Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce long playing succède à Supermodels paru en 2023. Pour accompagner cette annonce, il a partagé le single « She Doesn't Love Me », sous forme de clip (et il est disponible…

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Aston Villa

C est le copinage qui a tout fait foirer...

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Une centaine de personnes avaient rallié le Botanique, pour assister au showcase d'Aston Villa, organisé dans le cadre de la présentation de leur nouvel opus " Extraversion ". Un album qui mériterait de figurer parmi les plus belles réalisations de l'année. Et le concert, baigné dans le rock français de Noir Désir et la pop anglaise circa Gene, House of Love ou Verve, n'a fait que confirmer toutes les bonnes dispositions affichées par leur dernier album. Quant à l'interview, décontractée, engagée, sincère et passionnante, il me plairait d'en réaliser plus souvent comme celle-ci !

Que pensez-vous des groupes qui se donnent un genre " bad boys " ? Comme Oasis et tutti quanti ?

Ils s'essaient de se donner un genre banlieusard. Nous, on vient également de la banlieue, mais on ne veut pas forcer notre image. On veut rester naturel. Les groupes comme Oasis utilisent leur origine comme fond de commerce. Désagréables avec tout le monde, ils accumulent un tel capital sympathie, que pour l'instant, ils n'arrivent même pas à trouver un nouveau guitariste…

Pourquoi être passé d'un major à un plus petit label ?

Ce qu'on a vécu, c'est la caricature parfaite d'un groupe de rock qui est parachuté sur un major, et remarque par la suite que rien n'est adapté à ses besoins. Nous avons changé de label, parce que nous souhaitions travailler avec des gens qui effectuent un travail de fond, de proximité ; qui ne se contentent pas de traiter avec les gros médias... En outre, leur manager nous paraissait très compétent. Il venait du monde du rock et ses idées correspondaient parfaitement avec les nôtres. Pourtant, ce premier échec nous a permis d'acquérir une certaine expérience. Il existe des groupes chez qui le premier album a très bien marché, mais qui ont besoin d'un certain laps de temps avant de pouvoir enregistrer un second. Lorsque tu décroches un disque d'or dès ton premier CD, mais que le suivant ne marche pas du tout, la firme de disques commence à revoir sa position vis-à-vis de toi. Et ce n'est pas une situation facile à gérer ! De notre côté, il nous a fallu tourner beaucoup pour pallier aux négligences du major. Lorsqu'on a connu des coups durs et qu'on a dû se battre pour y arriver, on se sent plus forts, plus mûrs. Et plus parés à sortir un deuxième album.

Comment expliquez-vous le manque de structure pour le rock, en France ?

Je crois que c'est un phénomène culturel. En France, il n'y a pas de culture rock, de passé du rock. On a même parfois l'impression que personne n'a jamais pensé qu'elle pouvait exister. En Angleterre, il y a de la merde mais aussi de bonnes choses. Il y a des trucs à la mode et des trucs plus vieux. Chez nous, on ne passe que la merde à la mode. Il existe aussi un rapport de force entre maisons de disques. Elles ne sont pas françaises. Américaines ou autres, elles n'affichent pas la même sensibilité. Au contraire de la Belgique qui s'inspire de l'Angleterre en identifiant des labels indépendants. Paris aurait pu être le carrefour de la " world music ". Mais il a tout raté à cause des majors.

Dans vos textes, vous parlez parfois du futur. Comment voyez-vous le prochain millénaire ?

On le voit très court. Avec nos excès, lorsqu'on aura tout cassé, cela ne sera plus vivable. On n'arrivera pas jusqu'en 3000. Certains pensent que la science va tout résoudre. Je n'en suis pas si sûr...

" L'age d'or " parle d'un 7 juillet 2008. Pourquoi ce jour ?

C'est une projection dans le futur à court terme. On raconte l'histoire d'un gars dont le rêve est d'avoir une place convenable dans la société. Ce serait son âge d'or. Son projet qui se réalise. La chanson parle donc d'un mec qui veut retrouver un boulot mais qui a des doutes. Un peu comme dans " Roseta ", le film des frères Dardenne. Pour la date, on aurait pu choisir le 7 juillet 2007, l'année des trois sept. Mais la rime ne marchait plus avec le reste.

Et les jeux de mots, c'est de l'humour ?

Non, ça n'a rien à voir avec le comique. C'est plutôt pour donner une dimension en plus aux textes. On peut interpréter nos chansons comme on le sent. Je rêve l'âge d'or ou je rêve, là je dors ? C'est comme tu veux. D'ailleurs, parfois on a même du mal à se mettre d'accord sur le sens réel de certaines phrases ! Tu vois, la plupart de nos textes, on les écrit ensemble. Néanmoins, cela ne veut pas dire que l'on soit d'accord sur tout. Et quand il y a un litige, on tente de choisir la meilleure idée.

Vous êtes allés rendre visite, en Angleterre, au club de foot " Aston Villa ". Comment s'est passée cette aventure?

En fait, nous avons été invité par le club, qui trouvait amusant qu'un groupe français porte son nom. Nous avons ainsi assisté à un match qui opposait Aston Villa et Newcastle. A cette époque, Ginola jouait encore là-bas. On a même été boire un pot avec lui. Et puis, les médias étaient assez intéressés par le sujet. On est passé dans pas mal d'émissions. Et grâce à ça, on s'est rendu compte que tout était possible. Même si cela n'a finalement pas mené à grand chose, d'un point de vue strictement commercial. En fait, ils s'intéressaient à nous, plus pour l'anecdote que pour notre musique. Enfin on s'est quand même décidé à y retourner au début de l'an prochain. Et on tentera à nouveau le coup. A ce propos, lorsque nous avons joué là-bas, l'émotion de nos chansons est quand même parvenue, malgré l'obstacle de la langue, à passer la rampe...

" J'aime regarder les filles ", c'est un hommage à Coutin?

On avait bien aimé la chanson, à l'époque. Et puis on l'a rencontré dans notre ancienne maison de disque. Le contact s'est très bien passé. Ce qui nous a permis d'obtenir l'autorisation de reprendre le morceau ; alors qu'auparavant, il avait toujours refusé qu'on y touche. Seule condition, ne pas dénaturer le texte. Et je crois que le résultat est excellent… Nous avons également voulu faire passer un message à travers la pochette de l'album. Elle représente une femme qui s'ouvre au monde. " Extraversion ", c'est un appel à s'ouvrir aux autres. Et aller vers les autres, ce ne sera possible que si on laisse parler ses sentiments, ce qui est une sensibilité plus féminine. L'homme également a une part de féminité. Petite histoire en passant, la photo de la fille reproduite sur le CD, est un polaroïd d'une actrice très connue ; mais on a juré de garder le secret.

Parmi les artistes français, vous avez une liste d'or ?

Jacques Brel, Coluche, ... (NDR : les musiciens d'Aston Villa arrivent rapidement à court d'idées)

Et une liste noire ?

Alors là, la liste est vachement plus longue ! Le reste ! Les médias passent systématiquement les mêmes artistes et ne font découvrir personne. Et il y en a beaucoup. Ils portent une grosse responsabilité du nivellement par le bas, des valeurs musicales en France. Et nous pensons plus particulièrement à des gens comme Foucault, qui n'ont qu'un objectif : gagner le max de blé. Le reste, et en particulier les nouveautés, il s'en fout complètement. Il y a aussi des mecs issus de la scène hip hop qui nous agacent. Des gars qui se la jouent " cool " et qui, en fait, ne pensent qu'au fric qu'ils pourront empocher. Ils sont incapables de jouer le moindre instrument, ne savent pas chanter et ne racontent que des conneries. Des petits merdeux quoi ! Il n'y a qu'un seul groupe que je respecte, c'est NTM. ( NDR : un point de vue que tout les membres du groupe ne partagent pas ). Et peut-être Assassin, mais ils ne sont malheureusement pas très connus. En fait, c'est le copinage qui fait tout foirer. Le copinage entre les médias, les majors et les producteurs. Dans ce petit monde parisien, ils sont tous copains et c'est difficile de rentrer dans leur cercle. Un gars qui a du mérite, c'est le programmateur de " Nulle part ailleurs ". Malgré les pressions, il est parvenu à conserver son intégrité en ne tombant pas dans la bassesse du copinage. La fermeture des frontières au niveau musical est également très négative. On ne connaît ni les groupes espagnols, ni italiens, ni les autres, alors que l'Europe est en pleine construction.

Version originale de l'interview parue dans le n° 81 (mars 2000) du magazine MOFO

 

 

Mardi Gras BB

L art de respirer dans le même rythme...

