L’appel à débrancher des Burning Heads

La formation skate punk orléanaise Burning Heads vient de partager un second extrait de son nouvel opus « All Fired Up ». Attendu pour le 16 octobre 2026, ce disque succède au titre « SOS 2 » publié début septembre. À l'aube de ses quatre décennies de…

Le fossé à franchir par Snake Mountain Revival

« The Divide », le nouvel album du trio psychédélique indépendant américain Snake Mountain Revival, sortira le 23 octobre prochain. Formé sur la côte de Virginie à l’été 2017, Snake Mountain Revival est né de la rencontre entre des univers musicaux très…

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Jon Spencer
Ora Cogan

Malibu Stacy

Des pizzas, des burgers et des frites...

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Quoique responsable d'un premier album de bonne facture (« G »), paru au printemps dernier, Malibu Stacy est avant tout un groupe de scène. Depuis leur victoire au 'Concours Circuit' en 2004, les Visétois n'arrêtent d'ailleurs pas de tourner. Et si vous ne les avez jamais vus en 'live', c'est que vous n'assistez jamais au moindre festival ! Ou alors que vous êtes collés devant votre téléviseur du matin au soir. C'est d'ailleurs à l'issue de leur prestation à Dour que la formation nous a accordé cette interview. En l'occurrence le chanteur David et le bassiste Paulie. Très à l'aise pour parler de tout, même au second degré… sauf de musique. Jugez plutôt par vous-mêmes…

Leur premier opus a donc été enregistré à Bologne sous la houlette de Francesco Donadello (Yuppie Flu). Une expérience humaine qui aurait pu être intéressante. Apparemment ce ne fut pas le cas. Paulie s'explique : « En fait Francesco passait la plupart de son temps à regarder la TV ou à manger des pizzas. Ah oui ; et aussi à régler des pédales durant des heures. Pendant ce temps là, on attendait. Hormis ces quelques détails, il travaille plutôt bien. » David nuance : « Il fait quand même correctement son boulot ? » Paulie reprend déjà le crachoir : « Il est surtout lent ! Mais il y a pire : Matteo (NDR : Agostinelli), le superviseur ! Lui n'en avait strictement rien à branler des sessions. Il passait son temps à accorder des guitares. On doit l'avoir crédité dans les remerciements spéciaux ou quelque chose du style. Ceci dit, Francesco est plutôt compétent. Mais il ne fait pas grand-chose… » Maintenant, le plus important est de savoir si le groupe est satisfait du résultat. Paulie embraie : « Au départ, nous n'étions pas trop satisfaits. Mais en écoutant des disques d'Elvis Presley, on en a conclu qu'on avait fait le bon choix au niveau du son. On s'est même reproché de copier le King ! Plus sérieusement, on voulait un son un peu sourd comme dans les années 50 ou 60. Et finalement, je pense que l'objectif est atteint... » Après l'Italie, la formation s'est envolée aux States. A Los Angeles, très exactement. Pour y tourner le clip de ‘LosAngeles’. Et manifestement, on ne peut pas dire que le voyage leur a laissé un souvenir touristique impérissable. Paulie est néanmoins satisfait de ce périple : « A L.A., j'ai battu mon record de burgers ingurgités. J'en ai avalé quatre de suite. Avec des frites ! Mais cette expédition reste pour moi un excellent souvenir ! Surtout que ces aliments étaient excellents. La viande était bien grillée… » David enchaîne : « Effectivement, leurs burgers sont délicieux. Mais la bière n'est pas terrible… » Paulie confesse : « Mais notre meilleure aventure nous est arrivée le dernier soir. A l'hôtel. En fait, on s'est retrouvé dans une maison de passe. Du côté de Venice Beach. On l'avait aussi bien cherché. Bref, il y avait plein de putes. Et des miroirs partout. Et on s'est bien rincé l'œil (NDR : les yeux ?). Mais le problème c'est qu'on y a dormi. Un peu gênant, quand on voit tous les mecs qui entraînent les prostituées dans les chambres. Non, mais tu imagines te glisser dans un lit en te demandant s'il n'y a pas des traces visqueuses sur les draps. Beuurk ! On partait donc lendemain et on s'est mis à boire comme des porcs. Et on ne s'est réveillé que lorsque les taxis sont arrivés. Si bien que lorsqu'on a repris l'avion, on était complètement déchirés… » Oui, mais ils étaient quand même partis en Californie pour y tourner un clip ? Paulie acquiesce : « Tout à fait ». Et David confirme : « Oui mais on s'y rendait en toute décontraction ! Un peu comme si on prenait des vacances. » Paulie argumente : « En fait on disposait d'un budget qui nous a permis de partir là-bas. Dans une ville où nous rêvions nous rendre. Bien sûr, il y a eu le tournage de la vidéo. Mais l'important, c'est qu'on s'est bien amusés et qu'on a bien rigolé. La seule contrariété vécue a été causée par le décalage horaire… »

Justement à propos de budget, Malibu Stacy a failli ne pas signer chez Bang ! Ce qui méritait une explication. C'est toujours Paulie qui s'explique. « Après avoir sorti l'Ep, Pias nous a contacté pour nous proposer un contrat. En fait, nous n'avions alors pas encore signé chez Bang ! Mais Bang ! nous a rappelé que nous avions enregistré l'Ep chez eux et qu'il n'était pas question d'aller voir ailleurs. On a alors discuté ; et ils ont doublé le budget. On a finalement opté pour le label qui avait effectué la meilleure proposition. Nous souhaitions nous engager auprès de la firme susceptible de mettre le plus de moyens à notre disposition. Nous ne voulions pas gamberger, mais bien avancer. Faire ce que nous avions envie de faire. » David se défend : « Nous avons appliqué une technique rencontrée dans les soumissions d'entreprise. Quand tu envisages de remplacer ta toiture, tu contactes plusieurs entrepreneurs. Et puis tu choisis celui qui te semble le plus intéressant en matière de qualité/prix. On a fait pareil ! »

L'ancien bassiste, Jean-Christophe a cédé sa place à l'ex-claviériste Paulie. Et ce dernier a refilé les claviers à un nouveau venu, Jérôme (présent tout au long de l'interview, mais muet). Mais qu'est devenu Jean-Christophe ? Paulie clarifie : « Il est toujours avec nous. Mais il est devenu notre tourneur. Il a changé de fonction. Et il n'en rate pas une pour nous tancer. Quand on joue, il est derrière la table de mixage. Si j'ai le malheur de louper une note à la basse, il se tord de rire. Et ça me fait chier. Ca me perturbe. Et j'ai alors besoin d'une demi-heure pour me reconcentrer. » Pourquoi a-t-il choisi la basse, alors ? Il se justifie : « Je ne suis pas bassiste, mais guitariste. Et chez Malibu Stacy, au départ, on m'a confié les claviers. Mais lorsque Jean-Christophe a cessé de jouer au sein du groupe, j'ai voulu reprendre la basse, parce que les claviers me faisaient super chier (rires). Je déteste cet instrument. Et Jérôme a pris le relais. J'ai en quelque sorte sauté sur l'occasion pour passer à autre chose. C'est quand même plus marrant de tenir quelque dans la main que de taper sur un truc posé sur un pied. » Le phénomène des chaises musicales, quoi ! « Exactement ! Chaque membre du groupe essaie de monter en grade. Et mon prochain objectif sera le chant… (rires). Il faudra que je porte des lunettes. Arbore un look différent. Sans oublier de laisser pousser une mèche de cheveux sur le côté…  Non c'est pour rigoler. Ca ne marchera pas… »  Et chanter en anglais aussi bien que David. Mais pourquoi chanter dans la langue de Shakespeare, lorsqu'on est francophone ? David réplique : « Chez moi, c'est totalement naturel. A cause de la musique que j'écoutais quand j'étais très jeune. Et puis parce que c'est l'expression qui colle le mieux à la musique pop/rock qu'on pratique. En outre, j'ai vécu un moment en Ecosse et j'aime parler cette langue. »  

