Musiczine recherche des collaborateurs.

Tu as une très bonne connaissance musicale et tu souhaites participer à l’aventure Musiczine.net ? Tu es passionné, organisé, ouvert, social, fiable et appliqué ? Tu as une bonne plume ? Alors n’hésite plus : rejoins-nous ! Vu l’ampleur prise par Musiczine et…

logo_musiczine

Ozark Henry connaît la musique Parker…

C'est vrai, l'attente a été terriblement longue ! « Us », son dernier album studio, date de 2017. Dans le monde éphémère de la musique pop, où les stars vont et viennent, c'est une éternité ! Mais il faut parfois savoir être patient, et en livrant « Light »,…

La vérité selon RORI

Après avoir marqué les esprits en assurant la première partie de Lana Del Rey, au…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Johnny Marr
Johnny Marr
Interviews

Blondie

La Vengeance d'une Blonde

Écrit par

Ressorti du frigo après 16 ans d'absence, Blondie n'est pourtant pas un produit périmé. A plus de 53 balais, Debbie Harry collectionne encore les... cheveux, laissant au caillou de Chris Stein, la pérennité de la coupe grisonnante. Les hommes noirs qui flanquent la toujours pulpeuse ‘baby doll’ sont certes un peu plus ventripotents qu'au début des années 80, mais grâce à "No Exit", cette bande de quinquas a repris son parcours musical là où elle l'avait laissée...

Ils proposent toujours une pop légèrement aseptisée qui a du goût lorsqu'elle est bien dégelée. Avec l'âge, voilà même qu'elle en devient succulente... Alors quoi, Blondie reformé, c'est à nouveau pour pouvoir garnir le garde-manger? Et puis d'abord, était-ce difficile de faire sonner ce nouvel album comme les anciens?

Debbie Harry: Non, c'était très naturel, puisque nous avons toujours eu un son bien à nous.

Il semble un peu plus poli, plus doux qu'autrefois...

Chris Stein: C'est peut-être un peu ‘glossy’, à cause du rap qui a entre-temps percé. Pourtant, j'avoue aimer cet album, et même le préférer à certains anciens. Mais c'est vrai qu'il est moins trash que les précédents.

Est-ce un résumé de ce que vous avez fait auparavant?

Jimmy Destri: Yeah, exactement. Nous avons eu la même démarche que pour les anciens albums, c'est-à-dire que nous voulions y mettre les influences que nous avons subies. Et en 16 ans, elles ont été nombreuses.

Blondie For All

Croyez-vous bénéficier du revival punk qu'on observe actuellement?

C.S.: Non, parce que nous n'avons pas l'impression de faire du revival mais de reprendre notre travail là où nous l'avions laissé. Les Sex Pistols m'ont déçu quand ils se sont reformés ; je pensais vraiment qu'ils allaient entrer en studio pour pondre un nouvel album. La différence entre la musique des Pistols et la nôtre, c'est que la leur est plus limitée en terme de hits. Et puis, Blondie pratique des musiques multiples comme le ska, la dance... Tous les genres qui nous viennent à l'esprit se retrouvent dans ce disque.
D.H.: La chanson qui traite, par exemple, des vampires se voulait une contribution de Blondie à la scène gothique. Pour nous, Coolio était le choix évident pour interpréter le côté rap de celle-ci.

Tu te considères comme la mère du rap?

D.H.: Oh yes (rires)! Non!
C.S.: Yo! Mother!
D.H.: Quelque part, je suis très fière du fait que nous ayons contribué à en faire quelque chose de légitime et de populaire. Mais je pense que le rap était tellement puissant qu'il y serait parvenu sans notre intervention. C'est tout simplement arrivé plus tôt grâce au succès de "Rapture".
Clem Burke: Pour ma part, j'ai contribué à une chanson reggae et un morceau plus jazzy inspiré du travail de Debbie chez les Jazz Passengers.

Qui espérez-vous ce disque va-t-il intéresser ? Les gens qui avaient 20 ans en 82 ou... 

C.S.: Tout le monde et chacun! J'espère que ce disque touchera des gosses qui n'ont jamais entendu parler de Blondie. Notre désir le plus cher est d'apercevoir plus de kids dans les salles. Mais beaucoup de gens viennent aussi nous voir parce que durant notre première époque, nous étions un groupe assez limité en termes de concerts et beaucoup de fans n'ont jamais eu l'occasion de nous voir jouer live. Mais le public des premiers rangs semble déjà plus jeune que celui qui se tient derrière... C'est le Blondie Viagra Tour (rires)! D'ailleurs, on est tous sous Agra, sauf Debbie bien sûr!

Vous sentez-vous toujours Blondie, comme à l'époque, lorsque vous montez sur scène ?

C.S.: Oui! Malheureusement, la réalité est très différente (il se marre)!

Debbie dans le ‘Muppet’

Debbie, ton rôle dans les Jazz Passengers était-il très différent de celui que tu as au sein de Blondie?

D.H. : Oui. Ma position était plutôt celle de l'artiste invitée. Leur routine était établie depuis 11 ans. Sur la scène jazz, c'est plutôt un groupe culte sur lequel le succès populaire a peu de prises. C'est donc un univers totalement différent du milieu rock. En termes d'idéologie aussi: leur vie est véritablement dédiée à la musique. Ils pensent vraiment que la pop music n'est qu'une blague. C'était donc très facile pour moi, et très élégant aussi puisque que je n'avais qu'à penser à la musique et me considérer comme une artiste. Formidable!

Blondie avait beaucoup plus de succès en Europe qu'aux Etats-Unis...

J.D.: Sauf à New York, notre ville. Mais c'est vrai, beaucoup de gens du Midwest croyaient que nous étions un groupe anglais. Nous appartenons à la pop culture. Chris et Debbie étaient très proches d'Andy Warhol.

Voyez-vous un lien entre vous, Sonic Youth et les Pixies, un autre groupe américain plus populaire en Europe qu'aux States?

D.H.: Oui, bien que nous ayons eu plus de succès aux States que les Pixies. Mais nous avions une collection de chansons plus variées, certaines marchant là-bas et pas du tout ici, et inversement. "Denis", par exemple, a cartonné ici mais n'a rien fait aux States.

Debbie, quels souvenirs as-tu de ton travail en compagnie d’Iggy Pop? Ensemble, vous aviez enregistré "Swell Party" de Cole Porter...

D.H.: J'adore travailler avec lui! C'est un type formidable et une inspiration pour tous!
C.S.: Oui, moi j'ai de grands souvenirs de l'enregistrement de "Zombie Birdhouse", l'album d'Iggy Pop auquel j'ai participé. Nous avons de terribles souvenirs des premières parties que nous faisions pour lui dans les années 70.

Debbie, de quoi es-tu la plus fière: d'avoir travaillé comme Bunnie dans un bar ou d'être apparue dans le "Muppet's Show"?

D.H.: D'avoir participé à l'aventure du "Muppet's Show", bien sûr. Les Muppet's constituaient une expérience fabuleuse. Jim Henson était génial, à la fois très créatif et professionnel. C'était instructif de voir comment il travaillait. Les marionnettistes avaient de si jolies mains et n'arrêtaient pas de parler entre elles d'ailleurs.

Interview parue dans le n° 71 de mars 99, du magazine Mofo.

Mercury Rev

Le mariage de la nature et de la technologie...

Écrit par

Ce 29 septembre paraîtront donc deux albums de Mercury Rev. Le premier, « Snowflake Midnight », sous une forme matérielle, et le second, « The Strange Attractor », uniquement téléchargeable via leur site. Ce qui demandait évidemment quelques explications. Mais la surprise procède du style musical proposé par le groupe sur ces deux œuvres. Une conclusion née de l’écoute de leur ‘advanced cd’. En fait, la formation a décidé de se frotter à la musique électronique. Une démarche comparable à celle de Radiohead pour « Kid A » et « Amnesiac », même si manifestement la perspective est différente. Un tremplin idéal pour entamer un entretien en compagnie du guitariste Grasshopper et du drummer/claviériste Jeff Mercel.

Et justement, pourquoi s’être plongé dans la musique électronique. Grasshopper argumente : « C’est un peu les circonstances qui nous ont poussé à s’y intéresser. Et puis c’est dans l’air du temps. En fait, on avait déjà exploré ce style auparavant. En utilisant des synthétiseurs moog. On a donc cherché à créer. On a expérimenté l’électronique sous son aspect le pus large possible. Grâce aux programmes informatiques, on peut construire des sonorités à la manière d’un designer. On peut inventer des sons. Et c’est un domaine qui nous a toujours intéressés. C’est en quelque sorte notre révolution électronique et je ne peux en dire plus. » Pourtant, aujourd’hui, il devient de plus en plus difficiles de concevoir de nouvelle sonorités dans ce type musical ; parce que c’est plutôt la technologie qui crée les nouvelles tonalités qu’une réelle recherche. Il faut donc croire qu’ils ont utilisé des logiciels de pointe : « On a essayé des tas de choses neuves. Beaucoup de softwares de la nouvelle génération. Et en particulier des générateurs de notes aléatoires. Tu introduis les paramètres dans l’ordinateur et le programme va concevoir la mélodie. Il vous appartient ensuite de l’interpréter. En quelque sorte, il est exact que nous avons laissé la technologie dicter notre démarche. Mais on a toujours pris le soin d’en garder le contrôle… » Etonnante réponse, puisqu’après avoir écouté ‘Snowflake Midnight’, j’ai eu la nette impression qu’ils s’étaient imprégnés des eighties. De l’indus et de l’ambient, notamment. Puisant apparemment leurs sources chez Tangerine Dream, Depeche mode circa ‘Violator’, Ryuichi Sakamoto, Boards of Canada et surtout John Foxx. C’est toujours Jeff qui tient le crachoir : « On ne peut pas ignorer les influences. Nous écoutons de la musique comme tout le monde. Ce n’est pas parce qu’on vit dans un endroit isolé du monde, qu’on est hermétiques aux influences externes ; surtout quand ce qu’on écoute est pertinent. Notre isolement nous permet simplement d’avoir une manière très personnelle de travailler. Mais si certains de nos morceaux concèdent des influences, il n’était pas dans nos intentions de jouer comme tel ou tel groupe. Comme Tangerine Dream, par exemple. Nous considérons ces sources comme un cadre de référence et notre imagination joue le rôle de filtre. » Mais comment comptent-ils reproduire ce type de musique en ‘live’. Avec de vrais instruments ? Jeff poursuit : « Il y aura aussi des guitares, de la basse et bien sûr des synthés. Ce sera une combinaison des deux. En y ajoutant, bien sûr des effets visuels… »

Mais pourquoi sortir deux albums le même jour ? Jeff s’explique : « Nous disposions d’énormément de compos. On a beaucoup bossé pour disposer d’un large répertoire. Mais au moment de faire des choix, on s’est rendu compte qu’il serait dommage d’écarter une telle somme de travail. Surtout aussi valable. Aussi, on a donc imaginé cette formule pour satisfaire le plus possible le public. En fait, ce n’est pas la première fois que nous avons recours à cette formule. Mais précédemment, nous nous limitions à un ou deux morceaux. Donc il suffira de vous rendre sur notre site le jour de la sortie de l’album et vous pourrez télécharger ‘The Strange Attractor’. » La pochette de ce dernier est illustrée par un chat qui se reflète dans un miroir et celle de ‘Snowflake Midnight’ par un lapin noir. Des animaux qui éveillent inévitablement une sensation de tendresse, de quiétude…. Jeff précise : « En fait, le lapin est très sombre. Tout le monde imagine être en présence d’un animal doux, mignon, etc. Mais ce n’est pas le cas ici. Pas qu’il soit sinistre, mais il est plutôt mystérieux. Et cet aspect me plaît bien. Quand au chat, il est reflété dans le miroir, à l’infini… » Grasshopper ajoute : « Le chat et le lapin sont des créatures assez étranges. Pourtant ils font partie du décor. De notre entourage. Ce qui ne les empêche pas de manifester des attitudes singulières. Pour nous, ils symbolisent le passage vers un autre monde. Notre musique objective ou subjectivise ce voyage. Ce sont des symboles inconscients… » Mais ce chat reflété dans le miroir, qui reflète ce chat dans le miroir, etc., n’est-ce pas la vision de l’infini ? Grashopper confesse : « Je ne sais pas, mais je pense que oui. On essaie de saisir le dernier, mais on n’y arrive jamais. Quand on imagine parvenir au but, ce n’est qu’une illusion. » Jeff ajoute : « Il y a ici une allusion. Une chanson dans la chanson va se répéter. Mais pas de la manière attendue, car il y aura toujours une fraction qui sera différente… » Une symbolique du miroir qu’on retrouve dans le film de Jean Cocteau, ‘Orphée’. Grassphopper clarifie : « Plutôt chez le poète de la beat generation, William S. Burroughs… »

