Réédition de l’album Elyria de Faith & The Muse

Référence majeure du rock gothique, Faith and the Muse réunit Monica Richards (Strange Boutique) et William Faith, musicien ayant œuvré pour Christian Death, Mephisto Waltz, Sex Gang Children ou encore Shadow Project. Paru en 1994, leur premier opus, Elyria,…

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Un diptyque pour Then Comes Silence

Le trio post-punk suédois Then Comes Silence s'apprête à publier « Requiem Ballroom ». Ce huitième long playing est attendu pour le 20 novembre 2026 sous la bannière de Metropolis Records. Pour faire patienter l'auditoire, la formation menée par Alex Svenson…

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Lemon Straw

Quel est le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles aux artistes ?

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Originaire de Frameries, près de Mons, Giani Sabia a travaillé cinq ans en usine avant de tout quitter pour s'installer en Angleterre, puis aux États-Unis. C'est là qu'il a commencé à composer et à écrire ses premières chansons. De retour en Belgique, il a fondé le groupe Lemon Straw (NDR : le patronyme se réfère à la paille (straw) qu’il servait aux clients à Londres & Lemon, petit clin d’œil à Lennon (John Lennon)). Giani travaillait pour une femme à New York juste à côté d’où il vivait etá où il a été Assassiné. A son retour, avec Boris Iori et Renaud Lhoes le groupe sort son premier Ep autoproduit, en 2007, et a préféré prendre son temps pour composer et se produire sur de petites scènes en Belgique francophone. Depuis, Lemon Straw a sorti quatre albums studio, dont le dernier, « Jump », est paru en Février 2025.

Avant son concert accordé au Zik-Zak d’Ittre, Giani a accordé une interview à Musiczine.

Quel est le line up du groupe aujourd’hui ?

Boris se charge de la lap steel et de l’harmonica, Grégory Chainis de la basse et Martin Moreau de la batterie. J’écris, compose et me consacre à la guitare et au piano.

La formation actuelle existe depuis maintenant sept ans. Il y a eu des portes qui se sont ouvertes ou fermées, des coups de gueule, des changements de musiciens, mais globalement, le line-up est stable depuis 2018 et l’énergie qui circule entre notre nous est très cool. Voilà un peu pour l'équipe.

Le quatrième opus est considéré, en général, comme celui de la maturité. C’est le cas de « Jump », paru en Février. Tu confirmes ?

Oui, c’est vrai qu’on dit souvent du quatrième album, c’est celui de la maturité… Mais perso je crois que chaque album est un peu celui de la maturité, parce que tu évolues tout le temps. Chaque année, tu prends de l’âge, tu vois les choses différemment, tu t’assagis - enfin normalement - et tu te remets en question.

Je ne dirais pas que « Jump », c’est ‘l’album de la maturité’, mais plutôt qu’il fait un pas dans cette direction. Disons qu’il est moins immature. Je ne prétends pas être super mature aujourd’hui, mais j’apprends tous les jours. 

Il symbolise ce processus : sortir de sa zone de confort, faire des choix, renoncer à certaines choses, aller vers l’inconnu… Se mettre un peu en danger, mais avec l’idée d’évoluer, de passer à une autre étape.

Chaque chanson raconte une petite histoire. Tu en avais causé lors de ton showcase, à Silly, chez Charles. Peux-tu nous en dire davantage ?

Ouais, écoute, tu veux que j'en choisisse une en particulier ? « Mystery train » évoque la fin d'une ancienne relation. Il y a toujours une victime quand l’un des deux part. Si vous n’êtes pas d’accord tous les deux, l’autre se sent toujours comme victime. Tu peux avoir l’impression que, même si tu expliques tes arguments, ce n’est pas réciproque. Et puis un jour, tu rencontres quelqu’un de totalement différent, qui t’ouvre au monde d’une autre manière.

Au début, tu ne comprends pas trop ce qu’elle te dit, parce que tu sors de ta zone de confort. Mais plus le temps passe - et c’est ça qu’on retrouve dans cette chanson - plus tu te rends compte que tu es dans un wagon où tu rencontres des gens qui changent complètement ta destination.

Le trajet que tu avais prévu au départ, le billet que tu avais acheté pour aller quelque part, et bien tu réalises que ce n’est pas du tout là que tu vas finir. Et ce qui est beau, c’est ça : c’est la richesse de ces rencontres, de ces personnes plus ouvertes que toi, qui te transforment. C’est un des thèmes abordés dans les paroles…

Une autre évoque le film ‘Dont Look up’ avec Leonardo Di Caprio au sujet d’une comète qui va détruire la terre, C’est tellement intéressant que j’ai eu envie d’écrire. 

Et qu’est-ce que je pourrais dire d’autre ? Alors, j’ai aussi écrit « Home », en hommage à la musique, pour ce qu’elle nous apporte en tant que musiciens, pour l’émotion qu’elle nous procure.

« Broken Window », c’est une chanson sur le temps, sur l’importance du temps. Elle m’a été inspirée par un pote qui possède une Rolex, mais qui n’a jamais le temps. Donc je me suis dit : à quoi bon avoir une Rolex si tu n’as jamais le temps ?

Quelle est l’influence des Beatles sur ta musique ?

Les Beatles, à la base, sont dans mon ADN. Mais pour la musique, je suis incapable d’expliquer pourquoi tel groupe ou artiste m’a influencé. Parce que tout se mélange, même inconsciemment. J’adore Led Zeppelin. Je ne suis pas un grand guitariste, mais il m’a beaucoup marqué. Les Beatles, c’est le groupe que je respecte le plus. J’aime beaucoup The Police, aussi. Les formations britanniques, en général, dont Radiohead et Oasis. J’apprécie beaucoup la touche mélodique ‘oasisienne’. La pop et le folk, en général. Et puis Fontaine DC, Mais aussi ces bands et ces artistes qui affichaient un côté kitsch, au cours des 80s, comme Rick Astley ou a-ah. C’est un peu varié.

Qu’est-ce que tu écoutes aujourd’hui ?

Pour l’instant, un peu Elton John, le Smile de Thom Yorke. L’album est super ! IDLES également. C’est Greg qui m’en a parlé. Et bien sûr, Fontaine DC. Je découvre aussi des artistes, parfois, à la télévision, parce qu’il n’y a pas forcément tout le monde (NDR : sur les plateformes) mais j’écoute en tout cas, enfin j’essaie d’écouter. J’ai mes phases : il y a des moments où je n’écoute pas de musique, et puis des moments où j’écoute plein de trucs. J’ai des amis qui me conseillent aussi.

As-tu l’intention de tourner à l’étranger ? Et notamment en Europe ?

Perso, j’aimerais bien, parce qu’on est bien écouté en Europe, même aux States, en streaming, sur Spotify. Mais après, c’est toujours le même problème : tu peux te produire en Europe, dans un club, devant une centaine de personnes, ce qui est déjà cool. Mais il faut que ce soit rentable, et que tu fasses plusieurs dates à la suite. Tu peux monter sur scène devant 100 spectateurs, mais ce n’est pas toujours très rentable pour l’organisateur aussi. 

Les subsides en Wallonie, c’est vraiment la mort. C’est zéro. Hormis la WBI, un organisme international qui fait bien son job, franchement, quel est le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles aux artistes pop ? Je cherche encore. 

À l'heure actuelle, est-ce que tu vis entièrement ta musique ?

Oui, depuis 4 ans, J’en vis, et comme je suis producteur, auteur, compositeur, j’ai des droits : le droit de producteur, mes droits d’édition… On n’est plus hébergés par un label aujourd’hui. Donc j’ai un peu toutes les casquettes, mais j’ai aussi pris les risques. En outre, j’ai un statut d’artiste.

Ouais, ce n’est pas évident. Je trouve que le statut d’artiste a été correctement établi. 

Giani le Borain de Frameries qui s’est expatrié aux États-Unis… Pas déçu de ton séjour ? Tu as tout quitté pour essayer autre chose ? 

Ouais, au départ, c’était surtout pour rencontrer un nouveau monde, apprendre la langue. En même temps, c’est l’histoire de ma vie, c’est ce qui m’inspire : essayer toujours d’avancer, de changer les choses, de découvrir de nouveaux univers, d’évoluer pour, un jour, arriver à être vraiment soi-même, à s’accomplir pleinement.

Mais c’est vrai qu’à l’époque, je m’étais fixé le défi de partir avec 1 700 euros. Trois mois. À New York, tu ne tiens pas un mois, mais je m’étais dit que je devais tenter l’expérience. Et j’ai presque réussi.

Mogwai

La plupart de la musique écossaise provient de Glasgow…

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La plupart de la musique écossaise provient de Glasgow…

Onzième album pour les Ecossais de Mogwai qui démontrent que leur univers musical est toujours en pleine expansion...

Fondée en 1995, Mogwai est une formation écossaise dont la musique largement instrumentale n’est pas aussi planante que celle de Tangerine Dream, mais s’inscrit plutôt dans la veine pulsante d'un Godspeed You! Black Emperor. Paru en janvier dernier, son nouvel opus, « The Bad Fire » (qui désigne l'enfer en argot écossais) est découpé en dix morceaux, dont quatre chantés (très bien d’ailleurs) aux univers contrastés. Un onzième opus qui démontre que son univers musical est toujours en pleine expansion ; mais aussi rend hommage au shoegazing de Ride et au vocoder, justifie l'indépendance de l'Ecosse et reconnaît l’influence de… la cornemuse… 

Le chanteur/guitariste Stuart Braithwaite s’explique…

Pourquoi entend-t-on un cri à la fin de « Lion Rumpus » ?

C'est Dominic, le bassiste, qui gueule parce qu'il a commis une erreur. Finalement, John Congleton, le producteur, l'a conservé et nous estimions plutôt comique de laisser ce cri sur le disque. Néanmoins, nous n’attribuons pas de titres aux morceaux tant que l'album n'est pas terminé. Bref, il n'a rien à voir avec un rugissement malgré son titre, « Lion Rumpus ».

L'humour est-il un élément important pour vous ?

Nous aimons nous amuser et c'est peut-être la seule façon d'exprimer notre joie à travers notre musique qui est plutôt sérieuse. Mais en fait, nous sommes plutôt stupides et nous aimons bien faire les idiots (rires).

« Fanzine Made of Flesh », par exemple, est empreint de surréalisme…

Oui, c'est ridicule et la réponse l’est tout autant. En fait, ça nous plait tout simplement. Au fil des années, certaines de nos compositions, et surtout les plus émouvantes, affichent des titres les plus stupides.

Lorsque vous composez des chansons qui impliquent des voix, la méthode est-elle différente des instrumentaux ?

Je suppose que vous pensez à l’utilisation de la voix comme un instrument ? La structure du morceau est plus définie parce que certains mots sont utilisés à des endroits précis. La démarche est donc différente.

Sur la première plage, « God Gets You Back », les parties vocales évoquent le shoegazing de Ride.

C'est un compliment. Nous sommes très fans de ce groupe. C'est en fait Barry qui chante sur ce morceau. Lorsque nous nous rendons, en voiture, aux répétitions, nous chantons souvent en écoutant les albums de Ride.

« Fanzine Made of Flesh » est-il une sorte d'hommage au vocodeur ?

Oui. À l'origine, c'était censé être une voix normale, mais le résultat ne se révélait pas très convaincant. Depuis notre troisième album, nous avons toujours aimé utiliser le vocodeur, car il figurait sur certains de mes disques préférés. C'est une bonne façon d’établir le lien entre une émotion humaine et une autre synthétique ou synthétisée.

