Musiczine recherche des collaborateurs.

Tu as une très bonne connaissance musicale et tu souhaites participer à l’aventure Musiczine.net ? Tu es passionné, organisé, ouvert, social, fiable et appliqué ? Tu as une bonne plume ? Alors n’hésite plus : rejoins-nous ! Vu l’ampleur prise par Musiczine et…

Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

ĠENN dévoile aujourd'hui « Jaguar Sun », un nouveau single en collaboration avec Aidan Moffat d’Arab Strap. Le titre sort au format digital ainsi qu'en 12’’ sur le label Rock Action Records, fondé par Mogwai, et accompagne l’annonce d’une tournée européenne…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

L7
Ora Cogan

Various Artists

Roots of rumba rock: Congo classics 1953-1955

Écrit par

Publiée il y a une dizaine d’années sous forme de vinyle, « Roots of rumba rock » connaît enfin les honneurs du cd. Quarante titres enregistrés entre 1953 et 1955 pour le label Loningisa par les musicien(ne)s qui vont contribuer à définir la rumba congolaise. Un témoignage des premiers pas d’un genre musical qui allait essaimer sur le continent africain comme un souffle de liberté et d’émancipation dans un continent colonisé. Mélange de musique traditionnelle congolaise (usage fréquent des likembés), des rythmes caribéens (popularisés dans un premier temps par…Tino Rossi) et de fanfare, la rumba congolaise est aussi le fruit de la grande mixité culturelle qui avait cours dans les années 50 à Léopoldville, vitrine officielle de l’empire colonial belge. L’auditeur y découvrira les stars de l’époque (Bowane en tête) mais aussi une musique richement mélodique et percussive, conçue pour la fête, dont les paroles amusées et ironiques constituent une véritable chronique sociale du Congo Belge. Au fil des titres, la guitare électrique fait son apparition, de même que le Solovox, un clavier ancêtre des synthétiseurs, belle preuve de l’approche résolument moderniste des musiciens impliqués. Chaque titre est abondamment commenté dans un livret fort intéressant enrichi par des photos de toute beauté. Musicalement, c’est surtout la ressemblance avec la musique des Caraïbes qui surprend. Pour s’en convaincre on vous conseille de (re)découvrir la compilation « Mento Madness, Motta’s Jamaican Mento 1951-56 » dont les traits communs sont évidents ; bel exemple du ‘zeitgeist’ ayant sévi dans les années 50.

 



AaRON

Artificial Animals

Écrit par

Aaron, duo composé de Simon Buret et Olivier Coursier, frappe un premier coup. Un crochet gauche ferme, asséné droit au cœur. Profitant d’un étourdissement succinct, les deux Français nous plongent dans un univers sans concession. A peine y est-on pénétré que l’emprise de leurs animaux artificiels se fait irrépressible. Impossible d’en réchapper. Tel un Ghinzu baigné dans une mélancolie inapaisable, Aaron envoûte, enflamme, éblouit. Tout ça à la fois et bien plus encore. Le charme de Neverland opère dès l’ouverture crescendo d’un « Endless Song » habité d’une légère mais exquise nappe électro. S’ensuivent, entre autres, l’enivrant single « U-Turn (Lili) », un « Lost Highway » qui n’aurait pas dépareillé en fond sonore du film éponyme et une reprise osée mais étonnamment brillante et belle à en frissonner de « Strange Fruit », poème d’Abel Meeropol (alias Lewis Allan) immortalisé par la grande Billie Holiday. Aaron se risque même à poser « Le tunnel d’or », petite composition dans la langue de Molière, au beau milieu d’une œuvre anglo-saxonne. Et l’audace paie. Intelligent et touchant, « Artificial Animals Riding On Neverland » est une œuvre prodigieuse propulsant Aaron au grade de plus belle découverte française en 2007.

 

Eleni Mandell

Miracle of five

Écrit par

Une voix douce et des mélodies distinguées : c’est à peu près tout ce qu’Eleni a à nous proposer. Mais c’est beaucoup. Car elle nous détend, cette voix chaleureuse posée sur des airs semi-folk, semi-jazz qui ne demandent rien d’autre que d’être écoutés d’au moins une oreille… Ancien enfant de chœur, initiée au piano et au violon depuis l’âge de cinq ans et demi, Eleni signe un cinquième album certes court (36 minuscules minutes) mais lascif, tendre et clairsemé, presque trop simple pour être beau. D’histoires d’amour jazzy en comptines country, elle love ses sentiments dans une sorte de voile caressant, nous invitant à des voyages calmes et voluptueux qui s’offrent souvent le luxe d’être troublants. Et faussement insignifiants.



Kit

Broken voyage

Écrit par
Amis lecteurs, j'attends vos remerciements : je suis arrivé au bout, tout seul, comme un grand, des 22 minutes de ce bref mais éreintant « Broken Voyage ». Premières impressions à chaud : euh? Oui. Mais non. Enfin? peut-être. Impressions après réflexion : allez, d'accord, il y a une certaine recherche dans ce brouhaha noisy-punk aussi surréaliste que profondément décadent. Derrière les guitares torturées et la voix épileptique de la dénommée Kristy, on parvient même à déceler quelques mélodies. Mais la sensation d'étouffement est constante et épuisante, tant ce fascinant chaos détient quelque chose de carnassier qui n'arrive pas à exciter nos tympans. La cohérence est inattaquable, mais difficilement écoutable malgré la courte distance du trip. Une expérience, rien de plus.

