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Un diptyque pour Then Comes Silence

Le trio post-punk suédois Then Comes Silence s'apprête à publier « Requiem Ballroom ». Ce huitième long playing est attendu pour le 20 novembre 2026 sous la bannière de Metropolis Records. Pour faire patienter l'auditoire, la formation menée par Alex Svenson…

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Def Leppard

Un Def Leppard très ‘rétro’

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Certaines formations sont victimes d’une foule de préjugés. Def Leppard est du nombre, lui qu'on taxe généralement de groupe qui avance au train de sénateur (à juste titre d'ailleurs, même si la bande à Joey Elliot a quelquefois des circonstances atténuantes dramatiques à faire valoir). C'est vrai: le ‘Léopard Sourd’ est lent à la détente ; surtout lorsqu'il est question de proposer un nouvel album. Son délai habituel tourne autour des quatre ans, ce qui encore une fois, est plutôt long (indépendamment des circonstances : l'accident de Rick Allen, le décès de Steve Clarke ont été deux gros problèmes difficiles à surmonter). Les explications du groupe tournent autour d'un leitmotiv: ‘Def Leppard souhaite ne proposer que des albums parfaits, tout doit être impeccable’. Sous-entendu : on ne réalise pas ce genre de plan en dix jours de studio... Mais il faudra peut-être, à l'avenir, revenir sur ces idées préconçues : quelque chose semble avoir changé dans le fonctionnement du groupe, désormais. Il vient de sortir un Cd ("Retro Active"), sorte de collection d'inédits, de reprises et de raretés. Et la conception de ce disque semble avoir donné au groupe l'envie de modifier ses batteries. Phil Collen s’explique…

"Retro Active" est un projet spécial que nous avons voulu concrétiser au cours de notre dernière tournée. En fouillant dans notre passé, nous nous sommes rendus compte que nos tiroirs contenaient quelques fort bonnes compos qu'il était regrettable de ne pas exploiter. Certaines d'entre elles avaient été commencées mais pas terminées; d'autres avaient été utilisées mais pas vraiment mise en valeur. Nous nous sommes dit qu'il serait bon d'utiliser ce matériel et de réaliser, à l'aise, pour le fun mais sérieusement, un Cd qui le mettrait en exergue. Et, nous avons pris un pied monumental en concrétisant ce projet !

Contrairement aux albums précédents comme "Hysteria" ou "Adrenalize" (dont les différentes phases de réalisation ont souvent été pénibles), ici, on a pris ce projet très simplement, très spontanément, en jouant très sérieusement mais aussi en nous amusant beaucoup. Je dois bien reconnaître que nous n’avions pas souvent bossé, au sein d’un tel climat, dans le passé. Certaines parties de guitare ont été bouclées en une nuit, alors que celles d"'Hysteria" avait nécessité plus d’un an ! Sincèrement, "Retro Active" nous a apporté un bol d'air frais. Et laissera des traces. En tout cas, nous en avons au moins tiré quelque enseignement.

Après le break de quelques mois que nous nous autorisons actuellement (le premier depuis onze ans), nous nous plongerons dans la conception d'un nouveau Cd pour lequel nous comptons modifier nos habitudes! Nous prendrons le temps et la peine de composer nos nouvelles chansons jusqu'au bout. Lorsque nous rentrerons en studio, nous saurons exactement comment elles devront être arrangées, comment elles sonneront. Plus envie de perdre des mois à chipoter en studio. Il faudra que nous soyons fins prêts: plus question d'expérimenter, de tergiverser. Cela va nous aider et nous simplifier la tâche.

Doit-on s’attendre à du changement dans le fameux son Def Leppard ?

Je suis sûr que non! Le seul vrai changement, c’est qu’on risque d’être moins stressé et qu’il sera moins complexe, pour nous, d'enregistrer un nouvel album. Pour le reste, je ne vois pas pourquoi nous modifierions de A à Z un style qui est le reflet de nos personnalités.

Il y a sur "Retro Active", deux reprises (l'une du "Action" de Sweet et l'autre du "Only After Dark" signé feu Mick Ronson) et des titres un peu surprenants. Votre horizon musical en sortira-t-il, également, différent?

C'est possible, par contre. Nous avons abordé "Retro Active" en toute liberté, sans ressentir aucune limite. Par exemple, il y a quelques ballades sur ce Cd alors qu’habituellement, pour des raisons de business, nous nous limitions à une seule. Il est possible, et de toute façon souhaitable, que nous en retirions les enseignements aussi…

(Article paru dans le n° 18 de décembre 93 du magazine Mofo)

 

Spiritualized

Etre indé, c’est la clef du succès

Écrit par

Programmé en première partie de Depeche Mode, Spiritualized a vécu une situation étrange. La formation n’a pas été annoncée. Aussi, quand les lumières se sont éteintes, le public pensait voir arriver leurs chéris. Du coup, il ne voudra même pas entendre Spiritualized ! Une musique tellement éloignée du groupe-vedette qu’elle restera incomprise, et c’est bien dommage. Car finalement, malgré les conditions épouvantables, le concert sera superbe. Rencontre avec le leader, ex-Spacemen 3, Jason Pierce, peu de temps avant de monter sur les planches, pour leur deuxième soir, à Forest National.

Je voulais que Spiritualized soit la continuation de Spacemen 3, mais de façon différente. Le projet Spacemen 3 était devenu stérile, très intense mais d’une intensité stérile : il n’allait nulle part. Les concerts étaient de plus en plus prévisibles. Or, ce que j’aime dans les concerts, c’est l’imprévisible, justement. Communiquer des sensations très diverses dans un seul show. C’est la raison pour laquelle j’ai fondé Spiritualized.

Ce qui est assez étonnant, c’est que vous pouvez jouer des mêmes accords, très longtemps sans que la chanson devienne ennuyeuse, lui communiquant même un côté hypnotique…

C’est une question d’intensité à faire monter graduellement. A force de jouer la même chose pendant un certain temps, les gens peuvent entendre leurs propres sons, des choses qui leur appartiennent personnellement. C’est un peu comme regarder une image de télévision qui ne se focaliserait sur rien de précis. On finit par créer ses propres images. Dans notre musique, on présente des choses minimales, directes. Les gens finissent par y entendre des mélodies. Et si ce qu’on fait ressentir est bien, c’est que c’est bon.

Sur « Lazer Guided Melodies », les six premiers morceaux sont assez courts, les six autres plus longs…

Il y a clairement deux parties. Dans la première, les chansons sont plus classiques. Ce qu’on construit est toujours basé sur des chansons. Il ne suffit pas qu’il y ait un bon son, il faut d’abord une chanson. On fait avant tout du rock et pas, par exemple, de la musique industrielle.

Que retires-tu de l’expérience ‘Depeche Mode’

C’est très étrange de se produire devant 10 000 personnes qui te détestent. Si on avait su, on n’aurait pas accepté cette proposition. Ce soir on va jouer un set plus radical, tant qu’à faire. Une telle expérience représente tout le contraire de pourquoi on a envie de faire de la musique. Dans de telles circonstances, les compos peuvent prendre une nouvelle signification, une mauvaise signification. Une chanson comme « Smiles » est destinée à faire naître le sourire sur les visages de ceux qui l’écoutent alors qu’ici, c’est tout le contraire. C’est perçu comme si on disait ‘fuck’ au public ! On ne va pas continuer cette tournée très longtemps. Au début, on se disait ‘pourquoi pas’ ? Mais finalement, on ne voit pas très bien l’intérêt. C’est curieux, c’est comme si on était dans une bulle en plexiglas, dans un monde parallèle qui ne permette pas de rencontre avec celui du public.

Quand as-tu commencé à t’intéresser à la musique ?

Quand ? Je ne sais pas. Mais comment, oui. J’ai commencé à m’y intéresser vers 16-17 ans. Je suis devenu passionné par les groupes américains : les Stooges, les Cramps, Gun Club, Fleshtones… Quand j’ai commencé à jouer de la musique, je suppose que c’était assez proche de ces groupes ; et petit à petit, on a commencé à se forger un son qui nous était propre. Mais on n’a jamais essayé d’appartenir à la scène indépendante. Parce que la scène indé, c’est le ‘mainstream’. Tout le monde veut sonner comme un groupe indé, c’est la clef du succès. Depeche Mode est un groupe indé ! En Angleterre, des labels comme Virgin ou RCA distribuent des labels indépendants, car ils ne peuvent se faire passer comme tels.

N’y a-t-il pas un projet pour changer les charts indés en charts alternatifs ?

Mais comment va-t-on déterminer qui est alternatif ou qui ne l’est pas ? Et qui en a quelque chose à foutre ? La plupart des groupes veulent sonner comme le dernier groupe à succès. Certains ont besoin de réagir contre quelque chose. Pour nous, on s’en fout. Et puis je pense qu’il est très facile d’être avant-garde, bizarre. Il est plus difficile d’essayer de créer quelque chose de beau. Très facile de reproduire des sons à la mode, surtout si c’est pour masquer l’absence de mélodie. 3% de la dance-music et de la techno est intéressante, mais les 97% qui restent, c’est du déchet. On essaie de se cacher derrière un style de musique. C’est comme les groupes qui se complaisent dans le sous-My Bloody Valentine. Ils oublient que sous le bruit, les mélodies de My Bloody Valentine sont fortes. Chez eux, c’est créatif.

