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New Brutalism est un groupe de rock minimaliste formé à Knoxville, Tennessee, en 1998. Le groupe est composé de Shane Elliott (chant), Matt Hall (guitare/chant), David Basford (basse/chant) et Carey Balch (batterie). Son nouvel Ep, « Requiescat Record »,…

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La vie explosive de Fine Lame

Groupe de rock poétique incisif, enflammé, tumultueux, exalté, tranchant, Fine Lame convoque le rock français à appétence littéraire et la tradition du spoken word anglo-saxon. Le groupe a sorti un premier Ep 5 titres le 29 novembre 2022 qui évoque tant le…

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mardi, 27 juin 2006 03:00

Amsterdam Live concerts 1953

William Lee Broonzy serait né en 1901. A Scott, dans le Mississippi. D'autres sources situent sa naissance en 1893, voire en 1898 ; ce qui est plus vraisemblable s'il a effectivement participé à la première guerre mondiale. Sa famille s'établit en 1903 dans l'Arkansas. Au cours de sa jeunesse, Willie apprend d’abord le violon, puis la guitare. En 1920, à l’instar de nombreux de ses contemporains, il émigre à Chicago. Ses premiers enregistrements remontent à 1927. Accomplie entre 1927 à 1951, toute son œuvre a été colligée sur une série de douze CDs, un recueil paru sur le label Document. Big Bill fut un des premiers bluesmen à traverser l'Atlantique et à se produire en Europe. En juillet 1951, son périple passe par l’Allemagne, la France et l’Angleterre. L'année suivante, il revient sur le Vieux Continent et joue en Belgique et aux Pays-Bas. Il est alors régulièrement accompagné du pianiste Blind John Davis. Il revient encore fin 1955, 1956 et en 57. Mais en juillet de la même année, il rentre à Chicago pour subir une opération des cordes vocales. Atteint d’un cancer, il s'éteint le 15 août.

Les enregistrements réunis sur cet opus, sont issus de bandes originales de sets immortalisés à Amsterdam, en février 1953. Une tournée organisée par l'Amsterdam Jazz Society. Ces bandes traînaient depuis belle lurette dans un tiroir poussiéreux, lorsque le label Munich a pris l’excellente initiative de les extraire de leur anonymat. Et le résultat est très surprenant pour des enregistrements ‘live’ issus de cette époque. Le son est d'une clarté prodigieuse. On jurerait presque être en présence de Big Bill Broonzy. Dans la même pièce. Le plus intéressant procède du dialogue ou plus exactement de la présentation opérée par Big Bill de son répertoire. Ce qui transforme cet opus en témoignage unique. L'artiste est seul avec sa voix et sa guitare. Il nous accorde près de deux heures de spectacle ; un spectacle partagé entre ses propres compositions, des chansons traditionnelles et quelques reprises. Il est indispensable d’écouter les deux CDs dans leur ensemble.

Cette œuvre est incontestablement marquée par quelques moments plus intenses ; à l’instar du "When the sun goes down" de Leroy Carr, du traditionnel "Down by the riverside", de "Mindin' my own business", une compo au cours de laquelle une émotion extrême émane de son chant plaintif et du superbe "Just a dream". Tout au long de cette cover, souvent reprise par d’autres artistes, sa voix y est vraiment saisissante. Pour le second disque, nous retrouvons Broonzy deux jours plus tard ; c’est à dire le 28 février, toujours à Amsterdam. "John Henry" est enrichi par la complexité de son jeu sur les cordes. Pour exprimer ses sentiments, il met bien en relief sa voix sur le "Backwater blues" de Bessie Smith. Son interprétation de "Kansas city blues" n'a pas pris une ride. Au bord des larmes, la gorge serrée par l’émotion, il chante le "Trouble in mind" de Curtis Jones. Et il remet le couvert pour "Louise, Louise Blues". Il adapte également le traditionnel notoire "The midnight special" et le "Good night Irene" de Leadbetter. Après la guerre, Big Bill était surtout réputé pour son style urbain électrifié, chicagolais ; mais lorsqu'il atterrissait sur le Vieux Continent, il changeait radicalement de style. Broonzy en revenait alors au folk blues, celui de son âge d'or des années 30, lorsqu'il chantait en solitaire flanqué d’une guitare acoustique. Proficiat à Munich pour le soin accordé au digipack de ce disque. Cartonné, ce double cd est enrichi de notes fort intéressantes et de remarquables photographies.

 

mardi, 21 novembre 2006 02:00

Blues reflex

Bob Brozman est né à New York. En 1954. Il joue de la guitare depuis plus de 45 ans. Un musicien unanimement apprécié, réputé pour sa technique infaillible. Cet esthète du blues fait d’ailleurs autorité dans les milieux branchés. Maintenant, il ne faut pas imaginer qu’il se cantonne exclusivement au blues ; en fait, il aime se frotter aux musiques traditionnelles. Ce qui lui permet d’embrasser d’autres projets. En 2006, il a ainsi enregistré "Songs of the Volcano", en compagnie de 5 musiciens papous, issus de la Nouvelle Guinée. Il a également accompli un exercice de style consacré au ‘world blues’, au cours duquel il aborde divers courants musicaux issus d'Afrique occidentale, d'Inde, des Caraïbes ou d'Hawaï, en intégrant des éléments de jazz, funk, hip hop, ska ou calypso. Sa discographie est très abondante. Ses débuts remontent à 1981. A l’époque, il relevait du label Kicking Mule. Une discographie qu’il a réalisée en solo ou en compagnie de collaborateurs.

