Originaire de Montpellier, Quitters est un groupe de punk rock français qui puise son inspiration chez The Flatliners, Off With Their Heads ou encore Pup. Fondé en 2015 et porté par une pure énergie punk rock, ses textes dépeignent avec cynisme et non sans…

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Le nouvel opus de Death Bells (NDR : c’est d’abord le projet de Will Canning et Temy Veselis), « Between Here & Everywhere », paraîtra ce 29 juillet. Ce long playing dresse la carte du désordre qui règne à Los Angeles, ville d’adoption du groupe australien…

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Luminance

Un espace pour rêver…

Quel bonheur de voir des artistes issus de la nouvelle génération puiser leurs inspiration dans les 70’s et les 80’s afin de remettre cette époque au goût du jour, tout en créant un concept totalement neuf. A l'instar de Gesaffelstein, Led Er Est et autres KVB, David-Alexandre Parquier (aka DA), celui qui se cache derrière le projet bruxellois Luminance, propose une musique rappelant clairement la new wave. Pensez à Depeche Mode, John Foxx ou OMD. Après avoir publié un premier Ep intitulé ‘The Light Is Ours’, distribué sous forme de cassette en 2013 et diffusé via Internet, DA a mis le turbo cette année en présentant pas moins de 3 sorties : un nouvel Ep (‘Icons & Dead Fears’), un 7” (‘Obsession/Viper Smile’), que votre serviteur considère pour l’instant comme le  single de l'année, et un split Ep que partage Acapulco City Hunters (‘The Cold Rush’). L'occasion était donc idéale de rencontrer ce musicien très prometteur… en sirotant une bonne bière à la terrasse du Plattesteen...

Les premiers souvenirs musicaux de DA remontent à son enfance vécue à Paris. Il était alors fasciné par le ‘Carmina Burana’ de Carl Orff. « J'étais très réceptif à cette œuvre ; mais aussi emporté par sa puissance, un véritable mastodonte pour un gamin de 5-6 ans ».

Et il n’en a que six lorsqu’il entre au Conservatoire, pour y apprendre à jouer de la contrebasse, formation qu'il honorera jusqu'à son terme. Huit années plus tard, il découvre des musiques plus obscures, et notamment Marilyn Manson. Il s’intéresse d’abord à la basse, puis se tourne vers la guitare et les synthés.

A 18 printemps, il découvre Soror Dolorosa, un groupe français de rock gothique ; et à travers lui, un nouveau pan de la musique 'dark' : le postpunk, la new wave et l'EBM. Son premier projet, très orienté 'black metal', il le baptise Taliesin. Une allusion au ‘Book of Taliesyn’ de Deep Purple ? « Non, le mot 'Taliesin' se réfère à un dieu barde dans la mythologie celte. Je n’ai découvert l'album de Deep Purple que plus tard, et je le considère aujourd’hui comme un de mes préférés... » Après avoir réalisé quelques démos, le combo se sépare (NDR : en octobre prochain, il renaîtra de ses cendres, afin d’accorder un concert unique à la Flèche d'Or de Paris...)

En 2009, DA débarque à Bruxelles et approfondit son intérêt pour la musique des années 80. Il est alors âgé de 20 ans. Les grosses productions 'mainstream', il les connaît déjà depuis pas mal de temps : Sandra, Kim Wilde, Dead Or Alive et l'italo-disco en général. Mais il s'intéresse surtout et de plus en plus à la new wave 'synthétique', que ce soit OMD, Human League, Depeche Mode, etc. Il apprécie moins la Minimal Synth (aussi appelée Minimal Wave, en référence au label new-yorkais). « Je déteste les bidouillages électroniques sans âme. J'apprécie lorsqu’il il y a du relief, de l'émotion, et des moments où tout explose. J'aime emprunter les codes de cette musique mais pour les transformer en quelque chose de dynamique, de foisonnant. »

De même, DA avoue ne pas être un fétichiste des synthés 'vintage'. « Ce qui m'intéresse, c'est le son, peu importe qu'il ait été produit par un clavier vintage ou par un 'plug-in' sur ordi. Je joue pas mal sur mes claviers pour rechercher des idées, mais lorsque je passe à la production, c'est principalement sur l'ordinateur. Encore une fois, je ne suis pas fan du bidouillage. Je préfère les sonorités simples ; mais le plus important, c'est la composition : il faut qu'elle puisse se suffire à elle-même. Comme dans les premiers albums d'OMD... »

Mais venons-en aux productions de Luminance. Le premier Ep, ‘The Light Is Ours’, a tout d'abord été mis en ligne sur Soundcloud et distribué sur une cassette autoproduite. Ensuite, le label texan d’Austin, Young Cubs, en a gravé 300 exemplaires. Enfin, DA vient de le publier sur un vinyle limité à 200 spécimens, à nouveau en autoproduction... Le contenu de cet essai, on le connaît bien maintenant : ce sont 6 perles de musique Synth-Pop éthérée, des plages très accessibles, mais en même temps extrêmement riches en textures sonores. Dans la chanson ‘Les Loups’, DA enrichit même le cadre électronique de sa musique en intégrant des éléments plus organiques, comme la guitare.

Le second Extended Play, ‘Icons & Dead Fears’ est paru il y a quelques mois, mais il est déjà épuisé. Il s’inscrit dans la même lignée mais marque aussi une évolution vers des sons plus bruts, intégrant de légères touches d’EBM voire de Krautrock. « 'Walk' constitue, pour l’instant, le titre le plus représentatif de Luminance », précise DA. On perçoit également l’influence d'Agent Side Grinder, dans ‘R / W / M’, une formation suédoise que DA apprécie au plus haut point.

Mais la 'bombe' incontestable de cet Ep est née de sa rencontre avec Nathalia Bruno, l'ex-chanteuse de Phosphor (aujourd'hui chez Leave The Planet et M!R!M). Pour la plage ‘Obsession’. Elle marie à la perfection l'univers sonore de DA et l'émotion sombre et gothique suscitée par la voix de Nathalia Bruno. Une pure merveille... qui a d'ailleurs éveillé l’intérêt de Weyrd Son Records, le perspicace label bruxellois. Il a ainsi décidé de publier ‘Obsession’, sous la forme d'un superbe vinyle 7 pouces.

On épinglera également la sortie d’une cassette 'split' partagée entre Luminance et Acapulco City Hunters, intitulée ‘The Cold Rush’, éditée sur le label gantois Wool-E Tapes Records. Les cinq titres de Luminance y figurent, « Plus EBM, plus 'rentre dedans' », indique DA. 

Quand on demande à DA quels sont les thèmes abordés dans ses compos, il distingue deux périodes. Tout au long du premier Ep, il a clairement privilégié la nostalgie et la glorification du passé. « J'ai toujours été passionné par les grandes mythologies et les civilisations anciennes ; et, plus récemment, par les années 50, 60, 70 et 80. L’histoire, comme les rêves d'ailleurs, constituent un refuge par rapport à l’indifférence manifestée par la société contemporaine ; mais aussi un terrain de découverte de mes origines, des fondements de l'existence. »

Sur le second Ep, DA a décidé de poser un pied dans le présent. « J'ai dû apprendre à vivre dans le monde actuel, par instinct de survie. Sur ce disque, je me montre donc un peu plus critique par rapport à la civilisation moderne en la confrontant au passé et en essayant de panser mes blessures grâce à la matière onirique.»

Et quid des projets pour l'avenir ? « Je travaille déjà sur un nouvel enregistrement de Luminance, qui sera sans doute un elpee. Il devrait sortir, d’ici la fin de l'année. Ce sera un retour aux sonorités plus organiques. Donc moins brutes et moins squelettiques. Plus proches du premier Ep. Revenir aux paysages sonores brumeux, aux atmosphères profondes, marécageuses, épiques... Je n'y peux rien : mon coeur reste irrésistiblement attaché aux musiques éthérées, qui offrent un espace pour rêver... »

Pour écouter et acheter les albums de Luminance :

         EP « The Light Is Ours » : http://luminannce.bandcamp.com/album/the-light-is-ours

         EP « Icons And Dead Fears » : http://luminannce.bandcamp.com/album/icons-dead-fears

         7'' « Obsession / Viper Smile » : http://weyrdsonrecords.bandcamp.com/album/obsession-viper-smile-7

         Split EP « The Cold Rush » avec Acapulco City Hunters : http://luminannce.bandcamp.com/album/the-cold-rush-luminance-acapulco-city-hunters-split

Luminance logo by Anaïs Mims

Ouragan Matt Jacquier

Sans domicile fixe…

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Ouragan Matt Jacquier est un grand voyageur devant l'éternel. Là ou il pose ses valises, il invite les musiciens du terroir à participer à ses projets. C'est donc lors de son troisième concert accordé à la Chapelle de Mons qu'il a répondu à nos questions. Il fait chaud, l’ambiance est plutôt cool et c'est sur la terrasse et devant une boisson rafraîchissante que l'interview se déroule. Dans la langue de Molière, car ce Franco-canadien s'exprime aussi bien en anglais qu'en français.

Ouragan Matt Jacquier, c’est un drôle de patronyme pour un groupe ?

Au départ, il s'appelait Sidharta. Nous tournions surtout au Canada et aux Etats-Unis. C’est là que nous vivions, finalement aussi. Puis on a débarqué en Europe. Une très chouette expérience. La vraie vie rock'n'roll en groupe et entre amis. A force de voyager, tu rencontres des tas de personnes différentes. Cette envie de liberté va souvent de pair avec la maturité acquise par un artiste, en général. Mais ces rencontres, ces aventures, vécues chaque fois, je voulais qu’elles soient les plus excitantes possible. Lorsque j’étais aux States, mon backing group était constitué d’Américains ? Quand j’ai débarqué en Belgique, j’en ai conclu qu’il était naturel de me produire en compagnie de musiciens belges. C'est également une manière d’appréhender une autre culture. Et puis ce choix permet au public de découvrir une dimension différente de ma musique, et tout particulièrement lors des concerts. Chaque concert, je le souhaite autre. Et la présence de musiciens différents y contribue. Je refuse d’être prisonnier d’une structure ou d’un projet. Quand on monte sur les planches, c’est parce qu’on a envie de jouer en live. Dans ces conditions, choisir mon nom (NDR : Ouragan Jacquier) pour baptiser un groupe, n’est pas nécessairement facile à assumer. Mais c’est une façon d'être moi-même. De m’exprimer à travers les autres. Ceux qui m’entourent, participent à l’aventure. Et finalement aussi le public, qui fait partie de l’ensemble…

As-tu d’autres projets en chantier ?

Vu la formule à géométrie variable, je n’ai pas besoin de me lancer dans d'autres projets. Le but c’est aujourd'hui. Là où je me rends, il se produit des événements. Et on immortalise ces moments-là. Des moments à chaque fois uniques ; et dans ces conditions, chaque nouvelle opportunité, chaque jour, chaque concert, se transforme en nouveau projet.

Finalement, tu vis au Canada ou en Belgique ?

Pour l’instant, je suis en Belgique parce qu'on joue en Belgique. En général je vis où on se produit. On a vécu aux Etats-Unis. A Seattle, Los Angeles et New York. Au Canada. A Montréal et Toronto. En Europe. A Londres et Paris. Nous sommes en Belgique. En Wallonie. Puis nous irons en Flandre. Avant de mettre le cap sur les Pays-Bas. Et ensuite, on retourne en Angleterre. Nous sommes des nomades. Des voyageurs du monde. Comme les acteurs d’un cirque permanent. On ne sait jamais où on va débarquer le lendemain. C’est parfois stressant ; mais ce mode d’existence est très enrichissant.  

Comment décrirais-tu ta musique ?

Pour être honnête, les étiquettes commencent à me fatiguer. Je fais du rock. Et les influences, n’importe qui est susceptible de dénicher celles qui lui conviennent. Depuis Neil Young et son Crazy Horse à Tom Petty, en passant par des formations ou des artistes plus contemporains comme Nick Cave et ses Bad Seeds, les Stooges ou P.J. Harvey. Elle ne sont pas exhaustives, et c’est ce que j’apprécie le plus. Certains y décèlent même des références à Red Hot Chili Peppers. Nous n’avons imposé aucune limite. Et je gère le tout. Finalement, tout le monde s'y retrouve. Suivant l’endroit où je me trouve, la musique prend une dimension différente.