(Article paru dans le N° 14 de juin 1993 du magazine Mofo)

 

Morcheeba

L’origine de Morcheeba : une intervention divine

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Dans la veine intarissable qu'on appelle, faute de mieux, trip hop, les nouveaux venus britanniques de Morcheeba ont impressionné leur monde. Leur album, « Who Can You Trust? » est une petite merveille de soul mélancolique qui caresse voluptueusement les tympans. Les trois (très) jeunes membres du groupe, hyper sympas et drôles, sont passés par Bruxelles pour assurer la promotion de leur coup d'essai.

Paul Godfrey : Nous sommes des gens simples. On ne fricote pas avec d'autres groupes, on ne passe pas notre temps dans un milieu artistique pour y rencontrer des acteurs ou des poètes. On va au pub boire des verres et on rentre à la maison regarder la télé.

Vous acceptez qu'on qualifie votre musique de ‘soul’

Ross Godfrey : La soul est une influence incontestable. Marvin Gaye, en particulier. Il a enregistré un album en Belgique, « Sexual Healing ». C’était celui de son come-back ; alors nous sommes très contents d'être ici.
PG : Nos parents écoutaient la soul d'Atlantic, Motown, du blues et du RNB. Aujourd’hui, on qualifie de ‘rhythm 'n 'blues’, cette forme de swing américain incarnée par Boyzone. Mais pour moi, ce n'est pas ça, c'est Chuck Berry...
RG : La soul music contemporaine n’a plus d'âme (soul). La vraie soul, c'était Stax, Atlantic et Motown.
PG : C'est très difficile de garder à l'esprit une définition précise d'un style de musique, parce qu’il évolue au fil du temps. On a appelé la house, ‘garage’, alors que, perso, le garage est un mouvement né au cours des 60’s qui a donné naissance à des groupes très rock 'n roll comme les Yardbirds. On colle à présent cette étiquette sur de l'acid house ; c'est bizarre.

Massive et Portishead

Pourquoi la meilleure soul émane-t-elle pour l’instant d'Angleterre? Parce que contrairement aux Américains, vous n'êtes pas prisonniers du respect des aînés?

RG : Exactement. On ne respecte rien, on fait ce qu'on veut. C'est aussi pour cette raison que le punk est né en Angleterre.
PG : En Angleterre, un jeune peut acheter un album d'Oasis, puis se rendre le week-end dans une rave et danser toute la nuit sur de la techno. Les Anglais se foutent de ce qu'ils écoutent du moment que ça leur plaît. Aux Etats-Unis, quelqu'un branché sur le hip hop n'écoutera pas du rock. Là-bas, les musiciens jouent du rock, du blues ou de la soul, mais ne s'éloignent pas de leur ligne de conduite. Encore que ça commence à changer un peu. Avant, il y avait le rock et le heavy metal; depuis le grunge, la limite est plus floue entre les deux. En tout cas, on ne veut pas qu'on nous colle une étiquette: nous sommes à la fois soul, reggae, blues, hip hop, country...

Qu'a représenté pour vous le « Blue Lines » de Massive Attack?

PG : Ce qui a marqué, sur cet album, c'est que jusque là, personne n’imaginait qu’il était possible de chanter sur du hip hop. Massive a vraiment ouvert une porte. Cela dit, « Blue Lines » n'était pas assez basé sur les chansons, à mon goût. Quand l'album de Portishead est sorti, une seule voix se réservait le chant ! Enfin, un vrai groupe innovait. Portishead, ce sont des amis.

Au début, aviez-vous une idée précise de ce que vous vouliez créer ?

Skye Edwards : Je voulais chanter avant tout. Et devenir une star (rire général).
PG : Ne te contente pas de devenir une star ; on va faire de toi un ciel (jeu de mots sur star/étoile et ciel/sky).
RG : A l'origine de Morcheeba, il y a une intervention divine. Un grand éclair de lumière.
SE : Un éclair bleu.
PG : Plus sérieusement, j'ai toujours voulu faire de la musique et en vivre.

David Byrne craque

Un quatuor à cordes a participé aux sessions d’enregistrement de votre Cd. Explication?

PG : J'ai travaillé comme ingénieur du son pendant 5 ans dans des studios d'enregistrement ; ce qui m'a permis de voir pas mal d'instruments utilisés de manière très différente. J'ai ainsi assisté à des sessions de folk, de musique classique, de blues, de rock et de hip hop. Et je me suis souvenu de ce que j'aimais dans chacun de ces styles. Voilà.

Vous avez été surpris du résultat?

PG : Nous avons passé de longues heures à bavarder en compagnie du coproducteur. Et aussi à se saouler. Il a bâti notre studio et s'occupe de son entretien. Quand on a enregistré notre première démo, « Trigger Hippie », tout le monde a immédiatement été impressionné. Pourtant, à la fin des sessions, on s'est assis, un peu abasourdis, en se demandant si on aimait ou si on détestait ce qu'on venait de faire! Nous-mêmes, nous n'y comprenions rien ; alors on se demandait comment quelqu'un d'autre allait pouvoir y entrer. On ne comprendra jamais ce qui s'est produit.

La réaction unanimement enthousiaste a dû vous surprendre, alors?

 RG : Oui et non. On savait que notre musique était bonne. Mais on ne s'attendait pas à ce qu'autant de gens y adhèrent. Une très agréable surprise pour nous mais surtout pour notre maison de disques (rires).
PG : Parmi nos fans figurent nos meilleurs amis, et... David Byrne. Il a écouté notre musique par l'intermédiaire de Warner, aux Etats-Unis. Il était tellement impressionné qu'il voudrait qu'on coproduise son nouvel album. On doit le rencontrer. Pas mal, hein? Ca encourage, que quelqu'un qui a survécu dans le monde de la musique pendant 20 ans puisse encore dire de nouveaux venus: ‘C'est excellent et je veux travailler avec eux’. Hormis David Byrne on ne va pas multiplier les collaborations (production, coécriture) pour se concentrer sur notre propre musique. Il y aura quelques remixes, mais c'est tout.

(Article paru dans le n°45 de juillet/août 1996 du magazine Mofo)

Belle & Sebastian

Ne pas avoir d’image est devenu notre image

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On les dit fragiles et délicats, tout sauf sévèrement burnés. Les Belle & Sebastian vous plaisent peut-être si vous aimez les Smiths, Ennio Morricone, Burt Bacharch ou Pulp ; et puis si vous ne crachez pas sur les accents country ou folk. Le groupe de Glasgow en est à son 4ème album (« Fold your hand child, you walk like a peasant ») qui confirme que la mode est aux titres longs. A l’interview, on nous avait promis le chanteur autiste ; on a dû se contenter de Richard Colburn, un batteur sympathique.

Votre chanteur Stuart Murdoch n’accorde pratiquement aucune interview. Il est timide ou paresseux?

Il a tenté à nouveau l’expérience, il y a quelques semaines, mais sans succès… Je crois que parler de lui, ça l’emmerde.

Il est plutôt introverti que joyeux drille, non?

Introverti, je comprends qu’on le dise et l’écrive ; mais ce n’est pas comme ainsi que je le vois. Il joue même au foot, ce n’est pas ma définition de quelqu’un qui vit reclus.

Vous avez pourtant plutôt joué sur cette image-là, non?

Pas volontairement, en tout cas. Disons qu’on ne voulait pas mettre notre image en avant. Mais finalement, ne pas avoir d’image est devenu notre image ! On s’est fait rattraper par notre choix en quelque sorte. Ce qui me permet de penser que dans ce genre de combat, on ne peut pas toujours gagner.

Etre batteur d'un groupe qui répugne à utiliser les rythmes, c'est plutôt reposant ou plutôt difficile?

Je ne suis pas d’accord avec votre question. Pour moi le rythme est une composante importante de nos chansons, même si, c’est vrai, les mélodies et les atmosphères sont plus souvent nos priorités… Certaines chansons du dernier disque sont même dansables. Je pense à « Beyond the sunrise » ou « Wrong girl ».

OK, c'est votre 4e album. Est-il plutôt meilleur ou pire que les précédents?

A vous de trancher. Les deux précédents étaient bien, mais ce n’était pas exactement ce qu’on voulait faire. Cette fois, comme pour notre premier disque « Tigermilk », nous sommes contents à 100%.

Vous avez donc ressorti « Tigermilk », votre premier elpee. Plutôt parce que vous le vouliez ou parce que tout le monde vous disait de le faire?

On en avait pressé mille. Quatre cents sont partis à famille et aux proches. Conclusion : seulement 600 personnes avaient cet album. Notre but étant quand même de toucher un maximum de monde, on l’a ressorti. « Tigermilk » est notre disque le plus frais, parce que nous avons eu l’occasion de l’enregistrer très rapidement.

Le titre de votre nouveau disque est interminable. Plutôt parce que la mode est aux titres longs ou parce que vous vouliez montrer que vous avez beaucoup de choses à dire?

En fait, la citation provient d’un graffiti qu’on avait vu il y a dix ans à l’unif sur une porte des douches. C’était très mystérieux à nos yeux… Depuis on a appris qu’il s’agit d’une citation de ‘Devils’, une pièce de John Whitting ; ce qu’on ignorait. C’est seulement après la sortie de l’album que quelqu’un nous a montré l’extrait.