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Issu de Manheim, en Allemagne, Mardi Gras BB a été fondé par Reverend Krug, un vétéran qui a joué avec le mythe Guru-Guru, non pas à la fin des sixties ni au début des seventies, mais à l'aube des années 80. Une époque au cours de laquelle le groupe avait, suite à l'arrivée d'une chanteuse, repris quelques couleurs. Avant de replonger dans un certain anonymat qui permet quand même à cette légende du krautrock de continuer, aujourd'hui, à tourner dans les clubs ou les festivals de la région. En 1994, le Révérend passe un coup de fil à Docteur Wenz, et lui propose de rejoindre son groupe, un brass band à coloration New Orleans. Le docteur a commencé à jouer à l'âge de 14 ans. C'était déjà en 1979. Il a sévi dans quelques groupes punk, dont le dernier impliquait justement une section de cuivres. Souvent à caractère soul revivaliste. Ce qui lui a quand même permis de se forger une certaine expérience dans le domaine. L'idée semble beaucoup lui plaire, puisqu'il décide de se lancer dans l'aventure…

En fait Reverend avait un but bien précis : rendre hommage, à travers son groupe, à tous les gens qui vivent à la Nouvelle-Orléans. Les noirs, les blancs, toutes les ethnies qui ont participé au développement culturel de cette ville portuaire. Et en particulier musical. Ce qui explique pourquoi il a choisi pour nom de groupe Mardi Gras, jour le plus important de l'année dans cette ville. Mais pourquoi BB ? Les petits coquins penseront sans doute à Brigitte Bardot, alors qu'en toute logique musicale, BB correspond aux initiales ‘brass band’. Le docteur a une toute autre explication : " En fait, BB est simplement le code des crayons de couleur noire ; et ceux qui contiennent le plus de graphite portent cette appellation ".

La Nouvelle-Orléans ! Le Révérend y était en 1992, lorsqu'il a eu l'idée de monter ce projet. Une idée qui ne l'a plus jamais quittée. Et lorsqu'il est retourné en Europe, il a juré qu'il ne ferait plus jamais que de la musique avec des cuivres ; dansante, aussi bien pour lui que pour le public. " La scène est alors devenue notre objectif. Et lors de chaque concert nous avons commencé à jouer pour et dans le public. Mais il nous fallait un chanteur, c'est pourquoi j'ai contacté le Docteur… On a ainsi commencé à développer ce son acoustique, en privilégiant la cohérence, plutôt que la virtuosité. On n'avait pas besoin d'un John Coltrane dans notre groupe, mais simplement tout mettre en œuvre pour jouer à l'unisson, faire battre les cœurs au même moment ". Une philosophie qui n'est quand même pas facile à cultiver, surtout lorsqu'on compte autant de musiciens. Plus d'une dizaine ! Le Doc est du même avis. Pas au point de déléguer un chef d'orchestre, comme c'était le cas au cours des seventies, pour des formations telles que Blood Sweat & Tears ou Chicago. Mais simplement pour maintenir une certaine discipline. Et c'est un peu le rôle que jouent le Révérend et le Doc. Et ce dernier d'ajouter : " Cette discipline, est innée chez tous les Allemands. Ce n'est un secret pour personne. Et cette combinaison de cette discipline avec une approche toute particulière de l'esprit vaudou donne de la consistance au groupe. En fait, le but est de respirer dans le même rythme. C'est à dire comme si on jouait dans un seul corps. Plusieurs personnes qui respirent en une seule. C'est un peu comme dans le sport. En aviron, tout particulièrement. Il faut absolument respirer en même temps, dans le même rythme, si tu veux gagner… "

Reverend Krug joue du sousaphone. Pas un instrument pour extraterrestre, mais une variété de tuba plus facile à manipuler et surtout à transporter. Un instrument qui est d'ailleurs utilisé dans les fanfares pour majorettes. Le Révérend s'en sert, lui, pour canaliser le groove de la musique du combo. Il s'explique : " Il est impossible de jouer un phrasé de groove sur un sousaphone, si tu ne peux pas le sentir et adapter ta respiration en conséquence. Et c'est la même chose pour tous les cuivres. La respiration y tient une place primordiale… Tu t'en rendras compte lorsque tu nous verras sur scène. Le groove est quelque chose de très important, c'est lui qui stabilise nos chansons. " Mais la caractéristique originale de la musique de Mardi Gras. BB procède de la présence d'un DJ : DJ Mahmut. Le Révérend raconte : " C'est notre producteur, Gordon Friedrich, qui nous a permis de le rencontrer. Il voulait améliorer le concept du groupe. Y apporter un plus. Il a ainsi été invité à participer à l'enregistrement de notre premier album, ‘Alligator soup’, pour lequel il a commis quelques scratches sur un titre. Et puis il est parti en tournée avec nous. Depuis, il est devenu un membre du groupe à part entière, et a participé à l'intégralité des sessions du nouvel opus, ‘Supersmel. " Oui mais, vu le contexte musical contemporain, l'engagement de ce DJ n'était-il pas prémédité ? Au Doc de se justifier : " Personnellement, je n'ai jamais eu le sentiment que son arrivée était préméditée. Elle est plutôt le résultat d'une expérience qui s'est bien passée. Et aujourd'hui, nous ne voudrions plus nous passer de lui ". Et le Révérend ajoute : " DJ Mahmout a une énorme culture dans le domaine du funk et de la soul. Il nous a apporté énormément d'idées de samplings. Et de son côté, il s'est dit qu'il serait sans doute intéressant de vivre une telle expérience avec un brass band ".

Le Doc se réserve donc le chant. Une voix plutôt écorchée qui fait même penser à Tom Waits ou à Captain Beefheart. Une comparaison qui ne le dérange pas du tout, puisqu'il apprécie beaucoup ces deux musiciens. M'enfin, il pense plutôt qu'il s'agit d'une coïncidence due au fait qu'il parle, plus qu'il ne chante sur la mélodie. Et puis que sa voix est aussi éraillée. Et d'expliquer : " On ne fait pas du bel canto, je dispose plutôt d'un baryton cassé enclin à raconter des histoires ". Les deux compères ont beaucoup d'admiration pour Dr John. " Parce qu'il représente l'esprit de New-Orleans ", motive le Révérend. Ainsi que pour feu Screamin Jay Hawkins. Sur les traces duquel ils marchent peut-être. Et le Doc d'avouer " Oui, nous avons adopté, quelque part, son jeu de scène, sa manière de présenter les musiciens. C'est même devenu un élément déterminant au sein du groupe. Ce maître est décédé l'an dernier. Et comme nous sommes toujours vivants, nous essayons de perpétuer son héritage… "

(Version originale de l'interview parue dans le n° 89 - janvier/février 2000 du magazine Mofo)

 

Trencher

Lips

‘Rivers of shit… mouth to anus… all that blood and no pain ?… she kissed my wrists slashed… Cthulhu… hate the living… something wicked is born’ : Pox, L.Monger et M.Shit racontent sans doute n’importe quoi, mais c’est normal ils jouent du grind, où la parole en général est loin d’être évangile. Eructés, ces mots perdent leur sens : qu’ils évoquent tous les clichés du metal et qu’on s’amuse de leur ignominie, en fin de compte peu importe, puisque l’essentiel réside bel et bien ailleurs. Dans cette basse vrombissante qui déchire le ciel, dans cette batterie qui court avant le troupeau de bisons, à l’attaque, tête baissée et le mufle fumant... Même pas. Ce qui distingue Trencher du tout-venant grindcore, c’est un petit clavier (pour gosses ?) dont l’usage se révèle assez rare dans la sphère metal. Un Casio, tout bêtement, qu’on imagine en bien piteux état à force d’être frappé dans tous les sens. Que ceux qui aiment les dandys d’An Albatross et les mouches de Locust tendent ici leurs deux oreilles meurtries : ça dure 24 minutes (dont 5 de bruit blanc) et ça donne bien la patate. Bien farineuse la patate, mais cela va sans dire.

 

Chris Caffery

Pins and Needles

Écrit par

Chris Caffery appartient à cette race de musiciens qui multiplient les collaborations et les projets les plus ambitieux. Après l’expérience Doctor Butcher et le succès du colossal Trans-Siberian Orchestra, le guitariste du ‘cultissime’ groupe américain Savatage débarque flanqué d’un troisième album solo nerveux, énergique et sombre. Il y assure toutes les parties vocales et bien entendu les guitares. Pour enfanter ce « Pins and Needles » qui enchantera les fans du Savatage époque « Hall of the Mountain King », Caffery s’est entouré de grosses pointures. Nick Douglas (Doro) à la basse, Yael (Fireball Ministry, My Ruin) derrière les fûts, Paul Morris (Rainbow) aux claviers, et une dizaine d’invités parmi lesquels deux violonistes, un chanteur d’opéra et un saxophoniste.