Quels sont les musiciens qui t’ont accompagné, ce soir ?

Des musiciens bruxellois impliqués dans différents projets. Et en compagnie desquels je m’entends très bien. Ils s’investissent dans le mien comme s’il était le leur. Et chaque fois qu’ils montent sur les planches, ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. J’avais aussi recruté un guitariste néerlandais. Sous ce line up, on a accordé 6 concerts. Dans un futur très proche, je compte exécuter des sets ‘unplugged’. Acoustiques, si tu préfères. Et m’entourer alors de bluesmen. Ce qui permettra de donner encore d’autres perspectives à mes compositions.

La scène, est donc primordiale pour toi ?

Pour moi, c'est super important. Je fais de la musique pour jouer sur scène. Après avoir transité par le studio, c'est fondamental, car tu marques le moment. Mais, l’effet s’estompe rapidement. Quand tu as enregistré un album, tu le défends pendant des mois voire des années. Mais tu dois chaque fois le réinventer, sinon tes prestations deviennent lisses et linéaires.

Tu as un album en chantier ?

Oui, ce sera mon premier album solo. L’objectif est de communiquer notre expérience dans la musique. Et de la faire vivre dans notre univers. D'une manière tout à fait personnelle. On va le sortir sous différents formats. Des formats qu’on souhaite originaux.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

La vie tout simplement. Ma réponse est totalement 'bateau', mais c'est ainsi. Je pense qu’elle résulte de ma culture anglophone. Je chante uniquement en anglais. Je parle couramment le français et l'anglais. Mais l'anglais est ma langue maternelle Donc, je rédige plus facilement mes textes, dans cette langue. Par contre, quand j’écris des poèmes, je choisis la langue française. On n’écrit pas de la même manière en anglais ou en français. Il y a beaucoup moins de mots. Et on les utilise davantage pour la dynamique que pour la syntaxe en général. Donc, j'aime bien résumer mes idées et les illustrer. Un exemple ? « Le Petit Prince » de Saint-Exupéry. C'est mon livre de chevet. J'aime beaucoup les textes de Gainsbourg et ceux de Bashung. Ils m'inspirent réellement. J’observe le monde qui m’entoure. Comment les gens se comportent. Et, à la manière d’un reporter, je relate leur quotidien. Certains artistes ou groupes sont engagés politiquement. Mon origine anglo-saxonne m’incite à relater comme un carroi (régionaliste en dialecte canadien). J'ai plus le côté 'Big Generation'. J'aime beaucoup voyager sur les routes, le road movie. J'aime être témoin. Quand j'arrive en Belgique, et tout particulièrement à Mons, je ne débarque pas forcément en terre connue. Mais j'essaye de me fondre le plus possible dans la population et voir comment elle vit. Je respecte sa culture. Et ce soir, c'est le meilleur exemple. C'est le troisième concert à Mons et les gens viennent de plus en plus nombreux. Une certaine connexion s’est établie entre nous…

Quels sont les derniers concerts auxquels tu as assisté ?

Celui de Nick Cave. Et c’est le concert qui m’a le plus marqué. J’ai aussi beaucoup apprécié celui du Fleetwood Mac de Stevie Nicks.

Qu’est ce qui te botte sur la scène musicale contemporaine ?

Franchement, actuellement, il n’y a pas grand-chose qui me donne entière satisfaction. La musique, c’est ma vie, ma passion. Mais les productions actuelles me laissent plutôt froid. Elles sont un peu trop lisses, formatées. Trop explicites également. On ne permet plus aux mélomanes de poser un choix sur ce qu’il veut écouter. On lui impose ce qu’il va entendre. Il prend tout dans la figure. Tout de suite. Et sans ménagement. Perso, j’apprécie me replonger dans les albums des Beatles. Et en particulier celui de « Sergent Pepper's ». Et j’y distingue, chaque fois, des trouvailles. Au bout de la troisième lecture, j’y découvre un nouvel instrument. Je vais être franc, récemment je n'ai rien acheté qui vaille la peine.

Bagdad Rodéo

Bien rire n’empêche pas de réfléchir…

Écrit par

Ce samedi 24 mai, se déroulait le festival ‘La vie en Rock’, dans la salle des sports sise Plaine de La Machine à Feu à Dour ; un festival destiné à financer la recherche contre le cancer. Une vingtaine d'artistes avaient accepté de laisser tomber leur cachet pour la bonne cause. C'est à cette occasion que le très sympathique groupe parisien Bagdad Rodéo a bien voulu répondre à nos questions.

Vous avez accepté de participer à la ‘Vie en Rock’. Vous êtes donc très sensible à l’organisation de tels énervements pour financer la recherche ? 

MSR : c'est une excellente initiative. Le festival est, en outre, bien organisé. Ce soir, nous sommes présents pour divertir le public et en même temps soutenir un projet dont l’objectif est de faire avancer la recherche pour combattre une maladie qui nous concerne tous. Nous connaissons tous un proche ou un ami qui traverse ou a traversé cette épreuve. Vu tout ce qu'on chope, toutes les merdes qu’on bouffe, tous les pesticides qui nous empoisonnent et les retombées radioactives qui nous contaminent, les risques de la contracter sont particulièrement élevés. Nous sommes une génération sacrifiée. Nous, on le sait. Notre modèle de société est pourri jusqu'à la moelle. Ce qui explique pourquoi ce type de manifestation nous plait.
Christobal : c'est bien. Pour une fois que des gens se mobilisent pour une bonne cause. Nous, cela nous éclate. Et en plus de se mobiliser pour faire avancer la recherche contre le cancer. On peut s'amuser dans une bonne ambiance et un bon esprit. C'est génial ; ce ne sont que de bonnes idées.

C'et la première fois que vous vous produisez en Belgique ?

MSR : oui, la première fois, comme membre de Bagdad Rodéo.

Une petite présentation du line up ?

MSR : je m’appelle MSF Delatourette. Et me charge des vocaux. Christobal (Sanchez Del Rodéo) se réserve la guitare. Parmi les gars qui bouffent là-bas, il y a Romain qui se consacre à la batterie ainsi que Houston, aux claviers et à la guitare. Yayo joue de la basse. Notre ingénieur du son, c'est le black. On l'a recueilli. Il voulait une formation d’ingé son.  C'est le fils de Bokassa Ier. En fait, c’est son père qui finance notre projet.

Bagdad Rodéo, c’est un patronyme susceptible de soulever des polémiques ?  

MSR : on avait le choix entre Bagdad Rodéo et Beyrouth Corrida. Or Bagdad Rodéo collait plus à d'actualité. Tu vois, on a voulu faire la synthèse entre un sujet dramatique et un autre plus fantaisiste. Bagdad se réfère à la guerre en Irak, conflit qui ne date pas d’aujourd’hui. Et Rodéo reflète notre côté plus drôle, plus fun. Ce qui correspond vraiment à notre musique. On tente de faire passer un message difficile sur un ton léger et humoristique…

Des textes engagés écrits dans la langue de Molière, quoi ?

MSR : absolument ! Tu as bien résumé. Les textes sont rédigés en français. Et doivent avoir du contenu. Pas la peine de parler pour ne rien dire. Par exemple, si demain je colporte que tous les flics sont des cons, ce n’est pas le reflet de notre opinion. Tu vois ce que je veux dire. Ce n'est pas une appréciation personnelle, mais notre manière de voir les choses. On aime creuser nos sujets. On évite l’observation simpliste des événements tout comme le recours à la vulgarité gratuite. Nous voulons susciter la réflexion. Et ce principe est fondamental. Sans quoi nous ne pourrions ni en rire, ni en éprouver de la satisfaction.

Qui est responsable des lyrics ?

MSR : essentiellement moi. Je les écris et les autres musiciens les corrigent. Ils me signalent quand j’ai oublié un 's'. Non, je rigole. On discute des thèmes et des sujets qui seront abordés. De la nécessité de les approfondir. De les revoir de fond en comble, quand je suis à côté de la plaque. Quand ça arrive, je le vois immédiatement à leurs gueules. Par contre, quand ils se marrent, c’est que c'est bon. Et quand ils disent tous ‘oui’, alors c’est que c'est tout bon. C'est leur manière de valider mes textes.

Et de la musique ?

MSR : on paye un mec pour composer. Un petit chinois, mais on ne peut pas le crier sur tous les toits. C'est un secret entre nous. Le type mesure 1 mètre 40 au garrot. Il est hyper doué dans l’exercice. On l'appelle Tink Ponk.
Christobal : Et moi je passe pour quoi ?
MSR : non, on est cons. C'est Christophe (Christobal) qui se charge des partitions musicales.  Pour  « Deux », il signe pratiquement toute la musique.
Christobal : Yayo (NDR : le bassiste) et Ludo (NDR : MSR) ont également collaboré. En général, on bosse en binôme ou trinôme. Sans oublier le petit chinois.
MSR : perso, dans ce domaine, je sers plutôt d'aiguilleur. J’indique ainsi qu’il est possible d’adapter un texte à la musique. Quand les structures sont trop complexes, je suis perdu. C'est plutôt ce rôle qui m’est dévolu.
Christobal : Ludo pose toujours le choix final. C'est lui qui valide ou pas ce qu’on a élaboré d’un point de vue musical. Si le morceau l'inspire, on va en faire une chanson. Dans le cas contraire, et  même si nous on reste persuadés qu’elle sera superbe, on abandonne l’idée. In fine, c’est Ludo qui entérine.
MSR : malheureusement pour moi. C’est une lourde responsabilité…
Christobal : mais l'avantage chez Bagdad Rodéo, c'est sa diversité de ton. Et puis on peut y mettre ce qu’on veut. Perso, je ne ressens aucune frustration. Si je propose un morceau de reggae à Ludo et qu’il estime que c’est de la merde, on essaie quand même d’en faire quelque chose. Parfois, sans trop savoir pourquoi, la magie peut opérer. Un album de Bagdad Rodéo, c'est un disque de rock au sens large du terme. On peut y mettre du funk, du folk ou de la country. Ou encore ce que l'on a envie. Le leitmotiv, c'est la liberté de ton. Et puis, raconter une histoire à prendre au second degré permet de nous éclater…

La musique vous en avez fait un métier ou elle reste une passion ?

Christobal : un peu des deux. On ne peut pas vivre uniquement de Bagdad Rodéo. Même si on a tracé le chemin adéquat pour y parvenir. Le business musical n'aime pas trop quand un artiste ou un groupe est libre de faire ce qu’il veut. Alors, soit tu choisis l’autonomie, soit tu payes la note. Mais on s'en fout, car nous sommes tous musiciens professionnels. Bagdad Rodéo, c'est en plus…
MSR : ces deux critères doivent rester liés. Quand tu propages les mots 'bite' et 'cul' un peu partout, tu ne récoltes pas beaucoup de tunes pour bouffer. Mais on n’a plus grand-chose à se prouver. Et on ne développe pas trop d’ego sur ce qu’on fait. On le fait parce qu'on a envie de le faire. On aime ce projet et on ne se sent pas prétentieux. Créer notre propre musique nous permet de prendre du bon temps. C’est le principal.

Développez-vous d’autres projets en parallèle ?

MSR : non, nous avons tous un job. Et il nous pompe suffisamment de temps.
Christobal : il est déjà difficile de participer à une aventure comme celle de Bagdad Rodéo et de connaître, en même temps, une vie de famille. Ce projet prend énormément de temps. Entre la maison, Bagdad Rodéo et le travail qui permet de payer le loyer, franchement, nous n'avons plus une seconde de libre. On aimerait bien, mais on ne peut pas. Plusieurs membres du groupe ont aussi des enfants.

Vous avez quand même encore le temps d’écouter des disques d’autres artistes ?

