La manille pour bébé de Panic Shack

Fondé en 2018, Panic Shack eéunit Sarah Harvey, Meg Fretwell, Romi Lawrence, Em Smith et Nick Williams. La formation a décidé de défier l'atmosphère exclusive des scènes indie et punk dominée par les hommes. Sa musique est décrite comme explosive et…

logo_musiczine

La vision de l’art prônée par Superchunk…

Superchunk sortira son nouvel album, « Songs in the Key of Yikes », ce 22 août. En attendant, il a partagé le single, « Is It Making You Feel Something ». ‘Il a toujours été vrai que tout le monde traverse quelque chose dont on n'est pas forcément conscient’,…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Gavin Friday - Het Depot
Gavin Friday - Het Depot
Alice Bossut

Alice Bossut

samedi, 23 octobre 2010 02:00

Putain ! C'était vachement bien !

Pour assurer la promo de son nouvel album "Brussld", Arno l’Ostendais (NDR : le Bruxellois ?) accomplit une tournée digne de ce nom, en alignant cinq dates en octobre rien que pour notre capitale belge : le 22 au Botanique, le 23 au Cirque Royal, le 25 à l'AB, le 27 au club de Vaartkapoen, et le 28 au VK. Pas d'excuse donc pour manquer ce chanteur mythique dont les concerts sont hauts en couleurs. Il serait un peu absurde de présenter Arno, musicien hors pair à la voix rauque, emblème de la scène belge, qui, à 61 balais, rencontre une reconnaissance internationale.

Ce samedi 23, accueilli dans un Cirque Royal bien rempli et heureusement libéré de ses sièges, Arno a donc été applaudi par un public chaud comme une baraque à frites. Pas de première partie. Il se pointe à 20h30 et attaque son show par "Brussels", morceau de son premier album presque éponyme. Dans un mélange d'électro et de rock fortement marqué du sceau des 80's, le titre démarre par ‘Let’s sing this song for Linda, Mustapha, Jean-Pierre, Fatima, Michel and Paul’. Après ‘L'union fait la force’, Arno lance au passage ‘Vive les moules’, et chante ‘Les Flamands et les Wallons’. La couleur est annoncée, et c'est dans un flawalland agrémenté d'anglais qu'Arno s'exprime une fois ce premier morceau terminé. Dans un style scénique proche de Brigitte Fontaine ou Higelin, oscillant entre provoc’ et grande sensibilité, Arno nous livre une vingtaine de chansons. Essentiellement en français et anglais, pas mal de titres sont issus de "Brussld", sorti en mars 2010, que le public connaît déjà ! De petits types aux gueules cassées chantent et semblent avoir studieusement révisé avant d’investir les lieux. Il y a des vieux, des légèrement moins vieux (la moyenne d'âge doit osciller autour des 45 ans ; mais le prix des places y est peut être pour quelque chose), du cuir et des crânes rasés ainsi que des gens chics qui dansent en tous sens...

Autant dire que ce que prône Arno, un joyeux mélange ou joyeux bordel, est ici plutôt bien incarné. Il présente ses musiciens dont le pianiste ostendais Serge Feys, son complice depuis l'époque de TC Matic (premier groupe d'Arno), la jeune choriste Sabrina, Ixelloise d'origine marocaine, son guitariste allemand, son batteur aux racines zaïroise, son bassiste issu d'ex-Yougoslavie...

Le contact avec le public est généreux, Arno n'hésite pas à s'arrêter au milieu d'une chanson pour discuter, et reprendre comme si de rien n'était. Ses présentations sont complètement décalées, foutraques, et le public, acquis à sa cause, rit aux éclats à la moindre boutade... surtout celles évoquant les gros roberts de sa grand-mère ! Le dernier album est bien représenté par "Mademoiselle", "God save the kiss", le frissonnant "Elle pense quand elle danse", l' excité "Ca monte" et ses harmonies vocales qui rappellent les Rita Mitsouko. N'oublions pas "Black dog day", "Quelqu'un a touché ma femme" et une reprise très étonnante de "Get up, Stand up" de Bob Marley, mélancolique et en mode mineur... Des morceaux plus anciens (mais toujours aussi délectables) sont aussi interprétés. Un "Watch out boy" orientalisant, entamé par Sabrina et sa voix envoûtante, "Françoise" dont le refrain ‘Allez danse, danse Françoise, comme une Bruxelloise !’ est repris en chœur par le public. " Nager", "Oh là là", et enfin, le meilleur pour la fin, "Putain putain" qui résonne drôlement dans le contexte politique, le superbe "Ma mère", et pour finir, la fameuse reprise des "Filles du bord de mer" d'Adamo, qui fait valser le public plus qu'il ne faut. Les 22 morceaux seront passés sans que l'on s'en aperçoive ; d’ailleurs on en voudrait encore et encore. Putain ! C'était vachement bien !

