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Bernard Dagnies

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jeudi, 12 octobre 2017 03:00

De la bière et du rock n roll

Alors que l’été vient de rompre son bail, Airbourne débarque à point dans la ville estudiantine de Louvain (NDR : Leuven en nl !) afin de propager une ondée de chaleur australienne, gorgée d’un Hard Rock explosif. Démarré à Santiago à la fin du mois d’août, ce ‘Breakin Outta Hello Tour’ affichait pour le coup sold out dans le plat pays. Fidèles à leur réputation, les musiciens ont mis le feu aux planches et ont arrosé généreusement leur public autant de houblon que de bonne humeur…

Il est un peu plus de 20h lorsque la salle Het Depot ouvre ses portes. Peu à peu une file constituée de métalleux, dans l’attente d’un contrôle, se forme. La plupart sont vêtus de t-shirts de couleur noire et de vestes patchées. Une volée d’escaliers plus tard, une porte conduit vers le théâtre des opérations. Plusieurs rangées de sièges de teinte rouge entourent la fosse, permettant d’accéder au podium, de taille modeste. Le concert est décrété complet, mais force est de constater que bon nombre de spectatrices et spectateurs préfèrent encore s’hydrater en ce début de soirée. Les plus impatients se collent, cependant, contre la stage, prêts à se ramasser une dose de Thrash old-school.

Derrière le kit de batterie, disposé à l’avant-plan, le backdrop de Desecrator, en lettrage blanc déformé et géométrique, a été accroché à l’arrache. Ce type de logo ne laisse généralement que peu de place au doute : la fosse va essuyer du Thrash old-school. Les quatre musicos débarquent. Ils ont enfilé des vestes en jeans noir et sans manches sur leurs torses nus. Seul le vocaliste, Riley Strong, a opté pour un simple t-shirt, mais de la même couleur. Il a la boule à zéro. Enfin, pas tout à fait, puisqu’à l’arrière de son crâne, il laisse pendre une longue chevelure bouclée. Du plus bel effet ! Sourire aux lèvres, les artistes prennent plaisir à se produire en ‘live’ pour y balancer un Thrash lourd et rapide, réminiscent des débuts de Testament voire de Slayer (‘On leur a piqué ce riff-ci’, avoue même le chanteur) ou encore d’Anthrax. Plutôt timide, l’audience finira pourtant vite par se laisser emporter et hoche la tête, l’index et l’auriculaire pointés vers le podium. Même si en fin de set, Riley interrompt son morceau avant de déclarer : ‘Non, là ce n’est pas possible… c’est mon riff préféré qu’on est occupé de jouer ; je veux tous vous voir bouger de la tête !’ La formation nous réserve, en outre, une reprise musclée du « Born To Be Wild » de Steppenwolf. L’occasion de s’échauffer la voix pour la tête d’affiche du jour. Desecrator ne réinvente certes pas l’eau chaude, mais assure plutôt une continuité de la saveur du Thrash old-school des années ’80. Une généreuse première partie bien grasse, qui a duré ¾ d’heure. De quoi être parfaitement huilé pour le reste de la soirée.

Trente minutes plus tard, le temps nécessaire à la préparation du matos, la salle est à présent bien remplie (NDR : mais pas de trop pour un sold out : on respire, quel bonheur !) et la foule s’attend à se prendre une volée de décibels. La menaçante mâchoire animale entrouverte qui figure sur le backdrop du band est une reproduction qui figure sur la pochette de l’elpee « Black Dog Barking » ; et elle toise la fosse qui lui fait face. Les baffles crachent les mélodies épiques de la bande-son du ‘Terminator 2’. Une mise en condition efficace pour stimuler l’audience, avant que ne déboule le quatuor infernal sur « Ready to Rock ». Un morceau qui annonce la couleur pour le reste de la soirée, placée sous les auspices d’un Hard Rock survolté, largement influencé par AC/DC, leurs compatriotes australiens (NDR : pour l’anecdote, lorsqu’il avait été question de remplacer Brian Johnson, le chanteur d’AC/DC, celui d’Airbourne, Joel O'Keeffe, avait été pressenti). Torse nu, vêtu d’un vieux jeans noir troué aux genoux, chevelure bouclée en pagaille, O'Keeffe est survolté derrière son micro. Chaque parole lui vient du fin fond de l’estomac. Comme s’il était victime d’un mouvement compulsif, qu’on appelle tic, il hausse sans cesse les sourcils, laissant deux grands yeux électriser le public. Quand il ne se livre pas de sa voix rauque derrière le micro, il se démène comme un beau diable sur son manche, arpentant les deux extrémités de l’estrade.