Ce qui permet de passer à un autre chapitre : les compositions de Mercury Rev. Et tout d’abord les lyrics. Un domaine au sein duquel, on retrouve de plus en plus de métaphores relatives à la nature. Mais est-ce uniquement pour donner une face plus poétique aux compos ou simplement parce que la nature est devenue leur nouveau credo ? Il faut savoir que Sean et Jonathan (Donahue, le chanteur) vivent aujourd’hui dans les montagnes de Castkill, au nord de New-York. On suppose donc que cet environnement doit influer sur l’imagerie des chansons. Grassphopper admet : « Oui, le fait de vivre là-bas insinue l’environnement dans les paroles. Mais j’ai tendance à y devenir de plus en plus claustrophobe. Cependant, si dans nos chansons, vous décryptez le thème de la nature, il y a également celui de la technologie. En fait, nous essayons de les lier intimement. » Des chansons qu’on pourrait décrire comme des contes de fées surréalistes destinés à célébrer l’irrationnel. Une réflexion qui déclenche de grands éclats de rires. Jeff confirme : « Tu as tout dit ! » Tout comme Grasshopper : « Pas grand-chose à ajouter ! » Jeff confie : « Lorsque nous sommes allés en Espagne, l’année dernière, nous avons visité le musée consacré à Salvatore Dali. Et nous avons été impressionnés… » Finalement, hormis William S. Burroughs, les auteurs n’influencent les textes de Mercury Rev, que très indirectement. Grasshopper commente : « La beat generation est une référence incontestable. On utilise ainsi l’inconscient. Ce qui est aussi une manière surréaliste de travailler. Plus les événements deviennent chaotiques, plus l’esprit tente de s’y engager, y est sensibilisé… » Ce qui explique sans doute pourquoi Mercury Rev vit aujourd’hui dans sa propre petite bulle… Grasshopper réagit : « Mercury Rev n’existe pas du tout… » (rires) Jeff en remet une couche : « Est-ce que quelque chose existe ? Tu sais ce que font deux bulles quand elles se rencontrent ? Soit elles éclatent, soit elles fusionnent. » Grasshopper embraie : « Oui, il existe une petite bulle au sein de laquelle nous créons. Mais on a bien souvent fait aussi éclater cette bulle. Une bulle peut ainsi devenir dix bulles… » Sans doute une allusion à une de leurs déclarations qui n’était pas passée inaperçue. Et pour cause, ils avaient avoué que les accidents heureux rendaient les événements plus humains et favorisaient la découverte… Jeff s’explique : « Si vous connaissez d’avance ce qui va se passer en studio avant d’y entrer, vous allez vous y ennuyer mortellement. Vous avez parfois besoin de frictions, de vous engueuler. D’échecs aussi. Cela appartient au processus de création. Peut-être que si le résultat n’est pas concluant, il faudra retenir l’expérience acquise, qui elle aura un impact positif. Et puis on a rencontre régulièrement des incidents en studio, car la technologie n’est pas toujours à la hauteur de nos attentes. » L’origine de la création et le Big Bang sont apparemment des sujets qui fascinent les musiciens de Mercury Rev. En fait, c’est ce qu’on croit comprendre lorsqu’on voit les projections visuelles utilisées pendant les concerts. Est-ce la raison pour laquelle, ils pensent qu’il est possible d’organiser le chaos ? Grasshopper réagit : « Ce n’est pas nous qui organisons le chaos, dans la mesure où le chaos est déjà organisé. Le chaos se situe à un autre niveau. Ce que vous pensez être un système chaotique respecte un ordre. Epouse des structures ». Jeff embraie : « Et pour voir cette structure chaotique émerger, il faudrait avoir un grand angle de vision qui dépasse l’échelle humaine. »   

Dans la musique de Mercury Rev, il y a quelque chose de symphonique. Une majesté, un sentiment de grandeur, susceptible de provoquer une élévation de l’âme. Jeff répond : « Je ne nie pas les influences symphoniques. Car nous écoutons des tas de styles musicaux. Depuis le rock’n roll à la musique de chambre. Dans celle que nous jouons actuellement, nous ne pouvons pas exclure ces références. Pas que nous soyons férus en la matière. Mais nous écoutons tous de la musique classique. En fait, on essaie de repérer dans ce genre musical ce qu’on pourrait utiliser pour notre création. » Ce qui devrait dès lors permettre au groupe de jouer en compagnie d’un orchestre symphonique ? Jeff réagit : « Nous avons tenté l’expérience à plusieurs reprises en Belgique. En fait l’idée est excellente, mais au lieu de la développer à l’aide d’un orchestre symphonique, je préfèrerai la limiter à la musique de chambre. Toujours dans le but de combiner les éléments naturels et l’électronique. Juxtaposer les deux. La plupart du temps, dans ce type d’expérience, les groupes sont soutenus par une armée de violonistes. Mais nous on préfère être prudents. Ne pas être trop présomptueux. Car il faut que le résultat de cette combinaison soit réussi » La formation a d’ailleurs travaillé sur un projet de musique de chambre imaginé par James Joyce. Trente-six musiciens y ont participé. Mais qu’est-il devenu ? Grasshopper répond : « Ca date de longtemps. Au moins cinq ans. Mais c’est vrai qu’il doit bientôt sortir » Jeff embraie : « Le retard est consécutif à des problèmes de droits d’auteur » Et Grasshopper d’avouer : « Je ne me souviens plus des artistes qui avaient collaboré au projet. C’est loin ! Mais on aime bien James Joyce… »

Les Flaming Lips et Mercury Rev bossent en compagnie du même producteur, Dave Fridmann. Mais partagent-ils la même vision de la musique ? Jeff répond : « D’une certaine manière. Nous avons une approche aventureuse de la musique comme eux. Mais leur style est personnel. Ils ont leurs propres règles. Ils ont le besoin de créer des choses excitantes. Parfois risquées. Ce n’est pas que notre musique ressemble à la leur, mais c’est surtout notre philosophie qui est semblable. » Mais ont-il encore des contacts avec Wayne ? Grasshopper répond « Occasionnellement. » Jeff précise : « On se croise plutôt. Et on s’envoie de temps autre des petits messages. » Grassphopper confirme : « Ce n’est pas que nous le voyons. C’est lui qui nous voit… » Dans le même ordre d’idées, ont-ils encore des contacts avec l’ancienne flûtiste Suzanne Thorpe et l’ex-chanteur David Barker. Grashopper répond : « Suzanne Thorpe a émigré sur la côte Ouest des Etats-Unis. Son travail est encore plus expérimental que le nôtre. Elle joue de la musique vraiment avant-gardiste. Pour l’instant elle bosse en compagnie de Pauline Oliveros. David Barker s’est établi à Chicago. Il est toujours impliqué dans le monde de la musique, mais plus comme musicien. Il est producteur et ingénieur du son. »

Merci à Vincent Devos

En concert le 24 novembre à L’Ancienne Belgique de Bruxelles.

Friendly Fires

D.I.Y. : le crédo de Friendly Fires…

Friendly Fires est une formation britannique. Issue de St Albans, dans le Hertfordshire. Fin 2007, le groupe avait édité un single fort intéressant : "Paris". Depuis, le combo s’était enfermé dans son studio pour enregistrer son premier elpee. Un accouchement difficile. Et pour cause, non seulement les musiciens sont des perfectionnistes, mais ils ont voulu tout contrôler. Même la pochette. De passage à Bruxelles, Ed Macfarlane, Jack Savidge et Edd Gibsonnous se sont expliqués sur leur manière de concevoir l’enregistrement d’un album ; mais également, nous ont parlé de leur parcours accompli depuis maintenant un peu plus de deux ans…

Pour l’instant, vous vivez un peu un rêve éveillé, non? Je m’explique : vous êtes signé chez XL (Radiohead, The White Stripes, Adele), votre single “Paris” a été élu meilleur single par le Guardian et le NME, vous avez joué en première partie d’Interpol à Dublin et même Bono a été impressionné par votre performance. Cette situation vous est-elle tombée soudainement sur la tête ou est-elle le résultat d’une lente et longue progression ?

Ed : Je pense qu’elle est le fruit d’une progression constante. Nous avons commencé à composer vers l’âge de quatorze ans. Mais nous avons dû attendre des mois avant de pouvoir monter sur les planches des clubs locaux. Car, en général, ce sont souvent des groupes de reprises qui s’y produisent. Et, enfin, quand on a commencé à y jouer, il n’y avait qu’une trentaine de personnes pour assister à nos sets. No potes ! Mais on a recommencé l’expérience plusieurs fois. Jusqu’au moment où on a décroché quelques concerts à Londres. C’était, super, géant même. Nous partions cependant dans l’inconnu. Le public potentiel avait peut être écouté quelques chansons sur MySpace ; cependant, il se demandait surtout ce que nous avions dans le ventre. Mais ce parcours nous a permis de nous frayer un chemin jusqu’ici.
Jack : En fait, depuis que nous sommes devenus Friendly Fires, soit plus ou moins deux ans et demi, notre itinéraire a été graduel. Nous avons eu besoin de beaucoup de temps pour sortir un album. Un cheminement bien plus progressif que celui de la plupart des autres groupes. Aujourd’hui, dès qu’une formation manifeste un peu de potentiel, on tente de forcer les événements. Tout va alors trop vite. Nous n’avons jamais voulu accepter de marcher dans ce système.
Edd : On est plus à l’aise ainsi. On ne se sent pas lâché dans un rêve au sein duquel on ne maîtrise plus rien.
Ed : C’est clair. Au départ nous ne disposions que de deux bonnes chansons. Or nous voulions, au moins, en écrire une dizaine. Tu sais, de bonnes chansons, susceptibles de plaire au public

Oui, d’ailleurs j’ai lu que vous aviez passé des heures et des heures à enregistrer... (rires)

Ed : Ouais, on a vraiment pas mal de trucs qui sonnent bien. Mais, bon ce sont surtout des jams ; et si les lignes de basse sont vraiment chouettes, tu ne peux pas vraiment transformer ces morceaux en chansons pop.

Sans quoi, vivez-vous de votre musique ou exercez-vous d’autres jobs, en parallèle ?

Jack : Non, c’est notre job, pour l’instant on n’a que ça.
Ed : Qui a dit ça ?
Jack : C’est moi, Jack (rires)

Donc vous avez réussi votre pari, vu que vous ne vouliez pas bosser chez HMV ?

Ed : Oui ! HMV est un magasin de disques à St Albans. Notre plus grande crainte était de se taper un job de routine. Mais finalement les circonstances nous ont été favorables. On a eu de la chance, quoi…

Militez-vous au sein d’un seul groupe ou certains d’entre vous participent-ils à d’autres projets ?

Ed : Non ! D’abord l’écriture de cet album a exigé beaucoup de temps. Et puis on veut beaucoup tourner. Aussi, si on veut vraiment s’impliquer à fond, on ne peut pas se disperser. Pour nous, multiplier les projets est impossible. Du moins pour l’instant. Quand on aura rôdé tout ce gros travail dans le groupe, on pourra donc y penser ; mais pour l’instant, l’objectif qui focalise notre attention, c’est Friendly Fires .

Votre premier album sort début septembre. J’imagine que votre excitation est à son comble ?

Tous : Absolument !
Jack : Par contre, on y croira vraiment que lorsque nous pourrons tenir le boîtier et la pochette en mains. L’enregistrement physique, comme objet naturel. Pour l’instant il n’existe pas vraiment. Les fichiers PDF et le booklet sont ‘congelés’ dans un ordinateur.
Ed : Je serai vraiment content lorsqu’il sortira. C’est le résultat de deux ans de travail.

A ce sujet, vous déclarez, dans votre bio, que cet album est ‘le produit fini de deux ans d’inspiration, de frustrations, de dur labeur et de passion’. Voulez-vous préciser votre idée ?