Le résultat est plutôt époustouflant, et on se laisse charmer dès le titre d’introduction. Speed et mélodique « Pins and Needles » donne le ton. Les guitares sont tranchantes et les vocaux –c’est étonnant- évoquent l’organe magnifique de Jon Oliva (Savatage). Plus posé au niveau du tempo, « Sixty-six » entretient une ambiance lourde. Caffery est particulièrement à l’aise dans son rôle de chanteur, et les musiciens domptent parfaitement les compositions du maître. Encore plus glauque, mais non dépourvu d’un sens du second degré, « Torment » est ses guitares ‘slayerisantes’ dévoile la facette la plus agressive de Chris Caffery. L’accroche mélodique de « Walls » nous rappelle que le ‘gratteux’ est aussi un compositeur d’exception et qu’il a largement contribué à forger le style Savatage. On accroche moins à « Sad » et à « Chained », mais la machine repart de plus belle sur un « Worms » au refrain entêtant, tandis que balayé de nappes de violons, « Metal east » parodie les comédies musicales américaines. Probablement le titre le plus original de cette plaque aux multiples vertus. Chris Caffery défendra cette nouvelle petite bombe lors du Pestpop Festival qui se déroulera le 21 avril prochain à Wieze.     

 



Steve Wynn

Le langage de la guitare...

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Avant d'embrasser une carrière musicale, Steve Wynn était correspondant de presse. Pour un journal extrêmement populaire à Los Angeles. Ses articles, il les consacrait à la rubrique sportive ; et en particulier au base-ball, discipline qu'il affectionne d'ailleurs toujours autant, aujourd'hui. Depuis sa tendre enfance, il joue bien de la guitare, seul ou en compagnie de quelques potes. Mais sans grande ambition. Un hobbie qui deviendra, pourtant, une véritable passion. En 1980, après avoir écouté les Pistols et le Clash, il décide de passer à l'action. Et fonde les Suspects, en compagnie de Gavin Blair, Russ Tolman et Kendra Smith. Faut dire, qu'à cette époque, la scène alternative de Los Angeles est en pleine ébullition. Les groupes poussent comme des champignons. Tournent dans les mêmes salles. Les musiciens se rencontrent, apprennent à se connaître, à s'apprécier même. Puis se découvrent une passion commune pour tout ce qui touche au psychédélisme par la guitare. Et en particulier pour des groupes comme le Velvet Underground, Television et Quicksilver. Cette scène, au sein de laquelle on retrouvera True West, les Plimsouls, Rain Parade, Green On Red, Naked Prey et consorts prendra pour nom, le " Paisley underground ". Une scène que Steve espère voir un jour entrer dans l'histoire du rock'n roll.

" Ce serait génial que mes amis et moi-même puissent être reconnus comme une source d'inspiration, de voir les kids pouvoir parler de nous, dans 20, 30 ou 40 ans. C'est important de ne pas être oubliés ! "  Quant à la guitare, c'est encore et toujours pour lui, un manifeste. " La guitare est essentielle ! Parmi tous les instruments, elle demeure à mes yeux, la plus expressive. Deux personnes peuvent jouer exactement les mêmes notes, sur une même guitare, sur un même ampli, dans un même endroit. Et malgré tout obtenir un son différent. La guitare est un langage personnel. Et j'aime ce langage. C'est donc pour moi le meilleur outil pour créer de la musique. Cependant, ce n'est pas parce que la guitare est associée au rock'n roll que je la trouve supérieure, mais parce qu'elle est unique ".

En 1981, il rejoint Sid Griffin au sein des Long Ryders. Mais les deux personnages ont des goûts trop différents ; et Steve éprouve à nouveau le besoin de changer d'air, en fondant le Dream Syndicate avec son ex bassiste Kendra Smith, Karl Precoda et Dennis Duck. Une aventure jalonnée de neuf albums, qui durera jusque 1989, même si Kendra et Karl seront remplacés, respectivement par Mark Walton et Paul B Cutler (devenu depuis un célèbre producteur). En fait, Steve incarne le lien fédérateur entre la plupart des musiciens qui ont sévi sur cette scène. Il a d'ailleurs joué avec pratiquement toutes les personnes qui l'ont fréquentée. Et est même souvent parvenu à concrétiser ces collaborations à travers l'une ou l'autre chanson, voire l'un ou l'autre disque. En 1985, il enregistre ainsi, un album de country rock avec l'imbuvable, quoique talentueux, Dan Stuart, sous le patronyme ‘Danny & Dusty’, expérience qu'il ne compte cependant plus reconduire, puisque Dan est parti, en quelque sorte, en préretraite ( !?!?). " Nous avons travaillé ensemble pendant près de 15 ans. Et nous avons toujours eu d'excellents contacts. Il a un humour génial (NDR : ah bon !) ; mais c'est vrai que les tournées le rendaient de mauvaise humeur (NDR : et le mot est faible !). Il a toujours préféré le studio. Il y est actuellement pour enregistrer ; et je suis certain que son album sera excellent. Parce que Dan dégage un feeling unique, donne tout ce qu'il a dans le ventre lorsqu'il s'investit. Un peu comme Neil Young !… " Neil Young est d'ailleurs un des artistes auquel la presse fait le plus souvent référence, lorsqu'elle parle de Steve. Il considère pourtant cette comparaison comme un compliment. « J'ai toujours admiré Neil Young, Bob Dylan et Lou Reed. Ce sont mes héros. Pourtant, je ne souhaite pas les rencontrer à tout prix. Je veux qu'ils demeurent mes héros. Un point c'est tout ! »

Après avoir milité en faveur du syndicat du rêve pendant presque une décennie, Steve décide de continuer son aventure sous son propre nom. Ce qui va lui permettre de multiplier les rencontres avec d'autres musiciens. Et puis de se remettre en question, un peu comme si chacun de ses disques était une réaction par rapport à l'album précédent. " Je suis facilement influencé par les événements qui gravitent autour de moi. Et cette situation se ressent sur chaque album. Chacun d'entre eux est un peu la photo d'un épisode de ma vie ".

Dès la sortie de son premier elpee solo, il se distingue par la qualité du choix de ses invités. Johnnette Napolitano (Concrete Blonde) pour ‘Kerosene Man’ (1990) et ‘Dazzling display’ (1992), opus sur lequel on retrouve également Peter Buck (REM), Joey Westley Harding et Russ Tolman, qu'il avait côtoyé au sein de True West. " Lorsque je lui téléphone, ce n'est plus pour lui demander de jouer avec moi, mais pour lui réclamer mes royalties, parce qu'aujourd'hui, il travaille pour une firme de disques ".

En 1996, il engage la formation bostonienne de Thalia Zedek et de Chris Brokaw, Come, pour assurer le backing group et enregistrer ‘Melting in the dark’. " Ce que nous avons fait était génial, et j'ai beaucoup apprécié les moments où nous avons joué ensemble. Mais je serais incapable de travailler full time avec eux, parce qu'il serait trop difficile de trouver un terrain d'entente. Nous vivons dans des mondes différents ". On le retrouve en 1992, pour un duo composé avec l'ex Long Ryders Steven Mc Carthy au sein de Gutterball, pour l'album ‘A down to earth – Supergroup’. Une expérience qu'il pense renouveler, même si ce n'est pas pour tout de suite. Et il serait injuste de ne pas mentionner les multiples collaborations qu'il a menées avec deux de ses meilleurs potes. Chris Cacavas, tout d'abord. Qu'il retrouve régulièrement en studio. Et Howe Gelb. Dont il a quelque peu perdu la trace. " J'admire ce qu'il fait. Tant en solo, avec Giant Sand qu'au sein OP8. Parce que nous parlons le même langage musical"

Steve Wynn enregistre à une cadence infernale. Mais au cours des dernières années, ses disques sont souvent sortis en édition limitée. " J'ai observé la marge de progression d'un groupe. Si tu souhaites vendre un album au grand public, tu dois attendre deux ou trois ans avant de pouvoir le sortir. Dans ces conditions, il est impossible de voir l'évolution du groupe. Parce qu'il y a une fracture entre chaque disque. Et c'est ce que je veux éviter, en enregistrant le plus d'albums possible, mais en édition limitée. D'ailleurs, je pense que les fans apprécient particulièrement cette démarche. " Et c'est encore le cas pour ‘My midnight’, paru en mars dernier, dont la sortie était limitée à 6000 exemplaires. Depuis novembre, Steve est rentré chez lui. Plus à Los Angeles, mais à New York, où il s'est installé. Il compte prendre un peu de repos, et puis se remettre au travail, pour sortir, dès cet été, un nouvel album….