My Architects

Grand Designs

Écrit par

On vous arrête tout de suite : My Architects n’est pas un groupe d’Helsinki ! Et pour couper court à l’une ou l’autre rumeur mal placée, la formation ne débarque ni d’Australie ni de Nouvelle-Zélande. Nous sommes ici en compagnie d’un cas classique. Le groupe d’Aid Burrows nous vient, en effet, de Warrington, patelin anglais inconnu au bataillon de la pop, du rock et de l’electro. Certes, après moult recherches, on notera que Ian Brown, éminent chanteur des Stone Roses est né à Warrington (Oh là, on sent l’excitation monter !) mais qu’il quitta les lieux dès l’âge de six ans (quelle déception, hein ?).

Pour sa première sortie discographique, My Architects s’est entouré d’une ribambelle d’hommes du métier, confiant la production à James Sanger (U2, Keane, Dido, Faithless et un fourgon d’autres références à vous faire froid dans le dos) et le mixage à Ian Grimble (Manic Street Preachers, Travis, Texas, etc.). A partir de là, on pouvait craindre le pire. Imaginez le cocktail détonnant délivré par le mélange de ces délicieux antécédents... Au final, My Architects s’en sort... Mais par la petite porte du building : de son timbre lourdaud et nasillard, Aid Burrows aurait tendance à faire passer Rob Crow (Pinback) pour le décorateur d’intérieur. « Grand Designs » reste un bon disque. Mais nous sommes (bien) loin des promesses architecturales présagées par nos confrères d’outre-Manche.

The Smashing Pumpkins

La versatilité des formations actuelles me donne le vertige...

Écrit par

Kurt Cobain, leader de Nirvana, vient de déclarer que sans l'avènement de son trio, des tas de groupes yankees, et en particulier le quatuor de Chicago Smashing Pumpkins, n'auraient jamais eu droit au chapitre. Pourtant, James Iha (prononcez "I-A", sans quoi vous déclencherez l'hilarité du personnage) déclare n'avoir aucune affinité avec cette vague métallique qui déferle sur Seattle. C'est d'ailleurs, probablement le seul moment où cet excellent guitariste, mais également brillant 'chèvrechoutiste', s'est montré formel au cours de notre entretien. Alors, Smashing Pumpkins : corruptible ou incorruptible? Et le deuxième album : grunge ou pas grunge?

L'accouchement de votre deuxième opus, "Siamese Dream" m'a semblé particulièrement douloureux. Pourtant en engageant Butch Vig pour le produire, vous auriez dû ne rencontrer aucun problème?

Nous n'avons éprouvé aucune difficulté pour l'enregistrer. Mais il est exact que sa confection a nécessité quatre mois et demi. Ce qui peut paraître assez long. En fait, nous travaillons assez lentement ; et, pour la circonstance, avions décidé de prendre tout notre temps. Avant de nous intéresser à l'album, nous avons préféré sortir un premier single, puis un deuxième single. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi Butch Vig à la production. C'est un gars très cool, et son concours nous a permis d'œuvrer dans les meilleures conditions.

En choisissant "Siamese Dream" comme titre de votre elpee, souhaitiez-vous transmettre un message d'espoir à tout ceux qui souffrent?

D'une certaine manière. Je suis incapable de dire pourquoi (NDR: ou plus exactement, il ne souhaite pas s'étendre sur le sujet), mais il reflète des concepts plus optimistes, plus visionnaires. Ce qui n'était pas le cas pour "Gish", davantage dominé par des thèmes douloureux, désenchantés...

N'est-ce pas trop dangereux de naviguer entre réalisme et fantaisie?

N'exagérons rien! Il existe des groupes beaucoup plus réalistes que Smashing Pumpkins. Rage Against The Machine, par exemple. Et toute la panoplie de rappers qui sévissent aujourd'hui aux States. Je ne pense pas que nous soyons davantage des fantaisistes. Nos chansons ne sont pas peuplées de lutins, de travestis et de clowns, que je sache...

Etes-vous froissés lorsque les médias vous taxent de 'grunge'? Le succès récolté par Nirvana et Pearl Jam ne vous étonne-t-il pas?

Irrités certainement! Hormis la concentration d'électricité qui émane des guitares, nous n'avons rien en commun avec ces groupes qui se réclament du 'grunge'. Notre conception de la composition et de l'écriture est totalement différente. Nous ne jouons pas de la même manière. Et notre portefeuille n'est pas aussi garni que celui des membres de Nirvana ou de Pearl Jam (rires). Nous reflétons notre propre image et n'accepterons jamais de nous aligner sur une mode quelconque. Ce qui explique pourquoi nous sommes agacés, lorsqu'on pratique une standardisation des valeurs musicales américaines. Le succès de Nirvana et de Pearl Jam? Il s'explique facilement! En fait, le heavy metal est toujours très prisé aux States. Il est d'ailleurs le seul créneau musical à pouvoir concurrencer la 'dance' et le monde creux de la pop FM. Pour te faire une idée, pense à Bryan Adams! Ceux qui n'appartiennent pas à ces familles vivent dans l'underground, et rencontrent, en général, plus de crédit à l'étranger... Bref, Nirvana s'est contenté de reproduire les nombreux clichés du heavy metal en y injectant une dose d'agressivité supérieure. Un signe des temps qui ne trompe pas. Puisque le succès s'est répandu comme une traînée de poudre. Et pour sortir de leur marginalité, de nombreux groupes, s'y sont engouffrés. Pearl Jam et des tas d'autres. De Seattle, bien sûr, mais également d'ailleurs.

