L’appel à débrancher des Burning Heads

La formation skate punk orléanaise Burning Heads vient de partager un second extrait de son nouvel opus « All Fired Up ». Attendu pour le 16 octobre 2026, ce disque succède au titre « SOS 2 » publié début septembre. À l'aube de ses quatre décennies de…

Enregistré sous Ex:Re

Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk londonien Daughter annonce la publication de Save As, un nouvel elpee attendu pour le 30 octobre chez 4AD. Pour faire patienter l'auditoire, elle dévoile le single d'ouverture…

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The Cure
Gary Numan

In The Country

Losing Stones, Collecting Bones

Membre fondateur des turbulents Jaga Jazzist, des Shining et du Magic Orchestra de la belle Susanna, Morten Qvenild n’est pas ce qu’on appelle un tâcheron : il imprime de son malicieux doigté bon nombre des meilleurs disques issus de la scène néo-jazz norvégienne, pour la plupart sortis sur les excellents Rune Grammofon et Smalltown Supersound. Pour le deuxième album de son trio In The Country, le pianiste ravive la flemme d’une musique environnementale, qui s’appuie davantage sur les atmosphères que sur des mélodies trop apprêtées. Comme colonne vertébrale il y a donc ce piano, qui donne le ‘la’ avant que ne suive le reste, à l’avenant (une batterie modeste, quelques riffs, signés Marc Ribot à deux reprises). Si les rares incursions vocales rappellent Bed, Archer Prewitt et The White Birch (le joli « Don’t Walk Another Mile » en clôture, fredonné par Qvenild himself), c’est à E.S.T. et F.S. Blumm qu’on pense - même quand nos pensées divaguent ailleurs, dans un autre espace-temps où ces harmonies n’ont finalement qu’un poids moyen, mais au diable la lourdeur. ‘Everyone live their life/Everyone’s going to die’, alors à quoi bon s’escrimer ? Voilà un bon disque de jazz qu’on pourrait dire ‘contemporain’, autrement dit qui marie les genres avec beaucoup de bonheur (le très pop « Kung Fu Boys »). De l’art de l’‘hybridation’ en somme ? On peut l’écrire, mais au final tout ça n’est que snobisme… Si quelqu’un cite Satie, je sors mon revolver.

Austin Lace

Ménage à cinq...

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Apparu en 1997 aux alentours de Nivelles, c'est désormais à Bruxelles que la vie d'Austin Lace suit son cours. Tout au long de leur deuxième album, mystérieusement intitulé "Easy To Cook", les cinq musiciens réalisent une belle mosaïque de musique pop, bricolée aux sons d'illustres anciens répondant aux noms des Beatles, des Beach Boys ou des Papas Fritas. Travailleurs acharnés, les garçons viennent d'ouvrir une brèche dans l'univers des mélopées joyeuses, gorgées d'insouciances. Fabrice (chant) et Fred (batterie) nous confient les secrets de cette étrange recette :

Depuis votre premier album, quatre ans auront été nécessaires pour en arriver à " Easy To Cook ". Quatre longues et difficiles années, non ?

Fabrice : Nous sommes passés par différentes périodes de déchirements, de tensions…

Fred : C'est vrai, sauf que la séparation n'a jamais été mise sur le tapis. Il y a bien eu des tensions entre certains membres du groupe. Mais jamais nous n'avons évoqué l'idée de nous séparer. Ce groupe, on y tient comme à la prunelle de nos yeux. C'est vraiment la chose qui nous tient le plus à cœur. Une des principales raisons pour laquelle on apprécie la vie. En plus d'être amoureux, bien sûr…

Amoureux ! L'un de l'autre ?

Fabrice : (rires) On nous a toujours dit qu'il y avait un côté féminin chez Austin Lace. En fait, on l'assume totalement !

Comment sont apparus ces problèmes au sein du groupe ?

Fabrice : Pour trouver cinq personnes du même avis, il faut énormément de temps, de patience. Inévitablement, les problèmes rencontrés au sein de la formation sont apparus suite à des problèmes d'ego.

Fred : Dans un certain sens, Austin Lace est un couple. Mais au lieu d'être deux, nous sommes cinq !

Au niveau des influences musicales, êtes-vous souvent du même avis ?

Fabrice : Non, pas du tout ! Il y a un admirateur de Creedence Clearwater Revival, par exemple. De mon côté, j'écoute un peu de tout…

Que pensez-vous de la hype qui plane au-dessus des groupes belges ? Ne craignez-vous pas d'être englobé dans la masse, que le soufflé retombe aussi vite qu'il est monté ?

Fred : Pour moi, il s'agit davantage d'une rampe de lancement. Cette situation nous permet de jouer devant un public. Sincèrement, si nous parvenons à réaliser de bonnes chansons, le public suivra…

Fabrice : Nous étions présents avant la hype, nous le serons après ! Pour l'instant, c'est une bonne chose que le rock belge comble ce public. Si cette situation perdure, tant mieux. Mais si le soufflé devait retomber, tant pis…

Vivez-vous de votre musique ?

Fabrice : Absolument pas… Nous avons tous des activités professionnelles secondaires, nos activités principales, celles qui nous permettent de vivre. Dès lors, le temps que nous consacrons à la musique est vraiment du temps voulu, arraché…

Fred : Combiner les deux (boulot et groupe) n'est pas forcément évident ! Mais Austin Lace reste un choix personnel. Après la journée de boulot de " monsieur tout le monde ", chacun de nous se donne encore plus pour répéter, enregistrer et donner des concerts.

Fabrice : De toute façon, il est nettement plus agréable de vivre de la musique que d'opter pour une vie de fonctionnaire, conduite par un rythme répétitif et monotone…

Fred : Notre mode de fonctionnement reste la preuve que les artistes ne sont pas des fainéants. Chez Austin Lace, il y a une vie après le boulot !

Sur scène, Austin Lace se produit souvent en compagnie du Lovely Cowboy Orchestra. Comment explique-t-on cette collaboration ?

Fabrice : Au niveau humain, il existe entre nous une grande entente. Au-delà de la musique, il existe une sorte d'harmonie, de compréhension, d'humilité qui fait que l'on se comprend.

Fred : Pour l'album, nous avions besoin de cuivres. Comme ce sont de très bons amis, nous avons fait appel à leurs services ("Accidentally Yours"). Et s'ils sont disponibles le jour d'un de nos concerts, ils viennent toujours avec un plaisir non dissimulé pour nous donner un petit coup de main (NDR : de cuivres) !

Vous vous êtes rendus en Scandinavie. Comment s'est passée cette aventure ?

Fred : A la base, John Wayne Shot Me, une formation hollandaise signée sur notre label (62 TV) avait projeté de se lancer dans une tournée scandinave. Ainsi, nous sommes partis avec eux voici trois ans. A l'époque, nous ne les connaissions pas. D'ailleurs, les premières soirées étaient (hésitations)… particulières ! Nous restions chacun dans notre coin : Austin Lace d'un côté, John Wayne Shot Me de l'autre. Mais rapidement, nous avons constaté que nous avions de nombreux points communs…

Fabrice : Le fait qu'ils soient hollandais avait déjà nourri de nombreuses appréhensions. Mais après quelques jours, la situation s'est débloquée… On les adore !

Cette tournée était une aventure ou de la promo ?

Fred : A cette époque, notre premier album n'était pas sorti en Norvège ou au Danemark. Il s'agissait donc d'une aventure humaine avant tout. Depuis ce premier départ vers la Scandinavie, nous y sommes retournés trois fois !

Fabrice : La Scandinavie demeure une région honteusement oubliée par le marché de l'industrie musicale. C'est scandaleux ! L'ouverture du public y est pourtant incroyable...

Fred : Les gens sont très accueillants, très réceptifs. Le plus amusant, c'est que les jeunes sont restés dans un trip sixties. Tout le monde s'habille "rétro" !

Certaines rumeurs circulent à propos de drôles de cookies. Austin Lace serait-il un groupe de junkies ?

Fred : … (rires) L'histoire se déroule au Danemark dans un quartier de Copenhague. Il s'agit d'une entité un peu particulière dans la mesure où l'état danois n'a aucune compétence sur cette parcelle de territoire. C'est indépendant en quelque sorte…

Fabrice : Nous sommes arrivés dans ce quartier en cherchant la salle dans laquelle nous devions jouer. Pour la circonstance, j'avais emmené mon père avec nous. Il était le chauffeur du bus. En plus de nous conduire, il assurait la comptabilité de la tournée. Un jour, on lui a demandé un peu d'argent pour s'acheter de drôles de cookies. Normalement, un cookie convenait pour deux personnes. Mais nous ne l'avions pas bien compris… (rires) Maintenant, on en rigole mais je jure que jamais je n'en reprendrai ! A l'heure du café, il arrive souvent que je propose un petit cookie à mon père. Ma mère n'y comprend jamais rien mais pour nous, cette aventure nous fait toujours bien rire !

Sur votre album, on retrouve davantage de sonorités électroniques. Austin Lace va-t-il bientôt troquer ses guitares contre des ordinateurs ?

Fred : Effectivement, nous sommes attirés par les machines mais nous n'abandonnerons jamais nos guitares ! Quoi que nous fassions, nous resterons toujours Austin Lace. De toute façon, la base du groupe ce sont les lignes de voix!

Fabrice : Par contre à l'avenir, il serait chouette d'évoluer vers un son très lourd, proche du hip-hop, avec des mélodies pop qui continuent de planer au-dessus de ces nouvelles sonorités. Mais je reste également partisan des morceaux folk et hyper dépouillés.