Version originale de l'interview parue dans le n° 81 (mars 2000) du magazine MOFO

 

 

 

 

 

 

Frank Black

Au bout du tunnel?

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Depuis le split des Pixies, Frank Black éprouve toutes les peines du monde à faire décoller sa carrière solo. Il a pourtant gravé 'Teenager of the year' en 1993, 'The cult of Ray' en 1996, 'Frank Black & The Catholics' en 1998 et 'Pistolero' en 1999. Des albums de bonne facture, variés, oscillant du punk au métal en passant par le surf et la new wave. Mais dont le succès n'a été que trop confidentiel. En fait, le fantôme des Pixies hante encore la musique de Frank. Un spectre dont il ne parvient d'ailleurs toujours pas à se débarrasser sur les planches. Un passé qui lui est aujourd'hui plus préjudiciable que profitable. Pourtant, si Frank n'est pas encore au bout du tunnel, il faut reconnaître que son nouvel opus embrasse un nouvel horizon sonore. C'est d'ailleurs principalement au sujet de ce 'Dog in the sand' que nous avons eu un long entretien…

" Au départ, le disque devait s'intituler 'Lano del Rio', mais le manager penchait plutôt pour 'The swimmer', alors que le batteur avait un faible pour 'I'll be blue'. Un jour, en me promenant, j'ai vu chien dans le sable, et cela a fait tilt ". Pas d'ordre alphabétique pour enchaîner les titres, cependant, comme sur les précédents opus ; même si au départ Frank en avait l'intention. " Nous avons décidé, après en avoir débattu entre nous, que 'Blast off' entamerait le CD et que le titre maître l'achèverait ". Enfin, à l'intérieur du booklet, des fossiles marins apparaissent en trame de fond, conférant à la pochette un petit aspect arty tellement caractéristique du design 4AD. A propos de son ancien label, la sortie simultanée de 'Complete B sides' des Pixies ne le dérange pas trop. Bien du contraire. " Rien de tel pour attirer plus de monde lors de mes concerts. Et puis pour la santé de mon compte en banque ! " Pour Frank, si les fans incarnent son inspiration, c'est parce que ce sont les mécènes. Il est l'artiste qui donne la représentation, et ils apportent l'argent. Un peu comme jadis…

Frank aime beaucoup la France. Sa cuisine, sa culture. Mais il ne baragouine que quelques mots dans la langue de Molière. Sur 'Blast off', il a ainsi glissé une phrase ('Union pour la promotion de la propulsion photonique') qui méritait bien une explication. " Il s'agit d'une organisation que je connais mal, mais qui s'intéresse à la planète Mars, en développant des arguments pour justifier le voyage pour s'y rendre. Robert Zubran est un personnage qui est beaucoup respecté dans l'industrie aéronautique. Il a travaillé autrefois dans la NASA avant de devenir interlocuteur privilégié chez CNN. En fait c'est un fameux personnage qui a toujours des bonnes idées à propos de ce périple. Il est même allé jusqu'à suggérer la méthode la plus efficace et la moins coûteuse pour réaliser le projet ; mais personne ne l'écoute. Faut dire que la bureaucratie et la lenteur du monde politique ralentissent considérablement les prises de décision ". 'Blast off' s'intéresse donc à ce voyage difficile entre la terre et Mars. Un voyage qui devrait durer entre 6 à 9 mois. " Je me demande ce que les passagers vont pouvoir faire pendant tout ce temps. Du point 'A' au point 'B' ". Mais pourquoi, alors évoquer dans la même chanson Samuel Beckett ? " Personnellement, voyager dans l'espace et vivre sur une autre planète est quelque chose de très abstrait. Et les abstractions me font penser à Samuel Beckett. Il était Irlandais, mais avait fait de la France sa deuxième patrie. Du moins, il avait décidé que sa deuxième culture deviendrait française. Ainsi donc, pour aller de la terre à Mars, tout le monde a son propre programme. Ses propres idées. Qu'elles soient politiques, économiques, financières, religieuses ou autres. Ce qui fait beaucoup d'opinions différentes à propos de ce qu'on devrait faire avec le nouvel espace à découvrir. Donc le sentiment qui circule dans la chanson c'est ma propre façon de voir les choses. Je retrouve ainsi l'Irlandais qui est en moi, le Beckett qui est en moi… "

Sur 'St. Francis Dam Disaster' il évoque un raz-de-marée qui a endeuillé la Californie en 1928. Un événement qui ne date pas d'hier, mais qui semble encore marquer la population de cette région, et surtout celle de Los Angeles. " J'ai vécu et grandi en Californie. On y voit de belles choses, mais aussi d'affreuses. Notamment dans le domaine de l'environnement. L.A. n'est pas une ville type comme on pourrait la connaître en Europe. C'est une métropole. Elle ne s'est pas américanisée. Elle est en quelque sorte futuriste. Et le responsable de cette situation est William O'Land (NDR : orthographe du nom pas garantie !), un ingénieur des eaux qui a imaginé la construction d'un immense barrage pour alimenter la ville en eau. La Californie pour le meilleur ou pour le pire ! Et sans cette alimentation en eau, L.A. serait un désert. L'eau détient donc ici le pouvoir. La métropole est-elle une bonne ou une mauvaise chose ? L'eau, la terre, le feu et l'air sont les quatre éléments fondamentaux de la nature. Ils sont plus puissants que l'être humain. L'eau va de la montagne à la mer. La détourner de son chemin naturel n'est techniquement plus un gros problème. Mais l'accident est toujours possible, car l'eau essaie toujours de trouver son propre chemin. L'eau a sa propre vision de son futur. C'est ce qui s'est produit en 1928. Il y a eu une gigantesque inondation qui a tout emporté sur son passage… et cette situation pourrait survenir un peu partout dans le monde… "

Frank a une aversion profonde pour les spots publicitaires, et il communique ce dégoût sur 'I've seen your picture'. Sympa, il me remercie pour avoir bien compris le sens de la chanson. " Parce qu'il y a beaucoup de monde qui en donne une interprétation erronée. Ce qui m'amuse. Nous sommes bombardés d'images. Je ne veux pas qu'on me prenne pour un socialiste, mais je suis opposé à cette publicité à outrance. J'ignore pourquoi ? Mais elle me rend malade. Tu sais, j'ai lu dans des magazines qu'on envisageait de mettre des panneaux d'affichage dans la stratosphère. Ce serait vraiment un comble ! On verrait la pub dans les cieux. Comme si on allait à la rencontre de la lune ou des étoiles. J'ignore si ce truc va se réaliser, mais j'ai des appréhensions. C'est un peu comme pour l'affaire des immenses panneaux solaires que la Russie imaginait y placer pour rendre la Sibérie plus lumineuse. Au premier instant, tu te dis que c'est génial, mais après mûre réflexion ; c'est une idée horrible et dangereuse… "

Joe Santiago est venu donner un petit coup de guitare sur 'Rober Onion', mais si cette chanson possède un climat proche des Pixies, ce n'est pas parce que l'ex guitariste des Pixies tient la guitare solo ; il s'est juste contenté de jouer de la rythmique. Autre invité de marque, Eric Drew Feldman. Ce vétéran qui a sévi dans le passé chez Captain Beefheart et Pere Ubu, avait déjà travaillé en compagnie de Frank. Mais sur le nouvel album, il y épand généreusement ses notes de clavier et de piano. Pourtant, Frank avait un jour déclaré que le recours à ce type d'instrument ne correspondait pas à l'esprit de sa musique. Il admet avoir changé d'avis, même si Eric avait déjà prodigué un peu de clavier sur 'Teenage of the year'. Et il remercie les Stones pour lui avoir ouvert les oreilles à ce sujet. Notamment à travers la chanson 'Sympathy for the devil'. Des Stones, le groupe a beaucoup écouté l'album 'Exile on main street' dans la camionnette. " Il était chargé dans un lecteur à 10 CD, et c'était toujours le premier qui passait. Parfois on en avait marre de l'écouter, et puis on le laissait quand même parce qu'on se disait qu'il était vraiment bien. "

