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The Lemonheads rendent hommage à Townes Van Zandt

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Faith No More

On n’est pas un groupe heavy, ni pop… ni black…

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Début janvier. Temps frais, mais sympa, sur Amsterdam la terrible. Ambiance cotonneuse dans un hôtel de luxe de la cité de l'herbe. Les Faith No More sont là, cool, relax. Ils viennent présenter leur nouvel album, "King For A Day... Fool For A Lifetime" à une partie de la presse européenne. Conférence de presse pour tout le monde, d'abord. Discussion ‘privée’ ensuite avec Bill Gould, l'énergique bassiste, en ce qui nous concerne. Très carré, Bill Gould! On l'imaginait bien de cette trempe. Il fixe droit dans les yeux, appuie ses paroles d'une gestuelle nette et volontaire, s'exprime de façon condensée, focalisant un maximum d'impact dans chaque mot.

T'as écouté l'album?

Bien sûr que j'ai écouté l'album! Je me suis même jeté sur la cassette. Et je n'ai pas été déçu. D'autant que FNM a remis une grosse dose de guitare dans le jeu de quilles et que je les préfère comme ça. Varié, diversifié, amusant, perturbant, captivant, le nouveau Faith No More (NDR : comme les autres, d'ailleurs) et solide en plus. C'est une bombe, ce disque, c'est clair. Tiens, à propos de guitare, en quoi les problèmes de guitariste rencontrés par le groupe ont-ils influé sur l'identité de l'album?

Jim (Martin, le grand clown chevelu à lunettes, arrivé en 83 et débarqué onze années plus tard) a été crédité deux fois, pour avoir composé autant de chansons, en cinq albums ‘NDR : une réponse assénée un peu sèchement, par Bill). Pourquoi voudrais-tu que son départ soit tellement problématique à ce niveau? Nous, le groupe, avions envie d’en revenir à davantage à la guitare pour notre nouvel cd. C’était instinctif. Un point c'est tout. Peut-être, aussi, avions-nous encore ce son ‘live’ dans la tête, depuis notre longue tournée consécutive à la sortie d’"Angel Dust" ? Peut-être aussi, est-ce une réaction contre cet "Angel Dust", qui avait fait la part belle aux claviers ? Non, je crois qu'on voulait surtout retrouver le son de la scène. Quand on écoute "King For A Day", on retrouve vraiment celui du groupe en ‘live’. On avait envie, besoin de cette sonorité. C'est ce qui nous convient le mieux.

Guitaristes successifs

Jim Martin a été un certain temps remplacé par Trey Spruance, complice de Mike Patton au sein de Mister Bungle, avant que celui-ci ne disparaisse à son tour de la circulation et soit remplacé par un autre gratteur, Dean Menta. C'est quoi, cette histoire?

De la merde! Jim est un drôle de type avec qui il était devenu impossible de travailler. No way, plus moyen. On n'était plus sur la même longueur d'ondes. Jim était en marge. C'est moi, le bassiste du groupe, qui est responsable d'une grande partie des guitares sur "Angel Dust", parce que Jim n'en avait rien à cirer! Il fallait qu'il parte. C’était évident, même si on savait qu'on prenait un risque. Pas mal de gens appréciaient la présence de Jim parce qu'il incarnait une certaine identité heavy metal au sein du groupe. Il était le seul à avoir ce look, tu vois? On savait aussi que ce ne serait pas très simple de le remplacer. Dans le groupe, on s'est presque construit un langage à nous. On aurait dû apprendre à un autre type de parler notre langue ; pas simple! On a engagé Trey parce qu’on le connaissait déjà. Mike n'était pas très chaud pour qu'on le recrute ; mais on a fini par l'embaucher. Trey s’est montré tout de suite très gentil et son comportement nous a paru suspect... On sentait bien qu'il n'était pas très clair. Enfin, il bossait bien, c'était pas mal. On a enregistré l'album et on était satisfaits de son travail. Et puis un jour, il est arrivé et nous a dit qu'il n'avait plus envie de continuer. On n'a toujours pas compris ce qui s'est réellement passé. Mike avait raison de s'en méfier, en tout cas... On l'a remplacé par Dean Menta. On connaît Dean depuis un certain temps aussi. Il nous avait accompagnés lors de la tournée "Angel Dust" ; et il avait vachement envie de faire partie du groupe. On lui a demandé s'il voulait franchir le pas. Il nous a dit: ‘Je peux jouer tous les titres sans problème’. Dean est notre guitariste maintenant. Bien, on se méfie un peu, désormais (NDR : Bill affiche un sourire en coin un peu crispé), mais tout se passe bien. Dean a de bonnes idées, un comportement clair. Il se comporte naturellement et ça semble coller au groupe.

Trey a-t-il été impliqué dans l'écriture de l'album?

Peu, parce que 90% du travail avait été effectué avant qu'il ne débarque. Ce n'est pas un problème pour nous. On avait l'habitude de travailler sans l'aide d'un guitariste, ou presque.

Tu as dit tout à l'heure que vous aviez votre propre langage. Cela sous-entend clairement l'existence de certains automatismes entre vous, alors qu'une des principales particularités de Faith No More est de se remettre sans cesse en question. Comment gérez-vous ces paramètres ?

Nous avons besoin de motivation et nous sommes des gens très créatifs, il nous suffit de combiner les deux. Nous n'avons aucune envie de faire sans cesse la même chose et nous n'éprouvons pas beaucoup de mal à trouver des idées et à les exprimer.

Briser la ligne droite

Vous aimez prendre des risques. Pour le jeu, par insouciance ou par souci stratégique?

Parce que c'est notre manière d’avancer. On sait bien qu'on se complique la vie, mais on n'a pas envie de travailler autrement. On veut découvrir des choses, à commencer par des trucs sur nous-mêmes. Je connais bien mes limites, je sais qui je suis et le fait de tenter de dépasser ces limites est très grisant. On n'était pas obligé de tout changer après "The Real Thing", mais on l'a fait et "Angel Dust" a super-bien marché. Même si on s'est vachement posé des questions parce que cet album était vraiment très différent! A nouveau, on a brisé la ligne droite sur "King For A Day" ; mais les lignes droites, c'est pas notre truc, c'est pour le business...

Il vous laisse tranquilles, le business?

Non, on lui botte plutôt les fesses! Les radios heavy ne veulent pas trop passer nos trucs s’ils ne sonnent pas heavy. On doit forcer le passage, tu vois? Idem pour les radios pop. On n'est pas un groupe heavy, ni un groupe pop, ni un groupe black. On est partout à la fois et le business n'aime pas ça. Il faut bosser comme des fous pour arriver à faire ce qu'on fait. Mais quand ça marche, c'est drôlement gratifiant.

Votre relation avec le public?

On a une relation avec le public, ce que beaucoup d'autres groupes n'ont pas! Le principe de base, généralement, c'est ‘nous sommes le groupe, vous êtes le public, on vous donne ce que vous voulez et vous alimentez notre tiroir-caisse’. Ce n'est pas notre crédo. J'ai l'impression que nous communiquons avec notre public, justement parce qu’il n’y a pas de règles entre nous. Les gens ne savent jamais à quoi s’attendre, ça les pousse à être plus ouverts, à faire preuve de sens critique aussi. La communication fonctionne donc dans les deux sens, il y a une réaction intelligente. Ce n’est pas facile à construire comme processus ; mais quand ça donne de bons résultats, le bénéfice qu'on en retire est plus grand, pour tout le monde.

Tu te reconnais, personnellement, dans tout ce qu'a réalisé Faith No More jusqu'ici?

Excepté l'un ou l'autre petit détail, oui. Et je reconnais que c'est une grande chance. On discute de tout entre nous et c'est notre force. C’est ça le langage Faith No More dont je parlais. Je suis parfois surpris. J'ai écrit "Take This Bottle" il y a un an et je jouais de temps à autres cette chanson chez moi; pour moi uniquement, parce que je pensais qu'elle ne convenait pas au groupe. Un jour, je l'ai fait entendre aux autres qui m'ont dit ‘C’est super, elle doit être sur l'album’. FNM, c'est vraiment ça.     

Vous n'avez pas de problèmes d'ego?

Nous sommes des fortes personnalités, nous avons tous un caractère, des ambitions, des aspirations personnelles mais nous nous respectons et nous utilisons nos capacités et nos énergies à défendre un but commun. Nous ne sommes pas toujours d'accord entre nous –et je trouve cela plus que normal– mais nous nous respectons et nous dialoguons. A partir de là, tout est ouvert.

J'ai demandé tout à l'heure à Mike de parler de ses textes et il m'a dit ‘Je ne suis pas la meilleure personne pour en parler puisque je les ai écrits’... On connaît ce type de comportement de sa part, mais cela reste toujours un peu étonnant, non?

Mike est un type instinctif qui livre quelque chose et puis s'en va. Il ne passe pas son temps à analyser ce qu'il fait et il n'en a d'ailleurs absolument pas envie. Il considère que le plus important réside dans ce qu'il fait et non pas dans le discours sur ce qu'il fait. Je peux comprendre son raisonnement. Je suis un peu comme ça, moi aussi. Nous comprenons ses textes, nous les interprétons.

La merde en blanc

Comment interprètes-tu, dès lors, un titre comme "Cuckoo For Caca"?

Amusant, pas vrai? Plusieurs des textes de Mike sur l'album concernent Trey. A notre relation avec lui. A son comportement (NDR : relisez le début de cette interview et écoutez, par la suite, "The Gentle Art Of Making Enemies", par exemple). Pour te donner la signification de "Cuckoo For Caca", rien de tel que d’avoir recours à une image : si tu peins de la merde en blanc, la merde deviendra donc blanche en surface, mais cela restera de la merde à l'intérieur.

Il y a des cuivres sur l'album, notamment dans "Star AD". Ce sont des vrais ou bien vous vous êtes amusés à échantillonner des sons?

Non, ce sont des vrais. J'aime bien sampler, je le fais facilement ; je peux donc t'en parler en connaissance de cause et je peux te dire qu'un sampling ne remplacera jamais tout à fait des sons originaux. Nous avions envie de cuivres qui claquent, de cuivres forts, intenses. Il n'y avait donc guère de meilleure solution que d'en mettre de véritables sur l'album.

Y a-t-il, pour toi, un lien entre les différentes chansons de "King For A Day"?

Assurément. Chacune de nos chansons est une image et un album forme un tout cohérent. Nos chansons sont plus que des mélodies. Il y a un gros impact visuel chez nous. J'aimerais d'ailleurs que nous travaillions un jour sur une musique de film. Nous sommes des gens parfaits pour ça. Je trouve aussi que nous devrions encore améliorer l'impact visuel de FNM. Je pense qu'il nous manque quelqu'un qui puisse bien nous comprendre et sortir de bonnes images, de bonnes photos, de bonnes peintures pour nos T-shirts ou nos couvertures de Cd. Celle de "Angel Dust" était très bien. Notre démarche nous pousse à dépasser le stade de l'écriture musicale simple. Nous voulons nous accorder plus d'espace, donner plus de sens au groupe...

C'est donc un processus que vous pouvez contrôler, forcer si besoin en est?

Oui, c'est clair. Il est nécessaire de se faire violence quelquefois. Tu ne te réveilles pas tous les jours avec 25 nouvelles idées en tête! Ces jours-là, il faut faire fonctionner la mécanique en donnant des décharges. C'est normal.

Vous portez une part de responsabilité dans l'avènement de la scène rock dite alternative...