Ce nouvel album s’ouvre par l’enregistrement d’un laïus prononcé par le Rev J.M Gates, en 1929!! Bob chante d’une voix monocorde ce "Dead cat on the line", une compo marquée par la sonorité métallique des cordes de sa guitare National Baritone Tricone. Il assure tout lui-même y compris les percussions, n’hésitant pas cogner des objets de culte chinois. Sa façon d'attaquer les cordes est majestueuse et très personnelle. Son blues dégage beaucoup de charme. Sa technique est prodigieuse. Et l’éblouissant "Rattlesnake blues" en est la plus belle démonstration. Il fait littéralement chanter ses cordes tout au long du lumineux "One steady roll". Une forme de beauté immaculée envahit sa musique, tant la sensibilité se conjugue à la musique. Et "Death come creepin" ainsi que "New Guinea blues" en sont les plus beaux exemples. Mais également "It's mercy we need", une plage dont la limpidité procède de son dépouillement. Impressionnant ! Brozman opère également des arrangements de thèmes notoires. Le Poor me" de Charley Patton, tout d’abord. Un morceau qui exsude une tristesse infinie. Le "Cypress Grove blues" de Skip James, ensuite. A découvrir absolument !

 

 

mardi, 10 juin 2008 20:59

Backbone & Gristle

Originaire de la Caroline du Sud, Mac Arnold est un musicien de couleur noire. Il prétend avoir réussi tout ce qu'il a entrepris. Faut dire qu’il fabrique ses guitares, joue de la basse, chante et compose. A une certaine époque, il militait au sein du backing group de James Brown. Et lorsqu’il vivait à Chicago, il a épaulé Muddy Waters et John Lee Hooker. Enfin, il a exercé des métiers aussi disparates que producteur, jardinier, cuisinier et caméraman. Une existence bien remplie, il faut le reconnaître. Depuis peu, il s’est remis au blues ; cependant, pour réaliser ses desseins, il a recruté des musiciens pour lesquels il préparait des petits plats. Ce qui explique sans doute le patronyme de son band : le Plate Full O'Blues. Mac est un personnage très attachant et fort intéressant. Il signe les quinze plages de ce second elpee. Ses musiciens sont tous blancs et jouissent d’un excellent niveau.

"Love & relations" ouvre l’opus. Un blues d’excellente facture de plus de sept minutes. Mac possède une très bonne voix. Veloutée, grave, elle correspond idéalement au style soul blues. Ses partenaires le secondent parfaitement ; et tout particulièrement le guitariste Austin Brashier. "U dawg gone right" épouse un profil bien funky. L’ensemble tout en rythmique porte l’organe vocal riche et suave d'Arnold. "Backbone & Gristle" hausse le tempo. Un boogie chatoyant. "Blow till you blow" campe un instrumental tranchant. Mac se réserve la basse. Multi-instrumentiste (il est également claviériste et guitariste rythmique), Max Hightower tire son épingle du jeu. Mais à l'harmonica. Son jeu est vigoureux, rapide, dynamique, offensif. Merveilleux blues lent, "I refuse" trempe dans le minimalisme. La voix de Mac domine son sujet. Elle exhale une grande sensibilité. Jim Peterman se charge de l'orgue Hammond. Discret et parcimonieux aux six cordes, Brashier emprunte des tonalités à Peter Green. Mac est seul pour nous raconter sa "Gas can story" ou comment son frère William Leroy Arnold a construit une guitare à l’aide d'un bidon métallique de pétrole, en 1947. Il chante en frappant du pied, arrachant de cette gratte acoustique des cris métalliques et déchirants. "Gitty up" marque un retour à l'amplification. Une plage qui a le mors aux dents. A cause du riff rythmique et du piano primaire. Et puis de Brashier qui malmène sa râpe comme le Clapton des sixties. "Things I don't need" concède un nouveau blues lent. La voix chaleureuse est talonnée par les ivoires et la guitare réverbérée. Soul blues très dépouillé, atmosphérique, "Buster" lorgne volontiers vers le jazz. Aussi bien la basse, les balais, le piano que l'harmonica joué par Hightower à la manière de notre Toots. Purifiée par le gospel, "I can do anything" est une plage fort intéressante. Mac est soutenu par les voix polyphoniques du New Mount Cavalry Baptist Church Youth Choir. Une chanson très susceptible d’être reprise en chœur. Le piano de Steve Keeter est bien présent. La guitare d'Austin s’investit tout en mélodie. Blues basique mais, acoustique, "The garden song" est partagé entre les vocaux de Mac, l'harmo de Max et les cordes d'Austin. Le vieux musicien noir reprend sa 'Gas Can' guitare pour nous plonger dans le Delta de "Wrong". Les deux dernières plages ont été aux immortalisées ‘live’ au ‘1st Annual Mac Arnold Cornbread & Collard Greens blues festival’. En avril 2007. Et elles sont excellentes. Tout d’abord le splendide slow blues "Mean to me". Face aux percussions métronomiques de Willie ‘Big Eyes’ Smith, la slide de Bob Margolin –invité pour la circonstance– est bouleversante. Et puis une version live de "I can do anything", caractérisée une nouvelle fois par toute une chorale sur la scène! Je vous recommande chaudement cet album ; et pas seulement parce qu’il s’agit d’une œuvre enregistrée par une grande voix du blues!

