Manivelles, le deuxième album de l’artiste sonore Anadol et de l’autrice-compositrice Marie Klock, s’inscrit dans une perspective différente de leur premier duo paru en 2024 ; là où La grande accumulation était née d’une rencontre fulgurante et bouillonnait d’un surréalisme débridé, Manivelles puise en profondeur dans le vécu d’une amitié rare. Son titre fait allusion à l’atmosphère de friction ludique dans laquelle créent les deux camarades férues de boîtes à musique.
Saluées par The Quietus qui voit en elles «un duo pop décalé dont chaque moitié pousse l’autre vers des sommets d’excentricité», Anadol et Klock produisent une drôle de mixture de musiques pop, kraut et folk aux arrangements parfois opulents. Une grande partie des instrumentaux a vu le jour dans les studios parisiens de David Sztanke, Antoine Bourachot et Irfane, dont elles ont picoré les machines extravagantes (Prophet-5, Jupiter-6, Space Echo, Pianet M…). Sur Sans toi, par exemple, le cliquetis mécanique du Pianet a non seulement été conservé mais amplifié pour nourrir le vague-à-l’âme de la mélodie.
Une deuxième salve d’enregistrements a eu lieu quelques mois plus tard dans le studio d’Anadol, à Istanbul. Là, le duo a pioché parmi son ample collection de claviers obscurs et d’échantillons sonores (enregistrements de bétail, essoreuse à salade en guise de drone…), méticuleusement tissés, subtilement saucissonnés.
Retour au parc. Les textes de Marie Klock, navigatrice de l’infime et du cosmique, devaient constituer la colonne vertébrale du disque. Mais des monceaux d’angoisses encombraient l’accès à sa voix – jusqu’à cette secousse sismique qui la fit jaillir, enfin, dans Symposium. Ecrit d’une traite, comme une parodie d’éditorial pompeux, et hurlé au micro, ce texte déclencha tous les autres. Henri, une berceuse répétitive pleine de tendresse adressée en patois à son grand-père, suivit comme un contrepoids.
Le premier single est en écoute en cliquant ici.

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