Influence inattendue sur son nouvel opus : c'est celle de Dylan. Ce qui explique sans doute pourquoi le groupe a eu recours à une steel guitar et une pedal steel. Il faut croire que la formation voulait s'imprégner du climat laissé par le Zim, parce que 'Blonde on blonde' était également dans le fameux chargeur… " J'ai toujours aimé la musique de Dylan, depuis ma tendre jeunesse. Surtout son attitude faite de mystère et d'intellect, qui est intéressante. C'est difficile à comprendre. Il projette des images fortes dans ses chansons. Tu sais dans les années 60, un kid qui écoutait Dylan devait se demander ce qu'il racontait. L'impact politico-culturel d'une chanson comme 'Blowin' in the wind' est considérable, mais il faut avoir une certaine maturité pour comprendre son message… "

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Eric Burdon, un autre mythe des sixties a également exercé une influence sur le nouvel opus de Black. Et on le ressent très fort sur 'The swimmer'. " Exact ! J'ai un jour lu la critique d'un journaliste qui comparait ma voix à celle de Burdon. Et j'en étais fier. Oui, sur cette composition j'ai fait une fixation sur les Animals. Mais c'est particulièrement difficile à réaliser. On était un peu sur le mode de 'The house of the rising sun'. Dans le même style on a longtemps essayé de reprendre 'Sister isabel' de Del Shannon. Mais j'étais obligé de chanter une octave plus basse. Trop difficile, on a abandonné le projet ". Pour 'Stupid me', Frank a utilisé la reverb dans la voix, un peu comme Lennon. " J'allais oublier l'influence qu'il a eu sur moi. Jusqu'au jour ou un journaliste m'a dit que cette chanson lui faisait penser à Lennon. Teenager, j'ai beaucoup écouté ses disques…"

L'album a été enregistré sans retouches, ni overdubs. En prise directe quoi. " Il y a des groupes qui enregistrent en 4 à 5 jours, et d'autres qui campent pendant des semaines. Mixer et tout le bataclan pour ne tirer que le meilleur. Un peu comme si on voulait atteindre la perfection technique de Steely Dan. Après 15 années de route, cela fait du bien de se sentir musicien. S'asseoir près du producteur et discuter avec lui. Faire une prise et s'entendre dire : elle est bonne ! Le timing est là, les notes sont là, tout y est. Et c'est mieux que de toujours créer des fac-similés d'un morceau. On a déjà donné quand on était jeunes. "

Et pour terminer l'entretien, nous avons causé des OVNIS, mais vous ne saurez rien de la conversation, nous risquerions d'être fichés par les aliens…

Merci à Vincent Devos, Danièle (Aéronef) à Alice (Naïve).

(Version originale de l'interview parue dans le n° 91 - mars/avril/mai 2001 - de Mofo)

 

 

 

 

Centro-Matic

Peindre des images avec des phrases...

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Will Johnson a fondé Centro-Matic en 1995. Mais à l'époque, ce n'était qu'un projet alternatif au groupe Funland. Chez qui il jouait des drums! Aussi, lorsque la formation a splitté, il a décidé de transformer son projet en véritable concept. Au sein duquel il joue, tout naturellement, de la guitare, chante et surtout compose. A une cadence frénétique ! En cinq à six années, il doit avoir écrit plus de 200 chansons. Dont il n'a pu, à ce jour, reproduire l'intégralité sur CD. Faut dire qu'à ce régime, il en aurait sorti près de 20 ! " All the falsest hearts can try " constitue donc et seulement le quatrième opus de Centro-Matic. M'enfin, Will semble avoir trouvé une solution pour écouler son stock de compos, puisqu'il a créé un nouveau projet alternatif : South San Gabriel. En compagnie duquel, il avait sorti un excellent opus essentiellement acoustique, " Song / Music ", début de cette année. " All the falsest hearts can try " explore la face la plus électrique de l'esprit de Johnson. Will n'a d'ailleurs pas besoin de moyens extraordinaires pour composer des chansons qui sortent de l'ordinaire. Et il s'en explique…

" Centro-Matic demeure mon dessein principal ; mais j'ai toujours pensé qu'il était judicieux d'imaginer de nouveaux débouchés pour créer de la musique. Une alternative qui me permet d'éviter la routine. De m'extraire d'un canevas rigide au sein duquel beaucoup de groupes se sont enfermés. Nous avons fondé South San Gabriel, parce que nous disposions d'un tel stock de chansons qu'il était devenu quasi impossible de toutes les enregistrer. J'ai donc choisi de réserver les plus électriques à Centro-Matic, et les plus calmes au projet parallèle. En outre SSG nous a permis d'inviter des amis en compagnie desquels nous avions toujours eu envie de jouer… " Will s'est même lancé dans la musique électronique. Mais il n'aime pas trop en parler : " Elles sont bien cachées sous mon lit ", précise-t-il. ‘Songs/Music’, l'album de South San Gabriel a très bien été reçu par la presse. Une réaction qui a beaucoup touché Will. Parce que si au départ cet opus n'a guère suscité de réactions, au bout de quelques semaines, elles ont commencé à se multiplier. " En fait, ce disque nécessite un cadre bien spécifique pour être apprécié. Parce qu'il est beaucoup plus calme et dégage une atmosphère intimiste… " Essentiellement acoustique, il contraste très fort avec celui de Centro-Matic. En fait, pour Will, le meilleur test pour une chanson, c'est de pouvoir la jouer aussi bien très fort que très doucement. De voir si au volume minimum ou jouée en acoustique, elle passe encore. " Les deux styles interpellent l'auditeur, mais de manière différente. Il est amusant et enrichissant de pouvoir aborder ces deux perspectives. Puissante, rock qui apporte une satisfaction physique ou bien calme, sans scratches ni feedback … "

Si Centro-Matic, à l'instar de Sebadoh, Pavement ou Silkworm émarge à la lo fi, c'est beaucoup plus par manque de moyens que par volonté de respecter une quelconque ligne de conduite. " En vérité, lorsque nous avons commencé à enregistrer, nous avions tellement peu de thunes pour entrer en studio, qu'on a effectué le boulot chez nous. Avec des moyens limités. D'ailleurs, avant que le groupe ne commence, c'était déjà ma manière de procéder. Aujourd'hui, c'est le drummer qui s'occupe de cette tâche. Et vu les conditions au sein desquelles il travaille, j'estime qu'il fait du bon boulot. Nous ne sommes pas des musiciens hors pair, mais nous faisons le maximum pour produire la meilleure musique, tout en gardant notre identité. Et puisque le public semble apprécier notre son rugueux, je ne vois pas pourquoi nous lui arrondirions les angles… " Des conditions qui ne sont probablement pas favorables à l'engagement éventuel d'un Ric Ocasek pour assumer la production. En outre, vu le rôle d'ingénieur du son, joué par le batteur, Will pense qu'il serait sain d'en discuter au sein de la formation avant de prendre la moindre décision. Et puis, il y a toujours cette question d'argent…

Will n'est pas du tout gêné de parler des artistes et des groupes qu'il aime, qui l'influencent et qui l'ont influencé. Neil Young, tout d'abord. Qu'il considère comme une grande star et dont les albums ‘Rust never sleeps’ et ‘Tonight the night’ constituent des références incontournables. " Il n'y a que quelques années que je me rends compte de l'influence qu'il a exercée sur moi. Pas seulement à cause de ses chansons et de sa manière de jouer. Mais par rapport à ce qu'il représente dans l'histoire de la musique. De ce qu'il a réalisé au cours de ces 30 dernières années. De l'intégrité qui le caractérise et qui m'impressionne… " Avant chaque tournée les musiciens de Centro-Matic ont même pris l'habitude de regarder le film ‘The year of the horse’. " Rien que regarder le Crazy Horse jouer me stimule, m'enflamme. Personne n'a jamais joué comme eux. C'est vraiment un des groupes les plus inspirateurs, même si cet avis n'engage que moi… " Autre influence majeure : les Replacements. " J'étais encore très jeune, et un cousin m'a prêté un de leurs disques. Après l'avoir écouté une seule fois, j'ai vraiment flashé. C'est devenu mon idole ! Il était très populaire à l'époque. Tu sais à l'école secondaire on s'identifie souvent à un artiste ou un groupe. Celui-là est nul et par contre celui là est génial. Et j'ai commencé alors à collectionner toute leur discographie. Je suis originaire d'un bled où il n'y avait pas de disquaire. Donc toutes les raisons étaient bonnes pour acquérir ses disques dans une grande ville voisine ou par correspondance. Ma platine doit s'en souvenir… "  