Et quelles sont vos références en matière d'utilisation du vocodeur ?

Kraftwerk, évidemment, tous les disques électro, genre Cybertron, même Neil Young sur l'album « Trans » en 1983 ; et bien entendu le « O superman » de Laurie Anderson qui reste un classique dans son utilisation du vocoder.

L'un de vos principaux traits distinctifs de vos compos est l'utilisation du crescendo....

Oui, c'est moins systématique désormais, mais c'est vraiment l'une des caractéristiques de notre musique. Nous avons toujours souhaité insuffler une dynamique. Nous avons grandi en écoutant Nirvana et les Pixies qui ont toujours été importants pour nous. Et puis d'autres artistes au fil des années dont la musique était vraiment similaire, comme Gorecki, Mahler ou Godspeed You! Black Emperor.

Lorsqu’on est musicien écossais, les cornemuses sont-elles une source d'inspiration ?

(Il rit). Probablement de manière subliminale, notamment dans le son drone (bourdon) de « Hammer Room ». Vous savez, j’imagine que la principale caractéristique de la cornemuse est d'être constituée de bourdons, d’un chalumeau mélodique et d'autres monodiques. Et lorsque je songe à la musique de bourdons, je pense plus au Velvet Underground qu'à Spacemen 3. Mais si j'aime en particulier le Velvet, c'est peut-être parce que plus jeune, j'y entendais de la cornemuse.

Quels sont, selon vous, les points communs entre tous les groupes écossais, hormis la nationalité ?

Il existe, dans la musique écossaise, un esprit d'indépendance et une attitude anticonformiste. Musicalement, c'est très diversifié. Beaucoup de musiciens écossais bâtissent des univers sonores totalement différents. On rencontre énormément de bonne musique pour un si petit pays.

Donc entre vous et, par exemple, Primal Scream et Franz Ferdinand, le point commun serait l'esprit ?

Tout à fait. Franz Ferdinand, ce sont des amis proches. Ils font certainement de la musique pour les mêmes raisons. Tout comme Primal Scream, The Jesus and Mary Chain, Cocteau Twins ou Boards of Canada... il y a beaucoup de très bonne musique écossaise.

Vous êtes originaires de Glasgow. Cette ville est-elle la capitale de la musique écossaise ?

Oui, c'est la plus grande ville d'Ecosse ! On y recense davantage de musiciens, de salles de concerts.

D’excellents musiciens vivent dans d'autres régions d'Écosse, mais la plupart de la musique écossaise provient de Glasgow.

Une ville très vivante si on la compare à Édimbourg ?

La vie est chère à Edimbourg. Il y est plus compliqué d’être musicien.

Vous militiez pour l'indépendance de l'Écosse, il y a dix ans. Pensez-vous que ce soit toujours réalisable ?

Oui, et c'est d'autant plus souhaitable que le reste du Royaume-Uni est désormais très à droite. L'indépendance de l'Écosse semble plus nécessaire que jamais.

Même si c'est un gouvernement travailliste qui est aux manettes désormais ?

Ouais. Ce n'est pas un gouvernement très socialiste... (rires)

Pensez-vous donc qu’un autre référendum sur l'indépendance de l'Ecosse sera organisé bientôt ?

Probablement pas tout de suite, mais certainement dans un futur plus ou moins proche. D’ici dix ans.

Et cette fois ce sera la bonne... (il sourit)

Mogwai : « The Bad Fire » (PiaS) – 24/01/2025

Heather Nova

Nettoyer, c'est guérir, non ?

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A l'instar de son nouvel album, la musique d'Heather Nova lui ressemble : elle parait intemporelle.

Treizième elpee en trente ans de carrière pour Heather Nova, sirène (le titre de l'un de ses albums) bermudienne sur qui le temps semble avoir aussi peu de prise que la mer sur le sable. Cette perle, titre de son disque le plus célébré, qui navigue entre rock alternatif, pop dépouillée et références folk indie, remet du souffle dans ses compositions grâce à « Breath And Air », après un long playing de reprises, paru il y a trois ans. Sa voix éthérée qui évoque Kate Bush et Joan Baez, deux de ses héroïnes de jeunesse tout comme Patti Smith, fait chalouper des compositions fluides pour ne pas dire d'une limpidité forcément... caribéenne.

De quoi traite la première plage du nouvel elpee, « Hey Poseidon », et pourquoi introduit-elle l’œuvre ?

Je vis aux Bermudes et, pour la première fois depuis très longtemps, j'ai effectué de la voile en famille durant deux semaines. Ayant grandi sur un voilier, cette croisière m'a, en quelque sorte, redonné le sentiment d'être libre. Au fil de l'âge, nous avons tendance à être coincés dans nos habitudes et nos schémas de pensée...

Observant l'horizon, cette activité m'a communiqué le sentiment que les limites sont un état d'esprit et que nous pouvons toujours nous en débarrasser.

Puis-je affirmer que votre musique est plus liquide que fluide ?

Cette idée de liquide ou fluide me plaît, car, à mes yeux, il s'agit de la même chose. Elle suggère un flux, et cette musique en est un ; un flux de mélodies, de conscience, de pensées. Quand j'écris une chanson, des choses me viennent à l'esprit et je libère en quelque sorte ces sentiments et ces réflexions.

La musique serait-elle, dès lors, une sorte de catharsis pour vous ?

Oui, elle l'a toujours été depuis que j'ai commencé à écrire et composer. J'avais 12 ans et je vivais sur un petit voilier de 12 mètres au milieu d'une famille de cinq personnes. Je traversais des bouleversements, ces nouvelles émotions qui, à l'adolescence, transforment le corps et l'esprit. J'avais des parents merveilleux, mais avec qui je ne pouvais pas vraiment parler de ces sentiments, car ils s’occupaient des deux autres enfants, plus jeunes. J'ai donc intériorisé toutes ces situations. A cette époque, je m'installais seul sur le pont du bateau avec ma guitare, et toutes mes émotions ressurgissaient sous forme de chansons. C'était ma thérapie et ma catharsis. Et c'est toujours le cas...

J'ai parfois l'impression d'être trop auto-complaisante en écrivant constamment sur ce que je ressens, alors que des événements bien plus globaux et importants mériteraient mon attention. Mais cela m'est tellement naturel !

Le spectateur ou l'auditeur peut s'identifier à un artiste qui partage sa réalité. Ce qui crée des liens et permet à chacun de se sentir moins seuls dans ses propres préoccupations.

L'eau nettoie ou guérit d'une certaine manière ?

Je pense que nettoyer, c'est guérir, non ? Lorsque vous nettoyez votre corps, lorsque vous jeûnez, vous nettoyez votre corps pour ensuite le guérir. L'eau fait les deux... métaphoriquement.

Qu’expriment les paroles de la chanson, « The Lights on Sicily » ?

Je l'ai écrite loin de chez moi. Elle évoque le sentiment d'être anonyme ailleurs. Comme si vous pouviez ressentir exactement qui vous êtes, plus encore que lorsque vous vivez dans le contexte de votre domicile. Une expérience solitaire, mais également révélatrice...

Que signifie le dernier titre du long playing, « Farewell » ?

Parfois, j'écris des chansons pour me réconforter par rapport à ce que je m'attends à perdre. J'essaie de me préparer au deuil. Il est inévitable que les personnes que nous aimons soient ‘éphémères’, mortelles, comme nous tous. Je tente donc d'y trouver un sens et de m'y préparer. Cette chanson parle de la mort, de la transition qu'elle représente et de la beauté qu'elle peut avoir.

Vous êtes croyante ?

Non, mais emplie de spiritualité.

Je crois à un mystère et à la bienveillance de ce mystère.

Vous avez participé à ‘Lilith Fair’, festival de musique itinérant qui, à la fin des années 90, défendait le rock féminin et la présence des femmes dans la musique. Que pensez-vous de l'évolution de notre société après le mouvement ‘#MeToo’ ?

L'attention importante qui y a été accordée à l'époque est bénéfique. Mais en regardant autour de moi, je ne constate pas de grands changements dans notre comportement social ou culturel. Il y a sans doute une plus grande prise de conscience et un plus grand respect pour ce genre de situation. Mais il nous reste encore un long chemin à parcourir...

Pourquoi avoir enregistré cet album de reprises, révélateur du spectre de vos goûts puisqu'il comprenait aussi bien des titres de Rick Astley, The Pixies ou de Foreigner...

En fait, je m'y suis attaqué pendant la Covid, alors que je m'ennuyais de ne plus pouvoir tourner ou enregistrer. C'était un peu comme si je me lançais des défis. Même une ritournelle qui paraît totalement artificielle comme « Never Gonna Give You Up », en la dépouillant de sa production pour l'interpréter de manière acoustique, révèle une très belle chanson.

Oui, exactement. Mais j'ai été surpris qu'il n'y ait ni Kate Bush ni John Baez que vous révérez.

Parce que je voulais m'attaquer à un répertoire éloigné de moi. Je ne voulais pas de chansons avec lesquelles j'ai grandi et que j'adore. D'ailleurs, jamais je n'oserais toucher à Kate Bush...

Heather Nova : « Breath And Air » (V2) 21/02/2025

En concert le 5 mai à De Roma, Anvers

 

 

Pixies

Je n'écoute pas beaucoup les nouvelles musiques...

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Groupe incandescent et incontournable du rock alternatif de la fin des années 80, les Pixies se sont séparés en 1993, chaque membre embrassant des projets annexes plus ou moins réussis. Le quatuor se reforme dix ans après, tourne, tourne, tourne… et finit par enregistrer un nouvel album en 2013 ! Moment choisi par Kim Deal, la bassiste originelle, pour quitter le navire, remplacée rapidement par Paz Lenchantin.

Une autre décennie et trois disques dispensables plus tard, cette dernière prend, à son tour, congé du band pour laisser la place à Emma Richardson (des injustement sous-estimés Band of Skulls) qui apporte fraîcheur et inspiration. Elle parvient presque à faire oublier Kim Deal sur « The Night The Zombie Came », dernier LP du band, paru fin de l'année dernière.

Co-fondateur du groupe, le guitariste Joe Santiago, qui fait souvent merveille sur ce dernier disque dont l'inspiration et la spontanéité frôlent celles de la première période des Pixies, évoque l'arrivée de cette nouvelle bassiste, l'importance de son jeu de guitare au sein du line up, David Lynch et ses propres origines… philippines.

Avez-vous recruté Emma Richardson parce que sa voix ressemblait un peu à celle de Kim Deal ?

Emma et Kim possèdent des caractéristiques vocales distinctes. Ainsi la voix d'Emma est un peu plus basse. Mais nous avions notre petite liste d'exigences quand nous l'avons auditionnée ; et elle a parfaitement répondu à nos attentes (il sourit).

Comme elle est anglaise plutôt qu'américaine, cette situation change-t-elle la donne ?

L'éloignement n'a jamais été un problème pour nous. Charles (le vrai prénom de Frank Black, leader du groupe) vit sur la côte Est, David (Lovering le batteur) dans le Massachusetts, et pour ma part j'habite en Californie.

Le fait qu'elle soit anglaise ne pose par ailleurs aucune difficulté. D'ailleurs, notre crew et même notre manager sont britanniques.

Pourquoi avez-vous toujours été plus populaire en Europe qu'en Amérique ?

Je n'en ai aucune idée ! L'Europe a tout simplement meilleur goût (il rit).

Sur « Ernest Evans », vos sonorités de guitare réalisent la fusion entre celles des Shadows et des Ramones...

