Claud et la musique

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Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

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The Cure
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Dead Can Dance

La Renaissance de Dead Can Dance

Le titre du tout récent elpee, "Anastasis" (‘Renaissance’ en grec) avait annoncé la couleur. C'est bel et bien à une renaissance que nous avons assisté le 29 septembre dernier, lors du concert archi-soldout accordé par Dead Can Dance, au Cirque Royal. La précédente visite de la formation datait de 2005 (au Bozar) et au niveau discographique, la dernière production originale remontait à 1996 (“Spiritchaser”). Il était donc grand temps de tirer le moribond de son sommeil profond et de l’inviter à réintégrer la danse...

Très bel oxymoron ‘Dead Can Dance’ (‘Le Mort Peut Danser’) est symbolisé par l’image figurant sur la pochette du premier album éponyme du combo. Il date de 1984. On y voit un masque guinéen en bois, un objet qui prouve que ce matériau noble, bien que mort, peut continuer à danser lorsqu'il est utilisé dans le cadre de cérémonies rituelles. Emmené par l'Anglo-irlandais Brendan Perry et l'Australienne Lisa Gerrard, Dead Can Dance est, au début de sa carrière, soit début des eighties, un des fers de lance du label 4AD, à l’instar de Bauhaus et Cocteau Twins. Au fil de leur longue carrière et de leur succès sans cesse croissant, ils ont glissé progressivement de la cold-wave vers des musiques d'inspiration classique, gothique et médiévale aux sonorités incantatoires voire occultes, pour aboutir enfin dans une ‘fusion world music’, empruntant des sonorités aux musiques traditionnelles nord-africaine, sud-américaine et asiatique.

En lever de rideau du spectacle, nous ne sommes donc pas étonnés de découvrir un autre duo spécialisé dans la ‘world music’, en l’occurrence Vladiswar Nadishana, multi-instrumentiste sibérien et David Kuckhermann, percussionniste berlinois. A l’aide de leurs instruments traditionnels, ils nous emportent dans un univers sonore suscitant l'évasion. L'instrument central du duo est un ‘hang’ ou ‘hangdrum’, une sorte de ‘steel drum’ ovale, épousant la forme d’une soucoupe volante. Cette première partie pleine de finesse et de sensibilité nous prépare idéalement au voyage qui va suivre...

Quand Dead Can Dance prend possession du podium, un tonnerre d'applaudissements remplit le Cirque Royal. Avant même d'avoir joué une seule note, la formation reçoit une véritable ovation. Les premières nappes de synthé de “Children Of The Sun” résonnent alors et c'est le premier morceau d'« Anastasis », une composition réminiscente du mouvement ‘flower power'. Majestueux et autoritaire, le baryton profond de Brendan Perry remplit l'espace. Il a le visage buriné et une barbichette grisonnante. On dirait un sage habité par son art. Lisa Gerrard est magnifique. Elle est drapée dans une robe en velours marron ; un brocart brodé d’or et d’argent flotte sur ses épaules.

Dès le second morceau, “Anabasis”, nous retrouvons précisément sa voix sublime de contre-alto, probablement la plus belle, féminine, au monde. Enchanteresse, vibrante, ample et sombre, sa tessiture est chaude et ronde. Comme dans la plupart de ses compositions, Gerrard chante dans un langage propre qu'elle a développé dès l'âge de 12 ans, une ‘idioglossie’ étrange et hermétique, aux consonances arabiques. Une atmosphère envoûtante baigne alors la salle ; touché, le public frissonne de bonheur.

Dans l'ensemble, la setlist est composée majoritairement d'extraits d'« Anastasis » mais le groupe opère quand même quelques incursions dans sa très riche discographie. Un son de triangle et quelques notes de yangqin, le dulcimer chinois, résonnent enfin. Le public applaudit car il a reconnu “Rakim”, extrait de “Toward The Within”, l'opus ‘live’ publié en 1994. C'est principalement Perry qui chante sur ce morceau aux accents africains. Même tonalité chez “Kiko”, peut-être la plus belle plage d'« Anastasis ». La voix hypnotique de Gerrard y répond aux lignes répétitives de bouzouki dispensées par Perry. Au milieu de la compo, un magnifique moment éclot quand la rythmique très singulière (une 'time signature' 4/4-5/4) associée aux superbes harmonies et au solo de bouzouki, crée comme une marche ténébreuse d'une profonde intensité. D'une poignante splendeur...

