le combo reconnaît pour influences majeures The Roots, les Beastie Boys et Herbaliser, son hip hop old school est teinté de funk et de jazz. Et laisse une bonne place à l’impro. Les textes sont cependant exprimés dans la langue de Molière. Très intéressants, ils posent un avis critique, voire ironique, sur l’avenir de notre génération postindustrielle. Ne m’en demandez pas plus, je ne suis jamais parvenu à accrocher au hip hop, au rap et à ses dérivés. Mais je respecte ceux qui défendent cette cause, surtout lorsqu’elle est exprimée avec talent.

Bang Bang Bazooka est une formation néerlandaise. Issue d’Eindhoven, très exactement. Née en 1987, elle a mis son histoire entre parenthèse après le décès accidentel de leur roadie. Chaque musicien s’est alors lancé dans des projets différents. Avant de se réunir et de recommencer l’aventure, en compagnie d’un nouveau drummer. Le quatuor pratique un rockabilly de toute bonne facture, lorgnant même parfois carrément vers le countrybilly (NDR : pas toujours une bonne idée, cependant). Deux images qui me restent en tête : la superbe gratte blanche du chanteur/guitariste et le look pas possible du contrebassiste. Une chose est indéniable, le set était de bien bonne facture et m’a même rappelé les Romantics…

Il y a deux ans, j’avais eu un coup de cœur pour Lucie Carton, une formation scaldéenne. Bien en place, elle proposait une musique festive rappelant Les Négresses Vertes. Se distinguant par ses vocaux essentiellement partagés entre une très jolie vocaliste au timbre limpide et un lutin enthousiaste. Et puis par des lyrics traitant de questions relatives à la vie et à son absence. Le tout traversé par de savoureuses interventions à l’accordéon, apportant une touche cabaret particulièrement judicieuse à l’ensemble. Aujourd’hui ils sont 10 et plus 9. Un des gratteurs partage également les vocaux. Et un nouveau venu est venu s’ajouter à la section de cuivres. C’était déjà le point faible. Passée à un trio, elle manque de cohésion. Ce qui n’arrange rien. En outre, c’est à peine si on entend l’accordéon. Et les arrangements sont totalement bâclés. C’est bien beau d’enregistrer un album, mais est-ce vraiment nécessaire si c’est uniquement pour participer aux fêtes estudiantines ou au carnaval ? Quand on dispose d’un tel potentiel, on doit avoir de l’ambition. Bosser, répéter et au moins prévoir un voire deux ingénieurs du son lorsqu’on se produit en ‘live’. On ne règle pas une balance entre autant de musiciens, les doigts dans le nez. C’est extrêmement périlleux. Et complètement casse-gueule. Au cours des années 70, les sections de cuivres de Blood Sweat & Tears et de Chicago étaient dirigées par un chef d’orchestre spécifique. Maintenant, les fans se sont bien amusés. Tant mieux pour eux. Mais pour notre part, c’est une grosse déception.

Chez The Caroloregians (NDR : rien avoir avec VanCau !) militent certains membres des Moon Invaders. Un quintet qui pratique un mélange de funk, d’early reggae et de soul à coloration sixties. Le vocaliste possède une très belle voix et le claviériste s’est dégoté un orgue Hammond de collection. Les différents instrumentistes ne sont pas des manchots, la musique ne manque pas de groove, mais les compos accrochent difficilement. Si bien qu’après 20 minutes, votre serviteur est allé se désaltérer.