(Organisation : Live Nation)

mardi, 12 octobre 2010 02:00

Dois Selos e um carimbo

Deolinda est un groupe de fado. Ahhh ! Qu’à ce mot ne s’associent pas immédiatement dans les esprits des termes comme austérité, tragédie, douleur. Parce que si le fado traditionnel portait effectivement souvent l’expression de sentiments déchirants, le fado moderne a communiqué un aspect plus jovial à cette fameuse musique portugaise. A en croire ceux qui connaissent suffisamment Lisbonne pour éviter les rades à touristes, le public des concerts de fado, dans les quartiers populaires, est collé aux musiciens, et réagit pour leur manifester son contentement ou sa fureur, dans une ambiance d’hystérie généralisée.

Sans rien renier des grandes figures du fado de la capitale lusophone, telle Amália Rodriguez, de jeunes musiciens perpétuent et font évoluer la tradition. En s’ouvrant vers d’autres musiques populaires, cette génération chante un fado éclectique et revigorant. Il ne perd rien de son expressivité et gagne en vitalité. On connaissait Madredeus, sa voix d’une infinie douceur, ses inspirations essentiellement brésiliennes. Deolinda est un quatuor lisboète puisant dans le ranchera du Mexique et le rebetiko (NDR : en réalité, les liens entre la Grèce et le Portugal ne datent pas d’hier ; ce qui explique cette relation existante entre fado et rebetiko). Si la voix d’Anne Bacalhau est très proche de celles, typiques du fado et de la saudade, elle devient parfois aiguë et acidulée, dense, enfantine, puissante ou gitane. Les tessitures proches de Madredeus, Lahsa, Lila Downs, égaient les mélodies, comme les tissus colorés, les robes de la chanteuse de Deolinda.

Anne Bacalhau signifie Anne Morue. Mais morue, la chanteuse n’en est pas une. Charismatique et généreuse autant qu’Hindi Zahra, accompagnée de son mari José Pedro Leitão à la contrebasse, ainsi que de ses séduisants cousins Luís José Martins et Pedro da Silva Martins aux guitares, le combo a de l’allure ! Et dans la musique, il a du goût ! On croirait entendre un violon en pizzicato mais pas du tout. Le groupe a simplement du talent.

Chacun a vécu son expérience musicale avant la naissance de Deolinda, projet qui gravite autour d’un personnage du même nom, lisboète contemplative passionnée par la vie des autres qu’elle observe depuis sa fenêtre. Ce disque, le deuxième de Deolinda, s’intitule « Dois selos e um carimbo » : littéralement, « Deux timbres et un tampon ». Un poil moins débridé que le premier disque (NDR : « Canção ao Lado », en écoute gratuite sur leur site), le nouvel opus n’en est pas moins une très belle découverte. Les lusophones se réjouiront des textes, dont je vous livre ici deux petits extraits.

Tout d’abord le début de “ Não Tenho Mais Razões ” :

‘J’ai jeté mes béquilles / Ma bosse ne me fait plus souffrir
Oui cher monsieur / cette maladie me donne envie de danser
Je n’ai plus mal et ne m’épuise plus / au point que je me suis mis à chanter’,

et puis un extrait de “Um contra o outro” :

‘Sors de chez toi et viens avec moi dans la rue,
Viens, parce que ta vie,
Au-delà de toutes les vies que tu passes  à gagner,
C’est la tienne
Que tu perdras, si tu ne viens pas.’

Ne manquez pas Deolinda en concert, il se produira en Belgique au mois d’octobre : le 22 à l’espace Senghor à Bruxelles, le 23 à Louvain, le 27 à Anvers. N’oubliez pas vos robes rouges et vos chapeaux rayés !

mardi, 21 septembre 2010 02:00

Laukinis Suo Dingo

Alina Orlova est une petite bombe venue du froid : 22 ans, lituanienne, dont le disque « Laukinis Suo Dingo », déjà sorti en 2008 en Lituanie, arrive enfin près de chez nous grâce au label Fargo. Si la chanteuse jouit déjà d’une belle popularité dans son pays et en Russie, elle n’est pour le moment pas très connue chez nous. Une quinzaine de dates sont prévues en France d’ici décembre, et l’on espère que les oreilles belges succomberont à son charme.

