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La vision de l’art prônée par Superchunk…

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lundi, 27 mars 2006 03:00

She´s got soul

Rob Donavan est issu de Dallas, au Texas. Depuis qu'il dirige son groupe, il a eu l’opportunité d’ouvrir les sets de Sam Myers, Johnny Moeller, Hash Brown, Chris Zalez (Mike Morgan & the Crawl), Robin Banks et bien d’autres. Peu connu extra muros, il pratique pourtant un blues de très bonne facture. Il avait déjà commis un album en 2004 : "Donovan's riff". "She´s got soul" constitue son second opus. Un disque pour lequel il a tout composé, enregistré, mixé et produit. Il a cependant reçu le concours de Jerry DeCicco à la basse, Ron Franklin aux drums et Bill Johnston à l’harmonica.

Une guitare bien texane ouvre le feu dès l'instrumental "Pretty Polly". Une plage immortalisée live au Pigeon Hole d’Irving. Le style est clair, proche d’un Anson Funderburgh voire d’un Mike Morgan. A moins que ce ne soit de Freddie King qui inspira des générations de gratteurs texans et d'ailleurs! Le tempo accélère. L'harmonica de Bill Johnston se met en évidence. Rob chante ce "Leaving just the same", d'une voix bien assurée. La section rythmique remplit son rôle. D’un niveau honnête, l'harmo décoiffe, puis décolle. Ses échanges opérés avec les cordes de Rob libèrent pas mal de swing. Blues lent, "Good time girl" affiche une sensibilité très texane, inspirée mais certainement pas purement et simplement pompée chez Stevie Ray Vaughan. Elle lorgne d’ailleurs davantage vers son frère, Jimmie Vaughan. La formule est simple et dépouillée mais très efficace. La voix passe bien la rampe. "My name is drink" produit un swing léger. Une compo qui démontre l’éclectisme de Mr Donavan. Ainsi, l'instant suivant, il s’embarque sur "Fool me once twice", un fragment bien rythmé, exécuté dans l’esprit d'Albert King ou alors s’engage sur "Killing floor", un morceau au cours duquel Johnston se met en exergue à l'harmonica! Ballade bluesy, "Every hour of every day" est imprimée sur un tempo lent ; un titre mélodique qui autorise une envolée de guitare aux notes parcimonieuses, mais bourrées de feeling. Dans les grandes lignes, Rob partage son répertoire entre style chicagolais très orthodoxe et blues bien texan. Ce qui ne l’empêche pas de dispenser certaines mélodies plus ‘swinguantes’. A l’instar du captivant "I dont need for nothin", caractérisé par son solo récréatif. Côté Chicago, "Like, love, leave" consomme sa dose d'harmo, alors que le rythmé "North Side baby" permet à un Rob extraverti, très agressif, de déverser des flots de notes. Sur la route texane enfin, le shuffle "When will I be a hole" et le titre maître ne naviguent jamais tellement loin de l’univers de Vaughan. De bonne facture, cet opus n’affiche cependant pas de grande prétention.

lundi, 13 février 2006 02:00

Live

Fondé en 1991, Double Stone Washed est issu du Sud Ouest de la France. Des adeptes du rockin' blues ou plus exactement du pub rock des seventies ; un style magnifié autrefois par Dr Feelgood. La rencontre entre ce genre musical et le punk rock de la fin des 70s allait déboucher sur la naissance d'excellentes formations comme Eddie & the Hot Rods, Nine Below Zero, les Inmates ou encore Little Bob Story. Et il ne fait aucun doute que les D.S.W. se sont inspirés de ce courant. Réservé à des compositions maison et emballé sous une pochette en jean délavé, leur premier opus, "Take it", est paru en 1994. En 96, ils commettent leur deuxième elpee : "Live at the Bateau Ivre". Il faudra patienter jusqu’en 2001 pour retrouver la trace d’un enregistrement. Ce sera à l’occasion de leur participation à la collection "Tribute to Lee Brilleaux". Un an plus tard, ils éditent enfin un nouvel opus : "Don't stop washing". Un disque concocté sous le patronyme de Double Stone Washed Blues Band qui épingle de nombreux standards du blues. Enfin, en 2004, ils ont immortalisé leur set accordé en public, au Festival blues de Traverse. A Cléon, en Normandie. En supporting act de Ten Years After. Un brûlot gravé sur cette plaque.

Sur scène, le line up implique le chanteur/harmoniciste Lilian Descorps, les frères jumeaux Franck et Frédéric Villafagne, respectivement à la guitare et à la basse ainsi que le drummer Julien Bigey. Episodiquement, Laurent Chêne (NDR : le manager !) se fond dans les chœurs. Enfin, quand il le sent bien! Les Double Stone ne font pas dans la (fine) dentelle. Ils ont une pêche d’enfer. Leur rockin' blues est sans compromission.