Est-il exact que Smashing Pumpkins est davantage séduit par la musique britannique que par la musique américaine? Et qu'il préfère les artistes du passé à ceux d'aujourd'hui?

Nous n'avons pas d'exclusive, et apprécions autant les groupes américains que les groupes britanniques. La musique du passé que celle d'aujourd'hui. Personnellement, j'estime d'ailleurs qu'il existe pour l'instant, de meilleures formations aux States qu'aux Iles Britanniques. Plus originales. Plus extrêmes. Et si j'ai un petit faible pour le monde ses seventies, celui d'ELO, des Eagles et de Gram Parsons en particulier, je ne rejette pas les ensembles contemporains. Come et Sweverdriver me plaisent beaucoup. Mais la versatilité des formations actuelles me donne le vertige. Elles disparaissent parfois aussi vite qu'elles ne sont apparues. Difficile de s'y retrouver. C'est peut-être la raison pour laquelle je préfère me réfugier dans les valeurs du passé. Mais j'admets qu'il faut laisser le temps à la nouvelle génération d'écrire son histoire...

Vous avez un jour déclaré qu'il était hors de question de vous exhiber hors de contrôle, sur scène, comme Iggy Pop. Etes-vous des adversaires de la consommation de drogue ou d'alcool?

Question à la fois amusante et pertinente! En général, nous conservons la tête froide en toutes circonstances ; mais il arrive, pas très souvent il est vrai, que nous perdions notre self control. Sans avoir recours aux drogues ou à l'alcool, il faut le préciser!

N'est-il pas difficile de vivre à Chicago, deuxième capitale culturelle, mais également deuxième capitale du crime aux U.S.A.?

Chicago ne diffère pas tellement des autres métropoles américaines. Dans le domaine de la criminalité, il existe d'ailleurs des villes bien plus irrespirables. Il existe suffisamment d'espace pour y vivre paisiblement. Le crime ne vous attend pas à chaque coin de rue. Il faut simplement savoir où mettre, et où ne pas mettre les pieds. La population est bien renseignée à ce sujet, et évite de fréquenter ces endroits mal famés...

Pourquoi comparez-vous l'Amérique à un cauchemar 'orwellien'?

Parce que les différents pouvoirs qui se sont succédé y ont fait le lit de la corruption. On a beau remplacer le président, le gouvernement, rien ne change. Le capital tire toutes les ficelles de la société et place ses hommes politiques et ses fonctionnaires d'administration pour le faire fructifier... L'argent ne manque pas aux Etats-Unis, mais il va dans la poche de ceux qui en ont le moins besoin ou dans celle des gangsters. Le taux de hold-up y est d'ailleurs particulièrement élevé. Un constat pas très moral, mais très réaliste! Pourtant, je ne pense pas que l'Amérique soit le pays le plus corrompu. Ailleurs, c'est parfois pire...

Cette situation entraîne inévitablement une recrudescence de la violence?

La violence n'existe pas plus aux States qu'ailleurs! Elle est surtout présente à la TV. Et la communauté internationale imagine qu'elle est notre pain quotidien. C'est faux! Ces excès ne se produisent que dans les bas fonds de certaines grosses villes. La plupart des autres cités sont très peu touchées par ce phénomène. Cette idée n'est qu'un stéréotype monté de toutes pièces à l'étranger, et surtout en Europe.

Est-ce que Smashing Pumpkins est un groupe ambitieux?

Qu'est-ce que tu entends par ambitieux? Devenir des stars? Non, ce n'est pas notre truc! Nous voulons vivre notre aventure, au sein de ce groupe, le plus longtemps possible. Enregistrer de bons albums. Nous produire plus souvent 'live'. Se faire une petite place dans le panthéon de l'histoire du rock. Mais surtout pas comme U2. Bono est tellement devenu imbu de lui même et se prend tellement au sérieux, qu'il en devient grotesque...

Tu ne crois pas que la musique puisse changer le monde?

Non! Je pense qu'elle influe sur le comportement des gens. Mais il est abusif de penser qu'elle puisse changer la face du monde. Aujourd'hui, c'est trop demander à des artistes, qui vivent au jour le jour, de s'intéresser à la fois à leur propre existence et aux questions humanitaires. Ce style de personnage s'est éteint avec John Lennon et Bob Marley...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 16 - octobre 1993 - de Mofo)

 

 

 

 

Nelson

Revolving Doors

Face aux djeunes rockeurs à la Bijou qui envahissent Paris et la ‘couv’ des magazines de mode, Nelson se pose, là. Quatre types qui ont décidé d’arrêter de se la péter avant d’avoir même commencé, d’autant qu’ils peuvent être fiers de leur premier album, le racé « Revolving Doors ». Après un EP (« Bangkok Riot ») sorti en catimini l’année dernière, voici donc 12 chansons qui ne laisseront pas de marbre les fans de cold wave/post punk à la française (façon Poni Hoax/Bed/Prohibited). On peut s’appeler Nelson et venir de Paris : voilà le véritable esprit frondeur, et pour une fois ce n’est pas qu’une affaire de Converse. Si Joy Division n’a pas fini de hanter les générations de rockeurs qui se suivent et souvent se ressemblent (« The Darkest Parts of Your True Confessions »), Nelson a le mérite d’aller aussi voir du côté de Wire et des Psychedelic Furs (« Inside », « The (over) song »), du Beta Band et du krautrock 00’s à la Secret Machines (« Paid It All », « Freakshows »). La France peut être fière : son revival rock n’est pas qu’en plasticine, ‘je lis Rimbaud et c’est ma mère qui lave mes jeans’. Un peu de maturité sans pose, c’est déjà ça de pris.