Les guitares dont je joue sur ce morceau sont influencées par le rockabilly.

Pourtant, sur « Primrose », elle résonne exactement comme celle de Hank B. Marvin, le guitariste légendaire des Shadows...

En musique, on produit des sons mais sans jamais vraiment avoir conscience de rivaliser avec qui que ce soit.

Vos interventions à la guitare paraissent essentielles, en particulier sur cet elpee...

En effet. Beaucoup de place m’est réservée sur un titre comme « Primrose », par exemple. En tout cas, j'espère me différencier. L'objectif est de le réaliser sans me mettre en avant pour autant être entendu ; et en même temps ne pas trop l'être et apparaître différent (il rit).

« Ernest Evans » est une chanson sur laquelle votre intervention se révèle également déterminante...

Le morceau évoque la figure de Chubby Checker, dont le vrai nom était Ernest Evans. J'ai tenté de jouer de la guitare comme si c'était un twist... d'où le résultat (il sourit).

« The Night The Zombies Came » me rappelle la première période du groupe, avant sa reformation...

Il y a des parallèles, mais c'est si loin ! On sent cependant une évolution, à laquelle on doit s'attendre sur tout nouvel album...

Comment fonctionne l’écriture des morceaux ? Frank Black compose-t-il seul pour ensuite proposer ses maquettes au reste de la formation ou bien composez-vous ensemble ?

C'est un mix des deux. Frank compose principalement, et nous invite à écouter un résultat pas totalement étoffé... mais presque.

Quels sont vos héritiers ?

Nirvana ou les Smashing Pumpkins, mais ils ont cuisiné cet héritage à leur propre sauce. Même Radiohead affirme avoir été influencé par les Pixies. Nous les incitions simplement à être différents.  La preuve, c’est qu'ils ne nous ressemblent quasiment pas.

Et parmi les combos plus récents ?

Je n'écoute pas beaucoup les nouvelles musiques. 

Même pas Kim Deal, une ‘nouvelle artiste’ qui vient de sortir son premier long playing solo ?

(Il rit) Non. J'écoute beaucoup d'ambient, notamment le groupe allemand Cluster, qui proposait du krautrock, à l'instar de Tangerine Dream ou Kraftwerk.

David Lynch, qui est décédé il y a quelques semaines, a exercé une grande influence sur les Pixies, notamment au niveau des paroles...

Surtout sur Frank qui est très marqué par le surréalisme.

Vous partagez cette passion ?

J'aime les films étranges de Lynch. Nous reprenons d'ailleurs régulièrement en concert l'une de ses chansons, « In Heaven (Lady in the Radiator) », tirée de son premier film ‘Eraserhead’.

Vous êtes originaire des Philippines.  Quelle est l'influence musicale de votre pays natal sur votre style et sur votre approche de la musique ?

Ce trille à la guitare qui est un peu ma signature est sans doute dû à une influence espagnole, héritée de la colonisation du pays.

La seule chose dont je me souviens vraiment à propos des Philippines, que j'ai quittées à 7 ans lors de l'instauration de la loi martiale par Marcos, c'est que la culture musicale y était très prégnante. Les Philippins chantaient constamment. On entendait les chansons des Beatles partout. Lorsqu'ils se sont séparés, les Philippines étaient quasiment en deuil...

En concert le 26 avril à la Lotto Arena d'Anvers.

Pixies : « The Night The Zombies Came » (BMG rights) – 25/10/2024

The Chameleons (Vox)

La musique est une forme de médecine...

Les lecteurs assidus de Musiczine connaissent bien The Chameleons. Ce groupe mancunien est essentiel dans l'histoire de la musique wave / post punk depuis le début des années '80. Fondé en 1981 par Vox (alias Mark Burgess), en compagnie de John Lever à la batterie ainsi que des guitaristes Dave Fielding et Reg Smithies, il propose un mélange inédit entre post punk, glam-rock, psyché, new-wave, classic rock et singer-songwriting. Après quelques sessions radio enregistrées par le célèbre John Peel, de la BBC, la formation sort son premier single, « In Shreds » en 1982 et ensuite son premier elpee studio, « Script of the Bridge », en 1983. Suivront les albums « What Does Anything Mean ? Basically », en 1985, et « Strange Times », en 1986. Après le décès inopiné de son agent artistique, Tony Fletcher, l’année suivante, les Chameleons se séparent.

Par la suite, Vox lance divers projets, en solo ou en compagnie d'autres musiciens ; et c'est en 2009 qu'il retrouve le batteur John Lever pour former Chameleons Vox. Malheureusement, Lever décède en 2017. En 2021, Vox reforme les Chameleons en compagnie d’un des guitaristes originaux du band, Reg Smithies. Aujourd'hui, le nouveau line-up implique également Stephen Rice à la deuxième guitare, Danny Ashberry aux claviers et Todd Demma à la batterie. Dans cette composition, le combo a gravé deux Eps et se prépare à publier un nouvel opus à part entière, « Arctic Moon ». Musiczine a rencontré Vox à Anvers, en février dernier, avant le concert accordé au Trix et la conversation a porté sur le groupe, bien sûr, mais également sur toute une série de sujets comme la philosophie, la spiritualité, les Beatles, les OVNI, la physique quantique, le chamanisme, etc. On vous propose la première partie de cette interview exclusive. La seconde sera dévoilée au moment de la parution du nouvel opus.

« Arctic Moon », votre nouvel album est annoncé. Quand va-t-il sortir ?

Vox : Nous sommes dans les temps pour la livraison des masters en mars. Donc, si tout se passe bien, il devrait paraître vers septembre ou octobre. Le label communiquera la date. Mais le single est déjà disponible à l'écoute.

Quel est son titre ?

Vox : Il s'intitule « Where Are You ? ».

Oui, je connais la chanson. Figurera-t-elle aussi sur l'elpee ?

Vox : Oui, mais dans une autre version. Nous l’avons réenregistrée pour l'album. Quand nous avons enregistré le single, nous étions très pressés de le sortir. Todd, notre batteur, séjournait en Amérique ; donc c'est Steve qui s’est chargé des drums. Mais nous voulions que ce soit Todd qui en joue. Aussi, nous avons entièrement réenregistré le morceau à son retour.

L'atmosphère générale du nouvel LP est-elle différente des productions précédentes ?

Vox : Oui, c'est différent. Le son général de la formation a évidemment changé, et c'est à dessein. Nous ne voulions pas reproduire le son des années 80. Nous voulions vraiment nous en éloigner.

Tu veux dire s'éloigner du son ‘cathédrale’ ?

Vox : Oui, du son de guitare des eighties. Simplement parce que l'un des architectes de ce son n'est plus au sein du groupe depuis plus de 20 ans.

Dave ?

Vox : Oui, Dave. C'est lui qui a créé cette sonorité de guitare imposante, éthérée et ambiante, qui résonne comme une cathédrale.

Je suppose que le producteur, Steve Lillywhite, a également joué un rôle dans ce sens ?

Vox : Oui. Dans une certaine mesure, Lillywhite a aussi contribué à façonner le son du band, surtout pour les drums et les guitares. Avant cette période, si tu écoutes les 'Peel sessions', Dave n'utilisait qu’un simple effet Flanger, plus discret. Ensuite, il a découvert le Roland Space Echo 301, l'écho à bande. Ce qui a transformé son son.

C'était une pédale d'effet ?

Vox : Non, c'est une boîte verte avec une véritable bande de 6,35 mm à l'intérieur, qui fait un 'loop'. C'est un appareil qui est très cher maintenant. Il coûte des milliers de dollars. Il était beaucoup plus courant à l'époque. Et puis, Dave est passé au Space Echo 501. C'est ainsi que tout a commencé, en studio, quand on a enregistré notre premier single, « In Shreds ».

Avec Reggie, au contraire, c'était plus un son post-punk pur et dur.

Vox : Non, je ne pense pas que Reggie ait un son post-punk. Il est plutôt influencé par les années 60 dans son jeu. Reggie n'utilisait pas beaucoup d'effets à l'époque.

C'est lui qui joue les staccatos à la guitare ?

Vox : Oui. Reggie a apporté une originalité unique. Personne ne jouait de la guitare de cette manière. C'est ce qui faisait toute la beauté de son jeu. C'est un excellent guitariste. Il est capable de vous faire ressentir quelque chose d'émotionnel, juste avec trois notes.

Oui, il est très mélodique, très créatif.

Vox : Oui, très créatif. Mais son style des débuts, si tu veux savoir d'où il vient, il faut revenir aux versions stéréo originales de « Revolver » des Beatles, et écouter une chanson comme « Dr. Robert ». On y entend, d'un côté le chant et de l'autre, la guitare. Si tu écoutes comment George Harrison joue sur ce disque, c'est ça, le style de Reggie. En fait, il était bassiste lorsque je l'ai rencontré. Enfin, pas quand je l'ai rencontré, vu que je le connais depuis l'enfance. Mais quand je suis venu le rejoindre dans son band, il se consacrait à la basse. Il m'a expliqué qu'il souhaitait transposer ce qu'il jouait à la basse à la guitare, et donc, il m'a proposé de prendre la basse. C'est ainsi que ça s'est passé. Mais ça ne me laissait pas beaucoup de marge de manœuvre pour la basse. J'ai vite compris que je devais me contenter de jouer la fondamentale (NDR : la ‘tonique’) à cause de ce que dispensaient les deux guitaristes. Mais je me suis adapté sans problème.

Et puisque tu parles des Beatles, tu m'avais confié qu'enfant, tu avais commencé à chanter leurs chansons avant même de pouvoir parler.

Vox : Oui, j'ai appris à parler en chantant des chansons des Beatles. Il y avait une jeune stagiaire à la maternelle que je fréquentais, et les instituteurs étaient inquiets parce que je ne parlais pas encore. Alors, elle m'a appris à chanter les chansons des Beatles, et c'est comme ça que j'ai pu maîtriser les rudiments de l'anglais.

Et quand on voit Paul McCartney aujourd'hui, toujours aussi actif, c'est fou, non ?

Vox : Oui, c'est fabuleux. J'ai failli le rencontrer une fois. J'aimerais quand même tailler une bavette avec un des Fab Four avant de mourir (rires) ! ... Le temps presse ! Alors si tu lis ça, Paul, oui, invite-moi à prendre le thé, j'adorerais te rencontrer. Je sais que Ringo (Starr) en a assez des mondanités et qu'il veut juste une vie tranquille. Je comprends. Mais bon, Paul, si tu entends ça, si tu as envie de prendre le thé avec un gars qui est fan de toi depuis 60 ans, alors fais-moi signe… (rires)

Pour en revenir au nouvel opus, retrouver Reggie, est-ce un événement qui a provoqué un déclic pour ta créativité ?

Vox : En fait, ce qui s'est passé, c'est que les deux gars avec qui je jouais n'étaient plus libres, alors Reggie a déclaré : ‘I will do the job’ (‘Je vais faire le boulot’). On a essayé d'écrire ensemble, mais le COVID a mis un frein à nos intentions. L'industrie a été à l'arrêt pendant 18 mois. D'une certaine manière, cette pandémie a été une chance, car elle nous a permis de recruter Danny, Steven, Todd. On a commencé à écrire des chansons en janvier 2024.

Donc, ce n'était pas juste toi et Reggie, c'est devenu un groupe complet.