Le jeu de scène de David est impressionnant. Il bondit parfois sur les planches comme un chat. Et manifeste une expression corporelle digne des plus grands showmen. Pourtant, il n'a jamais fait ni de théâtre, ni de gymnastique ou exercé une quelconque activité sportive. Il confirme : « Non, jamais. C'est naturel. Mais je ne pense pas que je sois vraiment souple. Disons que j'ai plutôt de la détente. En fait je ne suis pas du tout souple (NDR : il se lève et parvient difficilement à mettre le bout des doigts au sol, les jambes tendues. Dans le même temps, Paulie y pose la paume des mains, sans la moindre difficulté). Paulie se met à frimer : « Ma copine me reproche souvent de ne pas être assez souple au lit. Mais d'y être quand même performant (NDR : vantard !). Pourtant, tu vois, je réussis plutôt bien les exercices de souplesse. En fait, lorsque je fréquentais l'école secondaire, j'ai remporté un prix de souplesse lors du concours de fin d'année. Non, non, je ne déconne pas ! Mais il est vrai que je ne suis pas parvenu à battre le record établi par un ancien élève, dix ans plus tôt. » Pour l'expression théâtrale, David manifeste toujours la même modestie : « Non, non, je n'ai jamais fait de théâtre. Sur scène je ne fais vraiment pas attention à ce que je fais. Ni ne réfléchis à prendre l'une ou l'autre pose… » Qui peuvent néanmoins faire penser à Jarvis Cocker ou à Morrissey… David admet : « J'aime beaucoup la musique des Smiths, même si Morrissey se fait vieux ; et bien sûr de Pulp. Mais mon attitude sur scène n'a strictement rien à voir avec mes goûts musicaux. D'ailleurs, j'aime beaucoup la musique britannique en général… » Evidemment Paulie n'a pas manqué l'occasion d'en rajouter une couche : « J'ai suivi des cours à l'Académie. Et un jour, un type m'a demandé si j'aimais la poésie, etc.  Je pensais qu'il voulait me draguer. En fait, il souhaitait que je rejoigne leur troupe de théâtre. Parce qu'elle ne recelait pas assez de mecs. Ou si tu préfères, il y avait trop de filles à son goût. C'est ce que je voulais dire… »

Sans quoi pour leurs goûts musicaux, difficile de leur tirer les vers du nez. Le Fisher Z de John Watts ? Connaissent pas ! La fin de l'histoire de Weezer ? Un événement peu important, puisque les dernières années vécues par le groupe américain n'étaient quand même plus très convaincantes. Et Paulie d'ajouter : « La plupart des journalistes nous parlent de Weezer comme si c'était une influence majeure. Mais on n'a jamais essayé de s'en inspirer. En fait, on a tous écouté le premier album de cette formation. Qu'on appréciait beaucoup. Par la suite, on n'a plus jamais beaucoup accroché à leur musique. »

Pour votre info, sachez que ce n'est pas le Collectif Jaune Orange qui les a boostés à leurs débuts. Ils ont rejoint l'équipe après le concours. Ce qu'ils ne regrettent pas, parce qu'ils trouvent que les gens qui l'animent sont très chouettes. Et Paulie d'insister : « Finalement, je pense que le Collectif bénéficie aujourd'hui de notre statut ». La jolie fille peu habillée qui figure de dos sur la pochette est un mannequin. Ce qui coupe les ailes au canard selon lequel ce serait une copine des membres du groupe. Ces derniers ne sont pas davantage des fans des Simpsons auxquels ils ont quand même emprunté le nom de la poupée de Lisa. Ils estimaient simplement que le patronyme sonnait bien… Par contre, ils ont bien piqué le célèbre 'Hey you, what's that sound ? Everybody look what's going down', immortalisé par les Rhymes Digitales, pour le reproduire lors de la fin de leur chanson 'Feck'. On imagine donc que le groupe a dû payer des droits d'auteur pour utiliser cette phrase… Paulie rectifie : « Ces paroles ne sont pas des Rhymes Digitales, mais de Buffalo Sprinfield. En fait, au départ, c'est également ce qu'on pensait. Puis, on s'est rendu compte de notre méprise. Et finalement ce n'est pas plus mal, car chez Buffalo Springfield, ils sont presque tous morts. Il ne reste plus que Neil Young. Et à mon avis, il s'en tape complètement de cette reproduction (rires). Notre label nous l'a quand même fait remarquer et aurait souhaité qu'on l'expurge. Or c'est cette version là qui passe le mieux et qui fait en quelque sorte l'originalité de la chanson. Donc on a décidé de la garder. Et jusqu'à présent, on n'a pas rencontré de problèmes… »

Cloé

Drôle d'univers

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Après l'intimisme de « Sapristi », Cloé du Trèfle explore le monde moderne, interroge le quotidien. Elle chante l'amour mais n'en parle pas. Sur le fil du doute, Cloé dévoile un univers oscillant entre minimalisme émouvant et expériences sonores intrigantes. « Microclimat », c'est l'idée d'un univers un peu à part qui a un côté chaleureux, où il fait bon vivre. 'J'imagine un tumulte autour et cet univers où l'on est un peu curieux de voir ce qu'il se passe, et il se passe autre chose?'

Le fait d'avoir travaillé en grande partie chez toi, était-ce une volonté de créer une ambiance particulière ?

J'ai tout composé seule. C'est un peu mon petit laboratoire. J'ai beaucoup travaillé les idées musicales, les textes. C'est donc un peu mon monde dans mon appart', où j'ai mes instruments, mon ordinateur. Puis je vais en studio et Rudy (NDR : Rudy Coclet, son producteur artistique) prend les pistes séparées et m'incite à réenregistrer des prises studio en disant : 'ce serait pas mal d'avoir un petit son de vieil orgue ou de chercher des sons samplés à gauche et droite'. C'est un peu en ping-pong et ça me permet de bosser à l'aise, de prendre le temps, d'écouter des tonnes de choses, notamment des vieux vinyles. D'être fort indépendante.

En expérimentant le son, n'y a-t-il jamais la frustration de ne pas atteindre son but ?

Non. Je suis assez satisfaite. Au moment où je me dis : 'c'est ça', il pourrait y avoir mille autres options ; mais ce moment m'appartient. En écoutant mes vieilles cassettes, mes premiers maxis, mon album de Clover's Cloé ou même mon disque précédent, j'ai une tendresse par rapport à ce passé et je me reconnais, moi, à une certaine époque. Je ne le concevrai plus de la même manière aujourd'hui, mais à cet instant précis, on pose des choix, des actes. Je les assume pleinement.

Dans le paysage musical belge, tu es une sorte d'ovni?

Tu me fais plaisir en me traitant d'ovni (rires). Un autre journaliste m'a demandé si je ne me sentais pas extra-terrestre. On me pose souvent la question. Elle me ravit : j'ai l'impression qu'on a du mal à me caser dans un tiroir 'chanson français classique'. Je pense que j'écoute pas mal de musique. Je suis ouverte à des tas de styles différents. Mais j'ai vraiment mon propre univers. Quand un musicien veut ajouter un truc sur un de mes morceaux, je réponds 'ah non, pas ça' ou 'ah ouais, ça !' J'ignore ce qui détermine ma décision, mais c'est vraiment intrinsèque. J'ai un côté assez hétéroclite. Je ne sais pas toujours ce que je veux, mais je sais ce que je ne veux pas. La ligne conductrice peut paraître un peu étrange. Il est vrai que sur le disque il y a des couleurs musicales assez différentes. Des morceaux clavier-voix et d'autres morceaux parlés, puis chantés, avec des beats de hip-hop derrière ou un vieil orgue. Des vieux sons. Un aspect romantique et des côtés rock, rock-punk. C'est un peu mon univers. C'est moi, à des moments spécifiques, et ça fait un drôle de tout.

Peux-tu citer quelques-unes de tes références ?

Ce matin, j'écoutais Burt Bacharach. Hier, Röyksopp et Amon Tobin. Lali Puna et Joanna me plaisent aussi. Dans le domaine de la chanson française, j'estime que le dernier album d'Emilie Simon (« Végétal ») est vraiment très bon. Schumann, Satie, Dvorak, Prokofiev? Ce qui explique sans doute pourquoi j'en ressors une drôle de musique. Parfois j'achète de vieux vinyles au marché. Ils ont des têtes pas possibles sur les pochettes et je tombe parfois sur des trucs hallucinants. Réalise des découvertes tellement surprenantes. Il m'est arrivé de sampler des petites choses là?