mardi, 10 juin 2008 20:52

Blue in Red

Malgré son jeune âge, ce guitariste allemand a déjà un fameux vécu ; et sa discographie en est la plus belle illustration. A ce jour, il doit avoir concocté pas moins de huit elpees sous son patronyme, sans compter la confection de son superbe dernier DVD, "Live at the Luna Bar". L'artiste aime les couleurs. Il a d’ailleurs intitulé cet opus "Blue in Red". Quand on pense que son gratteur favori n’est autre que Peter Green, la palette de couleurs n’en devient que plus ample. Si le blues constitue son inspiration majeure, il faut avouer qu’elle concède de larges touches de jazz, et plus subtilement de rock. Gregor ne chante pas. Et pour cet album, il n’a pas invité de vocaliste. Son œuvre est donc exclusivement instrumentale. Il est épaulé par les musiciens de son band : le bassiste Sascha Oeing, le drummer Bjorn Puls et le claviériste Horst Bergmeyer. Peu de guests.

La cover du "Breezin'" de Bobby Womack est largement teintée de jazz. La trompette de Christian Kappe est très ‘classe’. Malgré ses accents généreux, elle entretient un climat intimiste. Les nuages bleus de "Blue clouds" planent majestueusement. C’est manifestement ce que Hilden fait de mieux. Sa Gibson Les Paul emprunte la tonalité de Peter Green. Le Green des meilleurs jours. Très subtil, son jeu repose sur une ligne mélodique imparable. Ce titre figurait déjà sur le « Live au Luna Bar ». Et comme je l'avais déjà souligné, il évolue dans un registre fort proche d’un autre guitariste anglais : Snowy White! Belle et atmosphérique, sa musique embrasse un swing élégant. Un swing entretenu par la chaleur de l'orgue Hammond B3 ; mais une nouvelle fois la trompette de Kappe, le sax ténor de Volker Winck et les cordes lumineuses du maître de cérémonie. La sonorité des cordes est tellement généreuse et réverbérée sur "Daydream", qu’il est impossible de ne pas penser à Carlos Santana. Pourtant l’orgue et le piano de Thomas Hufschmidt invitent au cabaret, alors que la richesse de la mélodie est bien présente! L’indolent "CD-Special blues" est de toute beauté. Grégor y conjugue puissance et dextérité, pendant que l’orgue Hammond tapisse l’ensemble de ses sonorités caractéristiques. Hilden vit sa musique. Et il parvient à communiquer ses sentiments de désespoir, même lorsqu’ils sont éphémères. "Zak" baigne dans un jazz pur et dur. La basse est versatile. Les balais graciles entretiennent un swing qui inspire les solistes aux cordes et à l'orgue. "Trading time" constitue la surprise de l’opus. Une compo judicieusement intitulée. A cause des échanges opérés entre les cordes en picking de Hilden et celles de son ami américain Tom Principato, dans un style franchement inspiré par Albert Collins. "Way baxk home" nous replonge dans un climat paresseux et atmosphérique. Ce qui permet au saxophone de Winck de prendre la clef des champs. Plus dansant, "Listen here" évolue quelque part entre le R&B (NDR : fluidifié par l'orgue Hammond, façon Booker T) et jazz plus complexe (NDR : pensez au Ramsey Lexis Trio). Le sax et l'orgue servent encore de rampe de lancement aux cordes étincelantes de Gregor. On n’oubliera pas le titre maître gorgé de swing ; et puis la finale "Shades of gold". Un morceau au cours duquel Hilden tient à cœur de nous quitter sur une touche mélodique et empreinte de charme…

 

mardi, 20 juin 2006 03:00

Energised

Cadet des neuf enfants de Luther Allison, Bernard est aujourd’hui âgé de 40 ans. Il est également le seul fils qui soit parvenu à trouver sa propre voie dans le sillon tracé par le paternel. En 1989, il rejoint son père dans son repère de Saint-Cloud, près de Paris. Il n’aura alors de cesse d'allumer les scènes européennes et américaines jusqu’en 1999, année au cours de laquelle il choisit de retourner se fixer outre-Atlantique. Son premier album, "The next generation", remonte à 1990. A l’instar de "Higher power", son précédent elpee, "Energized" est paru chez Ruf. Bernard a bien entendu hérité du savoir-faire et du talent de son père. Pourtant, on ne peut pas dire que Bernard se soit contenté de copier son style. Faut dire qu’au cours de ses jeunes années, il a tout d’abord été marqué par un certain Jimi Hendrix. Et que dans les années 70 et 80, ses influences majeures sont devenues Winter et Stevie Ray Vaughan. En injectant une solide dose de funk dans son blues, Bernard est parvenu à créer un style très singulier.