Je n'aime pas les clichés. Mais je dois bien reconnaître qu'il en existe au sein de la scène alternative aussi. Là, encore une fois, c'est le business qui joue et à ce niveau-là, nous ne contrôlons pas tous les paramètres. En tant que musicien, tout ce que tu contrôles à 100%, c'est ta propre créativité et ce qu'elle te permet de faire. Le reste, c'est aléatoire. Mais c'est ainsi. Le public aussi, quelquefois, se fait peut-être une opinion de nous qui ne correspond pas exactement à notre point de vue. Pas trop grave, l'important c’est qu'il ressente déjà cette envie de comprendre.

Article paru dans le n°35 d’avril 95 du magazine Mofo

 

Fun Lovin’ Criminals

Presque parfaits

Écrit par

Fondé en 1993, ce trio est devenu célèbre suite à la publication du single « Scooby Snacks », une chanson incluant des samples de dialogues, extraits des films ‘Pulp Fiction’ et ‘Reservoir Dogs’ de Quentin Tarantino. Et paru il y a quelques mois, leur premier opus, ‘Come Find Yourself’, constitue un des meilleurs disques de hip-hop crossover rencontré depuis un bail! Le trio est aussi invité au prochain T/W (le vendredi à Torhout et le samedi à Werchter). L'interview était donc presque obligatoire.

C’est Steve, le batteur, qui nous a servi d'interlocuteur. Même s'il est le dernier venu du trio, son rôle ne se limite pas à la batterie: comme Fast, il s'occupe aussi de la programmation des machines. Ce Fast, lui, c'est l'homme à tout faire ou presque, il cumule les rôles de bassiste, claviériste, harmoniciste et même de trompettiste! Mais c'est Huey, le 3e homme, qui est sans doute le plus important: il est guitariste et parolier. Ses racines sont clairement puisées dans le blues-rock et c'est peut-être la raison pour laquelle les Fun Lovin'Criminals pratiquent un savant mélange de la technologie des années 90 et d’éléments qu'on trouve à l'origine du blues, du jazz et du rock'n'roll. Un peu à la façon de Beck ou des Beastie Boys...

"Nous sommes compositeurs tous les trois, dit Steve, mais il y a de grandes différences entre nous, parce que nos centres d'intérêt et nos influences sont fondamentalement disparates, même si on se retrouve sur bien des terrains."

Le terrain de prédilection des FLC, c'est la scène. "Même si nous utilisons des machines très performantes, explique Steve, nous restons prioritairement un groupe live ! Il y a tant de gens qui savent tout faire en studio, mais peu sont capables de se produire en ‘live’, en tant que formation. En fait, 80% de chaque chanson est d'abord conçue sur sampler, avant que nous décortiquions l'ensemble et que nous y ajoutions de ‘vrais’ instruments. Nous avons toujours procédé de la sorte. C'est sans doute l'héritage de nos débuts accomplis au Limelight de New York : on débarquait avec nos bandes sous le bras, mais on jouait dessus en direct, à l’aide de nos instruments. Je crois que c'est la bonne méthode."

Huey, Fast et Steve se sont réunis en 93 sous la bannière d'un nuage de fumée et d'un goût commun pour le bizarre. Ils viennent d'une petite ville située à 3h de voiture de New York. "On s'est retrouvés ensemble à New York après avoir tâté de tous les genres, au sein de différents groupes. Perso, j'ai joué dans des groupes de rock assez classiques, mais j'ai aussi tâté du funk et même de la techno! Ce n'est pas nécessairement un mal ; ça nous a en tout cas donné le goût de l'éclectisme. On mélange tout, parce que ça nous fait poiler. Bien sûr, les journalistes nous attribuent plutôt l'étiquette hip-hop, ce que je comprends parfaitement, mais c'est un peu schématique. On sonne rap, mais pas rien que ça. Il y a d'ailleurs beaucoup de vocaux ‘live’ sur notre Cd."

Comme par exemple, sur cette reprise de ‘We have ail the time in the world’, le thème d'un James Bond (‘Her Majesty's Secret Service’), composé par John Barry, mais interprété initialement par Louis Armstrong.

Autoproduit

Le premier album des FLC (1) est autoproduit. C'est plutôt rare pour un groupe débutant, non? "Oui, c'est marrant. Pendant des semaines, on a bossé chez moi, dans le studio que je me suis construit. On a réalisé des démos qu'on a envoyées à gauche et à droite. EMI a accroché tout de suite. On est donc allés les voir pour discuter le coup. Immédiatement, ils nous ont dit qu'ils voulaient qu'on enregistre et produise l'album nous-mêmes. Franchement, on était sur le cul quand on a entendu cette proposition. On a fini par accepter à la condition de pouvoir disposer d'un ingénieur du son hors-pair. On adorait le boulot que Bob Power avait accompli pour A Tribe Called Quest et De La Soul ; c'est donc tout naturellement vers lui que nous nous sommes tournés. Le plus drôle, c'est que le gaillard, lui aussi, tenait absolument à ce que nous produisions nous-mêmes l'album. A croire qu'ils s'étaient tous donné le mot! Le type dont nous adorions le boulot nous disait: ‘Eh les gars, vous n'avez pas besoin de moi, faites-le vous-mêmes, vous pouvez y arriver’. C'est donc contraints et forcés qu'on s'est tapé tout le turbin ; mais on ne le regrette pas."

Courtes et directes

On ne peut pas reprocher au trio de tourner autour du pot. Les chansons sont courtes et directes. "Ben heu, c'est vrai... Les trucs longs, on n'aime pas trop, ça nous emmerde. Moi, après 4 minutes, je cale. Il faut que ça bouge, je ne sais pas quel plaisir on peut prendre à faire traîner les choses en longueur. Notre façon de fonctionner, c'est plutôt de bosser ensemble, de pondre de bonnes mélodies, de bien les asseoir, d'en tirer un maximum et puis de passer à la chanson suivante."

Les textes –qui sont l'œuvre quasi exclusive de Huey– sont habituellement un élément primordial du hip-hop. Est-ce aussi le cas chez les FLC? "Nous n'avons pas de message particulier à délivrer, pas de prêchi-prêcha. Les textes de Huey sont simples, ce n'est pas un grand philosophe, il se borne à raconter ce qu'il ressent devant les situations qu'il vit. J'ai juste remarqué qu'il a tendance à être plutôt optimiste que pessimiste. Il n'aime pas trop déballer la merde, il préfère, même quand il parle de choses assez noires, voir le bon côté, trouver la porte de sortie, avoir la réaction qui s'impose."

On sait que les FLC sont les favoris de Quentin Tarantino qui les a d'ailleurs laissés faire joujou avec les dialogues de Pulp Fiction sur ‘Scooby Snacks’, un titre qui commence tout doucement à monopoliser les ondes radios. Pour ses samplings, le trio new-yorkais est assez imprévisible, ainsi c'est le riff du ‘Free Bird’ des Lynyrd Skynyrd qu'on retrouve sur ‘Bombin the Ln!’. "Pour les samplings, on cherche évidemment les trucs qu'on aime dans notre discothèque. On a choisi Lynyrd Skynyrd, mais on aurait pu reprendre A Tribe Called Quest qui fait partie aussi de nos favoris. Pendant tout un temps, on vivait dans un petite appart’ et on n'avait pas de blé. On n'achetait pas de Cd et on écoutait invariablement un disque d'A Tribe Called Quest! Mais bon, ils sont très proches de nous, de toute façon. "

Article paru dans le n° 44 de juin 1996 du magazine Mofo

Broken Social Scene

Au feeling !

Écrit par

Eponyme, le dernier opus du collectif canadien remonte déjà à 2005. Les mélomanes les plus difficiles l’estimaient trop brouillon. Les autres, particulièrement créatif. En tout cas, il n’était pas aussi raffiné que « You Forgot It in People », publié en 2002. Pour enregistrer « Forgiveness Rock Record », le collectif canadien a reçu le concours, entre autres, de Feist, Sam Prekop (The Sea and The Cake) ainsi que du légendaire John McEntire (Tortoise) à la production. A quelques semaines de la sortie de leur 3ème album, nous avons rencontré Brendan Cannings (NDR : il partage le leadership du combo, avec Kevin Drew), au café de l’Ancienne Belgique. Loquace, affable et surtout passionné de musique, Brendan nous livre ses premières impressions sur ce nouvel opus…

Pourquoi avoir choisi votre héros, en l’occurrence John McEntire pour mettre en forme « Forgiveness Rock Record » ? Qu’attendiez-vous de lui en matière de production ?

John McEntire est en effet une sorte de héros pour certains membres du groupe ! Nous sommes en tous cas fascinés par son œuvre. Quel mélomane ne le serait d’ailleurs pas, en écoutant ce qu’il a pu réaliser au sein de Tortoise. Les sessions se sont déroulées dans ses studios, à Chicago. Une merveilleuse expérience ! C’était la première fois que nous enregistrions, à l’extérieur de Toronto. J’avoue avoir été envahi par une certaine appréhension, au cours des premiers jours, mais au fil du temps l’expérience est devenue de plus en plus enrichissante. Nous avons d’ailleurs accumulé plus de 30 morceaux !

Avant d’entrer en studio, aviez-vous déjà une petite idée du choix de votre nouvelle orientation musicale ?

Avant d’entamer l’enregistrement d’un album, nous ne décidons jamais de la direction que prendra notre musique. Tout le monde débarque avec ses propres idées et nous commençons à jouer, en attendant que l’alchimie opère, que le moment magique arrive. Et après des heures de répétition, les morceaux prennent forme tout naturellement. Au feeling ! Jusqu’au moment où nous touchons à la mélodie idéale… C’est une chance que nous soyons tous véritablement mordus par la musique. Nous pouvons jouer des heures, sans nous accorder la moindre pause…

Certaines de vos dernières découvertes musicales vous ont-elles influencées ?

Tout ce que j’écoute m’influence, que je le veuille ou non. Mais il est certain que les dernières productions de Neon Indian, Atlas Sound et Animal Collective nous ont fortement marquées. Certains artistes hip-hop comme Mos Def également. Tout mon parcours musical agit sur mon subconscient, en fait. De mes premiers amours ‘metal’ jusqu’à l’indie-rock des années 90, en passant par la scène contemporaine. En entrant ici, j’ai entendu une chanson d’Erika Badu ; et je suis convaincu qu’elle influera sur mes compositions futures. Cette chanson me sensibilise tellement, que cet après-midi, j’essaierai d’aller me procurer ce cd, chez un disquaire, à Bruxelles.

Votre dernier elpee remonte à 2005. Depuis, il me semble que vous vous êtes, à l’instar de  Kevin, surtout concentrés sur vos projets solos respectifs. Vous vouliez faire un break ?

Non, non, croyez-moi, je n’ai pas chômé une seconde ! J’ai participé à l’écriture de la B.O. de certains films comme « Half-Nelson » de Ryan Fleck en compagnie de Ryan Gosling (Dead Man’s Bones) ainsi que pour deux long métrages mettant en scène Ellen Page. Tout d’abord « The Tracy Fragment » en 2006, jamais projeté dans les salles européennes, et surtout « Juno » (NDR : sorti en 2007, il a décroché une multitude d’Awards, ). En fait je compose sans arrêt…

Six personnes seulement ont participé à l’écriture de « Forgiveness Rock Record ». Cette simplification vous a-t-elle facilité la tâche ?

Que nous soyons 15 ou 6, le processus de travail en studio est quasiment invariable.

Sam Prekop (The Sea and the Cake) a participé à la confection de cet album. Vous l’aviez invité ?