Pourquoi ne plus chanter en anglais ?

En fait, mon premier album était interprété dans cette langue, car à l'époque j'écoutais énormément d'artistes chantant en anglais ; et puis parce qu'il y avait peut-être un réflexe de pudeur. Puis j'ai eu envie de créer un autre projet, en parallèle. Il y avait donc le groupe à cinq et un concept solo. Je me suis dit que j'opterai pour le français. Pour mieux faire la différence. D'où la traduction « Clover's Cloé »/« Cloé du trèfle ». J'ai été présélectionnée pour la Biennale ; ensuite j'ai accordé un concert, puis atteint la demi-finale. Il m'a donc fallu plus de morceaux dans mon répertoire. On m'a alors proposé d'autres dates et le reste s'est rapidement enchaîné. Après, j'ai participé à 'Musique à la française'. A partir de cet instant, les maisons de disques se sont intéressées à mon travail et les événements se sont succédé naturellement. C'était difficile de gérer le groupe en même temps. J'avais de plus en plus de concerts avec Cloé du Trèfle ; mais en même temps je devais me consacrer au projet de l'album. Du coup, j'ai mis le groupe en stand-by. Mais peut-être, dans le futur, aurai-je encore envie de rechanter en anglais. Je commence déjà à réfléchir à mon nouveau disque et j'ai des petites envies?

Pour toi, l'écriture est source de douleur ou de plaisir ?

Du plaisir ! Vraiment. Je compose énormément. La musique naît avant les textes. L'écriture, c'est plus des petites choses du quotidien ou des questions. Le disque précédent était davantage intimiste (NDR : « Sapristi »). Ici, il y a un regard extérieur. J'avais envie d'aborder d'autres thématiques. C'est plus un regard civique et une envie de parler d'autre chose que de mon monde personnel. J'aborde des thèmes comme le recyclage, l'Europe?

Qu'est ce qui te déroute le plus : le monde moderne ou une histoire d'amour ?

Bonne question (rires) ! Les deux sont déroutants, mais je pense qu'on vit dans un drôle de monde et c'est important de se positionner par rapport à cette situation. Je ne veux pas être moralisatrice dans mes textes, mais j'ai envie de soulever certaines questions. Ma compo consacrée à l'Europe, par exemple, est une métaphore de 'Si l'Europe était une femme, qu'est-ce que ce serait ?' L'Europe, c'est un nom de femme, et c'est devenu une entité tellement floue, qu'on n'en connaît plus exactement les frontières. C'est un peu complexe. J'aborde ce thème particulier par une chanson légère ; mais si on lit vraiment le texte, on y détecte quand même un aspect assez cynique et critique par rapport au Vieux Continent.

Le thème du doute est récurrent dans tes chansons. Quelles sont tes certitudes ?

Euh? Je ne sais pas. Chez moi, la musique est un phénomène vital qui produit des émotions très fortes. Je la pratique depuis l'âge de trois-quatre ans. C'est vraiment quelque chose d'important pour moi. C'est dans cet univers que je m'épanouis le plus. Mais j'ignore, par exemple, si un jour j'en aurai marre du marché du disque, du milieu. C'est un cercle restreint. A un moment tu peux te prendre la tête sur 'A quoi sert-il de sortir un disque, de donner des concerts ?' Enfin, pour le moment ça m'éclate complètement. Sinon, je pense qu'on vit au sein d'une époque où il y a de moins en moins de certitudes. Il y a beaucoup de choses à changer. Il existe une stigmatisation de certaines idées, des blocages. Il y a des décisions qui s'entremêlent ou sont complètement absurdes. Il faudrait des vrais changements de société.

Aurais-tu aimé vivre à une autre époque ?

Sur Clover's Cloé, j'ai composé un morceau qui s'appelle « A wrong century » où je dis que j'ai l'impression d'être une nana qui n'est pas née à la bonne époque. Et à la fois, c'est une époque tellement contrastée : elle recèle des choses super intéressantes, mais accuse aussi des pertes de valeurs terribles. On vit dans une ère de plus en plus individualiste, on sacrifie trop les liens sociaux. On s'évertue à scinder les choses ; et c'est assez effrayant. On n'a plus vraiment conscience du sens des valeurs humaines. Je suis allé voir, la semaine dernière, un film qui m'a complètement sidérée : « Le cauchemar de Darwin ». C'est un bel exemple de cette drôle de société dans laquelle on vit?

La notion de temps est également présente dans tes textes. Est-ce quelque chose qui te fait peur ?

Euh?

Il se dégage une sorte d'urgence de vivre?

Ah oui ? Peut-être que oui mais c'est sans doute inconscient. C'est une bonne question (sourire). C'est vrai que je suis quelqu'un qui ne reste pas en place, j'ai toujours envie de m'investir, de rencontrer de nouvelles têtes, de composer, d'envisager de nouveaux projets musicaux. Je n'aime pas glander. La vie est courte, donc animons-là. Mais je n'ai pas vraiment conscience de cette situation. Elle me dépasse un peu. Je ne développe pas beaucoup de desseins à long terme. Je vis plutôt dans le présent, à court terme. Je n'ai pas des grands projets de vie tout tracés? On verra bien?

Goose

Résonances magnétiques

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Cette année, pour danser, inutile de solliciter les charts anglais. L'attraction du moment sévit à Courtrai. Un nom à retenir ? Goose : quatre potes empoignant les meilleures recettes du big beat, de la house et de la techno pour en retirer une substance énergétique à couper le souffle. Signé sur le prestigieux label anglais Skint Records (mère patrie de Fatboy Slim), Goose réunit une collection de tubes remuants, attachants, à coincer précieusement entre les productions de Mr Oizo et des Dewaele Brothers. Au programme : un son saturé, des riffs à terrasser des fans d'AC/DC et une transe discoïde garantie. Bienvenue de l'autre côté de la frontière en compagnie du chanteur de la formation, Mickael Karkousse...

Pouvez-vous retracer le parcours de Goose, vos premiers pas en musique ? Avez-vous toujours opté pour les sonorités électroniques ?

Aujourd'hui, Goose existe depuis près de six ans. En 2002, nous avons eu la chance de remporter le concours 'Humo's Rock Rally'. Cette victoire a considérablement accéléré notre carrière. Mais plutôt que d'enregistrer un album au lendemain de ce concours, on s'est réorienté, en répétant, en composant de nouveaux morceaux. En 2003, un premier single, intitulé « Audience », est passé en radio, essentiellement sur les ondes de Studio Brussel. L'année suivante, le titre « Good Times » nous a propulsé sur le devant de la scène. Ces deux chansons ont été mixées par Teo Miller. Pour nous, c'était très important de travailler ensemble. Son expérience est saisissante : il a collaboré avec une palette éclectique d'artistes internationaux comme Placebo, James, Happy Mondays, Blur ou Das Pop. Cette coopération constituait notre première expérience en studio. A partir de là, Goose a complètement modifié sa façon de travailler. Auparavant, les répétitions constituaient notre principale matrice de création. Mais, après cette première expérience, nous nous sommes scindés pour composer de nouveaux morceaux. Cela présente de nombreux avantages. Le plus important réside certainement dans la polyvalence des musiciens. Aussi, notre batteur est-il également un très bon guitariste. En travaillant de la sorte, Goose a beaucoup évolué. De répétitions classiques d'un groupe de rock typique, nous avons glissé vers des sortes d'ateliers d'expérimentations sonores où chacun apportait sa propre touche créative. Dave, notre guitariste, a commencé à s'intéresser aux synthétiseurs, à chercher dans les sonorités électroniques afin d'y trouver des boucles dont l'impact serait aussi puissant qu'un bon riff de guitare. Nous voulions composer un album très populaire, proche des gens. Il n'y a rien de plus triste que des gens qui s'ennuient lors d'un concert.

Considérez-vous votre victoire au 'Humo's Rock Rally' comme un déclencheur ?