Alina Orlova chante en russe, en lituanien, en anglais. Pourtant, même si on ne comprend pas les mots, le sens est là, l’intensité, les accents incroyables et surtout l’expressivité du chant. Egalement pianiste, Alina Orlova est soutenue, pour ce disque, par un accordéon, un violon dont les glissandos mélancoliques donnent la chair de poule, un carillon, et quelques basses de cuivres. Une économie de moyens et une facture décalée rappellent Pascal Comelade et quand l’accordéon et le violon s’emballent, on pense à Yann Tiersen. Les ivoires se font ‘sautillantes’ ou inquiétantes, et la voix, haut perchée, entre Björk et Regina Spektor, est un peu animale.

De l’album tout entier émane une odeur de forêt, peuplée d’animaux et d’arbres centenaires. Visaginas, la petite ville d’où vient Alina Orlova, qui abritait jusqu’à l’an dernier une centrale nucléaire, est d’ailleurs entourée de forêts. C’est assez frappant de constater la cohérence dans le travail de cette jeune artiste. Elle dessine, des petites scènes colorées, hantées de personnages mystérieux qui ont l’air désespérés. De grands arbres mangent les nappes, les hommes-animaux enlacent des humains vêtus à la mode Peau d’âne. Un univers de Princesse Mononoké empreint de beaucoup de naïveté. Sur sa page Myspace, dans la case ‘influences’, il est écrit : les oiseaux et les loups. Mais revenons à la musique, car là aussi tout est si cohérent, mûr, délicieusement lyrique et écorché, que l’on ne lasse pas de réécouter ces 16 titres, comme autant de haïkus énigmatiques. La voix est sur la corde raide, prête à basculer, on dirait un petit cri sorti du ventre. Pour un premier disque, c’est étonnamment inventif, intelligent, particulier. Un talent qui ne s’arrêtera pas à la frontière…

mardi, 21 septembre 2010 02:00

Doumale

De son vrai nom Issa Mbaye Diary Sow, l’acteur principal de « Doumale » est un joueur de riti, aussi appelé nianiooru, qui est une sorte de violon sénégalais à une corde, dont la caisse de résonance est faite d’une calebasse couverte de peau. Issa Sow était berger lorsqu’il s’est essayé au riti, dont jouait son oncle. La solitude lui permettant d’y consacrer du temps, il a décidé, un jour, de vouer sa vie à la musique, et est parti pour la capitale.

Dans les années 80, il s’installe donc à Dakar, où de fil en aiguille, il devient joueur de riti pour l’Orchestre national du Sénégal. Outre cette expérience, riche en voyages et rencontres, Issa Sow collabore avec de grands musiciens sénégalais tels Baaba Maal et Youssou N’dour. nstallé depuis 2000 dans la capitale belge, Issa Sow a rencontré le violoniste flamand Wouter Vandenabeele. Après de fréquentes collaborations entre les deux artistes, ils ont enregistré ensemble « Doumale », soit le premier album d’Issa Sow. Un groupe de violonistes l’accompagne, ainsi que sur la tournée de promotion du disque. Les concerts accordés à Bruxelles, Anvers, Gand, ont rencontré un franc succès. ‘Le Riti est un instrument qui captive le public belge. A la fin de chaque concert les gens, fascinés, viennent toucher l'instrument’ raconte Issa Sow.