Brendan Perry présente ensuite “Lamma Bada”, une vieille chanson traditionnelle de l'Andalousie mauresque. Ecrite dans une langue arabe ancestrale, elle relate la peine de quelqu’un qui souffre de l'amour qu'il porte à une autre personne qui se trouve de l'autre côté d'une pièce. Perry y étale toute sa maestria à la guitare fretless 12 cordes.

Après « Agape » et « Amnesia », deux autres nouveaux titres, un peu moins puissants, vient un autre moment clé du concert, le sublime « Sanvean », interprété de maîtresse façon par Gerrard. Elle l’avait composé en 1993, en compagnie d’Andrew Claxton, pensant à sa famille, qu'elle avait laissée en Australie. Sur le tapis de violons dessiné aux claviers par Jules Maxwell, elle entame cette mélodie belle à pleurer. On n'entend pas une mouche voler et le moment est magique. Le public est crucifié par la perfection mélancolique qui se libère d’une expression sonore qui tient en son sein tout l'amour du monde. Voir la vidéo: http://www.youtube.com/watch?v=ZxpBsb4Nojw

“Nierika” reprend le chemin de l’Afrique. Extrait de “Spiritchaser”, c’est un des trop rares moments au cours desquels le couple échange leurs voix. Perry y révèle également ses talents de percussionniste, un tambour serré entre ses jambes. Ensuite, place à “Opium”, dont les tonalités asiatiques sont enrichies par les douces notes de hangdrum.

Soudain, des coups de timbale déchirent le voile d'un orgue solennel. Nous sommes le “Host Of Seraphim”, emprunté à “Serpent's Egg”. On est à nouveau replongé dans la période gothique de DCD, qui restera pour de nombreux fans la plus marquante. Notamment parce que les deux protagonistes étaient alors un couple à la ville et que leurs compositions étaient marquées du sceau de la passion. Voir la vidéo: http://www.youtube.com/watch?v=BlehmMmzOlI. Notons d'ailleurs que “Host Of Seraphim” est un des morceaux les plus connus du combo, car il a servi pour de nombreuses musiques de films.

On quitte quelque peu l'ambiance grave pour la légèreté de "Ime Prezakias", une Rembetika, un genre musical de la Grèce des années 30. Le titre signifie ‘Je suis un drogué’ et sous le rythme persan et chaloupant du morceau, les lumières jaunes et or dansent sur le voilage de carreaux noirs qui drape le fond de la scène.

Lisa Gerrard prend le relais pour nous réserver son morceau solo le plus couronné de succès, « Now We Are Free », composé avec Hans Zimmer pour la bande originale du film Gladiators (2000), une musique qui avait valu au duo un ‘Golden Globe Award’. Les mains posées sur son pupitre, elle ferme les yeux pour contrôler chaque souffle que produit sa voix. Un break aux accents africains laisse ensuite place à la complainte finale, sublime.

Le spectacle se termine ensuite tout en douceur par « All In Good Time », une lente mélopée de Perry, peut-être pas le morceau idéal pour terminer un set ; mais lorsque les musiciens se retirent, c'est un véritable vacarme qui gronde pour imposer un rappel.

Revenus sur l’estrade, ils jouent le très indien "The Ubiquitous Mr. Lovegrove", tiré d''Into The Labyrinth” (93), suivi du vibrant "Dreams Made Flesh", un morceau créé par Perry et Gerrard pour l'album «  I'll End In Tears » du collectif 4AD, This Mortal Coil. Perry rejoint maintenant Lisa Gerrard pour l'accompagner au yangqin et on est touchés de voir l'ancien couple à nouveau côte à côte (voir la vidéo http://www.youtube.com/watch?v=iryLWYBJ4mQ ).

Lors du second rappel, cet album enregistré en 1984 est à nouveau mis en exergue. A travers « Song To The Siren », que Perry interprète également lors de ses concerts en solitaire. Sa version est plus proche de l'originale de Tim Buckley et Larry Beckett (1970) que celle de This Mortal Coil... Superbe ! Enfin, empreint d'une élégance toute celtique, « The Return Of The She-King » permet à Astrid Williamson, préposée aux claviers et backing vocals, de révéler la pureté de sa voix qui répond en écho à Gerrard. A ce moment, les spots dessinent des arabesques de lumière sur la scène et on se sent comme dans un rêve médiéval. Perry rejoint ensuite les deux chanteuses pour former un chœur qui clôture la chanson dans un magnifique a capella. Voir la vidéo: http://www.youtube.com/watch?v=SowPy3CSMkM

En point d'orgue à ce concert inoubliable, Lisa Gerrard reviendra pour interpréter « Wandering Star », une plage qui figure sur son dernier elpee solo, « The Silver Tree » (2006).