Ed : Comme nous avons produit le disque nous-mêmes, dans notre garage, nous éprouvons un sentiment de frustration. A force de réécouter tes chansons, tu finis par conclure que tel ou tel passage aurait pu sonner un peu mieux. Si quelqu’un d’extérieur produit ton album, il débarque au studio pendant quelques heures. Il fait l’une ou l’autre prise, puis décrète qu’elle est bonne. Un producteur t’emballe des chansons pop en buvant son café. Pas nous ! En nous réservant personnellement cette tâche, nous avons voulu que le résultat soit le plus parfait possible. Nous sommes des perfectionnistes. En ce qui me concerne, j’ai passé un temps fou à écouter et réécouter ma propre voix. Mais je crois que cette méthode a fini par payer.
Edd : Parfois, on écrit des chansons de bonne facture. Mais pas assez valables à notre goût. Aussi, on bosse dessus pendant des heures, en espérant l’améliorer. Et finalement, on se rend compte qu’il est impossible de rectifier le tir. Aussi, on l’abandonne… 

Vous enregistrez dans votre garage. Hormis une compo (NDR : "Jump In The Pool", produite par Paul Epworth), vous avez mis en forme l’intégralité de l’opus. Ce choix est-il dicté par une éthique DIY (Do It Yourself = Fais-le toi-même) ou est-ce plutôt une volonté de vouloir contrôler la moindre décision ?

Ed : Nos EPs et nos singles sont parus en édition limitée. Et nous nous étions chargés du design de la pochette. On a fait le choix de tout contrôler. Ainsi, tu risques moins de te faire ‘baiser’, si je puis m’exprimer de cette manière. Tu es responsable de tout. Finalement, l’artwork va aussi refléter ton identité en tant que groupe.
Jack : Nous avons une vision très particulière de notre création. Nous voulons tous être impliqués à tous les niveaux ; parce qu’il est vraiment fondamental de bien maîtriser les événements. De ne pas devoir accepter la manière de voir ou de penser d’une personne extérieure.

Ces choix étaient-ils partagés par votre label ou avez-vous ressenti de la résistance à cet égard ?

Ed : Totalement. Je crois qu’ils étaient derrière nous à 100%.
Jack : En même temps, lorsque le label est entré en jeu, nous avions déjà réalisé 70% de l’album. Maintenant, il est vrai que d’autres labels nous ont proposé de réenregistrer les pistes dans leur studio. Mais ce n’était pas dans notre projet. XL a accepté notre choix. Notre son. C’est la manière dont on perçoit les choses. Et ils ont marqué leur accord à ce sujet.

Edd : En fait, nous avions établi cette règle avant qu’un label ne se manifeste. Et certains concurrents on voulu changer la donne. Pas XL.
Ed : XL montre vraiment beaucoup de respect pour ses artistes. Il admet qu’ils puissent avoir une autre manière de travailler. De penser. Pourvu que le résultat soit à la hauteur.  

Votre répertoire est assez éclectique. Quelles en sont les raisons ? Votre humeur du moment ? Une évolution de vos influences consécutives aux deux années nécessitées pour l’écriture et l’enregistrement du disque ou est-ce simplement un choix ?

Ed : Lorsqu’on écrit une chanson, il n’y a jamais de plan préétabli. Par exemple, quand on a composé « Paris », on aimait vraiment la rythmique. On a ajouté plein de mélodies ; et le résultat était probant. Nous étions satisfaits du résultat et nous étions prêts à reproduire la même recette. Mais finalement, à l’issue des sessions d’enregistrement, la chanson était totalement transformée. En fait, on a simplement commencé à jammer et quand on s’est arrêté, la compo n’était plus la même.
Jack : Je pense aussi qu’inconsciemment, personne ici ne veut repasser les plats.
Ed : En fait, je crois qu’on est incapables de répéter une bonne partie des morceaux qu’on a construits. J’espère que je me que je me fais bien comprendre.
Jack : Je pense tout à fait le contraire…
Ed : Bien sûr, on pourrait écrire un deuxième « Paris » ; mais quand on arrive en studio avec une chanson, elle est systématiquement modifiée par les jams. Et dans 99% des cas, le résultat final est différent.
Edd : Oui mais par contre, on peut facilement reprendre deux accords percutants comme base d’une chanson, et construire un truc distinct ensuite.
Ed : Personnellement j’écoute rarement un album de 45 minutes de bout en bout. Mais si quelqu’un est capable d’y parvenir de A à Z, il doit ressentir une drôle d’impression. Surtout si la musique est totalement linéaire. D’ailleurs je pense que la nôtre baigne dans un univers tout autre que celui de la house et de la dance, car elle fluctue constamment. Et comme tous les titres sonnent distinctement, tu es obligé de les écouter attentivement. Si c’est répétitif, au bout d’un certain moment, tu déconnectes et tu n’y prêtes plus guère attention.

J’évoquais tout à l’heure Bono qui avait été impressionné par votre performance. Estimez-vous que Friendly Fires est un groupe qui prend toute sa dimension en live ?

Ed : Oui ! Nous avons dû modifier certaines composantes pour les adapter à la formule ‘live’. En concert, nous sommes quatre ; et certaines partitions sont impossibles à recréer sur scène de manière totalement identique. Il y a la version studio et la version ‘live’. Je pense d’ailleurs que c’est positif. La version ‘live’ est beaucoup plus agressive, trashy, brute. Nous ne nous contentons pas d’interpréter le titre exactement comme sur le disque. Il reflète davantage l’esprit de nos 15 ou 16 ans. On y injecte toute notre énergie, toute notre détermination à remuer. On y met les guitares bien en avant. Bref, on cherche à rendre notre excitation très perceptible, parce que si un groupe est à fond dedans lors des concerts, c’est déjà 60% de gagné. C’est plus important que la perfection de la musique ou du son.
Edd : Donc au cours de toutes ces années, tu essayais seulement de bien paraître ? (rires)
Ed : Non, je ne dis pas qu’on essaye de bien paraître, mais je pense que cette attitude impulsive est très importante en ‘live’ ; parce que la plupart du temps, en concert, les retours sont quasi inexistants, et tu tentes désespérément de percevoir ce que tu joues. Aussi, si le groupe semble s’investir à fond dans son trip, le public va être beaucoup plus impressionné.

Donc on arrive à ma dernière question, plus bateau : quels sont vos projets pour l’année prochaine, hormis tourner pour promouvoir l’album ?

Jack : Nous n’avons pas beaucoup de choix pour l’instant. Nous sommes ‘bookés’ jusque fin octobre. Au moins !
Ed : Même décembre, si on tient compte de la tournée américaine et de quelques autres concerts... Sinon, on va se remettre à composer ; mais je crois qu’on va s’y consacrer lorsqu’on sera de retour en studio ; car sur la route on est dépendant d’un portable. Pas l’idéal ! Je veux dire que sur un ordinateur, tu te contentes d’enchaîner des sons ; et ce n’est pas la meilleure manière d’écrire des chansons. Il est toujours plus judicieux d’utiliser nos instruments pour accomplir cette tâche. Mais on verra plus tard…

Jack : Oui, plus tard. Enregistrons un album pour Noël...
Ed : Oui, un Christmas Album... (rires)

 

Mogwai

La musique, ça se passe dans l’oreille plutôt que le cerveau…

John Cummings et Stuart Leslie Braithwaite, membres de Mogwai, sont plus à l'aise derrière une guitare que devant un journaliste. Ils balbutient deux mots, se regardent et replongent dans leur mutisme... Durs à décoincer, les deux Ecossais, âgés respectivement de 21 et 23 ans! Mais on croit y être arrivé. Après avoir sué...

Evacuons d'abord la question obligée sur l'étiquette ‘post-rock’, puisque Leslie ne manifeste aucun enthousiasme à fournir une réponse: "Pff... Si les gens veulent utiliser ‘pop-music’, c'est bon aussi. Et ‘music’, tout court, me paraît encore mieux". "Avant, nous étions égoïstes, auto-satisfaits", finit par avouer John. "mais demain, nous serons des requins durs et déterminés". "Ouais," rigole Leslie "notre ambition est de devenir fameux et d'avaler la concurrence". Pour arriver à bâtir leur mur de guitares, tous deux mettent en avant les vertus du travail, presque exclusivement. "On a énormément bûché", avouent-ils, la bouche en cœur. "Et si c'était si facile, tout le monde aurait créé cette musique avant nous. Pour ‘Young Team’, notre premier véritable album, on n'avait pas assez écrit de chansons en entrant en studio. Aussi, en prenant du recul, on s’est rendu compte que le résultat n'était pas satisfaisant. Ici, on a le sentiment de s'être vraiment pris en mains, d'avoir consacré beaucoup de soin à ce projet. Ce qui, paradoxalement, nous a semblé plus facile". Ah oui? "Il doit y avoir plusieurs raisons. La principale est sans doute que nous avions enregistré ‘Young Team’ à Glasgow, une ville où on avait évidemment nos habitudes. Résultat: on n'était pas totalement concentrés. Pour la circonstance, nous sommes allés à Buffalo, près de la frontière canadienne, un endroit très tranquille qu'on ne connaissait pas. On y a bossé douze heures par jour".

Le titre de ce deuxième album, dont la sortie est imminente, s’intitule ‘Come On Die Young’. En référence au vieux mythe du rock? "Non", corrige John, "ce n'est pas vraiment sérieux. Ce titre s’inspire de l’histoire d'une bande qui a sévi plusieurs décennies dans les rues de Glasgow. Mon père en faisait d'ailleurs peut-être partie... On est vite tombés d'accord entre nous pour utiliser cette expression de gang. C'est un peu sarcastique". Après ‘Young Team’, on a encore droit à un titre incluant le mot ‘Young’. Pour insister sur leur jeunesse? "C'est une coïncidence. Oui, nous sommes jeunes. Mais le fait d'être jeune induit forcément une comparaison avec d'autres personnes, ce que nous ne souhaitons pas spécialement".

L'intervention d’Iggy

On reproche souvent à la musique de Mogwai, presque totalement instrumentale, de verser dans une sorte d'intellectualisme. Ils sont d'accord? "On n'est pas des intellectuels", intervient John, "ce qui n'empêche pas de penser. A mon sens, la musique doit d'abord être brute, émotionnelle et naturelle. Si on doit réfléchir à la musique, c'est peut-être qu'elle n'est pas aussi bonne qu'on pourrait le croire. La musique, ça se passe dans l'oreille plutôt que dans le cerveau. Malgré tout, lors des interviews, forcément, on est amenés à la théoriser. Mais ce n'est pas nécessairement sans intérêt, c'est plus intellectuel qu'athlétique en tout cas". "Au collège", continue Leslie, "j’ai dû analyser la musique classique et c'est cette étude qui m'en a éloigné. On peut réfléchir bien sûr, mais il ne faut pas aller trop loin, l'important c'est d'écouter"

Le nouvel album de Mogwai s'ouvre sur ‘Punk Rock’, un titre où on entend une sorte de discours prononcé par... Iggy Pop! "Il est très intelligent et très sage", estime John. "On a piqué ses propos lors d'une interview accordée à la  télé. Elle collait parfaitement au feeling de notre album. C'est aussi un bon résumé de notre opinion sur notre musique". "En fait", renchérit Leslie, "on avait enregistré ce morceau comme un instrumental. On a collé le bout d'interview et le résultat sonnait impeccablement bien. C’est tout ! Non, on n'a pas demandé d'autorisation, mais on fait appel à la sagesse d'Iggy. De toute façon, ce n'est sûrement pas de notre part une recherche de profit. Alors...".

Défi et séduction

Ont-ils quand même l'impression que leur musique est accessible? "Certains éléments le sont", estime John, "Mais tout le monde possède un avis différent sur la question, non? Personnellement, je ne pense pas que le ‘country & western’ soit particulièrement accessible ; et pourtant, il y a plein de gens qui en écoute". "Parfois", précise Leslie, "on essaie d'être élémentaires, de garder les chansons en un état fort simple, mais celles-là, on ne les aime pas particulièrement. Pour moi, chaque chanson doit être un défi, et si elle n'est pas accessible au grand public, ce n'est pas rédhibitoire. Le tout est de combiner le défi et la séduction. C’est ce qui est difficile à réaliser, aussi bien d'un côté que de l'autre d'ailleurs".