Dans ses chansons, expliquées en français dans le livret, Issa Sow, l’homme aux cheveux gris, aborde des thèmes aussi variés que la vie des bergers, la nature, l’immigration, l’amitié, la vérité. Inspiré de la musique traditionnelle peuhle, musique rituelle, qui joue des répétitions, reposante, le disque commence sur des gammes orientales. Cinq chanteurs ouest-africains dont Malick Pathé Sow sont invités, toujours accompagnés par l'archet peuhl mais également par une kora, une guitare et diverses percussions. L’ensemble de cordes flamandes est composé de nombreux violons, d’une poignée de violoncelles et d’un alto. Suite à cette énumération, on pourrait s’attendre à un orchestre puissant, mais chaque instrument sait se faire discret ; le riti et la voix demeurent sur le devant de la scène.

mardi, 24 août 2010 02:00

Songs from mirage

Dans une ambiance oscillant entre musique médiévale, classique et rock, Aranis taille sa route. Aranis c’est un groupe dont le noyau dur réunit Liesbeth Lambrecht au violon, Marjolein Cools à l’accordéon, Stijn Denys à la guitare, Jana Arns à la flûte traversière et Joris Vanvinckenroye à la contrebasse. Ce dernier est également le compositeur du groupe, et a récemment signé l’album solo « Cycles » sous le patronyme de BASta!, que l’on avait fort apprécié à sa sortie, il y a presque un an.

« Songs from mirage » est composé comme une œuvre classique, débutant par une ‘ouverture’ et se clôturant par un ‘finale’ figurant sur la track-list. Le piano et les cordes y ont la part belle. Ils tissent de sombres toiles sur lesquelles viennent évoluer trois voix féminines (Els Van Laethem, Anne Marie Honggokoessoemo et Herlinde Ghekiere).

Musique filmique, souterraine, elle fait plus penser au répertoire baroque ou romantique qu’au rock contemporain. Les vocaux secrètent cette teinte surannée, très soutenue, des chants médiévaux, la langue est inconnue, le chant parfois mélancolique.

« Lullaby », le morceau le plus aérien de l’album, laisse une voix mener le jeu, soutenue par une rythmique discrète de contrebasse et rehaussée de vocalises à trois notes, plus haut dans les aigus. Repris par la flûte et l’accordéon, le thème s’étoffe ainsi de nombreuses résonances. Sur « Airesym », c’est le piano qui tient la barre, assombri par des accents de contrebasse. Des pizzicati de violon les rejoignent, ainsi que l’accordéon. Le ton monte. Sur « Out Ama », c’est une bataille de cordes et de piano qui éclate dans une ardeur théâtrale.

Ce qui est frappant c’est surtout la variété de tons, de climats. Menaçante, inquiétante, douce ou furieuse, l’orchestration aime à faire monter la tension. Et puis, après l’orage, la tranquillité revient. On reconnaît le composteur de « Cycles » à ses variations hypnotiques, notamment sur « Jelimena » titre caractérisé par une structure mélodique simple, sur laquelle viennent peu à peu se greffer les autres instruments.

On pourrait évoquer le groupe DAAU, même si ce dernier s’inspire davantage des musiques actuelles. Effectivement, la couleur ‘classique’ rebutera peut-être les amateurs d’Ezekiel ou du Chapelier Fou, mais une affinité est tout de même perceptible. Difficile à étiqueter, la musique de ce groupe pourrait aisément servir de BO cinématographique…

 

mardi, 24 août 2010 02:00

La La Land

Plants and Animals n’est pas une association de protection de la nature. C’est un combo indie-rock issu de Montréal, réunissant Warren Spicer, Nic Basque et Matthew Woody Woodley (alias Woodman), respectivement guitariste, guitariste, et batteur ; tous trois se partagent également les vocaux. « La La Land » est si hétérogène qu’il est impossible de le réduire à quelques mots.

L’album commence par un titre indie, intitulé « Tom Cruz ». « Swinging Bells », dans le même esprit, évoque Ramona Falls, les grands espaces ; mais il y a un je ne sais quoi qui cloche. « I wan’t to be your american idol » propose un son rock plutôt vitaminé, sur des mélodies auxquelles le terme canadien de niaiseuses sied plutôt bien. Les textes, eux, sont volontairement légers. Un saxophone s’époumone, la chanson vire chansonnette, le slogan du titre est répété plus que nécessaire.

