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Teethe : de la douleur au soulagement…

Le groupe texan de slowcore Teethe sortira son nouvel elpee, « Magic Of The Sale », ce 8 août. Sur cet album, il dévoile son monde triste et beau, où les quatre auteurs, chanteurs et artistes distincts de la formation posent une série de questions…

Denver ou DNVR ?

DNVR est l'étoile montante de la scène soul française, fusionnant les grooves sensuels…

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Le mythe est en marche

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Ceux qui aiment se secouer le bas des reins vont en avoir pour leur argent. Les incomparables !!! sont de retour. Trois ans après l'incroyable gifle assénée par « Louden Up Now », la formation au nom atypique (généralement prononcé chk chk chk) revient avec un « Myth Takes » encore plus prodigieux. Nic Offer (chant) et Allan Wilson (percussions), plus ou moins en forme malgré trois journées intense de promo, nous parlent de leur nouveau bébé.

Accorder des interviews toute la journée, c'est un peu la rançon de la gloire. Cet exercice vous fatigue déjà ?

Allan : Il fait partie du boulot, on assume. Heureusement, on a droit à un peu de repos entre la tournée de promo et la tournée mondiale.

Comment expliquer que vous vous soyez embarqués à huit dans la même aventure ?

A. : On s'est tous connus à Sacramento. A l'époque où on a commencé à jouer, nous étions déjà amis tous les huit.

Nic : Tout a vraiment démarré une belle nuit sur une simple `jam' improvisée. A la fin de la soirée, on avait composé plusieurs morceaux. On en était trop satisfait pour en rester à ce stade.

On peut considérer vos morceaux comme un patchwork de plusieurs genres. Comment les décririez-vous ?

N. : Patchwork Music, c'est pas mal.

A. : On ne sait pas trop? Dance Music, Rhythmic Dance? Peu importe.

N. : Moi, je la définis simplement comme du Punk Funk ou Disco Punk.

La pochette de « Myth Takes » est enrichie d'une magnifique illustration de Kevin Hooyman. Quelle est l'histoire de ce dessin ?

A. : Nous nous sommes drogués avec lui pendant six mois non-stop?

N. : Et on lui a demandé de nous faire un croquis illustrant les fesses d'une femme. La pochette de « Myth Takes » en est le résultat. C'était assez inattendu.

A. : Oui, on a tout de suite accepté quand on a vu qu'il y avait tout de même une paire de fesses dessus (rires).

N. : En bref, on adore tout ce qu'il fait.

Le titre éponyme est très différent de tout ce que vous avez pu faire jusqu'ici?

A. : Le groupe voulait prendre une nouvelle direction. Cette chanson, aussi bien que le reste de l'album en général, est assez différente au niveau du son et du tempo. Ce dernier est d'ailleurs plus rapide que celui habituellement utilisé.

N. : En ce qui concerne « Myth Takes », on savait la conviction de détenir une chanson surprenante. Elle faisait l'unanimité et devait absolument faire office de plage d'ouverture. Histoire que les auditeurs plongent directement dans le bain.

Et John (Pugh, batterie) interprète beaucoup plus de titres qu'auparavant?

N. : Oui, il se débrouillait plutôt bien sur « Louden Up Now », alors nous l'avons généreusement laissé chanter un peu plus (rires). En fait, il s'est principalement occupé des chansons que, personnellement, je n'appréciais pas trop. Comme par exemple « Sweet Life ». Je n'ai pas vraiment aimé cette chanson. John a décidé de l'interpréter à ma place. Le résultat est finalement génial. Par contre, pour « A New Name », c'était différent. Mario (Andreoni, guitare) n'était pas satisfait de mes vocalises sur ce titre. Celles de John collaient mieux à l'ambiance de cette compo. En général, j'aime l'idée de passer d'un chanteur à l'autre. N'observer la perspective que d'une seule personne sur l'entièreté d'un disque peut parfois être lassant.

Après avoir assuré la première partie des concerts de Red Hot Chili Peppers face 25.000 personnes, ne commencez-vous pas à rêver d'occuper une tête d'affiche devant un parterre aussi impressionnant ?

A. : Pour commencer, je n'aurais jamais cru un jour me retrouver ici, à accomplir une tournée mondiale de promotion pour un album que j'aime beaucoup et être entouré de gens qui soutiennent le groupe. C'est déjà une part de rêve qui se concrétise. Quant au reste, tout est possible.

N. : En fait 6.000 ou 25.000 voire plus, c'est du pareil au même. On ne voit pas vraiment les visages donc ce n'est pas aussi impressionnant qu'il n'y paraît. Mais c'est impressionnant quand même. Tu vois ce que je veux dire ?

A vous voir sur les planches, on pourrait facilement croire que c'est la fête 24h/24 en votre compagnie. L'ambiance est la même en studio ?

A. : En studio, il faut être très patient. On passe le plus clair de notre temps à attendre. Il y a des jours pendant lesquels on s'amuse bien. Puis d'autres où on s'emmerde tellement qu'il faut téléphoner au studio le lendemain pour savoir si le reste du groupe va avoir besoin de nous ou si on peut rester glander chez soi. Ce n'est pas aussi fun que d'être sur scène.

Les clips de « Hello, Is This Thing On ? » et « Heart of Hearts » étaient principalement constitués d'extraits live. Pour « Must Be The Moon », vous avez tourné votre première `véritable' vidéo. !!! en clip, ça donne quoi ?

N. : On vient de la terminer. Les scènes sont un peu folles et relatent une histoire de sorcière vaudou. Au cours de laquelle un paquet de filles essaie de nous agripper (rires) !

Vous avez sorti un EP contenant deux reprises assez inattendues. Vous comptez remettre le couvert ?

A. : Oui, j'aimerais bien. Tant qu'elles sont intéressantes.

N. : Ces deux reprises sont arrivées naturellement. Nous nous sommes simplement dit `Tiens, pourquoi pas ?' Personnellement, j'aimerais enregistrer un album de reprises. Ce serait fun et ce serait un bon moyen de rester dans l'actualité entre deux sorties plus `officielles'. En ce moment, je n'ai pas trop d'idées quant au choix de reprises potentielles. Mais ces choix doivent être intelligents. En reprenant ces deux titres, on y a ajouté quelque chose. On ne s'est pas contentés de les réinterpréter tels quels.

Quelle est votre manière favorite de prononcer le nom du groupe ?

Ils se mettent tous les deux à imiter ce qui ressemble à une sonnerie de portable.

Je vois que avez dû répondre à cette question toute la journée. Comment je retranscris ça, moi ? (rires)

A. : Y a-t-il un podcast sur votre site ?

Non?

A. : Il est temps d'y penser (rires) !

(Merci à Didier)

Venus

Savoure le rouge

Trois ans après l'ampoulé « Vertigone », les Bruxellois de Venus ont rendossé leurs beaux costumes de scène, cette fois en rouge et noir. Deux couleurs qui leur vont à merveille, puisqu'elles soulignent avec force ces treize nouveaux titres aux ambiances souffreteuses. Le sang, la colère, la passion : si l'atmosphère de « The Red Room » risque bien de plomber vos dimanches, elle vaut bien n'importe quel bovarysme? Et de fesser vigoureusement la chair, et d'y voir palpiter nos désirs les plus fous, pour qu'enfin 'décadence' rime avec 'élégance', et que Venus se détache pour de bon de l'emphase à la « Beautiful Day » ! Welcome in the red room, et n'oubliez pas d'enlever vos chaussures? La visite peut commencer !

Depuis « Vertigone » et votre tournée, il s'est passé plus de deux ans. Qu'est-ce que vous avez fait durant tout ce temps ?

Pierre Jacqmin (basse, contrebasse) : De janvier à août 2004 on a pris des vacances, on a travaillé chacun sur d'autres projets, et puis on a commencé à bosser régulièrement sur cet album... On n'a donc pas chômé, même s'il est vrai qu'on ne donnait plus trop de nouvelles de nous !

Christian Schreurs (violon, guitare) : On a commencé, en fait, à enregistrer en septembre 2005, après un an d'écriture.

Il est exact que la dernière fois qu'on vous avait vus sur scène, c'était à l'Octopus, fin juillet 2005 ?

C. S. : C'était un concert test, puisqu'on avait quasiment fini l'album, et il nous a permis de voir ce qui fonctionnait ou pas. Il faut admettre qu'il était risqué de ne jouer pratiquement que des nouveaux morceaux, surtout lors d'un festival d'été?

P. J. : ?D'autant plus qu'on ne les maîtrisait pas encore bien. On les interprétait pour la première fois en concert !

C. S. : Mais tout y était ! Il ne nous restait plus qu'à entrer en studio avec Head, qui est un excellent ingénieur du son, pour peaufiner le tout de manière optimale. C'était un boulot considérable.

Et au final le résultat sonne plus rock qu'auparavant. Il est plus âpre, plus sombre aussi.

C. S. : Oui, absolument, c'est un peu un tournant. Mais c'était déjà le cas pour « Vertigone », qui ne sonne pas de la même manière que « Welcome to the Modern Dance Hall »? On aime bien essayer des choses différentes, selon nos envies. Après la tournée « Vertigone » on s'est tous mis d'accord sur le fait qu'on avait envie de travailler le son, d'aller plus loin dans ce sens. Sur « Vertigone » on avait déjà tenté de se départir un peu de l'acoustique, mais ici on a mis les bouchées doubles.

« Vertigone » est très pop, tandis que celui-ci est plus incantatoire, plus brut de décoffrage.

C. S. : Il est clair qu'on a moins insisté cette fois sur les arrangements : on n'a pas eu peur d'élaguer?

P. J. : On a voulu garder que l'essentiel. Et puis on s'est rendu compte qu'on avait du mal à jouer les morceaux de « Vertigone » à quatre. Parce qu'il y avait tellement d'arrangements qu'il devenait impossible de les reproduire tels quels en live. Pour « The Red Room » on a essayé de ne pas refaire les mêmes erreurs, et la solution était de tout simplifier au lieu d'en rajouter.

Pourquoi avez-vous fait appel à Head pour produire « The Red Room » ?

P. J. : Parce que ce n'est pas un producteur, mais un ingénieur du son ! En fait au départ on avait pensé travailler sous la houlette de John Parish, mais il n'était pas disponible. C'est lui qui nous a conseillé Head. Il aimait bien ce qu'on faisait, donc ça tombait bien ! Et puis faut dire que c'est pas la 'dernière des caisses' (NDR : expression brusseleer ?) : il suffit d'écouter le boulot qu'il a accompli pour PJ Harvey et Marianne Faithfull !

Il est vrai qu'à l'écoute de « The Red Room » on sent la patte du producteur de PJ Harvey !

C. S. : Ce type aime les sons secs et rugueux. Il préfère travailler sur la matière du son plutôt que de l'embellir?

Il n'est pas le seul responsable de ce son sec et tortueux, je suppose ? Vous avez connu des coups de blues ?

C. S. : On a toujours privilégié les atmosphères sombres à celles plus 'poppy'? « She's So Disco » par exemple est juste une 'private joke', et on ne le renie pas ! Mais c'est à mille lieues de ce qu'on fait aujourd'hui? Faut bien se laisser aller de temps en temps, non ?

Comment travaillez-vous à l'écriture ?

P. J. : Marc (NDR : A. Huyghens - voix, guitare) vient avec la plupart des idées. Il nous apporte des ébauches de chansons, guitare-voix, et on retravaille tout ensemble. La structure, l'harmonie, les arrangements,? Mais sur cet album-ci en l'occurrence, il y a deux morceaux qui viennent de Christian?

Lesquels ?

C. S. : « Underwater » et « Unknown »

« Underwater » est sans doute le titre le plus léger du disque, tiens?