Malgré la sortie, il y a quelques jours, de son cinquième opus, « Diamond Cuts : the B-Sides », Airbourne va essentiellement piocher au sein de ses quatre long playing précédents. Tout au long de « Too Much, Too Young, Too Fast » et « Rivalry » l’auditoire chante à l’unisson. Le show est carré. Chaque morceau ou presque se clôture telle une apothéose de fin de concert. L’audience, bien que remontée, reste néanmoins assez calme. Certains pratiquent le crowdsurfing, finissant tant bien que mal en bout de course dans cet interstice située entre le podium et le public. Malgré cette ambiance bon enfant une jeune fille, probablement coincée contre les barrières, est à deux doigts de tomber dans les pommes. Tout en chantant, Joel O'Keeffe adresse plusieurs signes au service de sécurité afin de la sortir de ce mauvais pas (‘I hope you’re fine, girl !’, destine-t-il à son attention, à la fin du morceau, dans un accent australien particulièrement prononcé).

Airbourne, c’est du Hard Rock sous amphétamines, mais c’est également un show à part entière. La configuration de la salle ne le permettra pas pour ce soir, mais le frontman a la fâcheuse réputation de grimper un peu partout afin de jouer de la gratte le plus haut possible. Il est également connu pour se balader au milieu de la foule, sur le dos d’un sherpa-roadie,  avant d’écraser, quelques minutes plus tard, une cannette de bière d’un demi-litre sur la tête, arrosant de houblon toute personne qui gravite dans un rayon de trois mètres autour de lui. Des ficelles qui certes, mettent de l’ambiance lors du concert, mais peuvent paraître récurrentes, pour toute personne qui a déjà assisté à un set du band kangourou. Autant les morceaux sont interprétés librement, autant les artifices qui grèvent le spectacle relèvent d’une mise en scène un peu trop prévisible. Comme ces bières disposées devant la batterie, qui ne sont pas destinées à abreuver les artistes au cours du show, mais bien pour être lancée sur les spectateurs, en fin de parcours. Le vocaliste en invite d’ailleurs à grimper sur les épaules de leurs congénères afin de rattraper les gobelets au vol. L’effet aurait sans doute été décuplé si cette connivence avait été spontanée et non pas préparée…

La plongée dans le noir avant que ne débarque sur les planches le batteur Ryan O'Keeffe –le frère de Joel– équipé d’une sirène d’alarme manuelle, sera de courte durée. Une forme de tocsin qui n’est pas sans rappeler celui qui déchirait le ciel durant la Seconde Guerre mondiale. Il tourne la manivelle le plus vite possible, largement encouragé par la fosse. Et s’y reprend à trois reprises avant l’intro de « Live it up », signe destiné aux musicos de reprendre la scène d’assaut pour attaquer le final attendu « Runnin’ Wild ». La foule acclame. Les musiciens donnent tout ce qu’ils ont dans le ventre jusqu’au dernier moment. Le concert s’achève au cœur d’un imbroglio de riffs, de blast et de larsens. Un feu d’artifice avant l’extinction des feux. Les derniers onglets sont jetés en pâture et les Australiens rejoignent aussitôt les coulisses, laissant un peu abruptement un auditoire à bout de souffle. Un tout petit plus qu’une heure de show : la barre du minimum syndical est certes dépassée, mais quelques morceaux de plus auraient également été appréciés. Quoi qu’il en soit, Airbourne a livré, en cette soirée, une belle leçon de Rock’n’Roll. À celles et ceux qui regardent sans cesse dans le rétroviseur, sachez que l’avenir a assurément encore de belles années devant lui.