D'une certaine façon, ce succès nous a aidés. Mais cela nous a surtout permis d'évoluer, de réfléchir sur la direction à prendre. Cette victoire au 'Humo's Rock Rally' constituait, en réalité, le signe de notre imperfection. Dans cette optique, on peut considérer que le concours a simplement mis en avant nos qualités. Nous en avons pris conscience. Mais nous souhaitions avancer, travailler et proposer un véritable projet au public.

Vous êtes aujourd'hui signés sur le label anglais 'Skint Records', fort connu pour avoir signé Fatboy Slim à l'époque. Comment êtes-vous arrivés sur ce label ? C'est étrange pour un groupe belge...

Dès le début, nous avons réalisé que notre musique pouvait être écoutée au-delà des frontières du pays. Nous voulions donc trouver un label international. On se disait : 'Qui n'essaie rien, n'a rien !' Pourtant, dans un premier temps, nous avons envoyé des démos aux grandes maisons de disques installées en Belgique. Et, bien souvent, les réactions n'étaient pas spécialement encourageantes... Bref, Dave, notre guitariste, est parti plusieurs mois en tournée avec Soulwax. Au Japon, il a croisé un des représentants du label 'Skint Records'. Quelques semaines plus tard, il le rencontrait à nouveau lors d'un concert en Angleterre. Cette fois, il n'a pas laissé passer sa chance : il lui a donné notre démo. Une semaine plus tard, le label 'Skint Records' venait nous rendre visite à Courtrai !

De nombreux observateurs vous rapprochent de Soulwax Nite Versions et, plus généralement, des frères Dewaele. Comment vivez-vous cette assimilation ?

C'est une bonne chose. A nos yeux, Soulwax est un groupe de grande qualité. Si les gens décident de nous rapprocher de Soulwax, il n'y a pas de problème : implicitement, cela implique simplement que nous jouons de la musique de qualité ! Blague à part, on se sent également proche de Soulwax au niveau de la motivation musicale et des intentions à l'égard du public. Et enfin, ce sont nos meilleurs conseillers. Pour nous, les tournées mondiales, c'est un peu l'inconnu. Dès que nous sommes inquiets, que nous éprouvons des doutes, nous pouvons toujours nous tourner vers Soulwax. Ils sont toujours là pour nous rassurer...

Depuis les festivals d'été, tout s'accélère. Vous jouez dans de grandes salles, votre musique s'exporte. Les Japonais, par exemple, raffolent de votre musique. Ne craignez-vous pas d'être surexposés ?

Pour l'instant, nous gérons cette situation. Nous essayons de ne pas trop jouer en Belgique de façon, justement, à ne pas se trouver surexposé. Là, nous allons commencer une tournée en Angleterre. Nous passerons également par la France, les Pays-Bas, l'Allemagne et le Japon.

A l'écoute de votre album, un constat s'impose : vous alliez aisément les beats électroniques aux riffs des guitares... Comment définiriez-vous le son de Goose ?

Nous ne sommes pas obnubilés par les musiques anglo-saxonnes... En fait, le son de Goose est typiquement belge, fondamentalement européen. Géographiquement, la Belgique constitue indéniablement un carrefour des cultures. Aussi, nous adorons les projets français comme Daft Punk, Air, Phoenix ou Para One. On apprécie aussi des artistes comme Digitalism et Boys Noize. D'une certaine façon, on peut dire que notre son nous ressemble : il est très contemporain ! Notre musique demeure le fruit d'une maturation personnelle. Nous avons bien essayé de collaborer avec d'autres personnes, extérieures au groupe. Mais cela s'est révélé infructueux. On s'est vite rendu compte qu'elles transposaient leur propre vision de notre musique sur le groupe. Malheureusement, il ne s'agissait pas du tout de notre vision des choses... La production et le mixage de l'album ont donc été réalisés par nos soins.

Comment travaillez-vous au niveau de la composition ? Quelle importance accordez-vous aux paroles de vos chansons ?

Au niveau de la composition, c'est très variable. Dans certains cas, nous partons sur des bases instrumentales, tout en essayant de dégager des mélodies vocales. A d'autres moments, nous percevons la globalité d'un morceau. Les paroles de nos chansons n'évoquent rien de sérieux. Il s'agit davantage d'une mélodie agréable à chanter. L'essentiel n'est donc pas à chercher du côté des paroles. Nous cherchons davantage à imaginer des slogans à travers de petites histoires conçues comme des bandes-annonces.

Pour illustrer la pochette de votre album, vous avez travaillé sur un concept de transparence pour le moins original. Où avez-vous déniché cette idée ?

Notre pochette n'est pas inspirée par un autre album. Pour ce premier disque, nous voulions vraiment marquer les esprits. Derrière ce livret qui se dévoile en transparence, notre volonté est d'inviter les gens à se pencher sur le côté personnel de notre musique, de notre univers. Du début à la fin, « Bring It On » devait être irréprochable. Et, en ce sens, il nous a été très difficile de déléguer les tâches liées, de près ou de loin, à la présentation de l'album. Si bien que, pour les 5.000 premiers exemplaires de « Bring It On », nous avons apposé les autocollants nous-mêmes ! Cette démarche méticuleuse nous a demandé une semaine complète... Nous voulions une illustration simple mais efficace. Cela explique aussi le choix des couleurs : il s'agit du code informatique RGB (Red, Green, Blue). En informatique, le rouge, le vert et le bleu permettent de déterminer toutes les fonctions paramétrables. Et puis, sur le dancefloor, ce sont également les couleurs prédominantes. Enfin, ces colorations possèdent aussi une connotation très rétro. Ce visuel constitue donc un ensemble pensé de façon méthodique.

Visiblement, toutes les étapes de votre démarche artistique sont très soignées. Cela vous prend donc énormément de temps... Faudra-t-il attendre aussi longtemps pour écouter votre prochain album ?

Là, il est évident que le processus créatif s'accélérera. Pour l'instant, l'album vient juste de sortir. La question ne se pose donc pas encore. Mais dans les prochains mois, nous devrons nous résoudre à arrêter la tournée pour entrer en studio.

Benjy Ferree

Héros malgré lui

Écrit par
Le regard sombre et sérieux, une belle moustache et une barbe en option, voilà Benjy Ferree, l'incontournable révélation de ce début d'année. Intitulé « Leaving The Nest », son premier album est une pure merveille. De Creedence Clearwater Revival aux Kinks, en passant par les Beatles et Sufjan Stevens, les références se bousculent au portillon de ces dix chansons écrites, pensées et chantées par cet artisan de la mélodie rustique. Barman le jour, chanteur la nuit, Benjy vit à Washington D.C., la capitale fédérale des Etats-Unis. Loin des clichés bureaucratiques de sa ville, il signe le plus beau rayon de soleil de cet hiver.

Ici, en Belgique, le public ne te connaît pas encore. Peux-tu revenir sur ton histoire, ton rapport à la musique ?

J'ai toujours été confronté à la musique. Mes parents chantaient à l'église dans une chorale de gospel. Par la suite, j'ai grandi à Washington D.C. L'endroit grouille de musique. C'est là, notamment que j'ai découvert The Bad Brains et Fugazi, des formations qui ont fondamentalement changé mon existence. La musique m'a toujours enveloppé. J'ai appris à jouer différents instruments : la batterie, la basse et la guitare. Mais je n'ai jamais intégré un groupe. Par la suite, j'ai déménagé à Los Angeles. Deux mois après mon arrivée en Californie, j'ai commencé à écrire des chansons... Je n'avais rien de mieux à faire. Une année, j'ai décidé d'écrire une chanson pour mon frère et de lui offrir pour Noël. A l'époque, je n'avais pas assez d'argent pour lui donner un vrai cadeau... Je suis donc revenu à Washington D.C. pour les fêtes de fin d'année et je lui ai offert une chanson. Il l'a adorée ! Quatre années plus tard, je suis rentré à Washington, commençant à romancer ma version des faits, des choses.

Ta musique n'évoque pas spécialement ce côté citadin. Ton son demeure très artisanal, l'aisance mélodique laisse souffler un vent de liberté qui semble contredire le climat oppressant des grandes villes...