"Energized" a été enregistré ‘live’, en Europe. Et très exactement au MUSA de Göttingen, en Allemagne. Le 20 octobre 2005. Pour la circonstance, il est soutenu par Mike Vlahakis aux claviers, Jassen Wilber à la basse et Andrew Thomas à la batterie. Ce double album aligne seize plages dont cinq instrumentaux. Allison chante deux de ses compos et reprend cinq titres de son père.

Signé Bernard et Boney Fields, "Another ride in the city" ouvre l’elpee. Une synthèse parfaite de son style qui agrège blues, rock, jazz et funk. Il attaque ensuite un solide shuffle issu de son dernier album, "It's a man down here". L'homme possède une voix chaleureuse et puissante. Vlahakis est passé judicieusement au piano électrique, avant que le boss ne décide de sortir de sa réserve. Mike termine sa besogne sur l'orgue pendant que Bernard balance ses premiers décibels. Durant près d'un quart d'heure, Bernard s'attaque à une des meilleures plages écrites par son père : "Bad love". Un blues lent, très électrique, bourré de feeling. La version est de bonne facture, mais le jeune artiste véhicule moins d'émotion que le regretté Luther. Il épingle ensuite deux autres titres issus de l'album "Higher power" : "A woman named trouble". Et une jolie ballade signée Luther : "Into my life". Notre quartet s'aventure ensuite au cœur d’un solide et long (NDR : 10’ !) exercice de style funky : "Too many women". Une autre compo signée Luther qui figurait sur l’elpee "Here I come". Un morceau caractérisé par une remarquable envolée opérée par le bassiste Wilber. Cette première plaque s’achève par "The way love was meant to be", une jolie ballade bluesy marquée par une splendide envolée sur les cordes. Le meilleur moment de ce disque. Le second CD s’ouvre par trois instrumentaux. Tout d’abord "The walk", un long périple conduit par la slide. Un délire absolument génial se développe sur le Bo Diddley beat. Bernard ne parvient plus à faire taire cette slide qui finit par aboutir au thème traditionnel "Step down" (NDR : qui sonne très "Amazing grace"). Et enfin "Talking guitar" au cours duquel l'artiste prend un malin plaisir à faire bavarder sa guitare tout en se divertissant sur le thème de "When the saints go marching in". Ballade rock, "Snake bit again" sied parfaitement au jeu et au chant de Bernard. Tramée sur fond d'orgue Hammond, cette compo lui permet une nouvelle fois de se libérer sur les cordes. Et le résultat est surprenant ! Il reprend ensuite et pour la dernière fois une compo de son père : "A change must come". Une lente et douce ballade au cours de laquelle Bernard parvient à faire passer son message empreint d’émotion… La suite vaut également le détour. Et je pense tout d’abord à "Tone cool". Tout en empruntant des accents exotiques, ce morceau observe une excellente ligne mélodique. Bernard se sent inspiré par le grand Carlos Santana. Il dispense de nombreuses notes sur fond d'orgue. Superbe ! En fin de set, "Don't be condused" offre une grande liberté d’action aux différents instrumentistes, toujours aussi soudés, nonobstant près de deux heures de concert. "I just came back to say goodbye" clôt la prestation. Bernard se rappelle qu'il écoutait, dans sa jeunesse, une plage très rock, sur laquelle il pouvait crier son chant à la manière d'un Johnny Winter au sommet de sa forme…

 

 

mardi, 24 octobre 2006 03:00

Somebody´s happened to our love

Originaire de Portland, dans l'Oregon, ce géant se produit régulièrement aux Pays-Bas. Un chanteur guitariste influencé à l’origine par Stevie Ray Vaughan et Johnny Winter ; mais qui est parvenu, au fil du temps, à se forger son propre style. Sa discographie est assez difficile à établir car ses enregistrements sont partagés entre les Etats-Unis et l'Europe! Commis en compagnie des Bublinos, son premier opus, "Straight", remonte déjà à 1989. En 1993, il grave "The mean eighteen" chez Tramp (NDR : le label batave de Paul Duvivié), puis "Obvious rock", l’année suivante. Sur Locals Only. Tout comme "Unglued", paru à la même époque. En 96 il concocte une elpee acoustique : "I see trouble". Puis "Man on the floor" en 97, "Prove me wrong" en 1998, un disque enregistré à Amsterdam en compagnie du batteur Boyd Small et de musiciens hollandais dont Mischa den Haring (guitariste de T-99), Kim Snelten (harmoniciste de Drippin' Honey) et Jasper Mortier (bassiste de Sugarcane et Doug Jay). L'an dernier il avait édité une collection intitulée "Big Monti". Son nouvel opus a un nouvelle fois été réalisé en Hollande. Un disque pour lequel il a reçu le concours de musiciens locaux et puis encore de Boyd Small, chanteur/compositeur/batteur également originaire de Portland et exilé aux Pays-Bas depuis près de dix ans.