Le départ du bassiste Stuart David (NDR : il a choisi de se consacrer totalement à son projet Looper), c'était plutôt une époque qui se terminait ou un bon bol d'air?

Disons que ce départ était prévisible. On connaît Stuart depuis des années. Il y avait déjà vécu une éclipse (prévue) de deux ans. Elle a finalement duré quatre ans. Il ne voulait pas vraiment trancher entre Looper et Belle & Sebastian. Il voulait continuer de front tant qu’il s’en sentait capable ; mais nous, on ne pouvait pas non plus attendre éternellement qu’il soit libre… Cela dit, il joue encore sur la moitié du dernier album

Murdoch, c'est plutôt le nom d'un magnat de la presse ou d'un songwriter?

Heu, les deux, je crois.

(Article paru dans le n° 85 de juillet/août 2000 du magazine Mofo)

Laika

Le secret ? Le travail à la maison !

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En juillet 93, la presse spécialisée parlait de Moonshake. Entre autres choses captivantes, on apprenait que Margaret Fiedler quittait le groupe (en compagnie du bassiste Jon Fennett et du producteur Guy Fixsen) pour former Laika, laissant Dave Callahan seul aux commandes du vaisseau. Et, à écouter parler Margaret et Guy, il est quand même amusant de constater à quel point leurs discours sont proches…

Margaret : La séparation était avant tout une décision de Dave. Il voulait continuer sous le nom de Moonshake, afin de prendre d’autres directions. Et je crois qu’il est le seul membre originel qui y soit encore. C’était son choix ; mais je ne le déplore pas. Je pense qu’on est tous les deux beaucoup plus heureux ainsi.
Guy : Mon regard est plus extérieur puisque je n’étais jusqu’ici que producteur ou ingénieur. Mais il me semble que l’intérêt de Moonshake procédait de ce contraste entre deux styles d’écriture très différents. Comme j’écris aussi, maintenant, j’espère qu’on retrouvera dans Laika ce genre de nuances, de combinaisons étranges.

Format chanson

Que pensez-vous, aujourd’hui du tout premier Ep de Moonshake, sorti sur Creation ?

MF : Dave de l’aime pas. Mais moi, c’est le tout premier disque que j’ai enregistré, même si j’ai milité dans des tas de groupes, pendant plusieurs années. J’y suis donc attachée. Je crois que pour un premier disque, ce n’était pas trop mal. Dave qui en comptait déjà 20 à son actif, pensait qu’il n’avait pas réussi ce qu’il voulait faire.
GF : Perso, c’est le deuxième disque que je produisais. On était encore assez naïfs, ce qui s’entend sur l’Ep… On est toujours très liés au format chanson, parce qu’il donne la vraie responsabilité d’une musique. Aussi bizarres qu’ils soient, tous les titres de l’album ont des couplets et un refrain. Comme il n’y a pas de guitares habituelles, c’est moins facile, mais la structure reste celle d’une chanson. Par exemple, on se lancerait pas dans 10 minutes d’ambient, sans vocaux. On aime les mélodies ! Et puis, on ne voudrait pas enregistrer des disques dont les gens pourraient se dire : ‘c’est très intelligent, mais je n’aime pas’. Il faut qu’ils aient avant tout du plaisir à l’écoute de notre musique.

Quels rapports entretenez-vous avec la guitare ?

MF : On utilise quand même des guitares en studio, mais peu sur scène. Juste parfois pour en sortir des sons qui de toute façon ressemblent à des samples. En concert on utilise avant tout ces samples, mais aussi des sequencers, des percussions et de la flûte. Un instrument n’est pas bon ou mauvais en lui-même, que ce soit une guitare ou un sampler, tout dépend de la manière dont on s’en sert. Tu sais on travaille beaucoup à la maison et, du coup, on a tout notre temps pour essayer plein de trucs et se rendre compte de ce qui vaut le coup ou pas. Si quelque chose marche, ça finit par atterrir sur le disque, que ce soit acoustique ou électronique, programmé ou live. On n’a pas la contrainte d’entrer dans un studio, loué pour une semaine avec l’obligation de boucler un album.

Leur propre studio

GF : des groupes comme Kraftwerk, Can ou aujourd’hui My Bloody Valentine, Cocteau Twins et les Beastie Boys possèdent leur propre studio. Et c’est la raison pour laquelle ils ont un son caractéristique, qu’on l’aime ou pas, qui leur appartient vraiment. Non seulement, ça personnalise leurs disques, mais ça leur permet de ‘vivre avec’. En tant que producteur, j’ai vu tellement de groupes obligés de bosser dans la précipitation, et frustrés de ne pas toujours obtenir ce qu’ils souhaitaient. Parfois, parce que moi-même, je n’avais pas le temps de vraiment comprendre ce qu’ils espéraient. Dans ces conditions, la chance compte énormément, pour réussir ou non un disque.

(Article paru dans le n°29 du magazine Mofo de décembre 94)

 

Beck

Ni clown, ni glandeur

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Beck le retour. Après « Mellow gold », album de l’année pour de nombreux magazines pop/rock et deux autres opus plus discrets, l’Américain revient avec « D-De-Lay ». On craignait l’essoufflement. On avait tort. Chez Beck, l’inspiration et le goût pour les mélanges impossibles ne se sont pas émoussés.

Rencontre au Vooruit voici quelques semaines à quelques heures du concert programmé en première partie de Sonic Youth ; entretien au cours duquel Thurston Moore intervient ici très brièvement. Beck s’explique d’abord sur cette sortie tardive puisqu’il affirmait fin 94, disposer en réserve de plusieurs long playings, prêts à sortir. On aura donc attendu longtemps…

J’ai beaucoup tourné. Il me restait donc très peu de temps pour vivre chez moi, à accomplir des choses normales, et plus forte raison, pour me rendre dans un studio. Aujourd’hui, j’ai quatre albums qui sont prêts à paraître. Quand « O-De-Lay » sera lancé, le premier suivra rapidement. Pour les autres, rien n’est encore prévu.

C’est la première fois que tu enregistres un disque qui soit attendu par le public. Cette situation a-t-elle changé quelque chose pour toi ?

Difficile de ne pas y penser. Les gens vont m’attendre au tournant et peut-être me rejeter. Mais ils en feront ce qu’ils voudront ; finalement je m’en fous. Je n’ai de toute façon aucun contrôle là-dessus. J’en suis arrivé à un point où ce qui compte n’est pas de sortir un disque en tant que tel, mais de faire ce que j’aime. C’est ma vie, mon travail. Qu’importent les albums, c’est la musique qui est importante. J’essaie de penser à plus long terme. Je ne me dis pas ‘C’est ma dernière chance et si je me plante, c’est fini’. Il faut assumer le risque d’erreurs. C’est inévitable.

N’est-ce pas même utile d’en commettre ?

Bien sûr, elles permettent de progresser. Il y en a sans doute sur cet album. Je suis perplexe vis-à-vis de certaines chansons, presque ridiculement pop. En même temps, c’est ce qui est sorti à ce moment-là et je veux y rester fidèle, je ne souhaite pas me censurer. De toute façon, il est illusoire de penser qu’on peut contrôler le processus créatif. En même temps, je suis aussi assez sensible à l’idée selon laquelle on doit savoir ce qu’on veut. Mais finalement à quoi bon ? On ne trouve sa vraie voix que beaucoup plus vieux, alors en attendant… Cette façon de voir les choses est acceptée pour les écrivains, alors pourquoi pas pour les musiciens ? Un des grands avantages à être jeune c’est que tu n’es pas tenu de sortir ton œuvre la plus ‘mâture’. J’ai vu pas mal de choses, mais je ne pense pas avoir assez de bouteille pour permettre à ma musique d’avoir une portée universelle. Je n’ai envie ni d’être pris pour un clown, ni d’être pris trop au sérieux. Tant de jeunes musiciens veulent produire une sorte de manifeste définitif alors qu’ils devraient se contenter de parler d’eux-mêmes (NDR : à cet instant, Thurston Moore passe à proximité, et lance la fameuse formule habituellement réservée aux attachées de presse, lorsqu’elles souhaitent que l’interview se termine, en lâchant ‘Cinq minutes !’) (rires) C’est mon manager. C’est lui qui écrit toutes mes chansons. Je ne suis que son patin.

La répartition des chansons entre les différents albums s’opère-t-elle facilement ?

Les délimitations ne sont pas toujours claires. Des chansons comme « Sleeping bag » ou « Asshole » incluses sur « One foot in the Grave » auraient sans doute pu figurer aussi sur « Mellow gold ». Superficiellement, les chansons des trois premiers albums sont différentes, parce qu’elles ont été enregistrées dans des endroits et à des moments différents, en compagnie de personnes différentes. L’année prochaine, je sortirai un album de blues assez classique. Depuis deux ans, je n’ai jamais cessé d’écrire des chansons sans avoir un but précis dans la tête. Pour « O-De-Lay », j’ai simplement cherché à adopter un côté plus hip hop.

Plus Beastie Boys ?

(souriant) Je ne sais pas. Nos influences sont tellement différentes ! Moi, c’est plutôt un certain blues traditionnel alors que chez eux, c’est plutôt le hardcore et le punk de la vieille école. Mais j’admets qu’eux comme moi, nous essayons d’explorer différents aspects d’un hip hop plus marginal (NDR : Thurston Moore repasse et rebalance un bruyant ‘Cinq minutes’).