Heureusement, la soirée allait nous réserver une toute bonne surprise : La Troba Kung-Fu. Chez cette formation, on retrouve Joan Garriga, le chanteur/accordéoniste du groupe légendaire catalan Dusminguet. Mais aussi Muñeco (multi-instrumeniste chez Amparanoia, Ojos le Brujo et Macaco), ‘Totti’ (Wagner Pa), Marìa Roch (Jarabe le Palo) et le guitariste andalou flamenco ‘Muchacho’. A l’instar d’Ojos de Brujo, d’Amparanoia et de Macaco, Dusminguet était un des groupes phares de la scène ‘mestizo’ espagnole. A l’issue de la sortie de son troisième opus, « Go », il s’est séparé. Fruit d’un mélange entre cumbia, dub, raï, reggae, rumba, salsa et boogie woogie, la musique de LTKF revisite le folklore espagnol, cubain et sud-américain. Les vocaux sont interprétés (le plus souvent) en catalan. Et ce souffle venant de la Méditerranée a apporté un vent de fraîcheur au festival. Leur énergie communicative et leur bonne humeur ont conquis les spectateurs qui se sont lancés dans d’interminables farandoles. Et non seulement, le public a participé à la fête, mais les musiciens ont aussi démontré une grande maîtrise instrumentale. Le set a dépassé son timing prévu, mais on ne s’en est guère rendu compte, le quintet achevant sa prestation par des reprises de chansons traditionnelles et un morceau quasi a capella que la foule a repris en chœur.

Peter Pan Speedrock est également un band issu d’Eindhoven. Mais il pratique du métal old school dans la lignée de Motörhead. Un trio fondé en 1997 qui compte quand même huit albums à son actif. Dès les premiers accords, on est complètement soufflé par la puissance du son. Le chanteur/guitariste arpente la scène de long en large. Le drummer cogne dur et le bassiste manifeste énormément de versatilité sur ses (3 ?) cordes. Mais après 3 morceaux, ayant oublié mes boules-Quiés et craignant les acouphènes, j’ai préféré m’esquiver. Sorry !

Dubioza Kolektiv nous vient de Bosnie-Herzégovine. Apparemment, le line up habituel réunit 7 musiciens, mais ce soir je n’en ai dénombré que 6. A moins peut-être que le préposé aux effets électroniques se cachait en coulisses. Un zeste de reggae, un chouia de rock, du dub, un parfum d’Europe de l’Est et beaucoup de hip hop (NDR : la présence de deux MCs n’y est pas étrangère). C’est un peu la formule de leur expression sonore. Ces deux personnages se ressemblent quand même physiquement. Ils portent une coupe de cheveux de type Iroquois, même si l’un des deux possède une longue chevelure retenue par un nœud, derrière la tête. Tous les musicos sont vêtus d’un training. Jaune et noir pour tout le monde, sauf pour l’un des deux vocalistes. Il est noir et jaune (NDR : cherchez l’erreur !) Peut-être des nostalgiques du Royal Racing Club de Tournai. Dans le style, leur set tient la route, mais décidément ce soir, hormis la Troba Kung-Fu, je reste sur ma faim.

La mort du roi de la Pop, Michaël a monopolisé une grande partie des médias ces dernières années. Mais ce soir, c’est un autre King qui va renaître de ses cendres. Dead Elvis est un one-man band dans le style de Bob Log III. Coiffé d’un masque de tête de mort, et vêtu d’un authentique costume, plutôt dépareillé, de l’idole de Memphis, notre homme revisite les compos à sa façon. Armé d’une guitare et tambourinant du pied sur une grosse caisse minimaliste, le résultat est surprenant. Le public, en partie fan de rockabilly vu les dégaines, se déhanche devant la scène. Le bonhomme nous fait rire, et joue la carte du mythe derrière son masque qu’il n’ôtera jamais. Bref un set humoristique avant tout, qui a son effet en festival, mais qui n’ameuterait pas grande foule en salle !

Et la soirée se termine par les régionaux de l’étape : Red Soul. Avec l’avantage que leur show est diffusé simultanément en direct sur Radio Campus. La célèbre radio universitaire du Nord de la France (Villeneuve d’Ascq plus exactement) qui a vu le jour il y a maintenant plus de 40 ans. Et durant ce festival, un studio radio squattait même le deuxième étage de la Maison de la Culture, tout comme une expo BD de Mezzo. Bref, revenons-en au band tournaisien, qui distille un blues-psyché aux accents de vieux hard. Le chanteur possède d’ailleurs une voix nasillarde qu’il module, un peu, à la manière d’un Bon Scott. Il n’a évidemment pas le même charisme, même si certaines compo sonnent très AC/DC. Leur guitariste péruvien n’est d’ailleurs pas avare de riffs plutôt percutants. Mais il est déjà passé une heure du mat’ et le public se fait rare. Et l’on décide aussi de prendre congé en milieu de set, pour rejoindre les bras de Morphée. D’autant plus que la deuxième journée (samedi) s’annonce bien plus chargée et surtout plus intéressante…