Sam est un ami de John McEntire. Ce dernier lui a demandé de participer aux sessions. La rencontre s’est donc déroulée sans aucun problème. D’autant plus que tous les membres du groupe aiment ce flirt si caractéristique, entre pop et jazz, pratiqué par The Sea and the Cake…

L’aspect mélodique de « Forgiveness Rock Record » semble plus soigné. Et par conséquent les compos paraissent plus accessibles que sur les disques précédents. Notamment des plages comme “Texico Bitches” ou encore “All To All”. Etait-ce intentionnel?

Pas du tout! Nous composons nos morceaux en fonction de leur bonne transposition en ‘live’. Nous avons opéré consciemment un seul choix : ajouter un chant africain pour introduire « Highway Slipper Jam », une décision prise après avoir découvert Fela Kuti. Et je dois avouer que sa musique nous a beaucoup impressionnés…

Pourquoi avoir choisi un tel titre pour l’album ? Avez-vous quelque chose en particulier à vous faire pardonner ?

Des milliers de choses… j’estime que le pardon est l’une des émotions les plus nobles. Pas facile à accorder mais ça fait tellement du bien.

Vous avez souvent parlé de l’esprit collectif propre à la communauté musicale de Toronto. Est-il toujours bien présent, malgré le succès rencontré par certains groupes ?

Oui, la scène de Toronto est toujours aussi soudée qu’il y a quelques années. Tout le monde se connaît et s’entraide. Le centre de la ville est comme un grand village peuplé d’artistes. On se croise constamment. Il faut avouer que pour un musicien, cet endroit est assez formidable. J’ai quitté la banlieue et surtout son formatage, pour emménager au centre de la Cité, à la fin de mon adolescence. Mais je crains fort que cette ‘standardisation’ ne me rattrape et gagne peu à peu le cœur de la ville. Certains signes avant-coureurs alimentent mon inquiétude, malheureusement.

Y a-t-il un groupe sur lequel vous avez flashé, récemment ?

Vous connaissez Broken Social Scene (rires) ?

Votre collectif prend toute sa dimension sur les planches. Certaines de vos prestations sont même proches de l’envoûtement. Le public belge aura-t-il bientôt la chance de vous y revoir ?

Nous nous produirons, en tout cas, dans le cadre du Festival des Ardentes, à Liège, ce 8 juillet, ainsi qu’à l’Ancienne Belgique (NDR : la date n’est pas encore confirmée). J’espère que nos shows seront de meilleure facture que celui accordé à Louvain, il y a quelques années. Nous avons donné, ce jour-là, le pire concert de toute notre tournée…

 

 

Patti Smith

When A Dove Cries

Écrit par

Veuve depuis bientôt 2 ans, Patti Smith a décidé d'exorciser sa peine en menant à son terme le projet d'album amorcé en compagnie de son mari, Fred Sonic Smith, ancien leader des MC5. De passage à Ostende, pour un concert unique en Belgique, Patti s'est prêtée de bonne grâce au jeu des questions des journalistes, une espèce avec laquelle elle n'a pas entretenu que de bons rapports, dans le passé. Coiffée d'un bonnet marin, la chevelure grisonnante, elle est apparue sereine bien que souvent grave, s'efforçant de ‘positiver’ un maximum, allant jusqu'à décrire la mer du Nord comme merveilleuse et bien plus jolie que celle qui baigne Concarneau, Saint Malo ou Marseille. Rien que ça…

- Croyez-vous que 96 est une époque plus favorable pour un come-back que ne l'était 88, au moment de la sortie de « Dream of Life »?

Je n'essayais pas de faire un come-back en 88. Mon mari et moi voulions seulement enregistrer un album. Je ne tente pas de come-back maintenant non plus d'ailleurs. J’exécute simplement ma profession. Disons que dans les années 80, mes activités étaient plus privées. J'ai écrit des livres, étudié la peinture, éduqué mes enfants. Je n'ai pas planifié de retour. Il n’y a jamais rien eu d’intentionnel. Je suis ici parce que j'aime ce job, et qu'il est très difficile pour moi d’admettre la perte de mon mari, de mon frère et certains de mes amis. Travailler a été une thérapie pour moi, et l'énergie des gens m'a été utile dans cette épreuve. J'essaie seulement de survivre en faisant mon travail et en demandant aux gens un peu de soutien. Nous ne réalisons pas de grand show, nous ne projetons pas de grandes intentions, excepté celle de faire du bon boulot, de passer des moments agréables avec le public en parlant peut-être de sujets importants pour tout le monde.

- Beaucoup de vos fans issus des années 70 étaient âgés d’une dizaine voire une vingtaine d'années, à l'époque de votre apogée. Quels sont vos rapports avec les teenagers d’aujourd'hui?

Je n'attends pas grand-chose, mais je me fais du mauvais sang pour eux. Je suis vieille, en âge d'être leur mère, voire leur grand-mère, mais je pense avoir certaines choses à offrir. J'ai de l'expérience. Je suis passée par des périodes difficiles tout en restant optimiste. J'ai un fils de 14 ans, et une fille de 9, et je me soucie de leur bien-être. Pour moi, être jeune a déjà été une étape très difficile ; mais aujourd'hui, c'est encore plus compliqué. Du moins aux Etats-Unis où les gens sont devenus matérialistes, où les parents travaillent tout le temps. Résultat: les jeunes ne reçoivent pas assez de conseils, ne bénéficient pas de la même attention. Il y a tant de sujets préoccupants comme l'environnement, le sida, les drogues qui sont plus dures et dangereuses qu'avant... Mais je veux aussi faire comprendre que la vie est une chose formidable et précieuse. Qui vaut la peine de s'accrocher même dans les moments les plus difficiles.

Le jour où Green Day…

- Pensez-vous que les plus jeunes comprennent votre travail, vos romans, votre poésie? Vos textes sont plus intelligents que ceux auxquels ils sont soumis habituellement...

On ne peut pas juger l'intelligence ou la compréhension des personnes selon leur âge. Les jeunes gens sont plus patients et disposent même d'une faculté de curiosité plus grande. Songez un peu à Arthur Rimbaud. Il a écrit de la poésie parmi la plus belle qui ait jamais été écrite lorsqu'il était adolescent. Regardez le T-shirt que je porte... (NDR : il est à l’effigie de Rimbaud). Il a créé de la littérature immortelle. Son œuvre va au-delà du temps et des modes. C'est toujours une littérature belle et nette. J'aime toujours autant Arthur Rimbaud que Bob Dylan et Jimi Hendrix...

- Que pensent vos enfants de votre carrière accomplie au cours des années 70?

Ils n'en savaient pas grand-chose jusqu'il y a peu. Pendant les années 80, nous avons vécu une vie très tranquille. Ils étaient donc un peu surpris d'apprendre nos antécédents. Je ne pense pas que mon fils s'en soit soucié jusqu'au jour où Green Day a sorti son album ''Dookie'' sur lequel on voit un petit dessin de la pochette d'Easter... Par la suite, il a rencontré les musiciens de Metallica qui lui ont raconté que nous étions un bon groupe. Cette reconnaissance a rendu le Patti Smith Group fréquentable à ses yeux (elle rit). Mais l'image qui compte le plus aux yeux de mes enfants, c'est celle de mère.

- Quelle différence y a-t-il entre cette tournée et la dernière que vous aviez opérée en 79?

Evidemment en 79, j'étais beaucoup plus jeune. En tant que formation, nous étions au top de notre carrière en Europe. Je véhiculais toujours cette énergie idéaliste et sauvage. En 79, je me sentais comme une star du rock'n'roll, dans le mauvais sens du terme... Mais je commençais à percevoir que notre mission en tant que band était à peu près aboutie. Notre but lorsque nous avons commencé à côtoyer Lenny Kaye, en 71, était d’aider le rock’n’roll à fusionner avec la poésie, la peinture, le cinéma... Faire du rock un art plus global

- Projetez-vous d’immortaliser un album live de cette tournée?

Nous en avons déjà discuté. Je souhaiterais aussi enregistrer un autre album, l'hiver prochain. Mon mari et moi avions envisagés d’enregistrer un disque qui traite des problèmes universels comme le sida, l'environnement et les droits de l'homme. Lorsqu'il est mort, je n'ai pas eu le cœur de mener à bien ce projet. Je voulais réaliser une œuvre qui, d'une certaine façon, évoque sa mémoire, mais de façon optimiste. "Gone Again" est un hommage à Fred qui était un homme fort, digne, modeste mais qui avait aussi une très grande énergie sentimentale. Ce n'était pas un homme triste, il aimait rire, il était drôle. Je voulais que l'album lui ressemble ; donc, je ne pouvais décemment pas qu’il soit triste.

- Pourquoi Ivan Kral ne figure-t-il pas dans le line up actuel?

Mon objectif n’est pas de reformer le Patti Smith Group. Ivan a monté son propre groupe. Il vit entre Seattle qui est à 50.000 km de chez moi, et Prague qui est encore plus loin. On est toujours amis. Lenny Kaye et Jay Dee Daugherty sont de la partie ; mais il n’existe pas d’intention nostalgique de remettre sur pied le vieux groupe d'alors... D'ailleurs, Ivan est suffisamment occupé…

- Bien qu'il soit très discret, Tom Verlaine semble jouer une part importante dans votre concert. Ne craignez-vous pas, un jour, qu’il vous vole la vedette ?

Au contraire, cela me ferait plaisir. On a invité Tom parce que c’est un ami et nous le respectons énormément. Je n’entre jamais en compétition avec mes amis. Peu m’importe s’il se retrouve en tête d'affiche de nos concerts. Aucune bataille d'egos sur scène. Et s'il reste assis pendant le concert, c'est parce qu'il a décidé de se produire dans cette position. Enfin, s’il voulait chanter certaines de ses chansons, il serait libre de les interpréter, sans problème.

- Vous reprenez "When Doves cry" de Prince au cours de cette tournée. Pourquoi?

A franchement parler, Prince ne m'intéresse pas beaucoup. Ce n’est pas vraiment le style de musique qui me botte. Mais j'ai toujours aimé cette chanson. J'adore ses paroles et les mouvements qu’elle déclenche. Et lorsque nous reprenons une chanson, nous cherchons toujours à lui donner une autre perspective. A l'ouvrir, si vous préférez. Dans notre version, ce n'est plus une simple chanson d'amour, car elle parle de l'incapacité des hommes à faire la paix.

- Quel sera votre emploi du temps à l’issue de la tournée?

Retour à New-York. Mon premier souci reste ma vie de famille. Mon attention se porte d'abord sur mes enfants... Et donc les tournées se feront rares. J'ignore quand je reviendrai.

Kurt et Jerry

- Vous avez déclaré que ce dernier album était dédié à Fred, votre frère et d'autres amis que vous avez perdus. Mais vous y avez également réservé une place à Kurt Cobain...

Ils sont tous dedans! Même Jerry Garcia, de Grateful Dead. Mon mari et moi étions de grands fans de Nirvana. C'était un groupe super. Lorsque nous avons enregistré "About a Boy", au départ, j'étais fort chagrinée par le suicide de Kurt Cobain. Pas seulement pour lui et sa famille, mais aussi pour tous ces jeunes gens qui croyaient en lui et cherchaient, à travers lui, de la compréhension à leurs problèmes et des réponses à leurs questions. J'ai donc commencé à écrire cette chanson à sa mémoire. Du moins la première strophe. Puis, la seconde strophe, je l'ai rédigée quand River Phenix est mort. J'étais bouleversée parce que je le trouvais très talentueux. La troisième est réservée à mon mari et puis à mon frère. Un titre qui commençait comme une dédicace à un seul disparu, s’adresse finalement à plusieurs défunts... Et la chanson a été mise en boîte le 9 août. C'est-à-dire le jour de la mort de Jerry Garcia. Je me suis rendu compte, en interprétant "About a Boy" que je pensais tour à tour à Kurt, puis à mon mari, à mon frère et à Jerry Garcia... Tous sont dans cette seule chanson. C'est une très belle intention de se rappeler et de saluer la mémoire des amis disparus. Comme a dit Alan Ginsberg: ‘Allume une bougie et continue à danser...’