Vox : Oui, c'est un vrai groupe. Au début, j'ai apporté quelques-unes de mes chansons. Et Reggie a amené ses idées. De là est né le single, et ensuite on a enregistré certaines de mes compos pour l'album. Mais, petit à petit, tout le monde s'est impliqué dans l'écriture. On a eu des idées plus collectives. Je trouvais ça plus intéressant. Dès lors, j'ai écarté quelques compositions personnelles, avec l'idée de les sortir en solo, peut-être, après l'album de la formation...

« David Bowie Takes My Hand » semble être le ‘magnum opus’ du nouvel elpee.

Vox : Oui. Je pense que c'est probablement le meilleur morceau sur lequel je n’ai jamais travaillé, mais il est très différent de ce que les Chameleons ont réalisé auparavant. C'est une très longue chanson, qui s'étend sur environ 8 ou 9 minutes. À l'origine, elle comptait 11 minutes de musique, et évidemment, on a dû imaginer comment l'arranger. On se grattait la tête et, finalement Danny a tranché : ‘Bon, eh bien, donnez-moi la démo, je vais la ramener chez moi. Je ferai quelques modifications et on verra ce que ça donne’. Il est revenu en disant : ‘Je crois que j'ai l'arrangement’. Il nous l'a joué et on s’est tous exclamé : ‘Oui, c'est ça !’

Donc, il y a beaucoup de claviers et de cordes ?

Vox : Il y aura de vraies cordes. Ainsi que des claviers, évidemment. Ce qui est incroyable, c'est que, quand on a enregistré la chanson, Danny s'est mis à pleurer. On écoutait l'arrangement sur les moniteurs, dans le studio et il était en larmes. C'est vraiment un arrangeur très doué. Il a fait des trucs incroyables tout seul ou pour ses groupes précédents.

Dirais-tu que c'est une chanson 'épique', dans le style de « Second Skin » ?

Vox : Cette compo n’a aucun rapport avec « Second Skin ». En fait, elle est très sombre. Elle s’inspire d’un moment que j’ai passé dans une chambre d’hôtel à essayer de savoir si je voulais continuer à vivre ou non. Les paroles résultent de cet épisode. C’est très personnel et lié à la situation que je vivais à l’époque.

Et David Bowie t’a pris la main à ce moment-là ?

Vox : Eh bien, ça m'a rappelé « Rock’n’roll Suicide », la chanson de David Bowie. C’était comme si Bowie me disait : ‘Donne-moi ta main’. Et en mon fors intérieur, j’ai répondu : ‘Oui, prends-la. Sors-moi de là.’

Était-il encore en vie à ce moment-là ?

Vox : Non, il était déjà parti.

C’est pourquoi je suggérais un lien avec « Second Skin » ; à cause de cette dimension spirituelle.

Vox : « Second Skin » a évolué sur une longue période. Au départ, c'était une chanson sur l'immortalité des vedettes de cinéma sur la pellicule. Pense à James Dean, Marilyn Monroe et d'autres artistes du même genre ; à la façon dont les films les incarnent à un tel point qu'ils atteignent l'immortalité. Et puis, au fil du temps, le thème de la chanson s'est élargi, pour englober aussi la façon de transposer ses expériences vers la prochaine étape de son existence.

Et puis il y a eu ce moment, en studio, où tu as déclaré : ‘Faites tourner la bande. Je vais chanter tout ce qui me passe par la tête’.

Vox : Oui. On était en studio. On avait enregistré les pistes de la fin de la chanson et on ne savait pas quoi en faire. Alors, j'ai juste indiqué : ‘Je me rends dans la cabine de chant afin d'essayer quelque chose’. Et c'est arrivé naturellement. Mais même depuis la mouture studio, la chanson a évolué, au fil des concerts. On ne joue plus la version de « Script of the Bridge » ainsi. Quand j'ai réalisé à quel point le public avait pris cette chanson à cœur, elle est devenue un élément incontournable de nos setlists.

C'est ma chanson préférée des Chameleons.

Vox : Au fil du temps, elle a évolué pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui, une expérience live.

Je suppose donc que « David Bowie Takes My Hand » possède aussi ce côté ‘mystique’ ?

Vox : Il faudra l'écouter. Elle va toucher beaucoup de monde. Mais ça dépendra vraiment de l'auditeur, et je ne peux pas prédire quelle sera sa réaction. Je peux seulement m’écrier : ‘Waouh, c'est quelque chose de très spécial !’. Quand on a vu les larmes couler sur le visage de Danny, on en a conclu : ‘Cette chanson a du potentiel. Et tout le monde dans le groupe y a contribué’. C'est à ce moment-là que j'ai compris avoir trouvé un vrai groupe. Ce n'était pas juste Reggie et moi qui embauchions quelques musiciens. C'était un vrai groupe, un groupe avec lequel on pouvait faire progresser les Chameleons.

Un groupe dont le total est supérieur à la somme de tous ses membres ?

Vox : Oui, chacun apporte quelque chose qui propulse l'héritage du groupe plus loin, dans une nouvelle direction.

Et c'est chouette de constater que tu le projettes dans le futur.

Vox : Je parle ainsi, mais le futur n'existe pas encore vraiment. Il n'y a que le ‘maintenant’, le ‘now’, qui existe. C’est mon point de vue, mais d'ici demain, tout pourrait changer.

Mais au moins, l'intention est là.

Vox : L'intention est bien là.

Et quand on crée une intention, la réalité est déjà à moitié là.

Vox : Eh bien, cette résolution peut prendre des directions différentes. Le moment présent, seul, existe en tant que fonction d'onde, en tant que ‘collapsed wave’.

Oui, comme dans la théorie de la physique quantique.

Vox : Oui ! Et le passé n'existe pas non plus. Seulement dans la mémoire subjective des personnes avec qui vous l'avez partagé. La vie est juste une série de ‘maintenants’.

Je me souviens qu'à Louvain, à la fin de l'interview, nous avions causé pendant 40 minutes des OVNI et de la conscience.

Vox : C'est un sujet qui m'intéresse depuis l'âge de 14 ans, lorsque j'ai vu mon premier OVNI en plein jour, un dimanche après-midi.

Et as-tu évolué, au cours de ces dernières années, dans ta conception de tous ces phénomènes ?

Vox : Je n'ai toujours aucune idée de ce que c'est. Je doute que ce soient juste des vaisseaux spatiaux classiques venus d'un autre système stellaire… Je pense que ce sont plutôt des 'objets' qui viennent d'autres dimensions, des intelligences capables de traverser les dimensions. C'est ce que je pense. Mais je ne peux pas le prouver.

Et je pense que la physique quantique évolue justement dans ce sens.

Vox : Oui, absolument.

Elle montre, par exemple, que plusieurs états ou réalités peuvent coexister en même temps.

Vox : C'est même davantage ! Toute la réalité qui nous entoure est contrôlée par le cerveau. C'est le cerveau qui interprète les données entrantes. Certaines d’entre elles sont évidemment celles que nous avons en commun, mais nous imposons aussi notre propre conscience à notre réalité. Il n'y a pas deux personnes qui vivent dans le même univers, même s’ils ont des similitudes et sont connectés. C'est parce que nous voyons, vivons et retenons les choses différemment. Tout ceci débouche sur l'idée de ‘multivers’. Je suis un adepte des théories qui envisagent des réalités multidimensionnelles et des univers parallèles. Dans mes chansons, j'essaie de formuler ce que j'ai vécu et compris sur le monde qui m'entoure. J'essaie de refléter cette vision du mieux que je peux.

Oui, c'est ce que j'aime dans ta musique : elle est multidimensionnelle, parce qu'on peut la vivre comme du pur rock and roll ou alors à d'autres niveaux.

Vox : J'ai eu une petite révélation récemment quand je me suis rendu compte, et je le signale lors de mes concerts, que toute musique est une forme de médecine. Ce sont des fréquences. Que l'on s'y identifie ou non. La musique de Taylor Swift n'a peut-être aucun effet sur toi ou sur moi, mais pour des millions de personnes, si. C'est une forme de médecine, surtout pour les jeunes, dans son cas. C'était pareil pour moi quand j'étais enfant, j'étais fan de T-Rex et de David Bowie. Leur musique m'aidait à traverser les épreuves. Elle me touchait. Et celle des Chameleons est aussi un puissant remède. Je le sais grâce aux gens qui viennent me voir après les concerts et me disent : ‘Waouh, merci’, et pleurent sur mon épaule. Je sais que c'est un puissant remède. Je pense que toute musique est une forme de médecine. C'est ma définition de la musique. À l'époque des cavernes, la musique était déjà un remède. Un remède spirituel.

D'ailleurs, les guérisseurs étaient généralement des musiciens.

Vox : Oui, exactement. Ils étaient musiciens ou chamanes ou les deux. Mais oui, c'est ma philosophie. Aucune musique n'est supérieure à une autre. Toutes les musiques sont ‘médicinales’...

C'est une bonne conclusion. Merci beaucoup, Vox !

Vox : Merci à toi...

Pour écouter la version audio de cette interview dans l'émission WAVES, c'est ici. 

(Photo : Noel Fielding)

 

Bonnie Prince Billy

Il m'a fallu une vie dans la musique pour comprendre comment devenir meilleur acteur…

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Will Oldham a longtemps eu le malin plaisir de changer régulièrement de pseudo (Palace, Palace Brothers, Palace Songs, Palace Music, etc.) ; mais il semble enfin s’être fixé sur celui de Bonnie ‘Prince’ Billy. D’ailleurs, c’est la même signature qu’il a posée sur ses derniers elpees. Artiste imprévisible, il s’entoure souvent de musiciens différents, quand il enregistre un disque, mais il participe aussi régulièrement aux sessions d’autres musicos.

Pour son dernier opus, « The purple bird », il a reçu le concours de ses amis, mais aussi quelques-uns de ses héros. Le long playing a été mis en forme par le producteur de Nashville, David Ferguson, avec qui il s’est lié d’amitié il y a pas mal de temps, lors d’une session consacrée à Johnny Cash. Ferguson a puisé dans son réseau d’amis artistes de Music City, en organisant des jams pour écrire des chansons et en rassemblant une équipe de musiciens de session pour réaliser ce qui allait devenir cet opus.

« The Purple Bird » est impeccablement mis en forme, mais à l’instar d’une compilation, il change constamment de ton, privilégiant le joyeux sur le mélancolique.  

Ainsi la mélodie de « Guns Are For Cowards » est paradoxalement impertinente et optimiste, alors que le thème est tragique.

Cette chanson été ajoutée, car le disque est essentiellement focalisé sur les sept co-écrites. J'y ai inclus quelques compositions personnelles dont « Guns Are For Cowards ». C’est l'une des rares de ma carrière que j'ai écrite en réaction à des événements dont j'ai été témoin ou que l'on m'a rapporté afin d'essayer de comprendre ou de participer plutôt que de me sentir impuissant.

Il y a quelques années, ma femme et moi avions rendez-vous chez le banquier dans le but d'obtenir un prêt. Le rendez-vous a été reporté car il devait se rendre aux funérailles d'un collègue abattu dans une agence du centre-ville de Louisville, dans le Kentucky, par un homme qui est entré et a tiré sur toutes les personnes présentes sur les lieux. Par ailleurs, j'étais censé partager une session avec un ensemble gospel. L’une des formations familiales, les Templeton Singers, a dû reporter la séance parce qu'un de leurs neveux, âgé de 13 ou 14 ans, avait été abattu à un arrêt de bus, alors qu'il se rendait à l'école. Enfin, j'étais censée avoir rendez-vous avec un homme politique local, lequel m'a annoncé qu'un membre de sa famille venait de se faire tirer dessus et qu'il devait le secourir. Je me suis demandé ce qui se passait et ce que je pouvais faire… c'est à dire composer cette chanson. J’ai pensé, je viens du Kentucky, je me rends dans le Tennessee et je vais présenter ce morceau qui remet en question la détention et l'utilisation d'armes à feu, à un groupe d'hommes blancs du Sud, plus âgés. La première personne à qui je l'ai soumise était David Ferguson, producteur de ce disque... le jour de l'enregistrement. Il l'a écouté, s'est tourné vers moi et a dit ‘Will, il n'y a qu'une seule manière de proposer cette chanson, c'est sous forme de polka’. ‘Peu importe ce que tu dis Fergus, pour moi, c'est bien’, ai-je répondu. Ça me convient... parce qu'au départ je ne savais pas ce qu'il allait en penser et où il allait l'emmener. 