Au moment de quitter le Cirque Royal, on a la gorge serrée tant l'émotion était intense. Bien sûr, on aurait préféré écouter une majorité d'anciens morceaux. Bien sûr, la setlist aurait pu privilégier davantage de titres rythmés, surtout en fin de parcours ; mais force est de constater que Dead Can Dance a tout à fait réussi son come-back. Après avoir assisté à un de leurs concerts en 1993, dans le cadre de la tournée « Into The Labyrinth », je puis affirmer qu’ils n'ont rien perdu de leurs aptitudes. Duo divin, Dead Can Dance est de retour ; et c'est comme s'il n'était jamais parti...

Setlist

Children of the Sun
Anabasis

Rakim
Kiko
Lamma Bada
Agape
Amnesia
Sanvean
Nierika
Opium
The Host of Seraphim
Ime Prezakias
Now We Are Free
All in Good Time

Encore:

The Ubiquitous Mr. Lovegrove
Dreams Made Flesh (cover of This Mortal Coil)

Encore 2:

Song to the Siren (cover of Tim Buckley)
Return of the She-King

Encore 3:
Wandering Star

 

Wovenhand

Sur le sentier de la guerre…

Écrit par

En me rendant à ce concert, mon objectif était double. D’abord, compenser une grave lacune : celle de ne jamais avoir mis les pieds à l’Eden à Charleroi. Cette salle est capable d’accueillir 750 personnes, en configuration debout, lorsque les gradins sont accessibles. Mais ce soir, le groupe a demandé de se produire en formule ‘club’. La capacité est donc réduite à 312 places assises. Ce qui confère aux lieux une ambiance intimiste tout en favorisant la communion (?!?!?!) entre le band et le public. Ensuite, c’était l’occasion de revoir Wovenhand sous une autre formule ; le concert accordé en compagnie des Muzsikas, en 2010, ne m’ayant guère convaincu. Enfin, le moment était idéal, puisque le nouvel opus de la formation étasunienne, « The laughing stalk », bien que plus musclé, tient parfaitement la route…

La prestation s’ouvre par la plage finale de cet elpee, le très bruitiste « Glistening black ». Faut dire que l’opus est nettement plus rock que folk. Appuyés, les riffs de guitare évoluent même à la limite du punk. Le départ de Pascal Humbert a été compensé par l’arrivée de deux jeunes musicos chevelus et tatoués. Un guitariste et un bassiste. Ce dernier a la tête enserrée par un superbe bandana rouge. Il ressemble à un Apache (Cochise ? Geronimo ?). Des nouveaux collaborateurs qui apportent inévitablement du sang neuf à l’expression sonore. Et ce changement est aussi perceptible sur scène : David Eugene Edwards (DEE) ne reste plus vissé sur sa chaise, mais se produit bel et bien debout. Un détail qui a toute son importance. Car cette situation communique davantage d’énergie au show. Pas moins de cinq titres du dernier album s’enchaînent sans temps mort (NDR : dont « Closer » et « Long horn »). Avant que « Sinking hands » et un peu plus tard « Speaking hands » ne contentent les fans de la première heure. L’ambiance au sein de l’auditoire demeure paradoxalement paisible. Ce qui n’est pas plus mal. Pas de chahut intempestif. Pas de lourdaud qui vous cache la vue en filmant la scène à l’aide de son gsm ou de groupie adolescente gesticulant aux premiers rangs. Fin de cette première partie de spectacle, Wovenhand nous réserve le point d’orgue du spectacle : un « Holy measure » de toute beauté. On est comme transporté au cœur des montagnes Appalaches. Et tout au long de l’intermède précédant le rappel, des percussions indiennes (NDR : comme avant le début du concert d’ailleurs) prolongent cette vision de cette région de l’Amérique profonde, autrefois peuplée de Creeks, Cherokees et Iroquois. Ces rythmes tribaux finissent par envoûter une partie des spectateurs dont certains commencent à se lever. Avant que DEE et sa bande ne reviennent pour interpréter deux titres. Dont en finale, un « As wool » particulièrement puissant. A l’instar des compos figurant sur leur dernier long playing, faut-il le rappeler…

En tournée pour l’instant, Wovenhand a un agenda particulièrement chargé. Pour la Belgique, il s’agit déjà du cinquième concert accordé dont quatre au Nord du pays. Un privilège lorsqu’on sait que cette date était intercalée entre les deux seules prévues pour la France, soit à Paris et Rouen. Et DEE sera également de retour chez nous, le 29/10 au Vooruit de Gand, en compagnie du groupe mythique australien Crime and the City Solution.