- Votre firme de disques sort un box CD reprenant l'intégrale de votre carrière. Comment réagissez-vous lorsque vous voyez 20 ans de votre vie compilés?

J'ai vu le box et j'en suis fière. Du bon travail ! Lenny a supervisé le tout, même l'habillage. Nous avons voulu que l’anthologie ressemble à quelque chose, en y ajoutant des extra-tracks, mais aussi en prenant soin d’y inclure les ‘artworks’ et les photos de Robert Mapplethorpe.

Article paru dans le n° 47 du magazine Mofo d’octobre 1996

The Fleshtones

Manitou nous sortira du trou

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Distribué chez nous mais privé de la moindre promo, "Laboratory of Sound" n'a pas fait beaucoup couler d’encre. Et pourtant, produit par Steve Albini, il couronne les 20 ans de carrière du plus culte des vieux groupes new-yorkais (en vie). A cet égard, il aurait mérité un peu plus d’attention de la part de son label distributeur. Cette absence de soutien alimente le début de l’entretien. Peter Zaremba, Keith Streng et Bill Milhizer se disputent même pour répondre.

Bill: C'est d'autant plus dommage qu'une reproduction de l'Atomium figure à l'intérieur du booklet !
Peter: La prochaine fois, on fraudera des centaines d'exemplaires de l'album, en passant la douane belge. Pour les donner aux pauvres... Non, sérieusement, j'aime beaucoup ce disque. Il faudra se débrouiller pour que ces albums soient disponibles à plus grande échelle en Belgique. En plus, comme celui marque un changement de cap ou une sorte de retour aux sources, il s'agit de ne pas le rater. Depuis plusieurs années, on nous demande pourquoi les disques des Fleshtones ne sonnent plus comme les Fleshtones. Et bien, c'est ce que fait celui-ci. C'est dit!

- Vous enregistrez aujourd'hui pour le label Ichiban, après en avoir fréquenté pas mal d'autres. Ca ne facilite rien?

Peter: C'est une véritable malédiction! Elle doit être inévitable, mais je ne comprends pas. Sans doute s'entoure-t-on de personnes incompétentes. Peut-être parce qu'on aime ça... je ne sais pas! Ces gens sont censés contrôler nos affaires et faire connaître le groupe dans le monde. A la place, ils s’évertuent à nous rendre encore plus inaccessibles. Mais crois-moi, les responsables payeront un jour! Ils vont m'entendre, même si pour cela il faut que j'aille trouver le grand Manitou.

Steve Albini

Puisqu'elle est inévitable, évacuons la question tout de suite: pourquoi avoir choisi Steve Albini comme producteur?

Keith: Steve n'est pas vraiment producteur, mais plutôt ingénieur du son. Il aime être comparé à un ‘enregistreur’. Quand nous avons travaillé avec lui (dans son studio de Chicago), nous avions l'impression d'être dans un laboratoire de sons. Ce qui explique le titre de l'album. Steve un est véritable chercheur, un scientifique. Il accorde une grande importance à la technique. En même temps, c'est aussi un puriste dans son approche du rock.
Peter: Au départ, nous pensions enregistrer le disque sous la houlette de Butch Vig ou Scott Litt. Tous deux étaient intéressés, mais indisponibles. Et en fait, c'est Vig qui nous a proposé d'aller voir Steve, qui rapidement s’est réservé un peu de temps pour s'occuper de nous. Nous avons vécu deux semaines à Chicago, et sommes restés tout le temps auprès de lui, même hors des studios.
Keith: Steve nous a expliqué que c'est un groupe canadien, les Shadowy Men ou Shadowy Planet, quelque chose comme ça, qui lui avaient beaucoup parlé de nous. Ce sont eux qui l'ont convaincu de nous rencontrer. Steve utilise une formule personnelle pour enregistrer. Il demande au groupe de tout faire en une seule prise. Ensuite, il garde tout. Enfin, du moment que c'est enregistré proprement, je suppose.
Peter: Le destin a joué pour nous car il était le producteur idéal. Pas le genre à sortir un son bien produit. Steve joue le jeu du groupe. Il s'occupe plus des gens que de la technologie ou d'une manière qu'il aurait de concevoir un enregistrement. Il est parfait!
Bill: En tout cas, il n'apprécie pas qu'on retouche ses œuvres. Du moins pas n'importe qui. Scott Litt avait été choisi par exemple pour retravailler plusieurs des chansons qu'Albini avaient produites pour Nirvana.

- Un musicien de Shellac, le groupe d'Albini, joue de la trompette sur votre album. Mais on retrouve aussi Gordon Spaeth, votre ancien saxophoniste...

Keith: Il joue d'une façon ridicule, mais géniale. Il était le seul à pouvoir faire ça. C'est une chance qu'il soit venu! On a fait appel aussi à trois autres musiciens qui se chargent des cuivres. L'un d'entre eux milite dans un groupe de Chicago qui s'appelle les Cocktails.
Peter: Keith, de son côté, assure toutes les parties de guitare. J’ai pourtant essayé de convaincre Steve Albini de s’y mettre un peu. Il a refusé.

- Hormis le producteur, quelles sont les grandes différences entre "Laboratory of Sound" et "Forever Fleshtones", votre elpee précédent?

Peter: La différence est énorme. "Laboratory of Sound" est plus direct. Il a un feeling plus live, plus agressif, alors que "Forever Fleshtones" était assez introspectif
Keith: Oui, c'est un peu un retour à l'esprit de "Roman Gods", alors que sur "Forever Fleshtones", il y avait plein d'instruments différents. C'était la première fois que nous utilisions de la pedal-steel guitar d'une manière aussi intéressante...

- Le come-back de la surf music, popularisée par des gens comme Dick Dale, est-ce une bonne nouvelle pour les Fleshtones?

Keith: Non. On aimerait bien, mais il n'a aucune répercussion sur notre parcours. Sans doute avons-nous joué un rôle dans le regain d'intérêt pour cette musique. Mais finalement on a aussi participé au retour du rock garage, du trash, du rock instrumental, du rock bourré, du rock à boire...

Groupe de bal ?

- Le New-York Times vous décrit comme le groupe ‘idéal pour soirées’ ?      

Keith: C'est dit de façon un peu superficielle, mais c'est juste. Nous sommes bien le groupe idéal pour vos soirées. Si on gratte un peu, nous sommes aussi plus que ça. En fait, notre musique est très réfléchie, mais elle passe souvent au-dessus de la tête des gens. Je pense sincèrement qu’elle contient beaucoup de bonnes choses. Elle recèle une multitude d'aspects quant au fait d'être un être humain, de vivre, de toucher à la vie, aux sentiments... C'est ça aussi, notre musique. Bien-sûr, quand on est superficiel, pas de problème, on ne regarde pas plus loin, c'est pour les soirées.

- Etes-vous toujours des passionnés du rock australien?

Peter: C'est en allant sur place qu'on a découvert que la scène rock y était vraiment fantastique, mais plutôt inaccessible à l'observateur moyen. Plein de groupes australiens sont d'ailleurs des fans des Fleshtones!
Keith: J’adore, par exemple, tout spécialement l'album des City Doll ou les trucs de Christ Avenue et de Cruel Sea dont le dernier album n’est pas disponible aux Etats-Unis. Pour un pays aussi peu peuplé que l'Australie, il est presque étonnant d'y rencontrer autant de bons groupes.

- A propos de l'Australie aussi, avez-vous des nouvelles des Hoodoo Gurus? Le groupe devait venir en Belgique l'an dernier, mais la tournée a été annulée...

Peter: Oui, Keith a la réponse.
Keith: Hé, ho, non, je ne sais pas pourquoi la tournée a été annulée...
Peter: Si, il sait pourquoi! C'est parce qu'ils ont perdu leur distributeur. Enfin, non ils ne l'ont pas perdu. BMG, qui s'occupe d'eux aux Etats-Unis, ne voulait simplement plus les distribuer. Ils se sont fait complètement jeter en Amérique. En Europe aussi je pense. Ils ont donc annulé la plupart des dates de leurs tournées.
Keith: Mais les événements vont peut-être évoluer favorablement. Il y a huit jours, Dave m'a téléphoné pout me dire qu'il venait de terminer un nouvel album, enregistré à Sydney. J’ignore qui le produit, mais Dave est très heureux, parce qu’il va sortir... Je ne sais pas davantage qui va se charger de la distribution en Europe et aux States. Ce qui est sûr, c'est qu'ils vont repartir en tournée.

- Un mot à propos d'un vieux groupe, qui doit bien vous avoir influencés: quelle place occupent les Flamin' Groovies dans le cœur des Fleshtones?

Keith: Ah, c'est amusant, Roy Loney est venu nous voir en concert à San Francisco, il y a deux mois. C'est sûr que son ancien groupe tient une grande place dans nos cœurs. C'est un groupe fantastique, non?
Peter: Absolument génial! Ces gens ont entretenu la flamme, comme l'ont fait aussi les Stooges et MC5. Personne ne remplacera jamais les Groovies. Il y a 10 ans, ils nous avaient invités à jouer pour leur quinzième anniversaire...
Keith: Mais non, c'était il y a quinze ans!

Article paru dans le n°41 du magazine Mofo de mars 1996

Blood Red Shoes

Tout feu tout flamme!

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Le second album de Blood Red Shoes est paru ce 1er mars 2010. Et il s’intitule « Fire Like This ». Réputé pour ses prestations incendiaires, le duo de Brighton est réduit à un couple. A l’instar des Kills et des White Stripes. Steven Ansell se charge de la batterie et Laura-Mary Carter, la guitare. Ils se partagent les parties vocales. Steven et Laura-Mary (NDR : très belle fille !) se sont prêtés volontiers au feu des questions allumé par Musiczine…

Apparemment, vous êtes passionnés par le cinéma. Votre nouvel album s’intitule « Fire Like this », une référence, je suppose, au film de David Lynch, « Twin Peaks ». Est-ce que ce long métrage constitue un symbole pour vous ?

S. : En partie. Mais c’est une des raisons pour laquelle nous avons choisi ce titre. Il en existe cependant 25 autres. Le feu, c’est comme une passion créatrice. De la création et en même temps de la destruction. De l’excitation et du danger, aussi.
L-M. : Cette notion est illustrée par l’image reproduite sur la pochette ; une sensation de fièvre lorsqu’on se brûle les mains…

Vous aimez, semble-t-il, également les films d’horreur et les thrillers. ‘Jack l’éventreur’ et les histoires de vampires, je suppose. Bref, où il y a du sang, des couteaux, de la terreur et des meurtres. Etes-vous des disciples des Cramps ?

L-M. : A une certaine époque, j’étais vraiment une fan. Au fil du temps j’ai un peu décroché (NDR : Lux Interior est décédé l’an dernier)
S. : Ce qui m’a toujours plu chez eux, c’est leur attitude malsaine, sordide, agressive, un peu perverse…

Que représente le mouvement ‘Riot Grrrrl’ pour Laura ? Et je pense plus particulièrement à des groupes comme Blake Babes, Breeders ou Babes In Toyland ? 

