Les rituels étranges de This Is The Kit

This Is The Kit sortira son septième opus studio, « Ghost Coat », ce 15 janvier 2027. En attendant, il a partagé le single et « Skim a Stone ». Enregistré au cœur des Rockfield Studios dans la vallée de la Wye, au sud-est du Pays de Galles, ce disque place…

logo_musiczine

Musiczine recherche des collaborateurs.

Tu as une très bonne connaissance musicale et tu souhaites participer à l’aventure Musiczine.net ? Tu es passionné, organisé, ouvert, social, fiable et appliqué ? Tu as une bonne plume ? Alors n’hésite plus : rejoins-nous ! Vu l’ampleur prise par Musiczine et…

Enregistré sous Ex:Re

Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Viagra Boys
Gary Numan
Interviews

Buffalo Tom

Ne pas verser dans le mélo...

Écrit par

Neuf ans que le trio bostonien n’avait plus enregistré ensemble. Il avait bien accordé quelques concerts, juste pour rappeler aux fans que le groupe n’était pas officiellement séparé ; mais chaque membre du groupe se souciait davantage de ses projets alternatifs que de l’existence même de la formation. Alors qu’est ce qui a bien poussé les trois gaillards à reprendre l’aventure et surtout à enregistrer un nouvel opus ? Un disque qui est d’ailleurs sorti quelques jours après une chouette prestation accordée dans le cadre du festival Cactus de Bruges. Une question qu’il était judicieux de leur poser, et à laquelle Bill Janovitz a répondu de bonne grâce, avant de monter sur les planches…

« On a continué à jouer ‘live’, une ou deux fois par an. Nous disposions d’une grande quantité de singles et nous tournions en basant notre tracklisting sur ces compos. Nous jouions surtout à Boston et avions un excellent retour du public ; mais nous éprouvions un sentiment de nostalgie, chaque fois que nous nous produisions en concert. En fait, nous n’interprétions que d’anciens titres. Et plus les années passaient, plus les morceaux vieillissaient. On s’est dit que notre attitude passéiste devenait stupide, qu’il était temps d’en écrire des nouvelles tout en profitant de l’élan qui nous poussait à ce moment-là… » Oui mais leurs projets alternatifs alors ? « Nous allons poursuivre nos projets solos. Chris et l’ancien chanteur de Fuzzy, Hilden Mancini également. Par contre ce sera plus difficile pour Crown Victoria. Parce que le batteur est parti vivre à Los Angeles. Mon elpee solo est prêt à sortir. Il a été masterisé et produit. Tu peux y puiser toutes les infos utiles sur notre website… » Le dernier opus de Buffalo Tom est paru sur le nouveau label de Danny Goldberg. Pas n’importe qui puisqu’il était le manager de Nirvana. Il a aussi côtoyé le Led Zeppelin. Sans oublier qu’il a travaillé très jeune chez Atlantic Records avant d’en devenir le boss. Un personnage légendaire quoi ! Bill précise : « Nous l’avions rencontré au cours des années nonante. C’est à cette époque qu’il a monté une radio politique de tendance progressiste. Il a également été le président d’un syndicat de célébrités à L.A.. Si son nom est lié à un événement, j’y suis trois fois plus attentif… »

Ce nouvel elpee s’intitule ‘Three easy pieces’. C’est également le nom d’une des chansons de ce disque. Pourquoi avoir choisi ce titre ? Y a-t-il une symbolique derrière le chiffre trois ? Bill s’explique : « C’est Chris qui a écrit les paroles. Elles s’inspirent d’un film mettant en scène Jack Nicholson : ‘Five easy pieces’. Une comédie musicale qui se réfère à cinq morceaux de musique. Nous avons pensé qu’il serait judicieux de le transformer en ‘Three easy pieces’, parce que nous sommes trois dans le groupe. Et qu’il est plus facile de trouver un consensus à trois qu’à quatre ou même à cinq. En plus c’était un bon choix ; et il ne faut pas y voir de la magie… » Parce qu’évidemment, on a beau être de très bons amis, des conflits d’idées peuvent éclater. Et en particulier lorsque l’un ou l’autre ne partage pas le même avis pour la composition. Qui prend alors la décision finale ? « C’est une bonne question ! Lorsqu’une telle situation se produit, on laisse la chanson mijoter quelque temps. Et si ultérieurement, quelqu’un d’entre nous émet une bonne idée, on lui fait confiance et on suit les desseins du visionnaire. Les conflits ne surviennent que lorsque la majorité des deux-tiers s’oppose à un avis isolé. » Des problèmes qui peuvent également survenir à cause de la situation familiale de chaque musicien. Bill acquiesce mais nuance : « On a tous rencontré ce type de problème à des moments différents. Aujourd’hui, Tom y est davantage confronté parce qu’il a des enfants en bas âge. Tu sais on apprécie notre cocon familial. On a toujours essayé de maintenir un équilibre entre notre vie de groupe et notre vie familiale. Si nous avions les moyens, nous emmènerions tout le monde en tournée et engagerions des bonnes d’enfants. Mais il n’y a pas de solution idéale. Ma fille de huit ans aurait voulu assister au concert de Bruges. Je lui ai téléphoné cet après-midi et je lui ai promis que nous reviendrions visiter cette ville avec ma femme. Car Bruges possède une remarquable architecture médiévale qui n’existe pas aux States. Quand je vois toutes ces vieilles maisons, je pense à Disneyworld… » En 1986, c’est à dire à leurs débuts, Buffalo Tom comptait de nombreux fans dans les Universités américaines. Aujourd’hui, toutes ces personnes ont vingt ans de plus, une famille, un job et n’écoutent peut-être plus de musique. Alors, de quoi est constitué le public de B.T. en 2007 ? Bill réfléchit : « J’imagine qu’aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup d’étudiants qui assistent à nos spectacles. Je présume qu’ils possèdent d’autres centres d’intérêt. Mais je suis toujours touché par celles et ceux qui nous sont restés fidèles. Par celles et ceux qui ont grandi avec nous. Mais je suppose que lorsque nous nous produisons à Boston, ils doivent engager des baby-sitters… »

Les albums solos de Bill épousent très souvent une formule acoustique. Alors, un album ‘unplugged’ de Buffalo Tom, c’est possible ? « Non, je n’en vois pas l’utilité. Ce qui ne nous empêche pas de toucher à l’acoustique ; mais au sein d’un contexte globalement rock. » Par contre, à l’instar de leur dernier opus, le groupe a eu recours au piano. Notamment, sur la ballade intitulée ‘Pendleton’. Et aux arrangements de cordes et de cuivres, en filigrane. Une nouvelle orientation pour le futur ? Tom acquiesce : « Oui, absolument. Pour le dernier album, on a engagé un pianiste. Mais j’ai également joué du piano. C’était un peu comme un défi. Dans l’esprit de ce que faisait Nils Lofgren sur les albums de Neil Young. D’ailleurs, il ne faut pas imaginer que mes goûts soient exclusivement focalisés sur les groupes à guitares. Je suis ouvert à toutes les bonnes idées. Même aux arrangements de cordes et de cuivres. Parce que la voix émerge différemment et offre plus d’espace aux ballades. » Mais quel est le secret d’une bonne chanson pour Buffalo Tom ? Un bon mélange entre émotion, humour et mélodie ? « Oui, c’est une bonne manière de voir les choses. Il y a effectivement beaucoup d’humour dans nos chansons, mais ce n’est pas la caractéristique principale. Nous accordons un soin tout particulier au sens mélodique. Nous sommes très attentifs à la qualité des lyrics. Ils doivent être –dans la mesure du possible– convaincants et sensés. Maintenant, il ne faut pas se faire d’illusions, il y a beaucoup de chansons qui ne respectent pas ces trois critères. En résumé, pour une bonne chanson, il faut une bonne idée, une mélodie intense et un feeling fort. C’est ce qui nous intéresse… » Tout en essayant qu’elle ne soit pas trop mélodramatique. Apparemment une grande crainte des musiciens de B.T.. Bill réagit : « On n’en fait quand même pas une maladie. Les chansons que je préfère sont celles qui parviennent à capturer une certaine nostalgie et susceptibles de s’imprégner d’une certaine théâtralité. De la tristesse, de la mélancolie doit en émaner, sans pour autant verser dans le mélodramatique. Un peu comme chez Tom Waits et les Rolling Stones, dont certains morceaux peuvent être très mélancoliques. Effectivement, parfois, Buffalo Tom peut se révéler languide, larmoyant. Pour certaines personnes cette attitude semble exagérée. Mais pas pour nous. Buffalo Tom ne se contente pas seulement de balancer des émotions. Il est aussi et surtout une machine à rythme… » D’ailleurs, le trio reconnaît comme influences majeures les Kinks, les Stones, Neil Young, les Stooges, MC5 et toute la scène de Detroit qu’a enfanté ces deux légendes de la Motor City. Mais que pense Bill de cette nouvelle scène qui sévit à Detroit, et en particulier d’un de ses leaders, les White Stripes ? « J’aime beaucoup les White Stripes. Je ne me suis pas procuré leurs albums, mais ce que j’ai pu en écouter me botte particulièrement. On sent que Jack White a fait tout son écolage dans le vieux blues. Il existe un combo californien qui répond au nom de Broken West. Il me plaît énormément. Il parvient à embellir sa country de pop et de rock’n roll. Les Death Ships, également. Un ensemble issu de l’Iowa. Et dans un autre registre les Islandais de Sigur Ros. Leur musique me fait toujours une grosse impression. Enfin, j’avoue un petit faible pour la musique garage… » Et l’americana, je suppose ? Mouvement au sein duquel Wilco a été erronément catalogué. « Cette formation est capable de jouer dans des registres très différents. Elle ne se concentre pas seulement sur la country ; d’ailleurs j’évite de mettre des étiquettes sur des groupes ou des artistes. J’apprécie le feeling de leur musique, sans plus… » Dans le passé, B.T. s’est autorisé quelques reprises. Notamment une version du ‘Cupid come’ de My Bloody Valentine. Cet exercice de style est-il encore pratiqué par la formation ? « Oui, mais pas ‘Cupid come’ ; nous l’avions choisie à une époque où nous balbutions encore. Aujourd’hui, le problème, c’est qu’on n’est plus capable de jouer ces covers ; parce qu’on ne les a plus interprétées depuis longtemps. On a même oublié certaines de nos chansons ; alors on est obligé de les réapprendre. Et une reprise exige énormément de travail… »

Merci à Vicent Devos.