L’Eden de Charleroi accueillera ce 9 novembre Stupeflip (NDR : des provocateurs en puissance !) et Reptile Youth ce 8 décembre. La formation danoise que l’on compare déjà aux explosifs Friendly Fires se produira cependant dans la brasserie, local d’une capacité de 250 places.

(Orgnisation : CC de Charleroi – Eden)

Programme complet sur : www.pba-eden.be

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Dan Deacon

A voir, mais surtout à vivre…

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On attendait impatiemment le retour de Dan Deacon en Belgique, ce doux-dingue qui avait littéralement retourné le Botanique le 7 juin. Il se produisait donc ce lundi 24 septembre, à même adresse, mais au sein de la Rotonde. En brisant les codes scéniques en vigueur, l’Etasunien était parvenu à réaliser une communion parfaite avec le public. Pas étonnant dès lors que la salle soit comble afin de pouvoir assister ou plus exactement vivre une performance qui ‘deacone’ bien. D’autant plus que son nouvel album, « America », paru voici quelques semaines, est propice à la transposition en ‘live’…

Avant d’entrer dans le vif du sujet, place à Deep Time. Le duo monte sur l’estrade à 20 heures tapantes. Autrefois, le couple répondait au patronyme de Yellow Fever. Jennifer Moore (chant, guitare, synthé) et Adam Jones (batterie) viennent de publier un elpee éponyme, proposant une pop minimaliste plutôt sympathique. Malgré ce potentiel, tout au long des 30 minutes de leur set, la chanteuse ne parviendra jamais à se lâcher. En outre, elle va commettre quelques erreurs ; maladresses qui finiront par mettre son partenaire de très mauvaise humeur. Dommage, car intrinsèquement les morceaux tiennent la route ; mais dans ce contexte difficile de créer une quelconque interaction… Dommage !

21 heures approche. La tension est palpable au sein de la Rotonde pleine à craquer. Manifestement, le public est déjà acquis à la cause de l’artiste, avant qu’il ne fasse son apparition. Sur ce podium, deux batteries se font face et un crâne y est planté au beau milieu. Des spots multicolores surplombent une table sur laquelle est disposé un matos, ma foi insolite. Enfin, le crâne s’illumine. Suivant sa bonne habitude, Dan Deacon se place dans le public, devant sa table. Dès cet instant, le natif d’Austin (NDR : il réside aujourd’hui à Baltimore) entre en symbiose avec son public. Un public dont la majorité va entrer dans une forme de transe, dont il ne sortira que 90 minutes plus tard.

Ce gourou à l’allure de nounours a un don inné pour faire participer les spectateurs à son show. Il commence par rendre un hommage à Lenny Kravitz. L’auditoire fixe du doigt la boule à facette placée au plafond. Suivant les consignes du maître de cérémonie, tout le monde se baisse pour se relever à la fin d’un décompte. C’est alors que retentissent les premières boucles électroniques, des boucles soutenues par les interventions alertes des deux drummers. Un régime frisant la frénésie qui va conduire logiquement les deux musicos, au bord de l’épuisement, à la fin du show. Excités, les jeunes bondissent ou frappent des pieds sur le sol. La Rotonde tremble. Le répertoire de Deacon réunit titres de son nouvel opus et du précédent, « Bromst ». Mais la foule n’en a cure ; c’est l’ambiance qui prime. Jamais, je n’avais vu autant de folie dans une salle de concert. Le clou du spectacle ? Une farandole géante organisée par Dan. Un tunnel géant humain va même se former jusqu’à l’extérieur de la salle. Et dans la bonne humeur. Autres moments forts : les slams. Tant les garçons que les filles y participent. Ils se déclenchent de gauche à droite et de haut en bas de la scène ! A 22h30, le show s’achève. Acclamations unanimes pour Dan Deacon. Les spectateurs qui l’entourent le prennent dans les bras, l’invitent à signer des t-shirt, des drapeaux, etc.