Will considère Guided By Voices comme un exemple à suivre ; parce que nonobstant les difficultés qu'ils ont rencontrées à leurs débuts, ils ont réussi à prendre leur propre destin en main, à créer leur propre univers. " Leur production est phénoménale. Ils symbolisent l'histoire d'un succès américain. A leur place, beaucoup de formations, auraient attendu qu'un label les prenne en charge. Ils sont parvenus à enregistrer de superbes disques avec très peu de moyens. Ils sont uniques en leur genre… " Dinosaur Jr, Uncle Tupelo et les Flaming Lips constituent des références communes aux musiciens de Centro-Matic. Ils ont assisté à de nombreux concerts de ces groupes. " Au début des 90's, il n'était pas évident de rencontrer un bon combo capable d'écrire de bonnes chansons. Car le mouvement grunge, qui était plutôt une histoire de son, avait écrasé les véritables auteurs/compositeurs. Dinosaur Jr, les Replacements et les Flaming Lips avaient été épargnés par ce mouvement. Ils sont devenus, en quelque sorte, des précurseurs. Et c'est grâce à eux que la musique a pris une nouvelle impulsion. Alors, tu comprends que lorsque tu apprends à écrire des chansons, il est difficile d'ignorer de telles influences. Surtout au début ! "

Les musiciens de Big Star habitent un bled sis juste à côté de celui où Will a passé son enfance. " Nous sommes voisins. Nos chiens mangent ensemble… " Mais pourquoi leur a-t-il fallu près de 20 ans de travail pour atteindre un peu de notoriété ? " Ils possèdent une sensibilité pop incroyable. Mais ils ne sont pas arrivés au bon moment. C'est ce qui explique, sans doute, pourquoi leur succès a été si tardif… " Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce sont les grands parents de Will qui lui ont communiqué le goût de la musique country. En lui faisant découvrir, tout gosse, des artistes comme Johnny Cash ou Hank Williams, dont ils possédaient tous les disques. " C'est à eux que je dois mon approche musicale de l'écriture. Une approche qui s'est gravée dans mon subconscient depuis cette époque. Et cet aspect sombre, meurtrier, des chansons, se retrouve plus présent dans le répertoire de South San Gabriel. Des chansons qui consomment un tas de pedal steel, un orgue hammond, et d'autres instruments spécifiques à cette musique. A une certaine époque, j'avais peur de les jouer devant ma mère. Et puis je me suis rendu compte que c'était ces chansons là qu'elle préférait. Je ne remercierai jamais assez mes grands-parents pour m'avoir fait écouter un tel répertoire, plutôt que Village People… "

Mais venons-en justement aux lyrics de Will. Très difficiles à décortiquer, voire à comprendre, ils sont aussi ambigus que ceux de Michael Stipe du REM. Ce qui provoque, instantanément, un grand éclat de rires chez l'intéressé. De nombreux journalistes lui ont déjà posé cette question. Et lorsqu'il leur explique le sens qu'il veut leur donner, ils s'en retournent déçus. Ainsi, il a décidé de ne plus donner d'explications à ce sujet. Parce que pour Will, le plus important est l'expérience que chacun peut retirer de la chanson. " Au lieu de décrire quelque chose en noir et blanc je tente de suggérer plutôt des images. Un peu comme si on peignait des images avec des phrases. Et puis on s'arrête. On s'assied. Et on remet une couche… " C'est sans soute la raison pour laquelle ses lyrics sont souvent comparés à ceux de Stipe. " Il y a même des chansons qui prennent même, après un certain temps, un sens nouveau. Une signification que je ne m'imaginais pas lorsque je les ai écrites. Oui, je sais, ce n'est pas évident. Mais c'est aussi le plaisir que l'on peut tirer lorsqu'on entretient le mystère qui les entoure. Mais je n'écris pas que des textes ambigus. J'en ai également composé de plus directs… " (Il cherche, mais ne trouve pas)

Issu de Denton, donc du Texas de George Bush, il était intéressant de poser une petite colle à Will : son avis sur la peine de mort. Il n'est pas encore parvenu à se faire une opinion définitive sur le sujet. " Je crois que c'est une prise de conscience individuelle. La question est aussi importante que la réponse. Et ma réponse n'est pas définitive. Je suis conscient qu'il y a eu des erreurs. Tout dépend des cas. Parfois c'est justifié. Parfois, pas du tout. Mais je suis encore occupé de réfléchir à la question… "

Merci à Vincent Devos

 

Interpol

Influences internes...

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La scène new-yorkaise est à nouveau en pleine effervescence : Radio 4, les Strokes et puis Interpol en sont probablement les plus beaux fleurons. Interpol consitue cependant la formation qui se rapproche le plus de la scène britannique. Pas la britpop, mais la cold wave… enfin et heureusement, pas seulement. Leur premier album a reçu très bonne presse. Mais c'est surtout sur les planches que le quartet y fait l'unanimité : ils y sont tout bonnement impressionnants. Samuel Fogarino, le drummer, est aussi le plus âgé des quatre. Un personnage d'une grande gentillesse, posé et assez charismatique pour incarner le rôle de guide spirituel d'Interpol. Il s'est prêté de bonne grâce à cette interview…

Mais comment comprendre ce nouveau boom sur la scène new-yorkaise. Samuel explique : " Ce phénomène de renouveau du rock s'y reproduit cycliquement. Je ne suis pas issu de cette métropole, mais je me souviens que lorsque j'y suis arrivé, en 1997, j'ai assisté à des concerts de groupes comme Firewater et Valentine Six. Et chaque fois, ils attiraient au moins 500 personnes. Tout baignait dans l'huile. Ils tournaient aux States et en Europe. Aujourd'hui, tout le monde s'en fout. Mais on les aime toujours. Et maintenant les médias ont mis l'accent sur cette nouvelle scène de New York City. Je respecte tous ces nouveaux groupes. Ils sont bons dans ce qu'ils font. Et les Whites Stripes (NDR: ils sont de Detroit!) ainsi que les Strokes correspondent parfaitement à ce type d'atmosphère. Je leur souhaite d'ailleurs tout le bien du monde. Mais j'avoue avoir davantage d'affinités avec des ensembles qui affichent plus de profondeur et de complexité. D'un point de vue mélodique et rythmique. Comme, par exemple Swervedriver. M'enfin, ce qui peut expliquer ce phénomène procède probablement de la fascination exercée par Andy Warhol sur les groupes de New York. Elle n'a jamais cessée. Début des 90's, la tendance était plus hard, une tendance parfaitement illustrée par un groupe comme Unsane. Il était très agressif, très sombre, sinistre même. Une forme de blues blanc urbain joué de manière redoutable et colérique. C'était un de mes groupes favoris ".

Et pourquoi la musique d'un groupe new-yorkais comme Interpol sonne aussi britannique ? Samuel donne son explication : " Depuis une dizaine d'années, la pop et le rock tendent à épouser une forme très lourde, très agressive, très immédiate, très instantanée. Tu la prends en pleine figure. C'est au détriment de la mélodie et de l'introspection. Un groupe américain comme le Red House Painters a toujours fait le contraire. Et c'est ce que nous avons de commun avec eux. Cet aspect là de la britpop. Privilégier l'atmosphère et l'humeur du moment. Au cours des 80's, des groupes comme Killing Joke et Echo & The Bunnymen correspondaient à cette approche musicale. L'ambiance y était tellement épaisse qu'on pouvait presque la saisir. C'est ce que nous aimons. Et pensons que nous pensons voir réapparaître… " De cette époque, Samuel avoue beaucoup aimer les Chameleons. Et puis Clash. Surtout l'elpee 'London Calling'. De la scène punk américaine, Television, Mission Of Burma, Hüsker Dü, Big Black, Dinosaur Jr. Mais en premier lieu Fugazi. Pas seulement leur musique. Leur sens éthique. Sans oublier les disques de chez 'Dischord'…