Franck attaque nerveusement ses cordes sur le devant de la scène. Rivé derrière son micro Lilian éructe puissamment ses vocaux ; mais dès qu'il relâche l'attention, Franck se libère. Très rythmique, les deux compos d'ouverture, "Stammering days et "Come on in my house" (NDR : elles sont signées par le groupe !) plantent définitivement le décor. En effet, dès que Lilian souffle dans l'harmo, nous entrons de plein pied dans l’univers pub rock. Proche d'un Doctor Feelgood ; mais en plus puissant, en plus implacable. Plus intéressant encore, lorsque la machine imprime un tempo boogie, rien ne semble pouvoir l'arrêter. A l’instar de "Well I done got over it", une compo au cours de laquelle on a l’impression que tous les musiciens sont en surrégime. Fervents adeptes des Pirates du gratteur Mick King, ils attaquent le redoutable "Shakin' all over", un titre que jouait jadis (NDR : n°1 en 1960 !) King, lorsqu’il secondait le rocker Johnny Kidd. Fred se démène comme un beau diable, en injectant le maximum d'écho dans ses cordes. Le rythme file à toute allure pour la cover du "Hong Kong Money" de Dr Feelgood, époque Gypie Mayo. Les D.S.W. sont vraiment à leur affaire lorsqu'ils rockent et rollent. Et ils déménagent littéralement quand ils reprennent le "Travellin' band" du Creedence Clearwater Revival. Le Double Stone Washed me rappelle Count Bishops, un groupe anglais méconnu qui a sévi à de la fin des 70s. Leur line up impliquait deux guitaristes (Zenon De Fleur et Johnny Guitar) ainsi que le chanteur Dave Tice, dont la voix grave est fort semblable à celle de Descorps. Nos Sudistes ( ?!?!?) ont atteint leur (folle) vitesse de croisière. Lilian s'époumone sur son harmo pour balancer le "Parchman farm" de Mose Allison, une plage qui emprunte au détour le Bo Diddley beat. Frank se met dans la peau de Mick Green pour interpréter "Quit while you're behind", un morceau signé Will Birch et bien sûr enregistré par Dr Feelgood. Le combo ne desserre jamais l’étreinte, emportant tout sur son passage, dont le "Witch queen of New Orleans" de Redbone, une version super speedée du "Drinkin' wine spoo-dee-oo-dee" de Brownie McGhee et enfin une adaptation amusante du "The dog" de Rufus Thomas. Le rock'n'roll blues de Double Stone Washed est rude. Mais ce type de formation est nécessaire ; car il apporte le bonheur au public. Et puis il déploie une telle énergie et manifeste une telle volonté de faire partager sa passion et ses rythmes, qu’il en devient un garant de l’authenticité. Lors du rappel, le combo en profite pour adresser, à travers "Call the doctor", un clin d’œil à qui vous savez. Frank se secoue alors comme Wilko Johnson pouvait le faire trente ans plus tôt…

lundi, 13 février 2006 02:00

Blues Guitar Women

Thomas Ruf a concocté une collection très intéressante consacrée aux femmes impliquées dans le blues féminin ; et plus particulièrement aux chanteuses et guitaristes. Faut dire que dans son esprit, il a toujours le souvenir impérissable de Memphis Minnie, un véritable mythe qui a composé, chanté, joué et enregistré le blues pendant plus de 40 ans. Ce double CD est partagé entre deux styles de blues. Le premier disque s’intéresse au blues contemporain (NDR : le plus souvent électrique) et le second au blues traditionnel.