(Voir aussi notre section photos)

 

Festival Norway Now 2011 : jeudi 20 janvier

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Ce jeudi 20 janvier, l’AB Club nous proposait le quatrième volet des Norway Now. Deux musiciens, trois concerts venus nous dévoiler toute l’étendue de la musique électronique norvégienne. Un avant-gardisme scandinave fièrement représenté par Lasse Marhaug –aka Jazmaker– et Maja Solveig Kjelstrup Ratkje, plus simplement appelée Maja Ratkje. 

Ces deux artistes polyvalents jouissent d’une excellente réputation dans leur pays d’origine.             Maître incontesté de la scène noise, Lasse Marhaug a d’ailleurs classé son troisième opus, « Shape Of Rock », 19ème meilleur album de l’histoire de Norvège. Un nom associé à plus de 200 productions internationales. On retiendra notamment les mises en forme opérées pour Sunn O))), Carlos Giffoni, Alan Courtis et son modèle absolu, le Japonais Merzbow.  

Quant à Maja Ratkje, ses créations et réalisations musicales pour le cinéma, les concerts, le théâtre, la danse… sont planétairement saluées. Un travail souligné par le magazine musical Paris Transatlantic. Très à la pointe dans l’univers artistique, il a décrit celui de Maja comme ‘Somewhere between Diamanda Galas and Joanna Newsom’. Pour Newsom la comparaison n’est pas frappante ; en revanche, chez Galas, les similitudes sont nombreuses. Un mimétisme stylistique et musical attristé d’une même vision sombre du monde. Bref, une compositrice/interprète hors norme célèbre pour sa voix phénoménale. Une femme défiant les lois de la musique et dont la voix épouserait tantôt l’harmonie angélique de Björk et, à d’autres moments, grouinerait comme un cochon possédé.

Quand les deux acteurs se réunissent, on assiste à l’éclosion de sons incroyablement étranges et fracturés aux samplings chaotiques. Exposition d’une musique bruitiste et hautement expérimentale qui traverse les champs brumeux du glitch. Trois sets de 40 minutes brouillant les lignes de clivage entre bruit et musique, mélodie et rythme, audible et inaudible.

Un concert caractérisé par sa dissonance et par l’importance accordée à l'expérimentation. Une agression sonore visant à montrer les aspects les plus négatifs et lugubres du monde contemporain.

A travers un electro-dark faussement déstructuré, le binôme scandinave nous offre finalement une expérience artistique de haut vol. Un espace de création transformé en grenier à sons où il fait bon chiner de nouvelles sonorités.

Malgré la popularité dont il jouit en Allemagne, en Suède et aux  États-Unis, ce genre musical non commercial n’en demeure pas moins un phénomène hermétique réservé à une élite capricieuse. La pauvre assistance parsemée de l’AB Club ce soir en est le meilleur témoin.

Lasse Marhaug and Maja Ratkje

Concours Circuit 2010 (finale) : samedi 11 décembre

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Beaucoup de monde pour assister à la finale du Concours Circuit qui se déroule, come chaque année, au Botanique. L’édition 2010 était donc réservée au pop/rock et, suivant le rituel, proposait alternativement les candidats, sur la scène de la Rotonde et de l’Orangerie.

Petit coup de gueule pour commencer, et même les organisateurs du Concours Circuit la trouvaient saumâtre. Motif ? Le personnel du bar (devenu privé, il faut le rappeler), patron en tête, se la joue ‘dikkenek’. Affichant une souplesse d’esprit digne des dirigeants de l’ancienne Union des républiques socialistes soviétiques. Le retour de la dictature passerait-il par les structures privées. A méditer… Bref, venons-en à ce qui nous intéresse : le spectacle.