Les planches de la Rotonde se rappelleront longtemps du passage de ce gourou. Dan Deacon y a immortalisé un concert qui, plus qu’à voir, est à vivre. Et les spectateurs présents ce soir ne sont pas près d’oublier ces moments privilégiés…

(Organisation Botanique)

Electric Guest

Cassée, la voix…

Écrit par

En mai dernier, Electric Guest se produisait dans le cadre des Nuits Botanique. Un set remarqué, même s’il ne s’agissait pas de son premier passage en Belgique. Et le duo qui n’en est pas un (NDR : Rejoints par les frères Todd et Tory Dahlhoff, en 2011, Asa Taccone et Matthew Compton sont les membres fondateurs du combo) revenait une nouvelle fois sur la terre de leurs premières amours. Un exercice de style censé rendre le sourire à un public découragé par une météo déprimante.

Arrivé en trombe sur le site du Botanique sur le coup de 20h35, je manque de peu le dernier morceau proposé par le supporting act. Pas grave, si j’en crois les commentaires recueillis auprès des nombreux spectateurs entassés au bar ; leur prestation n’a guère convaincu ces assoiffés qui ont préféré dépenser moult kopecks en nectar mousseux, en attendant le moment fatidique. Soit 21 heures.

Enfin, l’attraction de la soirée monte sur les planches ; j’ai cité : Electic Guest. ‘Fuck yeah Brussels, we are Electric Guest’. Les présentations sont faites. Les choses sérieuses peuvent débuter. « Waves » déferle dans la salle et communique les premiers frissons à une assemblée à moitié dans les bras de Morphée. Musicalement c’est au point. Mais il y a quelque chose qui cloche, d’anormal dans la voix d’Asa Taccone. Il n’ose pas monter dans les aigus, pourtant spécialité du chef. L’explication viendra quelques morceaux plus tard. Le jeune Etasunien est malade. Il carbure au thé depuis la matinée afin de soigner sa gorge enrouée. Les morceaux déferlent. Ils sont bien construits, entraînants et conformes à l’album. Et pourtant, un goût de trop peu reste en bouche. Il manque ce petit plus susceptible de graver ce spectacle dans les mémoires. Malgré une excellente interprétation du tout aussi excellent morceau « This head I hold » et un inédit seulement interprété deux fois auparavant, le set ne décollera jamais. Il restera agréable, sans plus.

Au final, quoique sympathique, il nous a laissé sur notre faim. La faute à une voix cassée, un auditoire sous morphine et à un manque de répertoire. Onze titres en tout, c’est peu quand on doit tenir en haleine une salle pendant une heure.

(Organisation Botanique)

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Calexico

De l’or dans les doigts, des cuivres dans les oreilles…

Écrit par

Après avoir assisté au fantastique set de Calexico, flanqué de l’orchestre mexicain Mariachi Luz de Luna, dans le cadre du festival Pukkelpop, en 2000, puis vécu celui –remarquable également– accordé lors du Cactus (?!?!?) de Bruges, en 2009, je ne pouvais manquer celui de l’AB, prévu ce 19 septembre 2012. D’autant plus que la formation vient de publier un nouvel album il y a quelques jours. Intitulé « Algiers », il a été enregistré à la Nouvelle-Orléans. De quoi escompter une fusion de styles originale…

Ce soir, l’Ancienne Belgique est archicomble. Il revenait à Laura Gibson d’ouvrir la soirée. Originaire de Portland, cette artiste est rarement inspirée pour se fringuer. Pas trop gâtée par la nature, plutôt timide et chaussée de lunettes d’institutrice, cette grande bringue (NDR : elle a intitulé son dernier album « La Grande », le nom d’un patelin sis dans l’Oregon), possède cependant une superbe voix. Angélique et rafraîchissante. Talentueuse, elle s’accompagne à la sèche (parfois aussi aux claviers) et bénéficie du concours d’un claviériste/trompettiste, d’un drummer (sis à l’extrême droite du podium), d’un guitariste (parfois préposé à la steel) et d’un contrebassiste. Et la musique trempe dans une forme de folk/jazz particulièrement élégante. Une demi-heure de set qui mériterait un prolongement ultérieur… mais bon, comme votre serviteur a débarqué à 20h15, il en a savouré un bon quart d’heure ; dans ces conditions, difficile d’en raconter davantage…