C. S. : Effectivement. Et c'est marrant, car le résultat est totalement différent de la matière que j'avais apportée au départ? Mais rien n'a été calculé : on l'a juste senti comme ça ! Et c'est d'ailleurs aussi valable pour le reste de l'album : rien n'était prémédité, tout est venu assez naturellement. En fait ce n'est pas compliqué : je ne me suis jamais senti aussi bien dans le groupe depuis nos débuts !

On le ressent sur le disque !

P. J. : Oui, tout s'est très bien passé, c'était très confortable. Et même si on a ramé sur certains titres, on a toujours eu l'impression d'être dans le bon, que ça sonnait juste. Cela n'a jamais été aussi évident et naturel, même en retravaillant les vieux morceaux !

Parlons-en justement? Vous allez les électrifier, si je puis dire ?

P. J. : Pas forcément? Il est vrai qu'au début on avait ce concept du tout acoustique, mais il ne doit pas nous freiner dans nos envies ! Pourquoi ne pourrait-on pas utiliser une guitare ou une basse électrique si on en éprouve le désir ?

Et ce titre, « The Red Room », il renvoie à quoi ?

P. J. : C'est la chambre de Marc, qui est peinte en rouge.

Ca me fait penser aux parois utérines du ventre maternel, bref à nos origines.

P. J. : Tiens oui ! C'est bien la preuve que chacun définit comme il l'entend sa propre pièce rouge, en fait?

(NDR : à cet instant Marc A. Huyghens déboule d'une autre interview, la mine fatiguée par ce petit jeu de chaises promotionnelles) M. A. H. : C'est juste un lieu confiné, d'introspection, mais qui pourrait très bien être aussi un bordel ou un dancing?

P. J. : (NDR : lui parlant) Sa propre interprétation serait un retour à l'état f?tal !

M. A. H. : Pourquoi pas, oui?

Ok? Vous pouvez me parler de votre grand retour chez Bang! ? Ca s'est mal passé avec Virgin ?

C. S. : On a été virés après la sortie de « Vertigone » parce qu'on n'en avait pas vendus assez à leur goût? Quand tu n'atteins pas un certain chiffre de vente, t'es tout simplement rayé de leur carte?

M. A. H. : Ce processus faisait partie des grosses restructurations chez EMI : il n'y avait même pas moyen de discuter, c'était purement économique.

P. J. : Ce ne sont pas les gens avec lesquels on travaillait directement qui sont responsables de cette décision, mais les financiers d'EMI, à la maison mère. Ils avaient une liste avec du rouge et du vert, et si t'étais dans le rouge tu te faisais virer? Ils n'ont même jamais écouté ce qu'on faisait, c'était pas leur problème ! »

Aaaah, les majors? Et que pensez-vous justement de cette guéguerre entre Bang ! et Gang (www.wearegang.be), des « Sacrés Belges » et de tout le bazar ? Vous êtes un peu les parrains de la scène rock bruxelloise et wallonne?

M. A. H. : Il y a toujours des gens qui pensent 'noir', d'autres 'blanc', pouvoir/contre-pouvoir,? Si c'est par opposition à Bang ! c'est rigolo et il y a sans doute un fond de vérité. Mais il ne faut pas renier le travail accompli par les types de Bang ! depuis des années, comme défenseurs du rock bruxellois, wallon. Et ça on ne peut pas le leur retirer ! C'est quand même eux qui ont signé dEUS en premier, même si l'exemple est gros comme un camion? Après, c'est vrai qu'il doit y avoir de la place pour tout le monde ! Il faut persévérer.

Ce sera le mot de la fin !

Goose

Résonances magnétiques

Écrit par
Cette année, pour danser, inutile de solliciter les charts anglais. L'attraction du moment sévit à Courtrai. Un nom à retenir ? Goose : quatre potes empoignant les meilleures recettes du big beat, de la house et de la techno pour en retirer une substance énergétique à couper le souffle. Signé sur le prestigieux label anglais Skint Records (mère patrie de Fatboy Slim), Goose réunit une collection de tubes remuants, attachants, à coincer précieusement entre les productions de Mr Oizo et des Dewaele Brothers. Au programme : un son saturé, des riffs à terrasser des fans d'AC/DC et une transe discoïde garantie. Bienvenue de l'autre côté de la frontière en compagnie du chanteur de la formation, Mickael Karkousse...

Pouvez-vous retracer le parcours de Goose, vos premiers pas en musique ? Avez-vous toujours opté pour les sonorités électroniques ?

Aujourd'hui, Goose existe depuis près de six ans. En 2002, nous avons eu la chance de remporter le concours 'Humo's Rock Rally'. Cette victoire a considérablement accéléré notre carrière. Mais plutôt que d'enregistrer un album au lendemain de ce concours, on s'est réorienté, en répétant, en composant de nouveaux morceaux. En 2003, un premier single, intitulé « Audience », est passé en radio, essentiellement sur les ondes de Studio Brussel. L'année suivante, le titre « Good Times » nous a propulsé sur le devant de la scène. Ces deux chansons ont été mixées par Teo Miller. Pour nous, c'était très important de travailler ensemble. Son expérience est saisissante : il a collaboré avec une palette éclectique d'artistes internationaux comme Placebo, James, Happy Mondays, Blur ou Das Pop. Cette coopération constituait notre première expérience en studio. A partir de là, Goose a complètement modifié sa façon de travailler. Auparavant, les répétitions constituaient notre principale matrice de création. Mais, après cette première expérience, nous nous sommes scindés pour composer de nouveaux morceaux. Cela présente de nombreux avantages. Le plus important réside certainement dans la polyvalence des musiciens. Aussi, notre batteur est-il également un très bon guitariste. En travaillant de la sorte, Goose a beaucoup évolué. De répétitions classiques d'un groupe de rock typique, nous avons glissé vers des sortes d'ateliers d'expérimentations sonores où chacun apportait sa propre touche créative. Dave, notre guitariste, a commencé à s'intéresser aux synthétiseurs, à chercher dans les sonorités électroniques afin d'y trouver des boucles dont l'impact serait aussi puissant qu'un bon riff de guitare. Nous voulions composer un album très populaire, proche des gens. Il n'y a rien de plus triste que des gens qui s'ennuient lors d'un concert.

Considérez-vous votre victoire au 'Humo's Rock Rally' comme un déclencheur ?

D'une certaine façon, ce succès nous a aidés. Mais cela nous a surtout permis d'évoluer, de réfléchir sur la direction à prendre. Cette victoire au 'Humo's Rock Rally' constituait, en réalité, le signe de notre imperfection. Dans cette optique, on peut considérer que le concours a simplement mis en avant nos qualités. Nous en avons pris conscience. Mais nous souhaitions avancer, travailler et proposer un véritable projet au public.

Vous êtes aujourd'hui signés sur le label anglais 'Skint Records', fort connu pour avoir signé Fatboy Slim à l'époque. Comment êtes-vous arrivés sur ce label ? C'est étrange pour un groupe belge...

Dès le début, nous avons réalisé que notre musique pouvait être écoutée au-delà des frontières du pays. Nous voulions donc trouver un label international. On se disait : 'Qui n'essaie rien, n'a rien !' Pourtant, dans un premier temps, nous avons envoyé des démos aux grandes maisons de disques installées en Belgique. Et, bien souvent, les réactions n'étaient pas spécialement encourageantes... Bref, Dave, notre guitariste, est parti plusieurs mois en tournée avec Soulwax. Au Japon, il a croisé un des représentants du label 'Skint Records'. Quelques semaines plus tard, il le rencontrait à nouveau lors d'un concert en Angleterre. Cette fois, il n'a pas laissé passer sa chance : il lui a donné notre démo. Une semaine plus tard, le label 'Skint Records' venait nous rendre visite à Courtrai !

De nombreux observateurs vous rapprochent de Soulwax Nite Versions et, plus généralement, des frères Dewaele. Comment vivez-vous cette assimilation ?

C'est une bonne chose. A nos yeux, Soulwax est un groupe de grande qualité. Si les gens décident de nous rapprocher de Soulwax, il n'y a pas de problème : implicitement, cela implique simplement que nous jouons de la musique de qualité ! Blague à part, on se sent également proche de Soulwax au niveau de la motivation musicale et des intentions à l'égard du public. Et enfin, ce sont nos meilleurs conseillers. Pour nous, les tournées mondiales, c'est un peu l'inconnu. Dès que nous sommes inquiets, que nous éprouvons des doutes, nous pouvons toujours nous tourner vers Soulwax. Ils sont toujours là pour nous rassurer...

Depuis les festivals d'été, tout s'accélère. Vous jouez dans de grandes salles, votre musique s'exporte. Les Japonais, par exemple, raffolent de votre musique. Ne craignez-vous pas d'être surexposés ?

Pour l'instant, nous gérons cette situation. Nous essayons de ne pas trop jouer en Belgique de façon, justement, à ne pas se trouver surexposé. Là, nous allons commencer une tournée en Angleterre. Nous passerons également par la France, les Pays-Bas, l'Allemagne et le Japon.

A l'écoute de votre album, un constat s'impose : vous alliez aisément les beats électroniques aux riffs des guitares... Comment définiriez-vous le son de Goose ?

Nous ne sommes pas obnubilés par les musiques anglo-saxonnes... En fait, le son de Goose est typiquement belge, fondamentalement européen. Géographiquement, la Belgique constitue indéniablement un carrefour des cultures. Aussi, nous adorons les projets français comme Daft Punk, Air, Phoenix ou Para One. On apprécie aussi des artistes comme Digitalism et Boys Noize. D'une certaine façon, on peut dire que notre son nous ressemble : il est très contemporain ! Notre musique demeure le fruit d'une maturation personnelle. Nous avons bien essayé de collaborer avec d'autres personnes, extérieures au groupe. Mais cela s'est révélé infructueux. On s'est vite rendu compte qu'elles transposaient leur propre vision de notre musique sur le groupe. Malheureusement, il ne s'agissait pas du tout de notre vision des choses... La production et le mixage de l'album ont donc été réalisés par nos soins.

Comment travaillez-vous au niveau de la composition ? Quelle importance accordez-vous aux paroles de vos chansons ?

Au niveau de la composition, c'est très variable. Dans certains cas, nous partons sur des bases instrumentales, tout en essayant de dégager des mélodies vocales. A d'autres moments, nous percevons la globalité d'un morceau. Les paroles de nos chansons n'évoquent rien de sérieux. Il s'agit davantage d'une mélodie agréable à chanter. L'essentiel n'est donc pas à chercher du côté des paroles. Nous cherchons davantage à imaginer des slogans à travers de petites histoires conçues comme des bandes-annonces.

Pour illustrer la pochette de votre album, vous avez travaillé sur un concept de transparence pour le moins original. Où avez-vous déniché cette idée ?

Notre pochette n'est pas inspirée par un autre album. Pour ce premier disque, nous voulions vraiment marquer les esprits. Derrière ce livret qui se dévoile en transparence, notre volonté est d'inviter les gens à se pencher sur le côté personnel de notre musique, de notre univers. Du début à la fin, « Bring It On » devait être irréprochable. Et, en ce sens, il nous a été très difficile de déléguer les tâches liées, de près ou de loin, à la présentation de l'album. Si bien que, pour les 5.000 premiers exemplaires de « Bring It On », nous avons apposé les autocollants nous-mêmes ! Cette démarche méticuleuse nous a demandé une semaine complète... Nous voulions une illustration simple mais efficace. Cela explique aussi le choix des couleurs : il s'agit du code informatique RGB (Red, Green, Blue). En informatique, le rouge, le vert et le bleu permettent de déterminer toutes les fonctions paramétrables. Et puis, sur le dancefloor, ce sont également les couleurs prédominantes. Enfin, ces colorations possèdent aussi une connotation très rétro. Ce visuel constitue donc un ensemble pensé de façon méthodique.

