Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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The Raveonettes

Nous ne sommes pas des copi(ll)eurs

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Bien que vivant à Londres, les Raveonettes nous viennent du Danemark. Un duo partagé entre Sune Rose Garner (NDR : le mec) et Sharin Foo (NDR : la fille, et quelle belle fille !) qui voue un véritable culte à l'imagerie des 50's et des 60's ; mais dont la musique semble à la fois influencée par la noisy de Jesus & Mary Chain, la surf music des Beach Boys, le rock'n roll de Buddy Holy et les groupe féminins qui ont sévi au cours des sixties, tels que les Crystals ou les Ronettes. Pas pour rien que Richard Gottehrer (Blondie, Go-Go's) a accepté de produire leur dernier album, alors qu'il avait déclaré, il y a belle lurette, avoir mis un terme définitif à sa carrière. Encore que sa volte-face méritait une explication…

Mais tout d'abord plantons le décor. L'interview se déroule en compagnie de deux correspondants d'un autre website. Je fais face à Sharin. Qui va mener les trois quarts de l'interview. Mes genoux pratiquement collés contre les siens. Impressionné par sa beauté toute scandinave, j'affiche une fébrilité inhabituelle. Ce qui n'empêchera pas la conversation d'être émaillée de grands éclats de rires… Oui, justement, comment expliquer la présence de Richard Gottheherer à la mise en forme de 'Chain gang of love' ? " Nous avons rencontré Richard à Berlin. Nous y avons fait connaissance. Et au fil de la conversation, il s'est épanché. Il a abondamment parlé des sixties, et puis du bon temps qu'il avait passé en compagnie de Richard Hell & The Voivoids. Fatalement, je lui ai parlé de notre musique. Précisant qu'elle était inspirée par les 50's, et en particulier par les groupes de filles de cette époque. Et qu'en outre, nous aimions ce qu'il avait réalisé en leur compagnie. Nous avons gardé le contact, et nous lui avons transmis une démo. Il nous a répondu qu'elle lui plaisait et nous a suggéré de travailler ensemble sur ce projet. Ainsi, nous sommes donc parvenus à le sortir de sa retraite… "

Lorsqu'on écoute la musique des Raveonettes, on ne peut s'empêcher de penser à celle de Jesus & Mary Chain. A cause de leur art à rendre leur noisy mélodique. A Suicide aussi. Enfin, à la musique des eighties, en général. Et puis aux groupes féminins qui ont émaillé les sixties, tels que les Go Go's, les Cookies et les Angels. Des influences que revendique d'ailleurs le duo. " Nous en sommes mêmes fiers, parce qu'elles sont évidentes à l'écoute. Nous n'avons pas peur de le proclamer. Et on peut même y ajouter Buddy Holy, les Everly Brothers et Television. Toutes ces références s'y retrouvent. En mélangeant toutes ces sonorités qu'on aime, on est parvenu à créer notre propre style, quelque chose d'original. Par contre, nous ne supportons pas qu'on nous dise que fassions du copi(ll)age. Nous ne sommes pas des copi(ll)eurs, nous écrivons nos chansons… " Pourtant, dans le futur, le duo n'envisage pas de confier la production à un des frères Reid (NDR : les deux, ce serait un peu difficile, puisque les frangins sont en bisbille depuis un bon bout de temps). " Nous rêvons de pouvoir travailler un jour sous la houlette de à Phil Spector. Ce serait beaucoup plus intéressant, je pense "

Chez les Raveonettes, l'imagerie a une grande importance. Suffit d'analyser la pochette de ‘Chain gang of love’, pour s'en rendre compte. L'imagerie influencée, à l'instar des Cramps, par les films d'épouvante et de série b ; mais aussi les thrillers d'Alfred Hitchcock et de Roger Corman. " Oui, nous sommes des fans de ces films. Surtout ceux des fifties. Ces vibrations cinématographiques correspondent très bien à notre musique. Nous aimons, en outre, restituer cette iconographie, comme des affiches de cinéma. Elle donne également un sens à notre musique… " Mais alors, quel est le duo qui mérite le titre de Bonnie & Clyde du rock'n roll ? Les White Stripes ? Les Kills? Ou les Raveonettes? Une question qui déclenche l'hilarité générale. " Les Kills! Parce que leur musique transpire la plus forte connotation sexuelle… " Un groupe que les Raveonettes apprécient beaucoup. Mais aussi Interpol et les Warlocks. Certains médias ont même écrit que le duo avait confessé que tous ces groupes avaient de nombreux points communs avec eux. Ce qui surprend très fort Sharin. " Qui a dit ça ? Moi ? Je ne pense pas avoir un jour effectué une telle déclaration. Ce que nous avons en commun ? Rien avec Interpol. Nous les apprécions beaucoup, et c'est réciproque. Nous avons tourné et fait la fête ensemble. Les Warlocks ? Le mur de son ! Un son sonique et très intense. Mais notre sensibilité est davantage pop, davantage noisy, davantage bruyante. Les Kills ? C'est un duo comme nous qui essaie de trouver la chanson simple, efficace et immédiate. Composé d'un garçon et d'une fille. Qui chantent. Dont l'attitude est sexy. Notre approche du retour aux roots est similaire. Mais nous évoluons à quatre sur les planches…"

Paradoxalement, les Raveonettes ont dû attendre de s'imposer sur la scène internationale avant d'être reconnus dans leur pays. Sharin confirme. " Il est très difficile de mener une carrière au Danemark lorsqu'on pratique une musique alternative. En fait, les Danois éprouvent toutes les peines à faire le premier pas lorsqu'ils sont confrontés à la nouveauté. Ils attendent toujours la reconnaissance dans les pays anglo-saxons pour leur emboîter le pas. Maintenant nous y sommes également populaires. Nos chansons passent enfin à la radio et le public achète nos disques. "

Pour composer leurs chansons, les Raveonettes se sont imposé des règles : pas plus de 3 minutes pour une chanson (ou exceptionnellement) et un maximum de trois accords. Pourquoi ? Sharin nuance : " Nous préférons parler de canevas plutôt que de règles. Nous avons imposé cette trame sur notre premier mini elpee ('Whip it on'). A l'époque, Sune en avait un peu marre de la musique. Surtout celle qui était surproduite. Et puis il traversait une période de déprime. Il a donc voulu revenir à quelque chose de plus basique, de plus simple. Finalement, en imposant des contraintes, on a tendance à devenir plus créatif. A se fixer des défis. Et à parvenir à repousser nos limites. C'est un peu comme chez les écrivains ou les journalistes. A qui on impose un nombre de lignes. Ou un peintre. Qui décide de n'utiliser que certaines couleurs… Toutes nos chansons sont écrites avec la même clef. En si bémol pour le mini elpee et en si bémol majeur pour le dernier opus. D'une durée de maximale de trois minutes. Et avec un maximum de trois accords. Enfin, sur 'Chain gang of love', on a un peu cassé le canevas. Certaines plages comptent plus de trois minutes et débordent jusqu'à quatre accords. Ces lignes de conduites n'ont pas été élaborées comme des contraintes, mais des outils pour explorer… " Et en 'live' alors ? " Nos sets sont régis par des règles très strictes. Nous essayons de recréer le même son que sur le disque. Un peu comme si c'était une bande qui défilait… " Ah bon !… Dune Rose Wagner est entré dans la loge depuis quelques minutes, et tout en se tenant en retrait, il reste attentif à la conservation. Et justement, lorsque la conversation se porte sur Jack Kerouac, auquel on lui prête une manière similaire de composer, il se manifeste. " Ce n'est pas vraiment au niveau des lyrics, mais de la façon dont il écrivait. A cause de la spontanéité du genre 'stream of consciousness', si vos préférez. La voie mouvante et insaisissable de la conscience. Et donc, j'écris très vite, sous une forme qu'on pourrait qualifier d'écriture automatique…"

Merci à Vincent Devos.

 

 

 

 

Raphael

Raphaël, l archange sibyllin?

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Raphaël est ce jeune poète de la pop française. Un style, un univers, des mélodies qui donnent des frissons. Et pour ne rien gâcher, un charme fou au regard profond et ténébreux. Rencontre avec le Rimbaud des temps modernes…

Vous êtes multi-intstrumentiste, chanteur, auteur, compositeur, quels autres talents nous cachez-vous ?

Aucun, hormis peut-être que j'ai longtemps hésité entre faire de la musique et du tennis. J'étais très admiratif d’Yvan Lendl et de David Bowie ! D'ailleurs un des premiers disques que j'ai écoutés était " Let's dance " de Bowie. J'étais fou de ce titre. Mais comme tout le monde, au début, je n'étais rien, et je ne dois cela qu'à l'apprentissage de la guitare et du piano, qui sont venus relativement tôt dans ma vie. Et puis, vers l'adolescence, j'ai commencé à écrire et le reste s'est fait naturellement.