MSR : le dernier album de Stromae, il est super ! Et ce n'est pas parce que je suis en Belgique que je le proclame. Celui de Triggerfinger n’est pas mal non plus. Leur musique est coquine. Comme les bonnes frites. La classe. Je prends aussi mon pied à l’écoute de la musique des Hives. Ah non, ils ne sont pas belges ! Annie Cordy, bien. Elle chantait ‘TaTa Yoyo avec son grand chapeau’. Et la marionnette Tatayet, aussi. ‘Salut, c'est Tatayet, j'ai mal au cul’. Sans oublier la Duvel. C’est ce que le Français moyen retient de votre culture.
Christobal : perso, j’apprécie beaucoup Triggerfinger. Ils balancent un rock'n'roll de malade. La démarche de Stromae, sur disque, me plaît. Par contre, je ne suis pas prêt à aller le voir sur les planches. Il n’est pas assez soutenu par de véritables musiciens. J'aime trop la guitare et surtout en prendre plein la gueule…

Le public vous a réservé un accueil chaleureux…

Christobal : les Belges sont gentils.
MSR : ta réflexion est péjorative. Les Belges savent rigoler. Vous êtes moins tendu du cul que certains. Putain, tu connais Le Mans ? On y a joué une fois, et les spectateurs étaient particulièrement froids. Ils devaient s'enculer entre cousins et cousines là-dedans… Je ne sais pas ce qui s'est passé. Le retour du public, on y attache de l'importance. Les gens ont le droit de nous juger quand nous sommes sur scène. Mais, nous on a aussi le droit d’évaluer leur réaction quand on est sur les planches. Cela fait partie du jeu. Les Belges sont généreux aussi. Plus détendus. Nos conneries les font rire. Dès qu’on aperçoit les premiers sourires, le courant passe plus vite. Et on sait qu’on va se marrer. Tout à l’heure, j’ai décelé la présence d’un mec qui était à moitié bourré, et instinctivement je m’en suis fait un pote et un allié. On joue un peu sur l’effet 'People'. C’est arrivé pile poil sur le morceau « J'aime pas les filles ». Pour lui, sans doute, les filles sont des connasses ; mais c'est son choix, et le texte l’a fait marrer. C’est ce qui est le plus important. Les Belges ont une approche de l'humour bien plus ouverte que les Français.
MSR : (en me dévisageant) C’est pas croyable, mais tu ressembles à mon père. Vous vous ressemblez comme deux gouttes d’eau. Ce n’est pas croyable. Je vais te montrer sa photo. Tu pourrais être son frère ! Je vais te sortir une photo. Euh, je peux t'appeler Papa ?

Ce qui explique pourquoi la scène est importante pour vous?

(NDR : le temps que le chanteur retrouve les photos de son paternel), Christobal reprend le crachoir : oui, la scène est extrêmement importante. C’est vraiment le moment au cours duquel on peut se lâcher. Tu passes des mois à composer sans pouvoir interpréter tes compos devant un auditoire. Les planches, c'est le moment du partage. Soit tu prends un râteau, soit tu établis une connexion avec le public.
MSR : c'est un moment vital pour nous. Tu y oublies tous tes problèmes. C'est pourquoi il est indispensable de se produire en live…

Vous revenez en Belgique ?

MSR : aux Francos de Spa. Quatre jours en juillet. On est programmés aux 'Vitrines des Franco'. On joue 24 heures sur 24 pendant quatre jours… Quoi cinq jours ? Et on va devoir se farcir quotidiennement 4 interviews ? Mais les organisateurs sont des tortionnaires… Tu viens nous voir aux Francos ?

 

Raider 79

De la techno, mais pas seulement…

Écrit par

Raider 79 est un jeune artiste montois qui vient de sortir « Double Face part II », un Ep au cours duquel il explore les chemins de traverse d’une Techno bourrée d’énergie destinée aux hangars gigantesques ou aux raves. Mais en ne lassant jamais grâce à un sens du détail et de la micro-variation. Entretien en compagnie de ce talent prometteur issu de l’autre patrie de la techno (la Belgique évidemment).

Quel chemin as-tu parcouru avant d’arriver à la techno ?

Mon père m’a offert 2 platines Technics, et c’est le véritable point de départ. J’ai commencé à mixer dans la région de Tournai où j’habitais à ce moment-là. Très vite, j’ai commencé à passer de la Trance, de l’Electro et de la Techno. J’y ai pris goût ; mais le vrai tournant s’est produit lors de l’achat d’une Groovebox qui m’a plongé dans la production plus que le mix. Et j’ai commencé à acheter d’autres machines pour étoffer mon son.

Quelles ont été tes influences ?

Laurent Garnier et Technasia au départ m’ont énormément influencé. Actuellement je me sens plus proche du son de Vitalic et de l’ambiance qu’il peut créer dans une salle. Comme lui, je re-travaille mes morceaux pour les Live.

Comment se déroule le processus de création de tes morceaux ?

Je travaille seul dans mon coin d’abord. A une certaine époque, j’ai bossé en compagnie des Fouck Brothers qui m’ont permis d’évoluer dans mon projet musical. Je suis isolé au moment de la composition pure, mais je n’hésite pas à solliciter le concours d’un ami pour opérer le mastering et les arrangements ; ce qui permet de prendre du recul par rapport à mon travail.

Qu’est-ce que tu écoutes pour t’inspirer ?

Principalement de la techno, mais pas seulement. Il faut s’ouvrir à d’autres styles pour se renouveler même si on ne le ressent pas forcément dans ma création. Quand ils fouillent dans ma compactothèque, mes amis sont souvent étonnés d’y repérer des disques de musique classique. Mais au moment de la composition, plus aucune influence externe ne vient me perturber. Je me coupe de toute musique autre que la mienne.

Peux tu décrire l’évolution de ton son ?

Au début, mes morceaux étaient plus carrés, plus bruts. Ensuite, j’y ai injecté une certaine souplesse, en gardant l’énergie. Je cherche constamment des variations autour d’une structure.

Comment se déroule ta vie de musicien en Belgique ?

C’est très compliqué au niveau du booking, surtout que je n’assure plus de djing pour me faire connaître, mais je vais peut être m’y remettre. L’avantage d’un petit pays, c’est la facilité des contacts et de pouvoir s’entourer d’amis.

Quel est le meilleur endroit pour écouter ta musique ?

Dans une salle sombre, grande ou dans une voiture (sourire)

Quel est le retour des gens sur ta musique ?

Ils adorent l’énergie, le côté un peu sombre qui ressort au milieu d’ambiances plus joyeuses, ce qui me motive encore plus pour mon live.

Pour écouter l'EP, c'est ici

Jane Doe & The Black Bourgeoises

Tu dois être riche si tu veux devenir musicien

Écrit par

Jane Doe & The Black Bourgeoises ! A la lecture du patronyme, on imagine être en présence d’une vocaliste à la tête d’un girl band un peu cul-cul. Ce n’est pas le cas. Oui, il y a une chanteuse : Julie Megank ; et deux choristes, Cookie G. et Cherry G. Mais pas seulement. La formation est également soutenue par quelques vieux briscards issus de la scène belge, dont les guitaristes Antoine Cannon (Super Like You) et Dave Kostman (NDR : il double également au synthé), le bassiste Dan Diaz (Driving Dead Girl) et enfin le batteur de Von Durden, Nicolas Scamardy.  Bref, en 2013, cette formation a publié un album très rock'n'roll intitulé « Angel Crash ». Le parcours du combo est antinomique : naissance, composition, studio, album et enfin concerts. C'est dans le bar du Bazanova à Houdeng, juste avant leur prestation, que le groupe nous a accordé une interview. On vous relate les réactions les plus intéressantes…   

Ben manifestement, ça rocke pas mal pour vous, les filles ?

Julie : effectivement, ça boume et ça rocke plutôt bien pour nous…

Quelques mots sur votre parcours et vos influences ?

Nicolas : j'ai rencontré Julie, il y a deux ans. Et alors que nous circulions en voiture, elle s’est mise à chanter ; et je me suis rendu compte qu’elle avait une superbe voix. Je l’ai donc invitée à participer à la confection de quelques maquettes. Puis nous sommes entrés en studio. Ce n’est qu’ensuite que nous avons fondé le groupe, puis nous avons commencé à nous produire en concert.
Julie : Et enfin on est allé manger un spaghetti. Nous avions faim.

De la table on peut donc passer aux goûts musicaux...

Dan : perso, j’épinglerai Machiavel et Slayer.
Julie : Skarbone 14, Jeanne Mas de l’époque « En rouge et noir ». Soit sa plus intéressante. Mylène Farmer pour l’aspect émotionnel qu’elle parvient inoculer à ses chansons… ( ?!?!?)
Nicolas : je vais quand même répondre un peu plus sérieusement à cette question. Je pense que tous les membres du groupe écoutent plus ou moins les mêmes artistes. De manière générale, nos goûts sont éclectiques, même si nous préférons le rock. Et si nos aversions sont souvent partagées, c’est ce partage des sensibilités qui nous permet paradoxalement de concocter une musique originale...

Remettre le passé au goût du jour, c’est un peu votre philosophie, non ?

Nicolas : wah, je comprends ce que tu veux dire !
Julie : oui, nous aimons bien le côté 'vintage' de la musique.
Cherry B. : suivant l’adage on pourrait affirmer que c'était mieux avant. Si on avait décidé de s’inspirer de One Direction ou d’autres trucs pareils, on ne ferait peut-être pas la même musique.

Quel est le dernier concert auquel vous avez assisté ?

Antoine et Julie : celui de Queens Of The Stone Age.
Dan : de Wooden Shjips.
Nicolas : Queens Of The Stone Age également, mais par téléphone ; en fait Julie y était en compagnie des autres membres du groupe. Je me suis montré sous un visage gentlemen. J’ai nettoyé la maison.
Cherry B. : je ne me souviens plus très bien, j’étais bourrée ? Je pense qu’il s’agissait d’Amine Bell.

Et le dernier album que vous avez écouté ?

Nicolas : celui de Stromae. Il a reçu beaucoup de critiques négatives. J’ai reçu ce disque en cadeau. Mais si on ne me l’avait pas offert, je l’aurais acheté. Au moins, par curiosité. J'assume ce choix. Pour l’instant, ce gars est vraiment incroyable.

Cherry B. : oui, et pourtant, il essuie de nombreuses critiques de la part de ceux qui ne supportent pas son succès.
Julie : le dernier disque acheté est celui d’Urban Voodoo Machine. Je me le suis procuré lorsqu’on s’est produit au Power festival. Leur set est à la foi complet et délirant.
Nicolas : sur scène, The Urban Voodoo Machine est une formation vraiment impressionnante. On dirait des saltimbanques qui réalisent un mélange parfait entre la musique manouche, néo-orléanaise et tzigane.
Antoine : le dernier album que je me suis payé, c’est celui de Daan.
Dan : et moi de The Black Angels.

Qui signe la musique et les paroles chez Jane Doe ?

Nicolas : je me charge des parties musicales. Les textes, ce n’est pas trop mon truc. C’est le chanteur de Von Durden et Julie qui s'en occupent. Cherry se consacre aux backing vocaux. Et elle est balaise dans le domaine des harmonies vocales. Dan et les autres amènent leurs propres idées au niveau des sonorités. Et puis finalement, chacun d’entre nous apporte sa teinte personnelle à l’ensemble. Moi, j’ébauche le canevas en noir et blanc et eux y mettent les couleurs.

Quand vous débarquez en studio, vous emmenez des partitions préenregistrées ?

Nicolas : non, nous bossons plutôt en ‘live’. On dispose, en général de démos. C’est tout. On joue du rock et on ne cherche pas à dénicher des sonorités particulières. Ce n’est sans doute pas très original, mais c'est, en tout cas, immédiat.

Ce qui explique, sans doute, pourquoi la scène est essentielle pour vous ?

Nicolas : absolument ! C'est toute notre vie. Quand on ne produit pas en public pendant trois ou quatre mois, on a l'impression de régresser. Seul le studio et les répètes permettent de garder le moral au top.
Julie : il y a un mois que l'on n'a pas plus joué en concert ; c’est comme si on ne s'était plus vu depuis une éternité.

Quel regard portez-vous sur vos fans ?

Nicolas : je n'aime pas ce concept. Il est déjà très agréable de savoir que quelqu'un achète ton disque, car tu as passé beaucoup de temps pour le concevoir. Tu as ramé, tu as dû casser ta tirelire pour atteindre cet objectif. Et une personne te dit qu’en se levant le matin, elle a écouté ta musique ; alors tu es ravi et tu as la pêche pour la journée...