A 21h00, la bande à John Convertino et Joey Burns montent sur les planches. Joey se réserve une ‘six cordes’ (le plus souvent acoustique) et le chant. John les drums. Arborant de superbes rouflaquettes, Jairo Zavala remplace Paul Niehaus, à la guitare solo et à la steel. Jacob Valenzuela se charge de la trompette, du vibraphone et des claviers. Martin Venk, l’autre trompette. Chris Giambelluca, la basse. Et Sergio Mendoza, l’accordéon, les synthés et surtout le piano. Ses interventions caribéennes aux ivoires, font d’ailleurs absolument merveille. Je m’attendais donc à un concert aussi déjanté que ceux auxquels j’avais pu assister. Mais en début de parcours, la musique épouse une forme plus conventionnelle, à la limite de la pop. Dans un style ténébreux et atmosphérique, néanmoins. Pas une entrée en matière très excitante. D’autant plus que les anciennes compos proposées sont toutes aussi paisibles. Heureusement, la suite va s’élever progressivement en intensité. Dès le ‘sergioleonesque’ « Roka », chanté tour à tour en espagnol et en anglais, les maracas et le vibraphone annoncent la couleur. « Para » se cuivre davantage et monte en crescendo. Enfin, tout en adoptant un rythme de valse, « Dead Moon » conjugue trois guitares dont une en vibrato. La musique baigne alors enfin dans un climat latino, pour le plus grand bonheur des aficionados. Vivifiant, « El picador » est superbement cuivré et incite les spectateurs à réagir. Des cuivres bien ‘Tijuana’ et qui vont colorer de plus en plus l’expression sonore, sans jamais l’étouffer. Jacob Valenzuela chante et enchante de sa trompette extatique le paso doble « No te vayas », un extrait du nouvel elpee. Pour attaquer la cover du « Alone again or » de Love, Chris a décidé de troquer définitivement sa contrebasse contre une basse, un morceau au cours duquel quatre des musicos participent aux vocaux. C’est à peu près à partir de ce moment que l’auditoire commence à participer de plus en plus activement au show, en frappant notamment dans les mains. Plus tex mex, « Corona » est enrichi par l’accordéon et une gratte countryfiante. L’épique « Puerto » flaire le Mexique à plein nez. C’est la composition qui achève le show. Au cours du set on aura aussi droit à un autre instrumental (« Close behind »), dont la slide projette dans les esprits des images d’un chemin de fer qui s’enfonce à toute vapeur vers l’Ouest. Lors du feutré « Hush », John Convertino joue en picking sur une guitare à 12 cordes pendant que Joe Burns caresse ses peaux. Un morceau au cours duquel les cinq autres musiciens rivalisent d’imagination pour entretenir les différents bruitages. Le public est ravi. Le groupe aussi ; et le rappel est inévitable. Trois titres y seront proposés, dont deux compos plus sereines ; et en final, le pimenté « Guëro Canelo » qui va soulever l’enthousiasme de l’auditoire. Acclamations nourries !

 

Bref, un excellent concert, mais pas aussi remarquable que les deux précédents auxquels j’avais eu la chance d’assister. A l’instar des anciens chercheurs d’or, Calexico aurait peut-être intérêt à chercher de nouvelles sources d’inspiration. Un bon filon à explorer. Pour ne pas connaître une traversée du désert…

Setlist

Epic
Across The Wire
Splitter
Roka

Para
Fortune Teller
Dead Moon
El Picador
Sinner In The Sea
No To Vayas
Maybe On Monday
Alone Again Or
Corona

Hush
Close Behind
Puerto

Rappel

The Vanishing Mind
Two Silver Trees

Güero Canelo

(Organisation Ancienne Belgique)

 

Jonathan Boulet

Maybe Tomorrow

Écrit par

« We Keep The Beat, Found The Sound, See The Need, Start The Heart ». Le titre du second album de Jonathan Boulet et ses potes australiens déboule à la même vitesse que les roulements de percus qui l’étayent. Un album qui se déguste d’une traite et que l’on avait hâte de découvrir lors d’un vrai big live show. Le Botanique a exaucé le souhait des fans de l’Australien en l’invitant à prendre possession de la Rotonde, le temps d’un soir, celui du 18 septembre dernier.