 

 

Wilco

Avec Volswagen, pas d’problème, pas d’problème…,

Écrit par

Lors du dernier festival de Dour, Wilco a accordé un set en tous points remarquables, une prestation dont l’apothéose électrique valait à elle seule le déplacement. Mais aussi un concert contrastant d’une manière étonnante avec leur sixième album, ‘Sky blue sky’, un disque de très bonne facture, mais dont le climat particulièrement cool, nous replonge curieusement dans l’univers des seventies. Pas trop étonnant, lorsqu’on sait que le line up implique aujourd’hui des musiciens huppés ; et notamment le guitariste Nels Cline. Agé de 52 balais, ce véritable virtuose de la guitare est considéré depuis février de cette année, par le magazine Rolling Stones, comme un des meilleurs gratteurs sur la scène pop/rock. Faut dire que le personnage joue de la six cordes depuis l’âge de 12 ans, compte une discographie impressionnante (plus de 100 albums !) et on ne dénombre plus le nombre de collaborations au sein desquelles il a été et est toujours est impliqué. C’est lui qui s’est prêté à l’exercice des interviews. Il n’a éludé aucune question même les plus embarrassantes. Un type d’une extrême gentillesse en compagnie duquel on a même fini par trinquer.

Mais en récoltant ce fameux prix, les autres membres du groupe ne l’ont-ils pas trop charrié ? Nels avoue : « Ouais, effectivement. En fait, cette distinction est à la fois très flatteuse et en même temps stupide. Inévitablement, certains n’ont pas raté l’occasion de se payer ma fiole. Par contre, j’en ai causé à ma mère. Et elle était fière de moi… » Une chose est sûre, au cours de sa carrière, il a côtoyé une multitude d’artistes, aussi bien issus de l’univers de la pop, du rock, du jazz que de la musique expérimentale. Parmi les plus notoires, on retiendra Mike Watt (Minutemen), Thurston Moore (Sonic Youth), et Carla Bozulich (Geraldine Fibbers). Justement, a-t-il encore des contacts avec ces musiciens ? « Oui, oui, régulièrement. Carla a ouvert quelques uns des concerts de Wilco lors de notre dernière tournée européenne. Pour la circonstance, je l’ai rejointe sur les planches pour interpréter l’un ou l’autre morceau. J’ai participé au nouveau projet solo de Thurston Moore. J’y joue de la guitare. Mike Watt et moi militons au sein d’un autre projet : The Crew of The Flying Saucer. Stephen Perkins (le drummer de Jane’s Addiction), Willie Nelson et quelques autres y participent. Enfin, il y a The Black Gang. Un trio. Ce sont mes musiciens préférés… » Ce qui veut dire que Nels n’a pas abandonné ses desseins personnels. « Non, non, je bosse maintenant full time pour Wilco ; mais quand il y a des périodes de pause, je recommence à jouer ma propre musique ou alors j’organise des rencontres destinées à l’improvisation. Un peu partout dans le monde. A New Yok, Chicago, San Francisco… »   

Pour enregistrer ‘Sky blue sky’, les musiciens de Wilco se sont davantage impliqués dans la composition. Bien plus que dans le passé. Mais qui a pris la part la plus large des arrangements ? La patte de Nels serait-elle responsable des sonorités davantage seventies ? « Ce n’est pas moi ! La plupart des idées musicales ont été apportées par Jeff. La structure, aussi. Sans la moindre exclusive, tout le monde a participé aux arrangements. A parts égales. Finalement nous avons tous apporté nos idées et la plupart ont été utilisées. Pat a apporté de nombreuses idées. Mais automatiquement, on a été entraîné à en parler, puis à répéter. Cependant, les premières idées n’aboutissent pas nécessairement. Et la mouture finale est parfois bien différente de la première. Certaines compos aboutissent très rapidement et d’autres nécessitent un processus d’élaboration assez long. En ce qui concerne ma propre contribution, je ne pense pas être le responsable des sonorités seventies. Si on les ressent, c’est qu’elles existaient déjà avant. Je ne pense pas qu’il était dans notre intention d’épouser un tel profil sonore, mais simplement c’est la façon dont nous ressentions les événements. Donc on n’a pas eu recours à des artifices pour obtenir un tel résultat. Tu entends probablement des distorsions et des effets spéciaux, mais ce n’est pas ce qui nous préoccupait le plus. Ce qui nous intéressait, c’était le feeling. Tous les membres du groupe ont des sensibilités différentes ; ce qui nous permet de multiplier les possibilités et d’accentuer le processus créatif. Mais en fin de compte, on est capable de chercher et de prendre des décisions sans tergiverser continuellement… » On ne va pas en faire une fixation, mais une plage comme ‘Impossible Germany’ est basée sur une dualité de guitares me rappelant Delaney & Bonnie. Qu’en pense notre interlocuteur ? « On nous a même déjà dit qu’on avait été inspiré par Television et Blue Oyster Cult. En fait, j’avais écrit les lignes de guitare pour cette compo, et Jeff m’avait répondu qu’on n’avait pas besoin de cet instrument pour cette chanson-là. Avec lui, tu ne sais jamais quel instrument on va utiliser pour un morceau. Et Pat ne le sait pas davantage. Jeff et Pat ont commencé à créer les harmonies. Et Jeff avait dans la tête qu’on n’utiliserait pas la guitare. Bref, on allait interpréter une chanson que j’avais composée à la guitare, sans guitare. Et qu’est ce qu’on fait maintenant ? Finalement Pat s’est assis derrière les claviers, Jeff a empoigné la guitare et on a fait une jam. Et à la fin, Jeff a dit : ‘Elle est prête maintenant la chanson’. Donc on n’avait jamais pensé à qui que ce soit en l’interprétant. Même pas aux Allman Blues Brothers… » Enfin, dans le même ordre d’idées ‘Please be patient with me’ et ‘Hate in her’ trahissent des affinités avec les Beatles. Pour la première elles sont puisées dans le ‘double blanc’. Pour la seconde, les claviers rognés sont utilisés comme Billy Preston sur ‘Abbey road’. La réponse fuse : « Je suis obligé de réfuter cette réflexion, car si je la partage, je dois la prendre pour un compliment ; mais en même temps je suis nul à chier. Maintenant, il y a tellement de diversité dans le double album blanc… un peu comme pour ‘Blue Sky blue’… » Certaines des compos de ce nouvel opus étaient d’anciennes chansons. Ont-elles été retravaillées en profondeur ? Nels s’explique : « Oui. Mais j’ignorais, au départ, que certaines d’entre-elles avaient été écrites il y a longtemps. Seuls Glenn et Mike étaient au courant. Ce n’était pas plus mal. Ainsi, il n’était pas possible d’anticiper. Et le processus est devenu plus clair, plus ouvert. Et plusieurs d’entre elles ont été largement améliorées à cause des nouveaux arrangements. Finalement on a davantage discuté de la musique et des notes et pas nécessairement du climat au sein duquel ces morceaux avaient été écrits… » Un climat qui semble d’ailleurs bien plus optimiste, tout au long de ‘Sky blue sky’. Ce qui doit certainement procéder d’un meilleur état de santé de Jeff Tweedy. Elle serait même devenue aujourd’hui excellente. Nels nuance : « Certainement. Mais ce n’est qu’une partie de la vérité. En fait, Jeff a vécu un rafraîchissement dans ses sentiments, dans sa vie ; et il avait déclaré qu’il allait enregistrer un disque plus enjoué. Néanmoins, il n’est pas nécessairement plus allègre, mais te donne cet espoir. Il y a toujours un sentiment de doute, d’ambiguïté, pour jouer sur les contrastes. Je pense que si on veut rendre l’angoisse et la souffrance romantique, il faut le traduire d’une manière rayonnante, enlevée, optimiste. Si tu peins des climats et des humeurs uniquement en noir, il n’y a pas de contrastes. S’il n’y a pas de contrastes, il n’y a pas de tension et de relâchement. Et donc on ne se sent pas dans l’obligation de continuer à écouter. Comparé aux autres albums de Wilco, il est moins angoissant. Ce qui n’empêche pas d’y explorer des aspects plus ténébreux. C’est cela aussi notre musique… » Mais qu’est-ce qui plaît dans les lyrics de Tweedy ? « Je ne suis pas toujours sûr de bien comprendre ce dont parle Jeff, dans ses textes. En fait, ses chansons sont ouvertes. Il pose des questions ouvertes. Certains textes sont frivoles, d’autres plus personnels, plus intimistes. On n’y trouve pas de plaintes, de récriminations ou de protestations. Mais plutôt une analyse du cheminement individuel des êtres humains. A la recherche de la vérité, ils privilégient la sincérité et l’authenticité… » (NDR : en d’autre termes : ils sont autobiographiques…)