Vous participez au ProPulse, la semaine prochaine. Un tremplin ?

Nicolas : ce qu’on espère c’est qu’il nous permettra de décrocher des dates en septembre. On a donc besoin d’intermédiaires qui nous aident, sans trop nous plumer. Je m'explique. Un label ou tout au moins l'éditeur est susceptible d’effectuer cette tache, à travers des clips ou en ciblant les radios, sans pour autant exiger 75 % du cachet, après coup. C’est la raison pour laquelle il existe des contrats-type. Ils nous aident et en retour ils retrouvent un peu les billes qu'ils ont investies. D’autres semblent se préoccuper de notre avenir ; mais c’est surtout leur portefeuille qui les intéresse. Et ils nous demandent des sommes indécentes. Et là, va te faire voir.

Déjà qu’il est difficile de vivre de sa musique en Belgique…

Nicolas : à qui le dis-tu ?
Cherry B. : sauf si l'on s'appelle Daan. Pas notre Dan, hein ! En fait, un musicien peut survivre en Belgique, mais il doit diversifier ses activités. Bosser également comme musicien de studio, par exemple. C’est mon cas. J’y assure ce rôle, et puis j’exécute des dj sets. M’enfin, ces rentrées me permettent de payer le loyer ; pas de nourrir son homme…
Nicolas : il ne faut pas oublier que l'on réinvestit tout ce qu’on gagne. Une chouette image circule sur le net : celle d’un iceberg. La partie visible, c’est le show ; en dessous, celle qui est immergée représente les heures de travail et d'investissement. Dan a cassé ses cordes. Tarif : 50 euros. En plus, se produire en concert implique des coûts de déplacements.
Cherry B. : des contrats, on n’en manque pas, mais tout est réinvesti dans les frais de fonctionnement du groupe.
Nico : nous nous déplaçons en train ou en voiture pour participer aux répètes, deux à trois fois par semaine. Ce sont encore des dépenses, même si elles sont personnelles.
Dan : oui, participer à l’aventure d’un groupe coûte très cher. Il faut acquérir et entretenir le matériel. Tu dois être riche si tu veux devenir musicien. Le public imagine que parce que tu te produis sur de grosses scènes, tu encaisses des cachets importants. En réalité, tout passe dans les frais. On n'a jamais eu de marge bénéficiaire suffisamment conséquente pour dire de partir en vacances.

Evidemment, s’exporter, ce ne sont pas des vacances…

Nicolas : on est allé jouer en France. Et on a adoré l’expérience. Peut-être que le ‘Pro Pulse’ nous permettra d’y retourner. Je crois que c'est une envie que nous partageons tous : partir loin tous ensemble.
Cherry B. : tout à fait ! Mais le booking doit le permette ; et surtout, encore une fois, il faut de l'argent. Pour voyager. Pour être logé. Et là on fait un appel aux âmes charitables…
Nicolas : je suis même partant pour assurer une première partie lors d’un ‘tour bus’. Des amis ont vécu ce périple en Europe, comme supporting act d’un groupe de metal. Et finalement, heureusement qu’ils se sont retrouvés en merchandising ; car finalement, si l’expérience est enrichissante, elle engendre des débours auxquels tu ne penserais même pas, au départ.

Le système Aka Starter, vous y avez pensé ? Pour organiser sa tournée, Sarah Carlier a eu recours à cette manière de recueillir des fonds via Internet…

Cherry B. : oui, je connais. Mais que ce soit Akamusic ou Akastarter, une personne sur dix-huit va tirer parti de ce système. Sans vouloir casser ou critiquer la méthode, c’est cette société qui va encaisser les bénéfices. En outre, la formule ne permet pratiquement aucune liberté de création et de production. C’est une structure intéressante pour tout artiste qui accepte le formatage et la dépendance. Vu notre souci d’indépendance, ce n’est pas la bonne formule à adopter.

 

Sweet Jane

Une histoire de famille

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La rencontre s’est déroulée au Witloof Bar du Botanique, juste après le concert de présentation de son nouvel opus, « Time away ». Sweet Jane alias Christel Mignolet a donc attendu plus de 10 ans avant de publier ce troisième essai. « Full moon » remonte d’ailleurs à octobre 2003. Ce qui méritait des explications…

Ce n’était pas intentionnel ! Au cours de cette période, je me suis consacrée à d'autres projets. Et comme je suis entière, je m’y livre à fond. Je n'ai jamais arrêté d'écrire des chansons. J'ai toujours continué dans mon coin, dans ma chambre. Et puis à un certain moment, je me suis dit qu'il était temps de faire un peu l’inventaire. Et réunir les chansons écrites dans le passé sur un album. J’en ai également ajouté quelques unes qui occupent une bonne moitié du nouveau cd.

L'écriture de tes textes est assez pointue, mais aussi soignée. Tu es méticuleuse ?

Mon écriture est spontanée. J’utilise énormément la métaphore. J’ai plutôt recours aux images plutôt qu’au réalisme. Et pourtant, je suis également dans la réalité, en utilisant des mots simples et directs.

« Sweet Jane », c’est le titre d’une chanson du Velvet Underground que Lou Reed a transformé en tube. Mais pourquoi avoir choisi ce patronyme ?

J’ai découvert le Velvet Underground, il y a une vingtaine d'années. Et j’ai flashé sur cette chanson. A cette époque, j’étais aux Etats-Unis en compagnie d’amis qui l’écoutaient souvent. Finalement, elle est devenue une expression entre nous. Aussi, quand j’ai cherché un nom de scène, je n’ai pas dû chercher très loin. Et puis la musique colle bien au projet. Oui, je reconnais, je suis fan du Velvet Underground.

D’après tout ce que j’ai pu lire, tu es très attirée par la scène britannique. C’est une référence primordiale pour toi ?

Oui, absolument ! J’ai été bercée par la scène anglaise, parce que ma maman est néerlandaise et elle écoutait beaucoup de musique anglophone. Mon papa est francophone, et lui est chanteur/compositeur. Mon frère joue également de la musique. Mon petit frère est ingénieur du son. C'est lui qui s’est chargé du mixing ce soir. Donc, c'est une histoire de famille. On baigne dans l’univers de la musique depuis notre enfance.

Se produire en concert, c’est important pour toi ?

Tout à fait ! A cause du retour que nous procure le public. Le ‘live’ me transporte. Me fait vibrer à l’intérieur. J’essaye de donner le meilleur de soi-même. Bien sûr que pour les artistes, il est très important de monter sur les planches… 

Au Botanique, tu as joué au Witloof Bar. Pourquoi pas à la Rotonde ?

Un concours de circonstances. Le Botanique est fort booké. Quand on m'a proposé de me produire au Witloof Baf, j’ai accepté. Je suis ravie d’y avoir joué. A ce propos, je remercie le programmateur du Bota, Paul Henry Wauters. A la Rotonde, le son est magnifique. J'y ai déjà assuré la première partie de Shannon Wright, au mois de novembre 2013 ; et c'était très chouette. Et la prochaine fois que je reviens au Botanique, cela sera à la Rotonde. Maintenant, je suis vraiment contente d'avoir joué ici ce soir après 10 ans d'absence. De voir que les gens qui sont déplacés ce soir ont apprécié le spectacle. Ils étaient vraiment enthousiastes. C'est mon sentiment en tout cas. J'ai les deux pieds sur terre et la tête dans les nuages. C'est un peu dans ma nature.

A propos de première partie, dans le passé, tu as accompli celles de Calexico, Sophia et d'Echo & The Bunnymen. De bons souvenirs ?

Chaque concert laisse de bons souvenirs. Pour Calexico, c'était à la Soundstation de Liège. A cette époque là, ils s’étaient déjà forgé une certaine notoriété, mais pas encore comme celle acquise aujourd'hui. Donc c'est chouette. Echo & The Bunnymen, je les ai précédés à l'Ancienne Belgique. J'étais un peu angoissée, car la salle est très grande. A l’époque, je n’étais pas très sûre de moi. Mais après le set, le guitariste est venu me voir pour me dire qu’il l’avait apprécié. J’étais vraiment contente, alors que pourtant, pendant toute ma prestation, j'étais dans mes petits souliers. Un excellent souvenir ! Sophia, on a grandi entre guillemets ‘ensemble’. Son projet a commencé à la même époque que le mien. Robin vit en Belgique. On se connaît. J'aime beaucoup ce qu'il fait. Il fait partie de mes relations amicales.

As-tu prévu une tournée des festivals ou des grandes salles pour défendre ton nouvel album ?

En tout cas, pas pour l'instant. Pas tout de suite. J'ai encore envie de poursuivre la tournée des petits clubs, en automne. En janvier, je vais peut-être encore me produire dans des centres culturels. Je commence à bosser sur un quatrième album et après je pourrais envisager celle des festivals. Si on me sollicite, bien sûr, je ne dirai pas non. Mais pour l'instant, je me suis cantonnée aux petits clubs et c’est plutôt une formule sympa. Je trouve que le rapport entre l’artiste et le public y est vraiment direct. Je suis très heureuse d’y jouer. Des grandes scènes, j'espère oui. Mais je suis déjà très satisfaite de ce qui m’arrive actuellement.

On compare souvent ta voix à celle de PJ Harvey. Un compliment ?

Une référence importante. C’est certainement une source d’inspiration pour moi. Et pour pas mal d’autres chanteuses. Mais pas seulement pour sa voix. Pour ce qu’elle dégage. Elle a vraiment en elle quelque chose de poignant. Et que l'on me compare à elle, c'est un beau compliment.

Que représente Spain pour Sweet Jane ?

Un groupe américain que j’adore. Enfin, leur musique. Elle est particulièrement chaleureuse, intense, soul, très poignante également. C’est également une de mes inspirations majeures. De nombreuses formations issues de la scène new-yorkaise pratiquent ce style de musique. J'ai tout de suite accroché. Velvet Underground était un peu plus rock. J’étais plus jeune aussi. Puis j’ai évoluée et je suis tombée sous le charme de la lo fi. Cette musique me berce, me transporte, m’envahit…

Question que je pose régulièrement aux artistes belges : peut-on vivre de sa musique en Belgique ?

Non, il faut garder les pieds sur terre. Adamo et Arno sont professionnels et peuvent vivre de leur musique. Ils s’exportent à travers le monde. Puggy et Suarez sont certainement sur la bonne voie. Tant mieux pour eux ! Pour tous les autres qui commencent leur carrière ou dont le style musical est plutôt alternatif, ce n’est pas possible. Le téléchargement illégal est toujours d’actualité. On ne vend pas de cd, sauf en concert. En magasin, c'est fini. On ne peut pas compter sur de telles rentrées au début d'une carrière de chanteur/musicien. Aujourd'hui c'est dur. Perso, j’ai une activité professionnelle en plus de l’artistique ; et si un jour je devais lâcher mon job pour vivre de ma musique, je le ferais. Mais pour l’instant, ce n'est pas mon intention…

Leaf House

Trouver le juste milieu…

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Rencontre avec Romain Cupper du groupe liégeois Leaf House qui nous a accueilli dans son café à Liège (le Cupper Café, rue Saint-Barthélemy, un endroit très agréable où l'on peut se désaltérer et se restaurer à petit prix en écoutant une programmation musicale de qualité). Il nous a parlé du deuxième album de son groupe sorti il y a quelques jours sur JauneOrange. "LLEEAAFFHHOOUUSSEE" affine les atmosphères prometteuses des premières réalisations oscillant entre dream pop, indie rock, electronica et expérimentations sonores. Assurément une des meilleures sorties belges de 2014 qui n'a d'ailleurs pas échappée aux programmateurs des Ardentes, de Dour et du Brussel Summer Festival. Retour sur l'étonnant processus de composition et de production de cet album luxuriant.

Peux-tu nous expliquer la genèse de votre nouvel album?