Mais, alors que l’on se surprend à penser que ce disque ferait une parfaite cale pour cette table qui brinqueballe dans le salon, on entend « Undone Melody », et on se ravise. Le morceau est bien foutu. Il commence délicatement, fait penser à Jeff Buckley, subtil mélange de force et de fragilité. Le titre s’étire, se matelasse avec les voix des deux comparses, puis d’instruments à cordes (sûrement ce qui a valu au groupe d’être comparé à Arcade Fire, mais là, je mets mon véto). Suit « Yon Tiki », ballade mi-joyeuse mi-mélancolique, aux notes de guitares rebondies comme les joues d’un bébé bien nourri. Elle parle d’une fille rencontrée dans un hôtel, et des Gipsy Kings. « Game shows » reste dans la lenteur, et l’on jouit pleinement de la voix enjolivée par le piano et une guitare sobre mais efficace. Le « Mama Papa » qui suit, au rythme très rapide, binaire, marqué par la batterie, ressemble aux Red Hot Chili Peppers des années 2000. Pas bien neuf. De nouveau arrive une bonne surprise, « Fake it » et ses effets de réverbération, la voix qui semble s’étrangler, poignante, sur une mélodie sombre, à la Calexico. « Future from the 80s », qui sent un peu le Prozac, laisse place à une armée lointaine de cuivres résonnant à l’horizon. Pour terminer, l’album darde un dernier titre au son plus crado, guitares et voix saturées.

Plants or animals ? Lard ou cochon ? Un band qui a l’air d’hésiter entre un rock qui met de bonne humeur et quelque chose de bien plus intéressant, qui scrute les sombres recoins de l’âme, utilise ses faiblesses. Le souci étant qu’à force d’indécision, on risque de se retrouver dans un entre-deux, tiédasse, grisâtre, pas franchement enclin à marquer les esprits.

 

mardi, 17 août 2010 02:00

Girl on an unmade bed

Comme il ne sert à rien de s’étendre trop longtemps sur ce qui n’en vaut pas la peine, nous serons brefs. « Girl on an unmade bed » de Lisbee Stainton est un disque de pop anglo-saxonne, composé d’une majorité de titres lents, ponctué de quelques morceaux plus pêchus. Soutenue par des musiciens pas si mauvais (cordes, carillon, batterie, claviers), sa voix réitère les attaques gémissantes, technique que l’on a l’habitude d’entendre chez les chanteuses pop. Les légers vibratos succèdent à ‘l’effet resserrage de gorge’, pour une ambiance fifille à sa maman. Lisbee, gentille comme un battement de cils, sage comme une image, a pourtant le vent en poupe. Aux Etats-Unis et en Angleterre, elle passe à la radio et fait les choux-gras des magazines. L’un de ses morceaux a même été choisi pour la journée de la paix des Nations unies, c’est dire.

‘Lisbee, la rose anglaise à la guitare à huit cordes’ peut-on lire dans le dépliant de promotion. Alors, là, les huit cordes, il faudra que l’on m’explique. Car à l’oreille, je n’entends pas la différence par rapport aux six cordes habituelles. Quant à la comparer à une rose insulaire, il faudrait plutôt replacer cette image dans le contexte d’un jardin anglais. Bien taillé, rien ne dépasse, et il y a même des jolies petites allées pour ne pas piétiner les plates-bandes…

En même temps, ce n’est pas comme si nous n’étions pas prévenus : la pochette du disque, dessinée par Lisbee herself, laissait présager d’ennuyeuses complaintes adolescentes. Un cœur rouge pendouillant au bout d’une canne à pêche, et le titre : une ‘fille sur un lit défait’… tout est dit !

Même si certains morceaux plus rigolos égaient un tantinet l’ennuyeux paysage, il faut bien reconnaître que l’ensemble du disque paraît sortir tout droit du dessin animé de Cendrillon. Un monde tout rose parsemé de gentils être humains, où l’on pleure quand même un peu lors des tracas amoureux. Mais où Lisbee vit-elle ? Dans une barbe à papa ?

mardi, 10 août 2010 02:00

Mulatu Steps Ahead

Depuis qu’il a entamé sa seconde carrière, le créateur de l'éthio-jazz se fait tailler un joli disque, histoire de ne pas se faire oublier. Après la publication d’un volume compilatif  “Ethiopiques”, paru en 1998 (NDR : il lui était consacré), un recueil popularisé par la BO du film de Jim Jarmush "Broken Flowers", en 2004, Mulatu Astatke nous propose aujourd’hui "Mulatu steps ahead", un album orchestré avec savoir-faire, brassant des ambiances de jazz new-yorkais et des sons groovy, mariant Orient et Occident, percussions maliennes, piano et vibraphone d'une manière assez originale. Elégante, sans fioritures, sa musique évoque des personnages de James Bond. Si certains morceaux transmettent la même énergie que le superbe album des ‘Ethiopiques’, l'ensemble du disque est plus calme, d'une tiédeur distinguée que les mauvaises langues qualifieront de musique d'ascenseur.