Justement, vous évoquez David Bowie, dont vous avez assuré la première partie, lors d'un de ses concerts. Que gardez-vous de cette expérience ?

C'était, bien sûr, un grand moment…que dire d'autre ? Oui, un grand moment…

Pour une chance, c'est une chance " de vivre de ce métier ?

Oui absolument, je suis chanceux. Il n'y a pas d'horaires. Quand on a une envie, il faut la réaliser, et pour l'instant, je dois dire que je fais ce que j'ai envie de faire ; autrement dit, ce que j'aime, je le fais.

Vos textes révèlent une sphère qui vous est propre. Comment décririez-vous cet univers ?

J'ai du mal à décrire cet univers, sinon de dire qu'il est sûrement mystérieux. Mais il est très difficile d'en parler soi-même. Disons que j'aime ce qui a rapport aux voyages, au thème de la route, qui revient d'ailleurs souvent dans " La Réalité ". L'idée d'aller de mer en terre, de traverser des pays, comme peuvent le faire les marins, me plaît beaucoup. A mon avis, les hommes libres sont Saint-Exupéry et n'importe quel marin. La route et l'aventure sont, à mon sens, synonymes de bonheur. Enfin, musicalement, mon univers porte principalement sur l'imaginaire…

Le duo avec Jean-Louis Aubert " Sur la route ", est-il une opération " marketing " ?

Non, parce que je ne raisonne pas du tout de cette manière. En fait, il fallait un titre qui porte l'album, justement parce que les autres morceaux sont d'un abord moins facile. En tout cas, ce n'est pas stratégique puisque je connais Jean-Louis Aubert depuis trois ans ; c'est un ami pour qui j'ai une vraie tendresse et que je vois pratiquement deux fois par semaine. Je suis très admiratif de ce Salinger de la chanson française. Et en fait, pour l'anecdote, j'avais écrit " Sur la route ", juste avant de partir en vacances avec Jean-Louis Aubert. On la fredonnait souvent, ce qui nous avait donné envie de faire un duo, mais je ne pensais pas que ce serait pour " Sur la route ". J'avais plutôt envisagé un duo sur " Il y a toujours ". Mais comme " Il y a toujours " était plus intimiste ou moins accessible, le duo ne fonctionnait pas sur ce morceau. C'est pourquoi, nous en sommes revenus à " Sur la route "…

Vous dites aujourd'hui de votre premier album " Hôtel de l'univers ", qu'il est " naïf ". Ce n'est pourtant pas le sentiment que l'on en a, même après trois ans…

Je pense que j'ai dit cela dans le sens où il était plus contestataire, et que foncièrement, ce n'est pas ce dont j'ai envie. Je ne le renie pas, j'en suis même plutôt content, mais j'avais envie de parler de la société de manière plus brutale, alors que pour " La Réalité ", l'imaginaire prend le dessus. D'autant que ma seule ambition est de faire de la chanson populaire, et que je n'ai pas de discours en particulier. C'est aussi ce que j'admire chez Jean-Louis Aubert ou Renaud, c'est l'intemporalité de leurs chansons. Idéalement j'aspirerais à cela mais le chemin est long.

Le temps qui passe revient souvent dans La Réalité. Cette notion vous angoisse ?

Je n'ai pas le sentiment que ce thème revienne souvent, mais il est vrai que les textes amènent peut-être à une libre interprétation. C'est votre perception et peut-être est-ce vous qui avez raison, mais chacun interprète selon son vécu. Sinon, je ne suis pas plus angoissé que cela par le temps qui passe, par la mort peut-être, mais comme tout le monde.

Comment appréhendez-vous le travail d'écriture ?

Je pense que plus on écrit et plus on a envie d'écrire ; j'ai donc décidé d'écrire tout le temps, de manière beaucoup plus régulière qu'avant. Je crois aussi qu'écrire est non seulement une défense mais surtout, elle permet de retrouver l'espérance…

(Interview réalisée à l'occasion de sa tournée, en France)

 

 

 

 

Black Rebel Motorcycle Club

Il y a toujours un message à faire passer...

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Lors de la sortie de leur premier opus éponyme, j'en avais conclu que si vous aimez ou avez aimé Jesus & Mary Chain, Le Velvet Underground, My Bloody Valentine et Joy Division, vous adorerez la musique de BRMC. A cause de leur musique sauvage, ténébreuse et bruitiste, dont les ballades lancinantes, fiévreuses et soniques s'impriment sur un tempo implacable. Mais le Black Rebel Motorcycle Club (NDR : patronyme choisi en hommage au nom du gang de motards emmené par Marlon Brando dans 'L'équipée sauvage', un film qui remonte à 1952) se veut avant tout authentique, reprenant le flambeau de ses illustres prédécesseurs pour perpétuer la tradition du rock'n roll. Et leur second opus, " Take them on, on your own ", en est la plus belle illustration. Rencontre avec Robert Levon Been, chanteur/bassiste et co-compositeur du trio californien…

Alors Black Rebel Motorcycle Club ou BRMC ? A l'instar des formations qui ont réduit leur nom par les initiales, la formation californienne ne risque-t-elle pas, un jour, d'être tentée de suivre le même chemin. "C'est étrange, car à l'origine nous nous appelions BRMC. Mais lorsque nos Cds sont arrivés dans les bacs des disquaires, personne ne parvenait à mettre la main dessus. En fait, ils étaient classés dans le répertoire 'BR' au lieu de 'BL'. Donc, on a dû se résoudre à reprendre le patronyme dans son intégralité. Ce qui est amusant, c'est qu'aujourd'hui tu me demandes si un jour nous pourrions faire le chemin inverse. Franchement, je n'en sais trop rien..."

Black Rebel s'est forgé une réputation de groupe réservé, parlant peu. C'est un peu leur modus vivendi. " Nous avons toujours voulu mettre notre musique en avant plutôt que le groupe. Mais il est exact que depuis quelque temps, on se pose des questions. Notamment depuis que nous avons été invités aux MTV awards. Nous y avions joué 'live'. Et les journalistes, les médias, s'intéressaient plus à notre prestation qu'à la raison pour laquelle nous avions décroché ce prix. J'avais le sentiment que pour eux la musique était devenue accessoire. Qu'ils ne comprenaient pas notre langage. Pourtant, il y a toujours un message à faire passer, même si personne ne prend la peine de l'écouter. Mais il est vrai que pour l'instant, nous sommes un peu à la croisée des chemins… " Etonnant, lorsqu'on sait qu'un jour, un des musiciens du combo a déclaré 'Notre musique signifie plus pour le public, qu'elle signifie pour nous !' Ce qui méritait une explication. Robert reconnaît que cette phrase possède un poids énorme. " Tout dépend de l'interprétation qu'on lui donne. Je ne me souviens plus de l'endroit où on a tenu ce discours, mais nous l'assumons. Lorsque je vois l'étincelle dans les yeux de nos fans, j'y lis le bonheur. Et ils le manifestent plus spontanément que nous. Mais composer, enregistrer, se produire en public et assumer du bonheur en même temps, c'est un peu beaucoup. J'admets que nous produisions un certain effet sur les gens, mais je veux garder mes distances par rapport à ce phénomène…"

" Mais de là à ce que 'Stop !' la première chanson du nouvel opus confesse 'Nous ne vous aimons pas, nous essayons seulement de vous juger', il y a manifestement un pas difficile à franchir. Robert s'explique : " Si je me souviens bien, cette chanson a été écrite à Londres, lors de notre premier périple sur le Vieux Continent. A cette époque, nous étions un peu paranos. Nous nous posions beaucoup de questions. L'intérêt que nous portaient les gens nous paraissait un peu trop soudain. Ils nous considéraient comme le groupe dans le vent. Un hype ! Et nous n'aimions pas beaucoup nous retrouver dans cette position. Lors d'un set accordé dans un petit club à Londres, j'ai eu l'impression que c'était le message que le public nous adressait. Il n'aimait pas vraiment le groupe. Il était venu, non pas pour nous voir, mais pour être vu. Alors, lors d'une jam, sur laquelle reposaient une ligne de basse et le jeu de batterie, j'ai commencé à improviser ces paroles. Je ne pense pas qu'une telle situation pourrait encore se reproduire aujourd'hui, mais si elle survenait encore, je réagirais différemment. En chantant pour eux plutôt que de les haïr. Plutôt que de leur dire d'aller se faire foutre. C'est dans ce contexte qu'il faut replacer ces mots… 'Stop !' est une chanson qui a été composée sur scène. Nous jouions ce morceau à la fin de chaque spectacle, parce que nous ne voulions pas terminer notre set sur une note calme. Nous voulions qu'elle s'achève sur un mode rock. Avec du volume. Quatre titres sont issus de prestations 'live'. 'Heart & soul', par exemple. Nous avons réalisé les prises à quatre endroits différents : Paris, Tokyo, Londres et… (NDR : à cet instant quelqu'un est entré dans le local pour aller prendre une bière dans le frigidaire. Et j'ai cru comprendre… Los Angeles). Les versions étaient bien sûr différentes ; mais ensuite on a essayé de mettre toutes les pièces du puzzle ensemble en n'en sélectionnant que les meilleures. Pour atteindre une forme d'apogée au niveau du son. On en a fait en quelque sorte, un 'best of'… "