C'est étrange... Et, en même temps, pas vraiment. J'écoute Fugazi à longueur de journée. Pourtant, ma musique reste très éloignée des assauts bruitistes de Fugazi. D'ailleurs, le batteur de Fugazi, Brendan Canty, m'a beaucoup aidé pour enregistrer mon disque. A ses côtés, j'étais un peu comme son petit frère. Il m'a conseillé, aidé à enregistrer, à donner du sens à mon travail. Bref, elle ne sonne pas du tout comme la leur. Mais il est incontestable que leur musique m'a inspiré. Ce raisonnement peut également s'appliquer à Washington. L'atmosphère de mon album ne laisse pas transparaître l'ambiance de la ville. N'empêche, Washington m'a sans doute inspiré car, chaque jour, je suis exposé à son quotidien. Contrairement aux idées reçues, Washington est une petite ville. Cependant, je ne suis pas toujours capable d'expliquer mes agissements, mon mode de fonctionnement. Bien souvent, j'agis par instinct.

En parcourant le site Internet du 'Washington Post', nous avons appris que tu détestais te prêter aux jeux des interviews. Pourquoi nous en accorder une aujourd'hui ?

Là, il faut comprendre... Je suis musicien, pas millionnaire. Quand je ne chante pas, mon portefeuille ne se remplit pas. Donc, je dois travailler, comme tout le monde. Je tiens un bar dans lequel je bosse au quotidien. Un jour, un de mes clients m'interpelle et me demande de répondre à quelques questions dans le cadre d'une interview pour le Washington Post. J'ai répondu : 'Personnellement, je ne vous connais pas. Alors, vous prenez une bière ou un plat ?' Quand je travaille, je déteste parler de ma musique. Ce n'est pas l'endroit. Là, c'est différent : je suis en Belgique pour parler de mon disque, l'endroit est super, il fait beau. Que demander de plus ? D'ailleurs, je n'ai pas beaucoup de temps pour visiter. Mais dès que je reviens, je prends du temps. J'adore Tintin et son chien... Comment s'appelle-t-il encore ? Tontong ?

Tu es signé sur 'Domino', un des plus célèbres labels indépendants. Comment y es-tu atterri ?

Un de mes amis, aux Etats-Unis, travaille pour un magazine distribué à travers tout le pays. Un jour, il a écouté ma maquette et m'a demandé pour la sortir en disque. Il m'a dit qu'il allait créer un label et éditer l'album à 1000 exemplaires. Il croyait en ma musique. Il a donc sorti mon cd et m'a payé pour cette transaction. Je trouvais ça génial : un gars honnête, tenant sa promesse, sans essayer de me berner, juste pour la musique. Peu après, il a téléphoné à des connaissances pour essayer de trouver un plus grand label. A ce moment là, je ne voulais plus en changer. Je souhaitais seulement être signé sur le sien, rien d'autre. Finalement, il a réussi à me convaincre, en me disant que c'était une excellente structure qui laissait une grande liberté aux artistes. Par ailleurs, je ne connaissais pas Domino. Les groupes comme Franz Ferdinand ou Arctic Monkeys ne me disent rien. En fait, c'est simple : je me tape de l'argent, de la célébrité ! Certaines personnes souhaitent de tout c?ur côtoyer la célébrité, pas moi. Si elle arrive, ce sera un accident. Je n'ai jamais cherché à signer un contrat chez cette firme de disques. C'est un concours de circonstance. Le mot 'célébrité' me rend malade : il me fait penser aux tabloïds, à la bourgeoisie. Je ne veux pas faire partie de ce monde...

Dernièrement, tu as accordé des concerts en compagnie d'Archie Bronson Outfit. Vos styles sont assez différents. Ils jouent davantage dans une catégorie pop-rock Alors que, pour ta part, la musique passe par le prisme du folk et de la poésie. Comment le public réagit-il face à ces différences ?

Je ne sais pas comment les gens vivent ces différences. Par contre, je sais comment je les vis, la façon dont je les ressens. Archie Bronson Outfit est devenu mon groupe préféré. Je n'avais jamais eu l'occasion de tourner en leur compagnie. Et, pour revenir à la question précédente, beaucoup de gens me demandent souvent ce que cette signature sur le label « Domino » a changé. Ma réponse demeure identique : Archie Bronson Outfit a changé ma vie. Ce groupe, c'est l'avenir du rock. Et, personnellement, je n'avais jamais eu l'occasion de tourner en compagnie de l'avenir du rock'n'roll. Depuis cette tournée, j'ai l'impression de vivre un rêve éveillé.

Si on présente ta musique comme une rencontre entre Les Beatles, les Kinks et Devendra Banhart, es-tu satisfait ?

Pas vraiment. Evidement, je ne peux pas renier les Beatles. Tous les gosses normalement constitués devraient aimer les Beatles ! Tout comme, on apprécie Bob Marley et les Ramones. Ces groupes sont inévitables. Mais je n'ai jamais essayé de sonner comme les Beatles. Je n'ai jamais entendu une seule chanson de Devendra Banhart. Je possède deux albums des Kinks. Mais je ne les connais pas comme je connais les Beatles. Depuis mon plus jeune âge, je suis attiré par la musique de T-Rex. Cette musique m'inspire vraiment. De mon côté, je ne perçois pas ces influences. Mais si les gens les perçoivent, c'est bien. D'autres personnes dénicheront peut-être d'autres ressemblances. Je n'ai aucun problème avec ça... Par ailleurs, j'aime d'autres choses, complètement différentes. Des trucs comme Jay-Z ou Beyoncé balancent hyper bien ! Néanmoins, ma plus grande influence reste la musique de film. Quand je compose une chanson, je la perçois toujours comme la bande-son d'une pellicule imaginaire.

Sur ton album, tu reprends « A Little At A time », une chanson de Johnny Cash. Pourquoi as-tu choisi de réinterpréter une de ses chansons ?

A mes yeux, Johnny Cash est un saint. Il demeure certainement un des symboles positifs des Etats-Unis. C'était un homme honnête. L'Angleterre a eu John Lennon, les Etats-Unis ont eu droit à Johnny Cash. La chose la plus incroyable, c'est que tout le monde aimerait être Johnny Cash. Il s'est toujours efforcé de produire le meilleur de façon intègre. Parfois, il a échoué. Mais il a toujours essayé. Aujourd'hui, plus personne ne chante comme lui. Pour moi, Johnny Cash est un héro, un modèle d'accomplissement.

Au Revoir Simone

Au plaisir de se revoir

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Musique atmosphérique, voix planantes, claviers volants. Bienvenue dans l'univers d'Au Revoir Simone, trois New-yorkaises aux longues jambes, chantant sous les étoiles pour mieux faire danser les galaxies. Au-delà d'un charme naturel redoutable, les trois égéries revendiquent un goût prononcé pour les mélopées éthérées, petites harmonies flottant entre les chimères béates de Stereolab et l'électronique hypnotique de Broadcast. Annie, Erika et Heather voltigent ici : aux confins d'une voie lactée de synthétiseurs rêveurs. A l'occasion d'un passage sous les cieux bruxellois, Heather redescend sur notre planète. Le temps d'un entretien plutôt terre-à-terre. Bien le bonjour Au Revoir Simone...

 Aux premières heures de « Verses of Comfort, Assurance and Salvation », la presse s'est empressée de vous comparer à de nouvelles CocoRosie. Votre univers s'éloigne pourtant des folk cabrioles des sœurs Casady. Comment avez-vous vécu ce rapprochement ?

 Heather D'Angelo : Pour être franche, je n'aime pas la musique de CocoRosie. La comparaison me semblait donc malvenue. Nos goûts sont davantage à chercher dans les discographies de Stereolab et de Björk. Annie adore Electrelane. Elle estime ce groupe captivant, vraiment ahurissant. Pour nous éloigner, encore un peu plus, de CocoRosie, j'ajouterai qu'Erika se gave d'albums de Broadcast. En fait, nos influences sont tellement différentes de celles de CocoRosie qu'une association entre nos deux univers ne tient pas la route.

 Selon une rumeur persistante, Annie et Erika se seraient rencontrées dans un train. C'est là, dit la légende, qu'elles ont eu l'idée de lancer les bases de votre formation. Concevez-vous votre musique comme le prolongement de cette rencontre : un projet spontané, rapide, traversant villes et villages de façon éphémère ?