Sur le coup des 20h30, la Rotonde n’est encore remplie qu’au tiers de sa capacité. Une demoiselle s’inquiète en y débarquant. ‘Mais non, c’est pas la bonne salle !’ Si, si, mam’zelle, c’est bien ici. Peu de monde donc pour accueillir la nouvelle fine lame du rock indie made of antipodes. Les lumières s’éteignent cinq minutes plus tard. Les retardataires arrivent, v’là qui devrait rassurer la demoiselle. Au final une bonne petite centaine de personnes ont répondu à l’appel des fûts du quatuor.

Jonathan et trois de ses confrères prennent place devant leurs instruments et entament le set par un extrait de « We Keep The Beat, Found The Sound, See The Need, Start The Heart », un deuxième LP caractérisé par des rafales de percussions et des chœurs déchaînés. Sur scène, c’est la débandade, dès le second titre. Le son est approximatif et souffre de grésillements ponctuels. Le leader de la bande salue ensuite timidement la foule tandis que son guitariste tente désespérément de régler ses pédales. Les problèmes techniques semblent résolus, lorsque la formation enchaîne « Hallowed Hag », « Keep Away You Feral Son Of A Bitch » et « FM AM CB TV », des versions jouissives dans leur mouture studio. Ils sentent bon le Vampire Weekend, l’Animal Collective, les Dodos ou encore des Local Natives énervés.

Sur l’estrade, c’est un autre scénario qui se déroule. La formation a l’air légèrement perdue et on croirait assister à une première partie, plutôt qu’au concert d’un groupe bien rôdé. Une batterie, des percus, un guitariste et Boulet à la basse. Seuls ces deux derniers se chargent des parties vocales. Et c’est là où le bât blesse. Parce qu’il a beau être mimi, le gratteur, avec son sourire, ses beaux cheveux noirs mi-longs et sa chemise à carreaux qui font doucement glousser certaines filles placées à proximité du bonhomme. Mais lorsqu’il s’approche du micro, il n’y a strictement rien d’intéressant qui se passe. Au contraire, les chœurs sont à la limite du faux. La hargne dégagée au sein de la version studio des morceaux de Boulet cède la place à une langueur peu enthousiasmante. Même les tubes en puissance « This Song Is Called Ragged » ou le tonitruant « You’re A Animal », servi en fin de parcours, font de la peine à entendre. Pas fameux, pour une prestation de 35 minutes à peine !

Jonathan Boulet doit encore prendre de la bouteille pour devenir un tantinet plus convaincant sur les planches. Et certainement remplacer l’un ou l’autre de ses camarades de route. Ce semi-fiasco n’entachera cependant pas l’affection que votre serviteur porte à l’excellent « We Keep The Beat, Found The Sound, See The Need, Start The Heart », qui doit manifestement tout à ses arrangements.

(Organisation : Botanique)

 

Norah Jones

Lovely Head

Écrit par

Melody Gardot, Diana Krall, Norah Jones, … Pour cette nouvelle saison, les jolies demoiselles du Jazz/Pop se sont toutes donné rendez-vous à Bruxelles pour faire tourner la tête à ces messieurs. La première à fouler les planches d’une salle de la capitale, Norah Jones, avait jeté son dévolu sur Forest National. Une salle un peu trop impersonnelle pour ce type de musique. Ce qui n’a pas empêché la demoiselle de remplir l’espace en deux temps trois mouvements.

On ne badine pas avec les horaires à Forest National. Sur le coup des 21 heures tapantes, Norah Jones et son band (‘They don’t have a name yet’ annonce-t-elle amusée, un peu plus tard) débarque devant un parterre assis et bien garni. La jolie progéniture de Ravi Shankar salue son public autour d’un décor plutôt simple, avant d’ouvrir la danse par un hit en guise d’entame. « Come Away With Me ». Quand tu veux ma belle ! Le délicieux timbre de voix de la demoiselle s’échappe des baffles diffusant, chose rare à Forest national, un son cristallin. Dans la fosse, c’est l’instant GSM. Evidemment ! Dès le second morceau, Jones embraie sur le morceau éponyme de son petit dernier, « Little Broken Hearts » et annonce alors que la soirée sera résolument tournée vers sa nouvelle œuvre.