On est parti enregistrer à Ibiza où j'ai de la famille. On cherchait un endroit où on pouvait s'isoler du monde pour ne nous concentrer que sur notre musique. Ce qui peut paraître bizarre, mais Ibiza hors saison, en hiver, est quasi désert. Il faut prendre trois avions pour y arriver. Il grêle, il pleut, il y a des tempêtes en permanence. Tous les magasins sont fermés, on ne croise pas un chat dans les rues. On y est partis à la fin de l'automne et on s'est enfermés dans une petite baraque. Nous y avons composé 17 morceaux. On voulait tous les mettre sur le disque. Mais JauneOrange nous a fait comprendre que ce n'était pas possible vu qu'on avait plus rien sorti depuis trois ans. Il nous ont donc proposé sortir d’abord un maxi 5 titres et de garder le reste pour un full cd. L’Ep "Allthafa" a donc vu le jour il y a un an. On a, à l'époque, sélectionné les morceaux les plus rock, les moins électroniques pour proposer deux ambiances vraiment différentes. Bénéficier d’un an supplémentaire pour travailler les morceaux restants nous a permis de gratter dans les coins, de continuer à composer, de peaufiner les transitions et autres. Et d'aller beaucoup plus loin dans la réflexion sonore.

Tous les membres du groupe participent à la composition?

Oui. On participe tous. On commence par composer en midi sur ordi, la plupart du temps sur Ableton. On jette des idées. On crée des mélodies dissonantes, horribles à l’aide d’orgues dégueulasses et des arpeggiators qui tournent en boucle. Ce qui nous procurent des bases mélodiques sur lesquelles on ajoutera plus tard des basses et des guitares. Ce sont des contraintes mélodiques qu'on s’impose. On lance des pistes au hasard, puis on conserve ce qui nous plaît et on commence à imaginer le morceau qui pourrait naître, les sons, les accords qu'on pourrait y ajouter. A Ibiza, on disposait de deux pièces séparées dans lesquelles on avait installé le même matériel et on avait divisé les morceaux. On se partageait en deux camps (deux d'un côté, deux de l'autre) et dès qu'on était saoulés par un morceau, on changeait de place. Chacun pouvait ajouter ce qu'il voulait. Du coup, 5 synthés, deux basses et autant de guitares pouvaient se retrouver sur un seul morceau. Il n'y avait pas de limite. Par la suite, on a dû décider de ce qu'on conservait ou pas.

C'est presque de l'improvisation?

De l'instinctif, de l'intuition, beaucoup de spontanéité en tout cas. Il y a même des trucs qu'on ne pourrait plus refaire. Par exemple lors des sessions d’enregistrement, lorsque le bassiste est parvenu à produire un son de fou, qui est devenu la base de l'intro du morceau, en cognant sa basse contre quelque chose, tout en allumant sa clope.

Vous avez aussi pu vérifier la transposition des morceaux en live, avant de les enregistrer ?

Non. En fait, comme au départ tout est consigné sur ordinateur, on doit ensuite apprendre à les reproduire sur nos instruments, avant de les proposer en concert.

Donc, si je comprends bien, le bassiste, par exemple, doit essayer de rejouer les lignes de basse électroniques définies par les programmes?

Oui c'est amusant, parce qu’il est arrivé qu’on ne parvienne plus à retrouver l'origine du son ni à le restituer. Parfois c'était juste parce qu'on on s'était trompé lors de l’encodage et qu'on ne savait plus dans quel programme on l’avait sauvé. Pour revenir à la question des concerts, nous n'avons pratiquement interprété que les morceaux de l’Ep pendant un an. Le public n’a pu entendre qu’un ou deux morceaux de l’album avant sa sortie. Il y a en a même qu'on a tellement joué qu'ils ont fini par nous lasser et nous ne les avons finalement pas repris sur le disque. Bref, c'est à double tranchant.

Vos compositions sont de plus en plus recherchées, luxuriantes et complexes dans les structures…

D'abord, on a disposé d’un an de plus pour travailler dessus. Cela joue. Et puis, cette évolution vient peut-être de notre processus de création, car on s'impose quelques contraintes pour le fun. Par exemple, on ne va jamais utiliser de nombres pairs dans nos structures. Il n'y aura jamais 4 coups de cymbales pour démarrer une chanson mais 7 ou 11. C'est peut-être une démarche un peu idiote, mais elle est destinée à créer une émulation entre nous, s'amuser, apporter de l'imprévisibilité. Sur "Dancing Shades", le premier morceau, il n'y a jamais deux fois la même structure.

C'est pourquoi plusieurs écoutes sont nécessaires pour vraiment apprécier vos compos. Il y a bien plus d'informations que sur un album pop lambda.

C'est vrai qu'on est parfois un peu dans la surenchère. Il y a une moyenne de 40-50 pistes sur chaque titre.

On sent que vous avez beaucoup écouté Animal Collective (NDR : le nom du groupe vient du titre d'une chanson des Américains) et que vous ne rechignez pas en effet à rajouter des couches. Y a-t-il une trame, une histoire que vous vouliez raconter?

On a voulu démarrer l'album par des morceaux un peu plus lumineux et le terminer avec des tracks plus sombres, plus noirs, plus électroniques bien que nous ayons enregistré pas mal de sons nous même. La plage finale, "Cat Mum", en est un bon exemple. La moitié des samples sont de petits sons créés avec rien : une feuille de cigarette qu'on retire du paquet, une feuille de papier qu'on déchire, une allumette qu'on casse... Pour en revenir à la trame, il y a deux brèves interludes qui servent de transition entre les trois parties de l'album. Ce sont des sortes de mini-trauma qui annoncent un changement d'ambiance vers quelque chose de plus sombre mais aussi de plus léger. Il y a beaucoup moins d'informations dans les deux dernières compositions. Un peu comme si on avait bu énormément de café pour commencer et que la caféine provoquait de moins en moins d'effet. La fin c'est un peu comme quand on émerge d'une gueule de bois.

Il semble y avoir un gros travail de production sur la voix ?

Oui on pourrait croire qu'on a abusé de l'autotune mais en fait, non. Il y a une sorte de dictature de ce correcteur en ce moment au point que toutes les nouvelles pédales en sont dotées. Du coup, on ne peut pas rajouter d'octave à sa voix sans qu'il y ait un minimum d'autotune. Nous, on a surtout énormément joué avec le pitch sur les samples de voix, elle n'est modifiée que par ce procédé. Ceci dit, c'est rare que tu n'entendes que ma voix pitchée, elle est doublée pour créer un chorus, pour donner un effet psyché plus perturbant.

Tu as vraiment pris confiance en ta voix, on dirait que tout a été composé autour d'elle, qu'elle est devenue l'élément central.

Et pourtant, la voix c'est ce qu'on enregistre en dernier. Je ne compose pas à l’aide de textes. Je ne suis pas anglophone. Je ne sais pas écrire des paroles profondes dans cette langue. Je suis plus dans l'imagé, l'instantané, des choses simples. Je n'ai pas envie de commencer à raconter des histoires. J'utilise plutôt ma voix comme un instrument à vent. Des mots par prétexte. Je me lance dans des yaourts que j'enregistre. J’écoute le résultat et ensuite, j'essaie de deviner des phrases en changeant le moins possible la mélodie et le son. Certaines phrases n'ont d'ailleurs rien à voir entre l'une et l'autre. Elles sont mêmes parfois contradictoires. J'ai besoin de laisser mûrir le morceau, son ambiance, qu'il soit quasi fini musicalement pour me l'approprier vocalement.

Serait-ce la production qui me donne cette impression, mais "Feel Save", un titre qui commence uniquement par ta voix, me fait penser à "Somewhere over the Rainbow".

C'est vrai. Cette mélodie est née spontanément dans le yaourt, sans le moindre contrôle. Quand je m'en suis aperçu, je me suis dit qu'on ne pouvait pas inclure cette intro si proche de cet énorme standard et qu’elle aurait fait débat au sein du groupe, jusqu'au bout. Pouvait-on assumer cette intro? D'autant que "Feel Save" est le premier morceau que les gens ont pu écouter. Et puis finalement, on a conclu que notre style en était tellement éloigné qu'on pouvait se le permettre pour une phrase. On n'y pense plus dès qu’il est commencé. C'est d'ailleurs une des chansons où on rencontre le plus de variations vocales.

Tu vas moins dans la voix de tête ou du moins, tu ne l'utilises en tout cas pas autant que la plupart des groupes qui pratiquent ce genre de musique.

J’adoptais cette technique lorsque j'étais plus jeune. Ma voix est devenue plus grave. Mais le plus bizarre, c'est que dans tous les albums, sans réellement le vouloir, il y a toujours un morceau ou un passage où ma voix est plus aigue. Je conserve cette option pour des moments très ponctuels. Comme dans "Feel Save". Je n'ai pas envie d'en abuser. Le gros souci c'est qu'on n'a pas un budget illimité. Dans le passé, lors des sessions, on disposait généralement des lieux pendant 5 jours, pour se consacrer à un seul morceau ; et c'était déjà un luxe. Comme je l'ai dit, les vocaux, c'est ce qu'on enregistre en dernier. Quand on a pris du retard, on les enregistrait en catastrophe, en une heure ; et je n'avais quasiment droit qu'à une seule prise. Et évidemment c'était toujours à ce moment-là que je chopais la crève. Bref, pour le premier album et l’Ep, je n'ai disposé que de deux prises par morceau pour chanter. Alors fatalement, c'est plus facile d'assumer sa voix quand tu peux recommencer autant de fois que tu le souhaites. Du coup, tu as tendance à la mettre moins en avant, à la noyer dans la reverb. Ici, on a enregistré nous-mêmes. On s'est débrouillé pour disposer du matos afin de parvenir à notre objectif et j’ai bénéficié du prêt de ce matériel, deux mois chez moi. Donc je pouvais tenter des essais, et y revenir si je ne me sentais pas en forme.

Tu as eu recours aux collages?

Oui parfois certaines notes de voix ont été enregistrées à deux mois d'intervalle. Ce qui m'a surtout permis de mieux l’assumer sur l'album, parce que j'ai pu la peaufiner, chercher d’autres tonalités. Sur "Go Outside", si on l’écoute seule, on s'aperçoit qu'elle est plus grave. J'avais fait la fête la veille, fumé beaucoup trop. On l'entend bien, mais je trouve que dans ces conditions, elle à quelque chose de plus sympa. Bref, si elle te paraît meilleure et plus en avant, c'est avant tout parce que j'ai eu plus de temps pour l'enregistrement.

Tu rêves de bosser sous la houlette d’un grand producteur, un jour?

Je t'avoue que depuis les sessions de cet album qu'on a produit de a à z, j'ai pris goût à enregistrer et mixer moi-même et j'ai envie de recommencer l’expérience.

C'est pourtant parfois intéressant de recevoir un avis extérieur?

Oui. Sans doute ; mais ce qui était bien ici, c'est qu'on a pu continuer à composer jusqu'au mastering. A mon sens, le mixage fait totalement partie de la composition. On peut véhiculer au sein d’un même morceau des ambiances complètement différentes selon que tu le mixes d'une façon ou d'une autre. Le résultat me satisfait vraiment, j'en suis très fier. Quand on avait un producteur, il faisait tout ce qu'il pouvait mais ce n'était jamais exactement le son dont j'avais rêvé. Ici, on n'a jamais été aussi proches de ce qu'on voulait. On ne cracherait bien entendu pas sur le concours d'un producteur renommé mais vu les moyens dont on disposait, on a préféré les garder pour autre chose. A la base, on devait enregistrer dans un studio, c'était le deal avec JauneOrange. Puis on s'est dit qu'on enregistrerait nous même. Et ensuite, qu'on ferait appel à quelqu'un d’extérieur pour le mixage. Finalement, on a préféré utiliser notre argent pour rester plus longtemps en studio. On n’était pas trop satisfaits du gars, donc on assuré le boulot nous-mêmes ; mais on n'osait pas l’avouer au label. Eux nous conseillaient d'attendre une année supplémentaire pour se reconstituer un budget ; mais c'était hors de question. Et puis, on ne voyait pas comment on aurait plus de tunes un an plus tard. Il nous fallait sortir cet album. On leur a soumis le produit fini en leur faisant croire qu’il avait été enregistré et mixé en studio ; et par chance, ils n'ont pas repéré que c'était de la home-production. Maintenant ils le savent (rires).