Tu connais Baby Bird qui a gravé 4 albums en quelques mois ?

Non, mais fais-le tourner pendant deux ans. Ca le freinera. Moi j’essaie de ne jamais arrêter d’enregistrer. Il est très dangereux de se contenter de jouer toujours les mêmes chansons.

Tu as parlé un jour de composer une chanson en utilisant tous les accords que tu connaissais…

Pendant des années, j’ai écrit des chansons qui n’avaient que deux accords. Si j’ai été attiré par le folk, c’est en raison de sa simplicité. Dans le format chanson, pop ou non, deux accords permettent de se concentrer sur l’essentiel. Un jour, un producteur m’a demandé de lui jouer quelques morceaux. Après les avoir écoutés, il m’a conseillé d’en concevoir d’autres avec plus d’accords. Plutôt que de me vexer, je suis rentré chez moi et j’en ai écrit un en utilisant tous les accords que je connaissais. Donc, cette compo existe. Elle s’appelle « Cyanide breath mint » et figure sur « One foot in the grave ». Ce qu’il y a de bien dans l’aspect limité du folk, c’est justement l’absence de ‘jouets’ qui distraient du boulot. Même si les jouets sont marrants et si c’est amusant de réaliser des disques comme « Mellow Gold » ou « O-De-Lay ». Si une chanson à deux accords est mauvaise, ça s’entendra toujours tout de suite parce que rien ne dissimulera ses faiblesses.

Tes albums sont toujours assez accidentés, jamais lisses. Pourquoi ?

Un album, c’est comme un voyage auquel on convie l’auditeur. Je ne veux pas d’un trajet en voiture sur une route droite et plate. J’aime arriver à une sorte de grâce zen. Tu as, par exemple, des sons ‘difficiles’ suivis d’un certain refrain très accrocheur. Ce qui est aussi intéressant dans la musique, c’est qu’en définitive, elle ne compte que par l’effet sur celui qui l’écoute.

Tu te soucies de l’image qu’on a de toi, telle qu’elle émane de « Loser » ?

Quand j’ai enregistré ce morceau, je ne soupçonnais même pas l’existence de ce mouvement ‘slacker’ (NDR : à son corps défendant, Lou Barlow, le leader de Sebadoh, a aussi été traité de ‘glandeur’). Je me contentais d’enregistrer une chanson rap, sans rapper très bien, d’ailleurs. Le rap que j’écoute est généralement assez dur et charrie tous les clichés sur ce qu’on a ou pas : le fric, les femmes et les bagnoles. C’était une sorte d’hommage rigolo à tout ça. ‘Je suis un perdant, je n’ai rien et je ne suis qu’une merde…’ C’était juste une blague que certains m’ont volée en lui donnant une autre vie. C’est leur droit le plus strict, mais qu’on ne s’attende pas à ce que je ne sois qu’un personnage de dessin animé, un symbole unidimensionnel de la jeunesse apathique. Parce que ça n’a rien à voir avec moi. J’ai toujours été intéressé par une foule de choses de la vie. ‘Slacker’ est vraiment un terme trop réducteur, qui tend à uniformiser les gens alors que tous sont différents. En fait, c’est avant tout une création de marketing, une façon d’identifier un segment d’acheteurs potentiels pour leur confectionner des produits sur mesure. Heureusement je crois que ce mot est déjà occupé de disparaître.

(Article paru dans le n° 44 du magazine Mofo de juin 1995)

  

Josh T. Pearson

Macadam Cowboy

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J’avoue, je ne suis guère à l’aise dans l’exercice de l’interview. Cette discipline, c’est avant tout une rencontre, avec une grand part d’inconnu, et l’appréhension de ne pas trouver les questions judicieuses. Celles susceptibles d’éveiller l’intérêt de l’artiste, du public, et le mien au passage. Pour cette raison, je laisse le soin à d’autres de s’y risquer. Ce qu’ils font d’ailleurs bien mieux que moi. Reste l’opportunité unique de rencontrer en aparté des gens qui par la grâce de leur art réussissent à me toucher au plus profond. Si l’angoisse des obstacles cités plus haut prend alors une plus grande dimension, l’excitation de franchir la frontière ténue qui me sépare de l’âme de l’artiste sert de détonateur, et il arrive alors que je sorte de ma tanière et ose m’aventurer sur le terrain de la rencontre.

Une seule écoute de « Last of the Country Gentlemen », premier album de Josh T Pearson depuis la dissolution de Lift To Experience (1996-2001), a suffi pour me jeter à l’eau. Et grand bien m’en a pris. D'interview, au sens classique du terme, il n'y en a pas eu. Une grande conversation à cœur ouvert, sans ambages ni faux fuyants. Un moment rare. Un moment précieux. Dont je vous livre l’essentiel…

Josh T Pearson est grand, mince, et son visage est largement couvert d'une barbe hirsute. Il est voûté sous le poids de la fatigue, mais accueillant, humble et charismatique. Il se sert un grand verre d'eau. Je lui demande comment il va. Débute alors, le plus simplement du monde la conversation qui s'ensuit.

Je suis fatigué. J'ai très peu dormi et je n'arrête pas de courir depuis un certain temps. Aujourd'hui les interviews s'enchaînent. Je me suis levé à 6 heures. Sans savoir si je vais être confronté à des gens qui ont aimé mon album ou pas. Donc, j’appréhende un peu chaque rencontre. Parfois je raconte des conneries. Souvent même (NDR : il sourit et marque une pause). C'est un album difficile qui fait écho à mon âme et j'y ai mis tellement de moi-même. Mais une fois le disque terminé, et bien, voilà, le résultat est gravé et on ne peut plus rien y changer. Et c'est difficile d'en parler. Mais en même temps, c'est agréable. Quand tu t'investis autant dans ton Art, tu espères juste toucher les personnes qui partagent la même sensibilité, qui embrassent la même conception des choses, de la vie, et les autres aussi, peut-être? Je suis assez satisfait du résultat. Mais voilà, maintenant... Il faut que j’assume le service après vente

Apprécies-tu de partager ces émotions avec ton public, de rencontrer des gens qui viennent à ta rencontre pour te dire qu’ils apprécient ce que tu fais?

C'est extrêmement enrichissant de rencontrer tant de personnes différentes à travers le monde. J'adore ces moments de communion et il m'est toujours douloureux d'en repartir les mains vides, sans plus aucune trace de ces bribes de conversations. Que les souvenirs (NDR : à cet instant, une ombre passe sur son visage, puis il semble se ressaisir). Je suis quelqu'un d'assez drôle même si on ne le devine pas à premier abord (NDR : il rit). Les gens sont parfois surpris parce que je raconte des blagues pendant le concert ou que je parle beaucoup.

Parce que ce que tu chantes est singulièrement triste, peut-être ?

Oui, sans doute. Les gens doivent se dire que je suis un sinistre larron (NDR : à ce moment, il se saisit de l’album d’Agnès Obel qui traîne sur un coin de table). Est-ce que tu penses qu’on formerait un joli couple elle et moi ? Tu connais ?

Je l’ai vue dernièrement. Disons que vous partagez une certaine sensibilité mais…

Elle est grande ou petite ?

Petite.

Laisse tomber ! (NDR : il jette la tête en arrière et s’affale dans le divan et m’avoue que cet état d’épuisement est difficile à gérer… nous transgressons quelque peu avant de reprendre le fil de la conversation).

Josh, ton état d'épuisement affecte-t-il tes concerts?

Et bien... (NDR : il réfléchit, prend une grande inspiration avant de répondre). En fait, à un certain stade, tu oublies la fatigue ou en tout cas, tu t'en accommodes. Tant que tu es lancé, tu peux continuer, encore un peu plus. Le plus pénible, c’est quand tu t'arrêtes. Il devient alors beaucoup plus difficile de relancer la machine. En tout cas, j'essaie de garder un maximum d'énergie pour la scène, afin d’offrir le meilleur à ceux qui me font l'honneur d'être présents. Mais, oui, je suppose que quelque part, à la longue, cette situation affecte mes concerts d’une certaine manière. Je ralentis le rythme de mes chansons. Nous ne sommes pas des machines ; donc, ça demande pas mal d'efforts pour ne pas craquer. Ce n'est pas le pire des jobs. J'en ai fait de vraiment terribles. Mais quand je suis sur la route, je souffre de l’absence de mes amis et de ma famille. Je manque de stabilité. Mais c'est nécessaire. En tout cas, je fais tout pour ne pas le laisser transparaître cet état d'épuisement. Mais uniquement sur scène.

Il y a quelques jours, tu étais à Londres afin de donner un concert exclusif pour ton label. Tu y as interprété une série de reprises d'artistes abrités par Mute. Comment s’est déroulé l'expérience?

Elle était amusante et récréative. Tu sais, je dois distraire le public en me servant de avec ma seule voix et de ma guitare. Ce qui n'est pas toujours gagné!

Tu reprends Erasure, notamment.

Oui. Tu as entendu?

Oui, et j'aimais beaucoup. Parce que tu mettais beaucoup de toi dans cette chanson.