Vous êtes hébergés sur le même label que Girls In Hawaïï. Le succès de ce groupe ne peut que vous encourager. Vous reposez-vous sur le travail de votre label ?

Fred : Se reposer ? Pas vraiment. Mais il est certain que leur succès nous encourage énormément. Parfois, il arrive qu'on se dise : 'Girls In Hawaïï à réussi. Pourquoi pas nous ?' Cependant, il convient de souligner qu'ils y sont parvenus à force de motivation, pas seulement grâce au label. A leur image, c'est à nous de travailler dur pour que leur belle aventure puisse aussi être la nôtre. Pour moi, Girls In Hawaïï reste le déclencheur de cet engouement nouveau pour les formations belges. Néanmoins, notre musique demeure assez lointaine de celle de Girls In Hawaïï…

Fabrice : Lors de la sortie du mini album "Wax" (e.p.), certains journalistes nous ont comparé à Girls In Hawaïï… Franchement, il y a des journalistes qui ont du crottin dans les oreilles ! Ces journalistes n'écoutent pas les disques ! Ils ont une idée préconçue de notre musique avant même de déballer l'album…

Fred : Le piège de la scène belge est là ! Pourquoi écouterait-on un groupe francophone belge différemment d'un groupe américain ? Pourquoi ?

Que signifie "Easy To Cook" ?

Fred : "Facile à cuire"!

Fabrice : Ce titre se retrouve dans les paroles de la chanson "Your Heart Is A Hook". Ce côté facile et rapide à cuisiner s'applique davantage à notre musique. Soit, on la dénigre facilement en invoquant son côté fragile, voire gentillet, soit on tombe sous son charme pour ces mêmes raisons. Ce côté facile à cuire est une des facettes d'Austin Lace. On se donne simplement, et le public choisit ce que bon lui semble !

 

Blonde Redhead

Vole papillon, vole

Comme c'est étrange… Blonde Redhead, trio nerveux qu'on croyait coincé à la case noisy-rock, se voit pousser des ailes dans le dos et s'amuse à butiner sur les terres plus fertiles de la pop de chambre, le temps d'un nouvel album, l'épatant " Misery is a Butterfly ". Que s'est-il donc passé dans la tête de ces abonnés du riff tendu et du cri primal, alors que dehors s'agitent encore pas mal de jeunes détraqués, pour qui les Stooges et PIL semblent être l'issue de secours ?

" C'était quelque chose qu'on a toujours voulu faire ", s'exclame Kazu, cernée par la fatigue après d'incessantes interviews. " Un album avec de beaux arrangements, et plus de synthés ". On a beau chercher, on se demande en effet où sont passées les guitares, autrefois synonymes chez le groupe de colère et de rage. Le temps les aurait-il eues à l'usure ? " En fait elles sont là, mais elles sont bien cachées ! ", s'amuse la Japonaise. " Elles ressortent moins parce qu'elles sont davantage mixées aux autres instruments, surtout aux synthés ", confirme Amadeo, un des jumeaux, celui qui chante et qui joue de la… guitare, justement. Le synthé, donc, toute une histoire, qui nous rappelle parfois celle de Melody Nelson : " On adore Serge Gainsbourg ", répond d'ailleurs Amadeo, stoïque. Gainsbourg, Legrand, et même Bucharach, tant qu'on y est : pour la première fois, la musique de Blonde Redhead prend des allures de bande-son onirique d'un film couleur sépia, dont le scénario met en scène l'histoire d'un trio d'amis qui décide de changer de vie et d'apparence parce qu'il est dans l'impasse. 'Je t'aime moi non plus'? Sans doute, mais c'est encore ainsi qu'on les préfère : dans l'intimité de douces mélodies, au détour d'une pulsation érotique, à l'ombre d'un clavecin élégiaque, soupirant d'aise malgré leur passé tumultueux d'adolescents mal dans leur peau. Comme une chenille qui brise l'écorce brunâtre de sa chrysalide pour devenir papillon majestueux, Blonde Redhead a terminé sa mue, et vole maintenant haut dans la stratosphère, bien au-dessus de la mêlée. Comme l'explique si bien Kazu, de sa voix mutine, " Personne n'attend rien d'une chenille, mais beaucoup d'un papillon ".

On n'en attendait pas tant de Blonde Redhead, qui jusqu'ici ne nous avait jamais vraiment offert l'album parfait… D'autant que l'enregistrement de ce disque ne fut pas une sinécure : " Cela fait plus d'un an qu'on avait terminé l'album, mais on a eu pas mal de complications, explique Amadeo. D'abord notre producteur a perdu sa mère, ce qui fait qu'on a tout postposé, puis une fois de retour en studio, Kazu s'est cassée la mâchoire. Cerise sur le gâteau : on s'est fait éjecter de notre local de répétition, parce qu'à New York on n'aime pas trop avoir comme voisins des musiciens… ". Il en faut pourtant plus à Blonde Redhead pour se laisser abattre : au contraire tous ces tracas auront renforcé leur volonté de se renouveler et de tourner la page, d'où leur arrivée chez 4AD, label culte des Cocteau Twins et des Pixies. " Après tous ces problèmes, on avait vraiment envie de bouger, de prendre un nouveau départ. Au fond de nous, on ressentait un besoin de changement…", raconte Amadeo. "Changer de label, c'était pour nous une façon de changer d'air, de repartir à zéro. C'est comme quand tu ne te sens plus bien chez toi et que tu déménages, pas seulement pour changer de cadre de vie mais de vie tout court ".

Et il est vrai que la réputation vaporeuse du label anglais sied bien aux nouvelles aventures du trio new-yorkais, qui semble trouver ces ambiances surannées des plus confortables. Avec 'Misery is a Butterfly', Blonde Redhead vient d'accoucher d'un album splendide, chargé d'enivrantes émotions et de gracieuses mélodies. On dit souvent que les papillons ne vivent qu'un an, voire moins… Blonde Redhead devrait pourtant sans mal résister aux dommages du temps, grâce à ce disque hors modes, d'une beauté captivante.

The Zombies

Nous ne voulons pas être considérés comme une bande rétro !

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Plus de trente ans après leur séparation, les Zombies ont donc décidé de se reformer. Enfin, pas tout à fait, puisque du line up initial, il ne subsiste plus que Colin Blunstone et Rod Argent. D'ailleurs pour enregistrer leur nouvel album, " As far as I can see… ", le duo a pris le soin de lui attribuer pour patronyme : " Colin Blunstone & Rod Argent / The Zombies ". Ce qui méritait une explication…

Tout a (re)commencé le 25 novembre 1997. Le groupe avait été invité au vernissage de la sortie de leur deuxième box, consacré à tout ce qu'il n'avait jamais été enregistré à ce jour. Au Jazz Café de Londres. Colin raconte : " Après une longue période de retraite, j'avais déjà recommencé à me produire en 'live'. Au sein de ma propre formation. Et j'ai joué dans ce club. Tous les autres membres des Zombies étaient présents dans le public. A un certain moment, Mc Namara, présentateur TV emblématique, a décliné notre présence au sein de la foule. Et a précisé qu'il serait flatté de nous entendre jouer. Nous nous rencontrions de temps à autre, mais nous ne nous étions plus produits ensemble depuis 1967. Et en montant sur scène, je ne savais toujours pas si nous allions jouer ou tout simplement saluer le public. Et encore moins ce que nous allions interpréter. Et puis, naturellement, on a choisi 'Time of the season' et 'She's not there'. Le résultat fut probant. Et nous en étions les premiers étonnés… "

En 2001, Argent et Blunstone se sont alors réunis pour enregistrer un album (‘Out of the shadows’) et dans la foulée, ont accompli une très longue tournée. Rod explique : " Au cours de ce long périple, nous avons pris notre pied en compagnie du groupe avec lequel on était partis. Mais on a aussi beaucoup bossé. 'As far as I can see…' est le résultat de trois ans de travail. C'est en réécoutant les pistes de cet album, que nous avons commencé à réaliser que ces chansons possédaient une telle légèreté dans les harmonies, dans les mélodies, qu'il serait honnête de leur attribuer une certaine paternité aux Zombies. Notre démarche ne s'est donc pas limitée à reformer les Zombies en nous demandant quels musiciens nous allions engager. Au cours de ce long périple, nous avions reçu le concours d'un quatuor à cordes. Et on estimait que les chansons ressemblaient très fort à ce que nous faisions avant. Cette idée est venue de manière naturelle et certainement pas calculée… " Et Colin d'ajouter : " Nous en avions discuté avec les anciens membres du groupe, et le projet n'a suscité aucune contestation. Ils étaient même favorables à notre initiative. Malheureusement, Paul (NDR : Atkinson, le bassiste) est décédé peu de temps avant l'enregistrement de l'elpee " Rod s'épanche : " Quelques mois avant sa disparition, un concert avait été organisé en son hommage, à Los Angeles. Pour lui et sa famille. Il savait qu'il était condamné. On y est allé. On a joué. Parmi les invités il y avait Brian Wilson, Bruce Hornsby, Mickey Thomas de Starship, et bien d'autres. Ce fut une super soirée. Nous avons interprété trois chansons. Paul est monté sur scène. Avec un baxter pour soulager sa souffrance. Il a joué sur 'Time of the season' et 'She's not there'…"