"Hello sundown" (un classique R&B signé Graham Bell et Booker T Jones) est imprimé sur un tempo lent. Le chant de Monti est doublé par celui de Boyd Small. Les accords de guitare sont parcimonieux. "Somebody's happened to our love" évolue sur un mid tempo, une plage funky, assez R&B. Les parties vocales sont excellentes. Monti met le turbo, et rock'n'rolle comme un beau diable tout au long de "Let me know". Constituée par Boyd et le solide bassiste hollandais Bart Kamp, la section rythmique soutient parfaitement l’ensemble. Si le solo de guitare ne manque pas de pêche, il rappelle quand même très fort la technique immortalisée par un certain Stevie Ray Vaughan. Plusieurs compos signées Boyd Small adoptent un profil particulièrement blues rock ; et comme il ne possède pas une voix puissante, sa démarche ressemble à celle des jeunes blues rockers américains. Second guitariste, Danny Dewijlder (un musicien de Boyd) se réserve la rythmique ; mais pour la circonstance son rôle est déterminant. L'envol des cordes opéré sur "On a roll" est brillant et lorgne derechef vers le grand Stevie Ray! L'album monte en puissance mais également en diversité. Superbe blues lent, "Plain as day" sent le vécu. Celui d’Amundson qui le chante avec beaucoup de sensibilité. Mais c’est surtout la guitare qui accroche. Le son. Les notes dispensées parcimonieusement. La réverb. On est ici plus tellement loin de l’univers du grand Peter Green voire de Ronnie Earl. Une plage qui à elle seule vaut l'achat de cet album! Monti force sa voix sur "Six shots". Jouée en slide, sa guitare sonne très primaire, volontairement sale. Amundson conserve sa slide pour embrayer par "What's it coming to". Le tempo est rapide. Les cordes puissantes échafaudent un riff lourd réminiscent de "The train kept a rollin". Le travail opéré par les guitares est impressionnant. "Woe to me" adopte un rythme répétitif, assez hypnotique. Les cordes réverbérées sont un atout que Monti utilise avec bonheur. D’excellente facture, cette fin d'album est marquée par les interventions judicieuses d’Admundson. Un disque qui s’achève par "Thinking about crying", un boogie rapide et entraînant rehaussé par la présence d’un autre invité batave, l'harmoniciste George Reithogger.

Le concept de cette revue de R&B est née lors de l'une de ces croisières emportant les voyageurs dans les eaux bleues des Caraïbes ; croisières au cours desquelles des bluesmen talentueux se produisent sur la même scène. Quatre artistes sont ici impliqués : le chanteur/guitariste de San Francisco, Tommy Castro, le génial harmoniciste Magic Dick, le pianiste/saxophoniste Deanna Bogart et le chanteur/guitariste de couleur noire, Ronnie Baker Brooks (NDR : c’est également le fils du notoire Lonnie). Sur les planches, chaque artiste dirige la manœuvre pendant une demi-heure. Ils sont tous épaulés par le Tommy Castro Band. Et puis, enfin, ils se mettent à jammer tous ensemble. C'est ainsi qu'est venue l'idée d'enregistrer live ces fameux concerts accordés lors d'une tournée en Californie et en croisière.

Nous sommes en automne 2007. Les musiciens ne tardent guère à mettre le feu au plancher du Horseman's Club de Sacramento par "Can't you see me". Ronnie Baker Brooks chante ce rock'n'roll endiablé avec une folle énergie. Il dirige la manœuvre par les riffs rock de sa guitare. Il nous rappelle qu'habituellement, derrière Eddie Clearwater, il a souvent l'opportunité de tisser les accords de Chuck Berry, tandis que le vieux bluesman noir exécute sa marche de canard. Une excellente mise en jambes pour le public nombreux. Le Californien Tommy Castro effectue son entrée et chante "I feel that old feeling coming on". Le tempo reste vif. Les vibrations sont excellentes. Le rhythm & blues show est sur les rails. Les cuivres reçoivent leur billet de sortie : Keith Crossan sur son saxophone et Tom Poole à la trompette. Et ce n'est qu'un début, car la féline Deanna a abandonné ses ivoires pour empoigner son sax ténor ; en outre, elle se met à honker de bonheur et d'ivresse. La lutte des cuivres est poignante. Soudain, derrière le rideau, on aperçoit une chevelure crépue se distingue : Magic Dick vient rejoindre le team. Il met ses poumons en jeu pour souffler un "Whammer Jammer", tel un Sonny Terry dynamité, comme à la meilleure époque du J Geils Band! Deanna n’a pas l’intention de passer inaperçue dans le décor. Elle chante son "Still the girl in the band". C’est la seule femme de la formation et sa présence est très remarquée. Elle manifeste beaucoup de vivacité pour interpréter ce boogie derrière son piano. « See you hurt no more » évolue sur un rythme particulièrement lent. Un de ces R&B indolents qui faisait la fierté du label Stax. Et on pense inévitablement à Otis Redding. Ronnie tire ici son épingle du jeu aux vocaux. Un rôle qu’il partage avec Deanna. Il excelle également aux cordes, ponctuant son intervention d’un solo brillant.