Visiblement, toutes les étapes de votre démarche artistique sont très soignées. Cela vous prend donc énormément de temps... Faudra-t-il attendre aussi longtemps pour écouter votre prochain album ?

Là, il est évident que le processus créatif s'accélérera. Pour l'instant, l'album vient juste de sortir. La question ne se pose donc pas encore. Mais dans les prochains mois, nous devrons nous résoudre à arrêter la tournée pour entrer en studio.

Cloé

Drôle d'univers

Écrit par
Après l'intimisme de « Sapristi », Cloé du Trèfle explore le monde moderne, interroge le quotidien. Elle chante l'amour mais n'en parle pas. Sur le fil du doute, Cloé dévoile un univers oscillant entre minimalisme émouvant et expériences sonores intrigantes. « Microclimat », c'est l'idée d'un univers un peu à part qui a un côté chaleureux, où il fait bon vivre. 'J'imagine un tumulte autour et cet univers où l'on est un peu curieux de voir ce qu'il se passe, et il se passe autre chose?'

Le fait d'avoir travaillé en grande partie chez toi, était-ce une volonté de créer une ambiance particulière ?

J'ai tout composé seule. C'est un peu mon petit laboratoire. J'ai beaucoup travaillé les idées musicales, les textes. C'est donc un peu mon monde dans mon appart', où j'ai mes instruments, mon ordinateur. Puis je vais en studio et Rudy (NDR : Rudy Coclet, son producteur artistique) prend les pistes séparées et m'incite à réenregistrer des prises studio en disant : 'ce serait pas mal d'avoir un petit son de vieil orgue ou de chercher des sons samplés à gauche et droite'. C'est un peu en ping-pong et ça me permet de bosser à l'aise, de prendre le temps, d'écouter des tonnes de choses, notamment des vieux vinyles. D'être fort indépendante.

En expérimentant le son, n'y a-t-il jamais la frustration de ne pas atteindre son but ?

Non. Je suis assez satisfaite. Au moment où je me dis : 'c'est ça', il pourrait y avoir mille autres options ; mais ce moment m'appartient. En écoutant mes vieilles cassettes, mes premiers maxis, mon album de Clover's Cloé ou même mon disque précédent, j'ai une tendresse par rapport à ce passé et je me reconnais, moi, à une certaine époque. Je ne le concevrai plus de la même manière aujourd'hui, mais à cet instant précis, on pose des choix, des actes. Je les assume pleinement.

Dans le paysage musical belge, tu es une sorte d'ovni?

Tu me fais plaisir en me traitant d'ovni (rires). Un autre journaliste m'a demandé si je ne me sentais pas extra-terrestre. On me pose souvent la question. Elle me ravit : j'ai l'impression qu'on a du mal à me caser dans un tiroir 'chanson français classique'. Je pense que j'écoute pas mal de musique. Je suis ouverte à des tas de styles différents. Mais j'ai vraiment mon propre univers. Quand un musicien veut ajouter un truc sur un de mes morceaux, je réponds 'ah non, pas ça' ou 'ah ouais, ça !' J'ignore ce qui détermine ma décision, mais c'est vraiment intrinsèque. J'ai un côté assez hétéroclite. Je ne sais pas toujours ce que je veux, mais je sais ce que je ne veux pas. La ligne conductrice peut paraître un peu étrange. Il est vrai que sur le disque il y a des couleurs musicales assez différentes. Des morceaux clavier-voix et d'autres morceaux parlés, puis chantés, avec des beats de hip-hop derrière ou un vieil orgue. Des vieux sons. Un aspect romantique et des côtés rock, rock-punk. C'est un peu mon univers. C'est moi, à des moments spécifiques, et ça fait un drôle de tout.

Peux-tu citer quelques-unes de tes références ?

Ce matin, j'écoutais Burt Bacharach. Hier, Röyksopp et Amon Tobin. Lali Puna et Joanna me plaisent aussi. Dans le domaine de la chanson française, j'estime que le dernier album d'Emilie Simon (« Végétal ») est vraiment très bon. Schumann, Satie, Dvorak, Prokofiev? Ce qui explique sans doute pourquoi j'en ressors une drôle de musique. Parfois j'achète de vieux vinyles au marché. Ils ont des têtes pas possibles sur les pochettes et je tombe parfois sur des trucs hallucinants. Réalise des découvertes tellement surprenantes. Il m'est arrivé de sampler des petites choses là?

Pourquoi ne plus chanter en anglais ?

En fait, mon premier album était interprété dans cette langue, car à l'époque j'écoutais énormément d'artistes chantant en anglais ; et puis parce qu'il y avait peut-être un réflexe de pudeur. Puis j'ai eu envie de créer un autre projet, en parallèle. Il y avait donc le groupe à cinq et un concept solo. Je me suis dit que j'opterai pour le français. Pour mieux faire la différence. D'où la traduction « Clover's Cloé »/« Cloé du trèfle ». J'ai été présélectionnée pour la Biennale ; ensuite j'ai accordé un concert, puis atteint la demi-finale. Il m'a donc fallu plus de morceaux dans mon répertoire. On m'a alors proposé d'autres dates et le reste s'est rapidement enchaîné. Après, j'ai participé à 'Musique à la française'. A partir de cet instant, les maisons de disques se sont intéressées à mon travail et les événements se sont succédé naturellement. C'était difficile de gérer le groupe en même temps. J'avais de plus en plus de concerts avec Cloé du Trèfle ; mais en même temps je devais me consacrer au projet de l'album. Du coup, j'ai mis le groupe en stand-by. Mais peut-être, dans le futur, aurai-je encore envie de rechanter en anglais. Je commence déjà à réfléchir à mon nouveau disque et j'ai des petites envies?

Pour toi, l'écriture est source de douleur ou de plaisir ?

Du plaisir ! Vraiment. Je compose énormément. La musique naît avant les textes. L'écriture, c'est plus des petites choses du quotidien ou des questions. Le disque précédent était davantage intimiste (NDR : « Sapristi »). Ici, il y a un regard extérieur. J'avais envie d'aborder d'autres thématiques. C'est plus un regard civique et une envie de parler d'autre chose que de mon monde personnel. J'aborde des thèmes comme le recyclage, l'Europe?

Qu'est ce qui te déroute le plus : le monde moderne ou une histoire d'amour ?

Bonne question (rires) ! Les deux sont déroutants, mais je pense qu'on vit dans un drôle de monde et c'est important de se positionner par rapport à cette situation. Je ne veux pas être moralisatrice dans mes textes, mais j'ai envie de soulever certaines questions. Ma compo consacrée à l'Europe, par exemple, est une métaphore de 'Si l'Europe était une femme, qu'est-ce que ce serait ?' L'Europe, c'est un nom de femme, et c'est devenu une entité tellement floue, qu'on n'en connaît plus exactement les frontières. C'est un peu complexe. J'aborde ce thème particulier par une chanson légère ; mais si on lit vraiment le texte, on y détecte quand même un aspect assez cynique et critique par rapport au Vieux Continent.

Le thème du doute est récurrent dans tes chansons. Quelles sont tes certitudes ?

Euh? Je ne sais pas. Chez moi, la musique est un phénomène vital qui produit des émotions très fortes. Je la pratique depuis l'âge de trois-quatre ans. C'est vraiment quelque chose d'important pour moi. C'est dans cet univers que je m'épanouis le plus. Mais j'ignore, par exemple, si un jour j'en aurai marre du marché du disque, du milieu. C'est un cercle restreint. A un moment tu peux te prendre la tête sur 'A quoi sert-il de sortir un disque, de donner des concerts ?' Enfin, pour le moment ça m'éclate complètement. Sinon, je pense qu'on vit au sein d'une époque où il y a de moins en moins de certitudes. Il y a beaucoup de choses à changer. Il existe une stigmatisation de certaines idées, des blocages. Il y a des décisions qui s'entremêlent ou sont complètement absurdes. Il faudrait des vrais changements de société.

Aurais-tu aimé vivre à une autre époque ?

Sur Clover's Cloé, j'ai composé un morceau qui s'appelle « A wrong century » où je dis que j'ai l'impression d'être une nana qui n'est pas née à la bonne époque. Et à la fois, c'est une époque tellement contrastée : elle recèle des choses super intéressantes, mais accuse aussi des pertes de valeurs terribles. On vit dans une ère de plus en plus individualiste, on sacrifie trop les liens sociaux. On s'évertue à scinder les choses ; et c'est assez effrayant. On n'a plus vraiment conscience du sens des valeurs humaines. Je suis allé voir, la semaine dernière, un film qui m'a complètement sidérée : « Le cauchemar de Darwin ». C'est un bel exemple de cette drôle de société dans laquelle on vit?

La notion de temps est également présente dans tes textes. Est-ce quelque chose qui te fait peur ?

Euh?

Il se dégage une sorte d'urgence de vivre?

Ah oui ? Peut-être que oui mais c'est sans doute inconscient. C'est une bonne question (sourire). C'est vrai que je suis quelqu'un qui ne reste pas en place, j'ai toujours envie de m'investir, de rencontrer de nouvelles têtes, de composer, d'envisager de nouveaux projets musicaux. Je n'aime pas glander. La vie est courte, donc animons-là. Mais je n'ai pas vraiment conscience de cette situation. Elle me dépasse un peu. Je ne développe pas beaucoup de desseins à long terme. Je vis plutôt dans le présent, à court terme. Je n'ai pas des grands projets de vie tout tracés? On verra bien?

The Experimental Tropic Blues Band

Le serpent et le loup...

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Il aura donc fallu attendre presqu'une année pour voir sortir le premier véritable album d'Experimental Tropic Blues Band. Pourtant, Dirty Wolf (alias Psycho Tiger) et Boogie Snake prévoyaient sa parution vers le mois de mai. Apparemment, les événements ne se sont pas déroulés comme ils l'imaginaient. Vous le constaterez vous-même à la lecture de cet entretien que les deux chanteurs/guitaristes avaient accordée lors de la dernière édition du festival d'Hiver Rock. Une interview au cours de laquelle, on ne pouvait, non plus, passer sous silence les différents projets parallèles menés par les différents membres de l'E.T.B.B.

Quand on parle de l'Experimental Tropic Blues Band, on évoque d'abord ses prestations 'live'. C'est sur les planches qu'il a bâti sa réputation. Peut-on affirmer que c'est l'endroit qui vous motive le plus ? Le moteur du groupe en quelque sorte ?

Dirty Wolf : Effectivement, c'est sur la scène qu'on s'exprime le mieux. Pour l'instant, nous sommes en studio pour terminer notre album. En fait, on s'est rendu compte que lors de l'enregistrement de nos deux précédents disques, nous n'étions pas parvenus à y communiquer ce feeling 'live'. C'est ce qu'on va essayer de faire sur cd. Mais c'est très difficile à concrétiser…

Lorsque vous êtes sur les planches, Dirty Wolf baragouine en anglais entre les morceaux. Est-ce le reflet d'un l'attitude ?

D.W. : Ouais, c'est l'attitude ! Parfois, j'ai du mal à parler en français. Surtout quand on joue une musique comme la nôtre. Tu m'imagines balancer : 'Allez les gars' ou 'Est-ce que vous voulez du sale rock ?'. C'est ridicule… 'Come on' ou 'Do you wanna dirty rock', ce n'est pas pareil ! Maintenant, je ne sais pas trop pourquoi, mais on a toujours fait ainsi. Cependant, lors de certains concerts, je parle quand même dans ma langue natale. Notamment, lorsqu'il se produit un événement assez marrant. Finalement, j'aime bien les groupes qui parlent en anglais. Ca me dépayse un peu. Même si je parle très mal l'anglais. Surtout moi…

Lors de vos sets, il arrive régulièrement que vous vous laissez porter par le public. Lors de l'édition du festival de Dour 2005, je pense que c'était Boogie Snake.

Boogie Snake : (s'adressant à Dirty Wolf) Oui, mais tu l'as fait aussi !