Sur le nouvel opus, Chris White est pourtant venu donner de la voix. Mais pas de trace de Hugh Grundy aux baguettes! Une question qui méritait donc d'être posée. Colin se justifie. " Il y a trop longtemps que Hugh et Chris sont déconnectés du circuit musical. Pour Chris, son concours aux backing vocaux ne posait guère de problème. Il a donc collaboré à trois titres. " Un album qui a également reçu le concours du London Session Orchestra. Au sein des studios 'Air' ! Normal, puisque le beau-frère de Rod en est l'ingénieur du son. " Pour l'enregistrement des cordes, les deux meilleurs studios sont Abbey Road et Air. Et connaissant ses compétences, je souhaitais que ce soit lui qui effectue le travail. C'est la raison pour laquelle on a choisi cet endroit. "

Les Zombies ont vendu plus de 2.000.000 d'exemplaires de la chanson 'Time of the season' ; et 'She's not there', un hit qui a été repris à de multiples reprises (NDR : souvenez-vous de la célèbre adaptation de Santana), a été numéro un aux States. En extrapolant, on imagine que ces deux titres constituent les principales sources des royalties récoltées par nos deux comparses. La conversation s'anime. Colin acquiesce. Rod pas. " J'ai écrit ces deux chansons. Au sein du vieux catalogue, elles produisent incontestablement le plus de royalties. Et il existe des droits pour les jouer sur scène. Mais au cours de ces 25 dernières années, j'ai écrit de nombreuses bandes sonores pour le cinéma et la TV. J'ai également produit toute une série d'albums, dont 'Ancient heart' et 'Sweet keeper' de Tanita Tikaram. Ces deux elpees se sont vendus à plus de 6.000.000 d'exemplaires. Et donc, je gagne ma vie rien qu'avec les royalties de la vente de ces deux disques… " Récemment 'She's not there' a été inclus dans la B.O. du film de Quentin Tarantino, 'Kill Bill II'. Mais leur plus illustre collaboration remonte à 1965, lorsqu'ils ont contribué à la bande sonore du film d'Otto Preminger, 'Bunny lake is missing'. Une aventure qui les a quand même marqués. Colin se remémore : " Otto Preminger était un type extrêmement difficile, agressif, irritable. Il était capable de faire pleurer les gens qui travaillaient sous ses ordres. " Et Rod d'en remettre une couche : " Je me souviens que lors du tournage, il m'avait adressé une réflexion très grossière. Et comme nous ne dépendions pas de lui pour gagner notre vie, je l'ai invité à cesser de me parler sur ce ton. Et il s'est mis à rire. Après cet épisode, il s'est montré sympathique. Je pense que pour avoir un bon contact avec lui, il valait mieux dire les choses en face ; à condition que ce ne soit pas ton employeur " (rires)

Ce fameux 'She's not there' repris entre autres par Santana et Urge Overkill, avait été enregistré sous la houlette de Ken Jones et surtout de Gus Dudgeon. Ce dernier deviendra un producteur célèbre ; en travaillant notamment pour Elton John et XTC. Colin se souvient de cet épisode du12 juin 1964 : " Lors des premières sessions consacrées à l'enregistrement de cette chanson, le premier était si pété, qu'on a dû le transporter à l'extérieur. Avant qu'il ne fasse des dégâts (rires). Gus Dudgeon, lui, n'est malheureusement plus de ce monde… " Et Rod d'enchaîner : " C'était l'assistant de Jones. Il était très jeune. Et on se rendait compte qu'il avait beaucoup de talent, même si on n'imaginait pas qu'il allait faire une telle carrière. Il est décédé à l'issue d'un accident de circulation, alors qu'il était encore en pleine forme. Et " As far as I can see " a été écrit le jour de ses funérailles. Lors de son homélie, le prêtre a déclaré 'On ne voit que le présent, on ne peut pas voir le futur'. Et cette réflexion a servi de trame à l'écriture de cette chanson… "

Il faut le voir pour le croire, mais en consultant la toile, j'ai relevé l'existence d'un nombre impressionnant de compilations consacrées aux Zombies ; alors qu'avant de commettre ce nouvel opus, ils n'avaient enregistré qu'une quinzaine de singles et deux véritables albums. Colin se justifie : " Nous sommes totalement étrangers à cette prolifération de compilations. Nous en ignorons même parfois l'existence. " Pas pour le box de 4 cds 'Zombie heaven', on le suppose. Un coffret pour lequel Tom Petty a d'ailleurs rédigé la préface. Rod embraie : " Lorsqu'il a écrit cette préface, nous ne le connaissions pas. Il avait assisté à un de nos concerts au cours des sixties. Et c'est la raison pour laquelle, il souhaitait la rédiger. Mais, il y a peu près un an, nous avons joué en concert avec lui " Colin précise : " Lors d'un festival qui s'est déroulé aux States. Il nous avait invités. C'était très sympa et généreux de sa part "

'Odessey & Oracle', le deuxième album des Zombies est considéré comme un des 100 albums incontournables de la pop britannique. Enregistré en 1967, aux studios Abbey Road, il pose les premiers jalons de la musique dite progressive. Mais cet album ne va rencontrer le succès mérité que bien après la séparation du groupe. Sous l'impulsion d'Al Kooper. Rod commente : " On avait splitté en 67. Et en 69, soit deux ans plus tard, cet elpee marche le tonnerre ; et 'Time of the season', qui en est extrait, devient numéro un aux States. A cette époque, j'avais fondé Argent, et si Chris était encore avec moi, les autres avaient d'autres projets. Envisager alors une reformation n'aurait pas été honnête. A cette époque on ne pensait pas à l'appât du gain. Je me disais, 'Time of the season' est numéro 1 ? C'est superbe ? On s'est séparés et on est au sommet. Le public reconnaît notre travail. C'était déjà une belle récompense. Et puis les projets individuels étaient beaucoup trop avancés pour faire marche arrière " Ce disque semble également avoir influencé une multitude d'artistes : depuis REM à Belle & Sebastian, en passant par Paul Weller, The Thrills, Beck et Super Furry Animals. Rod se montre perplexe : " Pour vous dire la vérité, j'ai beau écouter ces différents artistes, j'ai beaucoup de mal à y reconnaître les influences. Même chez REM ! Certains médias ont même avancé que les Doors avaient été influencés par les Zombies. Il y a quelques mois, nous avons rencontré Courtney Love qui nous a avoué que nous figurions parmi ses groupes préférés " Colin concède : " De tels témoignages nous motivent et nous autorisent à en tirer une certaine fierté. Mais ce que nous voulons, c'est se tourner vers le futur. Ecrire de nouvelles chansons. " Et Rod de conclure : " Si nous devions nous contenter de ressasser le back catalogue, nous ne monterions pas sur les planches. Et c'est sous l'impulsion de ce passé que nous allons construire notre avenir. Elle nous donne de l'énergie pour écrire de nouvelles chansons. Les enregistrer. Les entendre à la radio. Et ainsi nous pourrons sortir de nouvelles compilations réunissant des compositions récentes (rires). Nous ne voulons pas être considérés comme une bande rétro ! "

Merci à Vincent Devos

 

The Dears

Nostalgique du vinyle

Écrit par

Nouveaux princes d'une pop cynique, sombre et romantique, les Canadiens de The Dears attisent aujourd'hui toutes les convoitises. Au chant, Murray Lightburn opère un savant mélange de genre, rencontre sensorielle des voix de Morrissey (The Smiths), de Damon Albarn (Blur) et de Jarvis Cocker (Pulp). "No Cities Left", leur premier disque distribué sur le territoire européen, monte sur scène pour interpréter leur pièce de musique, la plus cohérente entendue dernièrement. Dans une atmosphère de music-hall, The Dears vient de signer sans conteste la plus délicieuse tragédie musicale de ce début de millénaire. Rencontre avec Martin Pelland, le bassiste francophone de la formation.

Pourquoi avez-vous illustré votre pochette de deux tours ? Faut-il y rechercher une quelconque référence au 11 septembre ?

En réalité, les pochettes du disque sont différentes pour chaque continent. Au Canada, l'océan garnit notre pochette. Aux U.S.A., c'est une sorte d'arbre en feu. Les deux tours ont été choisies pour le continent européen. Mais il n'y a aucune référence au 11 septembre à y voir. La maison de disque nous a proposé cette illustration. Nous l'avons accepté mais sans arrière pensée, aucune.

Vos compositions développent une atmosphère proche de celle des comédies musicales. Dans votre cas, on serait presque tenté de parler de tragédie musicale. Qu'en pensez-vous ?

Personnellement, je ne suis pas passionné par les comédies musicales. Je préfère davantage contempler notre musique comme un livre ou un film. En enregistrant le disque, nous avons essayé d'élaborer un tout, pas seulement une suite de singles. C'est certainement cette impression d'ensemble qui confère à notre musique une 'atmosphère de comédie musicale'. Parfois nos morceaux peuvent être sombres… Pourtant, il ne s'agit que d'une simple description de la réalité. Ceci étant dit, notre message n'est jamais négatif. Au contraire, nos paroles sont remplies de messages d'espoir.

Seriez-vous intéressés par des réalisations de musique de films ?

Nous n'avons jamais envoyé de musique à une maison de production. Mais elles sont venues nous chercher ! Ils ont ainsi utilisé certains de nos morceaux pour la série '24 heures'. Vous connaissez ? Un soir, je regardais cette série à la télé. Elle est vraiment chouette. Là, j'ai entendu notre chanson. C'était complètement fou !