Mouais ! Alors comment comprendre que certaines chansons issues de ‘Sky blue sky’ aient été retenues pour servir de bande sonore à de la pub ? A la TV. Lors de la dernière campagne promotionnelle pour Volswagen. Plusieurs. Et une pour la promotion d’un mobile téléphonique. En Espagne. Difficile de ne pas perdre son intégrité lorsqu’on accepte un tel contrat. Nels semble embarrassé (NDR : finalement, on se demande si Jeff n’a pas décidé de refuser d’accorder des interviews pour ne pas devoir répondre à des questions semblables. Et il envoie ses ouailles au casse-pipes…) « Tu m’apprends ça ! C’est un non-problème. Aux States, du moins. Car il est impossible d’être diffusé sur les ondes des radios commerciales. Et la programmation d’une radio commerciale ressemble très fort à une succession de spots publicitaires. Et donc toutes les minutes sont vendues. On fait de la promo que vous haïssez peut-être et finalement, même si vous êtes payés, ce sera Volswagen ou quelqu’un d’autre qui percevra les dividendes. On ne passe pas sur les radios publicitaires. Dès lors, comment faire pour permettre au public qui nous apprécie d’écouter notre musique ? J’admets que c’est toujours scabreux de mélanger la musique et le business. Les Flaming Lips ont leur méthode : ils ont acheté des spots publicitaires pour diffuser leur musique à la radio… Le public a enfin pu se rendre compte de l’existence de Nick Drake, parce qu’une de ses chansons était associée à un spot publicitaire. Evidemment tout se décide également en fonction de la famille que tu dois nourrir. Personnellement, je n’ai pas d’enfant. Les autres bien. Et ton choix est parfois dicté par des contraintes financières. Maintenant, j’aurais certainement été plus mal à l’aise si on avait vendu notre musique à Mc Donald ou à une banque. M’enfin, quand on y réfléchit, ce système est vraiment du capitalisme. Et tout compte fait, Volswagen, ce n’est pas si mal que ça. En plus, cela ne me dérangerait pas si l’entreprise m’en offrait une (rires)… non, je n’ai jamais roulé en Volswagen, mais en Volvo… »

Merci à Vincent Devos

 

The Tea Party

Vivre sa musique avec la même passion que les bluesmen... (archive du mois)

Écrit par

Chanteur, compositeur et leader du trio canadien Tea Party, Jeff Martin ressemble très fort à Jim Morrison. C'est ce que j'avais pu lire au sein des différents articles consacrés à la biographie du groupe. Mais je ne m'imaginais certainement pas que la ressemblance était aussi frappante. Jeff souffre même d'un léger strabisme divergent comme le défunt et mythique roi Lézard. Et puis sa voix campe le même baryton profond. Il est également poète et plutôt mystique. Heureusement il joue de la guitare et tout comme Jimmy Page porte un grand intérêt à la musique orientale. Rencontre à l’issu de son set accordé dans le cadre du festival Pukkelpop…

Vous avez vécu très longtemps à Windsor, près de Detroit, mais votre firme de disques est canadienne. Tea Party est-il un groupe canadien ou yankee? N'y a-t-il pas une certaine volonté délibérée d'entretenir le mystère?

Il n'y a pas de mystère. En vérité, le groupe a grandi à Windsor dans l'Ontario. Une ville de 120 000 habitants située près de Detroit. Detroit en compte 4 000 000. Ce qui explique pourquoi cette cité subit une très grosse influence de la part des States. A Windsor, la population écoute la radio américaine, regarde les programmes de TV américains, et inévitablement écoute la musique yankee. J'y ai vécu jusque l'âge de 10 ans. Et je dois avouer que j'ai fini par devenir très américanisé. Mais il est très difficile pour un groupe canadien de se faire une place au pays de l'once Sam. Nous n'avons jamais décroché un seul contrat à Detroit. Nous avons dû remonter quatre heures vers le nord. A Toronto. Qui est le centre vital de la musique au Canada. EMI nous y a découvert, et nous a sorti de l'ombre. Aujourd'hui, je vis cependant à Montréal. La ville est beaucoup plus européenne, artistique. Un endroit qui correspond beaucoup mieux à ma sensibilité culturelle, finalement.

Que tu épanches à travers tes lyrics; une sorte de message spirituel?

Je suis très influencé par la poésie française. Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud et Paul Verlaine en particulier ; les romanciers anglais Colin Campbell et Robert Graves également. J'ai découvert ma spiritualité en lisant cette littérature. J'explore, à travers mon écriture, les aspects les plus sombres de l'âme humaine. La vie n'a pas que de beaux côtés... Enfin, la religion occupe une place très importante dans mon attitude. J'étais à l'origine de conviction catholique. A l'âge de 16 ans, mon âme a été confrontée aux questions existentielles. J'ai beaucoup réfléchi. J'ai cherché. J'ai énormément lu. Et j'en ai conclu qu'il était nécessaire d'opérer un retour aux sources. Parce que la religion organisée est néfaste à l'humanité. Elle engendre l'intolérance provoque des situations conflictuelles. La foi est personnelle...

Tu crois à la réincarnation?

Oui. (NDR: il entame une grande réflexion sur Nietzsche...)

Au cours de ton set, tu as inclus le refrain de "Love will tear us apart" de Joy Division dans une de tes chansons. Etait-ce une forme d'exorcisme?

Oui. Ou plus exactement un hommage à Ian Curtis. La puissance de son lyrisme m'a toujours impressionnée. Nous avions des goûts, ma foi, très semblables dans le domaine de la littérature et de la poésie...

Est-il exact que tu répugnes tourner des vidéos?

J'apprends à ne plus les détester. En fait, jusqu'à présent, je n'ai toujours pas trouvé un concepteur susceptible de rencontrer mes idées. De faire passer notre symbolisme à travers l'image. Nous ne voulons pas tourner de clip pour le plaisir de le tourner. C'est la raison pour laquelle, jusqu'à présent, nous avons toujours éprouvé des sentiments négatifs à cet égard. Maintenant, nous ne sommes pas totalement hermétiques à cet univers. Il suffirait peut-être de rencontrer le réalisateur compétent.

Nonobstant ton aversion profonde pour les sempiternelles comparaisons avec le Led Zeppelin, je suis au regret de t'annoncer que je trouve de nombreuses affinités entre ton album et le troisième elpee du célèbre dirigeable. Qu'en penses-tu?

Je suppose donc que c'est vrai. L'explication est assez simple. A cette époque, Jimmy Page était influencé par les mêmes guitaristes auxquels je voue une grande admiration aujourd'hui. Page a d'ailleurs également exercé une certaine influence sur moi. Mais il ne faut pas prendre uniquement le passé pour bible. Car si Tea Party laboure dans le même champ que Led Zeppelin, il ne le retourne pas dans le même sens. Je ne dispose pas, par exemple, d'un timbre vocal stratosphérique (NDR: il imite la voix de Plant)... ‘Maybe... babe...’ Tout le monde est influencé quelque part par les autres, et en particulier par les artistes du passé...

Lorsque tu parles de guitaristes auxquels tu voues une grande admiration, je suppose que tu parles d'abord de John Renbourn, de Bert Jansch et de Roy Harper. Et puis, bien sûr de Sony Boy Williamson ainsi que Robert Johnson?

Des modèles! Ils sont parvenus à dynamiser le son de la guitare acoustique en imaginant de nouveaux accords. Des accords susceptibles, comme chez John Renbourn, de sonner comme un luth, un sitar, ou des tas d'autres instruments. Chez Tea Party, j'essaie d'inoculer cette science dans un cadre plus électrique. Mais en y apportant notre propre passion, notre propre humeur, et pas seulement une technique. Roy Harper est davantage pour moi, un ami, un professeur. Il m'a énormément influencé.

Tu as eu le loisir de jouer avec lui!

Nous avons accompli une tournée ensemble au Canada. Et puis nous avons donné un spectacle à Londres au cours duquel nous avons purement et simplement électrifié toutes ses chansons originellement acoustiques. Ce fut un grand moment de fantaisie et de rock'n roll... Sony Boy Williamson, Robert Johnson et BB King appartiennent à un héritage musical transmis par mon père; lorsque tous mes copains écoutaient Ritchie Blackmore et consorts, il m'a demandé de m'asseoir et m'a passé des disques de ces grands bluesmen. Howlin' Wolf également. Sa voix reste pour moi un exemple. Ces racines constituent pour moi une éducation fondamentale qui m’a servi à vivre ma musique avec la même passion que les bluesmen...

Version originale de l’interview parue dans le n° 28 du magazine Mofo de novembre 94.

 

 

CocoRosie

L’arme à l’oeil

Écrit par

Comment expliquer le phénomène CocoRosie ? En moins de trois ans, Bianca Casady et sa sœur Sierra sont devenues le dada le plus hype chez les hippies post-modernes. Cette nouvelle communauté est bigarrée : fashionistas, pères de famille, joyeux girons, mères au foyer et adolescent(e)s mélancoliques. En trois albums, les deux Américaines ont repéré le point sensible d’une société éclatée. Avec son folk tarabiscoté de mille astuces infantiles, CocoRosie est passé de sa chambre à coucher au sommet de l’affiche. Sans même comprendre les raisons de son succès. Pour ce troisième album, intitulé « The Adventures of Ghosthorse & Stillborn », les voix mutines des deux sœurs se détachent pour laisser place à une castafiore (Sierra) et une enfant blessée (Bianca). La poésie énamourée et les larmes de joie des débuts s’ornent aujourd’hui d’une conscience politique. Dans cet opéra urbain, CocoRosie est une Superstar. Même Jésus Christ cherche sa place. Si la religion a perdu une grande part de son mysticisme, Bianca et Sierra seront bientôt plus célèbres que la Vierge Marie. Demandez à John Lennon.