« Is My Living in Vain ? » est d'une délicatesse et d'une vulnérabilité qui symbolise votre art.

(Il rit) Oui, je suis d'accord. Et c'est la seule reprise du disque !  Une chanson que j'interprétais seul chez moi ; et j'ai voulu l'intégrer pour équilibrer le disque face à tous les auteurs-compositeurs qui y participent.  Je suis le plus jeune musicien et compositeur de l’album, à l'exception de Brit Taylor et Adam Casey, qui se sont chargés harmonies vocales y compris de celles des choristes. Mais tous les autres sont les hommes blancs plus âgés et du Sud : « Am I Living in vain » a été écrit, à l'époque, par une jeune femme noire qui s’appelait Twinkie Clarke. Elle faisait partie des Clark Sisters de Detroit. Un succès dans le monde du gospel en 1980. Je me suis dit : ‘Eh bien, je ne peux pas faire grand-chose en tant qu’homme judéo-chrétien blanc américain, mais je peux chanter la chanson de quelqu'un d'autre pour essayer de donner un portrait plus complet de ce que j'essaie simplement d'accomplir dans le cadre de mes projets musicaux’.

Vous définissez cet opus comme un disque de ‘Nashville’...

Il s'agit d'un album de ‘Nashville’, à part entière, dans le même processus d'écriture au cours duquel ces personnes s'asseyaient intentionnellement à 10 heures, le mercredi matin, et composaient une chanson en plus de deux heures et demie. Cette façon de procéder est une institution à Nashville que je n'avais jamais expérimenté auparavant. Toute cette ville et ses infrastructures sont imaginées en fonction de ces musiciens de session qui sont comparables à des athlètes olympiques, dans la mesure où en deux jours de travail vous enregistrez en leur compagnie presque tous les éléments de 12 chansons. Comme un athlète olympique, un sprinteur qui en quelques secondes réalise le geste et la course parfaite. J'adore cela car chaque jour, j'avais l'impression d'essayer de rester en forme et de me préparer physiquement et mentalement à faire face à ce genre de défis afin d'être pleinement présent, réactif et à la hauteur de la situation.

Mais tous ces grands chanteurs country célèbres en Amérique et présents sur les albums, sont peu connus de ce côté-ci de l'Atlantique. Ce qui pose également la question de votre popularité aux Etats-Unis et en Europe...

En termes de chiffres, je pense que la taille de l'audience de Bonnie Prince Billy aux États-Unis est similaire à celle de l'Europe. Mais en Amérique, elle est vraiment beaucoup plus marginale et underground. Même si, numériquement, les concerts ont la même taille et la même notoriété, les labels auxquels je suis associé aux États-Unis ne sont pas très notoires, la promotion y est moindre et les spectacles se déroulent dans des petits clubs.

Avez-vous déjà pensé enregistrer un long playing en compagnie de Robert Plant et Alison Krauss, par exemple ?

Fergus est plutôt un bon ami d'Alison Krauss. Et à l'époque où Albini a produit le Page/Plant, il y a une vingtaine d'années, c'était la première fois que j'ai vraiment commencé à penser à Robert Plant, à la fois en tant qu'être humain et merveilleux chanteur. Il chantait très bien sur tous les disques de Zeppelin et par mal sur ceux en solo. Mais sur ce disque, je me suis dit : ‘Waouh, cette personne a vraiment une relation incroyable avec sa voix’. Et je pense que c'était un des talents propres à Steve Albini de faire ressortir l'essence de la voix d'un chanteur, d'en tirer le maximum. Si l'occasion se présentait, je ne la laisserais pas passer. Je pourrais en tant que pair, collaborer avec eux et même essayer, à l'instar d'Albini, de les pousser à réaliser des choses différentes qui conviennent à leurs énormes talents et capacités et les faire sortir leur zone de confort en se convertissant en artistes explorateurs. Mais Robert Plant est un artiste expérimental. La force de Plant et Page dans Led zeppelin était telle qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient, mais faisaient ce qu'ils pensaient devoir être fait. Et grâce à l'incroyable synergie et à l'éclat de leur énergie collective dans Led Zep, c'est devenu quelque chose qui n'existait pas auparavant.

Aux yeux et aux oreilles des d'Européens, la musique country est une sorte de nid ‘trumpiste’

C'est un peu réducteur. 

Je suis conscient que la musique country a le potentiel de résonner et de plaire à une très grande partie de l'humanité parce qu'elle est chantée en anglais. En fait, on accorde davantage d'attention aux paroles que dans toute autre forme de musique populaire.

L'amitié définit-elle votre carrière ?

Oui. La force motrice de mon engagement dans la musique est d'établir des liens plus larges avec les auditeurs, mais de me connecter plus spécifiquement et profondément avec les personnes que j'aimerais côtoyer. Appeler mon ami pour explorer l'interconnectivité et les relations humaines directes à travers… pas seulement des paroles, mais aussi une collaboration active, y compris en compagnie des artistes visuels. Comme Lori Damiano, qui a réalisé la pochette de ce disque. Et c'est une copie du dessin d'enfance de David Ferguson représentant l'Oiseau violet. Ce sont mes amis et je suis aussi leur fan. L'amitié est quelque chose qui a été mystérieuse pour moi, toute ma vie. J'ai beaucoup déménagé quand j'étais enfant, et j'ai toujours expérimenté l'amitié à distance. Et donc c'est une donnée que j'ai presque fétichisé au détriment des relations amoureuses. C'est un processus continu pour essayer de bien comprendre ce qu'est l'amitié et, le fait de savoir si j’en suis capable, parce que c'est ce que je souhaite le plus au monde.

Votre pseudo se réfère à Billy the Kid. Seriez-vous le dernier cow-boy ?

(Il rit) bien sûr. Nous comprenons progressivement et collectivement que l'idée d'un cow-boy est de la foutaise. C’est de la mythologie et une construction. Ainsi, j'ai l'impression d'adhérer à l'idée d'incarner, d'habiter ou de représenter une construction. Comme si elle appartenait à ce qu'est Bonnie Prince Billy...  Nous sommes tous d'accord pour dire que rien n'existe vraiment. C'est pourquoi nous créons des fictions sur lesquelles nous basons notre perception de la réalité juste pour essayer de donner du sens.

Le fait d'être acteur vous a-t-il aidé à devenir chanteur ?

Absolument ! Ce que j'ai finalement ressenti en poursuivant mes études d'acteur, puis ce qui m'a finalement déçu ou insatisfait, c'est qu'il y avait très peu d'acteurs qui utilisaient toute la diversité et les capacités de leur instrument principal : leur voix. Ils peuvent crier et être en colère, mais qu'en est-il de la mélodie et du rythme ? Et souvent, même les dramaturges ne se concentrent pas assez sur le rythme.

J'ai rencontré davantage d'épanouissement dans l'expérience musicale. Et pourtant, il s'agit toujours d'interpréter un texte, de communiquer une expérience humaine à autrui, puis d'utiliser l'expérience humaine de l'autre personne comme caisse de résonance.

A l'inverse, être chanteur vous aide-t-il à être acteur ?

J'aborde l'interprétation d'une chanson, à chaque fois, comme si elle était neuve. J’ai l'impression d'être un nouvel interprète, de me servir des paroles comme d'une simple feuille de route.

Par ailleurs, récemment, interprétant une scène avec Tom Hardy, phénoménal exemple d'un acteur qui explore les confins de ce qu'il accomplit, ce sont les deux heures de jeu les plus enrichissantes que j'aie jamais connue en tant qu'acteur ; comme si absolument tout pouvait arriver. Et à l’issue du tournage, Tom Hardy m'a dit : ‘Je ne sais pas qui tu es, mais j'ai vraiment aimé travailler avec toi’. L'un des plus beaux compliments que je n’ai jamais reçus. La musique me permet d'aborder quelque chose de nouveau à chaque fois avec fraicheur et spontanéité, de faire confiance à l'écriture, d’être prêt pour le travail et de vivre le moment présent. Il m'a fallu une vie dans la musique pour comprendre comment devenir meilleur acteur.

« The purple bird » : 31/01/2025 (Domino / V2)

 

The Veils

Finn Andrews se fait son cinéma…

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« Asphodels », le septième opus studio de The Veils, a été enregistré en cinq jours aux Roundhead Studios à Aotearoa, en Nouvelle-Zélande, là où vit aujourd'hui Finn Andrews, avec sa compagne et sa fille.

Finn, c’est le leader, le chanteur et le créateur du groupe. C’est également le fils du membre fondateur de XTC, Barry Andrews.

Le titre de l'album est emprunté à la fleur des Enfers de la Grèce antique. Introspectif, ce long playing est le résultat d’une collaboration entre Andrews et l’arrangeuse de cordes Victoria Kelly.

Finn a pris en charge la production en raison de contraintes financières.

The Veils, signé par Rough Trade Records à l'époque où Finn Andrews avait 16 ans, a collaboré avec des réalisateurs renommés comme Tim Burton et David Lynch. Et son premier elpee, « The Runaway Found », a célébré ses 20 ans, l'année dernière…

Finn est venu parler de son dernier album, mais pas seulement…

Quelle est l'importance de Neil et Tim Finn, icônes du pop rock kiwi, de Splitz Enz et Crowded House, deux de leurs groupes, dans votre musique ?

Il est amusant que vous posiez la question, parce que cet album a été réalisé dans le studio de Neil Finn. Ce qui a donc probablement eu un impact sur les sessions. Neil a construit ce studio il y a peut-être 20 ans et il constitue comme une sorte de cadeau pour la Nouvelle-Zélande. Car à l’époque, on n’y trouvait rien de tel. Il possède le plus bel équipement qui soit, notamment un piano Steinway qui se trouvait autrefois au Royal Festival Hall de Londres.

Tout ceci nous a en quelque sorte permis d'enregistrer cet album en seulement quatre jours de prises tant tout paraissait simple et fluide. Par ailleurs, je connais bien Neil et Tim Finn et surtout Liam, le fils de Neil que j'ai beaucoup côtoyé au cours de ma jeunesse. Les Finn Brothers sont de véritables légendes dans ce pays.

Sur le plan musical, nous sommes tous influencés par la musique que nous écoutions adolescents. C'est un facteur très important, dans notre éducation musicale.

Oui, c'est certain ; le label Flying Nun existait dans mon enfance. Beaucoup de musiciens de ce label sont des amis de mon père. Chaque fois que papa venait me rendre visite quand j'étais enfant, des personnes comme Chris Knox, Shayne Carter et autres passaient toujours par la maison pour enregistrer et jouer de la musique. C’est l'arrière-plan de mon enfance. Cependant, j'ai passé mon adolescence en Nouvelle-Zélande à espérer être ailleurs. J'étais impatient de m'échapper à la première opportunité et d'atterrir à Londres, où je suis resté pendant 20 ans. Nous avions donc tous, dans le groupe, l'impression d’appartenir à un band londonien ; et désormais, vivant en Nouvelle-Zélande j'ai l'impression de faire partie de ces deux endroits en même temps.