L'âme de la musique d'Interpol est incontestablement sombre, ténébreuse. Mais parfois on se demande si en baignant au sein de cette atmosphère, le combo ne cherche pas à exorciser quelque démon. Sam ne formule aucune objection. Mais avoue qu'il n'existe aucune réelle d'intention. " A chaque chanson son démon. Et l'alcool peut aider à les exorciser (NDR : il est hilare !) ". Par contre, alors qu'on aurait pu penser le contraire, il n'est pas un grand admirateur de Joy Division. Ni lui, ni Paul, ni Daniel ne possèdent le moindre de leurs disques. Il préfère New Order. C'est plutôt le bassiste Carlos qui est un fan de ce groupe. Et puis l'ancien drummer. " J'ai rejoint le line up, plus tard. Il y a trois ans. Lorsque je suis arrivé, le groupe avait déjà enregistré quelques démos. La musique y était beaucoup plus lugubre, plus linéaire. Mais au fil du temps on s'est démarqué de cette voie. Et dans le futur, ce sera encore plus flagrant ". Les membres d'Interpol ne partagent guère d'influences communes. Daniel et Sam apprécient Fugazi. Pas les autres. Paul et Sam, les Pixies et Frank Black. Carlos et Sam, Killing Joke. Paul, la pop. Carlos, tout ce qui touche au gothique : Bahaus, Tones On Tail… " Il n'existe pas d'influence externe au groupe, mais des influences à l'intérieur du groupe. Chacun possède une influence externe, mais pas le groupe. On s'influence donc, à l'intérieur du groupe, mais pas à l'extérieur. Et je pense que c'est très sain. Par exemple, je n'assiste pas aux sets des artistes qui jouent en supporting act, afin de conserver mon esprit libre. En tournée, je n'aime pas écouter de la nouvelle musique. J'écoute de vieux standards. Les nouveautés, je les écoute chez moi. Je ne veux pas que notre musique puisse être influencée par quiconque. Je veux rester dans mon propre monde. Jusqu'à ce que le désir de créer se manifeste à nouveau… "

Tout comme au début des eighties, Interpol accorde une importance certaine à l'attitude, au look. Sur les planches, tous les musiciens, et même ceux qui sont uniquement engagés pour la tournée, sont sapés dans des costards à la fois seyants, étroits et élégants. A l'instar des musiciens de Spandau Ballet et d'Elvis Costello. Et Sam d'ajouter : " Il était super dans son costume avec sa Fender, Costello ! ".

Sur leur premier opus, une composition a été intitulée 'Untitled'. Drôle d'idée ! Sam élucide : " Sur la maquette, nous l'avions intitulé 'Intro'. Parce qu'elle ouvre nos concerts. Et puis aussi l'album. Mais elle reste tout simplement une chanson de plus de 3 minutes. Elle est mélodique. Comme nous ne trouvions pas de titre, nous avons décidé de la laisser sans titre. Si on avait conservé le titre ‘Intro’, elle aurait perdu toute sa gravité… " 'Say hello to the angels' adresse, par contre, un clin d'œil aux Smiths. C'est tellement évident que Sam nous répond en rigolant, " Non, non, il faut davantage remonter dans le temps. C'est un clin d'œil à Diana Ross… " Certaines chansons bénéficient de lyrics différents, suivant qu'elles figurent sur l'album ou sur l'EP. Mais là, seul Paul aurait pu résoudre cette énigme.

Tous les musiciens d'Interpol ont flashé sur les Warlocks. Un groupe californien, de Los Angeles très exactement, que Sam a découvert grâce au magazine Magnet. " En lisant l'article qui faisait référence à Syd Barrett et à Spacemen 3, j'ai été interpellé. Surtout que le line up aligne trois guitaristes et deux drummers. J'ai acheté le disque, et je l'ai trouvé excellent. C'est le meilleur truc que j'ai entendu depuis des années. Et pour une fois, tous les membres du groupe partagent le même point de vue. Je suis seulement parvenu à communiquer avec eux via internet. Mais malheureusement on n'a pu les voir sur scène, car lorsqu'on est allé à LA pour assister à un de leurs concerts, il était sold out. Et on n'a pu décrocher de place via la guest list. C'était assez frustrant, je dois le reconnaître. A ce jour, ils ont commis deux Eps et un elpee, parus sur un petit label américain qui s'appelle 'Bump'. L'elpee s'intitule ‘Rise and Fall’. J'espère que tu vas le trouver. " (NDR : ce qui n'est pas évident, mais je vais essayer…)

Lorsqu'on rencontre quelqu'un qui vit à New-York depuis quelques années, on ne peut s'empêcher de reparler des événements du 11 septembre. Des plaies que ces attentats ont laissées. " Mes plaies sont guéries. Je n'ai pas trop changé. Mais lorsque je traverse le pont qui sépare Manhattan de Brooklyn et que je ne vois plus les tours jumelles, je réalise très rapidement ce qui s'est produit. Et je pense que ce sentiment ne s'effacera jamais. J'ai assisté au drame de la fenêtre de mon salon. En direct. Tu sais, c'est facile de mettre cette histoire de côté ; mais lorsque vous vivez dans ce quartier, vous êtes habitués à voir ces immeubles. Mais ils ne sont plus là. Et inévitablement, vous ne pouvez vous empêcher de penser à cette catastrophe… " Bowie, qui vit aujourd'hui également à New York, estime que les Américains n'étaient pas, ou alors très mal, préparés face au terrorisme. Le sont-ils davantage aujourd'hui ? La question méritait d'être posée. " Pfft. Je ne pense pas que vous puissiez être préparés contre le terrorisme. Parce que cela ne se voit pas. Cela n'a pas d'odeur. Le terrorisme est un acte démoniaque, parce qu'on ignore quand il va se produire. " Dans la foulée, et vu les événements qui se bousculent sur la scène internationale, je lui ai demandé si Bush ne manquait pas sa cible, en menaçant l'Irak de représailles. " C'est un con ! Un enculé ! Avec ses méthodes, il va tuer tout le monde. Il va déclencher la prochaine guerre mondiale. C'est comme si il voulait récupérer la guerre du golfe de son père, là où elle s'est arrêtée, il y a 12 ans. Tout tourne autour de l'argent et du pétrole. C'est un être maléfique. En plus il est stupide. Pire, il est con ! Il aurait mieux valu qu'il soit coach de basket ! Je ne suis pas du tout d'accord avec sa politique menée aux States. Ce n'est déjà pas un domaine qui me botte particulièrement, mais depuis que Bush est président des Etats-Unis, il l'est encore moins. Agiter le drapeau américain aujourd'hui : non merci ! Nous n'avons pas besoin d'un conflit armé supplémentaire. Est-il nécessaire d'engager des représailles vis à vis de L'Irak, parce que 2 à 3.000 personnes sont décédées lors d'un attentat ? Tout ce qui risque d'arriver, c'est qu'il y aura encore plus de morts. Un père va perdre son fils. Un fils son père. Cette politique va engendrer une escalade et tuer encore plus de gens. Je ne puis partager sa façon de penser. Tout ce que Bush est parvenu à faire, c'est nous effrayer. Et je ne me sens pas en sécurité… "

Merci à Vincent Devos

 

The Warlocks

Vibration physique et mentale

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Début novembre 2002, Sam Fogarino, le drummer d'Interpol avait dit le plus grand bien des Warlocks. Une confidence concédée au cours d'une interview accordée à Musiczine. Restait donc à se procurer leurs disques. Et pas une mince affaire, puisqu'ils n'étaient alors disponibles qu'en import. Mais il faut avouer que " Rise & Fall " et surtout " Phoenix " méritent les éloges qui ont pu leur être adressés. Parce que le psychédélisme électrique véhiculé par ces deux opus est à la fois vivace, frénétique, dense, fiévreux et envoûtant. Faut dire que cette formation californienne, de Los Angeles très exactement, compte la bagatelle de sept musiciens : une claviériste, un bassiste, deux drummers et trois guitaristes dont un chanteur. Et pour corser le tout, Sonic Boom (NDR : le leader du défunt et mythique Spacemen 3 !) est venu leur donner un coup de main pour enregistrer leur dernier elpee. A la six cordes. Pas étonnant que la musique des Warlocks rappelle… quelque part… Spacemen 3… Tout ceci méritait quelques explications. C'est Corey Lee Granet, le soliste, qui a bien voulu répondre à nos questions.