 H. : Cette rencontre a été romancée par de nombreux médias. Qui a véhiculé cette rumeur ? C'est dingue... Bref. En réalité, Annie et Erika sont des amies de longue date. Il y a déjà longtemps qu'elles partageaient un amour commun pour les claviers. Au début, le projet ressemblait davantage à un divertissement : on jouait quelques morceaux sur nos claviers en dégustant du thé. C'était surtout l'occasion de se voir entre copines. Ensuite, nous avons décidé de passer à la vitesse supérieure en fondant officiellement le groupe.

 Aujourd'hui, il faut bien admettre que le prénom Simone ne figure plus au top de la mode. 'Appelleriez-vous votre fille Simone ?' A cette question, beaucoup riposterait d'une réponse cinglante : 'Et pourquoi pas Gertrude ?' Bref, votre projet, plutôt hype, est en train de redorer le blason d'un prénom en voie de fossilisation...

 H. : C'est drôle, en effet ! (rires) En fait, notre nom de scène puise son origine dans un film de Tim Burton : « Pee-wee's Big Adventure ». Nous sommes vraiment des fans de Pee-Wee. A un moment, dans le film (il faut absolument le voir !), le personnage de Simone, joué par Diane Salinger, dit 'Au revoir Pee-Wee !' Et, d'un accent américain bien trempé, Pee-Wee répond : 'Au We Woir Si-Mo-Ne'. Imaginez un Américain essayant de parler en français. Et vous comprendrez pourquoi ce passage est si amusant !

 Comment êtes-vous passées de votre salon de thé, spécialisé dans l'art du synthé, à une signature sur le label indépendant 'Moshi Moshi Records' ?

 H. : Un de nos amis a lancé un super blog dédié aux Mp3's. Il est très fort... Il a dégoté de nombreuses découvertes sur la toile. Il a proposé « Through the Backyards » en téléchargement sur son site. Le patron de Moshi Moshi est tombé sur cette chanson en surfant sur le web et nous a contactés. A ce moment-là, nous étions déjà signées sur un petit label japonais, baptisé 'Rallye Record'. Ce label est uniquement implanté en Asie. C'est pourquoi nous sommes également présentes de ce côté-là de la planète. Mais, paradoxalement, nous n'avions aucun label pour le reste du monde. En Europe, la Suède nous accordait beaucoup d'attention. Dans une certaine mesure, nous avions l'impression que les Suédois et les Japonais se ressemblaient. Dans ces deux pays, les gens ont l'esprit large et semblent apprécier le côté pop de la musique électronique. Là-bas, le public laisse volontiers tomber les œillères.

 La chanson « Through the Backyards » a été utilisée pour la bande originale de la série « Grey's Anatomy ». Considérez-vous que ce show télévisé a constitué la clef de voûte de votre succès ?

 H. : Non, certainement pas. Par contre, la série a certainement contribué à élargir notre base de fans, essentiellement d'un point de vue démographique. Aux Etats-Unis, cette série est suivie par de nombreux trentenaires, des gens actifs, impliqués dans la vie professionnelle. Pour ma part, je ne connaissais même pas la série... Cependant, mes parents ont trouvé ce concept génial... Leur fille posait sa voix sur une des chansons de leur série du moment : rendez-vous compte !

 Outre cette expérience télévisuelle, votre musique a également touché le nerf sensible de David Lynch. Aujourd'hui, ce n'est plus un secret : le réalisateur demeure un de vos plus fervents admirateurs... Comment a-t-il découvert Au Revoir Simone ? David Lynch serait-il, lui aussi, fan de « Grey's Anatomy » ?

 H. : Non ! (rires). Notre rencontre s'est déroulée de façon... disons... romancée ! En janvier dernier, nous avons participé à une présentation chez 'Barnes & Noble', une des plus grandes librairies américaines, sur Union Square, à Manhattan. Chaque année, elle organise de nombreux événements. Pour notre part, nous avons participé à une manifestation baptisée 'Upstairs at the Square'. Son organisatrice s'appelle Katherine Lanpher, une journaliste, qui a toujours rêvé d'associer les musiciens aux écrivains. Ce projet peut sembler étrange. Mais, en réalité, il est vraiment excitant. Cette fois, elle décidait d'inviter David Lynch pour annoncer la sortie de son nouveau livre : « Catching the Big Fish ». En réalité, c'était notre idée d'associer la musique d'Au Revoir Simone avec le bouquin de David Lynch. Nous ressentons une connivence latente entre notre musique et son univers. Nous lui avons donc envoyé notre album. Et il a accepté l'idée. Son livre est très intéressant. Il s'agit d'une véritable source d'inspiration artistique. Après ce concert chez 'Barnes & Noble', il est devenu fan de notre univers. C'était, d'une certaine façon, le monde à l'envers ! Il a commencé à parler de nous dans ses interviews, lors de conférences de presse... C'est complètement fou !

 Un de nos chroniqueurs s'est un jour posé la question de savoir si la musique d'Au Revoir Simone n'était pas 'un truc de filles fait par des filles pour des filles'. Peut-on classer votre musique dans le dossier 'suffragettes musicales, spécialisées dans les rêveries féministes' ?

 H. : Nous sommes un groupe de filles, composant de la musique pour d'autres filles ? C'est intéressant... Je ne sais pas. Une chose est certaine : nous sommes un groupe de filles ! Cependant, je pense qu'en concert, notre audience se compose aussi bien de filles que de garçons. Peut-être plus de garçons encore... (rires) De manière générale, notre public est mixte. Cependant, au Japon, notre assistance est essentiellement composée de filles. Et là, je ne m'explique pas...

 Récemment, vous avez accompli une tournée en compagnie de We Are Scientists...

 H. : Dans un premier temps, nous nous sommes lancées dans un long périple à travers les Etats-Unis. Ensuite, les musiciens de We Are Scientists nous ont proposé de les accompagner en Europe pendant cinq semaines. C'était vraiment une longue tournée...

 Une tournée plutôt festive... Sur 'You Tube', on peut voir une vidéo, filmée à l'arrache, de votre tournée en compagnie de We Are Scientists... On vous surprend, dans le tour bus, chantant et dansant sur le « Young Folks » de Peter Bjorn & John...

 H. : (Rires) Pendant cette tournée, c'était la première fois que nous écoutions ce morceau de Peter John & Bjorn... Et je ne peux pas expliquer l'effet que nous a procuré ce titre... Mais nous étions véritablement obsédées par cette chanson. Dans le tour bus, nous passions ce morceau en boucle, en dansant et en reprenant les paroles en chœur. C'était un rituel. Quand nous sortions après un concert, on s'empressait d'aller trouver le DJ pour lui réclamer « Young folks ». Ce sont d'excellents souvenirs. En fait, en tournée, la vie n'est pas toujours très rose... Parfois, tu te sens fatiguée, un peu dépressive, loin de ton foyer, de ta famille, de tes amis. Sans compter le stress et la pression de jouer chaque soir, de respecter les horaires, de trouver les clubs, etc. Bref. Cette chanson a constitué une formidable échappatoire pour nous. Elle nous rendait heureuse. En 2006, « Young folks » a été ma chanson préférée. Sans aucun doute.

 A l'écoute du nouvel album, on est assez touché par le charme mélancolique qui en émane. Etes-vous des personnalités éplorées par nature ?

 H. : Nous sommes certainement atteintes d'une certaine mélancolie... Bon, entendons-nous bien : Au Revoir Simone n'est pas un trio de suicidaires ou de demi-folles dramatiques ! D'ailleurs, en général, dans la vie, nous sommes des filles heureuses. Mais, peut-être, sommes-nous mélancoliques des choses heureuses de la vie, des événements extraordinaires qui la façonnent. D'ailleurs, pour être précise, je pense que, dans notre cas, il s'agit davantage de nostalgie que de mélancolie. 

 Pensez-vous que notre époque soit propice à la nostalgie ? Et donc, en un sens, propice à la musique d'Au Revoir Simone ?