On conclura l'entretien sur le côté surréaliste d'une tournée promotionnelle à laquelle le groupe est confronté pour la première fois. "On doit parfois faire face à des questions inattendues. Un journaliste américain nous a demandé un truc bizarre où il était question d'un Tampax qu'on trempait dans un verre de vodka. Je n'ai pas tout compris. Mais de toutes manières, cette question n'était pas aussi étrange que la réponse que nous luis avons réservée."

"Très souvent, lors des interviews, une question revient régulièrement sur le tapis : quand allons-nous nous décider à composer une musique de film. Mais ça, c'est quand on veut! Moi, je me verrais bien composer pour un film d'horreur ou pour un James Bond. Ou mieux encore pour un Batman réalisé par Tim Burton". Quand on lui dit que la place est prise par Danny Elfman, le visage de Leslie s'illumine: "C'est vrai que c'est un des rares bons compositeurs de musique de film".

Interview parue dans le n° 72 (avril 99) du magazine Mofo

 

Perverted

Du finnois dans un bouge de Molenbeek...

Écrit par

Etait-ce prémédité? Atterrir dans un bouge de Molenbeek pour faire l’interview de Perverted By Desire relevait du fantasme. C’est pourtant l’aventure (ou la mésaventure, si vous préférez) que nous avons vécue en compagnie des deux tiers de l’ensemble limbourgeois, en l’occurrence Guy (alias Genis) et Bo Lemaître.

Le titre de votre album est plutôt curieux : « Kuvun Huuto ». Vous ne trouvez pas ???

Guy : C’est du finnois ! Il traduit le spleen et la nostalgie que l’on éprouve lorsque loin de chez soi, on désire rentrer au bercail. Comme l’enfant qui veut revenir dans le ventre de sa mère. Comme l’être humain qui veut retrouver son passé, sa jeunesse. Mais plutôt que d’aborder le sujet sérieusement, nous l’avons traité tantôt par l’absurde, parfois avec ironie. Et humour.

« Kesytetty » est une chanson dans la même langue ?

G. : Oui, c’est un extrait du ‘Petit Prince’ de St Exupéry (la serveuse vient réclamer le paiement des consommations). Le passage où le Petit Prince commence à dialoguer avec le Loup (la serveuse insiste). Le morceau est interprété par une chanteuse finlandaise qui a une très belle voix (la musique d’ambiance monte d’un cran). On paye et puis on nous boycotte… le finnois et le néerlandais possèdent des caractéristiques semblables. Peu usités, ils dégagent une même atmosphère, un même mystère (le flux sonore s’amplifie encore). Nous essayons de combiner des styles, des genres, des cultures (les clients commencent à se déhancher en compagnie de deux serveuses au milieu du bistrot : fou rire).

Vous êtes polyglottes ? Combien de langues pratiquez-vous ?

G. : Six, mais je ne les maîtrise pas toutes : néerlandais, anglais, finnois, espagnol, français et allemand.
Bo : moi seulement quatre !

C’est pour ça qu’on retrouve souvent dans vos chansons des mots étrangers ?

G. : Le monopole de l’anglo-saxon dans le rock est une absurdité. La langue la plus pratiquée sur la planète, c’est le chinois. Je prends souvent pour exemple Arno qui combine les langues avec beaucoup de talent. Lorsqu’il a recours au français, c’est parce que la chanson est plus adaptée à ce mode d’expression ! Le finnois a un certain exotisme, et même si peu de gens comprennent les paroles, il se dégage parfois une atmosphère unique.

Vous dites cultiver l’ironie, l’humour dans vos textes. Pourtant, les thèmes on l’air contemporains et même profonds : la religion, le mysticisme, la mythologie, le nationalisme, la peine de mort. Dans le livret, on retrouve même une grande tirade en néerlandais sur la mort…

G. : Ce passage a été écrit par un écrivain flamand qui est capable de faire passer des émotions dans ses textes semblables à celles que nous essayons de mettre dans notre musique…

Par quel hasard êtes-vous entrés en contact avec Kramer ?

G. : C’était au VK, voici trois ans, lors du concert de Galaxie 500 : il assurait le mixing. Nous lui avons refilé notre premier disque. Nous l’avons revu au Lintfabriek à Kontich où il se produisait avec son groupe, Bongwater. Là, il nous a dit avoir apprécié l’album : il envisageait de produire notre disque suivant. Il a tenu parole, puisqu’entre 91 et 92, on est entré en studio à Amsterdam pour enregistrer « La Sigla » sous sa houlette. Et quelques mois plus tard, nous renouvelions l’expérience pour « Kuvun Huuto »…

Ce n’était plus à Amsterdam. Pourquoi ?

G. : Le studio n’existait plus. L’immeuble avait été squatté et la police a flanqué tout le monde dehors. Nous avons cherché un autre studio en Europe. Mais ce n’est pas facile à dénicher un tel endroit, à la fois bon marché et de qualité. Kramer venait de monter son ‘24 pistes’ à New Jersey. Le coût semblait raisonnable. On y est donc allés.

Vous y êtes restés longtemps ?

G. : Non, seulement une semaine. On a dû rentrer pour reprendre le boulot.
B. : On n’a rien vu de New York. Rien du tout !
G. : Je comprends que Bo et Karel se sentent frustrés. Moi, j’y étais déjà allé il y a 10 ans… Et puis nous avons logé chez Kramer, dans un très beau site, à une demi-heure de NY. La région était recouverte de neige. On a évité les frais d’hôtel et de restauration ; en outre, l’atmosphère était très chouette… Tout a été très vite : l’album a été enregistré et mixé en cinq jours. Si nous étions de véritables perfectionnistes, nous aurions eu besoin de plus de deux mois pour le terminer. Ce n’est pas qu’un choix pécuniaire : lorsque tu gamberges trop longtemps en studio, tu commences à accorder trop d’importance aux détails. Ca se fait au détriment de l’émotion et de la sensibilité.  
B. : Si nous avons pu mettre en boîte l’album en si peu de temps, c’est que les chansons étaient prêtes. Il ne restait plus à Kramer qu’à remodeler le son.
G. : C’est un personnage ambitieux, mais qui relativise les événements. Il veut gagner de l’argent en s’impliquant dans des projets à la fois insolites et créatifs. Il a joué un peu de claviers, de basse et de congas, aussi.

Le timbre vocal de Guy est proche de Johnny Rotten, non ?

G. : Au cours des cinq premières années, Bo assurait le chant. Depuis qu’il s’est converti à la basse, il se contente des backing vocaux (on vient de tirer les rideaux !)
B. : il est trop difficile de se concentrer sur le chant et de jouer de cet instrument, en même temps. Mais c’est un bordel ici (grands éclats de rires) !
G. : C’est parce qu’il se complique l’existence. Avec un peu plus de simplicité, il y arriverait (rires). Au début ce rôle ne me bottait pas trop, mais aujourd’hui, je commence à bien le maîtriser (dans la pièce, il n’y a plus que les jeux de lumières pour nous éclairer…)

 
Pourquoi vous produisez-vous si peu ‘live’ ?

G. : Notre musique n’est pas suffisamment commerciale pour séduire les organisateurs de concerts. D’un autre côté, nous ne courons pas après les concerts. Nous nous limitons à dix/quinze prestations par an dans le Benelux. Bien sûr, on participe à l’un ou l’autre périple hors-frontières. Comme cette tournée européenne que nous commençons en ami prochain (le son couvre maintenant complètement nos voix ; le temps de vider ses consommations et nous vidons les lieux, un peu louches, il faut le reconnaître…)

Article paru dans le n°21 du magazine Mofo de mars 1994.

 

 

James Deano

Grand frère malgré lui

Écrit par

Spa, le 17 juillet 2008, 19h10. Les Francofolies de la ville d’eau ont commencé quelques heures plus tôt. De stratus en crachin, de gouttelettes en averses, les premiers participants font la file un peu partout, surtout où il reste des zones à l’abri. Aux stands bracelets et aux échoppes, le monde s’agglutine, sans opérer le moindre mouvement de foule incontrôlé. Un début de festivités donc, un peu froid et humide ; mais il en faut plus pour anéantir l’esprit ardennais. J’ai rendez-vous à 19h15 avec Emilie, attachée de presse auprès de la maison de disques Warner. Motif : une interview de James Deano. Dans le sas de l’hôtel Radisson, c’est l’effervescence à la réception. Armés de laissez-passer, de caméras, de micros et d’appareils photos, les journalistes se ruent sur l’accueil. Tout est goupillé à la minute près. Il s’agit de ne pas louper la sienne. Emilie me reçoit en affichant un grand sourire, aussi chaleureux que la couleur de veste ‘flashi’ qu’elle porte. ‘Je gère’ me dit-elle. ‘Tout est nickel. Tout est dans les temps’. Les interviews s’enchaînent. La séance de dédicaces reste d’actualité, même si Deano n’apprécie que très peu ce genre d’exercice. Il semble ne pas encore réaliser l’intérêt qu’on lui porte. L’entretien se déroulera dans le petit salon. Entre quatre yeux et deux cafés. ‘Bien chauds les cafés svp’…

Salut Olivier (NDR : Olivier Nardin est le véritable nom de James Deano). Comment vas-tu, dis moi ? Tu m’as l’air un peu ‘cassé’.

En fait, je suis malade comme un chien. Mes cordes vocales sont bousillées ; et je sens bien que techniquement, ce soir ça va être chaud.

Manifestement, j’entends bien que ta voix est plutôt ‘loin’ (NDR : le timbre de Deano est plutôt rauque, et pour bien le comprendre, il faut bien tendre l’oreille)

Ouais, mais c’est Spa. Les gens m’attendent. Certains au tournant d’ailleurs. Je dois donc jouer. J’ai failli laisser tomber ; mais je vais le faire. Il y a quelques années que je tourne et je n’ai jamais annulé une seule date. Je vais me produire ce soir. Mais ça risque d’être très chaud, c’est clair.

Tu n’en a pas un peu marre de toutes ces interviews ? Il faut presque se battre pour fixer un rendez-vous. A moins peut-être que ce rythme de vie te grise ?

Je vais t’avouer sincèrement : je sors d’une année faste. J’ai accordé des interviews partout. Je devais répondre non stop. J’en étais gavé. Mais là, il y a deux heures que je suis occupé, et je le vis bien. C’est sympa !

C’est vrai que la presse belge regorge de tes interviews…

Le pire, c’est que ma maison de disques ne me trouvait pas assez convaincant. Pas assez vendeur. Déjà que, je ne suis pas toujours à l’aise dans ce genre d’exercice. Mais si tu veux avoir confiance en toi, la pression ne t’aide pas. Surtout de leur part. Cette situation n’est pas drôle, tu sais. Aussi, je me suis posé pas mal de questions.

Oui, mais c’est de bonne guerre !

Exact, c’est de bonne guerre. Quoiqu’on en pense, c’est le jeu.

C’est le business quoi.

Il n’y a pas le choix de toute façon !

La sortie du « Fils Du Commissaire » date de janvier 2008. Mais il y a un bon moment que tu te sers des mêmes morceaux qui y figurent. Ca va, tu tiens le coup ?

Je t’avoue que je tourne avec les mêmes chansons depuis quatre grosses années. A force, c’est saoulant, oui. Je ne prends plus le même plaisir qu’au début, c’est certain. Heureusement il y a l’adrénaline du public. Elle se renouvelle constamment. Ce n’est jamais la même chose. Raper toujours les mêmes chansons devient obsessionnel, limite chiant.

Justement, au fil du temps, j’ai l’impression que tu t’es adouci dans tes sets. Tu semble moins tranchant, moins underground dans la manière de les jouer.

Oui et non. Les chansons sont toujours les mêmes. Elles n’ont pas pu changer du tout au tout. C’est pareil depuis le début. Du son au flow. J’ai du mal à croire que le changement soit si radical. A la limite, lors de la réinterprétation des textes sur l’album, il est possible que des adaptations soient intervenues. Sur scène, non !! Le truc qu’il faut se dire, c’est que quand tu composes un morceau, tu l’enregistres d’abord sur du ‘home studio’, un pc ou un autre support. Tu invites les gens qui gravitent autour de toi à écouter la maquette pour voir si elle plaît. Mais d’office quand tu passes en studio, tu radoucis l’ensemble. Ceux qui sont susceptibles de se rendre compte de cette situation n’appartiennent qu’à un cercle privé d’amis.