Parfois, un regard suffit pour comprendre. Bianca et Sierra sont nées sous les étoiles : des stars, des vraies. Maquillées de jour, comme de nuit, les deux sœurs ressemblent à des vedettes hollywoodiennes : intouchables, impénétrables. Une casquette vissée sur une tignasse rasée et peroxydée, une veste de training sur les épaules, un jean grisonnant, forcément moulant, un foulard rouge serré autour de la cuisse, Bianca est là, face à nous, plantée dans ses pompes blanches. Premier constat : son air triste ne fait pas les belles chansons d’amour de son groupe. « C’est difficile à gérer. Toute cette attention, cette pression, ces questions sur ta vie, tes envies. Aujourd’hui, je ne sais même pas si je crois encore en l’amour ». Ambiance. Malgré ses épanchements émotionnels et une rupture sentimentale mal digérée (NDR : avec Devendra Banhart), Bianca demeure charismatique, christique. « A l’époque de la ‘Maison de Mon Rêve’, notre premier album, tout semblait évident, simple. C’était un rêve éveillé », explique Bianca. Aujourd’hui, CocoRosie est une formation populaire, presque un porte-drapeau générationnel. « Nous n’avons pas cherché à devenir des icônes ou un symbole quelconque. Si des gens se reconnaissent en nous, c’est une bonne chose. Mais nous n’avons jamais cherché cette reconnaissance. » Toujours est-il que le nouvel album des deux sœurs est attendu et sera entendu. Les sœurs Casady le savent et profitent de l’occasion pour habiller leur folk aux mélodies mutines de textes engagés. A ce titre, les paroles de ‘Japan’ sont illustratives : « Everyone wants to go to Iraq. But once they go, they don’t come back ». Quand on aborde le sujet, Bianca s’emballe : « Le fait de toucher un public plus large ne change en rien notre façon de travailler, de voir le monde. Notre réalité n’est pas forcément différente de la vôtre. L’art est un champ de liberté. Il faut le cultiver. » Toujours mystérieuse, elle repousse encore les limites de l’allégorie lorsqu’on aborde la photographie de Pierre et Gilles, illustrant la pochette de leur nouvel album. « Oh, c’est simple. Sur cette photo, nous apparaissons sous les traits des ‘jumelles sanglantes’ (NDR : The Bloody Twins). Là, évidement, elles sont mortes. On est donc au paradis et on navigue sur la voûte d’un arc-en-ciel. » Voilà bien longtemps qu’on n’avait plus entendu telle explication... Si l’univers du disque se vit comme une nébuleuse aventure mythologique, la musique de CocoRosie permet à l’auditeur de se rattacher à une certaine réalité. Car « The Adventures of Ghosthorse & Stillborn » regorge des subtilités d’usage : harpe miniature, jouets d'enfants, crépitements électroniques, guitare titubante, beats humains et timbres vocaux effarouchés. Petites nouveautés cependant : l’affirmation d’un goût immodéré pour l’opéra et l’accentuation d’un phrasé coulé dans le hip-hop. «  Tout ça n’est pas nouveau... Sierra a suivi des études de chant lyrique. D’ailleurs, elle est fan de Debussy et Fauré. Et nous avons toujours apprécié le hip-hop. Mais, au fond, ce n’est pas essentiel. L’important, c’est de continuer à créer, d’être en relation avec sa musique, de rechercher de nouvelles lignes d’expression et d’y trouver du plaisir. » Sur ce nouvel album, l’objectif semble atteint, tout comme le grand public. Un jour, peut-être, les deux filles seront les vedettes de vos plus belles émissions de divertissement. Ce jour-là, l’appellation ‘variété’ en sortira grandie. A coup sûr.


 

Les Anges

Rock’n’roll et paradis sur terre

Écrit par

Faut-il croire aux préceptes de la réincarnation ? Si cette question nous laisse habituellement dubitatif, on tend ici à revoir notre position. En cause, une rencontre avec Les Anges, tout de noir vêtus et descendus du ciel pour souffler sur les cendres de ce bon vieux Hulk. Pour mieux s’émanciper de leur redingote déchiquetée et d’un vilain teint verdâtre, les (ex-)musiciens de Hulk se sont jetés dans les bras de la douce – mais sauvage – Sandra Hagenaar (ex-Fifty Foot Combo). Pieds au plancher, guitare au poing, Les Anges se font les messagers d’une culture rock intègre, préférant tourner le dos aux concessions pour mieux embraser la tension. Deux Anges (sur quatre) nous font face : Sandra et Renaud. Au cœur du débat, « A deep grave as a shelter », un premier album produit par l’infatigable Christine Verschorren (Ghinzu, Montevideo, Das Pop, dEUS, etc.). Du rock pour pousser les portes du paradis ?

Avant d’aborder Les Anges, reparlons de Hulk. Pourquoi avoir changé de nom ? Le groupe est-il définitivement enterré ?

Renaud : Oui, c’est terminé. Un jour peut-être, on reviendra pour quelques dates. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Le changement de nom, c’est un tout : de nouveaux morceaux, une atmosphère, l’arrivé de Sandra. Toutes ces choses impliquaient l’émergence d’une nouvelle identité.

Sandra : Tout comme Hulk, Fifty Foot Combo est mort. Les Anges, c’est donc un nouveau groupe. Au final, notre musique n’a strictement rien à voir avec celle de nos anciennes formations. Certes, on peut y retrouver quelques éléments. Mais on a pris soin d’y ajouter des instrumentations différentes et quelques clins d’œil aux films d’horreur !

Vous abandonnez donc vos principales influences pour repartir à zéro ? Terminés les déboulés plombés à la Kyuss, Masters of Reality, etc. ?

R. : Non, non ! On ne va pas s’en éloigner... On aime vraiment ces groupes. En fait, par le passé, nous n’avons jamais eu la chance de bénéficier d’une production digne de ce nom. Chez Hulk, les chansons étaient là. Mais la production de nos enregistrements nous rapprochait quasi automatiquement des formations de rock stoner et des groupes de metal. Le rôle de la production est donc primordial...

Comment expliquez-vous l’engouement suscité par la sortie de votre album ? Auparavant, les médias n’étaient pas toujours à vos côtés. Aujourd’hui, avant même la sortie du disque, la presse s’emballe. Ne trouvez-vous pas ce phénomène étrange ? 

R. : Franchement, je ne comprends pas non plus... Impossible d’expliquer ce qui nous arrive... Je ne sais pas. Nous sommes signés chez Bang ! et je pense que, pour nous, c’est une bonne chose. Les Anges apportent encore un peu plus de diversité dans un catalogue qui était essentiellement composé de formations pop-rock.

S. : Actuellement, nous sommes le seul groupe du label à jouer une musique ‘arrachée’. Pour nous, c’est aussi une façon de sortir du lot, de se faire entendre. Rentrer dans une structure ouverte à plein d’autres styles ne peut être que bénéfique pour Les Anges...

Sur l’album, deux chansons se suivent et présentent des titres comparables : « Be a man » et « Illustrated man ». S’agit-il du même homme ? Est-ce une histoire en deux volets ?

R. : Ces deux titres s’enchaînent par hasard. C’est peut-être un peu moche au niveau de la titraille... Mais ces deux textes n’entretiennent aucun rapport entre eux. « Be a man » évoque l’histoire d’un type étrange qui veut en découdre avec la terre entière. Par contre, « Illustrated man » tire son origine d’un recueil de nouvelles de Ray Bradbury intitulé « Illustrated man ». Ce bouquin m’a toujours interpellé. Il raconte les aventures d’un gars qui s’est fait tatouer par une sorcière. Un jour, les tatouages prennent vie. Et, quand les gens s’en approchent, ils peuvent lire leur destin à travers les dessins. Malheureusement, les destins sont toujours tragiques... Evidemment, le mec tatoué le vit plutôt mal...

Et le morceau « 50 euros », c’est un clin d’œil à 50 Cents ?

R. : « 50 euros », c’est le prix d’un gramme de coke. Il s’agit d’un univers qu’on connaît, de près ou de loin. Ce morceau est dédié à mon frère. Il est décédé à cause de ces conneries. Il ne s’agit pas d’une apologie de la drogue. Il ne faut pas, non plus, concevoir ce titre comme une critique acerbe. Simplement, on voulait attirer l’attention du public sur l’existence de ces substances. Elles sont là, elles existent. Ici, on ne se positionne pas comme des consommateurs mais comme des observateurs d’un fait social trop souvent minimisé. Ouvrez les yeux : la drogue fait partie du quotidien, comme les histoires d’amour et le chômage ! Sur le long terme, la drogue ne présente que des aspects négatifs. Nous voulions écrire un morceau sur ce thème : c’est « 50 euros ».

Votre premier single s’intitule « Boys boys boys ». Comment s’est opéré ce choix ?

S. : Quand on écoute attentivement l’album, on se dit qu’on aurait facilement pu faire des singles de six ou sept morceaux... La recherche sur le son dans « Boys boys boys » est plus fouillée et méticuleuse que dans d’autres morceaux. En ce sens, c’est un très bon choix. On est vraiment content...

Votre album est produit par Christine Verschorren (Ghinzu, Montevideo, Das Pop, dEUS, etc.). Comment l’avez-vous rencontrée ?