L-M. : Notre démarche n’a jamais été politique, ni féministe. Nous sommes davantage orientés vers la recherche des émotions.
S. : Bikini Kill était vraiment féministe. On est plus proche d’un Babes In Toyland. Un peu dans l’esprit ‘fuck you’.
L-M. : Leur attitude était vraiment punk ; mais je ne pense pas qu’elles se tracassaient beaucoup pour les lyrics. Elles privilégiaient le feeling…

Vous avez déclaré que vous véhiculiez une énergie destructrice en vous. Prôneriez-vous le nihilisme ?

S. : (rires). Mais non ! Par contre on pourrait trouver une explication dans le style du jeu de guitare, car notre inspiration vient du punk, du hardcore US des eighties ; et puis de groupes comme les Stooges, Nirvana ou encore Babes In Toyland. C’est notre musique qui libère cette énergie agressive et destructrice. Briser, fracasser, sont des actes cruciaux du concert. Et puis, nous sommes aussi prédateurs, parce que nous sabotons nos propres chansons. Certaines de nos mélodies sont contagieuses, accrocheuses, accessibles même ; mais nous ne voulons jamais qu’elles sombrent dans la facilité. Et c’est alors qu’intervient le carnage à la guitare. Et qu’on rentre dedans. On ne veut pas la perfection. C’est un peu comme si on voulait foutre la merde…

Oui mais pensez-vous que vous pourrez reproduire une telle énergie, en ‘live’, toute votre vie ?

M-L. : Ce n’est pas possible !
S. : L’être humain n’est pas capable de produire ce flux d’énergie éternellement. Mais comment fait-il Iggy Pop ? Je me vois mal tenir le coup aussi longtemps que lui, à ce régime…
M-L. : Il n’est pas si vieux !
S. : J’aimerais bien, à 60 ans, pouvoir continuer à faire du rock sur scène. Il faut donc l’imiter et continuer à boire…

Mais dans l’histoire du rock’n roll, quelle grande chanson symbolise le mieux Blood Red Shoes, le « Fire » de Jimi Hendrix, d’Arthur Brown, « I’m on fire » de Bruce Springsteen ou encore le « Light my fire » des Doors ?

S. : « I’m on fire » de Bruce Springsteeen ». Très évocateur pour moi. C’est une chanson à la fois belle et triste. Quand j’avais 7 ou 8 ans je voulais devenir Bruce Springsteen. Mon père était un fan et écoutait beaucoup sa musique. Dont le fameux « Born in the USA ». Cette chanson est sans doute mon premier souvenir d’enfance. Quand au « Fire » de Jimi Hendrix », son impact est plus émotionnel…

Mais au sein du couple, qui est l’eau et qui est le feu ? (rires et hésitations)

S. : Qui est froid et humide et qui est bouillant et dangereux ? On est un peu les deux. En fait quand je suis le feu elle est l’eau et inversement. Car on réagit chaque fois l’un à l’autre…

Mike Crossey se consacre à nouveau de la production. Apparemment, il est devenu un ami. Se chargera-t-il encore de la mise en forme des prochains albums ?

S. : C’est devenu un ami, c’est vrai. Il fait partie de notre cercle. Mais nous ne savons pas encore si nous allons poursuivre l’aventure ensemble.
L-M. : Ce n’est pas impossible. Mais rien n’a été décidé encore à ce sujet.
S. : Nous n’avons même pas encore écrit de nouvelles chansons. Il comprend bien la situation, d’autant plus que dans le passé, il n’a jamais accompli ce boulot pour deux albums d’un même artiste. Et il en a assuré des tonnes.
L-M. : La porte reste néanmoins ouverte…

Quelle est la différence majeure entre « Box of Secrets » et « Fire like this » ?

L-M. : L’écriture. On l’a améliorée. Puis on a acquis une certaine expérience depuis la sortie du premier. On a appris à devenir un groupe. On s’est bonifié au niveau des arrangements, des compos, de la maîtrise de nos instruments. C’est là que se situe la différence principale.
S. : C’est surtout notre compréhension de la musique qui a changé. Et ce nouvel album reflète très bien notre progression. Il y a plus de variation dans la chanson, dans les sonorités. Nos voix se sont également améliorées.
L-M. : Pour cet album, on a été beaucoup plus attentif aux détails.
S. : Lors du premier, c’était comme si on avait enregistré des chansons en ‘live’. Tandis que pour celui-ci on a accordé davantage d’attention aux atmosphères, au feeling, à la capture des émotions…

Etes-vous ouverts aux autres styles musicaux ?

 S. : Oui, je l’ai déjà déclaré, nous sommes en pleine phase d’expérimentation. Nous cherchons à faire reculer les limites du genre, en incorporant de nouvelles idées. Maintenant, on n’enregistrera jamais un disque de reggae, ni de ‘fucking’ world music impliquant quarante drummers africains. Juste pour le fun. Ce serait stupide. Cela ne correspond pas à notre démarche.
L-M. : L’art musical consiste à absorber d’autres éléments…
S. : Mais nous on crée de nouvelles sensations, de nouvelles émotions. Elles viennent de manière naturelle. On ne peut pas tout contrôler. On ne se pose pas la question de savoir si c’est différent. Il faut laisser la musique arriver à maturation. Elle doit évoluer naturellement et on doit simplement s’appliquer à devenir meilleur musicien. A ce que l’album sonne mieux. Tu dois laisser grandir la musique dans son propre espace. On n’appartient pas à ces groupes qui pour se démarquer des autres, ajoutent un petit truc, mettent des chœurs, par exemple. Ca, c’est du calcul. Nous on ne calcule pas.

Apparemment, vous improvisez constamment. Rien n’est préétabli ? Est-ce le même processus en ‘live’ ?

L-M : Tout à fait !
S. : Une compo est davantage le résultat d’un accident ou d’un événement fortuit. On déconne ou on bricole, et puis c’est le hasard qui guide nos choix.
L-M. : Rien n’a jamais été balisé. Nous ne sommes pas déterministes.  

Parlons un peu de votre nouvel album. J’ai remarqué la présence d’un violoncelle sur « Follow the line » ; et puis il y a ces ‘wow wow’ qui me rappellent quelque part Siouxsie & The Banshees. Tout comme lors de l’hymnique « One empty chair ». Des coïncidences ?

L-M. : Nous avons partagé la même affiche.
S. : Je connais très peu son répertoire, mais elle est vachement cool.
L-M. : Au sein de mon premier groupe, on disait que je chantais comme elle…

« Don’t ask » et « Colours fade » sont les deux chansons les plus pop de l’album. Soit la première et la dernière du cd. Vous envisagez de les sortir en singles ?

S. : Oui.
L-M. : Le premier morceau est déjà sorti en single et le second est prévu pour le printemps.
S. : Enfin, c’est plus que probable, mais rien n’a encore été décidé.

« When we wake » est une méditation sombre sur la mort. Que représente la mort pour vous. La fin ? Une nouvelle vie ? Croyez-vous à la lumière après la mort ? A un dieu ? Aux esprits ?

S. : Putain, c’est une question vachement profonde !
L-M. : Je ne crois pas en Dieu, mais je pense qu’il existe quelque chose après la mort. Je prie, mais pas de manière consciente. Je ne crois pas à l’influence divine. Ni à un quelconque sauveur. J’ai suivi une éducation dans un milieu catholique. Et on m’a enfoncé tous ces principes dans le crâne. Maintenant, je crois qu’il existe un état de conscience après la mort ; mais lequel ?

Vous ne disposez pas seulement de la musique comme corde à votre art. Vous vous intéressez également à l’art sous toutes ses formes. Dont la photo. A l’instar de PJ Harvey, vous avez ainsi posé nus. Partagez-vous le même concept ?

S. et M-L. (en chœur) : Wow !
S. : Justement j’en parlais hier à Laura hier soir, lorsqu’elle se déshabillait.
L-M. : Oui, on parlait de l’opportunité pour les pop stars de poser nus.
S. : Cette démarche peut être artistique, mais aussi commerciale, et une manière détournée de vendre son produit. On ne joue pas à poils sur scène ! Dans le monde musical, la nudité est plus commerciale qu’artistique. Il y a bien un album des Pixies dont la pochette est vraiment arty ; mais en ce qui concerne PJ Harvey, sa nudité était surtout destinée à promouvoir son album.
L-M. : C’est une véritable icône, mais elle est bizarre. Et puis tellement maigre.
S. : La nudité peut être artistique, mais la majorité du temps, elle ne l’est pas.

J’ai lu un article marrant racontant qu’à l’instar de Peaches, porter une fausse barbe était un phantasme pour Laura. Vous partagez les mêmes obsessions que la Canadienne ? (fou rire !)

L-M. : Et m****, qui a écrit un truc pareil ?
S. : Tu vois, on fait des tas d’interviews, on boit un coup de trop, on rigole et puis on raconte des conneries…

(Merci à Vincent Devos)

 

Lonelady

Le goût de l’extrême…

Écrit par

De son véritable nom Julie Campbell, Lonelady est une passionnée de new wave et de post punk. Pas étonnant lorsqu’on sait quelle est issue de Manchester. Et pourtant, ce n’est pas en fouillant dans les vieux vinyles de ses parents, qu’elle a acquis cette culture. Simplement, en s’intéressant à l’histoire de la musique de sa ville de naissance. Progressivement. A un tel point qu’actuellement, sa musique en est profondément imprégnée. Et « Nerve up », son premier elpee en est la plus belle illustration. Pourtant au cours de sa jeunesse, elle écoutait surtout la musique américaine des 90’s ; entre autres REM, Nirvana et Hole…

Julie confirme : « Effectivement. En fait, ce sont ces formations qui m’ont incité à acheter ma première guitare » Parmi ses influences américaines, elle cite encore Pylon ainsi qu’Emerald, Sapphire and Gold (NDR : dites ESG), deux combos américains qui ont marqué le début des eighties. Elle est un peu surprise de la formulation de la question, marque une pause, puis réagit : « Ah, c’est ce que signifiait le sigle ESG ? » Puis embraie : « Ces deux groupes pratiquaient une musique minimaliste, entrecoupée de longs silences, à l’instrumentation très parcimonieuse. Et on retrouve dans mes nouvelles chansons, ces formes de vide. Mais si la palette de sonorités était minimale, les compos étaient très énergiques et imprimées sur un rythme saccadé, funky ». Mais retraversons l’Atlantique pour revenir aux Iles Britanniques. Trois décennies plus tôt. Soit à une époque marquée par Throbbing Gristle, XTC, John Foxx, An Clark, Cure, The Smiths, Gang of Four, Joy Division et quelques autres. Et qui constituent quelque part une source d’inspiration majeure pour Julie : « Tous ces groupes et artistes ont eu une influence sur ma création. Mais il n’entre pas dans mon intention de me réapproprier leur musique. Cela n’aurait aucun sens. J’essaie de créer mon propre univers sonore, notamment en me servant de ma voix. Parfois les influences peuvent devenir un fardeau. Il faut savoir faire la part des choses. » Ecouter Joy Division est, en outre, une expérience quasi religieuse pour mon interlocutrice. Elle avoue : « Leur musique se détache de la vie quotidienne. Elle me fascine. Elle est intemporelle. Un peu comme si on figeait le temps à travers l’espace. Et il ne faut pas oublier d’y associer le producteur Martin Hannett, également responsable du son ». Vu sa fascination exercée pour les eighties, on pourrait facilement imaginer que l’artiste reprenne, de temps à autre, des morceaux composés par ses maîtres. La réponse fuse : « Non ! On a juste enregistré sur une flip side, la reprise d’un single très peu connu de The Fall. Et c’est vrai que dans le passé, on l’a jouée en ‘live’. Mais depuis, elle ne fait plus partie de mon répertoire, sur scène ». Vu le come-back de la new wave, illustré notamment par des formations comme Editors et Interpol, une question me brûlait les lèvres. Celle de ces fameux cycles dans l’histoire du rock’n roll. Elle argumente : (rires) « C’est une approche intéressante. Personnellement, je pense plutôt qu’il s’agit du fruit du hasard. C’est plutôt aléatoire que cyclique. D’ailleurs je ne suis pas trop au courant de ce qui se passe sur la scène musicale contemporaine. Et puis, l’important c’est plutôt l’aspect tridimensionnel (NDR : la musique, la parole, l’interprétation) qui compte quand on revisite une époque. »

Le parcours musical de Lonelady a commencé en 2004, un itinéraire jalonné d’une poignée de singles. Qu’elle produisait elle-même. Elle a même aménagé un studio dans une ancienne filature. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle s’est forgé une solide expérience. Mais comment a-t-elle réussi à se faire signer par Warp ? Julie raconte : « L’histoire et un long processus. Au départ c’était du D.I.Y. ; puis en 2007, Jason (NDR : White) de Too Pure a agi comme catalyseur pour que je puisse franchir une étape. Il m’a permis de rencontrer Steve Beckett. Et puis de fil en aiguille, il s’est intéressé à ma musique, puis nous a signés ».