L'avantage de tester ce type de musique sur des gens qui au départ sont fans de garage… (rires)

Peut-être. En tout cas, jusqu'au dernier moment, on stressait, on craignait qu'ils nous reprochent un son dégueulasse. On était dessus depuis deux mois, on n'entendait plus rien, on ne savait plus dire si ce qui allait ou pas. Mais notre style musical nous permet aussi d'avoir un son pareil. Je ne suis pas certain que Fastlane Candies ou Pale Grey pourraient se passer d'un producteur, par exemple. C'est cohérent d'avoir un tel son ; bon c'est pas du garage, bien sûr, mais pas non plus un son hyper précis à la Metronomy. Tu en penses quoi toi?

J'ai parfois eu l'impression, quand je l'écoutais au casque d'être dans une chambre d'écho ou dans une navette spatiale ; mais c'est tout à fait cohérent dans votre musique.

C'est vrai qu'il y a beaucoup de reverb, beaucoup de delay.

Les concerts que vous avez accordés au cours de ces dernières années, ont-ils influencé vos compositions?

Oui. Totalement. Sur  le premier album, on avait énormément de beats, de structures préenregistrées, des guitares super lentes aussi. C'était plus à écouter dans un canapé ou en conduisant une voiture. La formule fonctionnait quand les gens pouvaient être assis comme à la Rotonde ; mais obliger le public à rester debout une heure à écouter cette musique planante, c'était limite. S'ils avaient trop bu la veille, ils ne résistaient pas longtemps. Elle était trop calme, trop lente. On a donc conclu que sur scène, on avait besoin de morceaux qui envoient ; des coupé/décalé, des rythmiques bien africaines, bien rock. L’Ep, c'était en quelque sorte un  contrecoup du premier album et de nos premières expériences scéniques. On s'est vraiment dit qu'il nous fallait un répertoire pour les live. Ce sont plus des compositions basse/batterie/guitare. Plus enfantines, ‘hyperglycémiques’, surexcitées, joyeuses, basiques sous certains aspects. On s'est moins pris la tête que pour le cd, c'était plus instantané. En y réfléchissant maintenant, je pense qu'on est passé d'un extrême à l'autre. On a trop voulu sonner rock. Sur ce nouvel album, j'ai l'impression qu'on est entre les deux. Le juste milieu. Il y a des titres qui sont vraiment efficaces sur scène, d'autres plus introspectifs. Maintenant, on ne compose pas non plus en voulant à tout prix être efficaces. On se rend compte, lorsqu'on compose, que certains morceaux le feront en live. Il est quand même super important de pouvoir défendre son album sur les planches de nos jours. Mais à la base, nous sommes beaucoup plus attirés par les moments plus calmes. Musicalement, il y a plus d'espace pour nous exprimer. Si tu écoutes la fin de "By The Blood", par exemple, il y a une longue phase de chant quasi monacal et un delay hyper long. On continue donc à prendre ce type de liberté, mais on alterne avec des moments plus efficaces pour ne pas lasser le public.

Vous avez eu l’opportunité de vous produire de nombreuses fois hors de Liège, notamment à Paris. De bons souvenirs?

Oui. On a trouvé un booker français qui nous a permis de jouer 5 fois à Paris dans des chouettes salles (Café de la Danse, l'International, le 114...)  Tout s’est toujours bien passé et le public semble nous avoir appréciés. On s’est également produits pour quelques concerts à Ibiza, dans des vieux squats hippies. Une fois à Maastricht, en Flandre aussi ; mais la frontière linguistique est presque plus difficile à traverser que celle de la France.

Tu m'avais confié, il y a deux ans, que vous aviez l’avantage d’être quasi les seuls à pratiquer ce genre de musique en Wallonie ; et que par conséquent, on vous invitait souvent à assurer les premières parties de groupes de dream pop.

Oui le Botanique, par exemple, a fait souvent appel à nous. J'imagine que le programmateur nous apprécie mais notre style a certainement eu son rôle. On a fait des super dates, comme celle avec Rainbow Arabia ou Active Child et plein d'autres groupes encore qu'on adore. C'est vrai qu'il existe davantage de formations dans notre style en Flandre, et qu'ils sont donc moins demandeurs, jusqu'à présent.

Ceux qu'on cite souvent, en parlant de vous, sont Beach House pour le côté dream-pop, Foals/Vampire Weekend pour une certaine africanité des rythmiques et des guitares et Animal Collective pour la volonté d'expérimentation. Une recette dans laquelle se sont engouffrés pas mal de groupes depuis quelques années. Est-ce vexant de dire que cette fusion était plus hype, il y a deux ans?  

Non, on a composé les morceaux, à cette époque. On écoute énormément de musique et on s'en rend compte. C'est le problème des musiciens. Difficile de coller au présent quand il faut autant de temps pour sortir tes morceaux. Tout le monde nous parle de notre disque alors qu'on est déjà passé à autre chose. On a déjà de nouvelles compositions en stock. Il y a toujours un décalage entre un musicien et son public.

On sent cette évolution dans les concerts?

Ce qu'on essaye de faire c'est de se projeter à long terme. On pense d'abord passer un petit temps à essayer de reproduire l'album assez fidèlement parce que lorsqu’on écoute un artiste ou un groupe, on est toujours curieux de voir s'il pourra répéter en ‘live’, ce qui nous plaît sur album. Une fois qu'on sera bien rôdé à jouer fidèlement ce disque, on va essayer de le déstructurer, de l'interpréter, de se l'approprier de manière différente et ainsi de donner un second souffle en public.

Plusieurs dates sont prévues ?

Plein. Après la fête de la musique, nous nous produirons aux Ardentes, à Dour et au Brussel Summer Festival. Et puis d'autres je suppose dès que les programmateurs l'auront entendu. Il sort normalement aussi en France en septembre. Il doit paraître sur 4 labels dont deux distributeurs. Il sera disponible dans 7 pays dont le Japon si tout se passe comme prévu. Il y aura donc plusieurs étapes.

Le NME a récemment publié un petit article à votre sujet. Une fierté?

Oui, ils ont vu le clip et ont l'air d'avoir aimé. J'avoue que je ne connaissais pas ce magazine. J'ai posté le lien sur notre page Facebook comme tous les articles qui paraissent sur nous. Ce sont les boss de JauneOrange qui nous ont expliqué à quel point NME était énorme. De toute façon, quand des anglophones apprécient notre musique sans se moquer de nous, petits francophones chantant en anglais, c’est très encourageant. Ce qui prouve qu'on est crédible, et pas seulement limité à la francophonie. Nous n'écoutons quasiment que de la musique chantée en anglais on n'imagine pas utiliser une autre langue, surtout pour le style de musique qu'on propose. Si j'étais fan de musique japonaise, je chanterais en japonais. Dans le même sens, quand on a joué avant Young The Giant au Bota, il y avait plein d'Américains dans la salle et de nombreuses personnes sont venues nous féliciter après le concert. J'étais aux anges.

Parle-nous de cette très jolie pochette.

C'est très important pour moi qui suis designer de formation. C'est un Américain qui se nomme Micah Lidberg qu'on a contacté après avoir flashé sur cette image. On a cherché sur Liège et en Belgique mais ils étaient tous 2 à 3 fois plus chers. Nous avons passé énormément de temps à choisir l'illustration et le packaging. On a même marchandé avec JauneOrange pour par exemple que l'autocollant soit à l'extérieur du plastique et pas sur la pochette elle-même afin que le recto ne soit pas altéré. On voulait un truc bien précis et on s'est battu pour avoir gain de cause.

Heureux d'être sur JauneOrange? Liège commence à receler de plus en plus de groupes très intéressants? Avec qui avez-vous le plus d'affinités?

Au début de notre collaboration, JauneOrange ne s'occupait pas trop de nous et on rageait un peu. Mais on a vite compris qu'ils avaient énormément de groupes et qu'ils ne pouvaient pas se consacrer à tout le monde en même temps. Mais dès qu’on a eu notre tour, ils ont été parfaits. On s'entend super bien avec Fastlane Candies et Thomas Medard (Dan San, The Feather). On voit moins Scrap Dealers mais je leur ai encore prêté du matos dernièrement. Hors JauneOrange, on est pote avec La Plage et Ulysse. Two Kids On Holyday sont bons aussi ; je joue un peu de gratte pour eux. De manière générale, le public liégeois nous soutient. Notre showcase était sold out et à la fin de nos derniers concerts, on a vendu entre 10 et 20 cd. Avant, un ou deux…

Electric Château

Il y a longtemps que je rêve de mettre des cuivres dans ma musique…

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Geoffrey Hautvas, c’est le leader d’Electric Château. Dans le paysage belgo-belge, ce n’est pas un néophyte, puisqu’il sévit sur la scène musicale depuis une vingtaine d’années. Et avant de monter son nouveau projet, il a milité chez The Dallas Explosion (NDR : fondé début des années 2 000, il a publié deux elpees et un Ep). Enfin, il prête sa basse à Vismets et Antoine Chance. Une nouvelle aventure qui a commencé été 2012, lorsque le leader a posé ses valises à Londres, pour écrire de nouvelles chansons. Après avoir défendu ses compos dans les clubs londoniens, le combo est revenu au plat pays pour enregistrer un Ep 6 titres intitulé « Noblesse Oblige ». Geoffrey qualifie son style de ‘royalty rock'n’roll’. Tourné vers le futur tout en véhiculant une certaine nostalgie du passé, il puise son inspiration dans l’histoire de la pop insulaire, depuis les mods et les rockers, en passant par les dandies et la britpop. Sur un ton sarcastique, les lyrics d’Electric Château s’attaquent aux grandes fortunes, à la noblesse et à la royauté. Mais nous réservent également quelques chansons d'amour...

L'Ep a été enregistré sous la houlette de Remy Polfliet et François Vincent (Romano Nervoso, Elvis Black Star). Il a été masterisé aux RAK Studios de Londres par Doug Shearer, personnage qui a notamment bossé pour Kasabian, Gorillaz et Rémy Lebbos de Vismets. Sur les planches, Geoffrey est soutenu par Maxime Honhon à la basse, Alexandre De Bueger (David Bartholomé, Alaska Gold Rush) à la batterie, ainsi que d'une section de cuivres. C'est une semaine après leur concert exécuté au Bar du Matin, un café concert sis à Ixelles, que Geoffrey a accepté de répondre à nos questions.

Le set accordé la semaine dernière à Bruxelles était sold out. Tu le pressentais ?

Je me doutais qu’il allait y voir du monde, car on habite tous dans le coin. Dans le public, il y avait beaucoup d’amis. Des fidèles et également des journalistes. Mais également des musiciens. Un chouette public, en tout cas.

Manon (NDR : Noa Moon) y était.

Ah, bon, je ne l'ai pas vue.

Je constate qu’au sein du nouveau line up de ton groupe, il y a des cuivres. C’était important de les incorporer ?

Il y a longtemps que je rêve de mettre des cuivres dans ma musique. Et j’ai franchi le pas. Un de mes albums préférés, c'est « Sticky Fingers » des Rolling Stones. Et la présence massive de cuivres explique, certainement, le crédit que je lui accorde. 

Quel est le dernier concert auquel tu as assisté ?

Celui de Connan Mockasin, hier à l'Ancienne Belgique. Pas mal du tout ! Cet artiste donne énormément de sa personne. En fait, rien qu'en communiquant avec son public entre les morceaux, on plonge directement dans son univers…

Quel est le dernier long playing que tu as écouté ?

« Lousy With Sylvianbrian » d’Of Montreal ! C’était lors du trajet, que j’ai effectué en voiture, qui m’a conduite ici. Un superbe disque que je considère comme mon album préféré pour 2013. Sans quoi, pour l’instant je relis une biographie consacrée à Neil Young et j’en profite pour réécouter tous ses albums en boucle.

Un nouvel album en gestation pour Electric Château ?

Pas encore. Là on retourne en studio au mois de mars. On a envie de mettre en boîte cinq ou six titres. Nous disposons de cinq nouvelles chansons que l'on aime bien et qu'on a envie de mettre sur bande. Perso, j'aimerais bien sortir un single deux titres. Un 45trs partagé entre face ‘A’ et ‘B’ qui permettraient des codes de téléchargements. Certainement avant juillet.