Cinamone ouvre le bal. Un sextuor drivé par Ruben Hillewaere, chanteur/guitariste (il se sert d’une gratte acoustique électrifiée), et impliquant une violoncelliste, une choriste, un drummer, un claviériste et un bassiste qui ressemble étrangement à Robin Gibb (NDR : si, si, souvenez vous des Bee Gees), au début de sa carrière. Même le look y est (NDR : ce pantalon à pattes d’éph !). Le plus marrant c’est que le timbre vocal du chanteur campe un hybride entre celui de cet illustre Robin et Justin Hayward des Moody Blues. Une belle voix, il faut le souligner. La musique est soignée et atmosphérique, les harmonies vocales limpides et le set rafraîchissant, le tout lorgnant manifestement vers Gravenhurst. Sans doute de manière un peu trop académique. Mais manifestement le groupe gantois est pétri de talent.

News From The Stars nous vient de la région de La Louvière, un quatuor qui possède en Ludovic Legrand (NDR : c’est aussi le claviériste) un excellent chanteur (NDR : ce sera couvent le cas au cours de la soirée), dont la voix emprunte parfois des inflexions à Antony Hegarty. Casquette de titi parisien bien vissée sur la tête, il s’est isolé à gauche de l’estrade. Assis derrière son instrument, placé légèrement de biais. Veste blanche, le drummer est planté au centre, en arrière plan. Son matos monté sur un socle. Le bassiste et le guitariste (un sosie de Stéphane Demol !) se sont installés à droite de l’estrade. Pas vraiment très équilibrée comme disposition. Leur musique puise à la fois dans le jazz, la soul, la pop et le funk. Pensez à Jamiroquai et surtout à Maroon 5. Mais elle est vraiment trop linéaire pour convaincre. L’occasion d’aller prendre un peu l’air.

Tiens, je connais cette fille. En fait, avant de participer au jury d’un concours, j’évite de prendre le moindre renseignement sur les artistes en présence, histoire de me préserver de tout préjugé favorable ou défavorable. Pourtant le patronyme ne me dit rien. Kiss & Drive. Mais je n’ai pas la berlue, son image est imprimée dans mes circuits (ou l’inverse, si vous préférez). Elle joue seule en s’accompagnant soit d’une gratte acoustique électrifiée ou d’un ukulélé et se sert de boucles à l’aide d’un bel assortiment de pédales. Un peu comme Dominique A. Cà y est le franc est tombé ! Il s’agit de l’ex-chanteuse de Hands Up Boys, le groupe de Cloé Defossez. Qui militait encore au sein de la formation, lorsqu’elle s’est produite, en février dernier, dans le cadre du D’Hiver Rock à Tournai. Elle avait quitté le combo au cours de l’année, suite à des problèmes familiaux ; mais en avait aussi profité pour se lancer dans une carrière individuelle. Enfin pas tout à fait, puisqu’il lui arrive de bénéficier, sur les planches, du concours d’un pianiste et d’un violoncelliste. Mais ce soir elle se produit en solo. Elle assume parfaitement sur ses cordes. Cependant, lorsqu’elle veut se servir pour la première fois de ses loops, elle se plante à trois reprises. Et se rend compte que le système est déréglé. Mais son humour et sa spontanéité déclenchent l’hilarité dans la salle. Le tout en corrigeant le dérangement du système. Et ça fait mouche. D’autant plus que lorsque le matos est à nouveau au point, elle va nous livrer une compo absolument remarquable. Faut dire que son timbre vocal l’est tout autant. A un certain moment, il nous communique même un léger frisson. Elisabetta vient de placer la barre très très haut…

Fusty Delights est un duo liégeois qui se revendique de la scène electronica. Pas vraiment spécialiste dans le domaine. Des références ? Oui, Air et M80. Et même si ce n’est pas ma tasse de thé, je dois avouer que leur set est bien foutu. Le son est un peu fort, mais les beats sont percutants. Le claviériste se sert également d’une table de mixage et de machines ; et tout en triturant les boutons remue tout le corps au rythme de la musique. L’autre se sert d’un keytar (NDR : un clavier profilé sur le modèle d’une guitare). Les amateurs du style semblent ravis, jugeant d’ailleurs leur prestation excellente.