R. : Notre manager est à l’origine de cette collaboration. Pour ma part, je connaissais le dernier album de Ghinzu. Il nous a également fait écouter Das Pop et Montevideo. A chaque fois, la production est impeccable. On retrouve un côté acide, chimique dans son travail. Il s’agit de sons artificiels que j’apprécie tout particulièrement.

Quels sont les groupes belges avec lesquels vous entretenez une certaine affinité ?

R. : J’adore Ghinzu, même si leur musique reste très différente de la nôtre. The Experimental Tropic Blues Band est également une des meilleures formations du pays. Sur scène, ils sont implacables. Je pense aussi à Kube. Ils possèdent de très bonnes compositions et viennent de sortir un bon album...

Et quels sont les groupes qui influencent Les Anges ?

S. : On peut parler de Messer Chups, un duo russe un peu fou. Comme chez Les Anges, on retrouve un côté féminin, des allusions à l’univers cinématographique, certaines sonorités. Là, je pense surtout à l’usage du thérémin. Et, d’une certaine façon, la manière dont Renaud écrit les chansons est assez proche du hard-rock... Là, je ne parle pas de Black Sabbath...

R. : Ah oui ! Plutôt d’AC/DC alors... (rires) En fait, dans le groupe, nous sommes très attachés à certaines valeurs artistiques, des influences communes.

En concert :

Le 13 juillet, Dour Festival

Le 21 juillet, Power Festival (La Louvière)

 

Veence Hanao

Electron libre pour hip-hop décomplexé

Écrit par

A peine remis de sa victoire au concours ‘Musique à la française’, Veence Hanao s’est emparé de la scène pour mieux paraphraser ses mots exaltés. Nouveau chantre intello d’une culture urbaine consciente, Veence Hanao chante ses textes à qui veut les entendre. Et ils sont de plus en plus nombreux. Cet été, cet amateur de soul au cœur jazzy se laisse découvrir sur les planches des Francofolies de Spa, du Dour Festival et d’Eu’ritmix. Rencontre avec un artiste au verbe acéré et à la langue bien pendue.

L’histoire de ta carrière solo est inextricablement liée à celles de Festen et Autumn. Peux-tu nous présenter ces différents projets ?

Dès mes débuts, j’ai eu la chance de rencontrer Noza, un jeune producteur. Je suis vite revenu vers lui pour lui faire part de mes envies. A l’époque, il venait de commencer un projet en compagnie de Pixel et Barok. Ils jouaient ensemble au sein d’une formation complètement décalée, proche du néo-dadaïsme : Festen. Noza m’a aidé à enregistrer mes premiers morceaux et m’a invité à rejoindre Festen. On s’est rapidement retrouvé à la tête de deux démos finalisées : une pour Festen et l’autre pour mon projet solo. Entre temps, Barok a quitté Festen. Avec Noza, on a encore cherché à toucher à d’autres styles musicaux. On a donc lancé Autumn. On s’est détourné des sonorités électroniques pour se concentrer sur le jazz et la soul des années 60. Le hip-hop reste, bien évidemment, le ciment de ces différents projets.

Aujourd’hui, Festen n’est plus. La fin du groupe coïncide-t-elle avec une volonté de ne pas s’éparpiller, d’éviter d’embrouiller l’auditeur ?

Inévitablement, une confusion s’installait. Quand on jouait pour Festen, on présentait quelques morceaux de mon projet solo. Quand je montais sur scène, les gens disaient : ‘Ah, c’est Veence Hanao de Festen !’ Quand nous avons lancé Autumn, certains venaient télécharger les morceaux en pensant écouter Festen. Bref, c’était un peu l’anarchie. Cependant, les raisons de la séparation de Festen ne sont pas à chercher de ce côté… Nous avions des envies différentes à l’égard de Festen. Aujourd’hui, on en est arrivé à penser qu’il s’agissait davantage d’un projet conceptualisé qu’un groupe !

Ta musique évolue entre le hip-hop, le jazz, l’electro, le slam et la poésie. Comment la décrirais-tu ?

J’ai la chance de bosser en compagnie de Noza, un gars d’une grande culture, capable de produire des sons qui partent dans tous les sens. Au risque de frôler une certaine incohérence, je souhaite conserver ce côté touche-à-tout. Je veux faire des choses différentes et éviter de restreindre mon univers. Maintenant, pour décrire ma musique, on peut dire qu’il s’agit d’un croisement entre le rap et le slam avec des influences electro et jazz.

Sur scène, tu joues déjà de nouveaux morceaux. Te lasses-tu facilement de l’interprétation de tes propres morceaux ?

Oui, je me lasse facilement. J’ai besoin de mouvement. Plus j’en fais, plus je suis critique par rapport au passé. Cela me permet d’évoluer. De toute façon, je ne suis pas encore au stade où les fans viennent pour entendre un morceau particulier. Aujourd’hui, j’ouvre les concerts pour des têtes d’affiche. Dès lors, j’offre de la découverte au public.

Vas-tu commercialiser ton premier album éponyme ?

C’est davantage une carte de visite. Grâce à cet enregistrement, on a eu la chance de remporter le concours ‘Musique à la française’ et de participer aux Nuits Botanique. Mais, à mes yeux, ce premier essai discographique est bouclé depuis longtemps ! Aujourd’hui, j’ai une terrible faim créative. Dans quelques semaines, Nous allons bientôt commencer à travailler sur de nouveaux titres. Nous voulons maintenant trouver un distributeur, peut-être lancer les bases d’un nouveau label. A l’occasion de notre tournée d’été, on offrira toutes nos chansons en téléchargement gratuit ! Mais on n’éprouve aucun regret à l’égard de ce premier album : il nous a permis de gagner un concours, de toucher un public dans quelques magasins spécialisés, de jouer de chouettes dates, de participer à des festivals. En quelque sorte, il s’agissait de présentations. Maintenant, elles sont faites !

Quel regard portes-tu sur la scène hip-hop belge ?

D’une manière générale, la scène hip-hop est boycottée. Nous sommes victimes d’un certain blocage. Cependant, nous ne nous donnons pas les moyens de nos ambitions. Certains rappeurs font preuve de bonne volonté... Malheureusement, il ne suffit pas de prendre un micro dans une cave pour sortir du lot ! Nous sommes mal informés sur le système culturel… On manque d’outils. Le paradoxe en Belgique, c’est qu’au moment où la scène hip-hop se réveille et s’active, elle ne dispose même plus des moyens mis en œuvre par le passé. Pour un Starflam, par exemple… Mais je déteste entretenir le rôle de la victime. Aujourd’hui, la culture rock est installée. A une époque, le rock a dû se battre pour en arriver là. Désormais, il est aux portes de toutes les institutions culturelles du pays. Je ne vais pas dire que c’est normal. Mais dans un même temps, les rappeurs ne font rien pour améliorer la situation. Alors, chacun doit y mettre du sien. Ce n’est pas impossible ! Arrêtons de cultiver le mépris gratuit : les gens ne veulent pas de mal au hip-hop !

Quels albums conseillerais-tu à Monsieur et Madame Tout-le-Monde ?

Le « Madvillainy » de Madvillain, « Champion Sound » de Jaylib, « Opera Puccino » d’Oxmo Puccino, « The Disrupt » de Oh No et l’incontournable Ella Fitzgerald pour son « Lullabies of Birdland ».

En concert :

Le 13 juillet : Dour Festival

Le 22 juillet : Francofolies de Spa

Le 18 août : Festival Eu’ritmix

 

Jean-Patrick Capdevielle

Jean-Patrick l'hérétique...

Écrit par
Quinze longues années qu’il n’avait plus sorti d’album de chansons. Bien sûr Jean-Patrick n’a pas chômé au cours de cette longue période, puisque dès 1993, il décide de fréquenter l'université californienne du cinéma de l'UCLA en Californie, compose la pièce classique ‘Carmine Meo’ pour la soprano Emma Shapplin (1998) et un opéra néoclassique, ‘Atylantos’, inspiré de la légende de l'Atlantide (2001) ; sans oublier son implication pour la peinture. Bref, hormis la parution d’une compile (‘Politiquement correct’) éditée en 1993, pas grand-chose à se mettre dans le creux de l’oreille pour les aficionados de ce natif de Levallois-Perret, en France. Mais enfin, il vient de sortir un nouvel album : ‘Hérétique’. Un come-back à 62 balais qui méritait quand même quelques explications…

‘Hérétique’. Définition du Larousse : qui tient de l’hérétique. Qui professe, soutient une hérésie. ‘Hérésie’. Définition du Larousse : doctrine contraire à la foi catholique et condamnée par l’Eglise. Par extension : opinion en contradiction avec les opinions admises. On entre directement dans le vif du sujet. Pourquoi avoir choisi un tel titre pour son album ? Et surtout, Capdevielle se considère-t-il comme hérétique parce que sa doctrine est contraire à la foi catholique, donc condamnable par l’Eglise ou simplement parce que ses opinions sont en contradiction avec les opinions admises. La réponse est claire : « Les deux ! Je suis opposé aux dogmes, et en particulier ceux qu’entretiennent les religions monothéistes. La religion ne représente pour moi qu’une idéologie au même titre que le communisme, le nazisme ou le fascisme. Je ne parviens toujours pas à comprendre qu’on puisse encore aujourd’hui traîner un péché originel qu’un gardien de chèvre a bien voulu rappeler à notre souvenir, il y a plus de 2 000 ans… » Quel sens donne-t-il alors à l’existence ? «  Je crois que l’esprit humain est vaniteux d’imaginer ce que serait le créateur. Le monde a-t-il été créé ou est-il le reste de quelque chose ? Ce qu’on appelle aujourd’hui univers. En fait, cette idée de création est le reflet de la prétention manifestée par la race humaine. Une prétention qui lui autorise tous les excès. De croire avoir tous les droits sur la terre. Comment expliquer l’existence de ces camps de concentration ? Et pas seulement ceux du passé, comme les plus célèbres demeurent ceux des nazis ? Parce qu’il en existe bien d’autres ailleurs encore aujourd’hui. Comment expliquer les mauvais traitements infligés aux animaux, et pas seulement pour se nourrir ? Or ils appartiennent tout autant que nous au patrimoine de la terre. Ce scandale est le fait de l’homme, le prédateur ultime… Je suis aussi un hérétique, parce qu’en temps que professionnel je refuse de souscrire aux diktats des multinationales ; et en particulier ceux qui régissent le monde de la musique… »