Vous vous produirez au cours des festivals d’été ?

Nous négocions des tas de dates, mais rien n’a encore été confirmé. En fait, tout va dépendre du Propulse. Le ProPulse est un peu l'Eurosonic belge. De nombreux organisateurs de festivals vont inévitablement assister à notre prestation. On verra s'ils souhaitent nous engager ou pas...

L'Angleterre, c'est un tremplin pour toi ?

C'est un de mes pays préférés. Mais après y avoir vécu, je préfère m’y rendre comme touriste. Une fois tous les six mois, pour y séjourner un week-end, c'est très bien. Clairement, quand on joue du rock et qu'en plus, on chante en anglais, c’est un des pays les plus importants sur la planète. C’est l’endroit idéal pour entamer une carrière. J'espère y retourner bientôt pour m’y produire. Un objectif futur à court terme, en tout cas.

J’ai lu que Paul Weller et Liam Gallagher constituaient des références majeures pour toi…

Paul Weller ? Absolument ! Pourtant je n’ai jamais été fan de The Jam. Je préfère The Style Council. Et surtout les disques solos de Paul. Lui et Nick Cave ont brillamment passé le cap des 50 ans. Leur carrière est significative. Etrangement, ce sont les deux derniers albums d'Oasis que je préfère. De bons disques de rock. A contrario, je n'ai jamais tellement accroché aux premiers. Le cd de Noël Gallagher est superbe et le projet de Liam, Beady Eyes tient bien la route…

Tu joues de la basse chez les Vismets. As-tu rejoint définitivement le line up ? Participes-tu à la composition ?

C'est une bonne question. Je ne participe pas du tout à l’écriture des chansons. Je me contente de jouer de la basse. Quand j’ai intégré le groupe, les morceaux étaient déjà terminés.

Pourquoi avoir transformé votre patronyme, en passant de Château à Electric Château ?

Pour deux bonnes raisons ! Un groupe américain totalement inconnu a également choisi ce nom et publié un cd qui porte le titre de « Château ». Les plateformes comme iTunes, Deezer et Spotify ne parvenaient pas à faire la différence. On se retrouvait dans une drôle de situation. Les internautes pensaient que nous avions sorti un nouvel elpee. Alors que ce n'était pas le cas. Un vrai problème ! Nous les avons contactés pour leur demander de les engueuler. Je ne sais pas, mais la première chose à faire quand on fonde un groupe, c'est de se renseigner pour savoir si l’appellation n’a pas encore été choisie. Bref, les services de streaming musical ont fait la sourde oreille. Lorsque des acheteurs potentiels nous contactaient, on leur disait qu’on s’appelait Château. Mais une semaine plus tard, ils nous rappelaient pour nous raconter qu’hormis la sélection de vins labellisée ‘Château’, nous étions absents des moteurs de recherche. Château est un terme difficile à référencer sur internet. C’est même mission impossible. Nous voulions cependant le conserver, mais on a été forcés de le précéder par le mot Electric.

Est-il possible de vivre de sa musique, en Belgique ?

Non. J'en connais très peu, en tout cas, qui en vivent pleinement. C'est clairement un truc auquel tu ne peux pas te consacrer toute ta vie. C'est comme un sportif qui joue au tennis. Sa carrière professionnelle dure quelques années, et puis il devient entraîneur. En général, un musicien finit inévitablement par se ranger. Le statut d'artiste en Belgique est loin d’être parfait, mais il permet de survivre. C'est clairement un chômage aménagé.

La seule alternative, c’est de s’exporter ?

Oui, car tu as vite fait le tour de la Belgique. Pourtant, tu peux y décrocher de chouette cachets. Mais il est préférable de s'exporter pour pouvoir revenir en Belgique plus tard. Bien sûr, tourner à l’étranger nécessite un fameux investissement. Un groupe sur la route a besoin d’un gros Van, de techniciens. Et la note grimpe rapidement. On perd de l’argent, quand on joue hors de nos frontières…  

Ce qui est paradoxal en Belgique, c’est que la plupart des artistes francophones se produisent presque exclusivement en Wallonie, et les néerlandophones, en Flandre. Seul Bruxelles semble échapper à cette règle. Arsenal qui est à l’affiche de Werchter, remplit le Lotto Arena ou le Sportpaleis, n’est guère connu dans le Sud du pays…

On se retrouve régulièrement sur des affiches parmi des néerlandophones. Auprès de Silvering signé par Sony ou Alton Walgrave chez PiaS. On s’est produit au Sportpaleis, au Marktrock et au Pukkelpop. C'est vrai que lorsqu’on arrive en Flandre, on a l’impression de débarquer sur un autre territoire. Les artistes francophones s'exportent plus facilement en France. Les artistes néerlandophones, aux Pays-Bas. C'est une réalité. Je me débrouille pour être programmé au Nord du pays. Je parle également le néerlandais. Hooverphonic et Ozark Henry ont acquis une certaine notoriété sur tout le territoire. Cette barrière est totalement ridicule. C'est à cause de la barrière de la langue. C'est un constat, mais il faut passer outre. Et puis des organisateurs wallons programment des néerlandophones à leur affiche, et vice versa. C’est très bien. Il est grand temps !

Les prochains concerts

23.08.2014 – Bucolique Festival (Ferrières)
31.08.2014 – Festival Scène sur Sambre (Abbaye d’Aulne)
27.09.2014 – Le Salon (Silly)
20.09.2014 – Fêtes de Wallonie (Namur)

 

Admiral Freebee

Facebook ? Du tape-à-l’œil !

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Admiral Freebee vient donc d’enregistrer un nouvel album, « The great scam ». Traduisez : la grande arnaque. Il s’agit de son quatrième. Un disque enregistré sous la houlette de John Agnello, à New York ; et pour lequel il a reçu, entre autres, le concours de Steve Shelley (Sonic Youth), J. Mascis (Dinosaur Jr) et surtout de David Mansfield (NDR : au cours des seventies, il a milité au sein du backing group de Bob Dylan puis de T-Bone Burnett). Bonne surprise, ce nouvel elpee est excellent (voir chronique de l’album ici). Il méritait au moins que son géniteur, Tom Van Laere, nous en parle. C’est ce qu’il a accepté, et dans la langue de Molière. Sympa !

C’est donc John Agnello qui s’est chargé de la mise en forme du long playing. A la production et aux manettes. Pas n’importe qui, puisqu’il a notamment bossé pour Sonic Youth et Dinosaur Jr., mais aussi pris soin du dernier opus de Kurt Vile, « Wakin on a pretty daze ». C’est d’ailleurs après avoir écouté l’elpee du Philadelphien, que Tom a conclu que c’était le meilleur choix. Il s’explique : « J’aime beaucoup Kurt Vile et War on Drugs (NDR : l’ex-groupe de Vile). Et évidemment, le dernier album de Kurt. Mais John a réservé un traitement personnel au mien. J’apprécie quand un producteur sent ce qui colle le mieux au climat de tes chansons. » D’accord, mais en matière de prod, Agnello a un son bien à lui. Perso je me souviens d’une formation américaine –excellente, par ailleurs– que j’avais interviewée il y a une quinzaine d’années, et qui répondait au patronyme de Cell. Et John avait enregistré leur long playing dans une église en bois, près de Woodstock. Faut croire qu’il a un secret de fabrication… « Le secret, c’est qu’il utilise les même effets pour tous les instruments. Que ce soit les guitares, les claviers ou la batterie. » Les sessions d’enregistrement se sont déroulées à Hoboken, près d’Anvers. Amusant, quand on sait qu’il existe un autre Hoboken au Sud d’Anvers. Tom revient sur cette coïncidence : « Je lui ai raconté, mais il n’a pas vraiment compris. Par contre, c’était aussi sympa de savoir que Frank Sinatra est né à Hoboken… »

Quatre ans sans sortir d’album ! Panne d’inspiration ou envie de créer un effet de manque chez les fans ? Il se justifie : « Pas tellement une absence d’inspiration, mais oui peut-être afin de créer un manque. Cependant, quand tu enregistres un album, il faut au moins une bonne année avant qu’il ne sorte réellement. Et je suis entré en studio, à New York, en juin 2013. En outre, lors de la sortie du disque précédent, je suis de nouveau parti en tournée ; et deux ans passent vite sur la route. Enfin, il faut aussi vivre un peu ; rencontrer beaucoup de femmes et connaître de nouvelles aventures (rires). Il n’y a pas que la musique dans la vie… »

Tom a un jour déclaré qu’il était fan des erreurs brillantes. Lors d’une interview un peu folle, qui s’était déroulée en compagnie de tous les musiciens d’Ozric Tentacles, l’un d’entre eux m’a tenu le même langage. Car ces dérapages leur permettaient d’improviser. Notre interlocuteur approuve : « J’aime également les erreurs, car je suis un petit peu une erreur (rires). Si je n’aime pas les erreurs, je ne m’aime pas moi-même. Quand je me trompe, je dis toujours à mes musiciens, qu’au bout de la troisième fois, ce n’est plus une erreur… »

Le dessin est très important dans le processus de composition chez Tom. Il est étroitement lié à l’écriture. Il approuve : « Pour composer les chansons de cet album, j’ai beaucoup dessiné. Des visages. Et ces croquis m’inspirent pour jeter les bases d’une chanson que je consacre à la personne que j’ai dessinée. »

‘The great scam’ se traduit par ‘La Grande Arnaque’. Tom réagit : « C’est la traduction en français ? C’est bon à savoir ! Alors, quand je vais causer avec des journalistes francophones, je vais pouvoir leur déclarer que je suis le Monsieur de la Grande Arnaque. » Par rapport à la symbolique du titre, est-ce bien l’image, l’apparence qu’il considère comme une grande arnaque ? Ce qu’on appelle vulgairement de la com’. Très présente dans l’univers de la politique, par exemple. Afficher un visage différent de celui que nous devrions montrer ? Considérer l’authenticité comme un produit ? Mais est-ce la raison pour laquelle il a déclaré que le monde serait meilleur s’il était plus vulnérable ? Il commente : « Le plus bel exemple de tape-à-l’œil, c’est certainement Facebook. Ah oui, le commun des mortels affirme que la solution de tous nos problèmes passent par les réseaux sociaux ; que grâce à eux, tout baigne. Mais ce n’est pas la réalité. Aujourd’hui, il est de bon ton de nager dans le bonheur. C’est pourquoi j’ai écrit la chanson ‘I don’t want to feel good today’, car j’estime que quand tu n’es pas heureux, ce n’est pas grave. Tout le monde traverse des moments difficiles. Mais pourquoi simuler un état de bonheur quand on ne le vit pas ? Pour faire croire à ton entourage que tu es constamment heureux ? C’est un peu difficile de l’exprimer en français, mais l’authenticité est devenue une façade. Le paraître a pris le pas sur l’être. Et ça c’est la plus grande arnaque. Donner l’illusion que tu es sincère, alors que tu ne l’es pas. Et être convaincu de ta sincérité. Perso, j’estime qu’il est quand même préférable de savoir quand tu joues la comédie… »

Il a aussi déclaré que ses chansons étaient à la fois un testament et une résurrection. Là manifestement, on entre dans le domaine de la religion. Tom confesse : « Simplement, je ne suis pas particulièrement religieux, même si je crois en Dieu. Lorsque je regarde une femme noire très belle, je pense réellement que Dieu en est le créateur. C’est aussi comme quand j’écris une bonne chanson ; ce n’est pas moi l’auteur, mais Dieu… »

En écoutant son album, trois références me viennent à l’esprit : Ryan Adams, Chuck Prophet et Lloyd Cole. La réponse fuse : « Lloyd Cole, je l’ai beaucoup écouté. Tu es le premier qui m’en parle, et tu as raison. Mon album de chevet, c’est… il est de couleur bleue, je ne reviens plus sur son titre… » (NDR : ‘Broken Record’ ?)