Certaines de vos compositions entretiennent un climat relativement sombre. Etes-vous de nature pessimiste ou morose sur la route ?

Je vous rassure : il n'y a aucun suicidaire chez The Dears ! (rires) Nous sommes même très festifs. Traîner dans les fêtes, dans les bars après les concerts est une véritable tradition, une religion pour nous !

Que pensez-vous de cette référence incessante aux Smiths ?

Lorsqu'un groupe commence, les journalistes essaient toujours de coller une étiquette afin de piquer la curiosité des gens, de cibler un certain public. D'ailleurs, cette comparaison aux Smiths n'est pas un défaut, mais plutôt un honneur ! Il est certain que notre approche mélodique est assez britannique. Néanmoins, au bout d'un certain temps, cette étiquette peut devenir un fardeau ? Une fois que les gens connaissent ta musique, ils n'ont plus besoin de référence. Pour le prochain album, j'espère de tout cœur que les journalistes laisseront les références de côté.

Pourtant, une chanson comme 'Don't Lose The Faith' ne dénaturerait pas sur 'The Queen Is Dead'…

En attendant, je ne pense pas que nous méritons une grosse étiquette 'nouveaux Smiths' sur nos pochettes de disques. Il existe tellement d'autres éléments. Je pourrai citer de nombreuses références que les journalistes ne nous attribuent jamais !

A l'écoute de votre musique, on évoque également la voix de Damon Albarn de Blur ou celle de Jarvis Cocker de Pulp…

C'est vrai ! D'ailleurs, cette réflexion nous surprend toujours un peu. Dans la mesure où nous venons du Canada, les gens réfèrent copieusement notre musique, généralement à celle d'artistes européens. C'est certainement plus simple pour les gens de s'y retrouver…

Votre disque se divise en deux parties : A et B. On ne peut s'empêcher de penser aux deux faces d'un disque vinyle. Etes-vous nostalgique de cette époque où le compact disque n'avait pas encore vu le jour ?

J'aime la durée des disques vinyles. A l'époque, les albums ne duraient jamais plus de 45 minutes. Le vinyle présentait cet avantage indéniable: la musique était concise, il n'y avait rien à jeter car tous les titres en valaient vraiment la peine. Au niveau du son, je suis assez nostalgique de la chaleur sonore du vinyle. Mais bon, il faut bien que la musique soit diffusée d'une manière ou d'une autre

Votre single 'Lost In The Plot' cartonne sur les ondes. Quelle est votre sensation par rapport à cet intérêt nouveau pour votre musique ?

C'est vraiment la preuve qu'il est possible de sortir des singles différents de ceux de Céline Dion ou de Nickelback. Nous ne sommes pas occupés de révolutionner l'histoire de la musique grâce à ce single. Mais pour le moment, il y a une réelle ouverture d'esprit du public, quelque chose de nouveau. C'est formidable !

Penses-tu qu'il existe désormais une vague canadienne ?

Si c'est le cas, j'en serai ravi ! Ce n'est pas une question de nationalisme exacerbé mais je sais par quoi tous ces groupes canadiens doivent passer. Il est possible de comparer la situation canadienne à celle de la Suède. Un groupe comme Abba n'a pas eu que des retombées positives sur le pays. Quand un groupe débarquait de Suède, il devait sonner comme Abba. Par la suite, les Cardigans ont réussi à débloquer cette image arrêtée. Pour nous, c'est un peu la même histoire mais avec Céline Dion dans le rôle d'Abba ! Jouer dans un groupe canadien est une aventure qui crée de puissants liens humains. Le pays est aussi grand que les Etats-Unis mais compte dix fois moins d'habitants. Autant dire que lorsqu'on s'embarque dans un bus pour partir en tournée, les relations avec les autres voyageurs deviennent forcément très fortes.

Avez-vous déjà pensé à jouer quelque chose de différent, de plus rapide ?

Comme les Strokes ou les Hives ? Non. J'aime vraiment le premier album des Strokes. D'un point de vue mélodique, cet album reste une tuerie. J'ai apprécié cette nouvelle tendance, ce 'retour du rock'. Mais c'est comme n'importe quoi : une fois qu'un groupe fonctionne, les maisons de disques veulent signer 20 projets identiques. Nous sonnons différemment et c'est très bien ainsi.

Si tu ne devais garder qu'un seul disque dans le tour bus, ce serait lequel ?

Dans un tour bus ? (songeur) Par rapport à une île déserte, c'est très différent ! Dans le bus, je ne suis pas seul. Dès lors, il convient de prendre le goût des autres en considération. (méditatif) Surtout pas un disque dramatique… Les autres auraient envie de me balancer à la première halte ! (rires) Dans le tour bus, j'opterai pour l'album 'Hunky Dory' de Bowie ou éventuellement celui des Smiths, 'The Queen is Dead' !

 

Franz Ferdinand

Pour nous, le Rock n Roll c est de la Pop !

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En mai 2002, un petit groupe issu de la banlieue de Glasgow choisit le salon d'une copine pour y interpréter ses premiers morceaux, jouer un concert initial historique, point de départ d'une formidable ascension. Epoustouflante et foudroyante, la musique de nos quatre Ecossais aurait comblé à elle seule notre année 2004. D'ailleurs, leurs noms placarderont bientôt les pages du dictionnaire du rock, imprimés entre Aretha Franklin et Free. Mais à ce jour, ils sont là. Alex Kapranos, Bob Hardy, Nicholas McCarthy et Paul Thomson demeurent la meilleure preuve de notre humanité, notre présent. En 2004, mes amis, nous y étions. Franz Ferdinand était tout. Tout sauf le mirage, l'illusion d'avoir croisé, ici bas, l'avenir du rock'n'roll. Pour fêter dignement Noël, la maison de disque (Domino) de notre quatuor bien coiffé se propose de rééditer l'album fédérateur, premier couperet responsable du changement de statut soudain de Franz Ferdinand. En bonus, un deuxième disque agrémenté de trois nouvelles chansons et de deux introspections musicales. Cinq titres imparables, tirés à quatre épingles, prêts à décoincer l'embourgeoisement généralisé de notre jeunesse. Bref, à l'image de tous les projectiles de pop balancés par le groupe en 2004. Le temps d'une entrevue de début d'année, Alexander - le charismatique chanteur/guitariste de la formation - et Bob - le bassiste à la sympathique allure de môme joufflu - nous confiaient leurs premières impressions. Sensations.

Vous semblez vous connaître depuis toujours. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Alexander : Nous sommes originaires de Glasgow. A l'origine, nous étions tous potes ! Enfin, non (rires) : pas tous ! Pour Nick (Nicholas McCarthy) le cas est un peu particulier. Nous l'avions rencontré lors d'une soirée…

Bob : Ce soir là, Alexander venait d'acheter une bouteille de vodka. Une espèce d'imbécile (Nick) s'est pointée et lui a piqué notre précieux breuvage…

A. : Evidemment, nous nous sommes battus. Pourtant, à la fin de la soirée, nous étions devenus les meilleurs amis du monde ! (NDR : aaahh l'alcool…) Au cours de cette fête bibitive, je lui avais demandé s'il savait jouer de la batterie. Le plus naturellement du monde, Nick m'avait assuré qu'il était très bon batteur. En réalité, il ne savait pas en jouer, c'était une véritable catastrophe. Le pire batteur de l'histoire du rock (rires) Aujourd'hui, c'est Paul qui se charge de frapper sur la batterie de Franz Ferdinand. Comme vous le savez, Nick chante et joue de la guitare !

Une question que tout le monde se pose : 'Que signifie Franz Ferdinand ?'

B. : Avant même de former officiellement le groupe, nous avions toujours rêvé d'un nom de groupe profond, débordant de significations. Bon, pour la petite histoire : nous étions affalés dans le fauteuil, devant la télé, occupés de regarder une course hippique. Dans cette course, un des chevaux s'appelait 'l'Archiduc'. C'est à partir de ce moment que nous avons réellement commencé à parler de Franz Ferdinand…

A. : C'est vrai ! D'abord, ce nom sonnait bien. Ensuite, d'un point de vue historique, la mort de ce personnage a véritablement changé la face du monde. Pour nous, c'était tout trouvé !

A vos débuts, que pensiez-vous des incessantes comparaisons aux Strokes ?

A. : Rien à foutre ! Nous aimons bien ce groupe…Ces gars là font vraiment de très chouette chansons…

B. : Mais notre musique sonne vraiment différemment ! Ce qu'ils font, c'est une chose. Mais nous, nous ne jouons pas cette musique parce que nous aimons les Strokes ! Quand, nous feuilletons toutes ces comparaisons dans la presse, nous ne sommes ni flattés ni énervés,… On s'en balance complètement !

A. : Le plus amusant, c'est lorsqu'on nous compare avec des groupes dont nous n'avions jamais spécialement écouté les disques comme Gang Of Four ou XTC. Comment pourrions-nous copier leur musique sans les connaître ? Pour nous cette situation ne durera pas… Quand un groupe débarque, je pense sincèrement que les gens ont besoin de toutes ces comparaisons. Bientôt le public parlera simplement de Franz Ferdinand !

Depuis trois ans, une 'nouvelle vague Rock'n'Roll' déferle sur la planète. Vous sentez-vous concernés par cette tendance ?