Jean-Patrick Capdevielle ne croit pas à la démocratie. Une opinion corroborée par sa chanson ‘Miss démocratie’. « Même si 100 000 personnes ont voté pour une personne, comment veux-tu que cette personne puisse faire la synthèse des idées de tous ces électeurs qui souvent ne comprennent rien au pouvoir. Et encore faudrait-il qu’elle le veuille. En fait, notre système actuel appartient davantage à la démagogie qu’à la démocratie. Il permet surtout à un certain niveau de pouvoir d’exercer son hégémonie sur le monde. Sur leur mode de vie. Et aux politiciens d’essayer de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Tous les hommes politiques sont fatalement des démagogues. Je ne crois pas à la démocratie représentative. C’est un gilet pare-balles. Je voudrais qu’elle soit plus en phase directe avec les individus. Je suis partisan de soumettre les grandes questions par voie de référendum. Que ce soit au niveau national ou européen. Une méthode qui se rapproche davantage du petit peuple. Un peu comme si on exposait ces problèmes sur la place publique. Et des techniciens appliqueront les décisions du peuple. Des experts en économie, en politique, en matière de santé. Des techniciens dont les opinions sont neutres. Des gens compétents susceptibles d’émettre des suggestions sensées. Est-ce une utopie ? Je l’ignore, mais c’est mon opinion sur le sujet. A quoi assiste-t-on aujourd’hui ? A une course effrénée vers la croissance économique au détriment de l’humain. Je m’insurge face à cette démocratie à l’américaine. Je crains qu’on aille droit dans le mur… »

Pour enregistrer « Hérétic », Capdevielle a reçu le concours de quelques collaborateurs notoires et tout d’abord, le guitariste des Wampas, Philippe Almosnino. « Au fil du temps nous nous sommes liés d’amitié. Philippe est également impliqué chez Tarmac. On a également reçu les encouragements d’Arnaud Samuel, violoniste chez cette formation et puis aussi et surtout de Louise Attaque. Sinon, David Halliday s’est également beaucoup impliqué lors des sessions d’enregistrement. Il joue ainsi des drums pour 6 titres. Et comme j’avais composé 32 chansons, je lui ai refilé 6 compos pour son prochain album. Je partage également les parties vocales avec Jennifer Jordan pour « Mal de chien ». Tous les gens avec lesquels je travaille ou j’ai travaillé deviennent des amis. Je privilégie toujours les rapports humains dans ma démarche. C’est pareil pour mon site internet. Tous ceux qui y travaillent font partie de la famille. Il en est de même pour les rapports avec nos fans… » ‘Mona Lisa Jones’ est une plus ancienne chanson. Elle date d’au moins 15 ans. Alors pourquoi l’avoir reprise pour cet elpee ? « En fait, c’est une chanson que j’aimais beaucoup, mais je n’étais toujours pas parvenu à l’intégrer sur un album à l’époque. Et puis comme tu sais, je n’ai plus rien enregistré du style par la suite… » Et il en en explique la raison : « A cette époque, mon fils a été victime d’un accident de la route. Il a failli y rester. Finalement, il s’en est sorti, mais est demeuré paraplégique. C’est alors qu’il y a eu comme quelque chose qui s’est cassé dans le processus d’écriture… Et puis, il y a quelques mois, une amie enceinte m’a demandé de venir lui rendre visite et de lui chanter quelque chose, parce qu’elle pensait que ce récital rendrait son enfant mélomane. Il s’est produit un déclic au fond de moi-même. Une autre naissance allait se produire. Et tout s’est débloqué. Je me suis remis à composer, travaillant 10 heures par jour. Et en un week-end, j’étais à la tête de toute une série de nouvelles chansons composées à la guitare, chose que je n’avais plus faite depuis belle lurette. Puis je me suis demandé ce que j’allais faire avec ce stock. J’ai finalement conclu qu’il fallait que je ressorte un album… » Mais Jean-Patrick écoute-t-il encore ses anciennes compos ? Ou alors y est-il allergique, dès qu’elles sont reproduites sur disque ? « Au début, je les écoute beaucoup. Au moins trois fois par jour. Mais au bout d’un certain temps j’éprouve une véritable révulsion à les réentendre. Non, je n’écoute pas mes anciennes chansons. Ou alors par accident. Par contre, elles ont fait l’objet de réarrangements pour la tournée en compagnie du groupe. Ce sont de nouvelles versions. Et finalement, les fans préfèrent de loin ces nouvelles adaptations. C’est inespéré… »

Capdevielle est compositeur, chanteur, acteur de cinéma et peintre. A-t-il une autre corde cachée à son arc ? « Pour l’instant, je m’occupe beaucoup du rédactionnel sur le site pour lequel je rédige un édito chaque semaine et j’entretiens un forum. Mais dans ma tête, j’ai encore un autre projet : écrire un roman. J’ai la structure dans ma tête. J’éprouve beaucoup de plaisir à écrire. Mes proches m’encouragent à m’y lancer. Mais ma manière de rédiger est assez proche de la langue parlée. Donc c’est uniquement dans ce style que je pourrai m’investir. Mais il faut que je puisse me laisser porter. Quand je sentirai que je pourrai m’y consacrer, ce sera OK… Ou alors, j’abandonnerai le projet avant de l’avoir commencé. Vivre la vie que je mène est déjà un privilège. J’ai accompli des études artistiques. J’étais un enfant gâté. Un fils unique. Mais je ne suis pas blasé. Je ne supporte pas de rester dans le flou et j’ai toujours peur de m’ennuyer. J’ai besoin de m’occuper l’esprit et de faire quelque chose, même quand je prends trois semaines de repos… C’est dans ma nature… » Dans l’univers du cinéma, Capdevielle a travaillé pour la société cinématographique de Paco Rabanne. Alors, Rabanne, modèle, maître, gourou ou excellent marqueteur ? La réponse fuse : « Excellent marqueteur ! Sais-tu que le QG de campagne électorale de Sarkozy était installé dans les anciens locaux de Rabanne à Paris. J’ai tourné pour sa boîte de production ‘L’énigme des sables’ en compagnie de Marie Christine Barrrault. C’était en 1988. A cette époque, il s’est chargé de la promo d’un de mes disques en Allemagne. On en a vendu 200 000. S’il devait se charger d’‘Hérétic’, on en vendrait 1 000 000 ! Sans quoi, j’ai un jour participé à une des ses assemblées générales. Il parlait déjà de lumière blanche et de fin du monde. Je devais éclater de rire, mais je me cachais pour ne rien montrer. Sa maison de couture a été rachetée par le groupe Puig. Mais après les déclarations sur la fin du monde, les administrateurs n’étaient pas très contents et lui ont demandé d’arrêter de raconter des bêtises, car elles influaient négativement sur les ventes… »

 

Band Of Susans

Politiquement engagés…

Écrit par

Plus qu'une seule Susan chez ce quintette newyorkais dont la principale caractéristique procède de la présence de trois guitaristes. Et plus que deux membres fondateurs. Soit Susan Stenger et Robert Poss, respectivement bassiste-chanteuse et guitariste-producteur. Nous avons recueilli pour vous leurs impressions lucides, engagées, mais non dénuées d'humour, sur la politique, la société américaine, MTV, le féminisme et la conscience musicale d'un groupe très électrique...

Quelle est la signification du titre de votre dernier album? Y a-t-il une corrélation avec Simone Veil?

Robert : Non, mais la théorie est plutôt intéressante...

Susan : En fait le choix du nom est lié à la structure de notre musique. Aux différentes couches de son qui la composent. Aux liens informels, mystérieux qu'elle suscite...

R. : Au plus tu écoutes notre musique, au plus tu souhaites en capter toutes les facettes. Veil exprime cette soif de découvrir ce qu'il y a derrière le mur de bruit...

Est-il exact que les New York Dolls incarnent une sorte de mythe pour Band Of Susans? Avez-vous assisté à un de leurs concerts?

R. : Oui. En 1973. Les Dolls opéraient une tournée en compagnie de Mott The Hoople et d'Aerosmith. Pour Aerosmith, c'était d'ailleurs son premier périple. Nous étions très jeunes et bénéficions de ‘backstages’. Un souvenir inoubliable. Tout baignait dans l'atmosphère intense et dangereuse du glitter. Des musiciens fascinants et redoutables, un peu comme les Sex Pistols...

Est-il possible de développer des perspectives musicales sombres lorsqu'on apprécie à la fois les Beach Boys et les Jesus & Mary Chain?

R. : Susan aime les Beach Boys. Je préfère les Mary Chain et les Ramones. La bande aux frères Reid découpe ses mélodies de la même manière que le mythe californien, mais en adopte une interprétation sombre. Nous ne sommes pourtant pas aussi pessimistes que les Mary Chain. Notre conception musicale est différente parce qu'elle est susceptible d'apporter de l'espoir et même du bien-être. Il est cependant exact que certaines de nos chansons sont très réalistes...