Si on compare tes compos actuelles, à l’esprit « Branleur de Service », tu avoueras que la métamorphose est quand même flagrante !

Ouaiiiiis, ça c’est clair. « Branleur de Service » date de 2003 !! Mais on n’est quand même pas si loin de ce que je fais actuellement ?? A savoir que c’était déjà un thème, une histoire, quelque chose d’un peu choquant,… tu vois ce que je veux dire ? Mais quand à cette époque, j’ai compris ce que ce morceau impliquait, je n’ai plus jamais voulu reproduire ce genre de truc. C’est tombé dans des oreilles de personnes que je ne ciblais pas. Je ne veux plus être aussi hardcore. Mais oui, c’est une critique qui revient souvent : ‘Ouais on te préférait comme t’étais avant, t’étais plus underground, plus hardcore, blabla…’ Ils ont raison. Personnellement, je n’ai plus envie d’être drôle ou doux. J’ai envie de retirer cette étiquette. Je souhaite quelque chose de plus violent. En plus, je suis quelqu’un de très violent, à l’intérieur de moi. Si je devais être fidèle à moi même, mon rap le serait beaucoup que ce qu’il est maintenant.

Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu parles de ton avenir ?

Oui, il se peut que j’emprunte cette direction. Mais je ne renierai jamais mes choix. Il fallait adopter une stratégie, au début. Quelque part, si ce style a bien marché, c’est que j’ai pu bénéficier d’un support médiatique. Ma carrière à beaucoup évolué grâce à ce soutien. Ce n’était pas si mal joué de notre part. Ta carrière, heureusement, tu ne la fais pas que sur un seul album.

A ce moment précis, Michel Fugain fait son apparition devant le salon ou Deano et moi même nous entretenons. Il a une tête à faire peur. Il se rend à une interview, celle qui va le rendre un peu moins populaire pendant ce festival. Mais ça c’est une autre histoire.

Le gros buzz de James Deano, c’est quand même « Les Blancs ne Savent pas Danser ». Pourtant, ce morceau est tellement peu représentatif du reste de l’album. Dommage que ce soit celui-là qui ait été le plus médiatisé, non ?

Le problème, c’est que tu ne sais pas faire autrement. Mais moi, « Les Blancs ne Savent pas Danser », c’est un morceau que je kiffe. Et que je kiffe encore aujourd’hui. Où que j’aille en Belgique, en France. Quelle que soit la commune ou la profondeur du quartier, tout le monde la fredonne. Donc fatalement, c’est une chanson qui a plu, sinon les gens ne la connaîtraient pas. Même plus besoin de chanter le refrain. Je trouve son thème original, même si ce n’est pas ce que j’ai écrit de plus profond. Stratégiquement, tu ne peux pas vendre tout un album d’un coup. Tu dois choisir un extrait à la fois, et le balancer. Le boss de Skyrock France (NDR : Pierre Belanger) avait bien flashé dessus et a décidé de le booster. Immédiatement, ma maison de disques et moi même avons marqué notre accord. Il y a une brèche qui s’ouvre, on fonce ! C’est logique, tu essayes à un moment de vivre de ce que tu fais. Tu veux que ça aille plus loin.

Je comprends, mais tu ne m’ôteras pas l’idée que « Les Blancs… » n’est pas représentatif de l’elpee.

C’est clair. L’album n’a rien à voir avec « Les Blancs ne Savent pas Danser ». C’est le tout dernier morceau que j’ai écrit. Je voulais le concevoir dans un esprit ‘club’, mais ne pas faire du krunk, genre rap américain qui tourne pas mal pour le moment. C’était plutôt une envie de créer quelque chose de plus populaire, plus camping. Un esprit disco populo, avec un refrain où tout le monde chante dessus. J’ai bossé dessus dans cette optique. Je n’ai pas ‘vendu mon cul’ à qui que ce soit. Il est de la même veine que « El Playboy », ou « Tu t’es Vu ? ». Le but est purement commercial… Le revers c’est que pas mal de mamans et de petits ont dû être déçus. Ce morceau les a touchés ; et le reste de ce que je fais, n’est pas vraiment le même.

C’est ce qui explique un peu l’éclectisme de ton public ? Pas toujours habillé Adidas peau de pêche et casquette Lacoste. C’est devenu plus familial, grâce à ce morceau ?

Tout à fait, les petits viennent accompagnés de leur maman. J’ai flashé. Je ne connais pas leurs goûts ou ce qu’ils veulent. Je n’ai pas de petit frère ou de petits cousins, ça m’est complètement inconnu. Ca fout la trouille. Quand tu comprends que les familles viennent avec en tête « Les Blancs… », ils doivent se dire en voyant le set, que je suis plus violent, plus trash. Ils ne s’attendent pas à ça.

Et ça te bride ?

Non ça ne me bride pas, mais je me dis quand même, que certaines personnes ont dû être déçues en assistant à mes concerts.

Personnellement, je kiffe plus des morceaux comme « Le Son Du Cosmos » ou  « Loin de la Vérité ». Ils sont vraiment excellents ! C’est le genre de titre auquel je pense plus, quand je réfléchis à ton album. Pourquoi ne les joues-tu jamais en live ?

Le « Son du Cosmos », je t’explique. Un soir j’ai fait la première partie de Diam’s à l’Ancienne Belgique. Le public n’a rien compris. Il est resté interrogatif. Depuis, je ne le joue plus sur scène. C’est un morceau, qui n’est ni rap, ni slam. C’est un truc un peu bâtard. Peu de monde le comprend vraiment. Ca me fait plaisir de rencontrer quelqu’un qui l’aime bien.

A l’époque de « Branleur …», tu avais le soutien de Soprano, par exemple. Lors d’une émission sur Skyrock, où tu étais l’invité, des mecs du milieu rap français appelaient la radio pour t’encenser. Ils sont toujours là à te soutenir, maintenant que t’as modifié un peu ton style ?

Je ne sais pas. Soprano, il nous a supportés quand il fallait le faire. Il a raconté des bribes de l’aventure. Maintenant, je crois qu’il nous apprécie, sans plus. Le truc qui a peut-être perturbé l’avis des gens, c’est qu’à un moment, il fallait enregistrer un clip. Et que nous avons eu l’occasion de le réaliser pour deux morceaux. « Les Blancs ne Savent pas Danser » était un choix imparable. Il tournait en radio, il fallait le concrétiser. Pour le deuxième, par contre, nous aurions peut-être dû choisir une compo plus sombre, plus travaillée. Mais nous avons dû choisir le « Fils du Commissaire », pour justifier le titre de l’album. Tout le concept qu’on a mis en place, tournait autour de cette chanson. Ce sont deux plages ‘comiques’ qui sortent du lot. Du coup, bing ! Etiquette ! Mais on le savait. On a les couilles. Cette étiquette, je la retire quand je veux.

Ce qui laisse présager un deuxième album plus ‘travaillé’ ? Destiné à un autre public, du coup.

C’est clair, l’humour je ne m’en sens plus capable. Sincèrement, je n’ai plus envie de rire… ni de faire rire. Et encore moins de passer pour un bouffon. Je souhaite passer à quelque chose d’un peu plus violent. Attention, mes propos sont étrangers à toute incitation à la violence. Ce serait plutôt l’interprétation de ce mal-être qu’on a en nous, ce besoin de sortir ses tripes. Quelque chose qui correspond davantage à l’image que l’on a de moi : drôle et enjoué. Je suis plus torturé qu’enthousiaste et positif. Il y a une incohérence dans ma démarche.

Ton futur sera donc plus sincère ?

Pour être franc, le rap commence à me saouler un peu aussi ; tout cette subculture, cette expression de la rue ne me touche plus de la même façon. Pour le prochain album, je vais sans doute m’orienter vers une formule plus chantée. Proposer plus de vibrations et d’enchaînements. Un truc beaucoup plus musical.

On va te laisser certainement moins de temps que le premier, pour le concevoir. Tu vas être sous pression, gars !

Complètement, mais je le suis déjà maintenant tu sais. En plus, je n’ai pas encore un seul texte. Je n’ai rien. Pas une idée, pas une piste. Wellou. Je ne sais même pas si ça va être possible.

En tout cas, nous espérons bien te retrouver sur une deuxième galette !

Ben espérons… (rires)

 

 

Elvis’ Ghettoblaster

Masters on a private joke

Écrit par

Elvis' Ghettoblaster est un groupe issu de la région de Bruxelles. Une formation responsable d’un nouvel album. Mortel ! Son titre ? « Love is a Schizophrenic Hungry Monster ». Si vous habitez la capitale, vous ne pouvez passer à côté de cette affiche jaune illustrée par un poste de radio. C’est aussi l’image reproduite au recto de la pochette. Elvis' Ghettoblaster c’est également un groupe dont les prestations ‘live’ sont accordées à l’arrache et avec les tripes. De joyeux drilles qui ne se prennent pas au sérieux. Pourtant, ils injectent dans leur musique toute leur passion et toute leur énergie. Une manière de démontrer leur sincérité. Cette interview a presque été volée au peu de temps libre dont ils disposent. Ce qui ne les a pas empêchés de répondre aux questions en leur âme et conscience.

Alors première question, Elvis' GhettoBlaster pourquoi ? Et pourquoi pas Jonnhy Radio Cassette d’abord ?

Julien : C’est une longue histoire… Une ‘private joke’.
Enzo : Le nom du groupe est un hommage à Elvis Presley et au hip hop, mais aussi aux ghettoblasters, des radios souvent énormes que trimballaient les breakdancers. Aux débuts de l’aventure je me chargeais des bruitages et des collages à l’aide d’un ghettoblaster et Greg (notre chanteur) y ajoutait le chant en imitant Elvis. Le nom du groupe s’est ainsi imposé,  même si les gens l’écorchent ou l’oublient quinze secondes après l’avoir entendu.
John: C’est surtout qu’Elvis est meilleur que Johnny et c’est un ghettoblaster est indémodable !

J’ai la berlue ou quoi ? Le booklet mentionne un line-up de 4 musiciens et vous ne vous produisez que sous la forme d’un trio, sur scène ? Quel est le schizo dans le groupe qui se paie un dédoublement de personnalité ?

Julien : C’est moi ! Non, je rigole. En fait, c’est moins marrant…
Enzo : Nous avons composé l’album à quatre. On s’apprêtait à le sortir en novembre de l’année passée mais notre chanteur est tombé malade. Il ne pourra plus participer aux concerts avant 2009. On a un peu réfléchi sur la suite des événements. On ne souhaitait pas repousser la sortie du disque à 2009. Le projet aurait perdu de sa fraîcheur, et musicalement on serait passé à autre chose. Le choix n’a pas été facile à opérer, mais on a décidé de continuer à trois. Maintenant nous partageons tous les vocaux ; d’ailleurs nous avons reçu de bons échos de cette nouvelle formule. Nous ambitionnons même de devenir les Beach Boys du rock garage.
Julien : La formule marche plutôt bien, même s’il a fallu deux ou trois concerts pour s’y habituer.

Sinon les événements se bousculent pour vous. On voit vos affiches un peu partout chez les disquaires et celles de vos concerts sont bien mises en évidence. Le bouche à oreille marche bien aussi. Que vous manque-t-il pour passer à la radio ?

John : De bonnes chansons…
Julien : Qu’on soit vêtus de jeans slims, chaussés de souliers pointus et coiffés comme George Michael à l’époque de « Wham ! ». Plus sérieusement, on n’entre apparemment pas dans le moule ; c’est du moins les échos que nous avons reçus.
Enzo : Nos morceaux sont surtout diffusés sur les radios libres et universitaires. En ce qui concerne les grosses stations comme Pure FM ou feu Mint, c’est plus compliqué. Chez Pure, des animateurs comme Jacques de Pierpont ou Sylvestre Defontaine nous programment régulièrement dans leurs émissions respectives. Mais pour passer en journée, c’est une autre paire de manches. Comme disait IAM, reste underground…
Julien : Si tu as l’esprit d’observation, le rock crasseux ne passe plus trop sur antenne, pour l’instant. Ce qui marche ? C’est le rock de stade ultra produit générateur de grands hymnes héroïques ou bien alors le folk. Personnellement, j’ai vraiment l’impression qu’on est revenu à l’époque des groupes de garçons coiffeurs. C’est « The final Countdown » d’Europe, les panties léopard en moins… Je crois que certaines radios n’osent plus sélectionner de musique un peu plus barrée… On n’est plus en 1998… De plus, le marché en Belgique est très petit. Tout le monde se connaît ; et ce sont souvent les mêmes qui trustent les temps d’antenne…

J’ai assisté à un de vos sets sur les planches. Quelle pèche ! C’est encoure plus puissant que sur le disque ! Vous vous bridez en studio ou vous ne vous imposez pas les mêmes limites en ‘live’ ?