D.W. : Ouais, ouais…

Pas trop les boules, quand même ?

B.S. : Il y avait tellement de monde, qu'il n'était pas possible de tomber. Et de se casser quelque chose.

D.W. : Il aime ça, hein !

B.S. : J'adore le snake diving !

Sais-tu que dans le passé, Peter Gabriel était coutumier du fait ?

B.S. : Non ! Je pensais plutôt à Iggy Pop ou des gens comme lui.

D.W. : C'est vraiment une sensation étrange.

B.S. : Physique.

D.W. Etrange aussi, car c'est incroyable de voler au-dessus de la foule. Tu vois leurs têtes de près. Et cette situation te communique une énergie incroyable.

B.S. : Alors qu'ils prennent des godasses dans la tronche.

D.W. : Ou alors, ils te tirent le froc. Ou encore tu finis par tomber…

Et des tas de filles crient à poils ?

D.W. : Non, là alors, je suis trop fatigué (rires)

Pour jouer une musique comme la vôtre, il faut adorer le blues et le rock'n roll. Mais qu'est ce qui vous a poussé à fonder un groupe semblable ?

B. S. : Notre admiration pour des artistes comme Elvis, Bo Diddley, Bob Log, John Spencer, etc.

D.W. : Les Cramps…

B.S. : R.L. Burnside, Skip James, Blind Willie Johnson, Otis Rush, et puis toute l'écurie du label Fat Possum…

Ce qui explique pourquoi on vous décrit parfois comme les héritiers naturels des Cramps et du Jon Spencer Blues Explosion ?

D.W. : Surtout des Cramps ! (rires)

A l'instar de la bande à Lux Interior et de Poison Ivy, votre répertoire inclut des reprises (NDR : le premier elpee des Cramps était exclusivement constitué de covers). N'envisagez-vous pas, dans le futur, l'enregistrement d'un album exclusivement consacré à ce type d'exercice ?

B.S. : Non, je ne le pense pas. Ce type de projet pose trop de problèmes de droits d'auteurs. Et on ne sait pas trop comment s'y prendre pour aborder le sujet. Enfin, il faut aussi en payer un certain prix…

D.W. : Pour l'instant, on joue sur scène, une version du « Garbage man » des Cramps (NDR : elle est sur le nouvel album !). Une autre de Bo Diddley et aussi d'Alan Vega.

B.S. : D'André Williams également (rires)

Vu le style musical pratiqué, ne craignez-vous pas que dans un futur plus ou moins proche, vous aurez rapidement fait le tour du sujet ?

B.S. : A premier abord, cette musique paraît, assez limitée. Mais en vérité, elle offre bien plus d'alternatives qu'il n'y paraît. Dans l'univers du rock, il y a toujours moyen d'emprunter une direction différente.

D.W. : La question ne se pose même pas, car on joue de la musique pour se faire plaisir et on a envie de continuer pour cette même raison. Qu'on soit seul, à deux, à trois ou à quatre, on continuera à faire du Tropic. Et tant pis si ça ne marche plus. J'espère simplement que j'aurais toujours la force de continuer… J'en ai même la quasi-certitude. Mon avis peut paraître prétentieux, mais j'ai trop la flamme pour m'arrêter. Et je pense que mon acolyte blond partage mon opinion.

Revendiquez-vous d'autres legs ?

D.W. : Bien sûr, nous ne sommes pas seulement influencés par le blues et le rock'n roll. Nous apprécions également la musique très dure, directe. Celle où on sent que les musiciens mettent leurs tripes sur la table. Un don de soi. Et que l'on ressent au plus profond de soi-même.

B.S. : J'apprécie aussi la musique country. Pour l'instant j'écoute beaucoup Johnny Cash.

Arbitrairement, je vais considérer l'E.T.B.B. comme groupe fédérateur au sein d'une multitude de projets auxquels vous participez. Colonel Bastard, c'est un projet solo imaginé par Psycho Tiger ?

D.W. : (d'une voix caverneuse) Dirty Wolf…

Seasick implique Boogie Snake ?

D.W. : Il ne s'appelle pas Boogie Snake dans Seasick, mais JJ.

Et enfin il y a Two Star Hotel au sein duquel militent le guitariste et le bassiste de Seasick. C'est tout ?

D.W. : A peu près. Ce n'est déjà pas si mal non ? Ah oui, il y a aussi l'Electric Ladies Blues, un ensemble auquel participe la copine de Boogie Snake.

Je suppose que vous multipliez les projets pour élargir votre horizon musical ?

D.W. : Nous ne souhaitons pas élargir notre horizon musical, mais on a trop d'énergie à dépenser. Trop d'idées. Alors pourquoi se limiter à un seul projet ?

B.S. : Il n'est pas possible de se contenter d'un seul projet. Nous écrivons trop de chansons. Et puis, nous ne pouvons concevoir de ne se concentrer que sur un style de musique. Nous avons besoin d'autre chose. De ressentir d'autres vibrations.

D.W. : En vérité, ce n'est pas l'E.T.B.B. qui est fédérateur, mais Seasick. C'est notre premier groupe. Nous participons à son aventure depuis 11 ans.

B.S. : Quatorze ans !

C'est ce groupe qui a emporté le Concours-Circuit dans la catégorie métal, en 2004 ? Un résultat plutôt étonnant, non ?

D.W. : Ce prix a provoqué un véritable scandale !

B.S. : J'ai vu des gens pleurer de dépit, parce qu'on avait décroché la palme (rires). Enfin, plus exactement parce que leur groupe préféré n'avait rien gagné. Pitoyable !

A propos de Seasick, j'ai lu qu'ils reconnaissaient pour influences majeures la physique nucléaire et les expériences sur le conditionnent du cerveau humain par Milgram et Hasch. (fou rire général). Vous assumez ?

B.S. : Il fallait bien écrire quelque chose, non ?

D.W. : Ce n'est pas vrai ! C'est parce que Jean-Jacques et Ben sont influencés par tout ce qui se rapporte à l'univers gothique et romantique (rires) : Clyde Barker, les films de série B ou d'horreur, etc. Et je crois que ce sont ces caractéristiques qui sont reflétées chez Seasick. Vraiment ! C'est la raison pour laquelle on écrit des textes semblables. J'ai également lu qu'on écoutait Seasick comme on regarde un film de David Lynch. Et c'est une bonne comparaison. Parce que la musique est très violente et directe. Surtout dans la manière de la donner. Personnellement, j'estime qu'elle est plus punk que metal.

B.S. : C'est sans doute la raison pour laquelle nous avions été versés dans la catégorie métal, lors du Concours-Circuit.

D.W. : C'est dans la manière d'exprimer la musique.

B.S. : Qui libère une énergie parfois dure à encaisser…

On dit de Colonel Bastard qu'il pratique du karaoké-rock-théâtral au sein duquel il n'y a pas de réelle ligne conductrice, mais une improvisation constante…

D.W. : Du karaoké'n roll. Très exactement ! Non, attention, je tiens à mettre les points sur les 'i' (rires). Je reconnais que c'est assez improvisé. Pas les paroles, ni la musique. En fait, je glisse un cd dans le lecteur et je chante dessus. Il n'y a pas de groupe pour m'accompagner. J'apporte quand même mon propre compact disc. L'impro, c'est la mise en scène. Il faut imaginer que je suis seul sur scène. Je dois me donner à fond sur la musique, même si elle est 'nazze'. Sur de l'électro, par exemple. Or, je déteste l'électro. Enfin, il n'y a pas que de l'électro. Donc, je chante sur un support sonore. Qui importe peu, finalement. Je fais en quelque sorte du théâtre en musique. Dès que je monte sur scène, je cherche des endroits où je vais pouvoir me jeter. Où je vais pouvoir faire des trucs. Je ne prévois pas ce que je vais accomplir. Faut que ce soit du 'live' ! Et tant pis si je me casse la gueule ou si je me pète des doigts. C'est ainsi. Ces risques font partie du show… (il souffle)

L'album de Two Star Hotel est paru chez Sounds Of Subterrania! Et sa distribution a été confiée à Sonic RendezVous. Curieux non ?

B.S. : Il faut savoir qu'Al et Ben Plastic ont fondé un groupe qui a connu un certain succès au cours des années 80 : Hiatus. En Allemagne. Et dans le milieu 'crustcore'. La formation a même accompli une tournée mondiale. Jusqu'aux States. Et apparemment, ils ont conservé leurs contacts avec l'Allemagne. Notamment de cette époque. Ce qui explique pourquoi ils se sont retrouvés sur ce label.

On dit de Two Star Hotel, qu'il pratique du Plastic avant-rock ? Une explication ?

D.W. : Je pense qu'ils seraient plus aptes à répondre à ces questions. Parce qu'on risque de raconter des conneries…

Vous relevez du Collectif Jaune Orange. Etes-vous simplement groupe membre ou êtes-vous impliqués dans le conseil d'Administration ?

D.W. : Tout le monde a son mot à dire dans Jaune Orange. Les gens imaginent que c'est un gros bazar. Mais ce n'est pas du tout le cas. C'est une structure très familiale. Il n'y a qu'une ou deux personnes vraiment responsables. Finalement, cette association n'existe que par hasard. Et tous les gens qui en dépendent s'entendent bien. Tout roule parfaitement…

Qu'est-ce que vous a apporté ce collectif ?

D.W. : Enormément. Et d'ailleurs, on commence seulement à en recueillir les fruits. Parce que le collectif prend une ampleur de plus en plus importante et jouit de plus en plus d'une excellente notoriété. Les gens prennent, aujourd'hui, au sérieux, Jaune Orange.

Et Girls In Hawaii y est sans doute, un peu pour quelque chose ?

D.W. : C'est Jaune Orange qui a découvert Girls In Hawaii. Depuis, il a pris une toute autre dimension…

Que devient l'harmoniciste Lord Bernardo ? Il avait notamment participé à l'enregistrement du mini album « Dynamite Boogie ».

D.W. : On le voit de moins en moins. En fait, il a son propre groupe : Stinky Lou & Goon Mat, en compagnie duquel il tourne beaucoup, sans compter ses collaborations diverses. Mais pour nous, c'est plus un ami qu'un musicien. Il vient parfois encore nous rejoindre, mais quand il est libre. C'est-à-dire très épisodiquement…

Vous êtes actuellement en studio. Peut-on lever un coin du voile qui recouvre les sessions d'enregistrement ? Y a-t-il des invités ?

D.W. : John Roo est notre ingénieur du son. C'est un bosseur. En outre on partage la même philosophie en matière de musique. Et c'est devenu un pote. D'ailleurs, on ne peut pas travailler en compagnie de gens avec lesquels on ne s'entend pas. Et pour l'instant on ne travaille qu'avec des amis. Les sessions d'enregistrement se déroulent à Waimes… On n'a invité personne. Rien que nous trois et l'ingénieur du son. On a même emporté nos tartines.

B.S. : Et quelques bouteilles de whiskey…

Et pour la musique ?

D.W. : C'est du rock'n roll. Maintenant, il est difficile d'en dire davantage tant que tout n'est pas terminé. Notamment les parties vocales et le mixing. Mais on y est presque. On a voulu prendre une nouvelle direction, même s'il recèle beaucoup de boogie. Et puis il est très puissant, plus puissant que tout ce qu'on a enregistré jusqu'à présent.

Et la date de sortie de cet opus ?

D.W. : Il part au mastering le 27 avril, donc 3 semaines plus tard, il devrait être dans les bacs. Si tout va bien. Et pour ton info, il s'intitule « Gangrene blues » (rires). Parce que nous considérons que nous somme quelque part la gangrène du blues. (NDR : en définitive, il s'appelle « Hellelujah »)

(La suite de l'interview nous propulse le 26 janvier 2007. Juste pour obtenir quelques éclaircissements relatifs à l'entretien que vous venez de lire. Dirty Wolf nous répond par téléphone.) L'album devait sortir en mai 2006. Il compte huit mois de retard. Vous avez rencontré des contretemps majeurs ?