Lors de la croisière, d'autres artistes étaient également parfois montés sur scène. Cette réunion était consacrée au Chicago blues. Curtis Salgado chante et joue de l'harmonica sur le "If it ain't me" de Jimmy Rogers. Deux dames se partagent le piano : Miss Bogart et la longiligne Marcia Ball. Tommy Castro chante le blues, "If I had a nickel". Sa voix est pure et délicieuse. Il possède un organe vocal tout à fait extraordinaire, susceptible de communiquer une large palette d’émotions. Il est soutenu par son backing band au grand complet. En outre, il démontre ses talents incontestables de guitariste. La cover du "Will it go round in circle" de Billy Preston opère un retour au R&B. Les quatre vedettes se partagent le chant et se réservent des escapades solitaires sur leur instrument! Baker Brooks se met également en vedette lorsqu’il se fait Chicago southside. En l’occurrence quand ses cordes bien senties attaquent le célèbre "She's nineteen years old" de Muddy Waters. Magic Dick chante le "Tell me Mama" de Little Walter. Il malmène encore sa musique à bouche sur le bouillant "Looking for a love". Les vocaux de Tommy et de Deanna sont détonants. Tous les acteurs sortent tour à tour de leur réserve. L'ambiance est torride jusqu'à  son terme. Elvin Bishop vient gratter personnellement sur "High on the hog". En finale, Marcia Ball chante pour l'occasion l’inévitable "Sea cruise" de Huey P Smith. Cet album est dédié à la mémoire d'Ike Turner. Ce n’est pas le meilleur opus ‘live’ du style enregistré à ce jour, mais il propose une solide tranche de blues et R&B, découpée par des artistes qui se donnent à fond pour leur public! Si vous souhaitez vous embarquer pour la prochaine croisière, pas de chance, celle d'octobre est déjà sold out. Elle épinglera Etta James, Koko Taylor, Dr John, Los Lobos, Magic Slim et bien d'autres dont Baker Brooks et Castro. Il ne vous reste plus qu’à vous inscrire pour celle de janvier 2009. Elle embarquera Taj Mahal, Etta James, les Fabulous Thunderbirds, John Hammond, Sugar Blue et quelques autres.

mardi, 03 juin 2008 23:52

Lowdown feelin'

Lorsque le chanteur/harmoniciste californien Randy Chortkoff a créé le label Delta Groove, il avait plus d'une idée derrière la tête. Au départ, il avait monté ce collectif de musiciens en le destinant aux studios. Mais un peu plus tard, cet ensemble va prendre la route. C'est ainsi que sont nés les Mannish Boys, le band le plus fidèle du catalogue de Delta Groove, un label en plein essor. Ce nouvel opus constitue déjà le quatrième. Il fait suite à "That represent man", paru en 2004, "Live & In demand", en 2005 et "Big plans", en 2007. Le band a cumulé les nominations aux Awards, au cours des dernières années.

Les Boys réunissent des musiciens d’horizons divers. Mais la plupart sont établis à Los Angeles. En outre, chaque fois qu’ils enregistrent, ils reçoivent le concours d’invités de marque. Au sein du line up de base figurent au moins cinq chanteurs, trois guitaristes talentueux (Kid Ramos, Kirk Fletcher et Franck Goldwasser), le drummer Richard Innes ainsi que Ronnie James Weber ou Tom Leavey à la basse. Sans oublier Fred Kaplan préposé aux claviers sur la quasi-totalité des plages!