Après l’électro, place au hip hop. Pas davantage féru dans le domaine. Un duo de slammers dont les rimes sont riches et revendicatrices, un peu dans l’esprit des rappeurs français engagés. Derrière, un bidouilleur triture les sons. Les textes sont saignants. Dans le sens propre et littéral du terme. Peut-être un peu trop. A contrario, il y manque un groove, capable de dynamiser leur set. Je m’avance un peu, mais le concours d’un DJ derrière deux platines aurait peut-être permis à Supertanker de prendre une toute autre dimension…

Groupe cinacien, Sinus Georges achève donc le concours. Il réunit d’excellents instrumentistes, et en particulier le saxophoniste. Le chanteur/guitariste possède également une excellente voix. Haut-perchée, elle fait penser à celle de James Skelly (The Coral). La musique oscille du jazz au funk, en passant par le rock, le dub et la world balkanique. Mais la sauce ne prend pas. On a parfois l’impression que chaque musicien joue sa propre partition. Le leader essaie d’haranguer l’audience. Sans succès. Paraît que lors des éliminatoires, le combo avait cassé la baraque. Aujourd’hui, manifestement, il est resté dans ses starting-blocks.

Lors des délibérations, le choix du gagnant n’a pas souffert de longues discussions. Fallait pas être devin pour tirer cette conclusion. Kiss & Drive, alias Elisabetta Spada, n’a vraiment pas volé son succès. Et le plus sympa, c’est qu’à l’issue du concours, les autres participants sont venus la féliciter.

 

Un petit récapitulatif s’impose, si vous n’avez pas pris connaissance de la news … 

 

 

Autumn Falls 2010 : samedi 27 novembre

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Ce weekend des 26, 27 et 28 novembre 2010, l’agence de booking ‘Toutpartout’ et ‘Benelux Promotor’, en collaboration avec plusieurs salles de spectacles et clubs bruxellois, organisaient à Bruxelles, leur premier festival Autumn Falls. C’est dans ce cadre, le vingt-septième jour de l’hostile mois de novembre très exactement, et à l’Ancienne Belgique, que deux des plus attendus concerts de l’année se sont déroulés. Le premier a été dionysiaque, le deuxième apollinien.

Et tout d’abord celui de Dan Snaith, qui a rebaptisé le patronyme de son projet Manitoba en Caribou. Ce soir il est accompagné par trois musiciens. Leur objectif ? Transformer l’AB en territoire de célébration, à l’aide d’une musique faussement électronique. Et pour cause, ce psychédélisme est alimenté par la guitare, les drums et les synthés. Mais aussi par les projections qui servent de toile de fond ; en l’occurrence la spirale si spécifique de la pochette de « Swim », le dernier opus du groupe. Projections aussi hypnotique que les motifs hallucinogènes entretenus par « Kaili » ou « Labilela ». Tous les morceaux essentiels de cet opus y sont passés d’ailleurs, des titres toujours aussi fulgurants, éclatants, au bord de l’apocalypse, sur lesquels se pose la voix délicate de Snaith. La basse omniprésente et profonde ainsi que la batterie impétueuse se chargeant de rythmer les compos qui se succèdent sans merci pour le repos des corps et des âmes…

Et la fin sera magistrale. Une espèce de glorification solaire psalmodiée pendant de longues minutes, une louange à un soleil déjà disparu sur le firmament bruxellois depuis des heures, des jours, des mois, comme si cette danse, ce rituel, ce sacre anticipé du printemps pouvait le ramener à nouveau, cet astre, ce « Sun » répété tant de dizaines de fois par la bouche épuisée de Dan Snaith.

Lorsque Beach House monte sur l’estrade, le décor est transformé. Victoria Legrand s’assied au centre du podium. Elle sert littéralement d’aumônier de cette grande oraison collective qui va s’étaler pendant une bonne heure et demie. A ses côtés, Alex Scally ; mais également deux ou trois autres musiciens, selon, invités à soutenir sa voix caverneuse, à coups de guitares et synthés. En arrière-plan, on observe trois constructions énigmatiques, des pyramides hautes d’un mètre et demi ou un peu plus, comparables à des œuvres minimalistes, idéales, mystiques. La lumière, réduite à une lueur, ne nous permettra jamais de découvrir le visage presque aussi beau que sa voix, dit-on, de mademoiselle Legrand.