Enzo : Dans tous les cas, le studio c’est une autre manière de travailler. La palette de sons utilisés est plus riche et il y a plus d’arrangements. Un concert rencontre une autre dynamique, c’est vrai. C’est plus vivant. Et cet esprit n’est pas toujours facile à restituer sur disque. Pour le prochain peut-être…
John : Ce sont deux aspects complètement différents ; et le traitement est donc distinct. Mais nous en sommes conscients. Et puis sur scène, tu bénéficies de la présence du public qu’il n’est pas possible d’inviter en studio... on devrait y penser à l’avenir.
Julien : Non. Mais c’est très compliqué de restituer sur disque, l’énergie ‘live’… Et puis on ne disposait pas des moyens techniques pour enregistrer tout en une seule prise. Tous ensemble dans la même pièce. Ce qui aurait été plus rock and roll… Il n’y a que « Stoner » qui a été réalisé dans ces conditions. Pour le reste, c’était de manière classique, instrument par instrument. Le résultat de ce type d’enregistrement est souvent un peu plus sage. Mais bon, c’est quand même pas de la variété hein ?

« Love is a Schizophrenic Hungry Monster » constitue votre deuxième album. Eprouvez-vous davantage de fierté à son égard que vis-à-vis du premier ?

Julien : Largement plus que pour le premier. Il n’était qu’à moitié réussi. Une expérience de jeunesse avec laquelle on a fait nos armes.
Enzo : Le premier a des côtés attachants. On l’a enregistré alors que le groupe existait depuis deux ans. C’est notre première expérience en studio et on l’a enregistré dans des conditions un peu chaotiques. L’ingé son fumait trop de pétards et notre producteur de l’époque épousait un mode de vie rock’n’roll. J’ai mixé l’album avec lui en une journée et une nuit, à l’arrache sur des bandes huit pistes qu’on avait saturées pour obtenir des sons plus chauds. C’est pas vraiment la meilleure manière de procéder… Résultat, il est partagé entre des bonnes choses et d’autres totalement ratées qui me font encore rire aujourd’hui. Entre le premier album et le second, on a tous participé à d’autres projets musicaux et on a acquis des connaissances techniques qui nous ont permis de ne pas faire deux fois les mêmes conneries. Donc, artistiquement, on a réalisé notre projet en concoctant ce  « Love, etc. ». Christine Verschorren (Ghinzu, Kris Dane et quelques autres) a également apporté son concours. Elle a mixé l’album de main de maître. Au fil du temps, tu finis toujours par te dire qu’un morceau aurait pu sonner mieux ou plus audacieux… Mais faut pas se fixer là-dessus et essayer de continuer à avancer artistiquement.
Julien : Pour « Love is a Schizophrenic Hungry Monster », je suis convaincu qu’on pourra le reprendre en main dans dix ans et se regarder sans honte dans une glace en se disant : ‘On a fait un bon album de rock’. Et puis on a dû se battre presque seuls pendant deux ans pour mener le projet à son terme. Ce qui rend son aboutissement encore plus jubilatoire…

Vous changez constamment de label. Vous vous engueulez avec tout le monde ou quoi ?

Julien : Non, mais c’est dur de dénicher un label qui veuille vraiment travailler sur ton disque.
Enzo : Celui de  notre premier album s’appelait Magnet Records. C’était une structure bruxelloise montée par Jean-Pol Van Ham, un type très branché sur la musique et particulièrement enthousiaste. A l’époque il a signé une dizaine de groupes en même temps. Mais il ne parvenait plus à suivre l’ensemble de son écurie. C’était un peu trop pour un seul homme. Conséquence : les albums étaient quasi ignorés et ne bénéficiaient d’aucune promo. Sortir le premier album a été un parcours du combattant, car Magnet commençait à péricliter. Un peu plus tard Jean Pol a revu le cadre de ses activités. Il a commencé à bosser avec Vaya Con Dios et il a construit un studio à Louvain. Signer des groupes n’est plus sa priorité. Pour le deuxième d’Elvis, on n’avait donc plus de label. On a essayé de trouver un deal pour l’album en Belgique et à l’étranger mais nos recherches n’ont pas abouties. Vu qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, on a décidé de s’en charger personnellement.
Julien : Pour nous, on préfère une petite structure qui se bat vraiment pour nous qu’un gros truc au sein duquel tu n’es qu’un groupe parmi 50 autres.

Le paquet d’effets electro tout le long de l’album est franchement succulent. D’où proviennent tous ces sons ?

Julien : C’est Enzo qui les a imaginés dans sa cave, en buvant du vin sarde… !
Enzo : J’ai toujours aimé triturer les sons et cette technique a toujours été une composante importante du groupe. Je suis fan de reggae et de hip hop. Ce sont des genres qui utilisent beaucoup l’électronique. Il était donc naturel que je les injecte dans les morceaux…

Comment se déroule le processus de composition chez Elvis ? Chacun vient y mettre son grain de sel ou vous composez en tribu ?

Enzo : Le processus de base est collectif : quelqu’un amène une idée et le groupe la retravaille.
John : Chacun amène des idées et les autres viennent greffer les leurs. C’est ainsi depuis le début.
Julien : La plupart du temps on crée les morceaux ensemble. Quelquefois, les idées démarrent lors de chipotages en répet’…
Enzo : Dès que la structure du titre est fixée, on enregistre pour voir comment la compo sonne. Si c’est bon, je m’amuse à ajouter des sons et d’autres instruments, histoire de voir où on peut ‘amener’ le titre.

La durée assez courte des morceaux, c’est un peu dans l’esprit punk-rock, non ?

Julien : Tout à fait ! On est de grand partisans du format 2 minutes 30 ou 3 minutes. C’est l’essence même du rock non ?
Enzo : On est tous des fans de punk rock et puis notre musique passe mieux si elle est concise.
John : Oui, essayer d'aller à l'essentiel ! Avant on jouait un morceau qui pouvait durer 10 minutes. La structure n'était pas figée et on se laissait aller.
Julien : Il faut qu’une chanson soit directe et pas trop longue, sinon le public se lasse. Tu imagines un morceau d’Elvis’ Ghettoblaster long de 7 minutes ? Quelle horreur ! Les gens prendraient leurs jambes à leur cou. C’est trop bruyant…

En adoptant un format aussi court, ne craignez-vous pas justement de réduire l’univers qui gravite autour de vous ? Des morceaux de 25 minutes à la Mars Volta sont dans vos cordes. Ce genre de délire peut marquer les esprits, non ?

Enzo : Comme John te disait, à l'époque où on était quatre, on disposait d’un très long morceau qui dépassait souvent le quart d'heure. Cette longue transe bruitiste, très ‘free’, était devenue assez chouette à jouer. On pourrait y revenir un jour. Pour les chansons courtes, c'est une critique qui revient souvent, mais on est des inconditionnels de la maxime ‘less is more’

L’elpee recèle quelques petites perles. Et je pense à « Stoner » ou « Fears » par exemple, deux titres qui sentent le souffre et la damnation. Le coté ‘dark’ colle bien à votre image. Envisagez-vous de poursuivre dans cette voie ?

Julien : A une certaine époque on assumait moins ce côté un peu plus ‘sombre’, peut être un peu cliché… Nous apprécions la perspective du deuxième degré, voire même, carrément du quinzième…
Enzo : Il est probable qu’il existe une tendance dépressive dans ce groupe. J’imagine qu’on continuera à réaliser des choses légères et d’autres moins. Même si au sein de chaque morceau on injecte une petite dose d’humour !
John : On verra …

Comment voyez-vous l’avenir ?

John : Je pense qu'on peut encore faire un très bon album
Julien : Difficile à dire aujourd’hui. On va d’abord le défendre… Et puis voir si on en a un troisième dans le ventre.

Et comment le concevez-vous dans votre esprit ?

Enzo : A une certaine époque, on a tous espéré pouvoir vivre de notre art. On en est un peu revenus.
John : Personnellement, je verrais bien un deal signé auprès d’un label qui s'occupe de tout ce qui est administratif... et nous on se concentre sur ce qui nous intéresse...
Julien :
Franchement, si lorsque nous avons entamé l’aventure Elvis, on m’avait dit que je vivrais tout ce que j’y ai déjà vécu, j’aurais signé à deux mains. Même si on a aussi traversé des moments très difficiles.

La scène belge éprouve d'énormes difficultés pour faire décoller les projets. Vous avez tenté d’ouvrir d’autres horizons ?

Julien : Pour t’exporter, tu dois avoir déjà vendu pas mal d’albums dans ton propre pays... C’est le problème. Mais on est en contact avec la France…
Enzo : Julien et moi-même avons participé à l’organisation des soirées Rock&Brol, des soirées éclectiques où le rock croise l’électro qui croise le hip hop qui croise le reggae. En plus on invite des groupes qu’on aime bien. John John Bretzel (notre bassiste) milite chez Austin Lace depuis de nombreuses années. J’ai aussi vécu une bonne partie du parcours d’Austin Lace (NDR : il vient de cesser sa collaboration). J’ai également pris part à d’autres projets comme Hallo Kosmo (du hip hop en allemand) et je m’amuse à assurer le rôle de dj, de temps en temps. Notre chanteur, Greg, est également impliqué au sein d’autres projets : Mr Mo In Jojoland et Albern Borges. J’ai brièvement participé à ce dernier. Il est toujours enrichissant de multiplier les collaborations artistiques. Elles te permettent de progresser tout en nourrissant ta propre muse. Mais attention à l’indigestion !

Quels sont vos prochains concerts ??

Julien : Dour, Bucolique Festival, Botanique en octobre,… le mieux est de consulter notre page Myspace http://www.myspace.com/elvisghettoblaster

Une dernière question en Private Joke comme vous en savourez : qui est ce photographe qui  réalise vos clichés tout pourris ?

Enzo : Un cas désespéré. Un type bizarre passionné par la taille des déjections des dinosaures.
John : Silvio, un dealer d'Etterbeek !
Julien : Ouais, c’est lui qui fournit Enzo en vin du terroir…  

(photo : Silvio Cassano)

dEUS

Cette fois, c'est du sérieux! (archive du mois)

Écrit par

Et de trois! Transférés sur une ‘major’, les Anversois ont manifestement emprunté la voie d'un plus grand professionnalisme en concoctant "The Ideal Crash". C'est en tout cas le sujet sur lequel Tom Barman a tenu à insister. Si son groupe n'a pas définitivement troqué les robes à fleurs pour les trois pièces, il semble pourtant bien que le dEUS new look soit arrivé...

Nouvel album, contrat récent chez une ‘major’; tout baigne pour vous?

Eh bien... Nous sommes restés les mêmes! La relation avec Island est toujours bonne. Pas mal de remous ont secoué les firmes de disques, ces jours-ci. Je ne dirai pas que nous ne les avons pas ressentis, mais quand même, l'atmosphère générale a un peu changé. Beaucoup de gens ont perdu leur job, des groupes se sont fait virer. Chez Island, récemment, ils en ont mis quatre à la porte! Il faut dire aussi que nous sommes la seule formation du label à ne pas avoir éclaté complètement. Ce qui donne quand même l'impression qu'ils croient en nous. That's a good feeling!

C'est vrai que dEUS a enregistré quelques changements de line up. C'est grâce à toi que la sauce a chaque fois repris?