Merci. J'essaie toujours de donner un peu de moi. La meilleure partie en tout cas (NDR : il rit). Je reprends Moby aussi (NDR : il commence à fredonner « Natural Blues »). C'était juste pour l'occasion. Parfois, je glisse l'une ou l'autre reprise, mais en général, je développe déjà assez mes propres chansons en longueur (NDR : elles durent en moyenne 10 minutes et il lui arrive d'en enchaîner deux à la suite ou encore de se raconter tout en jouant ses morceaux). Donc en général, je suis venu à bout de la patience du public…

Parlons de ton album. Tu t'es impliqué tellement dans celui-ci, y a mis tellement de choses personnelles, t'es tellement dévoilé. Comment te sens tu après coup? Mieux?

Je ne sais pas encore. Je ne peux pas dire que je me sente mieux. C'est difficile à dire. C'était une sorte de catharsis. Mais de là à dire que je me sens mieux... Certaines personnes m'ont dit qu’ils étaient bien, après l'avoir écouté. Dans ce cas, cette réaction me rend effectivement heureux. En ce sens, oui, je me sens mieux. Il faudra peut-être encore un peu de temps pour que je puisse statuer sur cette question.

Est-ce justement le rapport avec le public qui t'a poussé à enregistrer ces chansons?

Il s’est produit un événement majeur dans ma vie, il y a quelque temps. Je jouais dans un petit club en Irlande, pour le plaisir. Après le concert, deux gars à la stature imposante se sont approchés de moi, des larmes dans les yeux, et ils m'ont demandé pourquoi je n'enregistrais pas mes chansons, pourquoi je refusais de les partager. Je me suis dit, si je suis capable de toucher des gars pareils, et crois moi, ils ressemblaient à des durs à cuire, et bien, peut-être devrais-je en effet enregistrer un album. J’aime l’idée que mon disque puisse aider d’autres personnes. Attention, je ne veux pas sauver le monde, hein. Non, mais ma contribution, aussi simple soit-elle me procure une sorte de bien-être.

Et donc, tu t’es rendu dans un studio, à Berlin ?

Le reste s'est déroulé fort naturellement. On a booké 10 jours et enregistré deux nuits, en prises directes. C’était un procédé très spontané. Mais la bonne manière de parvenir à nos objectifs.

Regrettes-tu parfois la dissolution prématurée de Lift To Experience ?

Non, je n'ai pas de regrets. Pour des jeunes comme nous étions à l'époque, c'était une magnifique expérience, traverser l'Europe et tout ça. Mais nous n'avions pas envie de frayer avec le music business. On vivait au milieu de nulle part. Dans le bled où on habitait, il n'y avait vraiment rien à faire, alors on tournait en rond. Donc, c'était amusant un temps, mais mieux valait arrêter avant de se lasser. Et puis, il nous est arrivé pas mal de merdes. Non, je ne regrette pas.

Et maintenant? Que vas-tu faire?

Dormir ! (NDR : il rit). Non, en fait, je vais continuer à courir. J'ai encore quelques dates. Amsterdam, demain, une radio session en Ecosse vendredi, et puis je joue ici à Bruxelles bientôt, non?

Oui, samedi.

Ensuite, quand j'aurai fini toute cette promo, je rentrerai quelque temps au Texas. J'ai besoin d'y retourner. Je vis à Londres en ce moment. Enfin, je ne sais plus très bien où je vis pour l’instant…

Je repars au Texas en juillet. J'irai faire des tours en moto et je prendrai un peu de repos. Avant de recommencer.

A ce stade, la conversation prend une autre tournure, et c'est Josh T Pearson qui me pose les questions, sur ma vie, sur ce que je fais. Mais cette conversation est bien moins captivante pour vous, amis lecteurs…

 

Tahiti 80

Une musique noire jouée par des blancs…

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Fondé en 1993, ce groupe rouennais rencontre un succès phénoménal au Japon. Par contre, en France, il est considéré comme marginal. Peut-être parce que les chansons sont interprétées dans la langue de Shakespeare. Ou que leur musique n’accroche pas le public hexagonal. Pourtant, le combo ne manque pas de talent. Et puis, au fil des albums, il n’hésite pas à se remettre en question. Avant de se produire en concert à la Maison de la Culture de Tournai, Xavier Boyer, parfois rejoint par ses acolytes, nous a accordé cette longue interview…

Tahiti 80 pratiquerait de la pop moderne traditionnelle. C’est ce que mentionnait un article, paru dans un magazine de presse musicale spécialisée. Partagez-vous ce point de vue ?

(Cacophonie ambiante) Ce n’est certainement pas ce qu’on a pu déclarer. En outre, ca ne veut rien dire du tout. Donc…

Oui, il me semble !

On a toujours beaucoup écouté les artistes issus des sixties. C’est la source d’inspiration basique de notre son. Des sixties, mais aussi des seventies. Parce qu’il existait une approche dans l’écriture des morceaux qui a peut-être un peu disparu aujourd’hui. Mais on a toujours suivi l’évolution musicale. Tant à travers la musique électronique que noire : la soul, le hip-hop, le dub ou le reggae. Notre objectif était ainsi de mêler tradition et modernisme. Pas de rester bloqué dans le passé ; car si c’est pour refaire ce qui a déjà été fait, ce n’est pas très intéressant. Mais lorsqu’on parvient à combiner des éléments hétérogène, le résultat est  généralement original et assez personnel.

Vous appréciez la musique des sixties, et en particulier les Beatles, les Zombies et les Beach Boys. Que vous ont apporté ces groupes sur le plan musical ?

Je pense que les années 60 étaient une époque au cours de laquelle les compositeurs étaient encore capables d’écrire des chansons. Elles recelaient de véritables progressions harmoniques et on pouvait compter jusqu’à 50 accords par morceaux. La totale quoi. Que ce soit au niveau du songwriting, de la performance ou du son, à la fois très intéressant et caractéristique. On osait expérimenter des trucs que personne n’oserait tenter aujourd’hui. Hormis Radiohead, peut-être. Mais c’était plein de charme. Ces artistes étaient alors très, très jeunes et ne prenaient pas trop de recul. C’est absolument la période clé de la musique moderne. Mais également, ils plaçaient chaque fois la barre très haute. Ainsi quand l’un sortait un 45trs, l’autre devait absolument faire mieux. Et puis ils n’hésitaient pas à nous gratifier de singles élaborés qui atteignaient les 6 minutes. C’est la raison pour laquelle on est très branché sur cette époque. On y découvre encore et toujours des idées…

Vous avez déclaré que l’élément le plus important dans votre musique était la voix car elle crée la mélodie des morceaux. N’avez-vous jamais pensé chanter ‘a capella’ ?

Euh… On devrait ! Je pense que c’est une des particularités et un des avantages de l’anglais. La voix occupe une position centrale, tout en s’associant complètement aux autres instruments. Elle devient même instrument tout en véhiculant des idées à travers les paroles. Lorsqu’elles sont exprimées en langue française c’est différent. Le texte prime et surtout on est confronté à certaines contraintes dans le rythme. C’est la raison pour laquelle on a fait ce choix. Cet équilibre nous semblait intéressant et nous permettait de concrétiser nos idées. Maintenant, j’ignore si on va se lancer dans l’a capella. Nous allons encore patienter quelques années, pour laisser passer ce qui est encore une mode. On va attendre un petit peu et lorsque ce sera démodé, on tentera l’exercice de style…

En 1976 paraissait un film de Michel Lang qui s’intitulait ‘A nous les petites anglaises’. Vu votre succès au Japon, n’êtes-vous pas occupés de réaliser une version musicale de ‘A nous les petites Nippones’ ?

Non, non, nous n’avons jamais adopté cet état d’esprit. Nous sommes sérieux. Nous privilégions davantage l’aspect musical que l’attitude rock’n’roll. Nous ne saccageons pas les back-stages. Nous n’avons pas encore cassé de guitare sur scène ; et les groupies, nous les saluons, c’est tout. Nos fans féminines sont très gentilles et nous offrent de petits cadeaux.

Oui mais entrer en concurrence avec Bon Jovi là-bas, est-ce flatteur ou agaçant ?  

Nous sommes très contents lorsqu’on parvient à contrecarrer le pouvoir de domination exercé par Bon Jovi. D’autant que ce groupe est absolument affreux. C’est à la fois un rêve et en même temps un objectif pour chaque formation pop, quand tu débutes, de jouer une musique qui te plaît mais en même temps susceptible de plaire au plus grand nombre. C’est le principe même de la musique pop. Les Beatles, par exemple, en constituent l’exemple le plus parfait. En préservant leur intégrité artistique, ils recueillaient un succès commercial énorme. Si à notre échelle on parvient à marcher sur leurs traces dans un pays comme le Japon, c’est plutôt flatteur. Et si on réussit à piquer des fans à Bon Jovi et consorts, c’est encore mieux !

Votre nouvel album est plus black, plus funky, la rythmique davantage mise en avant, la musique me semble plus sensuelle, dansante, parfois même proche d’un certain disco. J’y détecte même un peu l’âme de Prince. Une réaction ?