L’œuvre s’ouvre par une adaptation du "Can't quit the blues" de Buddy Guy opérée par le Lara Price Band. Une plage très électrique introduite par plus de deux minutes de guitare vagabonde avant que le chant de Miss Price n’entre en scène et puis s'impose. Mais on en retiendra surtout la dégaine versatile d’une certaine Laura Chavez, une fille de 22 ans préposée pour la circonstance au manche (NDLR : ça rime presque !). Dès les premiers accords de "Takin' it all to Vegas", on reconnaît sans peine la présence d’une autre Californienne : Debbie Davies. Après avoir fréquenté l'école d'Albert Collins, cette chanteuse/guitariste a acquis une expérience certaine et drive même ses propres troupes depuis un bon bout de temps. Une chose est sûre, son intervention est sans faille. Alice Stuart fait déjà figure de vétéran. Faut dire qu’il y a quarante ans, elle pratiquait déjà du folk blues ; et puis elle a milité chez les Mothers of Invention de Frank Zappa. Elle possède une bonne voix y et met toute sa conviction pour interpréter "The man's so good". En outre la formation affiche une excellente cohésion et ne s’égare pas dans les fioritures instrumentales. Sue Foley (NDR : cette Canadienne qui a forgé sa notoriété à Austin, au Texas, écrit actuellement un livre consacré aux ‘femmes guitaristes’) laisse échapper des grappes de notes hispaniques de ses cordes acoustiques, tout au long de l’instrumental "Mediterranean breakfast". Une compo chargée d’émotion et empreinte de charme, caractérisée par des percussions efficaces et un orgue discret. Cependant, lorsque Miss Foley décide de brancher l’amplification, nous pénétrons dans un univers sonore redoutable, proche du grand Peter Green. Un moment privilégié qui illumine cette collection! Deborah Coleman a commis quelques albums d’excellente facture, au cours de la dernière décennie. A un tel point que la fréquence de ses sorties nous est devenue familière. La féline se réserve ici un instrumental climatique : "The river wild". Joanna Connor amorce un "Livin' on the road" en douceur, avant d’y communiquer une étincelle électrique, virant alors vers un hard rockin' blues, expression sonore tonifiée par le vocal plutôt agressif et une slide opiniâtre. De nationalité serbe, Ana Popovic concède un autre instrumental : "Navajo moon", une plage cool, jazzyfiante, inspirée par Ronnie Earl et Stevie Ray Vaughan. Carolyn Wonderland n'est pas très connue. Elle compte pourtant quelques elpees à son actif. Elle chante, joue de la guitare, mais aussi de la trompette, de l'accordéon, de la mandoline et des claviers. Pour attaquer "Judgement day blues", elle a reçu la collaboration de Guy Forsyth à l'harmonica. Le tempo est bien enlevé tout au long de ce titre puissant et immédiat. En se dirigeant vers la Louisiane de Baton Rouge, le climat devient plus intimiste. Soutenue par ses Exiles, l’excellente Miss Eve Monsees (NDR : une inconnue également établie à Austin, au Texas) irradie le célèbre "Lonely lonely nights". Sa voix est un peu frêle mais la guitare manifeste une grande efficacité. Maria Muldaur et Bonnie Raitt se sont réunies pour interpréter "It's a blessing". Un moment de grande intensité alimenté par les deux voix très pures de ces artistes notoires. Elles chantent avec beaucoup de bonheur ce succulent fragment de country blues acoustique. Et le recours au bottleneck accentue cette sensation de fraîcheur. "Dreamland" durcit le ton. L'attaque est brute, primaire. La slide libère un son totalement pourri. La responsable ? Une Finlandaise ! Un bout de femme plutôt frêle qui répond au nom d’Erja Lyytinen. Elle devrait bientôt sortir un album chez Ruf. Une œuvre à laquelle il faudra se montrer attentif. Barbara Lynn épingle un autre instrumental : "Lynn's blues". Un morceau bien ficelé dynamisé par une section rythmique qui ne manque pas de groove. Nonobstant leur fragilité, les cordes atteignent facilement leur cible. A premier abord peu farouche, Tracy Conover affiche une fameuse santé. Jolie, blonde, cette Texane exécute le célèbre "Goin' down", jadis immortalisé par Freddie King, d’une manière très convaincante. Elle a déjà du métier et semble apprécier le jeu de Jimi Hendrix! La première plaque s’achève par Beverly "Guitar" Watkins et le gospel de Ruthie Foster.

Consacré à un blues plus traditionnel, le second morceau de plastique implique quelques artistes confirmés. Solide sexagénaire issue de la Georgie, Precious Bryant amorce ce disque par son "Fool me good". Elle milite au sein d’une organisation remarquable qui répond au patronyme de "Musicmaker Relief Fund". A l’instar de trois autres membres ici présentes : Algia Mae Hinton, Etta Baker et Rory Block. Agée de 76 ans, Algia Mae Hinton manifeste une grande habileté à la guitare sèche. En outre, elle possède une voix poignante, qui a du vécu… Issue de la Caroline du Nord, Etta Baker aura bientôt 93 balais. Tout au long de "One dime blues", elle fait preuve d’une grande clarté dans son jeu. Rory Block impressionne lors d’un enregistrement immortalisé en public : le "Fixin' to die" de Bukka White. Le premier elpee de Ellen McIlwaine (« Fear Itself ») remonte à 1969. Depuis, elle en a édité une flopée. Originaire de Nashville, elle affiche une grande habileté sur le manche sur "Dead end street". Les sonorités de sa six cordes résonnent comme celles d’un sitar ! Deux artistes impliqués sur le CD contemporain se produisent ici sous une forme ‘unplugged’ et y démontrent tout leur talent. Tout d’abord Sue Foley, dont la voix de fausset charme "Doggie treats" et puis Alice Stuart lors d’un "Rather be the devil" particulièrement réussi. Mais un des sommets de ce volume est atteint par Jessie Mae Hemphill, une artiste issue du Mississippi. Sont style très original est imprimé sur le rythme du chemin de fer. Gaye Adegbalola est (très) blonde, mais noire de peau. C’est également la guitariste de Saffire. Son timbre vocal est âpre. Rory Block l’accompagne tout au long de son "Nothing's changed". La fin de l’opus est hantée par quelques fantômes. De grandes voix du blues aujourd'hui disparues qui nous font encore vibrer. Tout d’abord la Britannique Jo Ann Kelly dont le timbre sublime et beau à pleurer magnifie "Ain't nothing in ramblin". Mattie Delaney, Elvie Thomas et Geeshie Wiley étaient issues du Mississippi. Elles ne sont guère connues. Et pour cause, leurs enregistrements remontent à 1930. Pourtant, leurs interprétations ne maquent pas de sensibilité. Pour clore cette œuvre, il était impossible de passer sous silence l'inspiratrice de cette collection : l'inoubliable Memphis Minnie, décédée en 1973, à l'âge de 76 ans. Thomas Ruf a choisi "In my girlish days". Une bien belle collection passée en compagnie de ces dames du blues…

 

mardi, 18 juillet 2006 03:00

Creative Outlaws

Manifestement, la fin des années 60 a bouleversé la musique rock. L’explosion de toutes ses limites, des frontières entre styles, a permis d’exploiter au maximum les possibilités musicales et instrumentales des musiciens, en quête d'imagination, en dehors des canons du bien-pensant commercial. La musique underground était occupée de naître, principalement aux Etats-Unis, même si les Anglais développaient des ressources de créativité énormes. Cette collection justement baptisée "Hors la Loi créatifs" est sous-titrée "US Underground 1962-1970". Elle s'attache donc à retracer cette révolution culturelle qui a sévi de l'autre côté de l'Atlantique.