Le tracklisting de « Teen Dream » a été interprété, dans sa quasi-intégralité. Il a été enrichi de morceaux issus des autres LP publiés par le duo de Baltimore. Parfois, parmi les strates vaporeuses de sons synthétisés, un véritable tapis d’étoiles surgit et des dizaines de points de lumière se mettent à scintiller comme autant de centaines d’yeux émerveillés. Les sonorités nous caressent et un frisson nous parcourt l’échine. La voix, grave et légèrement éraillée, est la seule texture rugueuse dans l’univers féerique de Beach House où il n’y a pas de place pour le risque ou l’improvisation. Tout semble solide comme de la pierre, cohérent, maitrisé. Heureusement, d’ailleurs. Ainsi, nous nous y baladons en leur accordant notre confiance, au rythme langoureux de « Silver Soul », « Norway » ou « Better Times », moment choisi par les claviers pour atteindre toute leur puissance. Les sonorités diffusées par les haut-parleurs, ce soir, sont si limpides, que le rêve évoqué par Beach House semble palpable, près de nous. Tout, tout près de nous…

Caribou + Beach House

 

Roubaix à l'accordéon 2010 : mercredi 20 octobre

Johnny Clegg : Le grand Johnny en France, c’est lui !

A l’instar des années précédentes, Musiczine avait dépêché ses collaborateurs, pour couvrir une journée du festival ‘Roubaix à l’accordéon’ ; faut dire qu’il en est déjà à sa quatorzième édition. Cet événement hors du commun programme des artistes issus des quatre coins du monde. Mais ce qui fait son originalité procède de la dispersion des spectacles en divers lieux. Si une large place est réservée à la musette, donc à l’instrument fétiche d’Yvette Horner, d’autres styles sont également proposés, afin de diversifier l’affiche. Ainsi Jacques Higelin s’apprête à conclure le festival, ce samedi 24 octobre. Et ce mercredi soir, c’est Johnny Clegg qui honore la salle Wattremez de sa présence.

Deux semaines après la sortie de "Human", son nouvel opus, Johnny Clegg débarque dans le Nord. Et il faut croire qu’il apprécie la France, puisque la moitié des dates de sa tournée européenne passe par l’Hexagone. Il y a plus de 30 ans que le Sud-Africain roule sa bosse dans la World ; un best of "Celebrating 30 years of Johnny Clegg" vient d’ailleurs nous le rappeler.

 

Une mauvaise nouvelle tempère toutefois notre optimisme, en arrivant à Roubaix, ce soir. Et pour cause, le concert accuse un retard indéterminé. En outre la salle qui accueillera le spectacle (NDR : elle me fait un peu penser à l’Ancienne Belgique, de Bruxelles) a été limitée à 500 places… assises !

Le contraste est dès lors saisissant entre la fougue, l’ampleur et la notoriété de l’artiste, et la capacité de la salle. Bien que celle-ci confère aussi une proximité et une convivialité toute aussi surprenante.

Et vers 21 heures, une partie de ce public ‘ch’ti’ redevient chaleureux et enthousiaste, puisqu’enfin, le Sud-Africain et sa troupe montent sur les planches. Le set impressionne par la maîtrise des musicos. Très pros, il faut le reconnaître. La voix de la choriste est énorme. A l’image de son popotin. Le ‘Zoulou blanc’ s’exprime dans un français presque parfait, et entre chaque titre –ou presque– il parvient à nous communiquer sa bonne humeur et sa joie de vivre, en racontant des anecdotes les plus diverses sur ses chansons ou sur l’Afrique du Sud, en y ajoutant une certaine dose d’humour. Johnny Clegg nous signale, en outre, qu’il interprète « Love in the time of Gaza », pour la toute première fois, en live, un morceau issu de son tout dernier elpee.

Il faut toutefois attendre le rappel pour voir l’ensemble du public se décider (enfin) à se lever et à faire monter l’ambiance de plusieurs crans. Une réaction amplement méritée, mais qui a quand même mis du temps à mûrir. Le tube « Scatterlings of Africa », une compo qui avait servi de titre-phare pour la BO de “Rain Man”, met tout ce public d’accord.