Ed Kuepper

Il y a encore une vie après les Saints....

Écrit par

Lorsque les Saints se sont séparés en 1986, toute l'attention des médias s'est focalisée sur Chris Bailey, chanteur compositeur à l'existence tumultueuse, mais au talent incontestable. Pourtant, Chris s'est enfoncé dans la médiocrité, alors que son guitariste, devenu aussi chanteur par la force des choses, a renversé la vapeur à son avantage. Après un bref intermède chez les extravagants Laughing Clowns, Ed Kuepper va se révéler un auteur prolifique, épinglant en moins de cinq années une flopée d'albums aussi savoureux les uns que les autres. En 1992, il nous a ainsi gratifiés de deux superbes oeuvres, deux disques immédiatement suivis par autant de tournées. La dernière, qui transitait par la Belgique voici quelques semaines, nous a permis de rencontrer ce très sympathique Australien, beaucoup plus loquace lorsqu'il s'agit de causer de son pays natal que pour dévoiler les arcanes du passé...

La scène rock australienne a connu un essor remarquable voici trois ou quatre ans. Aujourd'hui, le phénomène semble s'être quelque peu estompé. Comment expliques-tu cette accalmie?

Je n'en sais strictement rien. Je suis australien, mais je n'ai rien à voir avec la scène australienne. Je n'y ai d'ailleurs jamais porté grand intérêt. Je suis trop absorbé par mon travail pour analyser les turbulences qui agitent le monde musical. Je me consacre uniquement à ma création; il est donc difficile, pour moi, de répondre à cette question...

Des groupes tels que les Triffids, Wreckery, Died Pretty et des artistes comme Grant Mc Lennan et Louis Tillet ne t'intéressent donc pas tellement?

Mwoui! Louis Tillet est quand même un excellent musicien et il récolte un succès appréciable en Australie. En fait, j'aime un tas de styles différents issus d'époques différentes... les Easybeats, les Only Ones, Heart & Soul, les Blue Jays, les Box Tops; pas nécessairement des artistes australiens...

A propos des Box Tops, un journaliste britannique a écrit récemment que tu incarnais l'Alex Chilton des nineties. Est-ce un compliment?

J'apprécie les Box Tops, mais je n'ai pas grand-chose de commun avec Alex Chilton. D'abord ses sources d'inspiration varient totalement des miennes. Il avait recours à diverses drogues pour développer les différentes perspectives de sa composition. Ce n'est pas mon cas. Je n'ai pas besoin de consommer des stupéfiants pour trouver l'inspiration. Sans quoi, c'est sans doute un compliment...

Ce qui ne t'empêche pas d'être prolifique. Mais n'as-tu jamais eu l'idée d'écrire pour d'autres musiciens?

Cette idée ne m'a jamais effleuré l'esprit. Mes chansons sont parfois interprétées, mais je ne compose pas spécifiquement pour les autres. Je me limite à Ed Kuepper et à ses deux groupes.

Deux groupes? Pourquoi deux groupes?

Pour bénéficier d'une plus grande marge de manœuvre dans la création et dans l'interprétation. Ces deux formations me permettent également d'emprunter des directions musicales différentes. Et puis, sur scène, il m'est toujours loisible de concevoir des versions différentes d'une même chanson, suivant qu'elle est jouée en compagnie des Aints ou des New Imperialists. C'est d'ailleurs en compagnie de ce dernier groupe que je viens d'accomplir ma dernière tournée européenne.

N'est-ce pas troublant de baptiser son groupe The Aints lorsqu'on a appartenu aux Saints? Aurais-tu la nostalgie du passé?

Pas du tout! C'est le genre de fantaisie dont je raffole. Romantique oui, mais pas nostalgique. Et n'imagine surtout pas que ce romantisme se limite à une certaine forme de littérature ou de poésie. Il est dans mon tempérament et influe sur ma façon de composer.

Lorsque les Saints ont décidé de mettre un terme à leur existence, un tas de rumeurs a circulé sur les mobiles de cette séparation, mais aucun ne nous a convaincus. Quelle était la véritable raison de ce split?

Nous devenions sans doute trop vieux pour continuer à jouer ensemble. Nos divergences musicales s'étaient amplifiées au fil du temps. Il était donc préférable de nous séparer. C'est un peu comme un joueur de football qui ne parvient plus à exprimer son talent parce qu'il végète dans la même équipe depuis trop longtemps. Et puis en quittant les Saints, j'ai pu explorer de nouveaux horizons, musicaux bien sûr, mais aussi sur notre planète...

As-tu tu encore des contacts avec Chris Bailey? Que penses-tu de son dernier album?