A. : Sur cette question, il convient de se pencher sur l'histoire de la musique. Dans les années 60, il y avait beaucoup de chanteurs et de formations merdiques. Puis les Beatles sont arrivés. Il s'agissait une révolution musicale. Une multitude de groupes formidables sont apparus dans leur sillage. Ensuite, nous avons eu droit à une période un peu plus vide jusqu'à l'arrivée des Sex Pistols et du punk en général. De même, à la fin des années 80, nous entendions de la variété sur toutes les ondes. Subitement des gars de Manchester et de Seattle sont arrivés, porteurs d'un nouvel idéal. Nous assistions aux premiers pas du grunge, aux balbutiements d'un genre nouveau. La musique fonctionne ainsi ! Par accumulation de vagues. Parfois, elles sont très intéressantes, parfois pas du tout…

B. : Nous venons de la scène alternative mais nous aimons énormément la musique pop. Notre souhait le plus cher est de faire de la pop et non de la musique manufacturée. Sérieusement, je pense que Blondie, les Stooges, les Ramones ou le Velvet Underground, c'est de la pop ! Mais une pop très intelligente, celle qui su conserver son côté indépendant. Pour nous, le Rock'n'Roll c'est de la Pop !

Quelle est votre définition de la musique Pop ?

A. : C'est très simple : la pop est une musique sur laquelle tu peux danser. Un refrain que tu chantonnes, un rythme pour ton quotidien. En réalité, le problème vient du fait que les médias collent une étiquette 'pop' sur beaucoup de choses, souvent inintéressantes. Les Strokes, les White Stripes, ce sont là des groupes qui jouent de l'excellente musique pop. Pour moi, c'est le genre de Pop à privilégier…

Quelles sont vos influences majeures ?

B. : Elles sont nombreuses. Mais nous pouvons très certainement citer Roxy Music, Sparks, The Smiths, The Buzzcocks ou encore The Clash…

Connaissez-vous des chanteurs ou des groupes belges ?

A. : Oh,… (hésitations) Oui (enchanté) : Plastic Bertrand et son super 'Ca Plane Pour Moi' (NDR : prononcé dans la langue de Shakespeare, c'est quelque chose…) et Jacques Brel ! Je ne vois que ces deux là… Mais y a-t-il des groupes en Belgique ?

Vous ne connaissez pas dEUS ?

A. : dEUS ! Cette formation est incroyable ! Ces gars là sont belges ? Je l'ignorais totalement. Leurs compositions sont excellentes et j'espère vraiment les revoir un jour en concert.

Fred & The Healers

Lani tous les lycaons sont rouges...

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Fred Lani a fondé ses Healers à l'âge de 17 ans. En juin 1994. A cette époque, il pratiquait un rock teinté de blues dans la lignée des Gallagher, Hendrix et Johnny Winter. Dix ans plus tard, la formation s'est écartée résolument des sentiers battus pour embrasser une musique plus personnelle et métissée, mélangeant blues et sonorités pop et jazz. Une nouvelle orientation concrétisée par leur nouvel album " Red ". Et l'arrivée du nouveau drummer, Bruno Castelluci, y est pour quelque chose, c'est une certitude. L'occasion était donc idéale de poser la question à Fred lors du showcase accordé au Botanique, le 11 février dernier…

Comment s'est produite ta rencontre avec Bruno Castelluci?

On se connaissait déjà. Fin juillet début août, c'est-à-dire un mois et demi avant l'enregistrement de l'album, j'ai l'ai contacté. Je lui ai signalé que je m'étais séparé de mon ancien batteur et que j'avais envie de faire autre chose. Il m'a demandé d'écouter les maquettes, puis a marqué son accord. Assez rapidement, je dois le souligner.

Est-il un Healer à plein temps?

Il reste toujours un musicien professionnel mais il est membre des Healers à part entière. Il a enregistré l'album. Il participe à la tournée. Les Healers sont une priorité pour lui.

L'arrivée de Bruno a-t-elle poussé Papy Lani dans ses derniers retranchements?

Cette situation a suscité chez lui une émulation, c'est évident.

Pourquoi avoir conservé le nom Fred & the Healers ?

Vu le changement d'orientation artistique et de line up, j'ai d'abord pensé à opter pour un nouveau patronyme. Histoire de prendre un nouveau départ. Puis, j'ai réfléchi. J'ai pesé le pour et le contre. En fonction de notre image. Très bonne pour certains. Moins pour d'autres. Il m'a quand même été conseillé de garder le nom, ne fut-ce que pour la promotion ; car il est toujours très difficile de repartir de zéro. J'ai vécu cette expérience chez X3, un groupe que j'avais monté en compagnie de Willy Maze et René Stock. Même lorsqu'on connaît les gens du milieu, les journalistes, etc., il est quasi impossible d'être diffusé, d'être promotionné…

La pochette de ton nouvel album est rouge. Est-ce la seule raison pour laquelle tu l'as intitulé "Red" ?

L'animal reproduit sur la couverture est un lycaon (NDR : ce carnivore aux oreilles exagérément grandes est une espèce d'hybride entre chien et hyène). A l'intérieur du booklet, la couleur rouge domine des peintures rupestres. A l'instar du bleu, le rouge véhicule une forte connotation symbolique ; mais l'interprétation que l'on en donne peut être différente.

Parmi les plages de l'album, une seule a recours au terme "red", "Red gunhand". Y a-t-il une raison ?

La couleur rouge symbolise le monde contemporain. Celui d'êtres humains qui se déchirent et s'entretuent. Personnellement, c'est le rouge sang.

Une allusion à un certain Georges Bush?

Lui ou n'importe quelle autre personne qui milite pour ces mêmes idées. Les mots sont peut-être sévères, mais d'autres que moi ont des paroles encore plus dures. J'en suis bien conscient. Mais cette sévérité sera toujours moins forte que les propos tenus par ces gens qui profitent d'une diffusion internationale. Le message reste caricatural pour mieux le faire passer. Il est excessif, mais le public est tellement habitué à cette démesure que la formule peut aussi paraître trop classique.

A l'écoute des premières notes de la plage d'ouverture, on est sous le choc. Est-ce la conséquence directe de la présence de Bruno Castelucci ?

Oui, c'est évident. Et elle l'est sur tout l'album.

Plusieurs plages transpirent un feeling rock indéniable : "Change", "Hold on" et "Pay the price". Une raison ?

"Change" a d'abord été diffusé à la radio, pour susciter l'intérêt du public, pour rappeler notre existence. Il fallait un single pour relancer la machine. "Pay the price" véhicule le même type de message que "Red gunhand". Je me suis rendu compte qu'on ne voyait du monde que ce qu'on voulait bien nous montrer. Que tous les regards étaient toujours concentrés sur la même personne ou quiconque se comportait de la même manière…

L'album recèle quelques ballades comme "So good", "Red gunhand" ou "In your dreams", des morceaux qui mettent en évidence tes qualités vocales. Une explication ?

Pour moi, l'exercice du chant est très difficile. Je n'ai jamais pris de cours dans ce domaine. Ma voix est encore trop jeune et pas assez mûre, à mon goût. Mais tant mieux si elle se bonifie.

Pourquoi avoir eu recours à un son reverb aussi spécial sur "Little moon", un des titres les plus proches du blues ?

L'accordage est un peu bizarre, tordu si tu préfères. Presque toutes les cordes sont dans la même note pour produire un effet très aérien. Mick Taylor pratiquait cette technique à la slide quand il était chez les Stones. "Little moon" est une chanson assez désabusée sur la conscience et la vérité. Elle est traduite, en anglais, d'un poème écrit par Denys-Louis Colaux.

L'elpee laisse également un espace à l'une ou l'autre plage qu'on pourrait qualifier de fusion ; et je pense tout particulièrement à "Almost blind". Une explication ?

"Almost blind" part dans tous les sens. C'est un morceau complet, très agréable à jouer. Un des titres que je préfère. Et Bruno l'adore. Il s'est amusé comme un fou de passer du funk au swing, d'y glisser une suite d'accords jazz, avant de revenir à quelque chose de plus binaire. Il apprécie aussi beaucoup "The last song", mais il le joue très sobrement, sur un rythme un peu bossa-nova. Enfin, il était idéal pour lui de jouer "Never too late" avec les balais…

J'ai eu l'occasion d'assister au showcase le 11 février au Botanique. La formule est fort différente entre le live et le studio où tu pratiques du rerecording. Une raison ?

La plupart des morceaux ont été enregistrés 'live' en studio. J'y exécutais les soli, le chant et la basse en direct, en espérant pouvoir garder le plus de choses. Mais il est arrivé que je refasse une rythmique et un solo. Une guitare est consacrée à la rythmique, parfois une seconde reproduit la même rythmique, puis l'acoustique. Il est exact que pour concocter un album, on pense 'chanson', tandis qu'en live, on pense 'ambiance'.

Pour un premier concert, vous vous êtes plutôt bien débrouillés. D'autant plus que le public a réagi dès le départ. Satisfait ?

C'est clair ! Parce qu'il y avait le stress du premier concert. Et puis cette pression était accentuée, parce que le set était enregistré. Mais vu le peu de préparation, il faut reconnaître que ça c'est relativement bien passé. Une partie du public a suivi notre évolution. Il aime la musique que je pratique depuis mes 17/18 ans. Sa jeunesse et son aspect anecdotique. Il n'est pas vraiment connaisseur du blues, pas très mélomane. Mais sa fidélité lui permet aujourd'hui d'avoir un avis plus critique sur ce que je fais. Et sa fidélité, c'est un bon point !

"Red" n'est finalement pas un album facile ?