Setlist : Ready to Rock - I'm Going to Hell for This - Too Much, Too Young, Too Fast - Down on You – Rivalry - Girls in Black - Bottom of the Well - Breakin' Outta Hell - No Way but the Hard Way - Stand Up for Rock 'n' Roll // Encore: Live It Up - Runnin' Wild

(Organisation : Het Depot)

 

lundi, 16 octobre 2017 03:00

Le fil rouge de Calexico

« The Thread That Keeps Us », c’est le titre du neuvième album de Calexico ; et il paraîtra ce 26 janvier 2018. Les sessions ne se sont ni déroulées à la Nouvelle-Orléans, ni en Arizona, mais au sein du studio  Panoramic House, sur la côte Nord de la Californie. Suivant les infos recueillies, la bande à Joey Burns et Jon Convertino aurait décidé d’en revenir à une forme musicale plus indie rock, oscillant du Tex-Mex à l’americana, en passant par le jazz, la soul, le country et même le psychédélisme, à l’instar de la vidéo « End of the world with you ». Et c’est à découvrir ici

Tracklisting:

01. End of the World with You
02. Voices in the Field
03.
Bridge to Nowhere
04. Spinball
05. Under the Wheels
06. The Town & Miss Lorraine
07. Flores y Tamales
08. Another Space
09. Unconditional Waltz
10. Girl in the Forest
11. Eyes Wide Awake
12. Dead in the Water
13. Shortboard
14. Thrown to the Wild

15. Music Box

http://www.anti.com/artists/calexico/

 

 

Le trio bruxellois Electric)noise(Machine publiera un nouvel Ep, ce 20 octobre. Intitulé « Distant shores », il carbure au rock, à l’électro, au punk et à la noise. En attendant sa sortie, la formation a gravé le titre maître en single, doublé d’un clip vidéo (à découvrir ici)

E)N(M se produira ce 17 novembre, au Magasin 4, dans le cadre des Nuits Plasma.

https://fr-fr.facebook.com/electricnoisemachine/

 

Le nouvel album de Joel Henry Little est paru ce 13 octobre 2017. Il y propose une forme de pop, teintée tour à tour de jazz, de prog, de cabaret et de classique, parfois au sein d’un climat mystique… Certains medias estiment d’ailleurs que la musique du jeune New-yorkais aurait pu naître d’un cocktail entre celles de Tim Buckley, Conor O’Brien, Tom Waits et d’Anthony & the Johnsons. L’elpee s’intitule "Great Kills Friendship Club".

https://microcultures.bandcamp.com/album/great-kills-friendship-club

 

« Fête foraine », le 4ème opus de The Apartments, le projet de Peter Milton Walsh, sera réédité ce 17 novembre 2017. Paru de manière confidentielle, en 1996, ce elpee coûtait un pont sur le marché de l’occasion. Et pour cause, à l’époque, il avait été gravé à 3 000 exemplaires. Le label français Microcultures a donc eu l’excellente idée de le rééditer.

Tracklist

What's The Morning For?
Knowing You Were Loved
Not Every Clown Can Be In The Circus
On Every Corner
Sunset Hotel
End Of Some Fear
Thank You For Making Me Beg
Things You'll Keep
Paint The Days White
(silence)
Great Fool

Pour la précommande, c’est ici

Et pour écouter « On every corner », extrait de cet LP, c’est


 

William Patrick Corgan a publié son deuxième elpee solo, « Ogilala », ce 13 octobre 2017. Un disque pour lequel il a reçu le concours de Rick Rubin à la mise en forme. L’artiste y privilégie les mélodies au sein d’un univers sonore riche d’une belle palette de cordes acoustiques, de piano et d’arrangements symphoniques. Le single « Ogilala » est en écoute ici

 

 

dimanche, 15 octobre 2017 03:00

Un ‘live’ pour Jeff Lynne !

Le concert accordé par Jeff Lynne (ELO) et sa troupe à Wembley, ce 24 juin, fera l’objet d’un box réunissant cd et dvd. Intitulé « Wembley or Bust », il paraîtra sous de multiples formats ce 17 novembre 2017.

Tracklisting:

1. Standin' In The Rain
2. Evil Woman
3. All Over The World
4. Showdown
5. Livin' Thing
6. Do Ya
7. When I Was A Boy
8. Handle With Care
9. Last Train to London
10. Xanadu
11. Rockaria!
12. Can't Get It Out Of My Head

13. 10538 Overture
14. Twilight
15. Ma-Ma-Ma Belle
16. Shine A Little Love
17. Wild West Hero
18. Sweet Talkin' Woman
19. Telephone Line
20. Turn To Stone
21. Don't Bring Me Down
22. Mr. Blue Sky
23. Roll Over Beethoven

http://www.jefflynnes

 

 

vendredi, 06 octobre 2017 03:00

Une fin de set carrément électro…

Balthazar s’est accordé une année sabbatique. Mais cette pause carrière suscite des envies d’émancipation. Les 5 membres du band ne se privent donc pas de cette opportunité. Maarten Devoldere est le premier à avoir monté son projet. Baptisé Warhaus, il est déjà responsable d’un premier elpee. Le deuxième larron, Simon Casier –c’est le bassiste– a également publié un premier elpee ; et il s’intitule « The Afterglow ». Et enfin, Jinte B. Deprez est le troisième à se lancer dans une aventure personnelle. Il a choisi pour pseudo J. Bernardt et a également gravé un premier long playing, « Running days », qu’il va proposer ce soir, dans son intégralité.