S. : A contrario, les Beach Boys peuvent se révéler effrayants...

R. : Beaucoup plus effrayants que Nick Cave, Alice Cooper, Lou Reed ou le Velvet, par exemple...

En 1993, les Ramones, c'est pas un peu démodé?

R. : Les Ramones appartiennent à l'histoire de la musique américaine. Tout comme le blues ou la musique du XVIème ou du XVIIème siècle. Leur création n'a jamais tellement évolué. Mais elle a toujours été excitante. Lorsque je me procure un disque des Ramones, je ne cherche pas une surprise, mais à prendre mon pied. J'admets quand même que le mythe commence à tomber en désuétude. D'ailleurs, si au départ, nous nous en sommes quelque peu inspirés, aujourd'hui, nous n'avons plus grand chose à voir avec eux...

Band Of Susans est-il aussi engagé politiquement qu'il le prétend?

S. : Absolument! Mais ce n'est pas une raison pour croire que nous allons changer le monde. Nous n'avons jamais eu la prétention de colporter une semblable idéologie. Mais certaines de nos chansons ont une portée politique. D'autres sont plus personnelles ou traitent de problèmes de société comme celui du viol ou du stress, par exemple.

R. : Nos textes impliquent toujours des développements politiques, même lorsque nous parlons d'amour, d'espoir ou de rêve. Nous analysons et examinons ces thèmes en fonction de ce qui se passe autour de nous. Nous tentons ainsi d'aborder les multiples problèmes rencontrés par la société contemporaine...

Comme celui de la religion?

S. : Seulement ses excès. Son fanatisme. Parce que d'une certaine manière nous sommes aussi des fanatiques de notre musique. Nous lui vouons un culte. Nous cherchons à en libérer le mysticisme...

Un peu comme une secte quoi?...

R. : Si tu veux...

BOS ne menait-il pas à l'origine, comme Babes in Toyland et L7, un combat féministe?

R. : Ces deux formations sont totalement différentes. L7 joue du heavy metal on ne peut plus classique. Son attitude féministe se conjuguerait plutôt comme un machisme au féminin...

S. : Les femmes qui cherchent à défendre des idées aussi arrêtées, comme Polley Harvey et Juliana Hatfield, se trompent de cible. Elles se retranchent derrière des principes pour pouvoir exprimer leur exaspération. Elles pensent qu'en se retirant dans un ghetto, elles pourront pigeonner les mâles. Je ne pense pas que ce soit la bonne solution pour donner à la femme la place qu'elle mérite. Que ce soit dans le rock ou dans la société. Un groupe comme L7 a néanmoins son rôle à jouer dans le monde de la musique. Notamment, parce qu'elles organisent des concerts, dont les bénéfices servent à financer la lutte pour la dépénalisation de l'avortement. Et je pense que cet engagement est tout à fait louable.

R. : La société a besoin de tels groupes. Extreme en est un autre exemple. Mais au masculin.

S. : Le problème procède d'une fâcheuse tendance à penser que tous les ensembles féminins de rock mènent un combat extrémiste. Ce qui ne m'empêche pas de militer pour la présence d'un plus grand nombre de femmes dans le rock'n roll, d'amener le public à attacher plus d'importance aux compétences musicales qu'à l'aspect physique, même si elles sont jolies (rires...). Je veux jouer dans une formation partagée entre genre masculin et féminin. Dépasser ces principes du sexe pour me concentrer sur la musique.

R. : Le public a toujours assimilé le rôle de guitariste à celui du mâle, et apparemment le contraire semble déranger, même encore de nos jours...

S. : Les gens pensent qu'une femme est incapable de jouer d'un instrument et ne servent qu'à coucher avec les mecs. A ce sujet, je passe le chapelet de réactions déplacées dont j'ai déjà fait l'objet, avant de monter sur scène. J'ai quand même une anecdote à raconter à ce sujet. Nous partagions dernièrement l'affiche d'un concert avec un autre groupe, à Chicago. Les musiciens de l'autre formation m'ont ignorée toute la période qui a précédé le concert. A l'issue du spectacle, ils m'ont enfin adressé la parole en flattant mes compétences de bassiste. Ajoutant m'avoir croisée en ‘backstage’, en pensant que j'étais la petite amie de quelqu'un. A quoi donc est réduit le rôle d'une femme? Je ne pouvais donc prétendre à un statut de musicien dans un groupe? C'est à la fois ridicule et discriminatoire...

Pourquoi n'êtes-vous jamais diffusé sur MTV?

R. : C'est une très bonne question! (rires)

S. : En fait nous venons seulement de tourner notre premier clip. Ne me demande pas s'il sera un jour programmé sur MTV. Je n'en sais strictement rien!

R. : Nous ne sommes pas obsédés par l'idée de passer ou de ne pas passer  sur MTV. Cette chaîne est tellement conservatrice aux States... Elle diffuse essentiellement des artistes qui relèvent des majors. Pour les petits labels, il est difficile d'obtenir une tranche d'antenne, aussi minime soit-elle. Pour y parvenir, soit vous déboursez des millions de dollars, soit vous vendez père et mère, couchez avec tout le monde (rires) ou acceptez d'être esclave pour dix ans. Alors, peut-être, consentira-t-on à passer votre vidéo. A moins de s'appeler Nirvana... J'aimerais ouvrir une parenthèse au sujet du grunge. Tu vois ce vêtement de flanelle (NDR: il sort la chemise de son pantalon). Je le porte depuis 1960. J'étais alors âgé de quatre ans (rires). C'est cela que j'appelle grunge...

S. : Notre conception de la musique ne correspond pas à l'idée qu'MTV veut faire passer chez les jeunes. Nous n'utilisons pas les vocaux de la même manière que la plupart des groupes contemporains. Prend l'exemple de Nirvana dont toute la structure est focalisée sur le timbre vocal du leader. Nous accordons beaucoup plus d'importance aux différentes tonalités des guitares. Elles couvrent même régulièrement le chant. Je ne pense pas qu'MTV ou n'importe quelle radio à caractère commercial soit intéressé par ce type de musique. Ils la jugent trop dense,  nécessitant un trop grand effort de concentration pour pouvoir être assimilée...

R. : Les programmes d'MTV sont élaborés par des chefs d'entreprise qui décident ce qui va marcher et cherchent la meilleure méthode pour vendre leurs produits. Ainsi, ils n'hésitent pas à fabriquer des groupes de toutes pièces pour parvenir à leurs fins. Nous n'accepterons jamais d'être manipulés pour répondre à des soi-disant critères de séduction. Nous voulons concevoir une musique qui plaise à notre public. Et qui nous plaise, bien sûr. L'objectif est sans doute difficile mais il répond à notre aspiration profonde...


Version originale de l’interview parue dans le n° 20 du magazine Mofo de février 94.

Low

Introspection électrique

Écrit par

Depuis le début des années nonante, un groupe s’obstine à caresser la beauté musicale dans le sens contraire du poil : Low, trois lettres qui modèlent une ascension. De bas en haut. Toujours. Et, une fois encore, la formation d’Alan Sparhawk évite le repos, les lauriers et tout autre considération, préférant se concentrer sur l’essentiel : sa musique. Fouiller les sons, remuer les technologies pour toucher à l’essence d’une vie nouvelle. Voilà, en substance, le programme de « Drums And Guns », le nouvel album des Américains. Profondément marqué par les incivilités d’un gouvernement belliqueux (à ce titre, on se penchera sur les paroles de l’introductif « Party People » : ‘All soldiers they’re all gonna die’), Low dépose armes et guitares. Désormais, la puissance incantatoire du groupe passera par des sonorités électroniques. Mais cela ne change pas la donne : délicate, austère et hypnotique. Ne craignons rien, jetons-nous à Low !

Alan, tu es originaire de Duluth, dans le Minnesota. Bob Dylan est également natif de cette ville. Considères-tu Duluth comme une bourgade propice au développement personnel des grands musiciens ?

Alan Sparhawk : C’est assez difficile à dire... Duluth se situe à la frontière entre les Etats-Unis et le Canada. Il y fait très froid. Nous sommes à quelques pas des Grands Lacs. La vie de ce centre urbain est rythmée par les fermes, les usines métallurgiques, quelques magasins. En fait, en évoquant l’existence de ma ville à voix haute, je me rends compte qu’il s’agit d’un endroit très éclectique. Cependant, Bob Dylan n’a pas vraiment dû rencontrer l’essence même de Duluth. Au contraire, il devait s’y sentir aliéné dans sa jeunesse car, dès qu’il en a eu l’occasion, il a filé : à Minneapolis, d’abord et à New York, ensuite, où il est devenu célèbre. Il existe pourtant une atmosphère particulière qui se dégage de cet endroit. De là à dire que Duluth guide toute notre création artistique, il y a un pas que je ne franchirais pas. Mais il est indéniable que le froid, le vent, l’absence de soleil ont un impact sur notre vision des choses et de notre musique. Nous aimons vraiment cette ville.       

Tu es marié avec Mimi Parker, actrice phare de votre formation. Ton épouse t’accompagne donc sur la route. Est-ce difficile d’associer vos vies professionnelles et privées ? La musique fait-elle surgir des tensions au sein de votre couple ?