Parmi les premiers artisans de ce mouvement, certains ont traversé le temps. Et je pense tout d’abord à Jimi Hendrix, pourtant décédé il y a déjà 37 ans. Son dépeçage de l'hymne américain "Stars Spangled Banner" et sa reconstitution totalement déjantée en est la plus belle illustration. Sa révolution aussi. Et il la proclame ici sur la scène de l'Albert Hall de Londres. Particulièrement engagé, le MC5 incarnait un autre protagoniste du désordre. Son message politique était extrême. Son cri de fureur symbolisé par "Kick out the Jams". Cette cité de l’enfer a enfanté un iguane immortel : Iggy Pop. Alors aux commandes des Stooges, il était également issu de la motor-city de Detroit. Il célèbre ici son ode à la frénésie : "1969". Davantage expérimental, avant-gardiste même, Captain Beefheart affrontait le blues de l'impossible. Cette compile en épingle "Dachau blues".

De la génération flower power à l'acid rock de San Francisco, de Haight et Ashbury, on retiendra surtout Country Joe & the Fish. Son "I feel like I'm fixin' to die" a été immortalisé au festival de Woodstock. Et bien sûr la chanteuse Grace Slick, militant alors chez le Great Society. Elle nous propose ici une première version de "Somebody to love", compo qui deviendra un énorme hit pour le Jefferson Airplane. Créateur unique en son genre, Moondog est un artiste emblématique issu de New York. Soutenu par Charlie Parker et Charles Mingus, il a immortalisé "On Broadway" dans les rues de la métropole. Les Fugs ont davantage forgé leur réputation sur une attitude anti-conventionnelle qu’à travers leur musique. Pourtant, leur "The garden is open" libère un son incroyable. Faut dire que tout devenait possible dans ce monde halluciné où se mêlaient drogue, violence et révolution sexuelle. Pearls Befoser Swine pratiquait déjà ce qu’on appelle du folk psychédélique. Drivée par Tom Rapp, cette formation stigmatisait le conflit armé au sein duquel les States s’étaient engagés au Vietnam. "Uncle John" en est la parfaite illustration.

Aux pays de l’Oncle Sam, le folk pouvait également émarger au courant dit progressif. Les Holy Modal Rounders en sont un premier exemple. Et puis surtout Kaleidoscope dont la musique baignait littéralement au sein d’un climat orientaliste déconcertant. Ce band avait alors pour tête de proue le prodige David Lindley, toujours sur les routes en 2006. On ne peut passer sous silence l’existence de Blue Cheer, un combo de hard rock déjanté, extrême, ou si vous préférez de heavy metal lysergique. Un trio responsable de la reprise sans concession d’un classique du rock'n'roll : "Summertime blues". La conjugaison des trois instruments est absolument démoniaque! Particulièrement novatrice, mais injustement méconnue, la musique du West Coast Pop Art Experimental Band était le fruit d’une imagination débordante qui est reproduit sur "Suppose they give a war and no one comes", un véritable collage sonore sous tension constante. Fin des 60s, éclot un ‘importantissime’ boogie band à Los Angeles : Canned Heat. Inspiré à l’origine par le blues le plus pur, il est parvenu à se forger un style unique en son genre. Faut dire qu’il pouvait compter sur des musiciens talentueux. Leur interprétation de "Sic 'em pigs" est absolument hallucinante. Quelle époque ! Quarante ans plus tard, le "Time has come today" des Chamber Brothers me trotte toujours dans la tête. S’appuyant sur des musiciens noirs doués de voix puissantes, le groupe avait délivré cet hymne psychédélique remarquable sans se douter qu’une version d'une dizaine de minutes de ce morceau allait dévaster les pistes de danse de l’époque. Et aujourd’hui encore il semble toujours aussi irrésistible!

Un témoignage éloquent d'une période de l’histoire qui ne peut laisser personne indifférent! Quelques absents de marque cependant : Frank Zappa, Grateful Dead et Quicksilver Messenger Service.