 S’il est loin le temps où il remplissait le Zenith ou Forest National, flanqué de ses acolytes de Savuka, le spectacle proposé ce soir n’est certainement pas celui d’un ‘has been’. Les musiciens, danseurs et choristes africains accompagnent Jonathan depuis de nombreuses années. Et le set est d’ailleurs bien rôdé. Le guitariste, particulièrement à l’aise sur son manche, n’hésite pas à teinter son jeu de notes bluesy. Et comme notre front-man le rappelle, certains instruments rencontrés en Afrique du Sud manifestent des connotations celtiques. Notre homme ne se déhanche plus en permanence sur les planches et ne nous réserve plus son fameux lancer de jambes à 180° (ou presque). Mais les chorégraphies zulu sont suffisamment contagieuses pour entraîner une grande partie du public à effectuer quelques pas de danse. Et le concert de se terminer par « Asimbonanga » et « Dela », sous une salve d’applaudissements et dans une ambiance empreinte de bonne humeur, propres aux concerts de World.

C’est sûr maintenant, on ne pleurera pas le jour où l’autre Johnny passera de vie à trépas ; la vraie légende c’est celui qui s’est produite, ce soir, à Roubaix…

Set-List :

Rolling Ocean
Africa
Jongosi
Tuff enuf
December African Rain
Gyani
Impi
Bullets for bafazana
Love in the time of Gaza
Your time will com
I call your name
Digging
The crossing
Great heart
Cruel, crazy, beautiful world
Scatterlings of Africa
Asimbonanga

(Organisation : La Cave aux Poètes – Caramba spectacles)

Hippopotard 2010 : samedi 16 octobre

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Un coup de gueule avant de commencer ce compte-rendu : 120 personnes pour assister à un festival proposant une telle affiche relève de l’indécence. Soit le public n’est plus capable de se bouger le cul, soit il ne veut plus se déplacer par crainte des contrôles routiers. Dans ce dernier cas, l’Horeca devrait aussi en subir les conséquences. Faudra leur demander. A moins de pouvoir se payer le taxi ou alors de disposer d’un transport en commun à 2 heures du matin. Mais là, on peut toujours faire le poirier. Déjà qu’en ville, à moment-là, il n’y a plus un bus, mais à Béclers, faut quand même pas rêver. C’est le paradoxe à la belge ! On impose des règles, mais on ne prévoit aucune alternative. Il faut donc se mettre à l’eau. Et au pain sec tant qu’on y est. Ou trouver un Bob qui se sacrifie. On s’étonne ensuite, que seules les grandes villes (NDR : quand les transports en commun offrent encore une alternative plus tardive) peuvent encore organiser des événements (sub) culturels. Et pour la province, qu’elle se contente de regarder les âneries de TF1 à la TV. Mais revenons à notre soirée, au cours de laquelle se produisait trois groupes belges : Dashbox, Hands Up Boys et Rockin’ Drinkin’ Guys.

Dashbox est un quatuor bruxellois qui aime les couleurs. Le bleu, le vert, le jaune et le rose. Ce sont les teintes des chemises portées par les musiciens. Ils sont jeunes, beaux (NDR : c’est ma femme qui l’a dit), et viennent de sortir de la machine à laver. C’est d’ailleurs le décor derrière lequel se cache le clavier. En carton, mais on les comprend, quand on n’a pas de flouze. Pourtant, le groupe se débrouille plutôt bien dans son style allègre, dansant, directement inspiré par Franz Ferdinand, même si dans leur solution sonore, on décèle des traces de blues. Deux reproches, cependant ! Tout d’abord le son de la basse. Trop saturé (NDR : dans le jargon on appelle ça un bruit de casserole). Et puis un set trop long. Surtout pour un premier groupe. N’empêche, le combo a du potentiel. Qu’il doit encore travailler. Et en plus, les musicos sont sympas.