Vous évoquiez votre père qui militait chez XTC, formation de pop-rock restée trop méconnue. A-t-il exercé une influence sur votre musique ?

J'ai adoré le groupe de mon père et leurs 17 albums ; ce qui me paraît faramineux. Il a évidemment été une grande source d'inspiration et je suis extrêmement fier de ce qu'il a accompli.

Vous vous êtes réinstallé en Nouvelle-Zélande, il y a cinq ans à peine. Au niveau de l'écriture, êtes-vous sensible à celle de Katherine Mansfield, grande figure néo-zélandaise des lettres ?

Je suis un vrai fan de Ted Hughes et d'autres poètes anglais et irlandais. Je suis tombé amoureux de la poésie avant la musique. Mais c’est récemment que j'ai vraiment essayé d'écrire des poèmes. Il s'agit d’un tout autre univers dans lequel je viens seulement de plonger. Mais j'ai toujours tenté d'insuffler aux chansons de la sensibilité ; j'ai toujours été attiré par les auteurs-compositeurs qui consacrent beaucoup de temps aux paroles et tenté de leur ressembler. Je souhaitais être parolier autant que musicien.

Existe-t-il une mélancolie néo-zélandaise ?

(Il rit) Oui, sur le plan musical, il y a toujours une sorte de junkie, de drogué sur la plage ou quelque chose qui ressemble toujours à une sorte de Flying Nun, de nonette volante, en effet, des années 80.

Plus sérieusement, la mélancolie est omniprésente dans le paysage. De ce point de vue, je me sens plus néo-zélandais que britannique, parce que ce sentiment intervient fréquemment dans mes chansons ; j'imagine, en quelque sorte, que les paysages néo-zélandais y contribuent. Ils procurent une sensation très différente de celle suscitée par les paysages de l'Angleterre qui s'est certainement infiltrée dans une majorité de mes chansons.

Et il y a un côté intemporel, parce qu'une grande partie du pays semble si intacte, même s’il a succombé à une sorte d'agriculture industrielle et que ce n'est pas toujours la carte postale qu'on imagine. Mais il y existe des endroits enchanteurs où l'on a le sentiment que seuls les oiseaux y ont vécu depuis des millions d'années.

Mon père dit toujours, pour se moquer, que la Nouvelle-Zélande ressemble au Surrey dans les années cinquante.

Vous insistez sur l'importance de violon de Victoria Kelly. Mais à l'écoute de l'opus, le piano se révèle également primordial...

J'ai tenté d'en améliorer ma pratique au cours des dix dernières années. En jouant des concerts en solitaire à la suite de la parution de mon album solo, il y a huit ans. Notamment ! Je n'ai vraiment commencé à apprendre le piano qu'à la fin de mon adolescence. Je ne me suis donc jamais pris au sérieux sur cet instrument, et encore aujourd’hui ; mais je compose presque exclusivement au piano désormais. Cette évolution est assez récente.

C'est l'instrument familial par essence ; celui que joue mon père, que pratiquaient sa mère et son père. Cela m'a procuré le sentiment de me connecter à une longue tradition familiale. C'est donc un instrument lourd à plus d'un titre dans notre famille. Je le prends donc au sérieux, et je crois avoir toujours craint de donner l'impression que j'essayais d'être un véritable pianiste, tout en étant conscient de ne pas l'être vraiment ; d'autant que je n'ai jamais vraiment pris de cours. Mais j'adore le toucher et j'aime le sentiment d'avoir un lien profond avec le piano, bien plus qu'avec la guitare, dont je pouvais jouer pendant que je chantais, ce qui m'occupait les mains.

J'ai tellement forcé sur le piano que je me suis cassé le poignet en en jouant, il y a trois ans...

Vos compositions ont été utilisées par des réalisateurs comme Tim Burton, David Lynch ou Paolo Sorrentino. Pensez-vous un jour composer la B.O d'un film ?

J'adorerais m’y consacrer. En revanche, je ne peux pas vraiment m'imaginer devoir écrire quelque chose et être totalement à la merci d'un réalisateur. David Lynch et Paolo Sorrentino ont utilisé du matériel existant. Il n'y a eu aucune contrainte pour moi. Mais j'étais ravi, car je ne m'attendais pas à entendre ma musique au cœur d'un film, moi qui étais tellement cinéphile au cours de ma jeunesse, au point de vouloir devenir réalisateur. Tous ces réalisateurs ont exercé une telle influence sur moi. Et jamais, je ne me serais imaginé entendre mes chansons dans leurs productions.

Etes-vous dès lors inspiré par les images que vous avez vues dans des films lorsque vous écrivez et composez des chansons ?

Bien sûr. Tout s'y trouve dans ceux que j'ai pu voir et qui m'ont marqué.

Comme ?

‘Blue Velvet’. Je me souviens l'avoir vu quand j'étais très jeune, et il revient souvent dans nos chansons. ‘Paris, Texas’ de Wim Wenders également. Ils sont tous là. Nous sommes exactement tout ce que nous avons vu, en bien ou en mal. C'est ce qui colore nos pensées. Toutes ces choses qui se déroulent au début de l'adolescence, la première fois que tu vois quelque chose qui t'étonne vraiment. Je pense que tu ne t'en remettras jamais. Et c'est vrai pour le film. D'ailleurs, David Lynch parlait d'un évènement traumatique qu'il a vécu au cours de son enfance, et qui l'a marqué à vie, lui donnant l'envie de faire du cinéma.

Les Pixies ont également été influencés dans leurs chansons et leurs paroles par les films de David Lynch...

Ce qui me paraît logique. David Lynch, qui a été aussi musicien et producteur musical, a exercé une influence si profonde sur la musique populaire au cours des 30 à 40 dernières années. Beaucoup d'artistes s'y réfèrent.

Certains de nos albums ont d'ailleurs été enregistrés chez lui. Il possédait un studio incroyable dans sa maison, qui ressemble à un cinéma, et dont nous avons pu disposer.

Nous avons enregistré sous la houlette de Dean Hurley, qui a été son producteur musical pendant de nombreuses années, et c'est ainsi que nous nous sommes retrouvés impliqués dans ‘Twin Peaks : the return’, car nous croisions David Lynch chez lui. 

The Veils : « Asphodels » (V2) 24/01/2025

Pornographie Exclusive

Trouver la lumière dans les ténèbres…

Vous le savez : dans votre webzine favori, nous traquons sans relâche les nouveaux projets prometteurs avant qu'ils n'explosent. Musiczine a été parmi les premiers à vous parler de Whispering Sons et d'Eosine, pour ne citer que ces deux exemples. Eh bien, aujourd'hui, nous vous présentons une nouvelle pépite : Pornographie Exclusive. Ce projet est un duo, un couple aussi bien sur scène que dans la vie, composé de Séverine Cayron et Jérôme Vandewattyne. Sa musique fait voler en éclats les frontières entre les genres musicaux, en concoctant un mélange alchimique d'influences cold-wave, goth-rock, psyché, darkwave, shoegaze, krautrock, techno et indus, le tout sublimé par une dimension cinématographique. Les deux artistes sont également actifs dans le septième art : Séverine en tant qu'actrice et Jérôme, comme réalisateur (notamment, du film ‘The Belgian Wave’). Et, cerise sur le gâteau, Séverine joue merveilleusement du violoncelle, instillant aux concerts un souffle décidément épique, comme nous avons pu le constater 'de visu', au Café Central, il y a quelques mois. PE est, sans nul doute, l'une des grandes révélations de ces derniers mois en Belgique ; et 2025 sera l'année de son explosion sur la scène internationale. Musiczine a rencontré les deux musiciens, accompagnés par Yannick Franck, du label Antibody, qui produit le premier elpee, éponyme, du duo. L'interview a été organisée par l'émission de radio WAVES.

Merci de nous accorder cette interview ! Ma première question sera très simple. Pourquoi ce patronyme, ‘Pornographie Exclusive’ ?

Jérôme : D'abord parce que ce sont des mots antinomiques. Ils représentent bien la dualité de notre condition humaine. En plus, ça sonne très ‘cold wave’.

Oui : un nom commun plus un adjectif, c'est directement cold wave.

Séverine : Voilà. Ce sont deux mots qui sont sortis de façon un peu aléatoire. On aime bien la langue française, la sonorité des mots, même si on ne chante pas beaucoup en français. On a un faible pour les associations comme ça. On s'est dit : ‘Tiens, ça sonne bien ; c'est très fort.’

C'est presque un oxymore.

Séverine : Exactement. Et ce qui nous amuse, c'est de voir la réaction des gens alors que ce ne sont que des mots, des sonorités.
Jérôme : Les générations plus anciennes vont considérer 'pornographie' comme choquant, alors que pour les plus jeunes, ce sera plutôt...

Le terme 'exclusif', par opposition à 'inclusif' ?

Séverine : Oui, alors qu'on n'exclut personne.

J'avais ressenti le nom comme simplement une expression de votre duo : 'exclusif' vu que vous n'êtes que deux et 'pornographie' dans le sens où vous allez au bout des choses, sans limites.

Jérôme : C'est ça ! On est vraiment nus, l'un en face de l'autre et on ose tout. On est dans notre bulle et, comme tu dis, il n'y a aucune limite.
Séverine : Et en effet, on ne se cantonne pas à un style. On est extrêmement ouverts.

Dans un morceau comme “Cracks”, il y a un côté cold wave, même carrément gothic rock, et aussi un aspect shoegaze. En outre, on identifie une dimension cinématographique. C'est un mélange de dingue, en fait !

Jérôme : Oui, mais ce n'est pas calculé. On part d'une ligne de basse, puis on ajoute une suite d'accords et une envie de texte.
Séverine : Ce qui correspond aussi à un moment particulièrement intense de notre vie, lors d'un voyage à Berlin.

J'ai cru comprendre que l'album avait été composé dans des chambres d'hôtels ?

Séverine : C'est exact. C'était pendant le confinement. On ne pouvait pas sortir ; donc, à Berlin, on est restés confinés. Et comme on se déplace toujours avec notre mini-studio portatif, on a composé et enregistré le morceau dans la chambre de l'hôtel. 

Et c’est le sujet des textes ?

Jérôme : Non, les paroles parlent de la manière dont un être peut être toxique dans une relation ou même avec lui-même. La toxicité ne va pas que dans un sens. On parle toujours des pervers narcissiques, mais, en fait, la toxicité est quelque chose qu'on construit ensemble. Les textes traitent des fissures qui peuvent contaminer l'autre.

Je comprends bien ce point de vue. En fait, suivant l’adage : 'It takes two to tango'. Il faut être deux pour danser le tango. Et la fissure est l'endroit qui laisse passer la lumière...

Jérôme : Mais c'est exactement ça ! Notre projet, c'est précisément de trouver la lumière dans les ténèbres.

C'est le principe de l'alchimie...

Jérôme : Précisément.

J'ai aussi eu un énorme coup de cœur pour le morceau 'Kosmische Liebhaber', 'cosmic lovers' ! Comment est née cette compo et pourquoi l'utilisation de la langue de Goethe ? 