C’est absolument l’esprit au sein duquel baigne l’album. Entre la sortie du 2ème et 3ème cd, par exemple, le marché nippon nous a sollicités pour réaliser une compilation. On a donc dû sélectionner les morceaux en piochant quelque peu dans le catalogue de notre maison de disques. Mais on a remarqué qu’elle possédait la collection de tous les Stax et Motown. Or nous avons toujours été des mordus de ces labels. Et tout en nous gavant de musique, surtout dansante, à cette époque, on se tapait aussi des DJ sets. Je pense que ces influences ont toujours été présentes dans notre musique. Par exemple, le premier morceau qui nous a lancé, c’est « Heartbeat ». On y retrouvait déjà ce mélange entre rythmique noire et mélodie blanche. Donc pour ce nouvel album, on décidé de se livrer à fond dans ce style, en enlevant un peu de guitare pour disposer tous les éléments rythmiques quasiment au même niveau que les voix. On a voulu enregistrer un album qui corresponde au feeling de l’instant. Pas qui se focalise sur un genre déterminé. Au final, je pense que notre manière d’écrire colle bien à cette orientation rythmique. Et le résultat est différent de tout ce qu’a pu proposer n’importe quel autre groupe jusqu’à ce jour. Et dans le futur, pourquoi pas, nous pourrions intégrer des éléments traditionnels empruntés à la musique brésilienne ou autre…

Vous aimez également Sly Stone et Marvin Gaye, mais également Curtis Mayfield. Etes-vous collectionneurs de vieux vinyles de ces artistes ?

Oui… (rires) Nous disposons tous d’une belle collection de disques du style. On les a dénichés aux Etats-Unis et au Japon. Aux States, parce qu’il y existe le plus grand éventail à des prix concurrentiels et au Japon, car on y dégote les trucs les plus pointus. C’est un peu cher mais en bon état et on a donc pas mal chiné là-bas. On a chiné au Japon (rires).

Par quel hasard avez-vous bénéficié du concours de Neal Pogue et Serban Ghenea ?

Ce sont des choix du cœur que nous avons un peu provoqué, comme la plupart des collaborations décrochées, jusqu’à présent. Deux albums nous ont toujours marqués chez Serban et Neal. Le premier album de N.E.R.D. et celui d’Outkast, notamment la partie d’André 3000. Ce sont des disques qui nous bottent particulièrement, à cause du son, des rythmiques et de cette pulsation très en avant. Mais pas comme du R’n’B trafiqué par des producteurs pour mettre la chanson en retrait. Bref, on est un peu allés au culot et on a foncé tête baissée. C’était nos deux premiers choix. Et lorsqu’on les a contactés on s’est dit que peut-être l’un des deux accepterait de mixer un compo. Mais finalement, ils étaient tous les deux hyper emballés. A un tel point que nous avons dû les départager pour attribuer les morceaux. Par la suite, notre collaboration a été plus étroite avec Neal. Nous avons ainsi parachevé le disque ensemble, au studio. Quelque part c’est aussi assez flatteur de pouvoir bénéficier du concours de telles pointures qui bossent pour des artistes célèbres. Et il est aussi gratifiant de voir de tels personnages être réceptifs à notre musique ; puis qui acceptent de travailler à des prix inférieurs à ceux exigés pour les stars renommées. Mais tout s’est déroulé de manière naturelle…

Et Linda Lewis ?

Pour Linda Lewis, le choix était plutôt marrant, car on avait décrété que si nous devions échanger un duo avec une chanteuse, nous opterions d’abord pour Minnie Riperton et puis Linda. Mais en même temps nous ne savions pas trop nous y prendre pour la contacter. Et puis, c’était un peu con-con de dire ‘on aimerait bien écrire des chansons pour toi ou alors que tu viennes chanter sur notre disque’. En fait, je l’ai rencontrée lors d’une émission de radio en Angleterre, à laquelle elle participait. Donc, j’arrive à l’entrée et je vois son nom sur le registre. Je demande donc à la standardiste si c’est bien la chanteuse Linda Lewis. Mais elle ne la connaissait pas du tout. Quand je suis entré dans le studio, j’ai vu une femme habillée en noir et coiffée d’une coupe afro. C’était bien elle. Lors de l’émission, je suis parvenu à l’impressionner, car je connaissais toute sa carrière. Après cet épisode, on a gardé le contact et on l’a appelé le moment venu. Et ça c’est génial aussi de pouvoir travailler en compagnie d’artistes dont tu apprécies la musique, dont tu es fan.

La mise en forme de votre nouvel album est hyper raffinée, une sensation accentuée par le falsetto des vocaux, un raffinement qui évoque, pour ma part, Todd Rundgren voire Scritti Politti. Qu’en penses-tu ?

Todd Rundgren forcément ; mais Scritti Politti, je connais très, très peu. Quand on a sorti notre premier album, beaucoup de gens nous parlaient de Prefab Sprout, Style Council ou d’autres groupes du style qu’on connaissait vaguement ; mais qui, au final, n’étaient pas du tout des influences pour nous. Mais je pense que par la suite on s’est inscrit dans une lignée de musiciens blancs jouant de la musique noire. Mon objectif n’est pas de parvenir à chanter comme Marvin Gaye, mais de communiquer une émotion. Par exemple, Todd Rundgren c’est vraiment quelqu’un dont on admire la démarche artistique, même s’il s’est parfois planté. Mais au moins, il a été jusqu’au bout de ses idées ! En ce qui concerne le son, tu le trouves très léché. Etonnant, parce que c’est l’album le plus brut qu’on ait enregistré. Il regorge de premières prises. De trouvailles que l’on a conservées. Mais effectivement, on est d’un naturel soigneux. Peut-être que pour le prochain, on effectuera des prises encore plus brutes. 

Pourquoi avoir intitulé l’album « Fosbury » ? Etes-vous devenus accros au saut en hauteur ? Ou alors avez-vous voulu vous servir d’une métaphore pour traduire le grand bond que vous tentez de réaliser dans l’évolution de votre musique ?

Nous aimons beaucoup le sport. Et on y a décelé cette portée métaphorique. En fait, nous avons choisi ce titre aussi à cause de son rôle d’outsider, qu’il incarnait à l’époque. Sa technique était unique. Tout le monde le montrait du doigt. Craignant même qu’il mette sa vie en danger. Qu’il se brise la nuque. Mais dans cette histoire, le plus intéressant, c’est qu’au départ, il n’était pas pris au sérieux, mais qu’au final, il a décroché la médaille d’or et récolté les acclamations. Ensuite, il s’est retiré de la compétition et s’est impliqué dans des mouvements pacifiques. En analysant un peu son parcours, on a voulu, en quelque sorte, défendre une ambition musicale. Essayer de convaincre les gens. Ne pas enregistrer le même disque que son voisin. Mélanger des genres qui ne sont pas, à premier abord, compatibles…  

Jeanne d’Arc a été brûlée à Rouen ; mais vous chantez quand même dans la langue de Shakespeare. N’avez-vous jamais entendu des voix s’élever pour que vous vous exprimiez dans celle de Molière ?

Un jour, nous participions à une émission sur France Inter. Nous nous produisions en showcase et une vieille dame réagit à l’issue de celui-ci en nous demandant pourquoi on ne chantait pas en français. Guy Carlier lui répond alors que les Zombies n’ont jamais chanté en français. Quand on se rend à l’étranger, il est courant de s’entendre dire que nous pratiquons une musique aux influences américaines et anglaises mais adaptée à la sauce française. Après, je pense que c’est le style qui dicte un peu la langue.

Votre reprise de « So You Want to Be a Rock 'n' Roll Star » des Byrds, vous la jouez encore en live ?

Non, plus aujourd’hui. Mais elle était plus Rock’n’Roll que Star… (rires) On y avait inclus un solo et un intermède psychédélique au beau milieu. Elle ne figure plus à notre répertoire depuis que nous disposons de suffisamment de morceaux personnels. C’est vrai qu’à une certaine époque on interprétait pas mal de reprises. Récemment on s’est quand même attaqué à l’une ou l’autre reprise et notamment une d’Epic Soundtracks.

Votre premier mini-album « Twenty Minutes » est sorti à 536 exemplaires ? Je suppose que vous en avez conservé quelques-uns dans un coffre fort…

J’en ai 3 chez moi. Non je ne dirais pas mon adresse je n’habite pas au ‘bip’. Et en plus on récupéré quelques exemplaires, parce qu’on en avait filé 10, à un copain, qui bossait à la Fnac de Nantes. Il n’en avait vendu que 6 du paquet. Je n’ai par contre pas récupéré l’argent, mais bien les 4 autres Eps en circulation.

Apparemment, vous n’aimez pas les groupes à guitares… Une raison ?

Non, non, j’aime bien les groupes à guitares. Mais c’est comme pour le saxo, je n’aime pas les solos. Ils ont salopé beaucoup de morceaux au cours des dernières années. Par contre, on a toujours détesté la noisy pop. Et un groupe comme My Bloody Valentine. Enfin, pas tout à fait celui-là, car au départ l’idée était intéressante, mais l’armée de suiveurs qui ont pris le train en marche n’a strictement rien apporté. Aujourd’hui, un autre courant refait surface, la ‘New Wave’… On nous a souvent taxés de revivalistes parce qu’on a composé un morceau qui rendait hommage à Ray Davies ; alors que cette démarche nous tenait à cœur. Lorsque certains artistes se mettent à piller les années 80, donc la ‘New Wave’, on n’entend pas beaucoup de voix s’élevant pour clamer que ce n’est pas nouveau ce qu’ils proposent. The Raptures, c’est quand même un bon groupe. Pourtant 20 ans auparavant des formations new-yorkaises pratiquaient déjà cette forme de ‘funk blanc’, mais ils y ont ajouté une voix qui chante comme ça ‘Hwuuuuuuu uuuuuuuh’. Finalement, c’est un peu la même technique que celle utilisée pour le cinéma. On reprend un concept intéressant, mais on le remet au goût du jour.