Chortkoff a déniché un excellent chanteur. Un Chicagolais qui shoutait déjà le blues dans la Cité des Vents au cœur des années cinquante : Bobby Jones. La guitare hispanisante  de Kid Ramos et la trompette de Scott Steen ouvrent "These kind of blues", une plage subtilement R&B, cuivrée, caractérisé par un appétissant solo d'harmonica accordé par Randy! Bobby Jones possède une voix taillée pour le blues, assez proche de celle de Howlin' Wolf, même si elle recèle moins de gravité et de profondeur ; cependant susceptible de libérer un maximum d’expression elle parvient à se détacher de la slide gouailleuse de Franck Goldwasser. Et en particulier sur "Searchin' blues", une compo dynamisée par le tempo incisif  de ‘Big Foot’ Innes, calé derrière ses fûts. Le titre maître est un premier sommet de l’elpee. Introduit par Ramos dans le plus pur style de T-Bone Walker, cuivres et piano y compris, il ouvre une voie royale au timbre exquis de Finis Tasby. "Chocolate drop" est un autre moment exceptionnel. Un morceau peu connu du répertoire de Howlin' Wolf. Jones est largement inspiré par le géant disparu. Invité ‘de luxe’, Junior Watson marque cette cover de son empreinte. Les excellents titres foisonnent. Tasby chante "If the washing don't get you, the rinsing will". Il conjugue talent et frénésie dans la voix. Désopilant, Kirk "Eli" Fletcher pince ses cordes pour concocter un solo monstrueux, dans l’esprit d’Albert King. Il est vrai que le King incluait cette composition de Homer Banks à son répertoire! Finis prête encore sa voix à une amusante rumba. Intitulée "Something's wrong", elle met en exergue un séduisant Ramos. Johnny Dyer interprète également le "The same thing" de Willie Dixon d’un timbre indolent, proche son vieil ami Muddy Waters. Il est talonné par la slide de Goldwasser. Al Blake injecte une fameuse dose de feeling à travers son harmo sur "Good times". Jr Watson se montre volontairement parcimonieux aux cordes. Parmi les surprises, on relèvera deux versions réservées par Chortkoff à deux compositions de Willy ‘The Kid’ Emerson. Tout d’abord "The woodchuck", un boogie nerveux, pour lequel il est épaulé par Paris Slim, Lynwood Slim ainsi que Ronnie Weber, dont la basse ronronne ici littéralement. Et puis "Figure head", un fragment envahi par la puissance vocale naturelle de Bobby Jones, et balayé par les cordes de Ramos ainsi que l'orgue Hammond B3 de Kaplan. Autre surprise, la présence sur deux compos du chanteur/harmoniciste Little Sammy Davis. Etabli aujourd'hui dans l'état de New York, il pratique le blues depuis plus d'un demi-siècle en compagnie d’Earl Hooker. Il se réserve ici "Fine lookin' woman", un Chicago shuffle torride. Son gratteur Fred Schribner est à la slide. Fred Kaplan tapote ses ivoires. Et puis "When I leave", un majestueux soul blues qu’il interprète d’une voix chargée d’une passion intérieure intense. Une seule plage instrumentale : un étonnant "You don't love me". Impérial, Fletcher retrace les riffs de Freddie King. Et on ne peut que remercier Randy Chortkoff pour nous avoir signé "Rude groove", une excellente composition qui évolue quelque part à mi-chemin entre le "Help me" de Rice Miller et le "Green onions" de Booker T. Près de 8' de bonheur intense ! Randy est aux vocaux. Il ne peut contenir sa joie. Goldwasser et Ramos s’autorisent de puissantes sorties aux cordes. Et Kaplan à l'orgue ne se fait pas prier pour leur emboîter le pas. Ne trahissant aucun point faible, ce "Lowdown feelin'" est déjà un des meilleurs albums de blues pour l'année 2008 !

 

mercredi, 28 mai 2008 00:05

Raisin' a ruckus

Alors qu’il compte près de 40 années d’existence, le vieux big band de Rhode Island se porte toujours bien. Aujourd'hui, cet ensemble constitué de huit musiciens est dirigé par le guitariste Chris Vachon. Ce dernier avait d’ailleurs naguère, pris la difficile succession de deux gratteurs de génie : Duke Robillard et Ronnie Earl. Pour concrétiser cette nouvelle aventure, le line up a accueilli l’arrivée d’un nouveau chanteur/harmoniciste, Dave Howard, et d’une nouvelle section rythmique, constituée d’Ephraim Lowell aux drums et de Dimitry Gorodetsky à la basse. Par contre, les cuivres et le claviériste sont restés fidèles au line up.

Chris Vachon ouvre la plage d'ouverture par des notes empruntées à un instrumental de Freddie King. La voix chaude de Dave Howard ne tarde pas à faire son entrée. Le sax de Rich Lataille sort de sa réserve. En moins de trois minutes, cet "Every dog has its day" campe une excellente mise en jambes. Le rythme s'accélère. Le front de cuivres occupe le devant de la scène. Derrière son piano, les doigts de Travis Colby frétillent. "Lower on your list of priorities" rameute le public qui se met à rocker et roller sur le devant de la scène. Jump et swing s'affrontent tout au long de "Talkin' to you eye to eye". On y assiste ainsi à une lutte fratricide entre les trois cuivres. Les musiciens ne relâchent pas leur étreinte. Le rythme imposé au "Big Mamou" de Link Davis est racoleur. Tous les musiciens reprennent le refrain en chœur, alors que la trompette de Bob Enos est au bord de la rupture. Le rythme de "Round it down" est bien soutenu, un blues au cours duquel Chris en profite pour confectionner un solo. Et il est superbement bien construit. Les climats musicaux varient constamment. Le tempo souvent très syncopé. "I would be a sinner" consacre une nouveau duel, mais entre les saxophones de Rich Lataille et Mark Earley. Signé Jessie Mae Robinson, le notoire "Black night" constitue le blues lent de rigueur. Les notes produites par Vachon sont dispensées parcimonieusement, mais l’envolée s’avère de grande qualité. L'heure de Travis Colby vient de sonner. Il s’agite derrière les ivoires pour balancer un "Boogie woogie country girl" très excitant. La qualité de ce cocktail de blues, R&B, swing, jump et jazz est constante. Howard se met dans la peau d’un crooner pour interpréter "Sweet Petite", face aux cuivres en plein délire. Et lorsque les musiciens se relâchent, c’est pour s’abandonner dans la quiétude paresseuse des swamps louisianais. Bethie Vachon a composé "While I can". Elle chante cette plage exquise et chaleureuse, en compagnie de Dave Howard. Mais lors du bouquet final, Chris s’autorise une sortie… attendue. Le titre maître est un instrumental très jazz. Ephraim aux balais, Dimitry à la basse acoustique et Travis au piano servent de rampe de lancement au sax alto de Lataille, au baryton d'Earley et à la trompette d'Enos. Rassasiés, les acteurs se libèrent sur "New Orleans", un R&B participatif et festif, au cours duquel ils se mettent tous à chanter. Mais à tue-tête. Si ce dernier elpee de Roomful of Blues est de toute bonne facture, c’est également et malheureusement le testament musical du trompettiste Bob Enos, qui nous a quittés le 11 janvier 2008!