Des gammes orientales se mêlent aux trompettes bouchées, les congas ponctuent les mélodies répétitives de flûte et de saxophone. Les ingrédients sont là pour que la sauce prenne mais elle retombe régulièrement.

A la manière des radios libres, une voix rappelle régulièrement le titre du disque, le nom de l'artiste et du label : ‘You're listening to Mulatu Atsatske ; Mulatu steps ahead’, rituel que d'aucuns jugeront narcissique, voire agaçant. L'ensemble du disque n'est pas désagréable mais manque de saveur, comme si ce ‘pas en avant’ promis par Astatke n'était en réalité qu'un pas sur place, une place qui a déjà 40 ans aujourd'hui. Certains morceaux atteignent la hauteur des fameuses compilations, dont le lancinant dernier morceau "Motherland".

N'en déplaise aux adorateurs du roi de l'éthio-jazz Mulatu Astatke, qualifié de prophète ou de maestro, et malgré les critiques dithyrambiques adressées à ce disque, cette galette ne vaut ni les récentes collaborations de Sir Astatke auprès de The Heliocentrics (chez Strut Records également), ni ses premiers pas dans le monde musical, opérés vers la fin des années 60.

mardi, 10 août 2010 02:00

Chamber Music

Composer une macédoine à base d'instruments issus de traditions différentes, c’est tendance, mais le résultat n’est pas toujours garanti, surtout lorsqu’elle se limite à accumuler les influences et les ingrédients (imaginez un couscous incorporé à un hachis Parmentier, agrémenté de morceaux d’ananas). Le parti pris par Vincent Ségal et Ballaké Sissoko est plus prudent, car il se limite à agréger deux instruments : un violoncelle et une kora (cet instrument d'origine mandingue qui s'apparente à une harpe). Mais plus audacieux aussi, car, dans un tel dépouillement, aucune sauce d’artifices ne se charge d'associer les deux univers.

Ce disque est né de la collaboration entre deux amis qui se sont patiemment apprivoisés, tels le renard et le Petit Prince. Ballaké Sissoko, tout d’abord. Né pour ainsi dire d'une kora (puisque son père et son grand père étaient eux-mêmes des joueurs de kora), ce grand nom de la musique malienne a apporté sa collaboration à moult griots et chanteurs. Vincent Ségal, ensuite. Ce violoncelliste notoire a forgé son expérience auprès d'artistes comme M, Cesaria Evora et Malik Mezzadri de Magic Malik, pour ne citer que les plus célèbres ; il est également membre fondamental du groupe Bumcello.

Reposant, le son créé par Ségal et Sissoko a été enregistré de nuit, et s’y prête particulièrement bien. On s’imagine sous les étoiles, dans un village d’Afrique. Deux amis discutent à voix basse, assis dans des fauteuils, les yeux rivés dans le ciel. Nul bruit alentour, pas de lumières. Le temps est une chimère. Et les deux compères, à l’aide de leurs instruments en guise de mots, refont le monde. Les deux cultures millénaires parviennent à s’entendre, à trouver une langue commune, et parfois la limite entre kora et violoncelle s’estompe, lorsque Ségal pince les cordes comme Sissoko. C’est une harpe de plusieurs octaves, jouée simultanément aux doigts et à l’archet, par quatre mains sages.

Les deux musiciens discutent avec l’aisance de ceux qui se connaissent depuis toujours. Musique nocturne, elle est aussi désertique. Ses silences sont des respirations, ses mélodies parlent et apaisent l’âme. Aucun soubresaut ne pointe à l'horizon.

Contrairement à l’expression sonore de Bumcello, dont le beat vitaminé est bien de notre époque, « Chamber Music » propose une musique expérimentale certes, mais séculaire. Ce disque est plus intimiste, comme produit en retrait du monde. C'est peu dire que le métissage entre la musique classique occidentale et la musique traditionnelle africaine est ici réussi. Il faudrait plutôt parler d'une harmonie mystérieuse, qui, si l'on se laisse bercer, nous fera passer une nuit à la belle étoile.

mercredi, 07 juillet 2010 02:00

L'étoile du Brésil

Ce mercredi 7 juillet, alors qu'une demi-finale de football attire les foules dans les bars du centre-ville, l'Ancienne Belgique accueille le tout grand chanteur brésilien Caetano Veloso. Censuré et interdit au temps de la junte militaire brésilienne au pouvoir jusqu'en 1985, rejeté par la gauche socialiste qui lui reprochait son goût pour les musiques nord-américaines, exilé en Angleterre, Caetano Veloso est aujourd'hui une fierté nationale adulée bien au delà de la terre brésilienne.