Phoenix, ce sont des potes à vous ?

On ne les connaît pas du tout. Et ce n’est pas bien. Mais je pense qu’ils ont la même attitude à notre égard. Mais le plus marrant, c’est que nous sommes souvent comparés. C’est sans doute parce que les deux groupes puisent leurs références aux mêmes sources américaines, tout en conservant cet esprit pop/rock français…

Nirvana

Même les avocats et les chefs d’entreprises écoutent du rock…

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Le succès actuel de Nirvana est-il un phénomène inexplicable ou est-ce, au contraire, le signe qu'une révolution est en marche dans le monde du Rock n' Roll? Pour salutaire que soit l'arrivée d'un groupe aussi viscéralement underground au sommet des charts mondiaux (« Smells like teen spirit », n°1 en Belgique : on n'avait jamais vu ça !), on ne peut quand même que s'interroger sur les causes de cet engouement sans précédent. Qu'une musique que l'on passe son temps à défendre sans réel espoir de la voir faire le ‘cross over’ se retrouve popularisée à ce point a de quoi surprendre.

Si Geffen, le label américain du groupe, qui ne pensait pas faire une si bonne affaire en rachetant leur contrat à Sub Pop, se frotte les mains à l'heure actuelle, une seule chose est sûre, tout le monde se perd en conjectures. Du journaliste rock moyen au programmateur radio, en passant par le groupe lui-même. Inutile d'ailleurs d'essayer de leur demander ce qui se passe, ils tentent de gérer ce qui leur arrive. En pleine tournée européenne, ils se sont retrouvés n° 1 aux States. Sur les genoux, les cordes vocales en sang, Kurt Cobain et ses acolytes vont devoir affronter une véritable Nirvanamania à leur retour au pays. Nous avons rencontré Kurt, le chanteur, guitariste et principal compositeur du groupe en novembre dernier. Quelques heures avant le concert/foire aux bestiaux accordé à Gand dans un Vooruit archicomble. Visiblement crevé, il passait le plus clair de son temps à se terrer dans un coin, évitant soigneusement les journalistes, laissant à ses deux collègues le soin de répondre brièvement à leurs questions. Plus chanceux que d'autres, nous parviendrons finalement à le coincer quelques minutes. Fatigué, grelottant dans un vieux pull troué, il n'a pas le profil d'un homme qui se retrouve soudain célèbre et millionnaire en dollars...

Je n'ai jamais considéré qu'accorder des interviews était particulièrement amusant ou fascinant. On s’y plie uniquement pour satisfaire la firme de disques parce qu'on a promis qu'on le ferait. On a accepté d'entrer dans ce business de merde et on joue le jeu. Mais dès que cette tournée sera terminée, on ne donnera plus d'interviews ; du moins on sélectionnera drastiquement. On choisira des fanzines ou des magazines spécialisés.

Ne considérez-vous pas qu'il est aussi important pour ceux qui aiment le groupe de pouvoir lire une interview de vous, de savoir qui vous êtes ? Vous estimez peut-être que la musique se suffit à elle-même...

C’est plus que suffisant. Je pense que notre musique possède assez d’émotion et de signification pour toucher les gens. Et en comparaison avec des tas de groupes, c’est bien plus qu’ils ne peuvent offrir. Il n’y a pas beaucoup de groupes qui me plaisent ; mais même dans ce cas, ça ne m’intéresse pas vraiment de savoir qui ils sont ou ce qu’ils pensent. Je ne suis touché que par leur musique… Je n’ai rien à faire avec eux, je n’ai aucune envie de les rencontrer personnellement.

Tu considères que les conversations que tu as avec les journalistes ne t’apportent pas grand-chose ?

Oui, je suis particulièrement étonné de voir à quel point ils manquent d’originalité, posent des questions inintéressantes. Ou même ne parviennent pas vraiment à entamer une conversation. Ils répètent tous les mêmes questions clichés, celles que, semble-t-il, le public a envie de voir posées. Je crois qu’on a donné assez d’interviews pour que les gens puissent avoir une vague idée de qui nous sommes, de ce que nous faisons. C’est d’ailleurs le même problème avec les fans qui viennent nous demander des autographes, je trouve ça stupide. En général, ils n’ont même pas envie de nous parler. La seule chose qui les intéresse est de ramener ce petit trophée ridicule. Personnellement, je n’ai jamais demandé d’autographe de ma vie… 

Contrairement à Charles/Black Francis des Pixies et surtout Jay Mascis de Dinosaur Jr, pour qui les textes sont soit sans importance soit volontairement inaudibles, tu sembles accorder un certain crédit aux paroles des chansons. C’est du moins ce que tu as déclaré…

En fait je n’ai jamais dit une chose pareille. C’est ce que les journalistes ont écrit. Les articles où il est mentionné ce genre d’infos sont des extrapolations de ce que nous avons déclaré. En fait, je pense que les paroles ne sont qu’un bonus à la musique, un petit extra. On ne peut pas s’attendre à ce que des textes de chansons soient très intelligents. On doit respecter une structure qui te limite déjà très fort. Dans une chanson rock, on est beaucoup plus limité par les mots que par les notes. 

Sur « Smells Like Teen Spirit », vous combattez pourtant l’apathie de certains teenagers qui ne s’intéressent qu’à la télévision…

Je n’aurais pas le droit de dire ça. J’ai pu dire quelque chose de ce genre et ça a été repris dans notre bio. Et je suis constamment obligé de me défendre contre cette idée. Une prise de position qu’on peut défendre à une occasion est terriblement exagérée. C’est quelque chose que je disais à un ami, pour le secouer, et, évidemment, l’info a été relayée et grossie par les médias. J’ai donc décidé que je n’avais plus rien à dire sur le sujet. 

Penses-tu que le rock doit être rebelle ?

Je ne suis pas passif, certainement pas… mais j’aime des tas de groupes qui n’ont pas une attitude rebelle et ne montrent aucun sentiment ni émotion à ce sujet. Ils ne m’intéressent qu’à travers leur musique. 

Quels sont les groupes que tu aimes ?

Mes groupes préférés sont Jad Fair, Beat Happening, les Pastels, Young Marble Giants… La plupart des gens s’attendent à ce qu’on écoute des trucs comme Godflesh… 

Ou Blackflag…

J’aime beaucoup Blackflag, comme les Butthole Surfers, ils ont été de grandes influences. Il y a pas mal de groupes durs que j’aime mais pas trop de groupes contemporains dans ce genre, sauf The Melvins ou Jesus Lizard… 

Le fait d’être maintenant sur un gros label vous oblige à accorder des interviews, faire des concessions, de la promo et tutti quanti...

On n’est pas obligés. On a accepté au début parce qu’on pensait que ça nous ferait pas chier. On ne savait pas à quoi s’attendre, on n’imaginait pas que l’on accorderait 10 interviews par jour. Et à des tas de magazines qui ne nous intéressent pas vraiment, comme ces revues heavy metal luxueuses sur papier glacé. J’aimerais mieux uniquement rencontrer des fanzines ! Mais malheureusement, les fanzines qui essayent de nous contacter à travers la firme de disques se font souvent jeter. Et on devra certainement réfléchir à cette situation lors de la prochaine tournée. 

C’est un peu contradictoire puisque les fanzines sont un peu l’équivalent journalistique de ce que sont les petits labels indépendants. Et vous avez choisi d’être sur un gros label…

Ce qui ne signifie pas que je ne suis plus capable d’apprécier ça. La majorité de mes amis sont toujours sur des labels indépendants et les seuls trucs que j’aime lire sont des fanzines. Etre sur un gros label nous permet d’être mieux distribués, mais on a bien l’intention de toujours être en accord avec les choses dans lesquelles on croit. D’une certaine manière, la communication avec MCA/Geffen est mauvaise. C’est un label qui n’a évidemment que l’expérience de promouvoir des groupes très commerciaux… 

Penses-tu que les gens qui aiment Nirvana aux Etats-Unis aiment le groupe pour les mêmes raisons que ceux qui l’apprécient ici ? En Europe, la plupart des gens ne comprennent pas les paroles des chansons…

C’est très bien ainsi ! J’aimerais pouvoir m’exprimer dans un langage bien à moi, que personne ne pourrait comprendre. Et je pense que nous aurions le même impact sur les gens avec notre musique. Les mots n’ont réellement aucune importance dans la musique. Ils peuvent toucher les gens mais c’est très rare. Si on a l’intention de toucher les gens avec des mots, on doit avoir un espace illimité pour le faire… 

La version américaine de l’album comporte une chanson cachée qui n’est pas renseignée sur la pochette. Elle ne figurait pas sur les versions européennes au début, c’était délibéré ?

On ne voulait pas promouvoir cette chanson, on n’en a donc pas trop parlé et certains label-managers européens de BMG ne se sont pas rendu compte qu’il y avait une chanson supplémentaire après la fin de « Something In The Way ». L’idée était d’ajouter sur l’album une chanson susceptible d’être découverte peut-être des mois après avoir acheté l’album. Quand on en a presque marre de l’écouter, découvrir ainsi une nouvelle chanson peut être une bonne surprise, un cadeau… 

Cet album est beaucoup plus intense que le précédent, les chansons sont assez différentes…

Je dirais que c’est une collection de chansons écrites sur deux ans. Il s’est passé des tas d’événements, on a engagé un nouveau batteur. La plupart des gens pensent que notre premier album était beaucoup plus agressif, qu’il avait plus d’énergie. Ils disent aussi que les deux albums sont très différents l’un de l’autre. Je ne suis pas du tout d’accord. Je pense qu’il y avait des hits en puissance, des hits évidents sur les deux albums… 

La production a sans doute rendu cet album-ci plus accessible au plus grand nombre ; et puis votre vidéo passe sans arrêt sur MTV.