D.W. : Non, pas vraiment. En fait, ce retard est dû à la confection de la pochette. Tout simplement.

Lors de notre rencontre, vous m'aviez répondu, que lors des sessions d'enregistrement, vous n'aviez reçu le concours d'aucun invité. Ce qui est loin d'être le cas, puisque Arno est venu apporter son concours à l'harmonica, sur deux de vos chansons (« Twice blues » et « Dry whisky »).

D.W. : A cette époque, ta question nous avait pris de court. En fait, nous avions eu l'accord verbal d'Arno pour qu'il vienne jouer de l'harmonica sur l'une ou l'autre de nos chansons. Mais il n'était pas encore passé en studio. Et on s'est dit, merde alors, comment as-tu fait pour savoir ce que personne ne savait ? Et pour ne pas que l'affaire capote, on a préféré tout nier en bloc. On aurait eu l'air malin s'il avait décliné l'invitation. Pour le reste tu peux savoir que Lio qui joue au sein d'Electric Ladies Blues et dans Le Prince Harry nous accompagne au piano sur deux titres. Je te le signale, car on va bientôt parler de ces groupes. Et en bien !

The Shins

La toile de Pénélope

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En musique, le succès semble connaître ses frontières. En Belgique, par exemple, une bénédiction flamande n'entraîne pas forcément une prière wallonne. L'inverse tend également à se vérifier. Alors, quand on augmente les distances, le grand écart prend des proportions inattendues. Pour preuve, aux Etats-Unis, The Shins est devenu le groupe le plus vendeur de son label 'Sub Pop' depuis... Nirvana. En Europe pourtant, The Shins côtoie péniblement les rayons 'inconnus au bataillon'. A l'heure de « Wincing the night away », leur nouvel album, James Mercer, mentor de cette précieuse entité, nous parle de rock, de punk, de cinéma et du travail qui attend encore son groupe en Europe. Faudra-t-il tout recommencer ?

The Shins se présente au public comme un groupe américain. Cependant, vos références musicales sont très britanniques. Comment expliquez-vous cette situation ?

L'explication est à chercher du côté de mon parcours scolaire. J'ai obtenu mon graduat en Angleterre. Le soir, après l'école, j'écoutais de la musique. A l'époque, impossible de ne pas succomber à la scène new-wave. Le mouvement venait de surgir, les Smiths étaient partout. Et puis, chaque jour était l'occasion d'une nouvelle découverte : House of Love, Echo and The Bunnymen, The Cure, My Bloody Valentine, etc. C'était incroyable. Cela dit, je connais beaucoup de groupes américains qui sonnent plus anglais que nous.

Votre musique puise ses racines dans le courant psychédélique de la fin des années 60. Concevez-vous votre musique comme un produit de cette période ?

Dans un certain sens, j'aurai tendance à répondre par l'affirmative. Néanmoins, la musique s'est profilée comme une suite d'enchaînements logiques et ce, depuis le début des temps. Par rapport à notre musique, nous essayons d'être honnêtes, d'écrire de belles mélodies. Pour revenir à cette époque révolue, je dois reconnaître mon admiration pour The Beatles, The Zombies et The Monks.

La légende raconte que tu as appris à jouer de la guitare en reprenant le « God Save The Queen » des Sex Pistols. Info ou intox ?

Cette information est exacte. De là à dire que j'étais punk, il y a un fossé que je ne franchirai pas. Je n'ai jamais eu de crête sur la tête. Mais j'adore l'univers punk rock. Des trucs comme Black Flag, The Damned ou les Sex Pistols m'ont toujours attiré...

En Belgique, peu de gens connaissent The Shins. Quel regard portez-vous sur votre notoriété aux Etats-Unis ?

Aux Etats-Unis, The Shins jouit d'une certaine célébrité. Nous sommes souvent cités dans le haut du panier des groupes communément appelé 'indie band' (NDR : rock indépendant). C'est étrange d'être ici, de devoir tout recommencer à zéro. Mais, au final, c'est assez excitant comme démarche. Aux Etats-Unis, nous avons écoulé des millions d'exemplaires de « Chutes Too Narrow », notre album précédent. Après, il est très difficile de se situer par rapport à d'autres groupes. Prenons Yo La Tengo, par exemple. Ils sont très respectés par les journalistes. Plus que nous, sans aucun doute. Mais aujourd'hui, notre base de fans est bien plus large que celle de Yo La Tengo.

Le succès rencontré par The Shins après la sortie de « Chutes Too Narrow » a-t-il changé votre vie ?

Un peu plus encore... Mais en fait, tout a commencé par « Oh, Inverted World », notre premier album. Voilà encore quelque chose d'étrange : à l'époque, notre premier disque n'a pas été distribué en Europe... En 2004, peu avant la sortie de notre deuxième album, nous avons été contactés par Zack Braff. Celui-ci souhaitait utiliser quelques unes de nos chansons pour illustrer son nouveau film : « Garden State », avec Natalie Portman et Peter Sarsgaard. Deux chansons de notre premier cd venaient se greffer à d'excellents passages du film... Celui-ci a rencontré un énorme succès ! Il a été sélectionné au Festival de Sundance, a remporté le titre de meilleur film aux « Independent Spirit Awards » et, surtout, « Garden State » a empoché un « Grammy Award » pour la meilleure musique de film. A partir de là, notre carrière a pris une autre tournure aux Etats-Unis...

A l'origine, tu accompagnais Martin Crandall, ton bassiste, et le batteur Jesse Sandoval dans un autre groupe, baptisé Flake. Aujourd'hui, vous jouez tous les trois au sein de The Shins. Pourquoi avoir changé de nom en cours de route ?

Quand je jouais dans Flake, je souhaitais avoir un projet musical que je pouvais réellement contrôler. C'est la principale raison qui explique l'apparition d'un projet annexe, baptisé The Shins. Après avoir composé quelques chansons, j'ai demandé à Jesse et Marty de m'aider à la tâche... Mais, petit à petit, The Shins devenait plus important à mes yeux. J'y travaillais tous les jours et, sincèrement, le résultat me semblait bien meilleur que chez Flake... J'ai donc décidé de quitter le groupe et de me concentrer uniquement sur The Shins. Flake jouait de la power-pop, un peu comme Weezer... J'avais besoin d'autres choses : des mélodies, une pop consistante, etc.

Ecouter The Shins, fermer les yeux : nous voilà déguisés en hippies, éclatés dans une camionnette en pleine tournée. A bien y regarder, vous êtes des rejetons des sixties perdus en plein 21ème siècle. Votre musique véhicule énormément d'images. Mais qu'en est-il en réalité ?

En tournée, on s'amuse beaucoup. Mais les clichés associés à la culture pop ne font pas partie de notre réalité. Bien sûr, toutes les excuses pour boire un verre sont toujours bonnes à prendre. Mais nous sommes loin d'être de nouveaux hippies : pas de drogue, pas de fête communautaire et autres exubérances pacifiques. De toute façon, nous sommes certainement trop cyniques pour être des hippies... (rires)

En parlant de hippies, une de vos nouvelles chansons s'intitule « Red Rabbits ». Doit-on y chercher une référence au « White Rabbit » du Jefferson Airplane ?

En fait, ce n'est pas du tout un clin d'?il au Jefferson Airplane... On ne m'avait pas encore évoqué ce rapprochement. En cherchant, on pourrait y trouver un lien. Mais, à la base, ce n'est pas du tout voulu. Notre chanson évoque la fin d'une relation d'amitié. C'est l'histoire de deux individus dont les personnalités évoluent avec le temps et fissent par devenir incompatibles. Ce sont des textes très personnels. Et là, nous sommes relativement éloignés du trip hallucinatoire du Jefferson Airplane ! (rires)

« Wincing the night away », votre nouvel album, se recentre sur des sonorités pop. Vos deux disques précédents s'éparpillaient davantage. Comment expliquez-vous ce recadrage ?

Je voulais faire grandir le projet. Nous ressentions le besoin de changer de direction. Aujourd'hui, nous sommes plus à l'aise pour en parler. D'une certaine façon, nous avons l'impression d'être parvenus à intégrer les sonorités du passé, à les transcender par le prisme de la modernité. En écrivant de nouvelles chansons, j'essaie toujours d'éviter l'écueil de la redite. C'est important : la répétition suscite trop souvent l'ennui.

En chantant « Australia », vous dégagez une bonne humeur communicative sur votre nouvel album. Associez-vous l'Australie à d'inoubliables souvenirs ?

Nous avons effectivement passés d'excellents moments en Australie. La chanson s'intitule « Australia » pour la simple et bonne raison que ce morceau a été composé en Australie... La mélodie est agréable, elle rend heureux. Mais, au fond, c'est très paradoxal car, cette chanson évoque une femme horrible, vraiment méchante avec laquelle j'ai travaillé pendant des années. A elle seule, elle cumulait les pires attributs de l'humanité : la laideur, le racisme, etc. (rires) A l'époque, je travaillais dans une usine d'exploitation de miroirs... Un job très excitant... Bref, c'est un peu comme une production des Monty Python : un sujet très sombre traité de façon légère...

Tout est joli / All is pretty

Les détours d'un petit retour

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Une sentence en forme d'épitaphe, six musiciens, une obstination poétique politiquement correcte, Tout est Joli/All is pretty marque son 'petit retour'. Au cœur des retrouvailles, « Ritournelles », deuxième album de haute volée. Entre anglais et français, Moïse et Epicure, Randy Newman et Leonard Cohen, la formation esquisse les contours d'un album en dents de scie. Inoffensif mais diablement jouissif. Rencontre. 

Votre nouvel album s'intitule « Ritournelles ». Ce titre évoque un morceau symphonique. Comment interprétez-vous ces « Ritournelles » ?

Un jour, je parcourais l'œuvre du philosophe français Gilles Deleuze. Dans un de ses écrits, il donnait une définition de la musique, soulignant au passage que ses fondations reposaient sur la ritournelle. Dans toutes les musiques, on retrouve des ritournelles. Cette explication de Gilles Deleuze m'a semblé extrêmement limpide. Et puis, le mot ritournelle trouve son origine dans le vocable italien : 'ritornello'. Autrement dit 'le petit retour'. Ce qui correspond bien à l'idée globale du disque et de sa pochette. La couverture ressemble à de l'art brut. En réalité, il s'agit du diagramme chinois du changement. Cette illustration remonte donc à une époque très lointaine.    

Le nom du groupe découle-t-il de la célèbre citation d'Andy Warhol ?

Il y a plus d'une quinzaine d'années, je suis allé voir une rétrospective d'Andy Warhol à Cologne. Je ne suis pas vraiment un grand admirateur de l'artiste mais en visitant cette exposition, je suis tombé nez à nez avec un mur blanc sur lequel il était écrit 'All is pretty'. C'est un des plus beaux aphorismes qui puisse exister. 

Votre approche de la musique semble très religieuse. Est-ce votre volonté de départ de toucher à toutes les religions à travers vos chansons ?

En fait, nous ne sommes pas du tout religieux. Néanmoins, je considère que tout l'ancien testament et la mort de Moïse constituent une véritable splendeur. C'est de la très grande littérature. Et si nous évoquions la naissance du rock'n'roll ? Le rock découle du blues, directement inspiré du gospel. On retrouve donc une dimension très chrétienne à travers le rock. Pour preuve, Skip James, maître absolu du blues américain, connaissait l'ancien testament par cœur. Et tous les amateurs de rock ayant élu Elvis comme monarque doivent savoir qu'il était un éblouissant chanteur de gospel. Aujourd'hui, il est de bon ton de diaboliser les religions. Et bien, au fond, c'est un peu idiot...