Le but n'était pas que ce soit facile. Cette musique véhicule un message. Et cet album encore plus. Parce qu'il est plus personnel.

Tu as joué en compagnie d'Alex Schultz sur la scène du Botanique. Une rencontre qui s'était déjà produite lors du Boogie Town 2002. Etait-ce prémédité ?

Il est arrivé le soir même à 17h. Je venais de terminer la répétition avec Papy et Bruno. Je lui ai montré les suites d'accords dans la loge, et cela lui a suffi. Contrairement à Junior Watson ou à Kid Ramos et d'autres maîtres et spécialistes du West Coast jump, des gens qui en fait ne connaissent pas toute la musique, Alex sent parfaitement l'harmonie et le jazz (NDR : il est d'ailleurs occupé à enregistrer un album de jazz). J'ai eu de longues discussions avec lui et j'ai appris énormément. Il m'a raconté avoir connu les mêmes limites que moi, s'être posé les mêmes questions, et m'a expliqué comment il a trouvé les réponses. C'est interpellant !

En rappel, tu as joué "New generation" en duo avec Alex. J'y ai ressenti une certaine alchimie entre vous deux, une communion avec le public. Tu ne l'as jamais enregistré?

J'ai essayé de l'enregistrer en studio mais j'ai dû le jeter, parce que le résultat n'était pas à la hauteur. Cette composition nécessite une atmosphère spéciale, beaucoup d'intensité. Mais il est vrai qu'avec Alex, ce moment de pure émotion, de magie de l'instant, s'est effectivement produit ; et j'espère pourvoir utiliser la bande télévisée pour en faire profiter mon public. En le mettant à sa disposition via le site internet. J'ai écrit ce morceau juste après l'enregistrement d'"Electerrified". Je l'avais déjà chanté dans les studios de la RTBF, pour l'émission de Marc Isaye. Je l'avais interprété avec l'ancien line up, mais il n'avait jamais atteint cette intensité.

Fred, il y a une dizaine d'années que tu as débuté. Penses-tu avoir atteint la maturité?

Paradoxalement, je dirai non ! Même si ma musique est devenue aussi posée, aussi personnelle. J'ai encore beaucoup de chemin à parcourir. Mais "Red" va dans la bonne direction, parce qu'il intègre tout ce que j'aime, dans l'esprit de ceux qui ont eu la même approche. Tu sais, Los Lobos, John Hammond lorsqu'il qui s'est associé à Tom Waits, G Love & the Special Sauce. Et puis, comme Elliot Murphy, j'aime aussi tout ce qui touche au folk. Par contre dans le domaine du blues, du blues électrique comme je l'aime, le blues joué par mes artistes favoris, j'ai constaté que s'engager dans cette voie n'avait pas de sens. Des milliers de guitaristes ont essayé de copier tous les plans de Freddie King sans même parvenir à approcher ce qu'il pouvait faire. Même ceux qui l'adaptent très bien aujourd'hui. Comme en West Coast. Ils sont très forts. Ils ont un excellent jeu de guitare. Ils possèdent le feeling pour le blues. Mais moi, je ne suis pas de là-bas. Je vis ici, en Belgique. J'adore faire des reprises de blues comme sur l'album de X3. Je m'y suis fait plaisir. Sur scène ou ailleurs. L'aventure vécue avec Willy et René a été incroyable. Mais je ne suis pas un guitariste brillant et érudit comme Marc Thijs. Que chacun reste à sa place !

Je sais que tu as effectué des études universitaires assez pointues Es-tu devenu un musicien pro?

J'ai un travail à temps plein. Je termine une thèse de doctorat et je travaille dans un centre privé de recherches. Dans le domaine de l'aéronautique, à Gosselies. Ce job me prend du temps. Mais il m'en reste suffisamment à consacrer aux Healers et à ma musique…

 

 

 

 

Blanche (USA)

Nous ne sommes pas nés à la bonne époque...

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Auteur d'un excellent premier album (" If we can't trust the doctors… "), mais surtout responsable d'une prestation 'live' époustouflante, accordée lors de la dernière édition du Pukkelpop (voir review en ces pages), Blanche nous vient de Detroit. Drivée par Dan et Tracee Miller, cette formation bénéficie du soutien inconditionnel de Jack White, le leader des White Stripes. Ils ont d'ailleurs joué ensemble au sein de Goober & The Peas et sont demeurés d'excellents amis. Mais Blanche constitue un drôle de patronyme pour un groupe, même s'il pratique ce qu'on appelle de la country alternative. Rien à voir cependant avec la marque d'une bière belge si caractéristique ni avec une quelconque potion thérapeutique, comme le suggère le dos de la pochette. Le couple a tenu immédiatement à éclaircir la situation…

Dan s'explique : " Aux States, Blanche est un prénom féminin tombé en désuétude. C'était celui de Blanche Dubois, une actrice qui jouait dans le film mythique 'Un tramway nommé désir'. Un long métrage qui date de 1951, au sein duquel jouait également Marlon Brando. L'histoire a été écrite en 1947, par Tennessee Williams, un grand écrivain américain que nous apprécions beaucoup. Mais il n'a acquis sa popularité que grâce à la transposition de sa pièce au cinéma. L'origine du nom procède donc de cet épisode de l'histoire. C'est un peu comme si nous remontions dans le temps. En fait, nous ne voulions pas que ce patronyme fasse immédiatement penser au blues ou à la country. Qu'en le lisant ou en l'entendant, le public ne puisse nous coller une étiquette. Nous avons voulu lui donner une signification plus abstraite, qui ressemble à notre musique un peu triste, un peu décalée… " Dan n'est pas seulement musicien, il est aussi acteur de cinéma. Dans le passé, il a ainsi joué quelques seconds rôles. Mais il vient de terminer le tournage d'une superproduction consacrée à la vie de Johnny Cash. Il y incarne le rôle du guitariste Carl Perkins. Il commente : " Il s'agit du premier grand film au sein duquel je joue. Une super expérience. Mais j'ai vraiment été surpris et heureux d'apprendre que j'avais été choisi pour ce rôle, par Johnny Cash lui-même, avant qu'il ne meure. En concertation avec June Cash et le réalisateur, qui était très proche de la famille. Ce film rend hommage à l'artiste, mais laisse une sensation de malaise, car il décrit sa vie troublée. C'est un film sombre qui n'a rien à voir avec les productions hollywoodiennes. Le plus difficile pour moi fut de rester calme. Car quand je chante ou je joue, je libère beaucoup d'énergie. Alors que Perkins était plutôt un personnage paisible, qui restait pratiquement immobile. Donc il a fallu que je m'habitue à ce rôle, et que je m'en souvienne. C'est un honneur pour moi d'avoir pu jouer ce personnage, car si pour certains leur 'guitar hero' répond au nom de Jimmy Page ou Jimi Hendrix, le mien est tout simplement Carl Perkins… "

Le groupe cultive une imagerie un peu passéiste. Le nom du groupe en est le premier signe distinctif. Le booklet de leur album et le look affiché sur les planches en sont les suivants. Une imagerie qui évoque les années 40. Eisenhower. Tracee confesse : " J'en suis la première responsable. J'admets le stéréotype. Mais j'ai le sentiment de n'être pas né à la bonne époque. Il y a longtemps que mon cœur et mon âme hantent les années 40. J'essaie de répercuter cette impression à travers ma manière de chanter, de m'habiller, d'interpréter notre musique… " Une attitude qui semble très importante au sein du groupe. Dan confirme : " Oui, l'attitude est vraiment très importante. Cette musique est quelque chose qu'on a tous décidé ensemble. Parce qu'elle procède d'une même inspiration. Toute la musique que nous aimons depuis si longtemps. On la respire lorsqu'on est sur scène. Nous attaquons nos concerts avec une pêche d'enfer tout en soignant notre partie vestimentaire, pour que les gens se souviennent de nous… " La formation aime reprendre de vieux standards de la musique country. Mais sous une version toute personnelle. Sur leur premier opus figure ainsi l'adaptation du 'Wayfaring stranger' de Bill Monroe. Un exercice de style que Blanche semble apprécier tout particulièrement. Dan admet : " C'est une manière de se connecter au passé. Car cette musique a tellement de signification pour nous. Dès que j'ai entendu cette chanson pour la première fois, j'ai considéré qu'elle était la plus belle. J'ignorais qu'il y avait tant de monde qui l'avait reprise. Dans une époque où tout est jetable, il est intéressant de constater qu'un groupe contemporain puisse ressusciter une chanson qui fait partie du patrimoine. Et en fait, c'est ce type d'initiative qui permet de maintenir la tradition vivante. Peut-être que d'ici quelques années, quelqu'un écoutera notre version et en fera sa propre adaptation. Notre but est d'apporter une touche personnelle aux morceaux traditionnels, tout en conservant l'esprit de la chanson… " Et Tracee d'ajouter : " Lorsqu'on interprète ce type de composition, c'est un peu comme si on rentrait à la maison. On y respire une certaine forme de sérénité. On y goûte un sentiment de beauté, de vérité… "