 

 

mardi, 17 juin 2008 03:00

The Bert Berns Story

Sous-titré "Twist and Shout Volume 1 - 1960-1964", “The Bert Berns Story” réunit une collection de compos déversées, au cours de la première moitié des sixties, par ces vieux juke-boxes qui ne visaient qu’un seul objectif : faire danser. Chanteur, compositeur et producteur, Bert Russell Berns était établi au sein de la "Grosse Pomme" de New York, au cœur du Bronx! Il nous propose ici pas moins de vingt-six plages, toutes signées de sa plume. Des compos d'une durée de 2 à 3 minutes, moulées dans un même format et mêlant soul et pop. Le tout sophistiqué d’arrangements aussi surannés que complaisants. Des arrangements souvent de cordes, aujourd’hui particulièrement irritants pour nos oreilles contemporaines. Berns était un producteur notoire aux States. A l’époque, il jouissait d’une réputation aussi solide que Phil Spector, Leiber et Stoller ou même Holland, Dozier et Holland, les responsables du son Tamla Motown. Il a d’ailleurs bossé plusieurs années pour le label Atlantic. C’est donc envahi par une certaine nostalgie (NDR : à moins que ce ne soit une nostalgie certaine) que l’on écoute "Pour it on" de Sammy Turner ou "Killer Joe" des Rocky Fellers. Ce type de mélodie me rappelle souvent ce qui allait devenir le style ‘yéyé’ français. Rappelez-vous Sylvie Vartan, Richard Anthony, Petula Clark ou encore Frank Alamo. Sous le pseudonyme de Russel Byrd, Bert Berns interprète "You'd better come home". Personnellement, j’ai beaucoup apprécié "Cry to me" du célèbre Solomon Burke. Sa voix était vraiment éclatante. Les Pretty Things lui réserveront une adapatation remarquable, quelque temps plus tard. Et puis le "Twist and shout" des Isley Brothers, un classique immortalisé, ensuite, par les Beatles, évidemment. Ben E King chante "Gypsy". Bert avait coécrit ce titre en compagnie de Leiber, Stoller et du boss d'Atlantic, Ahmet Ertegun. Les voix envoûtantes des Drifters envahissent "One way love". Le "My girl Sloopy" des Vibrations allait connaître un hit international ; mais dans la version des McCoys, un combo au sein duquel militait un certain Rick Derringer au chant et à la guitare. "Here comes the night" clôt ce recueil. Lulu, chanteuse anglaise particulièrement en vogue à l’époque, en avait réalisé une version très attachante. Et Berns a même assuré la production de cette même chanson interprétée par Van Morrison. L'Irlandais drivait alors le Them. Une superbe cover au cours de laquelle un certain Jimmy Page, était venu apporter son concours à la guitare. Il avait même emporté son fuzz box en studio! Que de souvenirs !

 

mardi, 17 juin 2008 03:00

Nine lives

Découvert en 1963, ce prodige est promis à un avenir billant. Il n’est alors âgé que de 15 ans. Pourtant, qui aurait pu prévoir une carrière d’une telle longévité ? Imaginez donc : il compte aujourd’hui plus de 45 ans de carrière. Steve vient juste de fêter ses 60 balais ; et ma foi, il peut être fier de son parcours. Un parcours jalonné de hits intemporels, commis en compagnie du Spencer Davis Group ("I'm a man", "Gimme some loving’",… ) ; mais surtout illustré par deux aventures capitales. Tout d’abord, celle de Traffic, qu’il a créé. Un des premiers supergroupes responsable de l’évolution de la musique rock. Et puis Blind Faith. En compagnie d’Eric Clapton, même si le projet a été éphémère. Sans oublier son parcours solo, au cours duquel il a aligné un nombre impressionnant d’elpees.

"I'm not drowning" augure un opus fort agréable à écouter. Les cordes acoustiques et les percussions discrètes précèdent cette voix unique, pure, si proche du regretté Ray Charles. Steve est seul. Il chante et se réserve l’instrumentation dans un style réminiscent du Delta. Manifestement, il n'a pas oublié ses racines blues! Le saxophone soprano délicat de Paul Booth ouvre "Fly". Mais cette plage démontre une nouvelle fois que Traffic, c'était avant tout Winwood, même lorsque ses partenaires jouissaient d’une notoriété certaine. Cette compo aux accents champêtres baigne dans la douceur. Mélodieuse, très légère, elle est empreinte d’une grande tendresse et nous transporte dans l’éther atmosphérique. Le backing group de Steve est solide. On y retrouve Richard Bailey aux drums, Karl Vanden Bossche aux percus ainsi que José Pires de Almeida Neto aux cordes essentiellement acoustiques. Le tout est nappé par les interventions à l’orgue Hammond de notre leader. Et la conjugaison de toutes ces individualités conduit à un style cohérent mais original. Les plages défilent comme les scènes d'un bon film. Les vagues de la mer se fracassent sur "Raging sea". Les percussions prodiguées tout au long de "Hungry man" trahissent la passion de l’artiste pour la musique africaine. Paul Booth se charge des parties de flûte et de cuivres sur "Secrets" et "Other shore", deux morceaux qui sentent bon le parfum du Traffic de jadis. Puissant, "Dirty city" dépeint admirablement la difficulté de vivre au sein des métropoles, quand on n'a pas un rond devant soi. Pour la circonstance, Winwood bénéficie de la participation de son partenaire d'autrefois : Eric Clapton. Une star, quand même ! Rageur, épais, le son de l'orgue nous rappelle le Steve au sommet de son art. Le célèbre "Gimme some loving" hante à nouveau nos esprits ; et puis les cordes magiques de ‘Slowhand’ Clapton ponctuent la fin de parcours de ce fragment. L'ombre du génie Ray Charles plane à nouveau sur l’excellent "We're all looking", fruit d’un mélange subtil de jazz et de rhythm & blues. « Nine lives » constitue le neuvième elpee solo de Steve. Il nous parle ses "9 vies", y communique ses émotions et dévoile ses expériences personnelles… en 9 épisodes!