Votre musique est un peu à l'image de votre patronyme. Vous chantez aussi bien en anglais qu'en français. Pourquoi abordez-vous ces deux langues sans pouvoir trancher entre Tout est Joli et All is pretty ?

Notre intérêt pour le taoïsme a certainement eu un impact important sur ce concept. Cette discipline conseille, en effet, à ses adeptes de ne pas choisir ou, tout du moins, d'éviter de choisir. D'un point de vue moral, on peut considérer cette perspective comme une forme de lâcheté. Mais ce n'est pas le cas. Sur « Ritournelles », le recours à la langue française est très précis. Cependant, je pense que pour certains types de musiques, l'anglais est plus approprié. Il existe une musicalité anglo-saxonne propre à l'anglais. Certaines musiques anglo-saxonnes n'ont d'ailleurs pas d'équivalent en français...  

Vos sources d'inspirations sont-elles d'ordre poétique ?

Notre inspiration est à la fois musicale et littéraire. Il y a tellement de musique dans les livres qu'on en arrive parfois à une sorte de confusion. Nous nous inspirons évidement de ce que nous lisons et entendons. A travers ce disque, l'auditeur peut également déceler un aspect non négligeable de notre musique : son côté politique. En écoutant «  La fin du Mal », on retrouve d'ailleurs cette appétence. En général, en musique, lorsque le narrateur évoque son récit à la première personne du singulier, ce n'est pas lui qui parle. C'est un principe ironique traditionnellement utilisé pour évoquer une histoire, un concept, une idée. Dans « La fin du Mal », le 'nous' relève de ce principe, faisant ainsi une allusion évidente au communisme. C'est donc un point de vue ironique.  

En ce sens, considérez-vous la fin du communisme comme une des plus belles victoires de l'humanité ?

Indéniablement, la fin de cette idéologie politique a engendré la fin d'un totalitarisme extrêmement criminel. Le nazisme et le fascisme sont deux formes d'exploitation du peuple dont les réputations ne sont plus à faire : c'est absolument monstrueux. Une question se trame derrière cette réflexion : 'Qui attendait quelque chose du nazisme ?' A l'époque, les autorités allemandes avaient jeté de la poudre aux yeux du peuple. Mais le reste du monde avait décelé les contours de cette vaste supercherie. Pour le communisme, c'est une autre paire de manche ! En effet, le communisme a représenté un sérieux espoir dans de nombreux pays. C'est ça que je trouve terrible... J'ai tendance à considérer qu'il existe une sorte d'amnésie autour de la notion de communisme. De nombreuses personnes affirment que cette idéologie véhicule de bonnes choses... De bonnes choses ? En Chine, il ne faut pas oublier que ces bonnes choses ont engendré 70 millions de morts. Si on appelle ça de bonnes choses... Pour revenir à la chanson intitulée « La fin du Mal », j'espère que les auditeurs ne la taxeront pas d'anticommunisme primaire. Car il faut bien se le dire : il n'existe pas d'anticommunisme primaire...

Dans votre discographie, « Ritournelles » est votre deuxième album. Votre premier disque a été enregistré voilà plus de sept ans. Comment expliquez-vous cette absence prolongée ?

Nous sommes revenus un dimanche... (rires) Après le premier album, nous avons rencontré des difficultés pour enregistrer un nouvel album. Nous avions besoin de réfléchir, de faire une pause. Elle aurait pu être définitive. Mais, finalement, nous nous sommes retrouvés autour d'un concert. C'était dans une salle appelée « Le Phoenix ». Et ne dit-on pas que l'animal renaît toujours de ses cendres ?  C'est donc dans cette salle que nous avons rencontré le manager du label Soundstation. Il nous a permis d'enregistrer « Ritournelles », notre 'petit retour' discographique…

Malibu Stacy

Des pizzas, des burgers et des frites...

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Quoique responsable d'un premier album de bonne facture (« G »), paru au printemps dernier, Malibu Stacy est avant tout un groupe de scène. Depuis leur victoire au 'Concours Circuit' en 2004, les Visétois n'arrêtent d'ailleurs pas de tourner. Et si vous ne les avez jamais vus en 'live', c'est que vous n'assistez jamais au moindre festival ! Ou alors que vous êtes collés devant votre téléviseur du matin au soir. C'est d'ailleurs à l'issue de leur prestation à Dour que la formation nous a accordé cette interview. En l'occurrence le chanteur David et le bassiste Paulie. Très à l'aise pour parler de tout, même au second degré… sauf de musique. Jugez plutôt par vous-mêmes…

Leur premier opus a donc été enregistré à Bologne sous la houlette de Francesco Donadello (Yuppie Flu). Une expérience humaine qui aurait pu être intéressante. Apparemment ce ne fut pas le cas. Paulie s'explique : « En fait Francesco passait la plupart de son temps à regarder la TV ou à manger des pizzas. Ah oui ; et aussi à régler des pédales durant des heures. Pendant ce temps là, on attendait. Hormis ces quelques détails, il travaille plutôt bien. » David nuance : « Il fait quand même correctement son boulot ? » Paulie reprend déjà le crachoir : « Il est surtout lent ! Mais il y a pire : Matteo (NDR : Agostinelli), le superviseur ! Lui n'en avait strictement rien à branler des sessions. Il passait son temps à accorder des guitares. On doit l'avoir crédité dans les remerciements spéciaux ou quelque chose du style. Ceci dit, Francesco est plutôt compétent. Mais il ne fait pas grand-chose… » Maintenant, le plus important est de savoir si le groupe est satisfait du résultat. Paulie embraie : « Au départ, nous n'étions pas trop satisfaits. Mais en écoutant des disques d'Elvis Presley, on en a conclu qu'on avait fait le bon choix au niveau du son. On s'est même reproché de copier le King ! Plus sérieusement, on voulait un son un peu sourd comme dans les années 50 ou 60. Et finalement, je pense que l'objectif est atteint... » Après l'Italie, la formation s'est envolée aux States. A Los Angeles, très exactement. Pour y tourner le clip de ‘LosAngeles’. Et manifestement, on ne peut pas dire que le voyage leur a laissé un souvenir touristique impérissable. Paulie est néanmoins satisfait de ce périple : « A L.A., j'ai battu mon record de burgers ingurgités. J'en ai avalé quatre de suite. Avec des frites ! Mais cette expédition reste pour moi un excellent souvenir ! Surtout que ces aliments étaient excellents. La viande était bien grillée… » David enchaîne : « Effectivement, leurs burgers sont délicieux. Mais la bière n'est pas terrible… » Paulie confesse : « Mais notre meilleure aventure nous est arrivée le dernier soir. A l'hôtel. En fait, on s'est retrouvé dans une maison de passe. Du côté de Venice Beach. On l'avait aussi bien cherché. Bref, il y avait plein de putes. Et des miroirs partout. Et on s'est bien rincé l'œil (NDR : les yeux ?). Mais le problème c'est qu'on y a dormi. Un peu gênant, quand on voit tous les mecs qui entraînent les prostituées dans les chambres. Non, mais tu imagines te glisser dans un lit en te demandant s'il n'y a pas des traces visqueuses sur les draps. Beuurk ! On partait donc lendemain et on s'est mis à boire comme des porcs. Et on ne s'est réveillé que lorsque les taxis sont arrivés. Si bien que lorsqu'on a repris l'avion, on était complètement déchirés… » Oui, mais ils étaient quand même partis en Californie pour y tourner un clip ? Paulie acquiesce : « Tout à fait ». Et David confirme : « Oui mais on s'y rendait en toute décontraction ! Un peu comme si on prenait des vacances. » Paulie argumente : « En fait on disposait d'un budget qui nous a permis de partir là-bas. Dans une ville où nous rêvions nous rendre. Bien sûr, il y a eu le tournage de la vidéo. Mais l'important, c'est qu'on s'est bien amusés et qu'on a bien rigolé. La seule contrariété vécue a été causée par le décalage horaire… »

Justement à propos de budget, Malibu Stacy a failli ne pas signer chez Bang ! Ce qui méritait une explication. C'est toujours Paulie qui s'explique. « Après avoir sorti l'Ep, Pias nous a contacté pour nous proposer un contrat. En fait, nous n'avions alors pas encore signé chez Bang ! Mais Bang ! nous a rappelé que nous avions enregistré l'Ep chez eux et qu'il n'était pas question d'aller voir ailleurs. On a alors discuté ; et ils ont doublé le budget. On a finalement opté pour le label qui avait effectué la meilleure proposition. Nous souhaitions nous engager auprès de la firme susceptible de mettre le plus de moyens à notre disposition. Nous ne voulions pas gamberger, mais bien avancer. Faire ce que nous avions envie de faire. » David se défend : « Nous avons appliqué une technique rencontrée dans les soumissions d'entreprise. Quand tu envisages de remplacer ta toiture, tu contactes plusieurs entrepreneurs. Et puis tu choisis celui qui te semble le plus intéressant en matière de qualité/prix. On a fait pareil ! »

L'ancien bassiste, Jean-Christophe a cédé sa place à l'ex-claviériste Paulie. Et ce dernier a refilé les claviers à un nouveau venu, Jérôme (présent tout au long de l'interview, mais muet). Mais qu'est devenu Jean-Christophe ? Paulie clarifie : « Il est toujours avec nous. Mais il est devenu notre tourneur. Il a changé de fonction. Et il n'en rate pas une pour nous tancer. Quand on joue, il est derrière la table de mixage. Si j'ai le malheur de louper une note à la basse, il se tord de rire. Et ça me fait chier. Ca me perturbe. Et j'ai alors besoin d'une demi-heure pour me reconcentrer. » Pourquoi a-t-il choisi la basse, alors ? Il se justifie : « Je ne suis pas bassiste, mais guitariste. Et chez Malibu Stacy, au départ, on m'a confié les claviers. Mais lorsque Jean-Christophe a cessé de jouer au sein du groupe, j'ai voulu reprendre la basse, parce que les claviers me faisaient super chier (rires). Je déteste cet instrument. Et Jérôme a pris le relais. J'ai en quelque sorte sauté sur l'occasion pour passer à autre chose. C'est quand même plus marrant de tenir quelque dans la main que de taper sur un truc posé sur un pied. » Le phénomène des chaises musicales, quoi ! « Exactement ! Chaque membre du groupe essaie de monter en grade. Et mon prochain objectif sera le chant… (rires). Il faudra que je porte des lunettes. Arbore un look différent. Sans oublier de laisser pousser une mèche de cheveux sur le côté…  Non c'est pour rigoler. Ca ne marchera pas… »  Et chanter en anglais aussi bien que David. Mais pourquoi chanter dans la langue de Shakespeare, lorsqu'on est francophone ? David réplique : « Chez moi, c'est totalement naturel. A cause de la musique que j'écoutais quand j'étais très jeune. Et puis parce que c'est l'expression qui colle le mieux à la musique pop/rock qu'on pratique. En outre, j'ai vécu un moment en Ecosse et j'aime parler cette langue. »  