Sur leur nouvel album figure une composition à caractère politique, 'US governement'. A ma connaissance, elle constitue leur seule concession dans ce domaine. Alors, engagement ou accident ? " Tout est accident ! Même se retrouver au sein d'un groupe. En fait, cette chanson a été écrite à nos débuts. Il y a longtemps. A l'époque, nous la jouions déjà 'live'. Très, très fort ! Et nous la réservions à la 'b side' de notre premier disque. Mais au moment où nous allions le sortir, le 11 septembre est arrivé ; et face au désarroi des victimes, nous pensions qu'il était inutile d'en rajouter une couche. Mais au fil du temps, nous avons commencé à la maîtriser de mieux en mieux sur scène ; et, pour ne pas désavouer nos fans, nous en avons conclu qu'il serait ridicule de la cacher sur une flip side… " Paradoxal, lorsqu'on sait qu'à leurs débuts, la formation avait déclaré qu'ils n'avaient pas uniquement l'intention de s'adresser à un public bien ciblé. Aux cool kids, en particulier. Et que s'ils se rendaient compte que c'était le cas, ils changeraient de fusil d'épaule. " Cet épisode remonte également aux débuts du groupe. Nous vivions à San Francisco. Nous étions dans le trou. Mais on essayait d'en sortir. On cherchait à gagner les faveurs du public. Nous n'appartenions à aucune scène. Nous étions considérés comme un groupe local. Bien sûr, je n'ai rien contre les groupes locaux. Mais si à SF il existe de nombreuses scènes impliquant de nombreux groupes, nous avons eu un mal de chien à y trouver notre place. Encore que je me demande si nous l'avons un jour trouvée ou si nous la trouverons un jour. Et je pense que ce n'est pas plus mal. Regarde la 'New York revolution' ! Ou si tu préfères, la musique de la nouvelle génération. Les médias veulent absolument enfermer tous les groupes qui y émargent dans le même sac. Du formatage ! Nous ne voulons surtout pas y être associés. Et encore moins récupérés. C'est une campagne de marketing, à laquelle nous refusons de souscrire ! Nous voulons créer de la musique qui plaise à tout le monde. Depuis la jeune fille au vieillard, plutôt que de cibler un public particulier. 'Cool kids f*****g !'

En parlant de formatage, aurait-il un œuf à peler avec les Strokes, les White Stripes, Interpol, les Warlocks et les Kills ? " Je ne mettrai pas les Kills dans le même sac. Ce sont des groupes qui possèdent d'indéniables qualités artistiques. Mais ils sont différents. Et on n'a pas le même feeling. J'apprécie plus particulièrement les White Stripes, Interpol et les Warlocks. On a joué avec ces derniers à Los Angeles. Devant 20 personnes. Ils sont authentiques et véhiculent un esprit bien personnel. C'est la raison pour laquelle je pense qu'ils sont respectables ; mais on ne peut pas dire que tout ces groupes soient rock'n'roll. Ils font de la pop. Seul leur déguisement est rock'n roll. Ils n'écrivent pas des chansons hymniques qui portent les gens, mais cherchent un mode d'évasion. Pour nous, notre devise est 'Stay awake !' (Restons éveillés !). Maintenant, je suis conscient qu'aujourd'hui, il faut plaire aux jeunes. Et que pour y parvenir, il faut soigner les pochettes, accorder des interviews, remplir les pages des magazines. Mais nous, on veut aller au-delà de tout ce strass. Avoir une démarche plus profonde… " Peut-être dans l'esprit des Stones. A cet égard, 'We're all in love' me semble tellement hanté par l'esprit des Stones ? Et en particulier par la composition 'Gimme shelter'… " C'est la meilleure chanson que les Stones ont écrite depuis 1970 ! On ne nie pas l'évidence. Et il est vrai que nous essayons de faire revivre l'esprit de cette époque. Dans le domaine de l'amour, tu peux être en compagnie de quelqu'un, mais en même temps très éloigné de cette personne. Et cette tension est terrible. Mais dans le même ordre d'idées, lorsque tu es éloigné de cette personne, tu ressens de l'espoir, de l'optimisme, au plus profond de toi-même. Il existe en nous cette idée d'euphorie de l'amour, lorsque vous êtes éloigné de l'autre. Comme si vous viviez une profonde angoisse. Du 'non dit' ! Car vous pouvez côtoyer l'autre, sans déclarer votre flamme. Cette situation existe. Vous ne pouvez pas la voir, l'entendre ou la toucher, mais vous savez que ce sentiment brûle au plus profond de votre âme… "

Lorsqu'on écoute la musique de BRMC, on ne peut s'empêcher de penser au Velvet Underground, à Joy Division et surtout à Jesus & Mary Chain. Les prestations 'live' baignent même dans un nuage de fumée, comme chez le défunt J&MC. Des comparaisons qui reviennent régulièrement chez la plupart des journalistes. Mais qu'en pense notre interlocuteur ? " Je ne sais pas. Contrairement aux apparences, les comparaisons, ce n'est pas mon fort. Chacune de ces formations pratique de la bonne musique. Ce sont, quelque part, des légendes. Et être comparés à ces légendes, c'est un compliment. D'autre part, il y a sans doute une certaine paresse de la part des médias qui se contentent de telles analogies. Car, il existe autre chose derrière tout cela. Maintenant, il est exact que tous les groupes passent par le stade des comparaisons ; c'est la transition nécessaire avant de parvenir à acquérir sa propre identité…" 

Par contre, Robert voue une grande admiration au défunt groupe britannique The Verve. " Un groupe génial, expérimental. Qui était parvenu à pousser le son dans ses limites. Un concentré d'énergie. Aussi bien à travers la musique que les lyrics. Mais lorsque Nick McCabe est parti, tout s'est écroulé. A ce moment là, je me suis rendu compte que l'univers de la musique avait perdu quelque chose de vital. Tout ce qui a suivi 'Nothern soul' n'a plus jamais eu la même dimension. Triste ! Ce groupe était fantastique, parce que sa musique évoluait sans cesse. J'ai assisté à trois de leurs sets 'live', dont un à San Francisco. C'est ce que j'ai vu de meilleur sur scène à ce jour. Tout comme le Primal Scream… " Ah, bon ! (NDR : le seul concert de Primal Scream, auquel votre serviteur a assisté fût tout bonnement catastrophique. Il y a presque 20 ans. A l'AB de Bruxelles. Je lui ai donc fait part de mon étonnement. Et il s'est simplement mis à rire. Faut croire que la bande à Bobby Gillepsie a fait d'énormes progrès sur les planches. Enfin, au bout de deux décennies, ce serait quand même dommage de ne pas être parvenu à s'améliorer. Attention, je parle bien de prestation scénique ! Les albums de Primal Scream sont, pour la plupart, de petits bijoux. Dont acte !)

Petit détail amusant, le père de Robert, n'est autre que Michaël Been, le leader du défunt Call, une formation fondée en 1979, dont le premier opus est une petite merveille. Ce qui avait d'ailleurs, à l'époque, poussé Peter Gabriel à les soutenir. J'avais même lu, dans un article, que Michaël était devenu le manager de BRMC. Bob rectifie. " Non, pas du tout. Il est le responsable du mixing lors de nos tournées " Donc, quelque part, il apporte son expérience au groupe. Robert semble assez gêné d'en parler. " J'ai beaucoup de mal à expliquer sa contribution. Je savais qu'il était capable de faire du rock'n'roll. Mais il est âgé de 47 ans. Il est difficile de parler de son père quand il ne fait pas un métier comme Monsieur tout le monde. Qu'il n'est pas garagiste ! Je me mets à sa place. On attend que je confesse qu'il m'a procuré des conseils, mais non, ce n'est pas le cas. Il mixe, et puis c'est tout. Le monde de la musique est tellement chaotique. Il change constamment. Dans ce domaine, il n'existe pas de règle d'or. Ce n'est déjà pas facile de parler de nous. D'expliquer les raisons pour lesquelles vous prenez telle décision, signez sur tel label. Alors, parler de son père… Je pense que du moment que vous fonctionnez à l'instinct, le reste… "

Merci à Vincent Devos

 

Girls In Hawaii

La dream machine...