Je le vois épisodiquement. Je n'ai pas eu l'occasion de découvrir son dernier disque, mais bien le pénultième...

Tes albums précédents étaient plutôt minimalistes, "Black Ticket Day" semble davantage façonné dans le rythm'n blues des seventies; le dernier titre du CD, "Walked thin wires", éveillant même certaines affinités avec le son "Tamla Motown" dispensé par Rare Earth sur "Get Ready". Pourquoi?

Je suis plutôt surpris par cette réflexion. Si le rythm'n blues me fascine, je ne pense pas qu'il soit un élément fondamental de ma musique. Si certaines compositions de "Black Ticket Day" flirtent avec le rythm'n blues, c'est tout à fait involontaire de ma part. Ce n'est pas mon objectif. Enfin, "Black Ticket Day" n'est pas plus ou moins minimaliste que les albums précédents. Il s'inscrit dans la suite logique de mon ouvrage. C'est un pas en avant par rapport à "Honey's Steel Gold", et un de plus sur "Today Wonder". Le flux est naturel.

Te sens-tu concerné par la question d'intégration des autochtones en Australie? Penses-tu que ce sujet puisse être mis en parallèle avec la situation des Indiens en Amérique? Est-ce que Yothu Yindi symbolise le combat ethnique des aborigènes?

C'est un problème, effectivement. Mais je doute fort que les aborigènes souhaitent s'intégrer. Ils aspirent à plus d'indépendance. Je ne vois d'ailleurs pas l'utilité de les intégrer dans la société moderne. Ils sont protégés par la législation australienne et sont capables de se débrouiller sans nous. Ils pourraient même fonder leur propre état. La Nouvelle Zélande rencontre les mêmes difficultés avec ses indigènes. Il faut bien comprendre que ces peuplades ont été arrachées à leur culture. C'est vrai que transposé dans une autre époque, la question des Indiens d'Amérique peut être comparable... Yothu Yindi est un groupe de danse folklorique qui a trouvé dans la pop l'occasion de véhiculer des idées indépendantistees à travers le monde. Quant à savoir s'il représente le combat ethnique des aborigènes, c'est une autre histoire...

L'Australie est un pays fascinant, peuplé d'animaux étranges tels que les émeus et les kangourous, traversé de paysages merveilleux et entouré de profondeurs sous-marines abyssales. Bref, un univers idyllique que bon nombre de voyageurs rêvent de découvrir un jour. Est-ce que ces attributs constituent un motif de fierté pour toi ou considères-tu ces caractéristiques comme quelque chose de banal?

J'aime mon pays, mais je ne suis pas un nationaliste. Son environnement est fragile, et les Australiens mettent tout en œuvre pour le préserver. Ce pays est beaucoup plus vaste que les USA. Mais le territoire n'est occupé que par 10 % de sa surface. Le reste est la propriété du désert. Les habitants sont très attentifs à la sauvegarde des zones vertes. C'est essentiel pour maintenir l'équilibre écologique du pays. C'est un endroit unique, et j'espère y vivre le plus longtemps possible...

L'Antarctique n'est pas tellement éloignée de l'Australie. Plus personne n'ignore que son sol regorge de richesses naturelles. Ne crains-tu pas que dans un futur proche, ce site ne devienne un nouveau Far West, avec les risques de pollution incontrôlable auxquels l'Australie n'est que très peu confrontée aujourd'hui?

C'est un réel danger pour l'Océanie, et j'y réfléchis souvent. Tout notre continent est exposé à ces risques, et en particulier la Nouvelle Zélande et Tahiti. Il est d'ailleurs à craindre que les excès ne soient commis par ceux qui pratiquent les essais atomiques dans le sud du Pacifique. La plupart de ces pays détiennent déjà des droits territoriaux sur l'Antarctique; et au vu de leurs antécédents, je serai très étonné qu'ils se soucient des nuisances écologiques. Je regrette qu'il n'y ait pas suffisamment de monde qui soit sensibilisé par la question. Si les grandes puissances étaient victimes de graves préjudices causés par des expériences nucléaires, elles réagiraient différemment...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 9 - janvier 93 - de Mofo)

 

Front 242

Le succès, c est ce qui peut arriver de pire.

Écrit par

Front 242 est à un tournant de son existence. Période difficile à négocier, parce qu'elle se situe au moment ou il entreprend des expérimentations audacieuses. Comme celle qu'il vient de mener en compagnie du groupe new-yorkais Spill. Une situation qui ne fait pas que des heureux, et qui inévitablement entraîne des dissensions au sein de cette institution nationale. Malgré la contestation, Patrick Codenys et Daniel B ont décidé de faire front! La survie du groupe en dépend. Nous avons recueilli, pour vous, les confidences du second nommé...

Comment c'est déroulé la dernière tournée Lollapalooza?

Couci-couça. Alternant des temps forts et des temps plus faibles. Côté ambiance, nous n'avons pas eu à nous plaindre. Mais si on aborde l'aspect musical, l'optique est différente. Nous avons rencontré des problèmes. Techniques surtout. Nous ne sommes pas un groupe de festival. Tout le monde a pourtant fait le maximum, mais le changement de line-up nous a joué de vilains tours.

Qui est la nouvelle chanteuse?