Glints assure le supporting act. Il s’agit d’un projet imaginé par le chanteur Jan Maarschalk Lemmens ainsi que les producteurs Jergan Callebaut et Mathias Bervoets. Le deuxième se charge de tout ce qui touche à l’électronique, le troisième se consacre à la guitare. Sur les planches, la formation se produit sous la forme d’un quatuor : un bassiste, un drummer, un guitariste et un vocaliste. Mais vu le matos nécessité par la tête d’affiche, les musicos n’ont guère d’espace pour s’exprimer.

La musique de Glints mêle pop, électro et hip hop. C’est d’ailleurs lors des compos de ce dernier style que le flow du chanteur –qui a enfilé un pantalon de couleur rose flashy– s’emballe, un peu à la manière de Kayne West ou de Jay Z. ; à l’instar de l’excellent « Egotism », un extrait du nouvel Ep 6 titres, « Burgundy », paru en avril 2017. Dynamisé par les percus et les beats électro, auxquels se consacre le préposé aux fûts, « Catalysm /New Flow » est davantage funky. A cause des accords de gratte. Régulièrement, Jan ondule sur place. Sa voix est vocodée tout au long de « Dread », alors que la guitare opère en toute discrétion. Si la suite du set va se révéler davantage pop, c’est lors du percutant « Sirens », un morceau hip hop, que le groupe va se révéler le plus convaincant…  

La grande salle de l’Ancienne Belgique est maintenant pleine à craquer. Trois énormes rampes de quatre spots led sont disposées en losange sur une estrade, à l’avant-scène. Lorsqu’ils tournoient, ils balaient la fosse de lumières multicolores, en synchro avec les samples électroniques. Six stroboscopes sont installés derrière la batterie, dont le kit est monté sur une estrade, plantée au milieu de la scène. Un light show qui pourrait faire pâlir d’envie Orbital voire les White Lies.

Adriaan Van De Velde, aka Pomrad, se charge des synthés. Klaas De Somer (Pomrad, Tourist LeMC), des drums. Chez Balthazar, Jinte se consacre au violon et à la guitare. Au sein de son projet il se mue en multi-instrumentiste. Il se charge même des machines et des samples. Habitée, grave, sa voix passe plutôt bien la rampe. La musique de J. Bernhardt navigue à des années-lumière de celle de Balthazar ; et pour cause, elle est issue d’un cocktail complexe et intéressant entre gospel, hip-hop, r&b et électro. Même si l’électro s’impose le plus souvent. Les cuivres sont d’ailleurs également restitués par les machines. Les vocaux et les synthés sont bien en phase. Intense, le drumming est chargé de groove. Jint relègue très souvent son pied de micro en retrait. Il se débarrasse rapidement d’un long loden de couleur noire. Faut dire qu’il fait de plus en plus chaud. Dans l’enthousiasme, il laisse tomber sa gratte, que s’empresse de ramasser un roadie. Un roadie qui va d’ailleurs souvent récupérer tout ce que Deprez laisse choir sur les planches. Qu’il arpente de long en large. Il va également prendre un bain de foule et squatter une estrade disposée dans la fosse, juste devant la table de mixage.

Du set qui va s’étaler sur 70 minutes, rappel compris, on épinglera « One Fire », un morceau caractérisé par un vocal… chamanique. Une voix qu’il place régulièrement en couches, grâce à la technologie moderne. Puis le hit contagieux « Calm Down ». Sans quoi la deuxième partie du show va nous entraîner au cœur d’une ambiance carrément électro…

(Organisation : Ancienne Belgique + Live Nation)

 

Thomas Earl Petty est décédé ce 2 octobre, des suites d’une crise cardiaque. Il allait bientôt fêter ses 67 ans. Ce chanteur/guitariste/compositeur américain était surtout connu pour son œuvre réalisée en compagnie de ses Heartbreakers (Trad : bourreau des cœurs) et son aventure au sein du supergroupe Travelling Willburys, vécue en compagnie de George Harrison, Bob Dylan, Roy Orbison et Jeff Lynne. Il avait également publié trois elpees solos et deux chez Mudcrutch, son tout premier groupe, qu’il avait remonté en 2007, sous son line up originel.