 

mardi, 17 juin 2008 03:00

Big bear's gate

Tuomari Nurmio est finlandais. C’est une véritable légende vivante du rock'n'roll dans son pays. Il s'y est d'ailleurs toujours exprimé dans sa langue maternelle. Pourtant, cet universitaire (NDR : il est diplômé de la faculté de droit) a décidé de se mettre à langue de Shakespeare. Histoire de mettre tous les atouts dans son jeu pour obtenir une certaine reconnaissance internationale. Il aurait pu être juge (tuomari en finnois) mais a opté pour les voies musicales. Il a choisi pour adjoint, Markku Hillilä… un médecin! Manifestement, le duo –qui a choisi pour patronyme Judge Bone et Doc Hill– ne manque pas de matière grise. Le bon juge signe l’intégralité de cette "Porte du Grand Ours". Les sessions d’enregistrement se sont déroulées dans le garage du disciple d'Hippocrate. Doc affiche le physique décharné et le regard plutôt énigmatique, un grain de folie attaché aux paupières, il tient ses guitares rageusement près du corps. Il aime le blues, la musique country et le rock. Il emporte le tout dans son laboratoire expérimental avant de le transborder dans son univers déjanté.

Le titre maître ouvre l’elpee. Les accents métalliques de la guitare sont découpés sur le fil du rasoir. La voix semble venir d'outre-tombe. Les percussions se concentrent autour des cordes. Les règles du jeu du blues ont bien changé depuis l’époque au cours de laquelle les sonorités émergeaient des Collines du Nord Mississippi. C'est-à-dire les créateurs du son Fat Possum. Manifestement, c’est le message dispensé par "You hate me and my stepson hat". Le monde est bien cruel et difficile à vivre. Boogie se consumant sur des braises incandescentes, "Do the Hoodang" célèbre une danse macabre. Bone y répète indéfiniment son message de terreur. Plus classique, "Down to the cold cold ground" trace une ligne mélodique qui relève presque d’un monde ordinaire. Il chante nerveusement des lyrics destinés à forcer un passage au creux de nos méninges, ébahies par cette audace. Judge Bone a l'intelligence de varier son répertoire. En solitaire, il est capable de se frotter à du folk blues de bonne facture. A l’instar de "Bonnie George Campbell". "Ramona" baigne au sein d’un climat plus pop, même si l'attaque des cordes se révèle particulièrement nerveuse ou encore sur "Seventeen and in misery", un tantinet plus débridé et nous entraînant à la limite du délire. Et au sein de cet univers un peu fou, le juge semble raffoler des rechutes spectaculaires. Il assène ainsi des riffs menaçants, meurtriers même, à "Buffalo's Bone" ou encore à "Fare thee well". Un combat mené à la manière du Magic Band d'un certain Captain Beefheart, sous son meilleur jour. Deux titres de rockabilly sont susceptibles de perturber les esprits : "15,000 head" et "Train train train". Un peu comme si la magie des studios était parvenu à ressusciter Elvis Presley au cœur du berceau de Fat Possum. L'atterrissage s’opère en douceur. Et nous permet de quitter cette œuvre l’âme en paix. Voire même de célébrer un hymne à la joie : "I let the angels do the dreaming". Si « Big bear's gate » est un opus fort intéressant, il nous permet surtout de découvrir les multiples facettes exaltées et exaltantes du Juge Bone…

 

mardi, 29 août 2006 03:00

Instrumentals 1967 – 1996

Le plus célèbre groupe de boogie blues de la planète dispose d’une discographie contemporaine très riche. Et à cet égard, il faut remercier le label allemand Ruf qui s’est beaucoup investi pour l’étoffer. Il a ainsi édité "Blues Band" en 1999, "Boogie 2000" et "The Boogie House Tapes Vol1" (NDR : référence manifeste à la Boogie House d'Overijse, de notre Dr Boogie national, fan inconditionnel du Heat) en 2000, "Friends in the can" en 2003, "The Boogie House tapes Vol2" en 2004 et enfin cet "Instrumentals 1967 – 1996". Cette nouvelle collection est bien entendu consacrée à l'exercice instrumental. Elle revisite différentes époques du Heat dont la plus prestigieuse : la première. Et pour que votre information soit complète, sachez qu’un livre écrit par Fito de la Parra et paru en 2001 : "Living the blues", un bouquin sous-titré "Canned Heat's story, of Music, drugs, death, sex and survival". Tout un programme !