Ce n'est pas une nouvelle chanteuse! Nous l'avons engagée pour participer à notre album "Off", mais nous ignorons toujours si nous allons poursuivre cette expérience. Elle joue en fait dans un trio new-yorkais que nous aidons : Spill. Le compositeur/percussionniste Eran Westvood participe d'ailleurs à notre tournée.

Comment êtes-vous entrés en contact avec ce groupe?

Un hasard! Après avoir donné un concert à New York, nous sommes sortis en boite. La chanteuse nous a glissé une cassette. Nous l'avons écoutée. Elle nous a plue. Nous les avons contactés. Et depuis, nous avons sympathisé.

Comment Richard a t-il réagi à son éviction du groupe?

Pas très bien! Mais il faudrait plutôt lui demander. Cela ne s'accepte pas de gaieté de coeur. C'est humain! Se sentir évincé? Je crois qu'il n'y a que lui qui puisse le croire. Il n'a aucune raison de se sentir écarté du groupe. Nous avons simplement voulu expérimenter une formule différente. Par exemple, mixer en "live" ne m'intéresse plus. J'ai fixé mes limites. Je ne me sens pourtant pas exclu parce que j'ai demandé d'engager un technicien pour me remplacer. Il faut savoir relativiser les événements. Le timbre vocal d'un homme est différent de celui d'une femme. Le chanteur ne va pas improviser une petite voix haute, un falsetto quoi! Lorsque tu souhaites incorporer une voix féminine, tu fixes ton choix sur une chanteuse. L'inverse aurait d'ailleurs pu se produire, si nous avions toujours fonctionné avec une chanteuse. Probablement, qu'à un certain moment, nous aurions senti le besoin de nous tourner vers un chanteur. Je pense que cette expérience traduit un besoin d'explorer de nouveaux paysages sonores...

Etes-vous toujours aussi enthousiastes pour vous produire 'live'?

Personnellement, je n'ai jamais été enthousiaste pour me produire en public. Parce que je suis trop difficile. Le degré de qualité atteint 'live' est toujours insuffisant. Donc ne me satisfait pas. Mais demande plutôt à tous ceux qui assistent à nos concerts ce qu'ils en pensent. Parce que moi, je ne serai jamais content.

Le succès engendre-t-il chez Front 242 une plus grande liberté d'action ou provoque-t-il une accumulation de contraintes? N'existe-t-il pas un risque de tomber dans l'autosatisfaction?

Le succès, c'est ce qui peut arriver de pire. Il exige une grande force de caractère, susceptible de surmonter les épreuves. Parce qu'il entrave la liberté d'expression. Aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du groupe. La pression des labels s'accentue. Celle des fans aussi, freinant alors l'évolution de notre création. Je m'en suis plaint récemment. Un type nous a menacés de nous dynamiter si nous nous présentions avec une chanteuse sur scène! Une partie de notre public ne souhaite pas que nous progressions. Il veut que nous reproduisions "Headhunter" ou "Welcome" jusque la fin des temps. Dans ces conditions, je préfère décrocher...

La musique électronique n'est-elle pas au bout du rouleau?

Le monde a évolué. Front aussi. La musique typiquement électronique pratiquée, voici dix ans, n'a plus aucun avenir. La musique hybride bien! Hybride parce qu'elle n'exclut rien. Ni les guitares, ni les drums, ni les samplings.

Un peu à la manière des Young Gods?

En général, j'évite de donner mon avis sur les autres groupes. Pour les Young Gods, c'est un peu différent. Je n'aime pas tout ce qu'ils font, mais leur démarche me plaît beaucoup. Leur musique est pourtant sous-estimée. C'est peut-être un peu de leur faute. Parce qu'ils ne cherchent pas à occuper la place qu'ils méritent. Front est probablement dans le même cas. Je reconnais qu'il existe un parallèle entre les deux groupes dans la manière de concevoir la musique. Avec un résultat différent, c'est vrai! Mais des problèmes identiques. Sur scène par exemple. Nous devons absolument trouver une solution. Et je pense que si, ni les Young Gods, ni Front ne parviennent pas à donner une nouvelle impulsion à cette musique, nous allons déboucher sur une impasse. C'est la raison pour laquelle nous avons expérimenté une nouvelle chanteuse et mené des collaborations avec d'autres artistes. La tentative peut avorter. Mais elle mérite d'être vécue. J'estime d'ailleurs que ces expérimentations mèneront à une porte de sortie. Mais ce n'est plus le moment de tergiverser!...

En soulevant des thèmes comme la manipulation, le stress, l'individualisme, la surinformation, la pollution, n'êtes-vous pas occupés de faire le procès de la société contemporaine?

Pas seulement la société contemporaine. L'histoire nous a prouvé et le futur nous démontrera qu'elle recèle davantage d'aspects négatifs que positifs. Chaque individu doit se battre pour se faire une petite place au soleil. Pour y trouver son petit bonheur. C'est un combat permanent, impitoyable que mène l'homme depuis sa naissance...

Tu ne sembles pas tellement optimiste à l'égard du futur de l'humanité. Est-ce la raison pour laquelle on vous a reproché de défendre des idées d'extrême droite?