Même si au départ elle s’inspirait des Byrds et de Dylan circa « Blonde on  blonde », sa musique avait été qualifiée de ‘Heartland’ (décidément !), tout comme celle de Bruce Springsteen, Bob Seger et John Mellencamp.

Il était en tournée en compagnie des Heartbreakers, dans le cadre des 40 années de carrière de la formation. Avec laquelle il a publié une dizaine d’albums et décroché quelques hits dont les plus célèbres demeurent « American Girl », « Free Fallin », « Into the great wide open », « I Won't Back Down », « Listen to Her Heart », « Refugee » (voir clip ici) et « Stop Draggin' My Heart Around ». Ses chansons relataient, un peu à la manière du ‘Boss’, le quotidien de l’Amérique profonde, des chansons qu’il interprétait d’une voix un peu rocailleuse…

RIP


 

 

Fischer-Z s’est produit dans le cadre de l’édition 2017 du W-Festival (voir review ici). A l’issue du set, John Watts a accordé une interview à Musiczine. Si musicalement les médias ont trop souvent assimilé la musique de Fischer-Z à la new wave, c’est sans doute parce que le groupe a sévi à cette époque, alors que finalement, baignant dans une forme de reggae blanc, elle était plus proche de celle de The Police, Talking Heads ou de Split Enz. D’ailleurs, au fil du temps, elle est devenue intemporelle. Donc pas à la mode. Ce qui explique sans doute pourquoi, le band n’a jamais trop récolté de succès en Grande-Bretagne…

John admet : « Au début de l’aventure Fischer-Z, on a accordé 380 concerts, dont deux en Grande-Bretagne. On a dès perdu le contact avec les Britanniques et on s’est focalisé sur l’Europe. Par contre, cette année, on y a donné quelques shows. Six en tout. C’est plus que sur mes 40 premières années de carrière… »

Une carrière au cours de laquelle, outre Fischer-Z, Watts a monté d’autres formations et tenté une carrière en solitaire. De quoi brouiller les pistes. Il confirme : « Absolument ! (rires). Quand je me produis en ‘live’, je dispose d’un répertoire forgé au cours de toutes les époques que j’ai traversées. Tu sais, il doit compter plus de 240 titres. Donc c’est un bon vivier au sein duquel je peux puiser… »

Un jour, John a déclaré qu’il écrivait des textes difficiles sur des sujets sérieux, mais en les abordant à la manière d’un clown. Est-ce l’attitude d’un comédien dans l’âme ? Il avoue : « Je le pense. Tu sais, je crois que la plupart des sujets politiques douloureux peuvent être traités avec humour. Et quelque part, un discours politique est bien plus efficace quand il est véhiculé par des chansons, plongées au cœur d’un spectacle… » Ses lyrics traitent d’ailleurs souvent de politique. Le dernier album, ‘Building bridges’ (voir chronique ), paru cette année, est un nouvel exemple. Il traite de tas de sujets qui s’y rapportent, comme les conflits dans le monde, la globalisation, les scandales bancaires, l’escalade de la violence, les médias qui font la course au buzz, l’écologie, le terrorisme et on en passe. Mais où va-t-il chercher son inspiration pour demeurer un observateur avisé de la nature humaine. En regardant la TV ? En lisant les journaux ? Des bouquins ? Des magazines ? Ou via Internet ? Il clarifie: « Tout ce qui se déroule dans le monde m’intéresse. Pas les fictions. Mes sources principales sont puisées dans les journaux. Mais également le cinéma. J’ai trouvé mon chemin : faire la satire du monde politique. C’est la meilleure façon de faire de la politique. Internet n’est pas vraiment ma source d’inspiration… »