Comme je suis à l'origine de dEUS, c'est normal que ma présence provoque les effets les plus intenses. Mais il y a eu des moments où je n'y croyais plus. Et puis d'autres d'incroyable bonheur. Celui de tomber sur des gens aussi talentueux que Stef ou Rudy. Aujourd'hui, nous sommes six puisque Tim, de Superstars, nous a rejoints. Pour une raison bien simple: en live, nous ne pouvions pas tout jouer à cinq. Je trouve génial qu'il ait accepté d'être incorporé. Il a 22 ans, du talent et sait tout faire, des guitares aux claviers en passant par le chant et la scène où il a une présence remarquable. Et il est tout jeune. Pas que nous soyons vieux, même si Jules a déjà 40 ans, mais Tim dégage tellement d'enthousiasme que ces 8 mois de studio n'ont pas réussi à nous achever!

dEUCE!

Ce nouvel album, si l'on en croit certaines rumeurs circulant notamment sur le net, aurait dû inclure une chanson dédiée à Martina Hingis... C'était une blague?

Jeeeesus, non, c'est vrai! Mais elle ne figure pas sur l'album. Elle s'intitule "You Can't Deny What You Liked As A Child". C'est un bon morceau, plus up tempo, qui sert de face B à "Instant Street", le premier single. J'ai toujours rencontré quelques problèmes à écrire un texte de ce genre, qui est... disons, plus éclatant, que des choses plus sombres. En fait, j’étais dans l’avion pour Malaga. Et en feuilletant un magazine, je découvre une photo hyper sexy de Martina Hingis que j'apprécie beaucoup. Elle est géniale, cette tennis woman! Elle n'est pas très jolie, mais sexy. Et puisque j'ai aussi vécu une histoire de sportif (NDR : lui, c'est le squash), j'ai combiné les deux...

Tu aurais pu tomber pire! Sur une photo de Martina Navratilova par exemple...

Oui, mais son nom n'apparaît pas dans le texte, hein (rires)!

C'est la première fois que tu en consacres un à quelqu'un de bien réel?

Disons plutôt que mes chansons combinent la réalité et la fiction. Comme l'année passée a été vraiment moche pour moi sur le plan sentimental, je n'ai pas eu trop de mal à écrire. En fait, c’était comme une révélation! J’estime même que cet album constitue un grand pas en avant, tant du point de vue des paroles que du chant. Pour la première fois d'ailleurs, j'ai beaucoup travaillé les parties vocales.

Tu as suivi des cours?

Non, pas du tout, mais j'ai beaucoup bossé. Dans le groupe, nous avons toujours été critiques sur le feeling du chant. Je ne sais pas si c'est vraiment frappant, mais cette fois, je chante bien plus qu'auparavant. Les textes sont aussi plus élaborés. J'ai même vécu des moments de pure extase! Par le passé, au stade des démos, ce n'était jamais pareil. Quand j'avais une hésitation, j'appelais Craig qui est un peu mon arbitre à ce point de vue. C'est un bon écrivain, il est complètement honnête et m’indique toujours si telle ou telle phrase sonne cliché ou stupide. Voilà. Ceci dit, ce n'est pas la première fois que je consacre une chanson à une personne. En fait, tu peux chanter sur tout. Hier, j'écoutais la compo d’un groupe dont le texte parle d’une taverne et de sandwiches au thon. Et c'est un joli morceau!

dE-USA

Qu'avez-vous retiré de votre expérience américaine?

On a eu une très, très bonne presse, mais ce périple n'a rien donné. Rien! D'ailleurs, je ne veux plus jamais travailler avec la maison de disques là-bas! Mais nous nous sommes bien marrés! Nous avons joué en compagnie de Morphine, de Blur. Nous devions aussi partager l’affiche de Cake, mais la formation a finalement annulé. Les musiciens étaient épuisés. Mais, et c'est assez ironique, nous avons accordé de très bons concerts dans des petits clubs, devant 100 personnes à peine. A San Diego, par exemple; waow!

Quelles ont été les réactions du public américain en découvrant un groupe belge comme le vôtre?

Il était bien sûr conscient de notre nationalité et il a bien réagi. Mais ce qui est ironique, c'est que nous avons aussi eu d'excellentes réactions de la part des journalistes. A New York, le ‘Village Voice’ nous a consacré une page entière. Et nous avons joué de bons concerts à New York. Mais dEUS n'a rien vendu! Bien sûr, je sais que Rome ne s’est pas construit en un jour, mais entre ‘rien’ et ‘un tout petit peu’, il y a toujours une différence...

dEUS reste finalement ‘le’ groupe belge, mais il y a eu une période où tu souhaitais en voir davantage. Ce n'est toujours pas le cas, dirait-on...

Tu rigoles? Et K's Choice? Bon, ce n'est pas à moi de déterminer au sein de quel créneau ils évoluent, mais en tout cas, c'est un grand groupe belge. Soulwax marche pas mal non plus. Ils fonctionnent bien en Wallonie? C'est timide? Ah... Et Zita Swoon? En tout cas, moi je trouve qu'il y a beaucoup de bons groupes. Et qu'ils durent. Au début des années 90, on a cru que le milieu allait éclater en une foule d'artistes ; mais ce dénouement ne s’est jamais produit, même si on a pu penser le contraire à un certain moment... Prends Dead Man Ray; ils vendent beaucoup d'albums. Soulwax aussi, comme Zita Swoon. D'accord, à une certaine époque, c'était dEUS et point final. Mais c'est fini, aujourd'hui. Quand je vais assister aux concerts de ceux que viens de citer au Vooruit, c'est sold out! Bien sûr, ce sont des groupes qui ne se rendent pas souvent à l'étranger, parce que la maison de disques... parce que blablabla... On connaît les raisons. Et donc, forcément, en dehors de la Belgique, c'est encore K's Choice et nous. Et Hooverphonic.

Tu as pu suivre tout ce qu'on réalisé tes ex-collègues de dEUS?

Ouais, bien sûr. Bon, Rudy, je ne peux pas le suivre parce qu'il sort trop de disques. Mais oui, bien sûr... On se voit aussi souvent... De plus en plus en fait; à un moment, ils étaient en Belgique et moi constamment en tournée. Aujourd'hui, Stef et moi sommes tous les deux à Anvers, et je le vois chaque semaine.

Will & les autres...

Tu étais un grand fan de Will Oldham; c'est toujours le cas?

Oui, absolument! Son dernier album, je n'écoute plus que ça! Je m'endors chaque soir avec! Textuellement, il va de plus en plus à l'essentiel. A ses débuts, ce n'était pas le cas, mais maintenant, c'est vraiment joli. J'adore ses textes. C'est le meilleur; tout simplement!

D'autres auteurs t'inspirent de la sorte?

Oui, Beck! On parle toujours de son show et de ses samples, mais jamais de ses textes. C'est pareil pour Tricky dont j'aime beaucoup le style. Et hormis Palace, évidemment, il y a aussi les vieux poèmes et Randy Newman.

Tu n'avais pas un projet de collaboration en compagnie de Tricky?

Je l'ai rencontré à quelques reprises. C'est un mec très étrange. En fait, c'est lui qui avait pris contact. Mais le projet n'a jamais abouti. Et puis, c'était il y a longtemps...

Ton apparition sur l'album de Cinerex, c'est le genre d'escapade salutaire?

Oui, parce que c'est intéressant de combiner ma façon d'écrire, qui est assez vieux jeu, et leur connaissance des ordinateurs. Les deux titres que nous avons composés ensemble datent déjà un peu. J'ai écrit "One Advice, Space" avec Kelvin, ici, chez USA Import (NDR : disquaire anversois) où il travaille, après trois jours horribles qui m'ont laissé complètement cassé à tous les points de vue. Le jour où on s'y est mis, tout est sorti en une seule fois. Kelvin l'a enregistré, loopé et je l'ai proposé au groupe. Craig y a rajouté quelques éléments musicaux, et puis voilà, il figure sur l'album. J'adore ce titre!

*************************************************************************************************************************************************************** 

L'an 2000, et après?

"Je ne pense pas que dEUS vendra des millions et des millions d'albums", déclare modestement Tom Barman. "Mais je crois que nous pouvons toucher un public plus large que celui que nous atteint actuellement". Quant aux fans purs et durs, qu'ils se rassurent, le groupe ne s'arrêtera pas d'ici l'an 2000 pour cause d'envie de film manifestée par son leader, Comme le laissait sous-entendre une interview parue dans ‘Humo’. Cette envie est cependant toujours présente: "C'est un projet sérieux, même si je n'aime pas trop en parler parce que ça fait ‘plan de carrière’. Mais j'y tiens. Je tourne des clips, je viens d'achever un court-métrage, j'ai collaboré à la création d'un opéra, donc oui, j'y tiens absolument". L'une des principales préoccupations de notre homme pour les mois à venir sera par contre sa... santé! "J'ai eu de gros problèmes de dos l'an dernier, notamment une hernie atroce. Il paraît que cette situation est consécutive à l'arrêt brutal d'un sport intensif. Et probablement aussi aux cigarettes, à la bière et à une vie irrégulière. Finalement, la santé, c'est le plus important".

The Ideal Crash

Huit mois de dur labeur, en Espagne notamment, auront été nécessaires au groupe pour accoucher de cet officiel troisième album studio. Passé le cap des problèmes techniques (dEUS a commencé par des démos fignolées), l'enregistrement final s'est achevé sous la houlette de David Bottrill (Tool, Real World) dont la patte est, le moins que l'on puisse dire, caractérisée par une grande maîtrise technique. "Nous cherchions effectivement un technicien confirmé plutôt qu'une force artistique", explique Tom Barman. "Nous souhaitions un album qui sonne mieux, plus plein dans toutes les zones du spectre auditif". D'où la présence, discrète, d'un quatuor à cordes et d'un certain nombre de plages plus calmes. D'une certaine manière, sur plastique comme sur scène, dEUS semble être devenu plus pro. En septembre 98, au Botanique, certains auront peut-être trouvé les Anversois trop parfaits, mais c'est la direction qu'ils souhaitent emprunter, au risque d'avoir l'air, un jour, trop sages: "Nous avons vécu cette époque où toutes les improvisations nous semblaient cool. Aujourd'hui, nous avons envie de changer. Nous avons en tout cas appris que s'il était permis d'être nonchalants, et nous le resterons, il y avait aussi des limites. Et un public qui paie sa place de concert! Les gens se demanderont peut-être, en découvrant ce disque, où sont passés les amplis qui explosent. Mais voilà, nous ne pouvons pas toujours refaire la même chose"...

Interview parue dans le n°71 du magazine Mofo de mars 1999

 

My Brightest Diamond

Une skateuse à l’opéra

Écrit par

Petit mètre 60, sweat capuche aux mille têtes de morts, coiffure surmodelée de diva, Shara Worden est l’incarnation du contraste. Tantôt maturité et naturel lui donnent l’aura d’une femme fatale, tantôt indécision et pudeur ravivent son air de moineau égaré. Les propos sont réservés, orientés, puis on saisit une accroche; un accordéon sur la pochette –non, je n’en joue pas ! C’est mon père !– et c’est l’occasion de tisser le fil de l’histoire familiale d’une sensibilité musicale ; les rêves de gamines, les vocalises à l’âge de 7 ans, la formation ‘classique’. Mais alors, les têtes de mort sur le sweat ? Là, les résistances tombent et la posture sage et posée s’effiloche aussi vite que jaillissent les réminiscences. Clins d’œil amusés et elle se raconte enfin ; une ambition d’opérette, une passion de skateuse puis une audition à la limite de l’échec car l’élève tardive –étourdie ou impertinente ?– entre en scène toujours munie de ses skates. Une sérieuse réprimande, un choix, un tournant décisif et, les skates au placard, c’est la musicienne qui triomphe. Tout sourire après ces incursions dans de doux-amers souvenirs et, enfin, Shara Worden rayonne autant que sa voix grave et troublante. Puis la vie reprend son cours. Jolie rencontre pour un joli album ; mille dents de requins et à peu près autant de frissons.

Certaines chansons du deuxième album ont été écrites avant la sortie du précédent, “Bring me the workhorse”. Pourquoi ne pas les avoir intégrées?

Je m’explique. Au début, j’ai voulu distinguer les chansons enregistrées en compagnie du ‘String quartet arrangement’, parce qu’elles semblaient mieux coller ensemble; mais au fil du temps, j’ai commencé à embrasser une nouvelle approche du répertoire et à le trouver plus proche, plus homogène. Là j’ai pensé, c’est vrai, que les chansons « Pluto’s moon » and « Goodbye forever » auraient pu très bien figurer sur le premier album ; par contre « Inside a boy », « The ice and the storm » et « From the top of the moon » sont des nouveaux morceaux. Je les ai composés l’année dernière et ils sont vraiment liés à ce nouveau cd.