Comment expliquer la présence de Peter Kembler (alias Sonic Boom) ? Corey raconte : " Nous étions tous des fans. Et nous avons commencé à échanger quelques e-mails. Puis la correspondance est devenue de plus en plus régulière. D'appréciations réciproques en commentaires divers, nous avons fini par nous faire inviter en Angleterre, pour y accomplir une tournée. Fatalement on s'est donné rendez-vous. Nous ne nous connaissions qu'à travers le net. Et pourtant, le courant est passé tout de suite. Nous ne nous lâchions plus. Ce type est vraiment brillant. Et en plus il est sympa et a beaucoup d'humour ; même si comme tout le monde il a aussi ses moins bons côtés. Finalement, je ne vois pas comment il aurait pu refuser de participer à notre périple. Live, nous avons vraiment pris notre pied en sa compagnie. Et il a également participé à l'enregistrement de 'Phoenix', pour un morceau. Trois guitares c'est bien, quatre c'est encore mieux… " Oui mais un line up qui implique autant de guitaristes et surtout deux drummers, ce n'est quand même pas monnaie courante. Si mes souvenirs sont exacts, le Ginger Baker Airforce comptait deux batteurs. Corey réagit : " La présence de deux drummers ne reflète certainement pas une volonté de pratiquer du bidouillage à la hippie, ni le fruit d'une quelconque admiration pour Adam & the Ants. Et un mélange des deux serait horrible. Simplement nous n'avons pas eu le culot d'en virer un des deux. Parce que ce sont des amis. Prendre une telle décision serait un véritable cauchemar. Par contre la présence de trois guitaristes au sein du line up se justifie amplement. Et si cette formule n'est pas habituelle, elle n'est quand même pas exceptionnelle. Mais il est vrai que trouver un équilibre idéal, quand on est sept musiciens, ce n'est pas toujours facile. Enfin, rien n'est jamais facile… "

A une certaine époque, Grateful Dead et le Velvet Underground se sont appelés les Warlocks, avant d'opter pour leur légendaire patronyme. Une information qui surprend Corey, mais qui surtout le ravit : " Wouaw !!! C'est cool d'apprendre une telle info. Surtout en ce qui concerne le Velvet " Le Velvet Underground est une influence majeure, on est heureux de l'apprendre. Car le combo n'aime pas trop qu'on fouille dans ses références. Et en particulier de se voir taxer de psychédélique ou de garage. Il préfère parler d'expérience sonore. " Parce qu'on y sent une présence physique. Elle est palpable. On entre dans le domaine du sensoriel. On est en présence d'une combinaison mentale et physique des sons, plutôt que de vers et de refrains. Nous sommes davantage qu'un groupe pop. Nous cherchons à faire vibrer notre public physiquement et mentalement… " Pourtant, difficile de ne pas parler de psychédélisme, lorsqu'on écoute leur musique. Corey confesse : " Je n'aime pas le terme psychédélique, parce qu'il vous cantonne dans un genre bien défini. Une sorte de combat d'arrière-garde. C'est comme si on annonçait à un fan de 13th Floor Elevators que nous les réincarnions. S'il vient assister à un de nos concerts, il va être déçu et se dire 'Qu'est ce que c'est que ce groupe de merde !' Notre musique est beaucoup plus contemporaine et puise son inspiration tous azimuts. Y compris dans le psychédélisme. Mais nous cloîtrer dans ce seul univers serait faire preuve d'étroitesse d'esprit… " Ce qui n'empêche pas plusieurs musiciens du band de collectionner les fameuses compiles 'Nuggets'. Ou encore de s'intéresser à la science-fiction. Encore que le chanteur soit également un féru d'histoire. Et en particulier de tout ce qui a trait à la guerre 40-45. Oui mais lorsque à l'instar d'un Frank Black ou d'un Greg Sage, on est aussi passionné par la science fiction, on est en droit de se poser une question : n'y aurait-il pas également un certain intérêt pour le phénomène OVNI ? Pan dans le mille ! " Mes parents ont vécu une rencontre du 3ème type en 1974. Dans le désert de Mojave. Ils ont vu un OVNI. Et le lendemain, ils ont lu dans la presse qu'ils n'étaient pas les seuls à avoir assisté à ce phénomène. Il existe même des centaines de témoignages de cette manifestation. Ce qui la crédibilise davantage. Et je les crois sur parole. Vu les circonstances, il serait d'ailleurs cruel de les prendre pour des menteurs. Et ceux qui ont jeté le discrédit sur ces aveux, ont l'esprit bien obtus… "

Parmi les ensembles contemporains, Les Warlocks apprécient beaucoup Interpol. " Evidemment ! " Les Kills. " Des amis ! "  Beachwood Sparks. " Des amis également, mais ils viennent de splitter. Chris Gunst a entamé une carrière solo. Les autres ont fondé The Tyde " Tout comme les Warlocks, Beachwood Sparks a également transité par Bomp ! Records. Apparemment une mine d'or, pour celles et ceux qui cherchent de nouveaux talents. " Oui, ce label regorge de groupes plus intéressants les uns que les autres. Et hormis le back catalogue au sein duquel on peut y retrouver des mythes tels qu'Iggy Pop et les Stooges, les artistes sont, pour la plupart, inconnus du grand public : Nikki & the Corvettes, Brian Jonestown Massacre, Dead Meadow… Dead Meadow tient sans doute quelque chose des Happy Mondays… " Tiens curieusement, la chanson 'Hurricane heart attack' me semble à la fois hantée par l'esprit des Mondays et des Stones circa 'Street fighting man'. " Ce n'est pas tout à fait faux. Pour les Mondays, c'était 20 ans plus tard. Et nous 15 années encore plus tard. C'est un chant de colère. Lorsque nous l'avons jouée à Manchester, le public criait 'Mondays' 'Mondays'. Une réaction bizarre et un pur hasard, car notre chanteur n'a jamais écouté le moindre morceau des Happy Mondays… " Les Warlocks ont eu un coup de foudre pour une formation qui répond au nom de Lyca Sleep. " C'est un jeune groupe issu de la région de Middlesbrough. Leur son est très proche de ce que pratiquait The Verve, à l'époque de 'Nothern soul'. Donc, ils ne peuvent que dispenser de la bonne musique. On les a rencontrés en tournée et on a assisté à un de leurs sets. Impressionnant ! J'espère qu'ils pourront poursuivre leur aventure le plus longtemps possible. Ils le méritent. Mac Cabb a eu une grande influence sur eux… sur nous également… "

Les membres des Warlocks n'ont pas seulement une corde (musicale) à leur arc. Plusieurs d'entre eux pratiquent différentes activités artistiques, dont la photographie. Pourtant, ils ne dessinent pas leurs pochettes. " On ne peut pas tout faire ! Nous sommes effectivement tous impliqués dans l'art, à divers degrés ; mais chacun d'entre nous possède sa propre vision artistique. Nous sommes quand même au nombre de sept dans le groupe. La pochette de 'Phoenix' est différente en Europe de celle que nous avions réservée aux States. Elle a été inspirée par Andy Warhol ; mais en fait, le projet a été réalisé par notre drummer. Il existe deux perspectives dans ce type de travail. Il faut opérer un choix. Le nôtre s'est posé sur quelqu'un d'extérieur au groupe… " Scoop : un nouvel album est en préparation. C'est la confidence que nous a faite Corey. " Nous rentrons à Los Angeles dans trois semaines. Nous prendrons alors une période de congé d'une quinzaine de jours avant d'entrer en studio. On ne sait pas encore qui en sera le producteur, ni où il sera enregistré. Mais toutes les chansons sont terminées. Et pour te donner une petite idée du contenu, elles navigueront quelque part entre 'Risen Fall' et 'Phoenix', tout en faisant davantage appel à l'instrumentation acoustique… "

Merci à Vincent Devos

 

 

 

 

The Elderberries

Nothing ventured, nothing gained

Écrit par

L’imagerie à la fois stoner, psychobilly et psychédélique de cette galette brûlante comme la braise, colle plutôt bien à l’univers musical de ce nouveau combo qui s’est notamment fait la main en assurant les premières parties des Datsuns et de Kill The Young. Ovni aussi international que multiculturel, les Elderberries ont un parcours pour le moins atypique. Originaire de la région de Manchester, le chanteur Chris Boulton a vécu en Irlande tandis que les frères Pope – cela ne s’invente pas – ont passé leur jeunesse dans la banlieue de Londres. A la même époque le guitariste Ryan Sutton traînait dans les bars d’Halifax, alors que Yann Clavaizolle, le frenchie de la bande, usait ses jeans sur les bancs d’un collège renommé de Clermont Ferrand.

Enfants d’expatriés, les futurs Elderberries se retrouvent en même temps, au même endroit. Ils ont à peine 15 ans et se rancardent le soir pour écouter les vinyles de leurs parents. Enivrés des riffs d’AC/DC, des Stooges, de Led Zep et des Ramones, ils ont le toupet de sécher les cours pour répéter les titres de ce premier album caractérisé par ses guitares rugueuses et ses sonorités américaines typiquement garages. Même si l’ensemble sonne comme du déjà entendu, les Elderberries possède ce petit plus susceptible de nous donner envie de réécouter la plaque toujours plus fort, en sirotant un Jack Daniels, la guitare cartonnée en bandoulière et la nuque endolorie par le headbanging !