Écrit par

Le premier album de Girls In Hawaii vient donc de sortir. Le 31 octobre très exactement. Un disque très attendu pour ce sextuor dont les prestations scéniques et le premier Ep (" Found in the ground - The winter ") avaient fait l'unanimité dans l'éloge. Avant de se produire en première partie de Venus, à la Maison de la Culture de Tournai, ce 28 octobre dernier, Antoine et Lio nous ont accordé cette interview. Pour celles et ceux qui l'ignoreraient encore, ce sont les membres fondateurs, mais aussi les compositeurs du groupe Un entretien fort sympathique qui devrait vous permettre de beaucoup mieux cerner leur univers sonore…

Pour le groupe, le collectif jaune orange leur a servi de tremplin. Le premier déclic qui leur a permis de prendre confiance. " Nous nous produisions pour la première fois dans le cadre d'un festival organisé à Bruxelles. Et plusieurs personnes de ce collectif étaient présentes. A l'issue du set, elles sont venues nous féliciter. Nous dire qu'elles avaient beaucoup apprécié notre prestation. L'énergie qui s'en dégageait. Personnellement, j'estime que nous n'avions pas été très transcendants. Mais ces encouragements nous ont fait chaud au cœur. Pour nous, ce collectif nous a apporté le premier contact, les premiers compliments ; et les premières propositions de concerts viennent de chez eux. Nous avons toujours été invités à toutes leurs fêtes et on a conservé d'excellents contacts avec eux. Leur mission est à la fois insensée, hors de l'ordinaire et pas du tout évidente à mettre en œuvre. Ils parviennent à toucher un large public avec très peu de moyens. Parce que ce collectif, c'est quelque chose de vraiment très très petit…"

Le deuxième coup de pouce leur est venu d'un concours organisé par Studio Brussel : le 'Démopoll'. Une drôle d'aventure, puisqu'elle leur a permis de se produire à l'AB Club. Mais les organisateurs se sont rendu compte que les musiciens étaient wallons. Résultat des courses, lors de leur set, aucun représentant de cette radio n'était présent. " Pourtant on entretient de bons contacts avec la Flandre. Mais pour y jouer ce n'est pas évident. Parce qu'il existe énormément de groupes, de salles pour y jouer. C'est un peu comme en Angleterre. Enfin, pas tout à fait, mais presque. Et la réaction d'un Flamand est instantanée. Ou il aime ou il n'aime pas. Et s'il n'aime pas, il décroche. Chez eux, c'est 'musique, musique, musique'. Ils peuvent assister à des concerts tous les jours. Des tonnes de groupes s'y produisent. Aussi bien le week-end qu'en semaine. Et y faire sa place, ce n'est pas évident… " Enfin le troisième soutien leur est venu de Magic et des 'Inrockuptibles'. Ce qui leur a probablement permis de se produire au 'Glaz'art à Paris et dans le Nord de la France. A Tourcoing notamment. Antoine tempère : " Les Inrocks ? Nous leur avions transmis une démo de deux ou trois titres, dans le cadre d'un autre concours. Via le net. La critique n'était pas très pointue, mais très favorable, je le reconnais. Mais maintenant on va avoir droit à un examen de passage. Ou l'album est encensé ou il se fait démolir ! "

L'occasion était donc belle de parler de ce premier album. Et en particulier du climat qui a entouré son enregistrement. " Il n'a pas été facile à réaliser. Parce qu'au départ, nous avions amené des démos. Et qu'il a parfois fallu recommencer 3 fois la prise avant de parvenir à restituer la bonne ". Pas de producteur. Une auto production ! Pas pour des raisons financières, mais simplement parce que le groupe craignait de faire un mauvais choix. De ne pas trouver celui qui aurait collé à leur feeling.

" Nous n'avons pas la chance de connaître 10.000 personnes impliquées dans la musique, en Belgique. Bien sûr, nous aurions pu nous renseigner pour engager un pro. Cependant, nous ne voulions pas de formatage : des prises studios réalisées en une semaine ; très, trop rapidement. Nous préférions se prendre la tête. Bosser. Passer un an et demi à se disputer, à se mordre, à se tirer les cheveux en travaillant dans notre 'home studio'. Mais au moins nous avions l'assurance d'être maître du jeu. A l'avenir, il n'est pas exclu que nous fassions appel à un producteur. Mais pour cet opus, ce n'était pas prévu. Nous voulions conserver l'aspect spontané, naturel de notre musique. Une certaine fraîcheur. Nous disposions ainsi d'un éventail de compos assez large. Mais pour ces raisons, nous avons délibérément écarté certaines chansons. A l'avenir, soit elles figureront sur la flip side d'un single, soit elles finiront à tout jamais dans la poubelle ". Maintenant qu'il est officiellement paru, quelles sont les premières impressions du groupe à son sujet ? " Nous attendons le feedback des médias, les chroniques de cet album. Et jusqu'à présent la critique a été plus que favorable. Bien sûr, l'album alterne le bon et le moins bon (NDR : modeste !) Mais intrinsèquement, nous sommes fiers du résultat. Et puis nous l'assumons complètement… "

Pour composer leurs chansons Antoine et Lio se servent d'une 'dream machine'. Mais qu'est ce que c'est que cette 'dream machine' ? " Un truc super ! Digital. Qui te permet de stocker des informations sur un disque dur. Elle fixe les idées. On en a toujours une à notre disposition. " A l'origine limitée à huit pistes, elles est depuis passée de 16 à 24 pistes. Mais qu'est ce qui a poussé ce duo à s'intéresser à la musique ? Pas les disques de leurs parents, en tout cas. Lio était surtout fasciné par ses cousins, lorsqu'ils jouaient de la guitare. " Des Italiens ! Ils m'ont appris à en jouer. Et mon apprentissage a été très rapide ". Le père d'Antoine était guitariste. Il a même sévi au sein d'un groupe, il y a quelques années. " Mais comme à la maison, il y avait toujours une guitare, j'ai été naturellement attiré vers la musique. " En parcourant les quelques articles consacrés au groupe, les noms de Blonde Redhead et de Papas Fritas reviennent régulièrement à la surface. Alors, Girls In Hawaii serait-il le chaînon manquant entre ces deux formations ? (Antoine exhibe le badge de Papas Fritas épinglé sur son pull) " Blonde Redhead surtout ! Lors de l'enregistrement de l'album nous écoutions souvent le 'Way You Walk' des Fritas, mais nous ne sommes pas vraiment accros à leur musique. En fait, ce sont des groupes qu'on aime bien, parce que leur démarche est très intègre. Ils concoctent leurs disques dans leur coin, sans se mettre de grosse pression… "

Le choix du patronyme Girls in Hawaii soulève inévitablement quelques légitimes interrogations. D'autant plus que lors de leur set accordé au festival de Dour, en août dernier, le public comptait quelques jeunes et jolies filles très fleuries. Serait-ce leur fan club ? " Absolument pas. De temps à autre, il arrive de retrouver ces filles qui portent ces colliers de fleurs. Mais tant que l'initiative n'est qu'épisodique, je trouve qu'elle est chouette. Par contre, j'apprécierais moins si nous devions nous produire constamment devant un public qui se couvre de fleurs et les lancent en l'air en jouant, pourquoi pas, du ukulélé. Parce que notre musique n'a strictement rien à voir avec les traditions hawaïennes. C'est simplement un bête nom qu'on a choisi pour le fun. Notre idée était qu'en vivant en Belgique, à Bruxelles, sous la pluie, il était possible de rêver un peu… "

 

Didier Lockwood

Didier Lockwood, violoniste d exception

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A l'occasion de ses trente ans de carrière, et du concert accordé dans le cadre du 'Tourcoing Jazz Festival', 'l'enfant du pays', Didier Lockwood, a bien voulu se soumettre à nos questions. Il est sans conteste un des musiciens dont on peut dire qu'il a réellement apporté un nouveau sens au jazz et au violon. Un entretien aussi charmant que passionnant…

Quel bilan tirez-vous de vos trente ans de carrière, et pourquoi était-il il important de sortir un double album à cette occasion ?

Trente ans de carrière en milieu professionnel, ça vous donne un coup au cœur ! Le bilan de cette carrière, est évidemment très positif. Trente CD, 3000 concerts un peu partout, c'est évidemment formidable, et c'est pourquoi, j'ai voulu, dans " Globe Trotter ", retracer mes impressions de voyage. Je crois que je n'ai jamais voulu m'arrêter en si bon chemin, et peut-être est-ce une espèce de boulimie. Et puis fêter ces trente ans de carrière, c'était aussi important, dans le sens où la vie n'est pas indéfinie.