Julie estime que la plupart des critiques de disques et même de concerts sont rarement pertinents. Pourquoi donc ? « La manière de me poser cette question implique que tout est noir ou blanc. Personnellement, l’écriture est un acte privé, individuel. Et mon but n’est pas de faire l’objet d’un article dans un magazine. Or une majorité de journalistes essaie de tout traduire en mode et en courants. Ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse… » Parlons quand même un peu de ‘Nerve’, son premier opus. Et tout d’abord de cette compo baptisée ‘Army’, caractérisée par des riffs de guitare très effilés, comme chez Gang Of Four. Or, un des titres les plus notoires du band de Leeds s’intitule ‘I love a man in a uniform’. (Eclats de rires). C’est peut-être une coïncidence… « Et ça te fait rire ! J’adore ce groupe. Il véhiculait une énergie funkysante incroyable. Andy Gill est un guitariste génial. Et leur musique était à la fois brutale et fragmentée… » A contrario le morceau maître de l’elpee est beaucoup plus soul/funk disco. Davantage dans l’esprit de Madonna. Mais était-ce intentionnel ? « J’apprécie beaucoup Madonna. Elle est une de mes influences. Et sur cette compo, plus précisément, c’est vrai. En fait, mes prochaines adopteront un profil plus funky… »

Julie a déclaré beaucoup aimer la poésie et le cinéma extrêmes. Souhaiterait-elle mener une vie extrême ? Serait-elle blasée par la vie quotidienne ? (Eclats de rires…) Elle réplique : « Ca, c’est la meilleure question qui m’ait été posée aujourd’hui. Oui, j’éprouve le désir de ne pas mener une vie ordinaire. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis attirée par les idées extrêmes. Et je suis particulièrement fascinée par les films d’Ingmar Bergman ; et notamment par ‘7th Seal’ (NDR : le titre –en français ‘Le Septième Sceau’– provient d'une phrase de l'Apocalypse selon Saint Jean l'Évangéliste, chapitre 8 ; voir Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Septi%C3%A8me_Sceau) ». Dans le même esprit, sur la homepage de son site Web on peut lire ‘La brutalité a une place dans la pop. La férocité et le secret, également’. Ce qui méritait quand même un complément d’explications » Elle clarifie : « Il serait peut-être judicieux de demander des explications à Paul Morley. C’est un journaliste (NDR : plume brillante qui a longtemps sévi au New Musical Express), mais aussi un écrivain qui jouit d’une belle popularité aux Royaume-Uni. Au cours des dernières années, il a aussi composé pas mal de musique. C’est lui qui a rédigé ce texte sur le site. Je l’avais contacté pour qu’il consacre quelques lignes sur Lonelady, parce que j’aime bien la façon dont il formule ses impressions au sujet de la musique. Ce texte n’est pas linéaire, mais plutôt abstrait… »

Après avoir abordé tant de sujets sérieux (NDR : quoique), rien de tel que de terminer un entretien par une boutade… Mancunienne, Julie n’a pas son permis de conduire. Ni son drummer. Pas évident quand on doit se déplacer pour jouer en ‘live’. Or dernièrement, elle a engagé un claviériste, qui lui est détenteur du permis de conduire. Ce critère était sans doute indispensable avant qu’il ne soit engagé. Elle se défend : « Une manière très intéressante d’aborder le problème (rires). Le claviériste est autorisé à circuler en automobile sur la voie publique. Quelle belle coïncidence ! Vous savez j’habite au centre-ville. Je me déplace donc à pied. Je n’ai jamais éprouvé le besoin d’apprendre à conduire. C’est vrai qu’il n’est pas évident de se produire en concert dans ces circonstances. Et avant qu’il ne rejoigne le band, on sollicitait un proche ou un ami pour nous véhiculer… »

Merci à Vincent Devos

Unbelievable Truth

La mélancolie, un passage obligé…

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Chez Unbelievable Truth milite un certain Andy Yorke, le frère de Thom, leader de Radiohead. Une formation née en 1993 et responsable d’une pop pleine de douceur et de mélancolie. Un peu à la manière des si belles ballades dispensées par REM ou Radiohead. Une musique imprégnée d’émotions, de fragilité et de chaleur que le trio tente de faire partager avec son public. L’an dernier sortait « Almost here », un premier album tout simplement splendide. Une des nombreuses raisons qui nous ont poussés à s’intéresser de plus près à une future locomotive de la pop anglaise et qui est déjà une révélation à nos yeux. Nigel, batteur et producteur du groupe nous donne ses impressions quelques mois après la sortie de l’album.

-  Sur certaines compositions de votre premier album, "Atmosphere", vous avez introduit une section à cordes. Pourquoi avoir opté pour de tels arrangements?

J'aime ce type de formule, même si je ne suis pas enclin à en abuser. Pour certaines chansons, le violon semblait être la meilleure solution. Une section à cordes procure une atmosphère à la fois étrange et délicate…

-  Pourquoi la mélancolie est-elle considérée de manière si positive chez Unbelievable Truth?

Je crois que tous les membres du groupe partagent ce sentiment. Nous avons tous eu des expériences quelque peu douloureuses. La mélancolie n'est pas négative. C'est davantage une émotion qui vous en procure d'autres... encore plus intenses. Je pense malgré tout qu'il y a une différence entre la mélancolie et la tristesse. Les sentiments de faiblesse, de pessimisme, de tristesse, d'impuissance, sont assez particuliers. Ils n'ont rien à voir avec la mélancolie qui est plutôt un passage, un processus que l'on traverse. Selon moi, la tristesse, la déprime, c'est comme une sorte de piège, de cul de sac.

-  Le nom de votre groupe, Unbelievable Truth (NDR : traduisez ‘vérité incroyable’) a-t-il une signification particulière ? Penses-tu qu’il soit impossible de découvrir la vérité ? Et cette vérité est-elle unique ?

Je suis incapable de répondre à la question. Pas mal de gens nous ont demandé des renseignements sur le nom du groupe. Unbelievable Truth, ce sont deux mots qui sonnaient bien. C'est pour cette raison qu'on s'appelle ainsi. Parfois, je me pose quand même des questions sur ce sujet... mais je n'ai pas encore trouvé de réponse. (NDR : en fait, il s’agit tout simplement du titre d’un film de Hal Hartley, sorti en 1989)

-  Apparemment, vous ne voulez pas devenir des rock-stars. Un choix délibéré?

Nous nous concentrons sur ce que nous faisons. Il y a des formations qui ne visent qu'un seul objectif, devenir d'énormes célébrités, sans aucun souci artistique. Actuellement, des groupes comme les Spice Girls ou les boys band illustrent bien cet état d’esprit. Je ne suis pas convaincu de leur souci artistique. Je pense aussi à des formations pop qui sont uniquement capables de reproduire les B-sides d'Oasis. C'est aussi une question d'argent. On veut être riche. Et un des moyens pour arriver à ses fins est de former un groupe, de sortir un disque et de se remplir les poches, si ça marche... mais après?

-  REM, Jeff Buckley, Crowded House, Nick Drake. De bonnes références pour vous?

REM a eu beaucoup d'influence sur nous. Les 3 autres un peu moins. En fait, nos références proviennent de différentes sources. Throwing Muses, par exemple, et toute la musique acoustique des USA nous ont beaucoup marqués. Le son du groupe est une combinaison de trois expériences individuelles. J'aimais écouter la musique progressive des 70's. Jason était plutôt branché ‘hip hop’. Quant à Andy, il était habitué à écouter des groupes postcard comme les Smiths, James ou Orange Juice.

-  Qu'est-ce que représente Talk Talk pour U.T.?

Andy est un grand fan des deux premiers albums de Talk Talk. Et lorsque nous avons produit ce disque nous nous sommes demandé comment ils auraient fait à notre place. Nous avons essayé d'éviter une construction trop traditionnelle des chansons, et opté pour l'introduction de petits éléments qui donnent au disque une atmosphère toute particulière.

-  Peut-on dire qu’« Amost here » soit un concept album ?

Non, ce n'est pas vraiment comme dans la musique progressive. Nous nous sommes concentrés sur la place à donner à chaque composition de l'opus. Mais je parlerais plutôt d’enchaînement plutôt que d’élaboration d'une œuvre entreprise avec l’intention d’en faire un concept album. Lorsque vous écoutez les Pixies, c'est un peu la même chose. Sans le vouloir, lorsqu'on met bout à bout chacune de leurs compositions, en partant de leur première chanson à la toute dernière de leur carrière, on a l'impression que cela forme un tout. Nous voudrions faire quelque chose de semblable. Mais je ne suis pas convaincu que cela soit une réussite totale.

-  N’est-il pas trop difficile, pour un jeune groupe, de compter pour chanteur, le frère de Thom Yorke ?

Non, pas vraiment. En fait, c’est surtout la presse anglaise qui y fait allusion. Même si Andy est le frère de Thom, nous ne faisons pas vraiment la même chose que Radiohead. Le public qui vient nous voir n’est d’ailleurs pas celui qui achète les disques de Radiohead.

-  Unbelievable Truth est un groupe plutôt intellectuel. Une attitude qui va à contresens des ensembles issus de l’actuelle scène britannique. Un commentaire ?

C’est sûr, nous sommes plus intellectuels que bon nombre de groupes anglophones. Et nous avons d’ailleurs été fortement critiqués à ce sujet. C’est une caractéristique très particulière de la Grande-Bretagne. La plupart des Anglais considèrent l’intellect comme quelque chose de mauvais. Pourtant, je crois que la qualité musicale n’a rien à voir avec le niveau d’éducation. Dans la musique, tu peux venir de n’importe quel milieu et faire quelque chose de très bien. Il n’y a pas d’obstacle pour faire de la bonne musique.