La musique de Detroit véhicule une réputation de violence, de férocité, d'énergie et de puissance. Pensez à des légendes telles que MC5 ou Stooges. Or, Blanche pratique une forme de country alternative. Qui ne maque pas de punch, mais qui dénote au sein de cet univers plutôt métallique. Comment l'éclosion d'un tel groupe a-t-il pu se produire dans de telles conditions ? Tracee explique : " Il y a quelques années, on a assisté à un flux migratoire du Kentucky et du Tennessee vers Detroit. Pour y travailler. Au départ, cette population s'est installée sans leur famille. Mais en dépit de la délocalisation, elle a conservé ses racines sudistes. Aujourd'hui, à Detroit, il existe une très grande communauté issue de ces migrations. Et nous, dès notre plus jeune âge, nous avons été confrontés à ce phénomène… " Dan ajoute : " Quand on mélange ces vielles traditions roots avec le rock plus métallique, on retrouve ces mêmes caractéristiques 'punchy' qui existent dans le blues, le folk ou la country ; mais de notre côté, nous avons voulu conserver l'aspect plus triste des vieilles mélodies… " Une affliction qui est également le fruit de pénibles épreuves traversées par le groupe au cours de la confection de l'album. Et qui naturellement transpire à travers quelques chansons plus dépressives. Qui parlent de suicide, de meurtre ou encore de ruptures. Dan le reconnaît : " Lorsqu'on traverse des moments aussi douloureux dans la vie, on se connecte avec de vielles chansons, qui sont d'une certaine manière réconfortantes. Et le fait de les chanter est une forme de consolation. On essaie d'ajouter un peu d'humour dans ces compositions poignantes, pour essayer de faire face à ces moments difficiles. C'est aussi une manière d'exorciser les aspects mélancoliques de notre personnalité… "

A l'instar de 16th Horsepower, Blanche est le fruit d'un mélange entre les mélodies appalaches et le son gothique sudiste. 16th Horsepower est même une référence de choix pour le groupe. Dan acquiesce : " Oui, nous aimons beaucoup 16th Horsepower. La plupart des groupes qui pratiquent une musique semblable à la nôtre, puisent leur inspiration dans les années 30 et 40. Aussi bien Handsome Family que 16th Horsepower. Ces sont ces deux formations qui nous donnent le courage d'interpréter des morceaux plus calmes. Leur musique est belle et mélancolique et nous voulions intégrer cette beauté et cette mélancolie dans la nôtre. Mais nous voulions aussi qu'elle soit plus puissante. Et je reconnais que 16th Horsepower y est parvenu avant nous. Et observer comment un tel groupe est capable de réaliser cet objectif est une espèce de challenge pour nous. Heureusement, je pense que nous sommes sur la bonne voie. C'est un peu comme si nous étions dans un laboratoire et qu'on préparait une décoction. Au cours des premières années d'existence du groupe, nous n'avions pas trouvé les bons ingrédients. Mais depuis que nous les avons trouvés, la formule marche… " Blanche a justement tourné en compagnie du légendaire Handsome Family, l'an dernier. Notamment en Angleterre. Une fameuse expérience qui laisse cependant des sentiments mitigés chez Dan : " Une fantastique aventure, mais frustrante en même temps. Parce que le chanteur est tellement bon que c'est humiliant pour nous. Leur capacité à interpréter un répertoire aussi intimiste est un modèle. En fait, ils jouent ce qu'on aime ; et démontrent qu'il n'est pas nécessaire de jouer du rock'nroll pour gagner l'estime du public. Mais il est vrai que le public européen est plus réceptif à ce type de musique plus subtile… " A propos de timbre vocal, celui de Dan me fait parfois penser à celui de Stan Ridgway (Wall Of Voodoo). Vu l'ouverture d'esprit de Dan, je n'ai pu m'empêcher de lui faire la réflexion. " Même s'il pose un regard différent que le nôtre sur le monde contemporain, il aime la vielle musique country. Il possède aussi une voix nasillarde. C'est donc probablement vrai… "

Sur l'elpee on retrouve une cover de Gun Club, 'Jack on fire', une composition qui avait été retenue pour figurer sur un tribut consacré à feu Jeffrey Lee Pierce. Dan adore l'œuvre du combo texan. Mais pourquoi avoir choisi ce titre ? Dan confie : " J'ai toujours aimé la rage du désespoir de Gun Club. Et en écoutant 'Jack on fire', c'est comme si je me trouvais dans une voiture au sommet d'une falaise, en me demandant si j'allais m'écraser. J'ai rencontré Jeffrey un an avant qu'il ne décède. A cette époque, il était occupé de s'éteindre. Il était vraiment mal en point. Et j'étais assez triste de le voir dans cet état. C'était un artiste très talentueux… " Sur la flip side du single 'I don't know what to do with myself ' des White Stripes, figure une cover de Blanche, 'Who's to say', plage reprise sur l'opus 'If we can't trust the doctors'. Et Jack White a participé à l'enregistrement de cet elpee. A son tour, pourquoi Blanche ne pourrait-t-il pas aussi reprendre un titre des White Stripes ? Dan tempère : " Nous avons adapté une compo de Gun Club, parce qu'on nous l'avait demandé. Pour opérer ce type d'approche, il faut une raison ! Et lorsqu'on m'a proposé d'interpréter 'Jack on fire', je me suis demandé comment on allait se débrouiller pour y parvenir. Comment on aurait pu l'améliorer. On a donc décidé de l'aborder sous la forme d'un duo entre Tracee et moi, afin de lui procurer une autre tonalité. Mais pour y parvenir, ce ne fut pas facile. Aussi, si on décide de s'attaquer à une chanson du répertoire des White Stripes, il faudra trouver un autre chemin, car ce qu'ils font est tellement bien… " Evidemment, en abordant le cas Jack White, il était impossible de passer à côté de l'épisode au cours duquel il a abîmé le portrait de Jason Stollsheimer, le leader des Von Bondies. Un épisode qui a bien fait rire Dan. " D'une part, il l'avait bien cherché et d'autre part il s'y attendait. Encore qu'il ne pensait pas à un tel accueil. Mais juste après l'altercation, il a convoqué la presse pour qu'on le prenne en photo. Donc, il n'était pas aussi blessé qu'il le prétendait. Et de toutes manières, ces empoignades sont fréquentes à Detroit. Alors je ne vois pas pourquoi il fallait enfaire tout un plat… "

'If we can't trust the doctors' a bénéficié de la production de Warron Defever, la tête pensante de His Name Is Alive. Il a beau être issu du Michigan, on ne peut pas dire que sa musique épouse une quelconque forme country. Dan réagit : " Je pense que le courant est bien passé entre nous. Son œuvre reflète une forme de beauté tranquille. Il était très intéressant de travailler sous sa houlette, car il est fort branché sur la musique démodée, tout en parvenant à y ajouter une pincée de spleen. Et c'est ce qu'il a compris chez nous. Il est expert dans l'utilisation des vieux microphones. En outre, il est très compétent dans le domaine technologique. Car nous ne voulions pas sonner comme à cette époque là, mais simplement en conserver le feeling nostalgique…"

Merci à Vincent Devos.

 

Under Byen

L humour danois

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Dans l'histoire du rock on avait déjà connu des paroliers qui se consacraient exclusivement à l'œuvre d'un groupe. Pete Sinfield au sein de la première mouture du King Crimson et Keith Reid pour le Procol Harum en sont les plus parfaits exemples. Mais la principale compositrice d'un groupe qui ne joue pas (ou presque jamais) en 'live', est à ma connaissance un événement totalement inédit. Katrine Stockholm incarne donc ce nouveau concept pour la formation danoise Under Byen. Un ensemble constitué de huit musiciens responsable à ce jour de deux albums ; mais surtout un groupe dont la musique navigue quelque part entre jazz, folk, pop, rock, classique et trip hop. Le violoniste Nils Grondahl et le percussionniste Anders Stockholm (NDR : oui, oui le frère de Katrine ! Une famille apparemment très impliquée dans la musique, puisqu'il existe un autre frangin qui conduit ses propres projets) ont bien voulu lever un coin du voile du mystère Under Byen…

En fait, le groupe s'est habitué progressivement à cette situation. Nils explique : « Au départ Katrine se produisait encore en compagnie du groupe, au Danemark. Mais lors du dernier festival de Rockslide, il n'a pas été possible de l'intégrer au line up, parce que nous n'avions pas eu le temps de répéter. Ainsi on a de plus en plus l'habitude de jouer sans elle. Et puis elle n'aime pas trop le 'live' ; et encore moins se rendre à l'étranger. Pour nous, c'est tout à fait le contraire. Finalement la formule marche plutôt bien. Nous sommes nombreux et il faut qu'il y ait une place pour tout le monde… » Un ensemble up qui recèle donc un violoniste et un percussionniste, mais aussi un claviériste/pianiste, un drummer, une bassiste et une violoncelliste. Qui se partagent également une foule d'instruments dont les percussions, le mélodica, les claviers, l'ukulélé, le trombone, la lapsteel, la scie et autres éléments insolites ou issus de la technologie moderne. Sans oublier la chanteuse, Henriette Sennenvaldt, responsable des lyrics. Des lyrics qu'elle chante d'une très belle voix, dont le timbre velouté, sensuel, rappelle Björk. Mais auxquels on ne comprend strictement rien (NDR : à moins de pratiquer le danois !), même si on a l'impression qu'elle tente de nous mettre dans la confidence. Anders en remet une couche : « Même Danois, il faut se concentrer pour comprendre ce qu'elle raconte. C'est la raison pour laquelle, on a reproduit les lyrics à l'intérieur du booklet. Ce ne sont pas les textes qui sont confidentiels, mais la forme qu'elle utilise pour les exprimer… » Mais le langage utilisé n'est-il pas, quelque part, une barrière pour la musique d'Under Byen ? Nils s'en défend : « Henriette se charge des textes. En danois. Pourtant on s'est rendu compte que le public en retirait quelque chose, même s'il ne comprend pas les mots. L'histoire qu'elle raconte est une expérience à la fois intéressante et amusante pour nous. Lorsqu'on voit la réaction de ce public, nous en sommes convaincus. Bien sûr, le contenu des textes leur échappe. Mais la manière de plaquer ses mots sur la mélodie et le rythme produit son effet. » Une forme que le groupe juge très humoristique. Nils justifie : « En fait les lyrics ne sont pas du tout drôles. Ni la musique d'ailleurs. Qui peut parfois paraître mélancolique, mélodramatique. Et l'humour vient de ce contraste entre ce que nous jouons, et la manière dont nous jouons. Si tu nous observes sur les planches, tu remarqueras qu'on n'est pas du style à se mettre à pleurer… »