Les voyages vous ont-ils toujours inspirés ?

Oui, absolument. En fait, partir de Calais, découvrir des ambiances très différentes m'a vraiment enrichi, c'est évident, et sur " Globe Trotter " solo, j'ai vraiment essayé de retracer ces parfums, ces impressions de voyages tellement diverses. Cela m'a aussi permis de découvrir des musiciens, des compositeurs, ce qui est toujours très intéressant.

D'ailleurs, on passe de l'Inde au Maroc sans même se rendre compte des enchaînements musicaux. Ce travail a-t-il été si compliqué ?

En fait ce que vous me dites prouve que le but est atteint, donc tant mieux ! Il fallait en effet créer des liens entre ces voyages musicaux, et ces voyages tout courts. Il y a longtemps que je m'intéresse à ces techniques et, enfin de manière plus générale, à l'électro. Donc, comme aujourd'hui, on a la possibilité d'exploiter, de traiter les sons, autant s'y essayer, et que cela ressemble à des sons intéressants. Je crois, en tout cas, que c'est une voie à suivre.

Mais on a l'impression que vous ne jouez pas seul, alors que pourtant, c'est le cas. Comment avez-vous travaillé la superposition des sons, notamment sur " Globe Trotter in Argentina ", et " In Texas "…

Oui en effet, je me suis créé un accompagnement grâce à une machine qui tourne en boucle, ou si vous préférez, à l'aide de séquenceurs, d'échantillonneurs, de pédales d'effets. Le fait de jouer aussi avec un violon à six cordes donne peut-être cette impression. En réalité, c'est surtout vrai dans le morceau " in Andalusia " où la basse rythmique donne de l'ampleur à une musique hispanisante.

Quand vous dites que " Globe Trotter " a été enregistré dans les conditions du 'live', cela signifie t-il que vous avez voulu garder l'unicité de l'improvisation, et que par là-même, aucune erreur n'était possible ?

Oui, j'ai une passion évidente pour l'improvisation, et il s'agit en effet d'un solo en temps réel. Cela signifie surtout que je voulais offrir aux auditeurs de ce disque, les sensations qu'ils peuvent retrouver sur scène. Je voulais que l'essence de la scène transparaisse dans ce double album.

Le son du violon est parfois transformé. Diriez-vous que le violon est un instrument polymorphe ?

Ce qui est sûr, c'est que l'on peut produire des sons très nouveaux, qu'on ne pouvait pas faire avant. Il faut donc exploiter toutes les ressources de cet instrument.

Le deuxième CD de ce double album, avec la participation de Benoît Sourisse, André Charlier, et Stéphane Guillaume, est peut-être plus réservé aux initiés…

Oui, c'est peut-être un langage du jazz de plus haut niveau, mais qu'elle soit jazz ou rock, tant que la musique procure des émotions, peu importe. L'essentiel est vraiment le ressenti qu'ont les personnes quand ils écoutent tel ou tel morceau. C'est vrai que le solo est plus accessible, mais je voulais qu'il y ait un côté " grand public " pour fêter mes trente ans de carrière !

Et vous préférez jouer en solo, ou avec " le new quartet " ?

J'aime les deux, mais c'est vrai que jouer en solo est une totale introspection, sur " Globe trotter ", c'est donc ma vérité personnelle du voyage. Je crois que le solo me correspond plus, parce qu'il y a une extrême liberté à l'improvisation.

Vous avez écrit un livre, puis ouvert un centre musical en 2000. Vous sentez-vous quelqu'un de polyvalent ?

Oui, j'aime bien découvrir des horizons un peu différents, et certaines personnes me surnomment d'ailleurs " VTT " : violoniste tout terrain !

Vous avez donc créé le CMDL (Centre Musical Didier Lockwood) à Damaries-les Lys en 2000 (NDR : soyez rassurés, il ne s'agit pas de l'antre de la Star Academy, située également à Damaries-les Lys !) Pourquoi ce projet vous tenait-il à cœur ? En quoi la pédagogie est-elle un moteur ?

Oui, ça a été plutôt rapide. En fait, j'aurais préféré créer un Centre de Musique à Calais, mais je n'étais pas vraiment soutenu, enfin, disons que cela avait l'air assez compliqué. Mais la pédagogie, la transmission est très importante, car c'est une énergie positive, et aider les musiciens est épatant.

En ce qui concerne le recrutement des professeurs, avez-vous privilégié 'l'affectif' ?

Il est évident que j'ai choisi des musiciens que j'aimais. Ce sont tous mes lieutenants qui enseignent au CMDL ! En fait, je ne voulais pas prendre de professeurs titulaires, parce que je voulais qu'il y ait avant toute chose une passion, que la musique soit plus importante que tout le reste. Mais ce n'est pas une critique, puisque certains ont refusé de me suivre dans ce projet, et sans doute aussi parce qu'ils n'avaient pas la fibre pédagogique. C'est donc important d'être pédagogue, mais aussi passionné.

 

 

A.S. Dragon

La fureur du dragon

On les croyait voués à battre le fer kitsch rock de la tribu Tricatel, les voilà devenus un vrai groupe, avec une chanteuse, Natasha, et un album, " Spanked ". AS Dragon pourrait même être la meilleure chose qui soit arrivée au rock français depuis bien longtemps. Nous les avons rencontrés en plein milieu d'une tournée qui confirme, après celles des plages, de Burgalat et de Chamfort, leur excellence scénique. Où tout fût question d'attitude, de confiance et de persévérance.

Racontez-nous la genèse de cet album.

Hervé Bouétard (batterie) : On a rencontré Natasha en janvier 2002. Peu de temps après, on s'est mis à composer, en essayant les nouveaux morceaux en concert avec Bertrand Burgalat… Ca nous a permis de les roder, puis après on les a terminés à l'arrache au studio. Ca s'est fait très rapidement : cet album, c'est un peu une photographie de ce qu'on incarnait il y a un an. Certaines sont issues de jams, d'autres ont été apportées individuellement puis arrangées par le groupe ou bien composées ensemble… En fait notre méthode de travail est multiple. On essaie toutes les pistes possibles. C'est un vrai travail de coopération : il n'y a pas de leader. On est tous à même de composer, même si on n'est pas des foudres de guerre ! Mais il n'y a pas de dictature.

Avant l'arrivée de Natasha, on avait l'impression que vous étiez un peu le " groupe de studio " de Tricatel, le backing band de Burgalat ou de Houellebecq…

Michael Garçon (claviers) : On était un peu plus que ça, en fait. On ne se contentait pas de jouer ce qu'on nous demandait de jouer. On apportait déjà notre touche. C'est vrai que le groupe s'est soudé très rapidement autour de Michel Houellebecq… Mais si on fonctionnait bien en faisant notre travail de backing band, il nous arrivait aussi de travailler comme arrangeurs. A cette époque on commençait déjà à composer des petits trucs… On savait déjà qu'on pouvait composer, arranger. Donc le tournant s'est fait très facilement.

Hervé : On savait qu'on allait finir par devenir un groupe à part entière, avec nos compos, et puis on a rencontré Natasha, et là tout s'est accéléré. Le fait de trouver quelqu'un pour chanter nous a permis de canaliser nos compos… C'est à partir de là qu'on est devenu un vrai groupe.

Dans quelles circonstances vous êtes-vous tous rencontrés ?

Michael : Bertrand Burgalat cherchait un groupe pour accompagner Michel Houellebecq. En fait, au départ il voulait un groupe qui existait déjà, des gens qui se connaissaient entre eux. Il a d'abord demandé à Eiffel de participer au disque, mais vu qu'ils avaient une carrière à gérer, ils n'ont pas suivi… Comme la tournée de Houellebecq se préparait, Bertrand a donc dû lui-même monter un groupe. Il a récupéré Hervé et Stéphane (Salvi, guitares) du groupe Montecarl, moi qui venais de la musique électronique avec Kojak, et Fred Jimenez à la basse, qui avait proposé ses maquettes à Tricatel et dont le jeu lui a tout de suite plu. Il y avait aussi Peter Von Poehl qui travaillait beaucoup en compagnie de Bertrand, qui était un peu son bras droit. Puis Peter est parti au moment où Natasha est arrivée, et Fred en septembre 2002. C'est David Forgione qui le remplace.

Et Natasha ?

David Forgione : C'est Michael, qui sort beaucoup, qui l'a rencontrée. Et quand AS Dragon s'est mis en quête d'une chanteuse, il nous l'a présentée, et ça l'a fait tout de suite.

Michael : Elle ne connaissait ni Tricatel ni AS Dragon. Elle a écouté, et par politesse je pense, a dit qu'elle trouvait ça bien. Le lundi d'après, je l'ai appelé et dans la semaine on faisait déjà une télé et un concert.