mardi, 27 mai 2008 23:56

Iron man

Michael est surnommé l'homme de fer (‘The iron man’), à cause de sa présence physique sur scène ; et surtout des sonorités qu’il est capable d’arracher de ses cordes. Il joue sur une Gibson ‘Flying V’, un instrument réputé pour ses spécificités métalliques, dont avant lui, Albert King et Son Seals en avaient tiré l’essence. D’Albert, il a hérité les riffs tranchants. De Son, l’attaque incisive, effilée, sur le fil du rasoir. Néanmoins, son approche est plus radicalement rock que celle de ses deux références. En fait, aujourd’hui, son expression lorgne davantage vers Tinsley Ellis, un artiste signé sur le même label. Pourtant, les deux hommes n’affichent pas la même couleur de peau. Ellis est blanc. Michael a la peau d'ébène. Le colosse jouit d’une voix surpuissante qui colle parfaitement à son attaque agressive sur les cordes. Il signe la plus grande partie de son répertoire, dans un style qui lui est bien personnel. « Iron man » constitue son troisième elpee paru chez Alligator. Il fait suite à "Make it rain" et "I smell smoke".

"Strange feeling" repose sur un riff menaçant. Burks éructe ses vocaux, tel un homme très en colère. Il malmène son bottleneck. Manifestement ses cordes doivent en souffrir. Bien jolie ballade, "Empty promises" évolue dans un registre assez proche de son compagnon d'écurie, Ellis. La voix et la guitare partagent des liens familiaux ; mais c’est pour la bonne cause. Un cri d’amour qui libère beaucoup d'intensité. Michael implore, supplie et se montre finalement terriblement persuasif ! La chaleur et la puissance de la voix conjuguée à l'amplification des cordes le rapprochent du grand Luther Allison ; c'est d'une évidence ! Et la place est bien à prendre. Burks est encore jeune. Il affiche à peine cinquante balais. Depuis ses débuts accomplis chez lui, dans l'Arkansas, aux confins du Sud profond, il a cependant déjà parcouru un fameux parcours.

L’opus est très homogène. Les morceaux défilent comme si on assistait à un concert. Pas pour rien qu’il est soutenu par ses musiciens de tournée ; en l’occurrence Wayne Sharp aux claviers, Don Garrett à la basse et Chuck Louder à la batterie. Le point fort de Burks est incontestablement illustré lors des morceaux imprimés sur les tempos les plus lents. Un climat qui lui permet de déborder de sensibilité et de colère contenue. A l’instar du "Ashes in my ashtray" de Jimmy Johnson. Sa guitare répond à son chant. Il tire, écrase, déforme ses cordes pour en extraire ce son écorché, meurtri. L’émotion transmise, même au sein d’un flot de décibels, atteint, transperce toujours sa cible, tant il décoche de flèches. Il se rapproche à nouveau d'Ellis, tout en s’éloignant d’Allison, lorsqu’il embrasse des sonorités désavantage ‘southern rock’. La ballade "Don't waster my time" en est une parfaite illustration. Et inévitablement, le moment attendu arrive lorsqu’il reprend le "Hard come, easy go" d'Ellis. Lorsque le tempo est plus enlevé, comme sur "Quiet little town", on lui reprochera sans doute une certaine lourdeur, une certaine rigidité. Bruce Iglauer et Burks partagent la signature de deux plages. Evidemment, le boss d'Alligator a bien compris ce qui fait la force de l'iron man. Et en écoutant le lent "Icepick through my heart" on ne peut que partager son avis. A cause de son intensité dramatique, des cordes qui tissent cette atmosphère empreinte d’une tristesse infinie et de la voix, dont la profondeur est sans cesse poussée dans ses derniers retranchements par la guitare. Une guitare qui ne cesse de soupirer et de s'esclaffer. Un grand moment! L'autre titre, c'est le nerveux "Changed man". Il clôt l’elpee. Calqué sur le riff le plus célèbre de Chicago, il se révèle moins éblouissant. Burks reprend même un des meilleurs morceaux du groupe anglais Free : "Fire and water". Michael parvient à s'approprier cette plage composée 40 ans plus tôt par les jeunes Anglais issus du british blues boom. La puissance de feu de l'homme de fer est inextinguible…