Auteur, compositeur, et interprète de grand talent, il a été révélé par chez nous grâce à ses collaborations aux B.O. de films, notamment le sublime "Cucurrucucu Paloma" du "Parle avec elle" de Pedro Almodovar. Et son concours à celle, non moins superbe, du long métrage "Frida" a contribué à sa popularisation en Europe. Veloso est aujourd'hui un familier de la scène, et c'est sans difficulté que celle de l'Ancienne Belgique s'est remplie pour ce concert.

Ce soir, le public est cosmopolite et multi-générationnel, d'une moyenne d'âge de trente-cinq ans. Les conversations polyglottes se mêlent dans une atmosphère chaude ; des bribes de mots en espagnol et portugais s’échappent ça et là. Caetano Veloso se fait attendre et réclamer à plusieurs reprises, à grand renforts de sifflements. A 20h35, le rideau s'ouvre enfin sur un bonhomme aux cheveux blancs, mais toujours aussi charismatique. Souriant, il est vêtu en toute simplicité. Il entame la soirée par "A voz do morto", un morceau enjoué chaloupant déjà le public. Quelques titres plus tard, entre rock et bossa nova, l'étincelle Veloso gagne l'assistance qui s'embrase du parterre au deuxième balcon. Sa voix douce, capable de monter très haut, envoûte tout un chacun. Sans frime, mais pas sans humour, Veloso danse avec sa guitare, tape dans les mains des spectateurs du premier rang, regarde les visages éclairés par les spots le temps d'une chanson apparemment très populaire (les paroles sont connues très précisément par la foule). Par rapport à Veloso (NDR : il affiche 67 balais au compteur), les trois musiciens qui l'accompagnent sont jeunes. Sa présence scénique ne se laisse heureusement pas éclipser par une projection vidéo (si tendance !) présente le temps de quelques chansons, images sans queue ni tête du Brésil, vagues en pagaille et Christ de Rio. La fierté nationale est palpable dans l'assistance qui brandit un drapeau vert et jaune à chaque applaudissement.

Les morceaux, très différents les uns des autres, font preuve d'une grande liberté d'écriture, d'une inventivité et d'un intérêt continu pour les musiques actuelles. Veloso et ses musiciens (NDR : le guitariste Pedro Sa, le percussionniste Marcelo Callado et le bassiste Ricardo Dias Gomes) aiment puiser dans les musiques traditionnelles latines, et les déstructurer. Ainsi, un tango se métamorphose, grâce à des guitares électriques, sur "Volver". Chanté en anglais, le détonnant " Maria Bethania", écrit lors de son exil en Angleterre en hommage à sa sœur (également musicienne), rappelle le groupe français Dynonisos. On y retrouve l'influence, revendiquée par Veloso, des Beatles. Tous les muscles de son visage s'animent pour exprimer les sentiments humains, et l'homme nous apparaît fragile, touchant.

Après dix-huit morceaux énergiques, et un bis conséquent, les sifflements reprennent et les spectateurs tiennent dix bonnes minutes la barre des décibels pour un second rappel. Mais déjà le rideau rouge se referme. Celui qui s'est fait siffler se fait maintenant huer. Le rideau s'arrête in extremis ; on croit au miracle, mais quelques furtifs allers-retours indiquent qu'il est simplement bloqué ! L'auditoire déçu manifeste sa frustration, le concert n'a duré qu’1h45. Mais alors que la salle désemplit, restent les fans, les vrais, qui arrachent la tracklist collée au sol et la brandissent comme un trophée (NDR : de quoi faire des envieux ?), en ayant au moins la satisfaction de rentrer chez soi en emportant une photo souvenir (d'une liste de titres !)

De son vrai nom Velloso, auquel il a ôté un l (NDR : ce qui signifie ‘duveteux’), Caetano Veloso a malgré tout ravi son public de sa voix si douce, de ses yeux malicieux et de l'énergie contagieuse avec lequel l'on repart.

(Organisation: Greenhouse Talent, Gand)

 

Page 3 sur 4