 H. : Aujourd'hui, le monde tourne un peu à l'envers... Chaque génération a sans doute posé cette réflexion, un jour. Mais là, je le pense sincèrement. Les choses changent, le monde évolue et tout empire. Spécialement aux Etats-Unis. Une fois de plus, nous sommes impliqués dans une guerre, la société débloque complètement... C'est vraiment une drôle d'époque.

 Quelle est, à vos yeux, la principale différence entre « Verses of Comfort, Assurance and Salvation » et « The Bird of Music » ?

 H. : « Verses of Comfort, Assurance and Salvation » doit davantage être perçu comme une collection de chansons. Chacune peut être conçue comme une unité élémentaire. Après ce premier album, les choses se sont décantées. Nous avons alors commencé à bosser sur l'image du groupe, son identité. Depuis ce premier enregistrement, nous avons parcouru un bout de chemin ensemble... Pour « The Bird of Music », la musique d'Au Revoir Simone est devenue une version synthétisée de nos trois personnalités. En commençant à jouer ensemble, nous n'attendions rien, nous n'espérions rien... Ce qui explique le côté indépendant des chansons du premier album. Pour le deuxième, toutes nos compositions ont été pensées en fonction de ce disque. Nous savions qu'elles allaient se retrouver sur un album. Cette fois, on peut réellement le comprendre dans sa globalité. Je crois qu'il s'agit là de la plus grande différence entre ces deux enregistrements.

Oi Va Voi

Définitivement socialement engagés !

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Dès 2005, les membres de Oi Va Voi se lancent dans l'écriture du successeur de « Laughter through tears », premier essai remarqué à juste titre, en 2003. Parfait exemple de la difficulté du deuxième album, les ennuis s'amoncèlent pour le combo londonien : leur vocaliste KT Tunstall décide de se lancer en solo, ils se séparent de leur maison de disques et de la violoniste Sophie Solomon. Les premières sessions d'enregistrement ne marchent pas et un des membres du groupe tombe gravement malade… Deux ans plus tard, un opus éponyme tombe dans les bacs. Obstacles, mais aussi soif de rencontres culturelles et de conscientisation sociale, le batteur et percussionniste de la formation, Josh, fait le point.

Josh : Ce qui est particulier dans ce qu'on réalise est le fait de ne pas disposer de chanteur attitré pour donner le ton à l'album. En ce sens, on se rapproche sans doute de l'univers de Massive Attack. Les chanteurs sont des invités. KT (Tunstall) était la vocaliste au départ. Elle a toujours envisagé une carrière personnelle ; donc on savait depuis toujours qu'il faudrait la remplacer, même après avoir enregistré « Laughter through tears ». KT a décidé de faire son parcours exceptionnel et aujourd'hui elle vend des millions de disques. Nous avons éprouvé des difficultés lorsqu'on a commencé à enregistrer car on ne trouvait pas de chanteuse qui soit assez bonne, en comparaison à KT. Elle faisait un boulot tellement épatant sur le premier cd…

Vous avez fini par trouver…

J. : On a auditionné des centaines de filles ; certaines avaient de belles voix, mais aucune ne recelait cette qualité d'anglitude'. Elles étaient davantage destinées au r'n'b américain. Finalement, on a rencontré Alice qui possède cette caractéristique. Même si elle ne se réserve que trois titres, il est très important de disposer de cette véritable voix anglaise sur l'album.

Autre changement, Sophie Solomon a quitté le line up. C'est la violoniste australienne Haylie Ecker (NDR : ex-membre du girls band classique Bond) qui vous a rejoint. Comment avez-vous vécu ce changement ?

J. : Nous avons commencé à penser au nouvel album en 2005. Sophie a annoncé qu'elle voulait se lancer dans une carrière solo tout en continuant à jouer chez Oi Va Voi. Ca ne marchait pas vraiment, donc elle est partie. Difficile de se séparer de quelqu'un quand on partage un même projet pendant près de cinq ans. On a commencé le groupe ensemble, en épousant des objectifs semblables. Mais on devait se montrer capables de dénicher une remplaçante. On avait déjà joué en compagnie d'autres violonistes, dont Haylie…

Mike Spencer est votre nouveau producteur. Comment s'est déroulée cette collaboration ?

J. : On a rencontré Mike Spencer après la première année qui nous a valu tant de déboires. C'est un producteur exceptionnel. Il collabore auprès de personnages très connus tels que Jamiroquai ou Kylie Minogue ; mais il exerce également des activités très intéressantes ; il coopère notamment au Programme Alimentaire Mondial… Il s'est concentré sur notre groupe, a compris la situation dans laquelle nous vivions. Il nous a indiqué que les premiers enregistrements étaient de bonne facture, mais recelaient des manques. Il est la personne qu'on cherchait, il nous testait en nous posant des questions pertinentes afin de nous pousser vers les meilleures directions.  

Vous avez enregistré en Israël et à Londres, quelle était votre approche?

J. : Lorsqu'on a commencé le processus, il n'était pas vraiment nécessaire de se rendre en Israël. Mais les évènements survenus en 2005 dans le groupe ont rendu les choses tellement difficiles qu'on a ressenti la nécessité de changer d'air. Nous connaissons de bons amis là-bas et on aussi de très bons musiciens. On sentait qu'il serait passionnant de se plonger dans un nouvel environnement, de s'en inspirer. On a donc suggéré l'idée à Mike qui nous a dit non, parce que c'était trop cher. On a insisté en arguant qu'on avait vraiment besoin de changer de décor mais il refusait toujours. On ne lui a plus lâché les baskets. A tel point qu'il en a eu marre et a fini par accepter (rires). On y a enregistré les trois premiers morceaux. Avec le recul, ce caprice peut paraître stupide, mais il fallait vraiment qu'on y aille pour prouver ce dont on était capables.

Votre premier album a été réellement acclamé par la presse, comment expliquez-vous ce succès critique?

J. : C'était vraiment fou de récoler autant de succès critique pour le premier cd, car on n'attendait rien de ce disque. Eventuellement, quelqu'un vous dit qu'il a aimé. Mais soudain, tu lis que c'est vraiment bien. Un gars du Pérou nous a avoué que notre musique l'a touché plus que toute autre chose. On réalise alors ce qui se passe. C'est très excitant. Des profs nous ont écrit pour nous dire qu'ils avaient utilisé la chanson « Refugee » en classe, pour parler de l'immigration aux enfants. C'est aussi une chanson d'amour ; on peut la comprendre de deux façons. Le fait de savoir que notre musique touche des gens est sans doute la raison pour laquelle on a pu surmonter l'année 2005. Et nous a donné l'envie de recommencer…

Justement, votre musique embrasse une large panoplie de sentiments. Quel est le meilleur endroit pour écouter votre disque ?

J. : … Heu ? … Bonne question…  Où pensez-vous que ce soit ? (Rires)

Je vous le demande ?

J. : Je pense qu'une chanson comme « Dissident » est à apprécier en solitaire, les écouteurs dans les oreilles, quand il y a trop de gens autour et que vous voulez disparaître. « Black sheep » me semble plutôt correspondre au matin. A écouter au réveil. « Worry line » est davantage une chanson pour la route. Il est vrai qu'on couvre une palette d'émotions ; donc les chansons ne peuvent s'écouter au même endroit. Il y a une place pour chaque chanson. J'y réfléchirai… (Rires)

Peut-on parler d'une famille 'Oi va voi'? Quel est votre sang commun ?

J. : Oi Va Voi s'est formé fin 1999, alors qu'on venait tous de groupes différents : funk, rock, hip hop, jazz... Lorsqu'on a décidé d'entamer l'aventure, quelques-uns étaient déjà allés en Russie et avaient découvert cette musique fantastique. D'autres s'étaient rendu en Europe de l'Est et y ont connu la musique des Balkans, qui n'était pas encore à la mode. Très vite, c'est ce qui nous a passionné et lié. Nous étions tous curieux de cette musique et de ce qu'elle signifiait pour chacun d'entre nous, car chaque membre du groupe possède de la famille en Europe de l'Est ou au Moyen-Orient. On se demandait ce que signifie être en partie juif, non pas au sens religieux mais au niveau culturel. On voulait donner une identité yiddish à Londres. C'est vite devenu notre sang commun et la raison d'exister de notre groupe. Tous les groupes revendiquent cette raison d'être : jouer du blues, de la musique américaine, etc. La nôtre était de jouer ce son étonnant issu d'Europe de l'Est.