Hervé : Depuis le début de cette aventure on a eu beaucoup de chance. Ca a fonctionné tout de suite.

A ce moment aviez-vous déjà des compositions toutes prêtes ?

Hervé : En fait on a quasiment tout repris à zéro, parce qu'on est parti du principe qu'avec Natasha il fallait une refonte : pas qu'elle colle à notre truc, mais qu'on fasse tout vraiment ensemble. Il a fallu qu'elle écrive plein de textes. Du gros boulot ! Mais on aime bien travailler dans l'urgence, saisir l'instant. On n'a fait aucune maquette, aucune pré-production : on a enregistré directement plutôt que de remachouiller des morceaux pendant des mois. C'est un peu la façon de Tricatel de bosser, et on s'y est fait. C'est assez créatif et surprenant.

Mais ne craignez-vous pas en même temps d'être vite catalogués " Tricatel " ?

Hervé : Ouais… Mais on a l'impression que depuis qu'on est là, son image a un peu changé : pour beaucoup c'était un label élitiste, parisien, easy listening,… Je pense que nous lui avons insufflé - mais sans prétention ! - un truc nouveau, un peu plus rock, un peu plus urbain, un peu plus spontané. On n'est pas du tout second degré, kitsch… Même si je pense que Tricatel ne l'a jamais vraiment été ! Puis on préfère être sur un label indépendant que sur une major : il n'y a pas de sous, mais il y a plein d'autres avantages.

En live, votre structure rythmique est impressionnante. Vous êtes, techniquement, le groupe français le plus imposant sur scène… Sans pour autant être labellisés " Made in France ". Comment vous positionnez-vous dans le paysage rock français ?

Natasha : On écoute plus de musique anglo-saxonne que française.

Hervé : On n'est pas du tout influencé par la scène française, même s'il y a des groupes en France qu'on apprécie beaucoup, mais…

Natasha (l'interrompant) : Si, on aime tous Gainsbourg, mais on essaie d'éviter de le dire parce que c'est tellement évident… A part ça, c'est vrai que le rock français, ce n'est pas vraiment notre source d'inspiration.

Hervé : Les seuls groupes intéressants en France, ils ne vendent aucun disque, et on ne parle jamais d'eux. Nous on aime bien les Married Monk, ce genre… Mais on n'est pas très " chanson française ".

Vous estimez ne pas être influencés par la chanson française, mais en même temps certains de vos titres sont chantés en français. Qu'est-ce qui vous attire dans la langue française ?

Natasha : Les quotas ! (rires) Plus sérieusement, si le morceau peut fonctionner en français, c'est un plus parce que c'est notre langue. On s'exprime forcément plus directement en français, même si musicalement c'est plus facile en anglais… Mais il ne faut se priver ni de l'un ni de l'autre, même s'il est difficile de faire sonner un texte en français, surtout en rock, sans tomber dans un truc grossier. C'est compliqué parce qu'on ne peut pas se permettre d'être aussi simpliste en français qu'en anglais… Mais si ça passe bien, c'est finalement plus révélateur du groupe que ce qu'on fait en anglais.

En cas de problème, il y a toujours Baudelaire (le morceau " Un Hémisphère dans une Chevelure ") !

Natasha : La poésie du XIXe et le rock actuel, pourquoi pas ? Si ça peut fonctionner, tant mieux !

Et les poètes maudits sont assez proches des rockeurs d'aujourd'hui...

Natasha : Mais carrément !

Hervé : Ce sont toujours des gens qui ont du mal à supporter leur époque. A travers le temps on se retrouve… C'est le point commun.

C'est vrai que vous sonnez très rock'n'roll… Très soul aussi.

Hervé : Ben c'est notre tronc commun à tous : la soul, la musique black des sixties et des seventies,… Mais on aime bien aussi la new wave, le punk rock, la musique jamaïcaine, enfin de tout, quoi.

D'où les reprises de " Tears of a Clown " avec Burgalat, et ici, de Betty Davis ?

Natasha : On y est venu très vite parce qu'on s'est retrouvé sur scène 4 jours après notre rencontre, donc forcément… Betty Davis, c'est une espèce de challenge : avant d'arriver dans le groupe, je n'avais jamais vraiment chanté.

Sans blague ! ?

Hervé : On a vu directement qu'elle avait du potentiel… Mais depuis elle a beaucoup travaillé !

Natasha : Ce que j'ai amené surtout, c'est la fraîcheur, parce que je n'avais aucune expérience, et en même temps je suis assez spontanée, je me jette pas mal à l'eau. C'est ça qui a plu, au groupe et au public. C'est ça, en fin de compte, la définition du rock : le fait de se mettre en danger.

 

Ibrahim Ferrer

Mi Sueño

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Dernier témoignage chronologique de son passage sur terre, le dernier disque du grand chanteur cubain exauce un des plus vieux rêves d’Ibrahim Ferrer : enregistrer un album entier de boléros. Ce style cubain dédié aux affres de l’amour possède un charme suranné parfaitement rendu sur cette œuvre. Même si on n’évite pas toujours les excès (certains passages sont vraiment dégoulinants), « Mi sueño » entretient une magie qui s’affirme au fil des écoutes. Tout d’abord le petit groupe accompagnant Ibrahim joue avec un feeling incroyable, à la limite du jazz : Roberto Fonseca au piano, Cachaito Lopez à la contrebasse et Manuel Galban à la guitare électrique volent un peu la vedette au défunt Ferrer. Malgré quelques fatigues vocales, ce dernier ne se défend pas trop mal non plus, se jetant à corps perdu dans ces bluettes (« Perfidia », « Quizas, quizas » en compagnie d’Omara Portuondo) qui révèlent son cœur d’artichaut. L’ensemble de cordes ajouté ça et là apporte une dimension particulière aux morceaux. Suffit d’écouter la formidable intro de « Quiéreme Mucho » pour en être convaincu…



Alex Gopher

Alex Gopher

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Son dernier album solo (You My Baby And I) datait de 1998. Autant dire un sacré bout de temps pour un artiste qui adore bosser et n’est pas vraiment réputé pour son laxisme artistique. Et comme Alex Gopher est encore moins réputé pour sa conventionalité, il a carrément décidé de fêter son retour en studio par un (nouveau) changement de style. L’idée : délaisser les platines pour céder à des sonorités beaucoup plus rock. Après avoir réalisé un album purement électronique sous le nom de Wuz, le gaillard s’est mis à réfléchir, puis à fléchir devant l’appel des guitares et des batteries, en profitant, au passage, des conseils de son ami Etienne de Crécy pour se lancer dans le chant. Le sampler étant devenu trop routinier dans sa vie, il s’est tout simplement mis en tête de revenir aux saveurs de base de la musique.

Du coup, forcément, on est légèrement perturbé. Ce virage brusque ne provoque certes pas de carambolage, mais il suggère une question : aurait-on été aussi tolérant s’il n’était pas signé Alex Gopher ? Optons pour une réponse claire : oui et non. La qualité est au rendez-vous à travers la plupart des titres, que ce soit dans le sautillant Brain Leech ou le tonitruant Carmilla, deux tubes programmés pour concilier les fans de la veille et les dancefloors d’aujourd’hui. Ajoutez-y l’ombre bienfaisante du groupe Air (Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin ont mis la main à la pâte) ou la brise apaisante nommée Helena Noguera, et vous obtenez la recette parfaite du retour en force et en forme. Mais il y a un hic : on s’ennuie. Ecouter l’album en une seule traite relève du défi, tant monsieur Gopher dénigre la cohérence et choisit trop souvent la formule ‘je vous remue les pieds, puis je vous invite à la sieste’. Ce premier album en tant que chanteur-auteur-compositeur mérite donc le coup d’oreille, à condition d’aimer les cocktails caféine-tisane.    



Tindersticks

En attendant la lune...

A l'occasion de la sortie du nouvel album de Tindersticks, " Waiting for the moon ", nous avons rencontré le pianiste du groupe, David Boulter. A la fois compositeur de certains titres et faux frère de Stuart Staples, David Boulter n'aura de cesse, pendant cette interview, de clamer son bonheur. Pour lui, cet album pourrait bien être le meilleur des Tindersticks, après les débâcles qu'a connues le groupe il y a quelques années (à l'époque de " Simple Pleasure "). Aujourd'hui soudés comme jamais, les six Anglais s'avouent satisfaits et sereins. A l'écoute, ces sentiments se traduisent par une certaine lumière, filtrée par la voix de Stuart et par son écriture, libre et aventureuse, par moment même presque guillerette. Un mot reviendra sans cesse pendant cette rencontre : " naturel ". Comme si David Boulter et ses collègues voulaient à tout prix nous convaincre que cet album avait été enfanté, non pas dans la douleur, comme ce fût déjà le cas par le passé, mais dans une atmosphère parfaitement détendue. Les Tindersticks se lâchent enfin : ça fait du bien…

Avant de parler de " Waiting for the moon ", peux-tu nous raconter ce qu'a vécu Tindersticks au cours de ces deux dernières années, depuis ce dixième anniversaire célébré ici, au Botanique, il y a deux ans ?