Le jeu de scène de David est impressionnant. Il bondit parfois sur les planches comme un chat. Et manifeste une expression corporelle digne des plus grands showmen. Pourtant, il n'a jamais fait ni de théâtre, ni de gymnastique ou exercé une quelconque activité sportive. Il confirme : « Non, jamais. C'est naturel. Mais je ne pense pas que je sois vraiment souple. Disons que j'ai plutôt de la détente. En fait je ne suis pas du tout souple (NDR : il se lève et parvient difficilement à mettre le bout des doigts au sol, les jambes tendues. Dans le même temps, Paulie y pose la paume des mains, sans la moindre difficulté). Paulie se met à frimer : « Ma copine me reproche souvent de ne pas être assez souple au lit. Mais d'y être quand même performant (NDR : vantard !). Pourtant, tu vois, je réussis plutôt bien les exercices de souplesse. En fait, lorsque je fréquentais l'école secondaire, j'ai remporté un prix de souplesse lors du concours de fin d'année. Non, non, je ne déconne pas ! Mais il est vrai que je ne suis pas parvenu à battre le record établi par un ancien élève, dix ans plus tôt. » Pour l'expression théâtrale, David manifeste toujours la même modestie : « Non, non, je n'ai jamais fait de théâtre. Sur scène je ne fais vraiment pas attention à ce que je fais. Ni ne réfléchis à prendre l'une ou l'autre pose… » Qui peuvent néanmoins faire penser à Jarvis Cocker ou à Morrissey… David admet : « J'aime beaucoup la musique des Smiths, même si Morrissey se fait vieux ; et bien sûr de Pulp. Mais mon attitude sur scène n'a strictement rien à voir avec mes goûts musicaux. D'ailleurs, j'aime beaucoup la musique britannique en général… » Evidemment Paulie n'a pas manqué l'occasion d'en rajouter une couche : « J'ai suivi des cours à l'Académie. Et un jour, un type m'a demandé si j'aimais la poésie, etc.  Je pensais qu'il voulait me draguer. En fait, il souhaitait que je rejoigne leur troupe de théâtre. Parce qu'elle ne recelait pas assez de mecs. Ou si tu préfères, il y avait trop de filles à son goût. C'est ce que je voulais dire… »

Sans quoi pour leurs goûts musicaux, difficile de leur tirer les vers du nez. Le Fisher Z de John Watts ? Connaissent pas ! La fin de l'histoire de Weezer ? Un événement peu important, puisque les dernières années vécues par le groupe américain n'étaient quand même plus très convaincantes. Et Paulie d'ajouter : « La plupart des journalistes nous parlent de Weezer comme si c'était une influence majeure. Mais on n'a jamais essayé de s'en inspirer. En fait, on a tous écouté le premier album de cette formation. Qu'on appréciait beaucoup. Par la suite, on n'a plus jamais beaucoup accroché à leur musique. »

Pour votre info, sachez que ce n'est pas le Collectif Jaune Orange qui les a boostés à leurs débuts. Ils ont rejoint l'équipe après le concours. Ce qu'ils ne regrettent pas, parce qu'ils trouvent que les gens qui l'animent sont très chouettes. Et Paulie d'insister : « Finalement, je pense que le Collectif bénéficie aujourd'hui de notre statut ». La jolie fille peu habillée qui figure de dos sur la pochette est un mannequin. Ce qui coupe les ailes au canard selon lequel ce serait une copine des membres du groupe. Ces derniers ne sont pas davantage des fans des Simpsons auxquels ils ont quand même emprunté le nom de la poupée de Lisa. Ils estimaient simplement que le patronyme sonnait bien… Par contre, ils ont bien piqué le célèbre 'Hey you, what's that sound ? Everybody look what's going down', immortalisé par les Rhymes Digitales, pour le reproduire lors de la fin de leur chanson 'Feck'. On imagine donc que le groupe a dû payer des droits d'auteur pour utiliser cette phrase… Paulie rectifie : « Ces paroles ne sont pas des Rhymes Digitales, mais de Buffalo Sprinfield. En fait, au départ, c'est également ce qu'on pensait. Puis, on s'est rendu compte de notre méprise. Et finalement ce n'est pas plus mal, car chez Buffalo Springfield, ils sont presque tous morts. Il ne reste plus que Neil Young. Et à mon avis, il s'en tape complètement de cette reproduction (rires). Notre label nous l'a quand même fait remarquer et aurait souhaité qu'on l'expurge. Or c'est cette version là qui passe le mieux et qui fait en quelque sorte l'originalité de la chanson. Donc on a décidé de la garder. Et jusqu'à présent, on n'a pas rencontré de problèmes… »

Sharko

Réaction chimique

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Rien n'est simple : la vie est compliquée, le monde imparfait. Oui, c'est vrai. Dans un monde parfait, les albums de Sharko se vendraient à la pelle. Le nom du groupe à peine susurré, les fans s'évanouiraient. Oui, c'est vrai. Dans un monde parfait, les trois Bruxellois se paieraient les scalps de Placebo et de Shakira. C'est comme ça. Malheureusement, la terre tourne à l'envers. Et à l'heure de la sortie de « Molecule », le nouvel album de Sharko, l'énorme potentiel du groupe de David Bartholomé demeure encore insoupçonné par les nombreux fans d'un rock puissant et racé. Une fois encore, les nouveaux morceaux de Sharko affichent l'envergure de leur ambition. Au fait, il n'est jamais trop tard pour changer le monde, changer de vie...

En s'attardant sur votre discographie, on constate que la mise en œuvre de ce nouvel album vous a demandé plus de temps que d'habitude : trois ans. Il s'agit du laps de temps le plus important entre deux disques de Sharko. Comment expliquez-vous ce constat ?

Cette période a été très difficile. Elle correspond à une remise en question totale, à une envie de tout arrêter... Nous vivions une impasse artistique : impossible d'écrire de bonnes chansons. Celles écrites à l'époque étaient inutiles, vaines, vides de sens. Les morceaux composés pendant cette période étaient comme 'des mobylettes sans essence'. Parfois, on retrouvait l'amorce de bonnes idées. Quelques unes se retrouvent d'ailleurs aujourd'hui dans « Molecule ».

Quel est, selon vous, l'événement qui a marqué le début de cette période de doute ?

Nous sommes rentrés d'une tournée en France. Ensuite, nous devions bosser sur notre nouvel album dont la sortie était prévue pour septembre 2005. Mais dès le début du processus d'écriture, le cœur n'y était pas. Aucune sensation : rien ne venait, rien ne sortait...

Comment êtes-vous retombés sur vos pattes ?

Le premier déclic repose certainement sur cette volonté d'arrêter le projet, d'en finir avec Sharko. Le choc a vraiment été terrible pour les autres membres du groupe. Une fois cette déclaration passée, la deuxième étape thérapeutique est à mettre à l'actif des nombreux messages d'encouragement envoyés par Teuk et Julien, mes deux musiciens et amis. Ils insistaient : 'On a peut-être pas tout donné ! Il reste encore de nombreuses choses à écrire, etc.' Aujourd'hui, je n'ai pas encore décelé l'origine de ce ras-le-bol. C'était sans doute lié à un contexte général, à des problèmes personnels. Tout cela demeure très complexe...

Aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre. Le nouvel album est là. Il s'intitule « Molecule » et a été mis en forme par Dimitri Tikovoi, une grosse pointure en matière de production. Son nom est souvent rapproché des œuvres de Placebo, Archive, Goldfrapp ou, encore, Shakira. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Nous connaissions Dimitri grâce à son travail de production sur le projet Trash Palace. Nous l'avions approché quatre ans plus tôt. Depuis, il a produit des artistes de dimension internationale. Après avoir composé les chansons du nouvel album, nous recherchions un producteur. Nous avons alors songé à le contacter... Mais il était injoignable et certainement trop cher pour nos moyens... Mais coup de bol : on avait conservé son adresse personnelle ! Dès lors, on lui a envoyé notre démo fin mai. Trois jours après l'avoir reçu, il nous a contactés, nous posant pas mal de questions. Après cet interrogatoire téléphonique, il nous a confié : 'Je suis disponible dès le trois juillet, est-ce que vous êtes prêts ?' Force était d'admettre que nous n'étions pas encore tout à fait au point... Finalement, s'il a accepté de travailler avec nous, en passant au-delà de notre maigre apport financier, c'est en grande partie en raison de la souplesse de notre musique. En arrivant, la première question qu'il nous a posée était : 'Etes-vous déterminé à vous laisser diriger ?' Notre réponse était spontanée : 'Si on fait venir un mec de Londres, ce n'est certainement pas pour lui donner des ordres !'

Après cette rencontre et cette collaboration, considérez-vous son apport comme majeur dans le compte rendu final de « Molecule » ?

Le résultat final est très éloigné de la démo envoyée dans sa boîte aux lettres ! Essentiellement au niveau de la profondeur des sons et du discours...

La pochette du nouvel album bouleverse la conception esthétique de votre discographie. Pour la première fois, ce sont vos visages qui illustrent votre album ? Est-ce une volonté de se mettre davantage en avant ?

On s'est réunis pour écouter l'album et discuter de sa pochette. Nous ne voulions pas entrer dans un plan graphique à la Franz Ferdinand. Nous cherchions quelque chose de simple, spontané, radical, sombre : une image correspondant parfaitement à l'esprit de ce nouveau disque. La première idée venue était celle d'une photographie de nous trois, en noir et blanc. Il n'existe rien de plus franc et radical.

Sur « Molecule », deux chansons se référent au concept de 'Bug' : « Love is a Bug » et « Bug ». Eprouvez-vous une fascination pour cette notion ?

La double signification de ce mot est captivante. 'Bug' peut se traduire par 'petit insecte' : une coccinelle, par exemple. Mais il peut aussi s'agir d'un 'dérèglement'. Sur la première chanson de l'album, nous voulions retrouver un son très puissant, évoquant une attaque d'abeilles. On a beaucoup joué là-dessus. Par ailleurs, les paroles de la chanson parlent d'un gars dévoré par les problèmes. A la fin, il prend conscience qu'il est quand même quelqu'un de bien... Ça vous rappelle quelqu'un ?

Le premier single de l'album s'intitule « Motels ». Pourquoi avez-vous opté pour ce titre pour lancer le disque ?

En réalité, nous ne l'avons pas choisi ! Le patron de notre label souhaitait que « Motels » soit ce premier single. C'est un bon titre... Alors, pourquoi pas ? Personnellement, j'aurai davantage misé sur « Trip », un morceau agressif, immédiat, très court. Dans un monde idéal, mon choix se serait porté sur cette chanson. Mais on ne fait pas toujours ce qu'on veut... Par ailleurs, nous accordons une entière confiance aux décisions de notre label.

Les nouvelles chansons touchent essentiellement au thème de l'amour. On pense à « Sweet Protection », « I Need Someone ». Pensez-vous qu'il s'agisse d'un thème inépuisable dans l'univers de Sharko ?

Nos textes se référent aux relations. Qu'elles soient amoureuses ou humaines. Nous aimons mettre en parallèle la relation avec 'soi-même' et essayer de projeter cette vision vers une relation extérieure. C'est également une relation avec l'intimité.

Pour votre retour à la scène, vous avez joué deux dates. La première s'est déroulée au Cirque Royal, la seconde à La Cigale, à Paris. Comment le public réagit-il à l'écoute de vos nouveaux morceaux ?

Le public semble heureux de nous retrouver sur scène. A Paris, c'était une sensation extraordinaire : nous étions fiers d'être Belges... Cela peut sembler un peu idiot. Mais nous avons ressenti quelque chose de très puissant. Devant le public du Cirque Royal, l'émotion était intense. On revenait de loin... Avant de monter sur scène, nous ressentions une terrible montée d'adrénaline. Le silence régnait, nous échangions des regards et, soudain, le concert a commencé...

Sharko est de plus en plus présent sur la toile. Pour de nombreux artistes, Internet constitue désormais un important moyen de diffusion. Votre implication sur un site comme MySpace en témoigne. Que pensez-vous de cette évolution ?

C'est dans l'air du temps, on ne peut plus s'en passer... D'ici cinq ou dix ans, le support disque risque de disparaître. Pour de nombreux artistes, Internet va alors devenir le seul média de diffusion et de promotion. Certes, il y aura toujours des gens pour défendre la cause des cd's. Mais il faut se faire une raison : l'industrie ne nous demandera pas notre avis. A-t-elle demandé l'avis des gens lorsqu'elle a décidé de débarquer le disque vinyle ? Combien de collectionneurs de vinyles se sont retrouvés dans l'impossibilité de lire leur disque parce qu'ils ne pouvaient plus se procurer le tourne-disque nécessaire à leur bonheur ? Les gens ont été obligés de passer aux cd's. Et pensez-vous que quelqu'un nous demandera notre avis le jour où la FNAC fermera ses portes ? Dans quelques années, il est évident que les 'petits artistes' ne jouiront plus du luxe d'un support plastique...  Paradoxalement, les gens n'ont jamais autant écouté de musique qu'aujourd'hui. Les sites d'échange, les plates-formes MySpace, les blogs, les pages personnelles : la musique est partout !