Ce recueil s’ouvre par "Parthenogenesis", l'instrumental le plus ambitieux concocté par le band. Près de 20' de folie ! Ce morceau figurait sur le double elpee "Living the blues", une œuvre parue en 1968. Une période assez révolutionnaire, il est vrai, pour la rock music! Cette fresque expérimentale est un collage de différents fragments destiné à mettre en exergue les divers musiciens. L'harmoniciste Alan Wilson pour "Five owls" et lors d’une aventure indienne intitulée "Raga Kafi". Un voyage permanent sur les cordes, imaginé par Sunflower Vestine. L'évasion de Fito réservée à "Snocky" ; mais également une partie assez brève, chantée par Bob Hite face au piano de John Mayall. Un morceau judicieusement baptisé "Bear Wires", immortalisé à l'époque de la sortie de "Barewires", long playing de Mayall. Sans oublier la présence de l’excellent bassiste Larry Taylor. Ces cinq musiciens de base chez Canned Heat figurent encore sur cinq autres plages qui datent de 67 à 1970. Dont "Mi Huautla", un titre qui met bien en valeur la puissance du souffle de Wilson à l'harmonica face aux percus de la Parra. Flanqué de Vestine et Hite, le jeu magique de Wilson est encore démontré tout au long de "Down in the gutter but free". Ces deux plages figuraient sur l'album "Hallelujah", commis en 1969. Et pour ceux qui adorent le swing et le jump, le bonheur est dans "Skat" ; un extrait de "Future Blues" caractérisé par la présence de cuivres et d’un piano boogie woogie, mais surtout par la basse extraordinaire de Taylor. Nous retrouvons le Heat en 71/72, au sein duquel milite un guitariste injustement méconnu : Joel Scott-Hill. Il se révèle talentueux et étonnement moderne lors du jump "Hill Stomp", et affiche une puissance impressionnante, aux côtés de Vestine et Hite, sur le boogie primaire "Caterpillar Crawl". Il faut ensuite faire un fameux bond dans le temps pour rejoindre le Heat. En 1990. Bob Hite n’est plus de ce monde depuis bien longtemps. C’est désormais Fito de la Parra qui dirige le boogie band. Et Fito est un excellent recruteur. Il déniche ainsi le prestigieux Junior Watson ; celui qui contaminera le combo de son style west coast jump. Et c’est manifeste sur "Hucklebuck", une compo parcourue par la basse acoustique de Junior ; ainsi que "JJ Jump", rehaussé par la présence de l’harmoniciste James "T" Thornbury. Matt Lucas n'a probablement pas la technique et la dextérité de Junior Watson ; mais c'est un guitariste qui allie inventivité et feeling. Très imbibé de l'esprit du Heat, il laisse disserter sa slide tout au long de "Gorgo boogie". Watson est impliqué lors des trois dernières plages. Elles sont cependant parues en 94, 95 et 96, sous différents line up. Quelle que soit la formule, il y justifie toute l’étendue de son talent. Soutenu par Mark Goldberg et Fito, il se révèle même impressionnant lors de la version ‘live’ de "Mambo tango". La plaque s’achève par le "Blues after hours" de Percy Mayfield. Un late night blues à la T-Bone Walker, caractérisé par la présence de Ron Shumaker aux 4 cordes. Un disque à la fois excellent et diversifié!

 

mardi, 05 septembre 2006 03:00

Shoulder to shoulder

John Cephas et Phil Wiggins sont des spécialistes du Piedmont Blues, un style proche du ragtime institué sur la Côté Est des Etats-Unis. Joué en picking, il est caractérisé par une attaque très particulière des cordes, le pouce se chargeant de la rythmique, et les autres doigts de la mélodie. Rev Gary Davis, Blind Willie McTell, Bling Boy Fuller, Blind Blake, Pink Anderson et Barbecue Bob en sont les plus illustres représentants. John et Phil se sont rencontrés en 1977, lors du Smithsonian Folklife Festival de Washington, DC. Rejoints par le pianiste Big Chief Ellis, ils fondent Barrelhouse Rockers. Nonobstant le décès du Big Chief, ils décident de continuer l’aventure en duo. Objectif : mettre en valeur le contenu historique et culturel de leur musique. ‘Bowling Green’ John Cephas est guitariste. Agé de 76 ans, il est originaire de Washington. Phil Wiggins, harmoniciste. Egalement issu de la capitale fédérale, il n’a que 52 balais. Il reconnaît pour influences majeures Sonny Terry, Sonny Boy Williamson I et Big Walter Horton. Si on tient compte de "Together in Las Vegas", uniquement téléchargeable via leur site web, "Shoulder to shoulder" consitue leur dixième opus. Leurs trois derniers elpees étaient déjà parus sur le label Alligator : "Cool down" en 96, "Homemade" en 99 et "Somebody tell the truth" en 2002.