A.S. : Evidement. Déjà, à la base, faire partie d’un groupe de musiciens n’est pas une chose facile à gérer. Dans un même ordre d’idée, le mariage ne constitue pas qu’une partie de plaisir. Le fait de travailler ensemble sur un projet artistique peut entraîner quelques tensions. En même temps, travailler ensemble et partager ces instants nous procurent une indescriptible satisfaction. C’est une chance que de vieillir proche l’un de l’autre, d’avancer ensemble sur un projet, de le voir grandir. Mon mariage est une bénédiction, j’ai la chance d’avoir une femme formidable et une famille compréhensive. Il est vrai que certaines tensions peuvent surgir mais elles sont toujours bénéfiques. Nous n’avons pas cherché à établir une frontière délimitée entre notre vie professionnelle et privée. Ce serait bien trop difficile. Il faut laisser les choses se dérouler naturellement. Parfois, à la maison, nous sommes en train de jouer de la guitare et les enfants débarquent dans la pièce pour jouer. Généralement, on ne se pose pas de questions : nous allons jouer avec les enfants. A la maison, on ne s’impose aucune contrainte. On se contente de vivre les choses comme elles viennent. Il ne faut pas rendre la vie trop compliquée : elle l’est déjà pas mal comme ça !

En Europe, votre précédent album (« The Great Destroyer ») était signé sur le label anglais ‘Rough Trade’. Cette fois, on vous retrouve sous l’égide du célèbre label « Sub Pop ». Comment s’explique ce changement de crémerie ?

A.S. : En fait, aux Etats-Unis, nous sommes signés sur le label Sub Pop depuis des années. Le patron du label est fan de notre musique. En Europe, « The Great Distroyer » était distribué par le label anglais Rough Trade. Je n’ai rien contre Rough Trade. Pas de ressentiment en vue, donc. Simplement, il était temps de partir. Les gens qui avaient travaillé pour nous chez Rough Trade ont emprunté d’autres chemins. On les adorait vraiment. Dès lors, on ne se sentait plus comme à la maison. Ce n’était plus les mêmes personnes. Et, chez Low, nous accordons beaucoup d’importance à la notion de stabilité dans le travail. C’est la principale raison pour laquelle nous sommes passés chez Sub Pop pour la gestion internationale de notre album.

Lors de votre dernière tournée, vous aviez déjà joué quelques morceaux de “Drums and Guns”. Quand avez-vous composé les chansons de ce nouvel opus ? 

A.S. : Certaines chansons du nouveau cd ont été écrites à l’époque de « The Great Distroyer ». Nous avons pris le temps de retravailler ces morceaux, de les reconsidérer. Quand nous sommes entrés en studio pour le précédent, nous disposions d’un stock d’une vingtaine de chansons. Cependant, certaines d’entre elles présentaient un côté inachevé. Il fallait donc les laisser mûrir. Elles possédaient un indéniable potentiel. Mais il fallait pouvoir l’utiliser à bon escient. D’ailleurs, musicalement parlant, il existe une distinction entre « The Great Destroyer » et « Drums and Guns ». Pour le précédent, nous avons tout enregistré comme si nous étions en concert. C’était très brut, très élémentaire : guitare, basse, batterie. Cette fois, nous recherchions de nouvelles sonorités. Nous avons donc abandonné la tradition pour mieux explorer les sons. Pour « Drums and Guns », la première étape s’est concentrée sur l’élaboration des morceaux. Les voix sont ensuite venues s’ajouter. C’est la première fois que nous expérimentons à ce point. Certaines personnes trouveront que ce disque est trop électronique. Mais, en fait, « Drums and Guns » est peut-être notre œuvre la plus artisanale ! On ne s’est jamais imposé le biais des musiques électroniques. Ces sonorités se sont imposées lors du travail sur les morceaux. Rien n’était prémédité ! J’espère simplement qu’en écoutant ce nouvel album, les gens percevront l’évolution sonore recherchée ces deux dernières années.

Vous avez confié la production à Dave Fridmann. Dans quelle mesure sa personnalité ressort-elle de « Drums and Guns » ?

A.S. : Lors des sessions d’enregistrement, Dave a été notre plus proche confident. Parfois, on se disait : Oh lala, c’est une véritable catastrophe !  Et Dave nous soutenait le contraire. Il a vraiment essayé d’explorer nos idées les plus folles. Nous étions un peu comme des enfants découvrant de nouveaux jouets. Il n’a pas arrêté de nous encourager. Parfois, on ne comprenait plus rien et lui, dans un élan magistral, il survenait : On va prendre ces deux sons-là et cette voix : voilà la chanson !  Pour mener à bien ce nouveau projet, nous avions besoin d’une personne talentueuse, calme, capable de reconstituer des fragments sonores pour en délivrer une chanson. Dave était parfait dans ce rôle. Il était un peu comme un professeur à notre égard.

Kim Salmon

Un poisson très électrique

Écrit par
Ancien membre des Scientists et des Beast of Bourbons, Kim Salmon continue d’alimenter la veine rock garage et rebelle, mais en compagnie d’un nouveau groupe : les Surrealists. Et dans un style plus roots que chez Nick Cave, apparu lui aussi voici une quinzaine d’années. Cet ex-émigré à Londres, est retourné vivre aujourd’hui chez lui, en Australie. Rencontre.

Vous n’habitez plus Londres?

Non. En fait, lorsque j’y habitais, on m’a offert beaucoup d’argent pour que je vide les lieux et quitte le pays. C’est la raison pour laquelle j’ai ensuite vécu trois ans à Perth, pour finalement m’établir à Melbourne, où je vis à l’heure actuelle.

Conway Savage joue du piano sur votre dernier album. As-tu entendu l’album que Mick Harvey, musicien aussi chez Nick Cave, a consacré à Serge Gainsbourg ?

Oui, cet album de reprises est une excellente idée. Gainsbourg n’est tout de même pas célèbre dans le monde entier. C’est donc une bonne façon de le faire connaître, surtout que certaines versions que Mick a enregistrées sont vraiment très réussies. Même que je préfère sa version de « Bonnie & Clyde » à l’original, pourtant déjà d’excellente facture.

Puisque nous en sommes à parler des Bad Seeds, je ne vois pas comment on pourrait éviter d’évoquer la personne de Nick Cave. Faites-vous partie de son petit cercle d’amis?

Je la voyais venir celle-là... En fait, à Melbourne, on te juge selon ton degré de proximité avec Nick Cave. Il y a comme un phénomène de hiérarchie. Ni moi, ni mon groupe n’ont envie de faire partie de ce petit jeu. Finalement, on ne le connaît qu’assez peu. Peu importe après tout.

Pourquoi reprenez-vous « Holocaust » d'Alex Chilton ?

Parce que c’est une chanson que j’aime beaucoup. Je n’ai en tout cas pas cherché un titre susceptible de véhiculer un message politique. Et pas davantage pensé à attirer l’attention du monde sut la montée du racisme et des nationalismes. Non, le thème de l’holocauste est abordé dans son sens le plus large. Il s’avère que dans l’Histoire, l’holocauste a pris une signification très spécifique que le mot n’avait pas au départ. Ce terme existait bien avant. « Holocaust » signifiait ‘une grande catastrophe’. Maintenant, si cette chanson peut faire réfléchir les gens sur ces questions, tant mieux ; mais j’avais davantage un concept poétique qu’une motivation politique lorsque j’ai choisi de l’interpréter…

Quelle place occupe l’épisode des Beast of Bourbons dans ta carrière musicale ?

On m’a souvent conseillé de me consacrer davantage à ce groupe. Personnellement, j’avais l’impression que l’énergie que j’y déployais était dépensée au détriment des Surrealists, de mon œuvre personnelle. La maison de disques me promettait que Beasts of Bourbon ferait un bon tremplin pour les Surrealists. Finalement, je me suis donné à fond pour l’album « Bloody Tom » des Beasts en consommant toute l’énergie que j’aurais pu consacrer aux Surrelalists.

Gardes-tu des contacts avec James Baker et Dave Faulkner?

Bien entendu, ce sont de vieux amis. Je rencontre assez régulièrement James dans un pub où nous buvons quelques bières ensemble. A cause de son emploi du temps très chargé, je vois Dave moins souvent. Nous avons depuis longtemps le projet de participer tous les trois à la bande originale d’un film, mais jusqu’ici, rien n’a jamais pu se concrétiser.

Les Fleshtones, Alan Vega et les Cramps apprécient tout particulièrement la scène garage australienne. Ces groupes ou artistes représentent-ils quelque chose pour Kim Salmon?

Pas du tout. Je n’ai rien à foutre de ces types.

On connaît ton admiration pour Iggy pop. Alors, la reformation des Stooges, c’est une bonne idée ?

Dis donc, c’est loin d’être fait tout de même ! J’en ai parlé à Ron Asheton, il y a deux ou trois ans et il avait l’air de s’en foutre royalement. Mais sinon, ça me plairait. J’aurais enfin l’occasion de les voir à l’œuvre, au risque d’être déçu évidemment. Je pense en tout cas que ce serait une reformation, plus honorable que celle des Sex Pistols, qui se mettent en contradiction avec ce qu’ils proclamaient à la grande époque du punk. Les Stooges n’ont jamais tenu des propos aussi durs sur la vieillesse, etc.

Dernière question. Vous avez vécu à Perth. Connaissez-vous Ed Kuepper?

Il est de Brisbane, pas de Perth ! Je l’ai rencontré une ou deux fois. Je faisais la première partie d’une de ses tournées australiennes quand je jouais en solo, il y a quatre ans. Il est venu un jour et il m’a invité.

Vous aimez sa musique?

Il y a certains trucs bien. J’apprécie certaines de ses chansons. Il a de bonnes idées. Certaines fonctionnent, d’autre pas. Je n’aime pas sa façon de chanter, mais bien son jeu de guitare. Son attitude est très respectable : elle exclut les compromis…


Version originale de l’interview parue dans le n° 45 du magazine Mofo (juillet/août 1995)

Page 31 sur 44