Il serait nécessaire de recommencer le processus d'éducation de ceux qui se trompent de cible. Nous n'avons jamais prononcé, ni suggéré de discours semblable. Nous avons dû, même, nous justifier récemment. Ce qui ne devrait jamais se produire dans la vie de quelqu'un. Il est malsain de devoir se justifier lorsqu'une critique est dénuée de tout fondement. Il existe des individus chez qui je pourrais facilement coller une étiquette d'extrême droite ou d'extrême gauche, parce que leur discours reflète une doctrine bien précise. Mais ce n'est pas parce que tu incorpores deux ou trois collages dans une demi-heure de musique que tu en adoptes l'idéologie. Il est indispensable de dépasser les idées préconçues. D'essayer de comprendre la personnalité des autres avant de les juger. La culture devient de plus en plus superficielle; et le pire, c'est que certains médias entretiennent cette situation. Il est plus facile de coller une étiquette sur le dos de quelqu'un que d'essayer de nuancer une opinion ou de comprendre la véritable nature d'un être humain. Tant au niveau politique que musical.

Est-ce que Front est un produit de consommation recyclable?

Oui, je le pense. Je suis étonné que nous ne soyons pas samplés plus souvent. Prodigy nous l'a demandé. Il n'y avait aucune raison de refuser. D'abord, parce que nous n'avons jamais refusé l'opportunité de puiser dans notre répertoire. Et puis nous apprécions sa démarche.

Vous n'avez jamais eu l'idée de composer la musique d'un film?

Nous l'avons souvent proclamé. Mais j'ai l'impression que personne ne nous écoute. N'importe quoi! Même si cette bande sonore n'est pas destinée à un film de science fiction. Tu sais, mon rêve le plus secret serait de sonoriser une œuvre de Peter Greenaway... Mais apparemment cet univers semble plutôt hermétique...

Lors d'un concert, la prestation est interrompue par une panne de courant.
a) vous empoignez des guitares acoustiques, et vous improvisez un set folk.
b) vous entamez des vocalises a capella.
c) vous vous barrez, furieux, et on ne vous voit plus de la soirée.
d) vous persuadez le public d'organiser une émeute.
e) vous filez droit sur la cabine, et tentez de réparer les circuits défaillants.

Une aventure qui nous est déjà arrivée! Mon sequencer continue néanmoins de fonctionner, parce qu'il est alimenté par une batterie... Nous n'improvisons certainement pas un set acoustique. Nous ne sommes pas furieux, sauf si après avoir prévenu l'organisateur de cette défaillance survenue lors du soundcheck, elle se répète au moment du concert. Mais en général, nous attendons patiemment la suite des événements. Et si l'incident perdure, nous plions bagages. C'est un cas de force majeure! Je nous vois mal entamer un exercice a capella (rires)!

Version originale de l'interview parue dans le n° 17 (novembre 93) du magazine MOFO

 

 

 

 

 

 

Pulp

Notre public est probablement le plus sexy de la planète...

Écrit par

Vous avez certainement déjà eu l'occasion d'écouter le hit "Do you remember the first time?", une chanson qui figurera sans doute parmi les meilleurs singles de l'année. Elle est reprise sur un album de la même veine, "His'n Hers". Pourtant, avant de connaître ce succès foudroyant, la formation de Sheffield a végété dans la zone crépusculaire de l'underground pendant plus de dix ans. Comment comprendre que la presse britannique se soit mise soudainement à lui porter un tel crédit. Pourquoi ce groupe est-il passé du jour au lendemain de l'anonymat à l'aube de la célébrité. C'est le guitariste Russell Senior qui a bien voulu essayer de nous donner une explication à ce phénomène...

Si mes souvenirs sont exacts, Pulp était un quatuor à l'origine. A quel moment Candida est-elle venue rejoindre le groupe?

En mille neuf cent quatre-vingt trois. Enfin Candida et moi-même, puisque auparavant, la formation était composée d'autres musiciens. Seul Jarvis est là depuis le début.

Pourquoi cette longue interruption entre 87 et 91? Qu'avez-vous fait au cours de cette période?

Il n'y a pas eu d'interruption, mais nous avons vécu des moments difficiles. Nous avions enregistré un album, "Separations", mais Fire Records n'a pas voulu le sortir. Nous étions dans l'expectative. Alors nous en avons enregistré un second le mois suivant. Mais il n'a pas reçu davantage d'écho. Nous avons alors décidé de cesser de nous produire en concert. Nous nous sommes en quelque sorte croisés les bras en attendant que le label veuille bien changer de fusil d'épaule. Mais au bout de trois ans, la firme de disques ne voulait plus entendre parler de ce disque. Alors nous avons changé de label. Voilà l'explication. Cette période creuse nous a cependant permis de nous remettre en question, d'assimiler de nouvelles références. Un peu plus 'dance', mais pas trop. De repartir sur de nouvelles bases. (NDR: "Separations" est finalement sorti sur "Fire Records" en 1992).

Mais comment expliquer le soudain intérêt manifesté par le public, et par la presse pour Pulp alors?

Sans doute parce que les temps et les modes changent. Au milieu des eighties, nous étions mal compris, même détestés. Le public de cette décennie dénonçait le culte du vedettariat, et les artistes qui essayaient d'atteindre un statut de pop star, comme nous souhaitions le devenir, lui paraissait stupide. Il préférait les choses anonymes. Dès les nineties, il s'intéresse davantage aux personnalités, et c'est très bien pour nous. Notre profil est davantage taillé pour l'époque actuelle. "His'n hers" est un peu comme si c'était notre premier opus. Parce qu'il a bénéficié de conditions idéales pour être enregistré. Et parce qu'il correspond à la somme de nos sensibilités.