Dignes successeurs de Sonny Terry et Brownie McGhee, Cephas et Wiggins nous proposent tout au long de cet "Epaule contre épaule", un country blues traditionnel habillé de sophistication urbaine. Un disque partagé entre compos personnelles et reprises de chansons traditionnelles. "Ain't seen my baby" ouvre le feu. Un fragment vivace au cours duquel John chante et gratte les cordes de son instrument pendant que le prodigieux Phil envahit le reste de l’espace sonore, à l’aide de son harmonica bien disert. Petit bijou, "I did do right" semble sortir tout droit de Chicago. A cause de la présence du piano d’Ann Rabson des Uppity Blues Women, dont le jeu est manifestement inspiré par le grand Big Maceo Merriweather. Wiggins s’y révèle à nouveau sublime. Le chant de John est bouleversant sur le blues traditionnel "Catfish blues". Ce classique du Mississippi avait été d’abord enregistré par Robert Petway. Mais c’est la version de Skip James qui a été choisie. L’adaptation du "Suzie Q" de Sonny Boy Williamson I est détonante, dynamique. Le concours d’Ann Rabson y est encore pour quelque chose, car elle transforme tout ce qu’elle touche en boogie woogie. Ann est toujours aux ivoires pour aborder deux classiques. Tout d’abord le "Dirt road" de Charley Patton. Et ensuite le "Broke and hungry" de Sleepy John Estes, une plage au cours de laquelle elle sort de nouveau le grand jeu. "Three ball blues" marque un retour au Piedmont blues. John chante seul ce morceau signé Blind Boy Fuller en s’accompagnant à la guitare. Il passe à la formule du duo pour interpréter "Brother, can you spire a dime?". Et à celle du quartet sur "I won't be down" et "Seattle rainy day blues", Ann Rabson se réservant le piano et Andrew Volpe la basse. Cet album d’excellente facture s’achève par "The blues three ways", une longue plage immortalisée ‘live’, le 7 mars dernier, au Democratic Club de Washington. Pour la circonstance, le line up avait bénéficié du concours de Daryl Davis, un pianiste noir réputé pour son boogie woogie (NDR : il a notamment côtoyé Chuck Berry, Elvis Presley et les Coasters). Et sa collaboration s’inscrit parfaitement dans le contexte émotionnel qui émane des musiciens, sur les planches. En outre, Phil Wiggins y est à nouveau bouleversant. Un très bon album!

lundi, 27 mars 2006 03:00

Another day

Ce jeune chanteur/guitariste/compositeur s'est établi à New York, en 1995. Dans la "Big Apple", il s'est forgé une solide réputation de guitariste de jazz en accompagnant des artistes célèbres. Norah Jones est ainsi probablement la plus notoire. Faut dire que ses maîtres dans cette discipline répondent aux noms de Miles Davis et de John Coltrane. Pourtant, il concède également de solides références blues ; à cause de son admiration pour Albert King et Little Walter! D’ailleurs, lorsque Bergson chante, il s’inspire bien du blues. Au cours de l’année 2004, il s’est produit en compagnie de son band tous les mardis au Jazz Standard, un grand club de Manhattan! Cet opus est paru en 2005. Apparemment, ce serait déjà son quatrième. Il fait suite à "Blues for some friends of mine" édité en 1997, "Wait for spring" en 2001 et "Blues" en 2003.

Ce nouvel elpee s’ouvre par "Come and gone". Le rythme est légèrement funky. Sa voix se détache immédiatement de l'ensemble. Une voix grave, austère, qui donne une nette impression de vécu. Matt Wilson à la batterie et Chris Berger à la basse fixent le tempo. Le saxophone ténor de Jay Collins se détache délicatement, pendant que la guitare se concentre ici sur des plans rythmiques. L'atmosphère très cool qui émane de cette plage est incontestablement bercée par le jazz. Douceur, délicatesse et simplicité régissent "High above the morning". Tout au long de ce titre lent, la section rythmique minimaliste joue un rôle déterminant. Enrichi par l'orgue Hammond de Brian Charrette, ce slow R&B très mélodique est d’une grande beauté. Lorsque les cordes lâchent les notes, c’est avec une fragilité extrême. Et au compte-gouttes. Mais quelle splendeur dans le dépouillement! Cette sérénité, ce calme, alimentent les sources d'inspiration de Bergson. Jolie ballade indolente, "Sweet white lie" baigne au sein d’une ambiance country, une ambiance propice à chanter autour d’un feu de bois. Une plage qui pourrait devenir un hit, si elle était chantée par … les Eagles. Son timbre vocal pur et grave domine ce fragment au cours duquel seule la guitare tapisse le décor sonore. Le rythme fait son retour sous la forme d’un funky jazz pour nous inviter à prendre la route qui mène à la "Greyhound station". Collins souffle dans son sax et donne la réplique vocale. Bergson se réserve une excellente sortie dans le registre jazz rock, tandis que Wilson martyrise ses peaux. La suite est un réel bonheur pour les amateurs de country blues. Dans un silence glacial, il aborde son "Three sisters", une compo inspirée par Skip James. Il chante d’un timbre passionné et sensible en dialoguant avec ses cordes. Mais son interprétation est tellement naturelle, qu’on se rend à peine compte de la métamorphose de cette plage. En faisant glisser paresseusement son bottleneck, il la transforme - fin de parcours - en une version du "Death letter" de Son house". Titre jazz particulièrement limpide, "Up in Buffalo" constitue le moment de gloire pour Jay Collins. A cet instant, nous ne sommes plus très loin de John Coltrane ; ce qui n’empêche pas les autres musiciens de venir apporter tour à tour leur contribution. La plage finale est également le titre maître. La mélodie est à nouveau brillante. En écoutant ce morceau, on comprend mieux pourquoi la musique de Bergson évolue à la croisée des chemins du jazz, du blues et de la roots music. C’est le moment choisi par Charrette pour faire son retour à l’orgue, dans un registre digne du Band, l'ex backing band de Bob Dylan. Excellent !!