Séverine : On essaye toujours de capter un moment pour écrire et composer. Donc là, je voyageais en train pour me rendre en Suisse et c'était un long trajet. Aussi, comme j'étais en Allemagne, dans cet environnement germanique, j'ai eu envie d'écrire ces paroles pour mon amoureux en allemand. Comme un poème écrit à distance.

Les paroles commencent par ‘Du bist Das Feuer, ich bin der Ozean...’ Et ensuite ?

Séverine : ‘Wir kommen auf die Erde, Um liebe zu verströmenr L'idée, c'est que nous sommes des 'aliens' venus sur terre pour jouir, pour expérimenter la jouissance... C'est un poème sur le pouvoir de l'amour. A ce moment-là, à cause de la crise sanitaire, on avait vraiment l'impression d’appartenir à un autre monde. On se voyait comme deux amants qui viennent d'une autre planète et arrivent sur terre pour apporter de belles choses.
Jérôme : Et c'est ce morceau qui a inspiré le film devant lequel on joue maintenant lors de nos ciné-concerts.

Oui, c'est le long métrage ‘One-Way Ticket to the Other Side’...

Jérôme : Tout à fait ! Et le fil rouge des séquences du film, qui ont été tournées par différents réalisateurs, est représenté par deux personnages, des êtres intemporels qui traversent un monde apocalyptique.
Séverine : Ce sont un peu nos 'alter egos', qui portent des masques de vieillards. On ne sait pas qui ils sont vraiment. Tout est un peu dans un flou artistique. 

Précisons pour les lecteurs que chaque séquence du film correspond à une chanson et que les réalisateurs ne disposaient' que de 100 € de budget par clip.

Séverine : Oui, enfin, en théorie... 

Et ce concept, très intéressant, de jouer devant un écran, en formule ciné-concert, c'est une de vos trouvailles ?

Yannick : L'idée du ciné-concert n'est pas nouvelle. Mais l’originalité de celui-ci, c'est que le film ne préexiste pas, il n’appartient pas au patrimoine. Tout a été commandité et supervisé par le groupe. C'est une démarche tout à fait singulière mais qui lui correspond bien puisqu'ils sont à la fois dans la musique et le cinéma.
Jérôme : On va présenter ce concept le 8 février prochain à l'Espace Magh, à Bruxelles. (NDR : voir le lien en fin d'article).

Ce sera un événement à ne pas manquer ! Parlons maintenant un peu de votre background. Séverine, tu as commencé par un parcours classique.

Séverine : Totalement classique. Mon père est compositeur de musique néoclassique, contemporaine et ma mère est mélomane. J'ai commencé le violoncelle à huit ans et j'ai découvert énormément d'œuvres, que ce soit en solo ou au sein d'un orchestre. Et puis, j'ai arrêté. J'ai décidé de devenir comédienne. J'ai compris que je ne voulais pas continuer le violoncelle professionnellement. J'avais besoin d'un autre moyen d'expression. Donc, j'ai pris une pause dans ma pratique de cet instrument pour le retrouver, plus tard, comme moyen d'arrangement. Et au sein du duo, j'ai vraiment redécouvert le violoncelle.

Et le chant ? 

Séverine : Dans ma carrière, j’ai toujours chanté. Chez Valkø et auparavant, Auryn. C'était plus dans un style pop-rock. Les deux projets ont reçu pas mal de couverture dans les médias. Mais j'avais envie de quelque chose de plus rock, de plus énergique, de plus dansant.

Et de plus alternatif ?

Séverine : Absolument ! Et au sein de Pornographie Exclusive, j'ai tout cela. Et en plus, je rejoue du violoncelle.

Tu peux donc réconcilier le passé et le présent.

Séverine : Oui, et c’est ce qui fait notre différence.

L'idée de ne pas choisir l'un ou l'autre. De mettre tout sur la table et de tout mélanger.

Séverine : C'est venu petit à petit. Par exemple, dans la première version de “Icon”, il n'y avait pas de violoncelle. C'est en répétant, alors que le track était déjà mixé, qu'on a fait évoluer le morceau. D'abord, grâce à un riff de basse de Jérôme et ensuite, j'ai eu l'idée du passage au violoncelle. Et on en a conclu : ‘Mais il est là, le morceau !’

C'est vrai que la compo prend carrément une tout autre dimension à partir de deux minutes.

Séverine : D'habitude, on évite de remanier les morceaux, sinon, on ne sortirait jamais d'album. Mais dans ce cas-ci, on s'est dit qu'il fallait vraiment le retravailler.

Et en live, ce morceau déchire. Au Café Central, en mai dernier, c'était énorme.

Séverine : C'était épique, on va dire... (rires)
Yannick : Ce morceau a mis le feu ! Il y a une envolée lyrique, un souffle puissant.
Jérôme : D'où l'importance d’interpréter les compositions en 'live' avant de les bétonner définitivement.

Pour leur donner l'occasion de se développer ?

Jérôme : Lors du ciné-concert, on a un titre, “From Bridges View”, qui ne figure pas sur l'album. Et il a aussi beaucoup évolué. Au départ, il s’agissait d’une improvisation pour un interlude. Et un jour, alors qu'on tournait pour le film, du côté de Doel, en pleine nuit, un gang est arrivé, et ces types ont commencé à tout péter autour de nous. Après un certain temps, on a préféré partir. Mais plus tard, en regardant les images, on s'est dit qu'on avait filmé un vrai moment de cinéma, de façon imprévue. Conséquence, on a réécrit un dialogue et cet épisode nous a inspiré d'autres idées musicales. Sur cette base, on est reparti tourner d'autres séquences. Finalement, on a obtenu un moment audio-visuel magique.

Et ces morceaux-là, qui ne sont pas sur l'elpee, vous allez les sortir ?

Séverine : Oui ! On en a quatre qui sont déjà mixés. Ce sera un Ep bonus de “One Way Ticket...”

Cool. Grâce à ce film et à ce concept de ciné-concert, vous avez été sélectionnés pour des festivals, notamment en Allemagne, et à Montréal.

Jérôme : En fait, le film est une création en partenariat avec le festival d'Oldenburg organisé par Torsten Neumann et sa femme Deborah Kara Unger, l'actrice de ‘Crash’ de Cronenberg, et de ‘The Game’, de David Fincher. Ils nous ont donné carte blanche. On a donc travaillé en compagnie des réalisateurs liés à ce festival, certains qu'on connaissait, d'autres moins voire, pas du tout. L'idée était de réaliser ce projet en commun et on l'a mené à bien en quatre mois. Notre album constituait la base et ils ont tourné leurs séquences vidéo en s'inspirant de notre musique. 

Et comment avez-vous fait pour coordonner le tout ? Vous avez fourni un cahier des charges ?

Séverine : Non. Le lien est établi par nos deux personnages, les Cosmic Lovers. Jérôme a conçu tous les interludes entre les chansons. Ils présentent deux personnages masqués, qui sont dans une sorte de 'road trip'. Chaque morceau et chaque petit film propose un monde différent. Ce sont les interludes qui constituent le ciment du film et assurent la cohérence de l'ensemble.

Jérôme : C'est vraiment une expérience à vivre en 'live'. Justement, le public aura l’opportunité de découvrir le spectacle le 9 février prochain à 19h30, à l'espace Magh, à Bruxelles. A une certaine époque, à cet endroit, il y avait une boîte de nuit : le ‘Who's Who's Land’.
Séverine : A côté du Manneken-Pis.
Jérôme : C'est dans le cadre du festival 'Court Mais Trash', dont on assure le final. On combinera donc le 'release' de notre album via Antibody avec la première belge de notre spectacle et la clôture du festival.

Maintenant, on va parler de ton background, Jérôme. Ta famille était également très branchée musique, si je ne m’abuse.

Jérôme : Oui. Mon père était DJ amateur. Il passait tous ses week-ends à animer des soirées, principalement à l'Os à Moelle, à Schaerbeek.

Tiens ! Je participe régulièrement à des quiz musicaux dans ce cabaret.

Jérôme : J'ai grandi là-bas. C'est le plus vieux cabaret de Bruxelles. Il avait été créé par Jo Dekmine, du Théâtre 140. Les week-ends, on y passait beaucoup de temps, mon frère et moi. On a créé plusieurs groupes jusqu'à ce qu'on ait le nôtre, VHS from Space. J'ai commencé le solfège à cinq ans, mais j'ai très vite arrêté, car je n'aimais pas le côté académique… rigide. Au départ, je jouais du piano. Mais à douze ans, j'ai eu envie de me consacrer à la guitare électrique, pour jouer du rock'n'roll ou du punk. Ce qui est marrant, c'est qu'aujourd'hui, Séverine me ramène un peu vers la musique classique...

Vous vous êtes fertilisés l'un l'autre...

Jérôme : Oui, on s'est contaminés. Et pour un bien !  

Dans l'autre sens, Séverine, tu as découvert la musique plus 'dark' grâce à Jérôme.

Séverine : On partageait déjà des références. Surtout la BO de 'Lost Highway' de David Lynch. On avait été touchés par la musique, plus que par l'histoire. Ce sera le début de notre intersection musicale. Mais je connaissais quand même déjà des choses plus 'hard' comme Mr Bungle, Fantômas et des groupes comme Cure, les Pixies...

L'album “Pornography” de The Cure, sans doute ? Ce n'est pas un hasard, ce mot 'pornographie' ? On suppose qu’il existe une filiation...

Jérôme : Oui, c'est quelque part grâce à l'album de The Cure qu'on a osé insérer le mot 'pornographie' dans notre nom. Mais ce n'était pas un hommage à ce groupe, qu'on aime beaucoup par ailleurs.

Le son de “Pornography” est juste énorme. En imaginant un son pareil pour votre musique, ce serait encore plus impressionnant.

Séverine : Oui, on peut imaginer le résultat ! Nous, évidemment, on est totalement en autoproduction. Et puis, j’ai pu concrétiser un rêve, celui de produire un album. J'adore le côté geek / ordinateur / plug-ins, etc.

C'est étonnant. On s'imagine toujours que c'est l'homme qui incarne le geek du groupe.

Jérôme : Dans PE, c'est elle, la 'geekette'... (rires)

Voilà, le néologisme est déposé...

Séverine : Oui, dans notre cas, c'est vraiment mon truc, quoi. C'est mon dada ; je peux vraiment passer des heures à bidouiller...

Donc, vous n'êtes pas allés dans un vrai studio ?

Séverine : Si, pour le mixage. 

Mais vous n'avez pas réenregistré les tracks en studio ?

Séverine : Simplement les cordes pour “Invitation to a Suicide”.
Jérôme : Tout a été entièrement enregistré dans des chambres d'hôtel. Ce qui explique pourquoi c'est de l'électro-rock. Il aurait été impossible d'enregistrer une batterie dans une chambre d'hôtel.
Séverine : Tout est réalisé à l’aide de plug-ins, y compris les amplis, les batteries, et évidemment les synthés.

Justement, au début de “Invitation To A Suicide”, une reprise de John Zorn, il y a des plug-ins synthés de dingue ! Ils me font penser à Tangerine Dream, à Popol Vuh... Il y a même des sons de mellotron.

Yannick : C'est très rare, de rencontrer un groupe à l’identité très 'wave' et qui, dans le même temps, est ouvert à une forme de psychédélisme et au côté répétitif du krautrock.
Jérôme : Tu cites Popol Vuh, et bien justement, certains de leurs morceaux ont été repris par Werner Herzog dans ses films. Ce genre de musique confère un élément, une atmosphère 100% cinématographique. C'est à nouveau un signe que l'on refuse les étiquettes. On a juste envie de voyager, de créer des sensations.
Yannick : C'est comme Tangerine Dream, dont la musique figure dans le film “Sorcerer” de Friedkin.
Jérôme : Tout à fait ! L'idée, c'est de ne pas imposer de limites. Et donc, par rapport à mon parcours, à côté de la musique, je fais également du cinéma. Et Séverine est comédienne. Donc, on transite toujours de l'un à l'autre. Le cinéma inspire notre musique et la musique reflète un côté cinématographique.