Qui sont très éclectiques!

Absolument! Dans une même chanson, nous parvenons à incorporer une multitude d'influences. Les cinq personnes qui composent le groupe possèdent des goûts musicaux différents. Et c'est cette fusion d'affinités différentes qui procure à Pulp ce style si particulier, si original même...

A vos débuts, Sheffield était un peu considéré comme le berceau de la musique synthétique, avec en face industrielle une école dirigée par Cabaret Voltaire, et en face pop des ensembles comme Human League et Heaven 17. N'avez-vous jamais imaginé suivre leur exemple pour obtenir quelque peu de succès?

Non, non! Nous aimions Human League et Heaven 17, et je suppose que d'une certaine manière, nous nous sommes inspirés des mêmes sources synthé-pop. Nous sommes même encore aujourd'hui parfois comparés à Human League. Mais je pense que Sheffield était davantage réputé pour ses groupes industriels. Cabaret Voltaire en tête évidemment. Les usines de construction métalliques forgent l'environnement de cette cité. Et la cacophonie urbaine en est son pain quotidien. Tu comprends donc mieux pourquoi tant de groupes ont adhéré à ce courant industriel. Personnellement, j'ai joué dans Test Department. Des claviers. Mais finalement, je me suis dit que j'aurais pu également reproduire le même bruit dans une manufacture. Et j'ai cherché un autre groupe. Capable de jouer des chansons à la structure mélodique. M'évader de ce contexte abrutissant. C'est pourquoi je suis atterri chez Pulp...

Est-ce la raison pour laquelle vos textes abordent les thèmes du travail, du shopping, de la TV, de la sexualité, des choses de la vie en général, quoi? Cherchez-vous à dénoncer l'absurdité de la condition humaine ou la considérez-vous comme une réalité sinistre, une comédie noire?

Nos lyrics ne sont pas aussi sombres. Nous ne nous prenons pas aussi au sérieux. Nous ne nous prétendons pas des artistes. Pour composer ses textes, Jarvis regarde simplement autour de lui. Il observe les gens qu'il connaît et qu'il côtoie. Il en brosse le portrait à travers leurs aventures et mésaventures. Pas avec un réalisme austère, mais en abordant les événements tragiques, bouleversants, d'une manière humoristique...

Pulp est-il devenu le groupe le plus sexy de Grande Bretagne? N'êtes-vous pas, tout comme The Auteurs et Suede, occupés de faire revivre le glam pop de T Rex?

J'ai déjà entendu parler de cette histoire? Et je l'ai finalement trouvée très amusante. Tu sais, j'ai souvent partagé la chambre d'hôtel avec Jarvis. Et le matin, lorsqu'il se lève, il n'est pas vraiment un sex symbol. Et je ne pense pas qu'il prétendrait l'être. Mais pour la scène, il se métamorphose. Il le devient. Il est élégant, flatteur, séduisant, et se crée beaucoup d'ami(e)s... Cette situation nous permet de rencontrer des tas de jolies filles. Le public est sensible à cette forme de sensualité, car elle est très accessible. Ce n'est ni Dieu, ni une des sept merveilles du monde, mais simplement un être humain qui essaie de se montrer sous son plus beau jour. Et n'importe qui pourrait le devenir. Jarvis exerce sans doute un rôle de modèle pour notre audience. Une audience qui est probablement la plus sexy de la planète... J'aime beaucoup Suede et The Auteurs, mais nous ne partageons pas les mêmes influences. Suede est beaucoup plus rock. Et je ne me sens pas davantage symboliser un groupe de glam pop. Et surtout pas inspiré de Marc Bolan! Mon Dieu! Je sui effrayé rien que de l'entendre dire. Nous essayons d'éviter de reproduire tous ces clichés revivalistes. Nous n'y avons jamais accordé le moindre crédit. Nous nous considérons comme un groupe progressif, moderne. Et je préfère être comparé à des formations telles que Suede et The Auteurs qu'à T Rex ou à des tas d'autres formations. Au moins, si la musique est différente, l'attitude est tout à fait similaire...

Sous la férule du bassiste Steve, Pulp a tourné un film consacré au thème de la perte de la virginité. Un court métrage inspiré par le single "Do you remember the first time?". Est-ce un documentaire entrecoupé d'interviews ou une leçon d'éducation sexuelle?

(rires): C'est un documentaire entrecoupé d'interviews susceptible de servir de leçon d'éducation sexuelle. En fait, nous avons recueilli les propos de différentes personnes sur leur vie sexuelle. En Europe, ce type de reportage n'aurait guère d'impact. Mais en Grande Bretagne, la notoriété des personnes interrogées suscite un grand intérêt auprès du public.

Quel est ton fruit préféré ?

Le fruit de la passion. Des fruits exotiques. Les nouveaux fruits qui arrivent sur le marché. Le pommorello (?). Ceux que nous ne connaissons pas encore et que nous allons découvrir. Nous adorons varier les goûts. Déguster un fruit est à la fois délicieux et sensuel. Cet acte symbolise la musique de Pulp...

Version originale de l'interview parue dans le n° 26 du magazine Mofo de septembre 94.