(Article paru dans le n° 70 du magazine Mofo de février 1999)

 

Luna

Le jour et la nuit

Écrit par

Mercury Rev, House Of Love... les références évoquées par "The Days Of Our Nights", le nouvel album des Américains, sont toutes de cette veine doucement mélancolique où les chansons trahissent une émotion à fleur de peau... Malgré cette cinquième plaque fort réussie, le groupe mené par Dean Wareham, l'ex-Galaxie 500, vient néanmoins de se faire jeter par sa firme de disques aux States. Une injustice qu'évoque, entre autres, le guitariste Sean Eden.

Ce nouvel album, produit par Paul Kimble (Grant Lee Buffalo), fait une fois encore la part belle aux guitares et aux textures musicales ; tu les travailles beaucoup au préalable?

Certaines d'entre elles en tout cas. Aux sons les plus bizarres et les plus complexes auxquels nous voulons arriver, nous consacrons bien sûr un peu plus de temps. Pendant l'enregistrement, je me retrouve parfois avec une vingtaine d'effets différents à traiter ; c'est plutôt long et parfois même, je n'arrive pas au résultat escompté, mais ce que j'obtiens est intéressant aussi. Evidemment, nos albums ne sont pas de ceux qui accrochent dès les premières secondes, surtout le dernier ; ils nécessitent quelques écoutes répétées.

Est-ce qu'un guitariste peut avoir les mêmes sources d'inspiration qu'un auteur ?

Je suis en général plutôt impulsif. C'est de la musique du groupe que je m'inspire le plus souvent, jamais des textes. Tout dépend de ce qui m'entoure. Quand je suis dans ma chambre à travailler sur une idée, je tombe parfois sur une ligne dont je deviens... amoureux, et je la développe. Mais ce travail reste instinctif, ce n'est jamais étudié ou préparé. Quand je fais des prises, je garde toujours celle qui m'inspire le plus. En studio, je travaille de la même manière, que je joue un solo ou un rythme basique. On sent tout de suite ce qu'on aime le mieux, sans y penser vraiment, instinctivement. C'est le plus important à mes yeux : une fois sur bande, on entend tout de suite dans quel état d'esprit le morceau a été joué, même s'il ne s'agit que de deux notes. Certains guitaristes sont trop réfléchis, je trouve, et ça s'entend aussi.

A quel genre d'activité peut-on dès lors se livrer en écoutant ce disque? Quelque chose d'impulsif également?

Peut-être (rires). Une chose est certaine : ce n'est pas un album de rock. Nous ne sommes plus rock que sur scène. C'est un disque à écouter en nocturne, éventuellement dans un état second, qui a du sex-appeal aussi. Il ne faut pas forcément l'écouter en faisant l'amour... Disons qu'il circule dans une certaine veine romantique...

Vous être romantiques?

Non, enfin d'une certaine manière... Je ne sais pas. Je crois que nous sommes surtout cyniques. Et romantiques d'une certaine manière? Qui sait? D'une manière compliquée, parce que la vie est compliquée (rires).

Pourquoi tant de différence chez vous entre le disque et la scène?

D'une certaine façon, c'est naturel : les choses ont toujours tendance à être un peu plus brutes et énergiques sur scène. Je crois que c'est autant dû au groupe lui-même qu'aux gens qui l'entourent. Je me suis parfois dit que les chansons que nous avons enregistrées auraient pu être plus agressives, mais quand nous sommes en studio, nous avons une sorte de tendance naturelle à être plus profonds, plus... propres. Il y a tellement d'occasions en studio de se lancer sur des pistes très différentes, d'en faire toujours plus, parfois trop... Nous sommes différents selon les circonstances, ce qui est appréciable, du moins à mon avis.

Vous avez opté pour un producteur pas forcément réputé... mais vous en êtes manifestement contents!

L'enregistrement s'est effectivement très, très bien passé. Même parfois trop bien, dirais-je. Paul Kimble est un type qui ne traîne pas en route. Avec lui, pas la peine de multiplier les prises. Avec moi qui suis probablement le plus perfectionniste du groupe, ça aurait pu se passer nettement plus mal. J'ai juste été frustré de ne pas pouvoir accorder une ou deux heures de plus à l'une ou l'autre chanson...

Au rayon des comparaisons entre Luna et d'autres groupes, on cite parfois Mercury Rev...

Ce sont des amis à nous. Nous avons tourné ensemble, mais nous sommes différents. Ils sont plus psychédéliques que nous ; sauf peut-être sur "Deserter's Song", que je trouve plus romantiquement grandiose, avec plus de claviers et de cordes. Ceci dit, c'est un excellent disque...

Pourquoi cette étonnante cover de Guns N'Roses sur "The Days Of Our Nights"?

A l'origine, elle ne devait être qu'une face B. Puis, Elektra, notre firme de disques aux States, nous a demandé de l'inclure sur cet album. Et ensuite, ils nous ont virés (rires)... L'actuel président a dû décréter qu'il avait fait assez de fric sur notre dos et qu'il était temps pour lui de redevenir un peu plus conservateur! C'est un peu le cas chez toutes les majors, pour l’instant, du moins aux Etats-Unis. Bref, cette cover était au départ une petite plaisanterie faite en répétition. A force, on s'est mis à l'aimer.

Des commentaires de la part d'Axl Rose?

Je ne connais pas ce type, à mon avis, il doit être con... Je ne pense pas que Guns N'Roses soit un grand groupe, mais c'est une bonne chanson. Je ne suis même pas sûr qu'il soit au courant que nous l'ayons reprise...

Et cette chanson, plus ancienne, que vous avez intitulée "23 Minutes In Brussels", elle parle de quoi?

Elle fait référence à un disque de Suicide qui s'intitulait "14 Minutes In..." quelque chose... Je crois qu'à l'époque, ils avaient dû se faire jeter d'une scène à Bruxelles... C'est un peu vague comme réponse, désolé de ne pas pouvoir être plus précis!

 (Article paru dans le n° 73 du magazine Mofo de mai 1999)

Warpath

Trasheurs anglais sur le sentier de la guerre

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Nous avons récemment découvert les trashers anglais de Warpath lors de la sortie de leur album « Damnation ». Leur voyage aux sources du Trash métal original a été pour nous une véritable cure de jouvence. Interview de ces guerriers britanniques quelques semaines avant leur grand voyage à la conquête du Pays du Soleil Levant.

Quelques mots de présentation tout d’abord, pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore…

Rich : Warpath est un groupe Heavy/Trash métal basé en Angleterre. Notre premier album « Damnation » est sorti en 2008 après avoir été mastérisé par James Murphy (Testament).

Vous avez été élu ‘Meilleur Groupe Non Signé de l’Année’ par les lecteurs de Terrorizer Magazine pour la seconde année consécutive. N’est-il pas un peu frustrant de ne pas être sous contrat, alors que vous êtes soutenus par tant de fans?

Rich : Oui et non. Nous ne voudrions pas conclure un mauvais deal. Nous allons patienter jusqu’au moment où nous recevrons une offre à la fois satisfaisante pour nous ainsi que pour le label, afin de pouvoir donner à nos fans ce qu’ils méritent. D’un autre côté, c’est génial d’avoir une fan-base aussi importante qui nous soutient même si nous n’avons pas de label.
Pete : Oui, et qu’un groupe de métal parvienne à prendre de l’amplitude par ses propres moyens, est vraiment fantastique. En tout cas, ne pas être sous contrat nous encourage à travailler dur pour encore progresser.

James : Aussi, c’est génial de savoir que tant de monde aime ce que nous faisons !

Certains artistes préfèrent écouler leurs albums directement auprès de leurs fans sans passer par l’intermédiaire d’un label. Est-ce aussi le choix de Warpath ?

Rich : Jusqu’à présent, personne ne nous a offert de deal qui vaille la peine d’être accepté ; aussi nous avons choisi de ne rien signer tant qu’un label ne nous fasse pas une proposition intéressante. Les temps sont en train de changer pour les compagnies discographiques et pas question de se faire entuber ! A l’heure actuelle, notre contact auprès des fans est direct ; et c’est plutôt génial.
James: J’adore discuter de notre musique et de tout ce qui s’y rapporte avec les gens qui nous apprécient. Nos fans comptent parmi les gens les plus sincères que j’ai pu rencontrer.

Votre biographie sur MySpace vous décrit comme un groupe ‘Métal’. Cette appellation ne décrit pas vraiment très bien votre style. ‘Trash Métal Old School’ serait une bien meilleure définition. Votre musique me fait penser aux vieux Metallica, Testament, Megadeth ou Exodus. Dans le processus de composition, avez-vous déjà décidé d’écarter tel ou tel riff parce qu’il ne sonnait pas comme du Trash Old School ?

Rich : Nous essayons de prendre un peu de recul par rapport aux autres combos trash anglais, parce qu’il y se produit tellement de merdes entre la plupart d’entre eux que nous préférons ne pas être impliqués. Nous ne nous forçons pas à ressembler à quelqu’un d’autre. Nous sommes des fans de heavy/trash métal et si un riff sonne bien, il sonne bien. Nous le conservons et nous l’insérons dans une chanson. Nous ne penserons jamais quelque chose comme : ‘Ce riff ne sonne pas comme Exodus, abandonnons le !’ ; ce serait complètement ridicule.
Pete : Nous détesterions écrire de cette manière. De nos jours, il existe tellement de groupes trash qui veulent marcher sur les traces des vieux Overkill ou comme les autres ensembles trash issus de cette période. Ils se baladent en baskets blanches et portent des cartouchières comme s’ils vivaient encore en 1987. Pour moi, ce n’est vraiment pas très original et je commence à trouver cette attitude très agaçante…
James : Personnellement, je n’ai jamais entendu une seule chanson d’Exodus. De plus, je méprise vraiment les bandes dessinées, les déchets nucléaires et les autres conneries que tous ces nouveaux combos trash semblent glorifier religieusement.

Quel est votre background musical ? Avez-vous milité au sein d’autres formations avant Warpath ? Quel genre de musique écoutez-vous ? Qui sont vos groupes favoris et vos héros ?

Rich : J’ai commencé à jouer de la musique à l’âge de 5 ans. J’ai étudié le classique et la théorie musicale. Je suis passé au heavy métal à 16 ans. Mes groupes favoris et mes influences sont Dave Mustaine, Megadeth, James Hetfield, Metallica, Axl Rose, Guns’n’Roses, Marty Friedman, Pantera et tout un tas de choses en musique classique. J’aime aussi les bandes originales de films, la musique latino et quelques trucs pop/rock des seventies et des eighties.
Pete : J’ai commencé à apprendre la guitare à 10 ans, mais ce n’est qu’à 14, lorsque j’ai découvert le clip vidéo d’Iron Maiden « Stranger in A Strange Land » que j’ai pris la musique –et particulièrement le heavy métal– au sérieux et que je m’y suis consacré entièrement. J’écoute à peu près tout. De King Diamond à Primal Fear en passant par Nile et Hypocrisy. Dans un autre style, j’aime aussi Sarah Brightman et même Norah Jones ! Mais ne le dis à personne (NDR : Tu peux compter sur moi). Mes plus grands ‘guitar heroes’ sont Doug Aldrich (Whitesnake), Glen Drover (King Diamond, Megadeth), Jeff Waters (Annihilator), Dave Murray (Iron Maiden) et Tony Macalpine, qui sont tous des guitaristes fantastiques.
James : En écoutant notre album « Damnation », tu peux remarquer la grande variété de rythmes et l’abondante utilisation de la grosse caisse. Le métal que j’écoute est vraiment d’une autre génération que celui qu’écoute Rich. Je suis influencé par tout ce qui est sorti entre la moitié des nineties et aujourd’hui car, à partir de cette époque, la manière de jouer de la batterie a commencé à évoluer et même à s’améliorer. Mes groupes préférés sont Fear Factory, Devildriver, Static X, Dagoba, Divine Heresy et presque tout ce qui relève de la scène extrême et industrielle de Los Angeles, San Francisco et de la Floride. Je suis un fan absolu du travail de Derek Roddy (Hate Eternal, Nile), George Kollias (Nile) et Tim Yeung (Hate Eternal, Divine Heresy).