Pour les lecteurs, on précise que tu as réalisé ‘The Belgian Wave’, dont Yannick a créé la musique. Un long métrage qui a fait grand bruit au cours des derniers mois.

Jérôme : Il a été programmé au cinéma ‘Aventure’, à Bruxelles et, vu le succès, il a été 'prolongé' un nombre incalculable de fois.
Séverine : Si on n’avait pas dit 'stop', il aurait été programmé à l'infini (rires) !
Jérôme : Et juste avant, j'avais réalisé ‘Spit'n'split’, un film qui suivait la tournée de The Experimental Tropic Blues Band.
Yannick : À voir absolument. J'avais invité Jérôme dans l'école où je donne des cours, à l'ESRA à Bruxelles et les étudiants m'en parlent encore aujourd'hui. L'approche de Jérôme les a inspirés. On croit toujours qu'il faut des moyens énormes pour tourner des films. En fait, tu prends un vieux caméscope et tu filmes dans la rue, tout simplement, et tu testes un peu ton rapport au monde. Tu te confrontes à l'acte cinématographique et on voit très vite ce que tu as dans le ventre. On n'a pas besoin d'une tonne de matos, de 'steady-cam', de travellings. Il suffit d’adopter la méthode de Jérôme : réaliser un film à l'aide d'un appareil photo cassé.
Séverine : Et un objectif de caméra de surveillance...

A propos, le groupe existe encore ?

Séverine : Oui ! Il va sortir un nouvel album. On travaille un peu comme eux. On a aussi cette envie de DIY (Do it yourself) ... Être mobiles et surtout libres !
Jérôme : Faire les choses passionnément, sans avoir quelqu'un au-dessus de toi pour te donner des directives. Comme l'a dit Yannick : c'est là où on voit ce que tu as dans les tripes. C’est pourquoi j'adore les premiers films des réalisateurs. Quand ils sont débutants, ces films sont plus touchants et plus profonds. Par la suite, ils deviennent plus formatés. Par exemple, je joue sur une basse à 60€. Une basse chinoise.

Et pourtant, elle sonne super bien !

Jérôme : Le son, c'est surtout dans les doigts...
Séverine : Et dans l'intention. En ce qui concerne mon violoncelle, c'est différent. Pour qu'un violoncelle sonne, il doit être bon. Le mien, ça fait plus de 20 ans que je l'ai. On ne peut pas tricher. Il faut de la bonne qualité sinon ça sonne comme une casserole... On a également une bonne carte son. Les préamps sont bons. C'est une petite interface RME, mais elle donne de très bons résultats. On a enfin un micro-chant qui n'est pas cher, mais d'un niveau assez élevé : un Audio-Technica AT 2035. C'est un micro que Billie Eilish utilisait lors de ses premiers enregistrements, donc...
Jérôme : Il coûte environ 180 €, ce qui est très abordable. En blind test, il est comparable à un Neumann U87 à plus de 2 000 boules.
Séverine : Voilà, donc, en termes de qualité-prix, on a quand même du bon matos. Et puis, on a surtout un large spectre de ressources, car si Jérôme maîtrise la guitare, la basse, le chant et les claviers, je joue du violoncelle, du clavier et je chante. C'est une large palette !

Et ta guitare, Jérôme, a un son qui peut se révéler 'métal', un peu 'hard', mais souvent aussi très clean. Dans le genre des Shadows ou de certaines musiques de film. Elle sonne presque comme un glockenspiel.
Jérôme :
Mon éducation y est sans doute pour quelque chose. Mon père jouait dans un groupe de reprises des Shadows...

J'ai tapé dans le mille, apparemment...

Jérôme : Ce qui nous plaisait dans la soundtrack de “Lost Highway”, c'est la diversité. Lynch et Trent Reznor ont prouvé qu'il était possible de créer des BO comprenant aussi bien du Lou Reed ou du Marylin Manson, que du free jazz ou de la musique cubaine. Et je vois une cohérence dans tout cela. On adore écouter énormément de musiques, se nourrir des plus variées. Et après, on assimile le tout pour élaborer notre propre son.

Dans la palette, on a évoqué le côté classique et cold wave, mais il y a aussi la face Nine Inch Nails.

Jérôme : Oui, 'indus'. Trent Reznor est un grand monsieur. Je me réjouis de savoir qu’un gars pareil pouvait décrocher un Oscar pour la meilleure BO. Et tout en restant intègre. Il a même fait du Pixar ! Par exemple, la soundtrack du film ‘Soul’.

Oui ! Ce film est extraordinaire. Un pur chef-d'œuvre !

Yannick : Il y a aussi Lustmord, qui compose également des BO de films hollywoodiens.

J'aimerais qu'on aborde maintenant pour sujet, la reprise, que vous avez réalisée, de “Invitation To A Suicide”, de John Zorn.

Séverine : C'est un morceau tiré de la BO du film qui porte le même nom.

Ce qui m'a frappé, c'est le riff de guitare. Il me rappelle “Tubular Bells”, de Mike Oldfield, dans la BO de ‘L'Exorciste’. Il y a vraiment des dizaines de musiques de films qui sont basées sur...

Séverine : ...sur des ritournelles...
Yannick :  ...et des signatures rythmiques bizarres.
Séverine : On s'est un peu cassé la tête pour concrétiser ce projet.
Jérôme : On avait envie d'être prisonnier d'une mélodie-ritournelle comme celle-là, pour essayer de la comprendre, de la maîtriser, de la dompter. Donc, même quand la signature rythmique change, on essaie de conserver un beat...

Oui, le beat de la boîte à rythmes reste identique et il y a un décalage mais à la fin du cycle, il se récupère.

Jérôme : En effet. La ritournelle possède un côté mécanique et on voulait que les gens puissent continuer à danser dessus, à suivre le beat. C'est ainsi qu'on s'est approprié le titre. Au départ, c'était juste un exercice de style, mais à la fin, on en a conclu que le morceau méritait parfaitement sa place dans l'album. Et puis, Yannick nous a rappelé qu'il fallait qu'on ait l'autorisation pour sortir cette reprise. Et il a réussi à contacter John Zorn...
Yannick : En fait, je connaissais Martin Bisi, qui s'occupe du BC Studio, à New-York. Un studio culte où ont été enregistrés des albums célèbres de Sonic Youth, de Herbie Hancock, comme par exemple, le fameux “Rock It”. Pour la petite anecdote, un jour, je me retrouve dans ce studio, qui est situé dans le quartier Gowanus, à Brooklyn, et je vois des 'reel-to-reels', des bobines, qui trainent par terre dans des caisses. Je demande ce que c'est et on me répond que ce sont des impros de John Zorn. Plus tard, j'ai fait le lien et j'ai donc tout de suite demandé à Martin les coordonnées de John Zorn. Cinq minutes plus tard, il m'envoie l'adresse e-mail privée du réalisateur, lequel a répondu très vite à mon message, en écrivant : ‘Votre reprise est très belle, vous avez ma bénédiction. Envoyez-moi des exemplaires du disque quand il sort...’
Séverine :
C'était énorme de recevoir sa bénédiction.
Yannick : Séverine et Jérôme peuvent être fiers d'avoir été adoubés de cette manière par le Maître. Parce qu'il doit en recevoir beaucoup, des demandes de ce genre. Et c'est d'autant plus remarquable, que la composition originale a quand même été profondément retravaillée, dans un style plus alternatif.
Séverine : Si on avait juste reçu son accord, sans jugement positif sur le morceau, on aurait déjà été contents. Mais là, on ne s'attendait vraiment pas à un retour aussi chaleureux.
Yannick : C'est allé très vite et c'était très enthousiaste.
Séverine : On avait un peu peur parce qu'on avait quand même adopté un son très techno-psyché, basé sur un gros beat et des grosses montées de synthés.
Jérôme : Mais, vers la fin, les violoncelles reviennent et apportent une certaine douceur. Et puis, de toute façon, n'oublions pas que John Zorn, c'est aussi “Funny Games”. Il est aussi lié à Mike Patton, de Faith No More. Il représente une forme de liberté musicale qui nous correspond bien. Donc, nous semblait logique d’inclure la reprise sur l'album. Tout en démontrant aussi qu'on n'est pas seulement dans la cold wave...

L'opus est très varié ! On peut aussi épingler “Electric Blue” et le morceau chanté en français...

Séverine : “Pire que la Douleur”...
Yannick : C'est pour cette raison qu’il est sur Antibody. Ce n'est pas un label orthodoxe. Quand on sort de la cold wave, c'est de la cold wave produite par un Libanais ou un Marocain, des mélodies levantines et un mix de beaucoup d'influences. Ce n'est pas un label de puriste, au contraire. Donc, j'ai une certaine fierté de sortir l'album de PE. Comme on est amis, on s'est posé la question de savoir si c'était le bon choix. Et finalement, il s'avère que c'est le bon endroit, précisément parce que le projet est inclassable et dispose d'une véritable singularité. En parfaite adéquation avec leur nature en tant qu'êtres humains et qu'artistes.
Jérôme : Et c'est la même chose pour nous, dans l'autre sens. Il était judicieux de le sortir sur le label de Yannick et on est vraiment très fiers. Ça symbolise vraiment beaucoup pour nous.

D'autant plus que vous partagez aussi la passion du cinéma.

Jérôme : Tu sais, nous, on était prêts à le sortir seul, en mode indé et puis on l'a envoyé à Yannick et c'est tombé dans les oubliettes.
Séverine : Pendant un mois ou deux, pas de nouvelles... (rires)
Yannick : Je procède toujours de cette manière…
Jérôme : Vu qu'on est amis, on n'osait pas le relancer, en se disant que peut-être, il était gêné de nous avouer qu'il n'aimait pas. Et puis, mon téléphone a sonné. Il a déclaré : ‘Mais c'est incroyable ! Vous ne voulez pas le sortir sur Antibody ?’ On en a conclu que l’idée était géniale ! Et voilà, maintenant, on a ce côté 'team' et c'est hyper important aujourd'hui de se serrer les coudes. Donc, Yannick, je te renvoie la fierté que tu ressens. On est vraiment ravis d'être dans un label indépendant comme Antibody. C'est hyper important pour nous.
Séverine : C'est une forme de résistance.
Yannick : Dans un monde corrompu à ce point, il faut placer le cœur au centre de tout. La corruption des consciences est telle que si tu ne traces pas ton parcours avec des liens humains, qui ont du sens, ça ne vaut même pas la peine.
Jérôme : Le sang et le sens...

Voilà. Merci beaucoup pour l'interview ! C'était super et on vous souhaite beaucoup de chance. En tout cas, en ce qui me concerne, je connais déjà mon album préféré de 2025 dans la catégorie des productions belges.

Jérôme & Séverine : Merci beaucoup !

Pour écouter l'interview en podcast de l'émission WAVES (avec, en bonus, les sélections de PE), c'est ici.

Pour écouter et acheter l'album de PE, c'est là.

Pour acheter les tickets pour le ciné-concert du 9 février à l'Espace Magh, à Bruxelles, c'est encore ici. 

Crédit photo : Olivier Donnet (Facebook et Instagram)

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