Veux-tu dire que tu étais vraiment dans un autre état d’esprit ?

Oui, je crois. Simplement, parce que je ne pouvais pas aller aussi loin qu’avant. Tu vois, sur le premier, la plupart des chansons, je les ai écrites surtout pour moi, au calme. A cette époque, je me contentais d’un concert par mois ; donc elles n’étaient pas spécifiquement destinées à meubler un an de tournée. Par contre, lors du deuxième, j’ai été plus réaliste ; et je me suis dit qu’elles allaient sans doute me servir pendant une année. Alors, qu’est-ce que j’ai envie de jouer ! Mais tu vois, je ne souhaite pas me taper « The diamond » tous les soirs ! A la limite, je n’ai pas trop l’intention de l’interpréter en public. Parce que c’est trop lourd et techniquement extrêmement difficile à reproduire. Et puis ça exige une grande dépense d’énergie.

Et quand as-tu commencé à chanter ?

En fait, je n’ai jamais cessé. J’ai commencé quand j’étais toute petite.

Tu as accompagné Sufjan Stevens, tout un temps ?

Nous avons accompli une tournée au Japon ensemble. C’est un musicien extraordinaire. Ce périple m’a donné l’inspiration pour me lancer dans le projet My Brightest Diamond.

Tu imagines une collaboration avec lui ?

Aucune idée, vraiment ! C’est comme essayer de capturer un papillon ! Sufjan est constamment occupé de zigzaguer. Il est impossible de prévoir sa trajectoire !

Le titre de l’elpee, si j’ai bien compris, les « 1 000 dents de requins » se réfèrent aux mille petits rayons de soleil qui te piquent doucement lorsque tu interagis avec quelqu’un ; ça représenterait donc la distance idéale à garder face aux proches pour être touché sans trop s’exposer… enfin, si j’ai bien compris ?

(rires) Ah ! Maintenant tu comprends combien il est dur pour moi d’expliquer le titre de cet album aux journalistes ! Oui, c’est vraiment l’idée que j’essaie de faire passer ; mais elle demeure très abstraite. Dans toute relation, tu rencontres des dysfonctionnements. Quand tu débranches les connections malsaines, il faut les remplacer par des bonnes connections ; autrement dit, changer sa façon d’aimer. Et j’ai l’impression que la vie c’est ça ; les connections malsaines, c’est l’insécurité, tes propres peurs, tes habitudes, tes façons de te protéger dont tu n’es pas conscient ; alors tu fonces dedans, et c’est en te blessant que ça devient conscient ; là, tu te dis, la prochaine fois que je verrai l’obstacle, je ne foncerai plus dedans ; et donc c’est ça l’équilibre à rechercher, à travers les mille dents de requins.

Sur le morceau « Black’n costaud » figurent des phrases en français. As-tu eu l’occasion de l’apprendre?

Un peu, j’ai pris des cours. Je le comprends mais le parle mal. En fait, ces paroles se résument simplement à quelques phrases issues d’un opéra de Ravel ; la seule ligne que j’ai vraiment changée c’est ‘marmalad’moi’.

Aimerais-tu travailler en compagnie d’artistes francophones ?

Malheureusement, je n’en connais pas beaucoup. J’aime beaucoup les romantiques des années 90. Debussy surtout. C’est toute mon éducation musicale !

Est-ce un choix de se tourner essentiellement vers une formation classique ?

En vérité, je préfère ; car dans le style classique, tu vas plutôt composer ta musique en fonction de l’écriture, alors qu’en rock tu vas peut-être penser les paroles en fonction d’un rythme déjà établi. Personnellement, j’ai plutôt l’envie de conserver une liberté de choix dans l’écriture. Donc j’attache une valeur plus importante au songwriting. C’est la raison pour laquelle j’adopte le profil de type classique. Le rythme y est secondaire, alors qu’il est primordial dans le rock.

Y a-t-il des artistes que tu admires en compagnie desquels tu rêverais de tourner ?

Mais ça serait une véritable torture ! Je fondrais littéralement. J’avoue, ce serait clairement Nina Simone. Je l’aime énormément. Mais vraiment, je me décomposerais sur scène. Et puis j’aurais aimé voir Tom Waits, Peter Gabriel, Sonic Youth… Edith Piaf… Ils sont tous magnifiques.

L’accordéon sur la pochette… C’est bien toi, et pourtant tu n’en joues pas ?

Non, bien vu ! Je n’en joue pas. C’est mon père! Et c’est un symbole fort de ma famille, qui m’a baigné dans la musique. Et puis j’estime que l’accordéon est un pont entre la musique moderne et traditionnelle.

Et l’échelle sur la pochette ?

En fait, j’ai pompé l’idée chez un peintre allemand qui peint toujours des échelles ; c’est un symbole sur lequel il travaille beaucoup. Elle représente le pont entre la terre et le ciel. J’aimais bien cette idée.

« Bring me the workhorse » a été entièrement remixé dans un second album. Projettes-tu de recommencer une semblable expérience pour « A thousand shark’ teeth »?

C’est déjà prévu ! Il y aura plusieurs remixes, mais pas réunis sur un seul disque. Pour la circonstance, le concept impliquera trois artistes différents qui remixeront et produiront 3 EP’s.

Tu aimes aussi les sons électroniques alors, malgré ta formation de classique ?

J’aime tout !

Te sens-tu prêt à enregistrer un album électro ?

Pourquoi pas ! Maintenant, je ne suis pas une experte en matière de technique ; mais il est vrai que j’utilise les programmes informatiques pour enregistrer tout moi-même ; donc je pourrais apprendre vite ; je crois. Un jour, qui sait ! Et il est vrai qu’à une certaine époque j’écoutais un large spectre de styles musicaux. Même du punk ! Au collège, je sortais avec mes amis punks et j’étais skateuse. En réalité, j’ai un peu le vertige quand je regarde mon passé. Je me demande vraiment ‘mais qui suis-je au fond ?’ Et je crois que dans ma vie j’ai essayé de me chercher. A travers différentes façons d’être. J’étais une adolescente tourmentée à l’époque et le monde du skate me permettait un peu de sortir ma colère. Mais alors, le contraste, c’est que je me consacrais à l’opéra en même temps. Et j’ai même presque perdu un emploi à cause de mon comportement. Lors d’une audience, à la pause, avec trois collègues, on se rendait sur le parking où il y avait une rampe de skate. Et un jour, j’ai presque raté une épreuve, car j’étais occupée à faire du skate ! Par la suite, je n’ai plus travaillé au sein de cette boîte. Par mesure de prudence, ils voulaient me confisquer mes skates ! C’est vrai que mon attitude n’était pas très professionnelle ; j’ai presque raté mon entrée… J’étais tellement en retard que je suis arrivée sur scène chaussée de mes skates !

Pratiques-tu toujours du skate ?

Non… rires… Ca ne collait pas trop à l’opéra… J’ai fait mon choix !

Album : A thousand shark’s teeth; sortie le 17 juin 2008

 

Coldplay

Revenez nous voir dans 20 ou 30 ans…

Écrit par

Formé non pas à Oxford, comme le dit la rumeur, mais à Londres –et à l’univ !– Coldplay a longtemps manqué d’un batteur. Will Champion ne jouait que du piano, de la basse, du violon et d’un tas d’autres instruments. Il a dû se mettre à la batterie aussi. C’était en 98, date à laquelle il rejoint Guy Berryman, Jonny Buckland et Chris Martin. Aujourd’hui, à la maison, Coldplay est déjà la nouvelle coqueluche britannique.

D’après la presse spécialisée, les membres du groupe ne sont pas friands d’interviews. « Parce que nous n’avons pas grand-chose à raconter », justifie Will, invitant même l’interlocuteur à revenir les rencontrer d’ici 20 ou 30 ans, lorsque, à l’instar de Bob Dylan, Tom Waits ou Neil Young, ils auront acquis suffisamment d’expérience pour entretenir la conversation. Nous on veut bien, mais tous ceux-là, ils refusent généralement d’accorder des interviews… parce qu’ils ont suffisamment de succès.

« Bonne analyse » reconnaît Will, qui avoue quand même apprécier les débats consacrés à la musique. « Pourvu qu’on ne se contente pas de coller des étiquettes », ajoute-t-il. « Nous ne sommes pas trop tracassés par la catégorie où nous rangent les médias. Par contre, nous essayons de savoir si le public aime ce que nous faisons. Nous voulons insuffler une signification à notre musique, la rendre intemporelle. Dans 20 ans, on espère que les gens pourront encore nous écouter et nous apprécier »

« Nous ne sommes pas Britney Spears, heureusement… Nous n’avons pas une image assez forte pour jouer sur ce tableau, donc nous ne pouvons compter que sur notre talent musical. Il n’est peut-être pas facile de conserver cette philosophie, après plusieurs albums, mais si jamais, nous devions enregistrer un disque que nous estimerions moins bon que le précédent, nous ne le sortirions pas ».

Travail de groupe

Chris Martin possède une superbe voix, qui rappelle tantôt Thom Yorke, tantôt Jeff Buckley. Radiohead, Muse et Travis sont aussi des groupes qui peuvent compter sur de formidables chanteurs. « Oui », rétorque Will, « Mais ces groupes ne sont pas exclusivement centrés sur une seule personne. Il y a une symbiose entre chaque membre. Prend l’exemple de The Verve, ce n’était pas seulement Richard Ashcroft. ‘A nothern soul’ est remarquable ; mais c’est surtout le fruit d’un travail en commun. Par contre, l’album solo (‘Alone with everybody’) m’a laissé sur ma faim. Il a perdu toute sa magie. Ce qui importe dans un groupe, c’est la façon dont les musiciens jouent par rapport aux autres. D’entretenir une émulation. »

Les musiciens du quatuor avouent tous des influences éparses. En fait, ils se disent plutôt inspirés par certaines chansons que par certains artistes. On citera les Beatles, Simon & Gardfunkel, dont ils interprétaient autrefois ‘Mrs Robinson’, mais aussi Neil Young et Tom Waits. « Notre perception de la musique change parce qu’on écoute constamment des choses différentes. J’ai acheté dernièrement ‘Five leaves left’ de Nick Drake. C’est vraiment superbe, mais ce n’est sûrement pas la tasse de thé de Chris »

Coldplay a accompli une tournée, qui est notamment passée par le Japon et l’Ecosse, en compagnie des Flaming Lips. A qui Will voue une grande admiration, surtout à cause de leurs prestations scéniques. En outre, il aime la façon dont ils se comportent dans la vie, de ‘ne pas faire semblant d’être quelqu’un d’autre’.

Parachutes

Coldplay a donc intitulé son premier album ‘Parachutes –aucun rapport avec le ‘Parachute’ des Pretty Things, paru en 69, dont Will ignore d’ailleurs l’existence. Pourquoi ‘Parachutes’ ? « Dès que les problèmes nous précipitent dans le vide, on ouvre son parachute. Face aux épreuves, on se raccroche toujours à quelque chose. C’est la raison pour laquelle nos chansons sont rayonnantes ou au contraire tristes. On ne veut pas être maussades ou cafardeux, mais plutôt mélancoliques. »

C’est Ken Nelson qui s’est occupé de la production. Dès leur première rencontre, le courant est passé. « C’est devenu un copain qui partage nos idées sur la conception de la musique, Pour lui comme pour nous, l’essentiel n’est pas de bénéficier d’une production tape-à-l’œil, technologique et clinquante, mais de parvenir à composer la bonne chanson. »

Pour enregistrer cet elpee, Coldplay a utilisé une méthode assez insolite, qui leur a coûté plusieurs mois de travail : les compositions ont été testées sur scène, reliftées au fil du temps, jusqu’au moment où elles paraissaient au point. « Nous sommes autocritiques. Et si nous sommes contents du résultat obtenu sur le premier album, nous sommes conscients qu’il y a encore du pain sur la planche. Il faut s’améliorer, pas seulement en studio, mais live aussi (NDR : qu’est ce que ça va être !). Il faudra que nous accordions également de meilleures interviews. »

Merci à Vincent Devos.

Interview parue dans le n° 86 du magazine Mofo de septembre 2000.

 

Page 28 sur 43