Au cours des eighties, les leaders de la scène trash metal anglaise étaient Onslaught et Sabbat. Vous sentez vous proches de ces groupes? Ont-ils influencé votre musique? 

Rich : Non, en aucune manière.
Pete : Personnellement, je n’aime que l’album « In Search Of Sanity » d’Onslaught. Je pense que les titres qui y figurent sont meilleurs que tout ce qu’ils ont pu faire et ce, parce que Steve Grimmet (ex- Grim Reaper) y assure les vocaux. Sans quoi, je n’aime rien de la scène trash anglaise.

Comment avez-vous rencontré James Murphy ? A-t-il été difficile de le convaincre de masteriser votre album ? Etes-vous toujours en contact avec lui ?

Rich : Je lui ai envoyé quelques e-mails, nous avons discuté un peu au téléphone et il a accepté de masteriser l’album. Il a été génial sur ce coup là. C’était un très grand honneur pour nous qu’il accepte de travailler sur notre album. La dernière fois que nous avons parlé ensemble, cela devait être l’année dernière. C’est un mec très occupé !

Vous semblez attirer un public conséquent au Japon. Toutes les copies de votre album y ont été vendues en deux jours. De plus, votre participation au True Trash Festival d’Osaka en mars 2010 a été confirmée. Pourquoi êtes-vous aussi populaires au pays du soleil levant ?

Rich : Les gens sont fous de heavy métal au Japon. En plus, l’organisateur du True Trash Festival est notre distributeur dans ce pays. Il nous aide constamment à faire la promotion de Warpath au Japon. C’est un grand fan du groupe.
Pete : Il existe quelques groupes heavy géniaux au Japon : Anthem, Loudness, Earthshaker. D’excellentes formations trash aussi comme Sabbrabells et Crowley pour n’en citer que quelques unes. Donc, ce n’est probablement pas seulement parce que nous sommes anglais et que nous jouons du métal qu’ils nous apprécient. Ils adorent la musique en général et sont très fidèles aux artistes qu’ils aiment.

Etes-vous excités à l’idée de jouer au Japon?

Rich : Enormément ! Dès que nous y serons, je crains qu’on ne veuille plus revenir chez nous…
Pete : C’est un honneur et un ‘rêve métal’ devenu réalité de pouvoir se rendre là-bas !
James : P… oui ! Ça va être une expérience unique et en plus, nous sommes très emballés de savoir que nous allons travailler en compagnie de toute l’équipe de l’organisation. Ces shows vont être de véritables tueries.

De nombreux albums live géniaux ont été enregistrés au Japon. Est-on en droit d’espérer un « Warpath Made In Japan » ou un « Warpath at Budokan » ?

Rich : Budokan dans quelques années peut-être ! Mais pour l’instant, l’organisateur à l’intention de sortir le show complet en Cd et en Dvd. Donc, il y aura bien de l’audio et de la vidéo à se mettre sous les oreilles et les yeux. Nous filmerons aussi notre voyage dans son entièreté afin de réaliser un Dvd.
Pete: Arch Enemy a filmé son dernier Dvd au Japon et le résultat est incroyable ! Les fans sont à la fois sauvages et respectueux du groupe. Ils rentrent vraiment dans la musique et semblent reconnaissants envers les artistes qui jouent dans leur pays. Je suis tellement excité de vivre une telle aventure.

Si vous aviez le choix, de quel groupe célèbre voudriez vous assurer la première partie ?

Rich : Metallica, Megadeth ou Testament!
Pete : Je ne sais pas. Ca ne me dérangerait pas de tourner avec les Pussycat Dolls!
Rich : En fait oui, les Pussycat Dolls aussi pour moi!
James: Slayer.

Vous vivez au Pays de Galles. Parlez-nous un peu de la scène métal galloise. Y dénombre-t-on des groupes intéressants? Quels sont les rapports entre les groupes gallois ? Amicaux ou source de compétition ?

Rich : Il y a longtemps que j’ai cessé de prêter attention aux groupes issus de ma ville d’origine (NDR : Swansea). Cependant, à Cardiff, il y a un excellent groupe appelé Hunted. Nous avons aussi joué en compagnie d’excellentes formations de la région de Newport.
Pete : Je viens de Coventry, dans la région des West Midlands, où le groupe le plus célèbre jouait du ska/punk dans les années quatre vingt. En fait, c’était plutôt de la merde. Ceci dit, cette ville est très proche de Birmingham d’où sont originaires des groupes géniaux comme Judas Priest, Black Sabbath et Diamond Head et ça, c’est plutôt cool.

Les fans de métal sont collectionneurs dans l’âme. Même s’il y a beaucoup de moyens différents d’acheter de la musique de nos jours, ils préfèrent toujours tenir un véritable Cd entre leurs mains. Est-ce également le cas pour votre album ? Vendez-vous toujours plus de compact discs que de fichiers mp3 ?

Rich : Je partage ton avis. Les MP3’s c’est de la merde comparé au vrai Cd. Jusqu'à présent, nous avons vendus plus de cds que de téléchargements digitaux, cependant, depuis peu, les téléchargements digitaux semblent s’intensifier.
Pete : J’aime tenir un véritable Cd dans les mains et lire les paroles des chansons en même temps que j’écoute la musique. Un Cd est quelque chose de beaucoup moins impersonnel qu’un fichier Mp3. Et puis, j’adore signer notre album pour les fans. C’est quelque chose que tu ne peux pas faire sur des MP3s.

En tant que groupe, quelle est votre opinion à propos des téléchargements illégaux ? (*)

Rich : J’y suis opposé à 100%. Il n’y a absolument aucune justification à cette pratique. C’est du vol pur et simple. De nos jours, tu peux écouter des albums entiers sur MySpace, YouTube, etc. et les téléchargements légaux coûtent moins d’une livre sterling par chanson. Je pouvais comprendre les téléchargements illégaux il y a dix ans, quand les gens étaient obligés de payer très cher pour des Cds alors qu’ils n’aimaient qu’une chanson ou deux. Mais, ce n’est plus le cas depuis qu’iTunes existe. Le téléchargement illégal doit être réprimé car il cause énormément de tort aux artistes.
James : Tu ne volerais pas un CD à quelqu’un dans la rue, n’est-ce pas ? Et tu ne piquerais pas un Cd sur notre stand pendant un concert ? Pourtant, c’est exactement la même chose pour le téléchargement illégal. Que ce soit au niveau de la musique, de la vidéo, des livres et même des pochettes de Cd, cette pratique doit cesser.

Pensez-vous qu’en programmant un de vos titres le ‘Bruce Dickinson BBC Rock Show’ a accentué votre popularité en Angleterre? Avez-vous constaté un ‘rush’ sur votre web shop après la diffusion d’une de votre chanson, par le chanteur d’Iron Maiden, dans son émission ?

Rich : Tout à fait ! C’est Bruce Dickinson ! Qu’une légende comme lui qualifie notre musique de ‘classic trash metal’ est tout à fait incroyable. C’est comme un véritable cachet d’approbation de la part des autorités du métal !
Pete : Comme je l’ai dit, je suis un véritable fan d’Iron Maiden. C’est, sans doute possible, mon groupe préféré et ma plus grande influence. Que Bruce passe un de nos titres et fasse un commentaire aussi incroyable était pour moi une véritable joie et un immense honneur. Si je n’étais pas membre de Warpath et que j’étais simplement un fan de métal, j’aurais à coup sûr essayé d’en savoir un peu plus sur ce groupe dont Bruce Dickinson a dit du bien.

“Damnation” est sorti en mai 2008. C’était il y a presque 2 ans. Bossez-vous actuellement sur la confection d’un nouvel album ? Si oui, avez-vous une idée de la date de sa sortie et de ce à quoi on doit s’attendre ?

Rich : Nous avons composé quelques nouvelles chansons. Nous commencerons probablement à les travailler dans quelques mois. « Damnation » se vend encore bien et nous recevons toujours de nouvelles chroniques deux ans après sa sortie. Dès lors, nous allons continuer à en faire la promotion avant de commencer à travailler à plein temps sur un nouveau Cd.

Personnellement, j’ai découvert Warpath via MySpace. Que pensez-vous de ces ‘sites web de réseaux sociaux’ ? Est-ce le meilleur moyen pour un groupe non signé comme le vôtre de faire connaître son nom dans le monde entier ?

Rich : Oui, sans aucun doute. C’est le meilleur moyen pour un groupe non signé et ne disposant d’aucun budget pour promouvoir sa musique.

Bien que je sois vraiment impressionné par toute cette histoire de ‘Meilleur Groupe Non Signé de l’Année’, je souhaite vraiment que vous n’obteniez pas ce titre une troisième année de suite. C’est pourquoi, hormis un contrat discographique chez un bon label, j’aimerais vous demander ce que nous pouvons vous souhaiter pour l’année 2010 ?

Rich : Merci ! Je crois que certains groupes en voudraient à notre vie si nous obtenions ce titre pour la troisième fois consécutive. Donc, si vous travaillez pour un label et que vous lisez cet article, sachez que cette décision ne dépend plus que de vous ! Outre notre périple au Hammerfest et au Japon, nous allons accorder d’autres shows en Angleterre et en Europe. Nous préparons aussi notre future invasion de l’Amérique et un autre clip vidéo. Nous étudions également une nouvelle ligne de merchandising.

Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Rich : Merci pour la lecture et le support. Rendez-vous sur scène !
Pete : Merci pour cette chouette interview Michel. Salut à toi, à tes lecteurs et à tous ceux qui supportent les vrais groupes et le métal véritable.
James : Salut à tous et continuez à supporter le métal et Warpath !

*(NDLR : ayant réalisé un mémoire sur le marché du disque, à une certaine époque, je me permets de mentionner quelques remarques. Car le débat bien est plus complexe qu’il n’y paraît. Et évitons de se voiler la face derrière des arguments simplistes. D’ailleurs, rien qu’en posant les bonnes questions, il est facile de les démonter. Lesquelles ? Tout d’abord pourquoi le téléchargement illégal est-il né ? Qui en est le véritable responsable ? Pourquoi lors de son lancement sur le marché, le compact-disc coûtait presque trois fois plus cher qu’un vinyle, alors que le prix de revient du cd était trois fois moindre que celui du 33 tours. A qui a profité cette arnaque ? Pas aux artistes, c’est une certitude. Ou alors aux plus fortunés. Et quand ces responsables, qui aujourd’hui se plaignent du manque à gagner, ont cherché à rectifier le tir, il était déjà trop tard. Le mal était déjà fait. Et pour faire marche arrière… On appelle cette pratique, scier la branche sur laquelle on est assis. Ou ne pas voir plus loin que le bout de son nez. Et pour élargir le débat, on pourrait transposer, voire même lier, le chapitre au prix des places de (certains) concerts et festivals. On peut même encore soulever la nouvelle philosophie de certains artistes (surtout alternatifs !) qui préfèrent être téléchargés (il)légalement pour mieux se faire connaître et ainsi tirer parti de cette popularité pour remplir les salles, lors de leurs tournées. A méditer ! B.D.)

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