Pas de guitariste chez Under Byen ! Et le groupe n'a pas l'intention d'engager ce type de musicien. En fait, à l'origine il y en avait bien un, mais pas de bassiste. Anders explique : « Nous nous sommes rendus compte que notre musique ne nécessitait pas de guitariste, mais bien d'un bassiste. Et puis la six cordes peut être aisément remplacée par une scie, un violon, un violoncelle, un piano ou un orgue. » Et Nils d'embrayer : « Nous n'avons jamais dit que nous ne voulions pas de guitare, mais pas de guitariste. La plupart des musiciens du groupe sont capables d'en jouer, mais nous n'y avons recours que lorsque c'est nécessaire. La guitare n'est pas une priorité ». Anders reprend le crachoir : « Lors de l'enregistrement de notre nouvel album à Bruxelles, que nous avons réalisé il y a deux semaines, nous avons ainsi eu recours à la guitare, parce que nous en avions eu besoin. » Mais quel est le dénominateur commun au sein de la musique d'Under Byen : la voix, la basse ou le piano ? Nils répond : « Tous les instruments peuvent jouer ce rôle, même la batterie. Evidemment, les compositions sont écrites au piano par Katrien et Thorbjorn. Et lorsqu'on joue, les autres instruments viennent renforcer cette ligne. A un tel point qu'il est difficile de reconnaître quel est l'instrument qui est utilisé. » Anders confirme : « Nous prenons tous notre part de responsabilité. Parfois elle relève davantage des cordes, de la basse ». Et Nils d'admettre : « Il est exact que le piano constitue le point de départ. Mais nous voulons parvenir à un ensemble. Pas mettre le piano au centre et venir broder le reste autour. Avant on faisait cela. On essaie de transformer le tout pour le rendre organique. Chaque élément à sa place dans son tout. S'il manquait un élément, ce ne serait pas la même chose.»

Pour enregistrer leur premier elpee, Under Byen avait reçu le concours de Manne Von Ahn Öberg, mieux connu pour avoir travaillé en compagnie de Stina Nordesntam, à la production. Plus de trace de Manne, lors de la mise en forme sur ce 'De ter mig der holder taeerne sammen'. Les mauvaises langues ont insinué que la formation avait opéré ce choix, pour ne plus entendre parler de comparaison avec la musique de Stina. Nils réagit : « Non, ce n'est pas pour cette raison ! Il en existe des tas d'autres, mais la principale est qu'il est difficile de travailler en compagnie de son équipe. » Et Anders de clarifier : « Au début, nous n'avions pas trop confiance en nous pour opérer ce travail de production. Pour le deuxième, on a voulu tirer notre plan en se disant qu'on verrait bien quel en serait le résultat. » Anders avoue : « Notre collaboration avec Manne a été très fructueuse. Il est parvenu à nous ouvrir des tas de perspectives. Et au fil de l'enregistrement de l'album on a pris confiance et on s'est dit que finalement, à l'avenir, nous n'aurions plus besoin de lui pour la production. Nous ne le renions pas. Nous avons beaucoup appris en travaillant sous sa houlette » Anders ajoute : « Nous sommes nombreux au sein du groupe. Et en apportant chacun leurs idées, toutes les personnes qui constituent le groupe peuvent le remplacer… » Pour en revenir aux comparaisons, que pensent-ils de celles que les médias ont établies entre leur groupe et Björk, Sigur Ros, Portishead ainsi que Stina Nordenstam ? Anders confesse : « Pour enregistrer notre premier album, on a puisé des idées chez Stina. Parce que nous aimions bien l'album produit par Manne. Personnellement, c'est un compliment d'être comparé avec ces artistes… » Nils rétorque : « La musique de Sigur Ros est totalement différente de la nôtre, même s'ils font des choses qu'on fait aussi un peu. Je les apprécie cependant beaucoup. Mais je ne vois pas le rapport. Peut-être parce qu'ils sont scandinaves comme nous ! Il existe peut-être une tonalité que les gens de l'extérieur perçoivent, mais pas nous… »

Plusieurs musiciens de groupe ont déjà participé à la confection de bandes sonores cinématographiques et théâtrales. A la fois des exercices de style et un divertissement. Nils explique : « Il est très excitant de travailler dans d'autres contextes. On est venu, à plusieurs reprises, nous voir pour faire tel type de travail. Et on l'a fait. Ce qui nous permet de se fixer d'autres objectifs que ceux inhérents au groupe ». Anders insiste : « C'est un boulot difficile, mais on y prend son pied. En fait quand vous travaillez pour d'autres personnes, le cadre est défini et vous rencontrez des contraintes qui ne sont pas nécessairement les vôtres. Dans le domaine créatif, cette approche peut être intéressante. C'est cette faculté d'adaptation qui peut être enrichissante dans le processus créatif. Travailler dans l'art de l'autre. Mais nous, on voudrait travailler comme nous l'entendons. Et dans le futur, ces collaborations s'effectueront comme nous le souhaitons, suivant nos propres critères… » En compagnie d'un orchestre symphonique ? Les deux interlocuteurs n'y sont pas opposés. Nils avoue : « Franchement je n'y avais jamais pensé. Mais pourquoi pas ? » Anders concède : « Nous avons déjà joué en compagnie d'une fanfare, et cette expérience m'a parue très intéressante. Mais je crains que le nombre de personnes qui compose le groupe ne rende cette expérience difficile. Ne fut-ce que pour voyager. Voyager à 2, à 8 ou à 50, ce n'est pas la même chose… » Nils tempère : « Avant de se lancer dans un tel projet, il vaut mieux d'abord faire le tour des nôtres. Nous avons tellement de choses à défricher, que je cette expérience n'est pas encore à l'ordre du jour. Notre objectif, pour l'instant, est de jouer dans Under Byen. Mais il est intéressant de constater qu'il y a toujours de nouvelles portes qui s'ouvrent… »

En 2002, plusieurs membres du groupe ont été invités par Howe Gelb à jouer sur son album ‘The listener’. Comment une telle histoire a pu se produire ? Nils raconte : « En fait, à cette époque, Howe Gelb vivait à Aarhus. Là où nous habitons. Il y est toujours d'ailleurs. Son épouse est danoise. Et elle devait alors donner naissance à leur deuxième enfant. Il est venu assister à un de nos concerts, et à l'issue de celui-ci, il est venu nous demander si nous pouvions jouer en sa compagnie. En fait, il demande un peu à tout le monde de jouer avec lui. Et il faut avouer qu'on le connaissait très peu. Je sais qu'il jouait chez Giant Sand, mais je suis incapable de citer le titre d'un de ses disques. Il y en a un que j'apprécie beaucoup, très agressif, sur lequel il joue uniquement en compagnie d'un drummer, mais j'ai oublié son nom (NDR : ‘Long Stem Rant’ en 1989, commis en compagnie de John Convertino). Certains d'entre nous ont donc participé à des sessions live… » Anders commente : « Je connaissais le nom du groupe, mais pas sa musique. A l'époque, lorsqu'il a enregistré ‘The listener’, on ne se doutait pas que ces sessions allaient devenir un album. Nous avions simplement été en studio pour l'accompagner sur quelques chansons. C'était une fameuse surprise. Une bonne surprise… »

Merci à Vincent Devos

Idlewild

Make another world

Écrit par

Jonglant de labels en labels, Idlewild quitte Parlophone pour s’installer dans les quartiers plus humbles de Sanctuary Records. Un mal pour un bien. Bien que d’excellente facture, « Warning/Promises », seul essai paru sous la houlette de Parlophone/EMI, souffrait d’une production bâclée qui affaiblissait largement l’ensemble. Les fans n’auront d’ailleurs accueilli que très tièdement cet essai. S’ensuit une petite escapade en solo de Roddy Woomble (« My Secret Is My Silence »), leader de la formation, revenu auprès des siens en 2006, plus inspiré que jamais. « Make Another World » (qui a failli s’intituler « Outkast », en réponse à « Idlewild », la dernière œuvre du duo), marque la renaissance des cinq Ecossais. Renouant avec un rock brut et inspiré, ce sixième ouvrage évoque un « The Remote Part » (2003) qui serait abordé avec plus de maturité qu’à l’époque. « No Emotion », premier single engageant, le très ‘R.E.M.esque’ « A Ghost In The Arcade », « Future Works » et sa gracieuse touche de saxo et la détermination distillée sur « If It Takes You Home » illustrent la détermination du quintet à reprendre les commandes d’une destinée qui, depuis « Warning/Promises », avait été maintes fois compromise. Un retour aux sources plus que bienvenu.