Nous avons beaucoup joué pour promouvoir " Can Our Love… ", qui paraissait au même moment, puis nous avons bossé presque plein temps… Cette tournée était assez imposante, avec l'orchestre, les cordes, les chœurs, … Mais au lieu de nous reposer et de calmer le jeu, nous nous sommes directement attelés à la composition d'un nouvel album.

Ce fut un processus difficile ?

Pas vraiment difficile, mais long, parce deux d'entre nous avons maintenant des enfants, ce qui fait qu'on ne pouvait pas se concentrer à 100% sur l'album… Il y eut pas mal de pauses. Sans cela, on aurait pu le terminer l'été dernier.

" Can Our Love… " possédait une tonalité très soul, avec des chansons qui s'entremêlaient, se fondaient l'une dans l'autre. Pour celui-ci, c'est encore autre chose… Une constante, finalement, dans l'histoire du groupe.

C'est vrai. Il y a quelques idées sur " Waiting for the moon " qui datent de " Can Our Love… ", mais qui ne correspondaient pas vraiment à la texture générale de l'album, qui n'auraient pas pu s'épanouir dans le canevas qu'on avait mis en place. Quand nous avons commencé à composer ce nouvel album, nous voulions vraiment faire un album cohérent de bout en bout, sans baisses de tension, ce qui était trop le cas avec " Can Our Love… " et " Simple Pleasure ". Le problème avec ces deux disques, c'est qu'on a l'impression que certaines chansons manquent ou que d'autres sont tellement fortes qu'elles éclipsent le reste. Pour celui-ci, on était tous d'accord pour essayer d'éviter cela. Et surtout, que tout le monde soit cette fois-ci sur la même longueur d'onde : il est fini le temps où chacun suggérait une idée et désirait la retrouver sur le disque, en dépit d'une certaine homogénéité.

Pourtant on sent encore une fois cette volonté d'expérimenter, notamment avec ce " Just a dog " aux consonances country…

Je crois qu'il est très important pour nous de toujours essayer un tas de choses différentes… On a toujours voulu se départir de cette habitude qu'ont les journalistes de nous coller l'étiquette " rock ". Je pense qu'avec ce disque, nous avons essayé de revenir à un son plus expérimental, de tenter encore plus de choses… Même si c'est toujours ce que nous avons fait par le passé, genre utiliser un tas d'instruments plus différents les uns que les autres. Ca nous vient plutôt naturellement, en fait !

Il n'empêche que les chansons de cet album semblent plus évidentes qu'auparavant.

Comme tu disais, les chansons de " Can Our Love… " ressemblaient plus à des jams, qui se chevauchaient… Ici, la plupart des chansons sont davantage écrites : nous savions exactement quelles directions elles devaient prendre, avec de vrais couplets-refrains. Je pense aussi que les arrangements de cordes sont les meilleurs que nous ayons faits jusqu'ici.

Et puis il y a ce duo, une autre constante chez vous… Qui est cette femme qui chante sur " Sometimes It Hurts " ?

C'est Lhasa de Sela, une chanteuse québecquoise aux origines mexicaines. Elle chante en français et en espagnol. Ian Caple, notre producteur, avait déjà travaillé avec elle par le passé, et comme elle a une sacrée voix, il nous a passé ses disques pour qu'on se fasse une idée. C'est toujours intéressant de collaborer avec des personnes extérieures au groupe, surtout pour Stuart (NDR : Staples, le chanteur), parce qu'il écrit souvent des chansons comme des histoires, qui se prêtent bien à ce genre de duos.

Comment l'avez-vous rencontrée ?

Nous l'avons tout simplement appelée, et elle fut directement intéressée. Elle est donc venue nous rejoindre à Londres pendant quelques jours.

Elle a une drôle de voix… Peut-être à cause de ses origines !

Quand tu écoutes ses propres albums, sa voix est vraiment au centre de la musique. Et le fait qu'elle chante en français et en espagnol renforce encore ce côté atypique, surtout pour nous qui ne comprenons pas ces deux langues… Sa voix sonne comme un instrument à part entière : c'est bien plus que quelqu'un qui, simplement, chante. Nous avons aussi fait beaucoup de duos avec des gens qui au départ n'étaient pas nécessairement des chanteurs, comme Isabella Rossellini. C'est très excitant de collaborer avec des personnes qui ont de fortes personnalités… Mais c'est vrai que ça fait parfois du bien de travailler avec quelqu'un qui possède une vraie base musicale, qui sait comment chanter.

Justement, concernant les voix et les duos, on a l'impression que Dickon Hinchliffe, votre violoniste, chante davantage sur ce disque. Il y a de plus en plus un équilibre vocal entre Stuart et lui.

Oui, et il écrit de plus en plus de paroles aussi… C'est pour cela qu'ils chantent davantage ensemble. C'est vraiment génial que deux personnes du groupe écrivent des chansons, même si ça rend parfois caduque l'équilibre de Tindersticks… Je ne sais pas (hésitant)… On verra bien ce qui va se passer… Ses chansons sont en tout cas très belles, très Tindersticks. Il s'investit de plus en plus dans le chant en tout cas, ça c'est clair, surtout depuis " Can Our Love… ". Mais c'est vraiment la première fois qu'il signe lui-même certaines des compositions.

Comparé à vos précédents albums, il y a vraiment un dialogue entre eux deux, comme un jeu de questions/réponses.

Oui, je suppose… Ce fût très difficile à faire : nous avons passé toute la période de Noël à tenter de faire fonctionner les chansons les unes avec les autres. Les gens voient souvent Stuart comme quelqu'un qui aime chanter avec un partenaire… Je ne sais pas… C'est assez étrange !

" Waiting for the moon " sonne assez relax, tout en étant très (bien) produit. Quelle fût l'importance de Ian Caple dans l'étape de production du disque ?

Cette fois, Ian et Stuart ont plus travaillé à quatre mains. Mais dans un certain sens, les chansons n'avaient pas besoin d'être fort produites. Elles possédaient une sorte de feeling naturel qui se suffisait à lui-même. Stuart a quand même beaucoup investi de son temps et de son énergie pour peaufiner ces chansons, dans le home studio qu'il s'est construit chez lui. Quant à Ian, je pense qu'il comprend très bien ce vers quoi nous voulions tous tendre. Il arrive toujours à trouver ce qui manque quand nous-mêmes nous n'y parvenons pas.

C'était donc davantage une collaboration, cette fois, entre lui et Stuart ?

On travaille avec Ian depuis si longtemps maintenant que je ne le vois même plus comme notre producteur. On est vraiment sur la même longueur d'ondes : il sait ce qu'on veut, quel son nous correspond, surtout au moment de l'enregistrement. Il est plus comme une sorte d'ingénieur du son en fait ; le genre à travailler avant tout sur les sonorités qui nous conviennent, contrairement à ce qu'il peut faire avec d'autres groupes.

Que signifie le titre de l'album, " Waiting for the moon " ?

C'est juste le titre d'une des chansons, celle qui donne le plus à l'album ce sentiment de naturel : on sent que c'est un morceau qui a été enregistré à la maison, puis sur lequel Stuart est venu poser sa voix, tranquillement… C'est ce feeling qui primait vraiment pendant toute la conception du disque… Il n'y a jamais eu de grandes discussions quant aux titres à donner à nos chansons : ça vient naturellement, quand on le sent. C'est un peu ça le message.

Et " 4.48 Psychosis ", alors ! ?

Cela vient d'une pièce de théâtre de Sarah Kane, qui s'est suicidée il y a quelques années.

Ce qui explique le fait que Stuart parle, monologue, au lieu de chanter ?

Exact. Nous avons donné des concerts au Royal Court de Londres, où il n'y a jamais de concerts, seulement des représentations théâtrales, et surtout d'auteurs contemporains. C'est là qu'on a entendu parler de Sarah Kane. Et puis jouer là, c'était comme un défi qu'on avait envie de relever.

Ca vous arrive de composer pour le théâtre ?

Non, mais dans ce cas-ci, Stuart se sentait proche de Sarah Kane. Elle était gravement dépressive, tu le sens quand tu lis ses pièces… C'était vraiment pour elle une sorte d'échappatoire, d'exorcisme. C'est la même chose quand Stuart écrit des chansons : il essaie de faire sortir des sentiments profonds, de les extérioriser.