En 10 ans et 5 LPs, Norah Jones a progressivement glissé d’un jazz langoureux à une pop de plus en plus édulcorée. Et cette métamorphose va se ressentir tout le long d’un concert sobre et sympathique mais, parfois, borderline chiant. Jones a la classe, ses musiciens sont excellents. Mais, lorsqu’après cinq morceaux à peine, on se met à penser à la liste des courses du lendemain, c’est que quelque chose cloche. Et ce quelque chose, c’est ce malheureux focus sur les dernières compositions, tournée promo oblige. Malgré le coup de main du maître Danger Mouse au niveau de la production, on ne peut pas vraiment dire que « Little Broken Hearts » casse la baraque. Tant en version studio que sur scène. Heureusement, des titres comme « Sinkin’ Soon », « Cold Cold Heart » (reprise d’Hank Williams), « After The Fall » ou le hit acclamé « Don’t Know Why » permettent à Jones et son équipe de tenir la distance. L’atout de la chanteuse ? Son piano. Passant d’un instrument à l’autre, c’est lorsque Jones siège derrière ses ivoires que la magie opère vraiment ; et que les lourdingues assis derrière vous se décident enfin à la boucler. Des instants providentiels.

Le concert s’achève au bout d’une heure et demie, par un rappel de deux morceaux dont un « Sunrise » repris en chœur par l’assistance. Celle-ci semble conquise. De notre côté, on ne peut pas dire que l’étincelle a véritablement eu lieu. La faute aux nombreux moments de flottement. Allez, un petit « My Blueberry Nights » en DVD pour se consoler.

Organisation : Live Nation

( Voir aussi notre section photos ici )

 

 

Perfume Genius

Un parfum encore trop volatil…

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Pour la rentrée, l’Ancienne Belgique avait frappé un grand coup, en invitant Perfume Genius, le projet de Mike Hadreas, un étasunien issu de Seattle. Quelques mois seulement après avoir fait salle comble, dans le cadre des Nuits Botanique, et après avoir été logiquement invité au festival de Werchter, l’Américain revenait en Belgique. Pour ce spectacle, la salle est disposée en configuration semi-assise, mais n’affiche pas complet.

Il revenait à Indians, le projet de Søren Løkke Juul, un Danois natif de Copenhague, d’ouvrir la soirée. Signé chez 4AD, il a publié, à ce jour, deux singles. Il pratique une musique hybride, fruit de la rencontre entre analogique et numérique. Son style est atmosphérique et expérimentale. Vu ce que les vidéos postés sur la toile avaient montrés de cet artiste, j’ai donc préféré m’abstenir….

A 21h00 pile, Mike Hadreas monte sur l’estrade. Malgré ses 27 balais, il paraît très jeune. On lui en donnerait vingt, à tout casser. Il est accompagné d’un drummer et d’un préposé aux nappes sonores. Le leader s’installe derrière ses claviers. Et ne décollera plus de son tabouret qu’à de rares exceptions. Quant à ses acolytes, ils sont tout aussi statiques. Dès qu’il prononce les premiers mots, on est subjugué par son timbre androgyne, qu’il maîtrise à la perfection. Sa voix me fait même clairement penser à Antony des Johnsons voire à Boy George. Il en est même particulièrement proche tout au long de « No Tear », un morceau totalement bouleversant. Les titres de son dernier opus, « Put Your Back N 2 It », se succèdent. Le répertoire oscille entre chansons langoureuses et compos plus entraînantes. Une toile de fond : ses ivoires. Et une même trame : des textes mélancoliques. Parmi les moments forts du concert, on épinglera « Take Me Home », « Hood » ou encore la reprise du « Helpless » de Neil Young, qu’il interprète en solo, uniquement au piano.

L’alternance entre morceaux plus remuants et paisibles est a priori un bon choix pour le répertoire d’un concert. Malheureusement, cette sélection m’a semblé, ce soir, peu judicieuse. Et pour cause, elle n’a jamais permis au public d’entrer véritablement dans l’univers de Perfume Genius. D’autant plus que le set n’a duré qu’une heure ; et puis que Mike a la fâcheuse tendance à achever ses morceaux d’une manière impromptue, laissant ainsi le mélomane sur sa faim. En outre, on ne peut pas dire que le trio soit composé de bêtes de scène. Et sans le moindre visuel, difficile d’adhérer à un projet aussi spartiate. Finalement, entre l’écoute de l’album et le concert, il n’y avait pas grande différence. A mon avis, ce type de spectacle aurait bien plus d’impact au sein d’une salle de plus petite taille.

Une certitude, l’Américain de manque pas de talent. Mais ce soir, on avait l’impression qu’il avait le trac. Une assurance qu’il ne pourra acquérir qu’au fil du temps et des concerts. C’est ce qu’on appelle de l’expérience. 

(Organisation AB)

 

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