 

Yel

Yel, c'est Yel...

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Le départ de Pascal (guitariste) et son remplacement par Watch (multi-instrumentiste) ont poussé Yel à évoluer vers de nouveaux horizons sonores. Le nouvel opus, « Electrophone », conserve l'univers rock des albums précédents mais s'en voit agrémenté de quelques touches électro efficaces et de claviers émouvants. Les mélodies, toujours empreintes d'influences anglo-saxonnes (Muse, Placebo), viennent servir les textes d'un Jean-X qui prône avant tout l'émotion. 

Jean-X : Il faut être sincère. Je pense que c'est la seule chose qui peut payer sur le long terme. Etre vrai dans ce qu'on propose comme musique et dans ce qu'on propose comme textes. Sinon, on se perd dans des chemins obscurs. Et le fait d'être sincère et d'être touché par ce que le public peut apporter, ça se voit. C'est cet échange entre le public et le groupe qui peut faire que le groupe marche ou pas.

Vous sortez aujourd'hui votre troisième disque. En édition limitée, il est accompagné d'un cd bonus. Pourquoi ne pas avoir réuni tous les morceaux sur un seul disque ?

Jean-X : Initialement, on voulait faire un album qui soit plus vintage, dans le sens de l'écoute. Un peu le style qu'on pouvait avoir dans les années septante. Il n'y avait que ça d'ailleurs : des vinyles avec trente minutes de musique d'un côté, trente minutes de l'autre (NDLR : c'était pas deux fois vingt minutes ?) On voulait revenir à ce format-là. C'est un format sympa d'écoute : avoir vingt-cinq, trente minutes à écouter et après changer. Puis on est parti sur le concept de réaliser un double album au niveau du packaging, de l'objet. On voulait un bel objet et le projet a évolué : on a gardé le double album, ce côté tactile, mais on a un peu changé le concept dans le sens où on a fait un cd onze titres et un cd bonus. Finalement, on n'est pas si loin du projet initial puisqu'on a d'un côté 40 minutes et de l'autre 20-25 minutes.

Le groupe a changé de composition : Pascal (le deuxième guitariste) est parti et a été remplacé par Watch que l'on retrouve aux claviers, à la basse et aux programmations. Cela témoigne-t-il d'une volonté du groupe d'évoluer vers de nouvelles sonorités ?

Jean-X : Oui. Quand il y a eu un changement de line-up, on cherchait une personne avec qui le courant passait et qui pourrait faire évoluer le son. On avait déjà fait un concert avec Watch et le courant passait très bien humainement et musicalement. On s'est dit qu'on allait essayer et ça a bien marché dès le début. On a vu que le son évoluait naturellement. Il n'y avait pas vraiment une prise de position par rapport à ça. Le fait que Watch arrive, le son a évolué. C'est très positif. C'est un peu les circonstances de la vie qui ont fait que le son a évolué.

Sur cet album, on retrouve l'influence de Noir Désir, mais également de Muse ou Placebo. Toutefois, on retrouve aussi quelques touches électro. Qu'écoutiez-vous durant l'enregistrement de ce disque ?

Watch : C'est assez étonnant parce que, de mon côté, j'écoute vraiment peu d'électro. Par contre, j'écoute pas mal de groupes rock qui ont une touche électro, style Placebo. Mais au niveau électro pure, peu. Au niveau des influences, j'écoute beaucoup plus de rock qu'autre chose. Ca reste classique, pas mal de groupes anglophones : Muse, Placebo, … des choses comme ça.

J-X : Moi je n'écoute absolument rien. Je suis dans le trip studio.

La première chanson du cd, « Est-ce que tu l'entends », donne le ton d'entrée de jeu : Yel est un groupe de rock qui chante en français. Est-ce important, pour vous, de rester fidèle à votre langue ?

Jean-X : Le français reste pour nous une évidence. C'est un challenge aussi de faire du français avec du rock'n'roll. Mais ça marche.

Le texte compte autant que la mélodie?

Jean-X : C'est complémentaire. Il y a une émotion qui est dégagée par la musique et le texte prend le relais pour poursuivre l'émotion. Ca va de pair. On pourrait mettre un texte en anglais dessus, ça pourrait fonctionner.

Vous n'avez jamais souhaité sortir un disque en anglais ?

Jean-X : On ne dit jamais ‘jamais’. Mais pour l'instant non. Les textes qu'on propose ne sont pas des prétextes. Je me rappelle d'un chanteur qui disait : 'ben voilà, moi je m'amuse à recopier les sous-titres de certains films pour les mettre dans mes chansons'. Je trouve ce choix pauvre d'un point de vue artistique. Il existe des lyricistes en Belgique qui manient la langue de Shakespeare, bien mieux que moi et qui ont des choses à exprimer. Je parle l'anglais, mais je suis incapable d'écrire de la poésie ou d'exprimer clairement une idée dans cette langue. 

Dans « La nuit, le jour », vous parlez de dépendance. Est-ce de la cigarette dont vous parlez ? 

Jean-X : Tout à fait ! Comment tu as trouvé ?

Londrès, Manille, Danita… Mais à première vue on pourrait croire à une dépendance amoureuse…

Jean-X : Une dépendance, c'est une dépendance. Ce qui est intéressant, c'est de voir qu'en disposant d'une trame assez large, au niveau du thème, au niveau des mots, on arrive avec son vécu à pouvoir penser et à pouvoir voir des choses que d'autres verraient différemment. Mais effectivement, le morceau a été écrit par rapport à une dépendance à la cigarette. 

« Nos raisons de passages » est le morceau le plus agressif de l'album. C'est également le seul texte qui raconte une histoire qui ne semble pas personnelle…

Jean-X : C'est le seul morceau qui est au premier degré. C'est plus facile parce qu'on prend un endroit et on le décrit. J'ai l'impression que c'est plus facile mais c'était un peu un exercice de style. C'était s'essayer à autre chose et comme le morceau était très carré, je voulais un texte très brut. Quand je parle de mes billes et mon chien, c'est très brut aussi, c'est terre-à-terre et ça colle bien à la musique. 

Sur ce disque, vous posez beaucoup de questions (« Faut-il », « Pour le meilleur »). Vous vous interrogez sur la vie, la mort, les relations humaines, la société… Quelle est la question que vous vous posez le plus souvent ?

Watch : Quand est-ce que je bois une bière ? (rires)

Jean-X : Personnellement, je me pose plein de questions sur la vie, la mort. Où sera-t-on dans vingt ans au rythme où on vit maintenant ? Il n'y a pas une question en particulier mais des questions qu'on se pose tous à mon avis. J'ai la chance de pouvoir les mettre en chanson.

Vous écrivez la plupart des textes. Le reste du groupe les accepte toujours ? 

Watch : Il est très rare qu'un texte ne soit pas accepté, car on est toujours en admiration devant ses textes. Une seule fois, un texte a été remis en question ; et encore pas par tout le monde. Personnellement, j'ai toujours été en admiration devant cette faculté d'écriture et je n'ai jamais ni pensé ni osé émettre la moindre critique. 

« Rien d'autre que toi » parle de la recherche d'identité et de bonheur et « J'oublie » décrit un monde dominé par l'argent, où l'on se pervertit pour pas grand chose. Vous pensez que le bonheur ne peut être qu'individuel ?

Jean-X : On se retrouve aujourd'hui à vivre des bonheurs individuels. Pour l'instant, notre société vit une crise d'adolescence. On veut de la liberté mais en même temps on a besoin de sécurité. On ne sait pas trop comment se positionner. Je pense qu'il va y avoir un retour aux valeurs, où le bonheur ne sera plus individuel comme ce qu'on peut vivre maintenant parce qu'on est occupé à se chercher. Je pense qu'on va revenir à des choses beaucoup moins futiles que celles vécues aujourd'hui, beaucoup moins matérielles aussi. Demain, l'environnement ne va pas aller mieux mais je pense que les relations vont s'améliorer.

Pourtant vos textes sont en général pessimistes…

Jean-X : Oui, mais c'est aussi pour ouvrir les yeux du public et faire ressentir certaines choses aux gens en disant : 'regardez, n'y a-t-il pas moyen de faire quelque chose ?'

Certains vous comparent à Kyo. Et en particulier sur des morceaux tels que « Mon âme » ou « Rien d'autre que toi ». Qu'en pensez-vous ?

Jean-X : On nous compare à Kyo, à Pleymo et à Noir Désir. Les deux précédents albums c'était Noir Désir parce qu'ils commençaient à récolter du succès et on les entendait partout. Ici, Kyo a percé depuis 2-3 ans. Or, notre album était déjà sorti ; donc on ne pouvait pas nous le faire. Kyo c'est un groupe français qui fait du rock, comme Pleymo. On apprécie d'être comparé à des groupes de cette trempe. Ce sont quand même des groupes de grande envergure ; ce qui veut dire que la qualité musicale existe aussi. Je pense qu'on a tous en commun, eux comme nous, les mêmes influences anglaises. On les a digérées chacun de son côté et, aujourd'hui, on restitue ce qu'on a entendu, ce qu'on a vécu, ce qu'on a ressenti. A part ça, je pense que si à l'époque, on était un ersatz de Noir Désir, on n'existerait plus. Le public a vu qu'il y avait autre chose. Le troisième album va encore montrer que Yel, c'est Yel.  

Dans « Pour le meilleur », vous dites : 'pour le meilleur, je ferai le pire, pour notre meilleur avenir'. Quel serait votre meilleur avenir ? Quel serait le pire que vous puissiez faire pour y parvenir ?

Jean-X : Le meilleur avenir ? Pour l'instant c'est que l'album fonctionne en Belgique au moins aussi bien que les deux premiers voire mieux et puis d'avoir une diffusion plus internationale dans les pays francophones : en France, en Suisse, au Québec… On sera distribué en France et en Suisse. Maintenant faut voir à quelle échelle. Et puis nous espérons accomplir une tournée. Mais une vraie tournée, digne de ce nom. Le pire qu'on pourrait faire pour y arriver ? Je pense que, dans ce métier, il n'y a pas de trucs pires à faire…

Mais il y a des sacrifices…

Jean-X : Oui, en même temps les sacrifices sont le passage obligé pour exercer ce métier qu'on veut faire. Ici, les sacrifices sont difficiles à vivre parce que ce sont surtout des sacrifices familiaux, d'argent, etc.… mais ça vaut toujours la peine d'aller rencontrer le public ailleurs. Il y a toujours un retour équivalent aux sacrifices consentis.

Dans « Se manquer », vous chantez : 'Juste se manquer sans se perdre, je nous défends de nous défaire'.  Ce titre n'aurait-il pas pu s'appeler aussi « Intimes illusions » ?

Jean-X : En fait, ce morceau a été écrit en pensant au public, car il y avait très longtemps qu'on n'avait plus tourné en Belgique (un an et demi). C'est un morceau pour dire qu'on est là et qu'on voit que vous êtes toujours là. On peut se manquer mais pas se perdre. Parfois, c'est bien parce que les retrouvailles sont d'autant plus intéressantes. Ce n'est pas grave de quitter quelqu'un, de dire au revoir quand on sait qu'il y aura un retour. Pendant toute la période d'absence, on nourrit quelque chose et quand on se retrouve, c'est d'autant plus fort. C'est un peu le message qu'on voulait faire passer : le public est toujours là et ça nous fait chaud au cœur.

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