Pour rester dans le même domaine, au fil du temps, les politiciens perdent de plus en plus la confiance de leur électeurs, parce qu’ils prennent des décisions impopulaires. Et pourtant, dès que de nouvelles élections sont organisées, ils sont de nouveau élus. Comment comprendre ces choix ? Et comment changer cette situation ? La démocratie contemporaine, est-elle arrivée au bout du rouleau ? Il réagit : « Internet et la pub vont au-delà de la réalité. Le discours prononcé n’est plus réaliste, mais virtuel. Ce qui explique les volte-face des responsables politiques. Dès qu’ils sont élus, ils doivent affronter les faits et la réalité. Prends l’exemple de Trump aux Etats-Unis. Il ne pourra pas faire tout ce qu’il a promis. Il est limité par les structures gouvernementales. Heureusement d’ailleurs. En France, Macron veut tout changer, mais il lui faudra des années avant d’y parvenir. Puis, il y a ce stupide vote en faveur du Brexit, en Grande-Bretagne. On ne peut pas diviser l’Europe. Beaucoup de compatriotes ont choisi le Brexit en pure ignorance. Certains ont même voté blanc. Finalement ce choix va emmerder encore plus de monde. Les politiciens ne comprennent pas vraiment ce qu’est la véritable démocratie. Ce référendum n’aurait jamais dû être organisé. C’était une décision ridicule. Le Brexit ne va jamais se réaliser de la manière espérée par la population. En outre, il est impossible que cette sortie se réalise rapidement. L’intérêt du Brexit n’est pas celui de l’Europe. Et certainement pas celui des individus. Des entreprises. C’est dans l’intérêt de personne. Ce processus sera lent. Un peu comme toutes les décisions prises dans le domaine de la politique. Je ne pense pas qu’il y aura une version hardcore du Brexit, mais plutôt diluée… »

Fischer-Z est retourné sur un label major ; en l’occurrence BMG. Cette situation ne va-t-elle pas devenir, à terme, contraignante et freiner la créativité ? Il répond : « En fait, il s’agit d’une boîte dont le manager n’est autre que mon fils. C’est également lui qui contrôle les budgets. BMG fait la promotion et moi je suis totalement libre au niveau artistique… »

A l’exception de drums, John a assuré toute l’instrumentation, lors des sessions d’enregistrement de son dernier elpee. Se muerait-il en homme-orchestre ? Il répond : « En fait, j’ai demandé à un musicien de mon entourage de jouer certaines partitions et à partir de là, j’ai réalisé une sorte de sampling à la manière des artistes de hip hop. Le nouvel album sera différent… » Mais en remettant au centre du jeu de quilles, la guitare, n’était-ce pas une réaction face à la musique électronique. La réponse fuse : « Pas du tout ! J’aime la musique électronique. Enfin toutes les formes de musique. Electrique, bien sûr, également. En fait, je m’intéresse davantage à la musique contemporaine que celle du passé… »

Sur le titre maître de l’opus ‘Building bridges’, le riff de guitare semble emprunté au ‘You really got me’ des Kinks. Etait-ce intentionnel ? « Parfaitement ! Et ce titre sera remixé prochainement, sous une forme différente ; ainsi le riff ne sera plus le même… »

Après 4 décennies de carrière, John se sent-il toujours à l’épreuve quand il monte sur les planches ? « Vous savez, j’aime bien quand les événements tournent mal. C’est plus amusant. Je suis un comédien. J’aime le show et dialoguer avec la foule. C’est excitant quand il y a des imprévus… » Est-ce la raison pour laquelle il a un jour déclaré qu’il ne rejouait jamais deux fois le même show ? « Effectivement. Ma set list est toujours partagée entre nouvelles et anciennes chansons. Et pas forcément les mêmes… »

Avant de se lancer dans la musique, John a bossé comme psychologue/clinicien. Il a même suivi 5 années d’études universitaires pour obtenir ce diplôme. Son bouquin devrait bientôt sortir. Une autobiographie ? Il rectifie : « Sa sortie est reportée à l’an prochain. C’est davantage qu’une autobiographie, mais plutôt un recueil d’histoires biographiques. Il relate des pans de ma vie. J’écris ma propre histoire. Ensuite j’invite ceux dont je parle à réagir sur mes propos… C’est comme un blog analogique. Mais écrit, pas digital… » Il va également rééditer son œuvre. Probablement un boxset. Mais recèlera-t-il des inédits ? Il précise : Des remixes, c’est sûr. Mais pour l’instant, je suis trop préoccupé par les compos de mon futur album. Donc, une chose à la fois… » Ce sera quand le treizième de Fisher-Z…

Fischer-Z se produira en la salle De Roma à Borgerhout, ce 14 novembre 2017

Merci à Vincent Devos.