David Mansfield, un ancien et illustre collaborateur de Bob Dylan s’est chargé de la mandoline et surtout de la pedal steel, lors des sessions d’enregistrement. « Il est incroyable. A l’âge de 15 ans, il tournait déjà en compagnie du band de Bob Dylan. Il était très jeune et côtoyait déjà des vétérans. Il a participé à l’enregistrement de 7 elpees de Bob Dylan, et a également bossé pour Tom Waits et T-Bone Burnett. » On suppose que c’est John qui a eu l’idée de l’inviter. « Oui, il le connaît très bien. Il travaille beaucoup avec lui. Mais le plus impressionnant, c’était sa rapidité d’adaptation. Je voulais lui expliquer les accords et lui me répondait que ce n’était pas nécessaire. Il les écoute et les reproduit instantanément. Et quasi à la perfection. Il se plante rarement… »

John Mascis joue sur un des titres de son nouvel album, « Finding my way back to you ». S’il a joué aussi fort en studio qu’en live, toute l’équipe devait se protéger à l’aide de boules Quiès… Tom précise : « Sa collaboration s’est effectuée via internet. Il ne s’est pas déplacé à Hoboken. On a d’abord communiqué via skype ou e-mail. Puis il a exécuté sa partition dans son home studio. C’était mieux ainsi, car il était loin de nous ; mais c’était déjà trop fort pour nos oreilles. » (rires)

Tom a tourné aux States, il y a un quelque de temps, en compagnie de Neil Young. Un musicien dont il apprécie particulièrement la musique. Mais comment est-il parvenu à concilier son agenda et le sien, souvent considéré comme démentiel, quand on sait que l’Anversois n’aime pas trop faire le forcing lors des tournées, pour y privilégier, notamment, le contact avec l’habitant. Tom clarifie : « Cet été je vais encore tourner avec lui. Non, mais pas de souci, je n’ai accepté que trois ou quatre dates. »

A propos de concert, votre serviteur avait eu l’occasion d’assister à un set d’Admiral Freebee, en 2005. Tom me demande : « C’était en trio ou dans un groupe avec deux ou trois guitaristes ? » C’était en compagnie d’un groupe. Il ajoute alors : « Et maintenant, c’est un nouveau line up, et il y a des cuivres. » Pour donner une coloration plus swing et r&b ? Comme sur ‘Do your duty’, un titre un peu festif, abordé dans l’esprit de la Nouvelle-Orléans ? « On va le jouer au Cactus (NDR: ce samedi 12 juillet 2014). Et la présence de cuivres nous entraîne un peu dans l’univers de la Nouvelle Orléans, un peu comme chez Dr. John. Tu connais la série télévisée américaine ’Treme’ ? Elle baigne dans ce climat musical louisianais… »

Tom chante, joue de la guitare et de l’harmonica. Or, en général, un harmoniciste est disciple d’un maître du jazz ou du blues. Tom avoue : « J’aime beaucoup le blues. Et ma référence est Little Walker. On va également se produire au festival de Peer, cette année. Pour y jouer du blues. Une majorité de compos de blues… »

 

Alaska Gold Rush

Pas facile la vie d’artiste…

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‘Les musiciens d'Alaska Gold Rush sont des chercheurs d'or qui ont troqué pelle et pioche contre guitare et batterie. Des terres pauvres du Mississippi aux déserts arides du Nouveau-Mexique, ils créent leur musique comme des villes fantômes’. Belle intro qui figure sur la bio du Bandcamp de ce duo réunissant le chanteur/guitariste Renaud Ledru et le drummer Alexandre De Bueger. Le premier possède une voix totalement atypique qui vous prend aux tripes, une superbe voix à la Peter Doherty, puissance 10, qui a probablement baigné dans le bayou. Le second est également chargé des fûts chez Crazy Lady Madrid et Electric Château. Il a aussi bossé pour David Bartholomé. Là, on est en pays connu. Une belle découverte signée Sunny Weeks Production, un petit label dynamique issu de notre plat pays. A ce jour, le tandem a publié un Ep, « Pilote Village Midnight ». Il assurait l’ouverture des 'Nuits belges' à la Rotonde, devant un public curieux et attentif. A l’issue de leur concert, Alaska Gold Rush s’est volontiers soumis au feu de nos questions.

Pourquoi avoir choisi Alaska Gold Rush comme nom de votre projet ?

Renaud : En fait, notre musique évoque les grands espaces de l'Ouest Américain. Nous souhaitions que le nom y fasse référence. Alaska parce qu'on le sentait bien. Mais  concrètement, il n'existe pas plus de lien avec l'Alaska que le Nouveau Mexique. C'est plutôt les immenses plaines du Far West que nous voulions parcourir, à travers l’esprit…

Renaud, d’où tiens-tu ta voix ?

Renaud : On ne peut pas dire que je l’ai vraiment travaillée. Elle est naturelle. Bien sûr, inconsciemment, elle a certainement été influencée par tout ce que j’écoute. Pas mal de blues et de la musique américaine traditionnelle. C’est inévitable…

Elle est pourtant différente en live et sur disque ?

Alexandre : En live, c’est plus rock. L'énergie est plus crue. Sur disque, on accentue l’aspect intimiste de nos compos.

Actuellement, vous formez un duo batterie/guitare, format que j’apprécie tout particulièrement. Mais afin d’étoffer quelque peu votre musique, ne comptez-vous pas vous servir d’autres instruments, comme par exemple la basse ou le synthétiseur ?

Renaud : au départ, on cherche à allier mes compositions au style de batterie d'Alex. De manière inédite. Qui sorte de l’ordinaire, si tu préfères. Le concept est assez roots. On débarque, on se branche et on joue. Ajouter un autre instrument, ce n'est pas prévu. C'est le concept du duo qui est original. Il ne nous viendrait pas à l'idée de changer cette formule. Sinon nous deviendrions un groupe de rock plus classique.

Question bateau : quelles sont vos influences majeures ?

Renaud : C'est dingue, il y a des trucs que j'adore et qu'Alex déteste et vice et versa. Nous ne partageons pas du tout les mêmes influences. Mais on se rejoint finalement à travers le résultat de notre collaboration, chacun y apportant sa propre vision. Ce que j'aime particulièrement ? La musique américaine : le blues des années 20 à 30, la country, l'americana, le rock'n'roll.
Alexandre : Je préfère la scène contemporaine. La musique instrumentale et plutôt radicale qui libère de l’énergie et une certaine puissance. Du rock assez dur, également. Nos influences sont différentes, mais au sein de notre projet, elles collent plutôt bien.

Entre la formation du groupe et la sortie de l’Ep, vous avez mis la gomme…

Renaud : Nous jouions ensemble depuis à peine un an. J’ai été très longtemps impliqué dans un projet solo. Au départ, nous adaptions les chansons que j’avais écrites à cette époque. Alex milite et a milité au sein d’une multitude de groupes. Ce qui lui a permis d’acquérir une belle expérience. Effectivement, dès le début, nous avons voulu concrétiser cette nouvelle collaboration. Le plus rapidement possible. Et puis choisir une image et en soigner l’esthétique. L’illustration de la pochette de l’Ep est une invitation au voyage…

Quel est le dernier concert auquel vous avez assisté ?

Renaud : Je reviens d'un voyage touristique aux Etats-Unis. Je me suis rendu au Juke Joint Festival de Clarksdale où j'ai assisté aux prestations de LC Ulmer et Robert Belfour, des octogénaires phénoménaux qui jouent tout simplement dans la rue. Une belle expérience personnelle
Alexandre : Il y a bien longtemps que je ne suis plus allé voir un concert. Le prochain ce sera Carl Et Les Hommes Boîtes, ce soir. Un excellent groupe, par ailleurs…

Quel est le dernier album que vous avez écouté ?

Renaud : Celui du Révérend John Wilkins. Nous sommes encore aux States ! Lors de mon trip à Clarksdale, j'ai pu rencontrer ce vieux prélat yankee et discuter avec lui. Je suis tombé par hasard sur son album, je l'ai écouté et c'est vraiment de la balle…
Alexandre : Le plus récent, c'est le dernier de Warpaint, quatre filles charmantes et douées, ce qui ne gâche rien.

Quand on écoute votre Ep, on est impressionné par la maturité qui en émane…

Renaud : On vieillit. Nous jouons depuis bien longtemps. Personnellement mon parcours a commencé très tôt. Dix ans déjà que nous nous produisons en concert ou enregistrons. Nous sommes déjà de vieux croulants.
Alexandre : Il y a effectivement pas mal de temps qu’on est impliqué dans la musique chacun de notre côté. Nous n’avons plus 25 ans. Même si nous avons encore du chemin à parcourir. Mais la maturité se forge au fil de l’expérience. Il est temps.

Le bayou vous inspire ?

Renaud : Pas tellement le bayou. Peut-être pour ses alligators. Mais plutôt le delta du Mississipi. Perso, j’estime que dans toute cette région la musique est complètement dingue, principalement dans la partie Nord et dans les collines, elle est un peu ‘trance’ et aux racines africaines…

Le statut d'artiste en Belgique, n'est-il pas devenu un chômage aménagé ?

Alexandre : C'est un peu compliqué. Renauld a un job. J’en suis encore au stade des démarches ; mais il est sûr que cette situation n’est pas évidente. Peu de budget est consacré à la musique. Et surtout, vu la crise, on s'en prend surtout au secteur qui ne ramène pas trop d'argent. J'avais pensé choisir ce statut, mais c'est très compliqué, pour le moment. Je vais donc devoir abandonner l’idée et essayer de trouver un vrai boulot.
Renaud : Ce qui est dommage, c'est qu’il est de plus en plus difficile de devenir pro quand on est artiste. On considère et tout particulièrement chez le musicien, qu’il exerce un passe-temps ou un hobby.
Alexandre : Si tu souhaites défendre un projet qui tienne la route, comme certains groupes qui se produisent ce soir, tu dois répéter quatre à cinq fois par semaine. Cela doit être un fool time job. Et du coup, il ne faut pas se leurrer, car pour atteindre un niveau optimal, une longue période de développement est nécessaire. Aussi, en général, seul le milieu aisé voire fortuné, en bref qui ne doit pas travailler pour se nourrir, bénéficie de toutes ces conditions pour atteindre cet objectif…
Renaud : Tu dois avoir plusieurs cordes à ton arc. Il faut bosser à côté. Tu dois un peu moins répéter et refuser des concerts, parce que tu n’es pas disponible. Ce qui complique un peu le bazar.

Renaud, tu es le seul à composer ?

Renaud : Oui, les paroles, la musique ainsi que les mélodies. En général, je débarque avec un morceau terminé. Puis nous le retravaillons ensemble. Et au final, il ne va plus du tout ressembler à la mouture originale. Alex y met vraiment sa touche personnelle. On construit le morceau, on le déconstruit, puis on le reconstruit. C'est ainsi que nous fonctionnons…

Dans l’univers du blues/roots, Roland Van Campenhout et Steven De Bruyn sont des artistes belges que Renaud apprécie ?

Renaud : Oui, Roland je connais. Je crois qu’ils ont enregistré un album ensemble (NDLR : « Fortune Cookie », auquel Tony Gyselinck a également participé). Roland, j'aime bien. Je l'ai vu plusieurs fois en concert. Il a une superbe voix. Ses albums acoustiques sont vraiment géniaux. Ils me parlent vraiment. Je l’apprécie un peu moins en live, il joue parfois en freestyle, des morceaux qui peuvent parfois durer 15 minutes. Je suis moins fan de ses solos de guitare.

Vous avez prévu une tournée des festivals à votre agenda ?

Renaud : Pour être très honnête, tout ce qui est booking est un peu bricolage maison. Donc c'est super ! Nous avons dégotté, ici en novembre, une première partie au Botanique. Nous avons été contactés pour participer aux Nuits Belges. C’est vraiment génial. On s’est produit lors de quelques chouettes concerts. Petit à petit, l’agenda prend forme. On joue au Verdur Rock fin juin et au Massif festival en septembre. Il n'y a pas une grosse tournée de prévue. On essaye, petit à petit, de grignoter des dates…

Ce n'est pas la première fois que vous jouez à la Rotonde ?

Renaud : Non, c'est la deuxième fois.
Alexandre : En tout cas au Botanique, c'est la salle qui nous convient le mieux. Et l’endroit que je préfère quand j’assiste à un concert. Il est à la fois intimiste et convivial. En outre, les artistes et le public sont très proches, tout au long du spectacle…

 

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