Après quatre garçons, place à autant de filles : Hands Up Boys. Le quatuor s’était produit lors du dernier festival D’Hiver Rock, à Tournai. Et nous avait laissé une excellente impression. Un changement de line up, quand même, puisque Elisabetta, la showwoman, est retournée dans son Italie natale. Elle a été remplacée depuis peu par Kadoyi Bongo. Elle est née à Kinshasa. Et se réserve la guitare ainsi que le chant. C’est d’ailleurs le deuxième concert auquel elle participe. Clémentine, derrière ses machines à sampler occupe le devant de la scène. C’est elle qui a pris le rôle d’animatrice. Isabel s’est installée, au fond à droite, derrière ses fûts. Et puis, à gauche, Cloé Defossez (NDR : ben oui, du Trèfle aussi) se réserve la six cordes ou la basse. Première constatation, la musique a pris une coloration nettement plus hip hop, tout en gardant une ligne de conduite funkysante. Le public s’est approché du podium et semble apprécier le concert (NDR : un peu trop court, mais excellent ; même si à l’issue de celui-ci, Cloé nous a déclaré préférer le voir rester sur sa faim…) L’humour est omniprésent, les vocaux excellents. Mais les harmonies vocales moins évidentes. D’abord, la voix fine de Cloé se met, au fil du temps, en retrait. Et progressivement, le timbre et les inflexions soul, fiévreuses, phénoménales, de Kadoyi prennent l’ascendant. Elle est toute petite (NDR : 1m55 au plus), mais grande par le talent. Réflexion : le quatuor va devoir gérer quatre fortes personnalités. Car si la dernière arrivée semble timide, son aura sur le podium est impressionnante. Ce qui pourrait la muer en leader naturelle. Faut dire que quand on possède une telle voix. Et souvent on connaît la suite… A contrario si les filles parviennent à trouver le parfait équilibre, c’est une future grande pointure du rock belge qui risque de nous tomber sur la cafetière. Et ma marge d’erreur est souvent réduite ; les lecteurs le savent pertinemment bien…

Paraît que le trio Rockin’ Drinkin’ Guys tourne énormément, et pas seulement dans la région. Une formation de rockabilly qui a la patate (NDR : oui, je sais, en milieu rural, c’est une blague à deux balles…) Mais pas seulement, puisque les musiciens ont régulièrement le loisir de côtoyer des pointures du blues. Le drummer est un fou furieux. Comme dans tout combo de rockabilly, il joue debout. Une caisse claire, un bass drum et deux cymbales. Il porte un t-shirt des Stray Cats (NDR : ben tiens !) Le chanteur/guitariste –une vraie baraque, mais un visage de poupon– lui, arbore une chemise à carreaux. Il manie habilement sa gratte. Sa voix, il la calque très souvent sur celle d’Elvis, mais elle manque encore de timbre. Ou de vécu, selon. Enfin, le troisième larron, Julien est un hyper doué. Casquette de titi parisien, c’est le sosie de Jean Dujardin. Sa contrebasse, il la manipule les yeux fermés (NDR : c’est une métaphore). Il la fait tournoyer, la chevauche (NDR : oui, oui, c’est une réflexion à connotation sexuelle…) et en extrait des sonorités vibrantes et d’une grande mélodicité. Le groupe privilégie les covers : Johnny Cash, Eddie Cochran, etc., mais délivre quelques compos personnelles. C’est énergique, excitant et certains spectateurs se mettent à danser le rock’n roll. En rappel, le trio se fend d’une version du « Shake Baby Shake » de Champion Jack Dupree. L’ambiance est à son comble. Et en second encore, à la demande du public, Julien se met à souffler dans un harmo, lors d’un blues tout bonnement époustouflant. Si leur set était excellent en version rockabilly, il me plairait d’aller les applaudir sous une forme blues. Et là, l’ami Jean-Claude, faudra venir voir ces jeunes qui déchirent grave…

En souhaitant une nouvelle édition l’an prochain, un coup de pouce aux organisateurs de la part de sponsors et surtout un engouement bien plus conséquent du public. Ce serait bien la moindre des choses. Et s’il le faut, un bus qui ramène tous les Tournaisiens qui ont fait la fête, dans la Cité des 5 Clochers…

Dashbox + Hands Up Boys + Rockin’ Drinkin’ Guys

 

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