Pour ce qui est de la production, je connais des tas de groupes punks underground qui ont une production nettement plus clean que celle de « Nevermind ». Quand à MTV ou les radios plus commerciales des States, elles auraient diffusé les chansons de « Bleach » si on avait été sur un gros label. C’est ainsi que vont les choses. Bien sûr, la production, évidemment, est différente pour cet album. Le précédent avait été enregistré sur huit pistes, celui-ci sur seize… 

Les filles arborent des symboles anarchistes dans la vidéo de « Smells Like teen Spirit », c’est une manière d’être subversif ?

Je ne pense pas que ces images aient un impact particulier sur les gens ou que ça soit subversif. Elles étaient simplement appropriées pour la vidéo, pour le texte. L’intention n’était pas d’être subversif… 

Lors de vos concerts vous avez une attitude assez ‘destroy’, vous cassez vos instruments à la fin de chaque set. Une raison particulière ?

C’est un peu pour exorciser cette période de crise qu’on voudrait nous faire vivre. Nous sommes un groupe indépendant qui passe sur un gros label et c’est souvent ressenti comme une trahison. Des tas de groupes, d’amis ont tenté de nous dissuader de quitter Sub Pop, alors on leur montre qu’on est plus incontrôlables et plus ‘destroy’ que jamais… Quoi que nous fassions, nous voulons garder l’esprit punk qui nous animait au début. Le rock’n’roll est devenu aujourd’hui un produit de consommation courante, tout le monde écoute du rock, les avocats, les chefs d’entreprises… ça ne dérange plus personne. On espère que le rock underground va réveiller un peu les Kids, leur donner l’envie de vivre autre chose qu’une vie conformiste… ‘Birth, school, death’. Voilà la vie de la plupart des gens, c’est d’un triste… 

(Article paru dans le n°1 du Magazine Mofo de février 1992)

Adam Kesher

Un défi à la nature…

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Deux ans après publié un premier album qui avait marqué les esprits (et les pistes de danse), la formation française Adam Kesher vient de lui donner une suite, « Challenging Nature ». Produit par Dave One de Chromeo et mixé par Philippe Zdar de Cassius, il s’agit d’une véritable collection de petites bombes électro-rock destinées à mettre le feu aux festivals estivaux. C’est Julien Perez, le chanteur/claviériste, qui s’est fait le porte-parole du quintet.

Cette question doit probablement souvent revenir sur le tapis : qui est Adam Kesher ?

Adam Kesher est un personnage issu du film ‘Mulholland Drive’, réalisé par David Lynch. Le nom sonnait bien. C'est marrant, parfois les gens pensent qu'il s'agit d'un chanteur, alors que nous sommes un groupe.

Pourquoi avoir choisi Dave One (Chromeo) et Philippe Zdar (Cassius) pour produire et mixer « Challenging Nature » ? Qu’attendiez-vous d’eux ?

Nous avons rencontré Dave One par l'intermédiaire de Matthieu Couturier qui dirige le label ‘Disque Primeur’. Il y a longtemps qu'on cherchait quelqu'un capable d’avoir du recul par rapport au groupe, mais dont les idées étaient compatibles avec les nôtres. Matthieu nous a proposé Dave, un de ses amis, et le courant est passé tout de suite. C'était cocasse de bosser avec lui, car il est fan de groupes ou de chanteurs comme Phil Collins, Fleetwood Mac ou même Indochine. Au départ, ses goûts me faisaient flipper ; mais finalement, tout c’est très bien passé. En ce qui concerne Philippe Zdar, Chromeo mixe presque tous ses titres chez lui et Pierrick, notre bassiste, a aussi joué de la guitare pour Cassius. Nous bénéficions donc de quelques entrées. On a été assez impressionnés par les séances de mixing !

Quelle orientation souhaitiez-vous emprunter lors de l’enregistrement de ce nouvel album ? Perso, j’y décèle des traces de Friendly Fires (sur « Gravy Train ») voire de Foals sur certains titres.

Je pense que personne chez Adam Kesher n'écoute Friendly Fires ou Foals ; mais nous partageons très probablement des références en commun. En ce qui concerne « Gravy Train », la grosse influence sur ce titre, c'est Dinosaur L, le projet disco d'Arthur Russell monté dans les années 80. D'ailleurs on écoutait pas mal de ‘Weird disco’ et d'electro funk lorsqu’on a réalisé ce disque, que ce soit des trucs issus 80's ou plus récents. Par exemple, la production des labels DFA, Italian Do it Better ou Permanent Vacation. Mais aussi de la pop mainstream : Prince, Michael Jackson ou même Depeche Mode. De la musique répétitive également. Terry Riley et Steve Reich, notamment. Ou encore de l’indie rock comme Deerhunter et Jay Reatard.

Certaines de vos dernières découvertes musicales vous ont-elles influencées ?

On est rarement influencé par un groupe en particulier, c'est plutôt une culture musicale, dans tout ce qu'elle peut avoir d'hétérogène, qui s'exprime lorsqu'on la transpose en musique.

Qui fait quoi dans le groupe ? Est-ce que tout le monde participe au processus créatif ?

Il n’existe pas de recette miracle pour écrire. Parfois, l'un de nous pond un morceau en entier ; à d’autres moments, c’est vraiment le résultat d’un travail de groupe au cours duquel on fait tourner un plan pendant des heures.

Quel a été votre emploi du temps depuis la sortie de votre premier  album ? Manifestement, certains collaborateurs ont quitté le navire.

On a pas mal tourné depuis ; aux Etats Unis, au Canada et en Europe. Deux membres sont partis et Pierrick nous a rejoints. Le groupe a enfin trouvé son équilibre… On a aussi des ‘side projects’ comme Zooey, Beatmark, A Fight for Love et 25 Hours a Day.

Selon vous, quelle est la principale différence entre ce nouvel album et le précédent ?

Même si nous aimons toujours le premier disque, on nous a surtout reproché son côté patchwork. Nous y explorions diverses directions musicales avec une envie peut-être un peu immature de montrer tout ce que nous savions faire. Sur le nouvel album, nous avons cherché à réaliser un disque plus cohérent, qui tienne la distance. Il a donc fallu opérer un choix parmi les morceaux. Au départ, nous disposions d’une vingtaine de démos. Dave et nous avons conservé les dix morceaux susceptibles de se fondre dans un ensemble. Et puis, nous avons voulu faire un vrai disque pop, qui soit accessible au plus grand nombre. Nous avons tenté de mettre en valeur les mélodies ; option que nous ne prenions pas, forcément, avant. Nous avions tendance à tout noyer sous des nappes de synthés et des couches de guitare !

Pourquoi avoir choisi « Challenging Nature » comme titre pour votre cd ? Considérations écologiques ou défi à la nature ?

A l’époque où nous terminions les sessions d’enregistrement, se déroulait une rétrospective consacrée à Werner Herzog à Paris. Nous avons revu ‘Burden of Dreams’, le documentaire d'Herzog sur le tournage de ‘Fitzcarraldo’. Herzog y déclare, au cours de la projection, qu'à l'inverse de son acteur Klaus Kinski, dont la vision de la jungle est romantique, il n'y voit qu'un territoire hostile et obscène. Il conclut ensuite par ces mots : ‘What we're doing here is challenging nature’ (Trad : ‘Ce que nous faisons ici c’est défier la nature’). On aimait bien ce passage un peu grandiloquent et puis on trouvait qu’il collait au titre d’un d'album de rock. On y aborde différents thèmes comme le défi ou l’élévation de l’âme. Et puis, il y a aussi une part d’humour dans ce titre.

Vous reconnaissez-vous dans une certaine scène musicale française ? Bordelaise, par exemple ?

Nous avons longtemps vécu à Bordeaux. Cette ville a vu naître de très bons groupes : Kap Bambino, Magnetix, Weak Ends, Alba Lua, Glass Figure. Certains d'entre eux sont des amis. Sans quoi, en France, se détachent également de lot Discodeine, Zombie Zombie, Turzi, Arnaud Rebotini ou Phoenix... Beaucoup d’entre eux sont talentueux et nous les apprécions, même si nous n'avons pas l'impression de relever d’une scène en tant que telle.

Quels sont ceux qui vous bottent le plus, pour l’instant ?

Art Department, Crystal Ark, Kurt Vile sont les dernières formations sur lesquelles nous avons flashé. Tout récemment, nous avons aussi découvert William Onyeabor, un musicien nigérian qui pratiquait une forme de funk, au cours des 70’s. Il a gravé des morceaux incroyables !

Adam Kesher s’est forgé une excellente réputation en ‘live’. Le public belge aura-t-il la chance de vous voir bientôt sur les planches ?

Le 10 juin au K Nal à Bruxelles ! Nous brûlons d’impatience de nous y produire. En Belgique, les soirées sont toujours pleines de surprises…

 

 

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