Vous vous êtes ici inspirés d'une pièce de théâtre, mais vous avez aussi composé pour le cinéma (NDR : " Nénette et Boni " et " Trouble Every Day " de Claire Denis). Comment ça se passe exactement ?

Je pense que c'est différent pour chaque groupe qui a la chance de travailler sur la musique d'un film. Je crois que Stuart n'est influencé par rien en dehors de ses propres démons intérieurs. C'est un peu la même chose avec Claire Denis. Travailler avec elle fût très étrange, parce que tout le monde s'attendait à ce qu'on fasse une BO. Tout le monde a toujours qualifié notre musique de " cinématographique "… C'est pour cela qu'on s'est jeté dans l'aventure, comme si c'était naturel, tout en sachant qu'on ne voulait pas faire une BO traditionnelle…

Deux BO pour Claire Denis : est-ce que c'est une collaboration que vous aimeriez prolonger ? Vous sentez-vous proches de son univers ?

Je pense que sa manière de faire des films est similaire à notre manière de faire de la musique. Comme je le disais, ça vient de l'intérieur. Une fois qu'elle a une idée dans la tête, elle essaie par tous les moyens de l'exprimer à l'image. Nous aimons vraiment l'esthétique de ses films, surtout " Trouble Every Day ", que beaucoup de gens ont pourtant détesté à cause de sa violence et de son histoire (NDR : une romance sanguinaire entre deux cannibales, interprétés par Vincent Gallo et Béatrice Dalle). Pourtant c'est vraiment un truc à voir ! La manière dont elle filme est simplement incroyable, vraiment.

L'image, c'est important pour vous ?

Au début ça l'était. Maintenant beaucoup moins. Je pense qu'on en est venu naturellement à cette situation de tous porter des costumes, d'avoir ce look… C'est la même chose concernant les cordes, les violons… Peut-être que les gens croient toujours que Tindersticks est un groupe à orchestre ; mais c'est vraiment une image qu'on essaie aujourd'hui de briser. Pour la prochaine tournée, on essaiera juste d'être nous-mêmes… Je ne pense pas qu'on doive de toute façon se créer une identité pour exister : juste être naturel.

Dommage : c'est super branché en ce moment de jouer en costumes…

Je suppose que quand on a commencé, c'était pour marquer le coup. Jouer, c'est comme sortir un vendredi soir : tu veux être classe. Aujourd'hui, c'est juste devenu naturel, ça ne m'ennuie pas.

Je me suis toujours demandé comment vous pouviez supporter ces costumes en plein concert… Vous mettez du déo, au moins ?

Je me rappelle la première fois que nous sommes allés à New York, c'était en plein été, il faisait terriblement chaud, et on portait ces costumes… Tout le monde était en short et nous regardait de travers ! Pourtant, à cette époque, ça faisait du bien de se sentir différent. Je pense que nous sommes différents, mais maintenant on ne ressent plus le besoin de le montrer à quiconque. C'est comme ça, et voilà.

" Waiting for the moon " est en tout cas le genre de disque parfait à écouter un dimanche d'été ! Il donne envie de se la couler douce.

Je suppose que c'est dû au fait que la plupart des gens considèrent notre musique comme étant sombre : cela a sans doute affecté notre manière de composer cet album, de manière plus légère et reposante. Je pense qu'au fil des années, le chant de Stuart est devenu plus naturel. Il se bonifie avec le temps. Mais notre intention n'était pas de faire des chansons enjouées : c'est juste venu comme ça. Je pense que ça a beaucoup à voir avec le fait qu'on voulait tous faire un disque qui soit écouté par le plus de monde possible, et qui soit, surtout, composé dans une ambiance sereine.

Tindersticks, ce sont toujours les mêmes six personnes ?

Oui. Je pense qu'on est passé par des périodes difficiles, durant lesquelles certains se sont un peu perdus… Mais avec cet album, l'entente entre nous est à nouveau au beau fixe !

Une dernière question, pour la route : il y a deux ans, vous avez fêté vos dix ans de carrière ici, en Belgique. Pourquoi ce choix ?

On avait été approché par le Botanique, qui voulait organiser plusieurs soirées en notre honneur. Comme nous ne voulions pas seulement jouer trois ou quatre soirs d'affilée, on s'est dit qu'il fallait faire quelque chose de plus intéressant, dont les gens pourraient vraiment se souvenir. On a commencé à réfléchir à une expo de photos et de matériels, et petit à petit cette idée est devenue une occasion pour nous de célébrer notre anniversaire en grandes pompes ! On avait déjà réalisé plus ou moins la même chose à Londres, mais nous nous étions limités à des concerts ; et puis Londres, ça faisait un peu trop " autochtones ", genre " c'est d'ici que nous venons, que vient notre musique "… Je pense que nos fans ne sont pas typiquement anglais, mais viennent de tous les pays d'Europe : la Belgique, par son emplacement central, se prêtait donc bien à ce genre d'événement.

 

 

 

 

Thomas Fersen

Thomas Fersen passe du coq à " l'âme " !

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Prenez quelques animaux (chauve-souris, papillon, oiseaux) ; faites les mijoter environ quatre ans dans une casserole ; ajoutez une pincée d'originalité instrumentale, et obtenez une très belle "Pièce montée des grands jours " ! Le chef-cuisinier, Thomas Fersen, a bien voulu nous donner les ingrédients de sa recette…une rencontre qui met en appétit !

Diriez-vous de " Pièce montée des grands jours ", que c'est un album rabelaisien ?

Oui, en effet, dans le sens de tradition populaire, et du pittoresque, et parce que je parle davantage des odeurs et de la bonne chère ! L'imagerie est également importante pour moi !

Vous avez mis de côté les fables où les animaux jouaient donc les rôles principaux. Peut-on parler d'une réelle évolution ? !

Oui, les animaux sont passés à la casserole dans " pièce montée des grands jours " ! …enfin, pas véritablement, puisque je parle d'une araignée dans " Rititi ratata ", et que sur la pochette, il y a cette tête de cochon (NDR : signée Jean-Baptiste Mondino qui confectionne les jaquettes de Thomas Fersen depuis son deuxième album)

Faut-il voir un sens plus profond dans vos fables ou devons-nous nous arrêter au premier degré des textes ?

Je pense qu'il faut y voir une peinture d'humanité, et un sens parfois plus métaphorique ou qui ne s'arrête pas à la compréhension de la première écoute. D'autant que l'écriture prend du temps si on veut être à la hauteur. Donc parfois, ce n'est peut-être pas aussi gratuit ou aussi simple que je ne pourrais le laisser transparaître.

Comment se dessinent vos albums ? Pensez-vous toujours à un leitmotiv ?

Oui, il y a toujours un thème de départ, une imagerie qui se dessine. Ensuite, des éléments autobiographiques viennent se greffer sur cela. Finalement je suis toujours un peu le personnage de mes chansons. J'ai toujours l'impression de ne parler que de moi. C'est un peu de ma vie qui est dans mes chansons.

Est-ce à dire que l'éloge de la paresse sur " Deux pieds " et " Chat botté ", vous ressemble ?

C'est votre interprétation, et peut-être en effet qu'on peut voir dans ce personnage qui vend des mules en reptile, un vendeur de paresse. Mais là, pour le coup, c'est peu autobiographique, parce que je suis plutôt du genre travailleur. Pour faire des textes qui soient à la hauteur, il faut travailler. Ecrire des chansons n'est pas si simple, et je m'attache à trouver le mot juste, précis. Donc, cela prend beaucoup plus de temps qu'il n'y paraît.

Vous êtes un des rares chanteurs qu'aucun critique n'arrive à comparer à d'autres. Avez-vous conscience d'être atypique ?

Je fais tout pour essayer d'être un peu original ou disons, pour essayer de rechercher une nouveauté sur chaque album, qu'elle se situe à un niveau instrumental ou ailleurs. Mais que l'on dise cela de moi me touche évidemment beaucoup...

Comment s'était déroulée votre rencontre avec Marie Trintignant, pour le duo " Pièce montée des grands jours " ?

On s'était rencontrés pour une émission de radio, dans laquelle elle avait chanté deux de mes chansons. Et pour " Pièce montée des grands jours ", qui est un morceau à deux voix, où une femme parle de la manière dont elle va aider son mari à s'évader de prison, il me manquait la deuxième partie du duo. C'est pourquoi, j'ai pensé à Marie, d'autant qu'on s'était revus entre temps. D'ailleurs, c'est quelqu'un pour qui j'avais le projet de peut-être écrire un album, alors qu'en général, je ne sais pas faire cet exercice ou du moins je ne sais pas écrire sur commande…