Vous considérez-vous comme un groupe socialement ou politiquement engagé ?

J. : Définitivement socialement. Politiquement ? Le groupe n'a pas de ligne politique, nous sommes cinq et on ne partage pas toujours exactement les mêmes idées. Il n'y a pas de porte-parole non plus. Socialement, nous sommes très éveillés. La problématique des émigrés ou des réfugiés est importante pour nous. Leur situation est déformée en Grande-Bretagne par les médias qui se contentent de mettre en avant des faits pour montrer comment les événements se passent. Mais il y a plusieurs façons d'en parler. Notre musique et nos textes, c'est notre façon de nous impliquer là-dedans.

Cet album a été particulièrement difficile à réaliser. Pensez-vous déjà au suivant ? Des envies ?

J. : Cet album a vraiment été très difficile à réaliser. Il nous faudra un long break pour penser au suivant. Je suis un peu fou ; donc j'ai commencé à y penser il y a quelques jours, mais c'est dur à dire. Heureusement, on a l'opportunité de se rendre dans de nouveaux coins pour le prochain. Aussi captivants. Mais où ? Je l'ignore encore. On aime beaucoup l'idée de collaborer en compagnie de différents musiciens. Travaillera-t-on avec un musicien flamand épatant, dans le futur ? (rires) Nous apprécions tout particulièrement incorporer à la musique anglaise des nouveaux sons issus de différents pays. C'est ce qui fait notre particularité et on a la chance de pouvoir le concrétiser. On ne veut pas devenir un de ces groupes qui, par vanité, vont là où ils le veulent ; il faut qu'il y ait une raison. On doit encore trouver de bonnes raisons pour visiter d'autres lieux (rires)…

Electro dance, world music, trip hop… dans quel rayon espérez-vous trouver votre album chez un disquaire?

J. : Certainement pas en world music, on n'a jamais voulu adhérer à ce courant. Qu'est-ce que la musique du monde ? Tout ce qui vient d'ailleurs ? Ca ne veut rien dire, c'est beaucoup trop large. On n'appartient pas à l'électro, ni au trip hop. Je dirais qu'on est rock, pop. Même si personne ne partage mon avis… (rires) 

Tom McRae

`J'aime l'idée que la musique pop soit populaire'

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De Tom McRae, on connaissait la voix, l’écriture intelligente et les mélodies poignantes. Désormais, il faut compter aussi sur ses envies pop, sans toutefois délaisser la mélancolie. ‘King of cards’, quatrième album déjà, prouve que le chanteur poursuit sa route empreinte de doutes, de colère mais également balisées de notes plus optimistes. Si « Tom McRae » (2001) se révélait en noir et blanc et « Just like blood » (2003) sonnait plus rouge, le nouvel opus du songwriter surprend par sa palette de couleurs.

Je pense que « King of cards » est multicolore. Comme un paquet de bonbons, une boîte de chocolats, c’est très éclectique. Je voulais que chaque chanson soit différente, ait une ambiance particulière. Les autres albums s’inscrivaient dans un certain ton, je ne voulais pas faire quelque chose de similaire. Celui-ci est plus lumineux. Autrefois, on n’écoutait pas un disque de Tom McRae avant de sortir le vendredi soir ou quand on se sentait heureux, par exemple. Je voulais le réaliser, parce que je ne l’avais jamais effectué. Mais ça ne veut pas dire que le prochain ne sera pas sombre et déprimant.

Le titre de l’album provient de la chanson « Sound of the city », pourquoi l’avoir choisi?

Le livre que je lisais en écrivant les chansons parlaient d’Houdini, connu aussi pour être le ‘roi des cartes’, car il a commencé sa carrière en accomplissant des tours de cartes. Beaucoup de chansons parlent de magie, qu’elle soit liée à la religion, à la politique, à l’amour… C’est l’idée de l’album. Et puis, « King of cards » est un titre qui sonne bien…

Vous abordez des thèmes tels que la fuite, l’identité, la disparition… Est-ce la trame du disque?

C’est la trame de ma vie ! Je ne sais pas exactement ce que je fais, ni ce que j’essaie d’être ni où je vais. Je ne suis même pas sûr d’opérer les bons choix ; peut-être devrais-je juste disparaître… Ce sont des questions que je continue à me poser tous les jours. Je n’avais pas envisagé de les traduire sur un disque, mais elles transparaissent dans la musique.

Ce disque est plus éclectique, craignez-vous de vous répéter au fil des albums ?

Je n’ai pas peur, je ne le veux pas. Il ne m’intéresse pas de reproduire ce que j’ai déjà accompli auparavant. Le premier disque était sombre. Je voulais, en réaction au précédent, que le deuxième soit différent. Mais je ne crains pas de me répéter.

Le premier opus a été reconnu comme coup de maître, n’est-ce pas la manière la plus difficile de commencer une carrière ?

Je ne sais pas. J’ai toujours envie de me dire que l’album en cours sera le meilleur. Quand je réécoute le premier album, je me dis que telle ou telle partie était bonne, pareil pour le deuxième etc. Mon meilleur album est probablement un peu de tous. Je ne pense pas avoir déjà exécuté un chef d’œuvre. J’espère toujours y parvenir lors du prochain…

Y a-t-il, pour ce disque, une volonté d’être plus accessible ?

Oui.

Cela signifie-t-il qu’il faut renoncer au dépouillement?

(Il rit jaune) J’aime l’idée que la musique pop soit populaire. J’aime les chansons pop: parfois c’est simple et triste, mais ce sont toujours des chansons pop. Il me plait de penser que sur cet album je pourrais toucher des gens qui ne seraient peut-être pas attirés à la base par ma musique. J’essaie de mettre plus de sucre dans les ingrédients pour voir si cette recette attirera d’autres personnes. Je ne l’avais jamais tenté avant. De nouveau, c’est quelque chose de neuf. Je ne renonce à rien, pas au côté obscur, ni à la mélancolie qui est toujours présente. Je travaille déjà pour le prochain album. Il sera encore plus mélancolique que tout ce que j’ai pu réaliser à ce jour.

La chanson "Keep your picture clear" diffère de ce que ce vous composez habituellement. Quelle était l’idée ?

J’aime les surprises, en musique. J’aime réécouter plus tard ce que j’ai concocté et me dire ‘ça ne sonne pas comme moi, c’est brillant !’, parce que j’en ai marre de ma voix, de ma façon de penser. C’est une de mes chansons préférées, elle commence jazzy, pas vraiment comme Tom Waits mais il y a cette sorte d’esthétique, avec ces claquements de doigts. Et s’achève par quelque chose de très fort, de très rock.

J’ai lu que vous aimiez AC/DC ?

(Rires) Quand j’étais enfant, les premiers groupes qui me plaisaient relevaient du heavy metal : AC/DC, Iron Maiden…

C’est très différent de ce que vous pratiquez aujourd’hui…

Je pense que toutes les musiques sont les mêmes. Je ne pense jouer de la musique folk, mais les compos de heavy metal peuvent être interprétées en folk ; tout dépend seulement de la manière de les jouer.

‘Houdini and the girl’ se réfère au fameux magicien. Vous comparez-vous à lui d’une manière ou d’une autre?

Oui. Quand vous regardez un magicien, surtout ses tours de cartes, vous savez ce qu’il fait, vous connaissez le truc, mais vous voulez croire que c’est magique. La musique est ainsi : ce n’est que de la musique, mais elle offre quelque chose de plus fort, de plus grand. Etre un musicien, c’est être un magicien.

Votre chanson « The ballad of Amelia Earhart » parle de cette aviatrice qui eut une vie incroyable et une mort tragique. Est-ce une héroïne pour vous ?  

Je ne sais pas si c’est une héroïne mais je suis fasciné par les gens qui sont des pionniers. Ce n’est pas seulement le fait qu’elle était pilote, elle a traversé l’Atlantique et parcouru le monde mais surtout qu’à cette époque cette expérience a dû être très dure pour cette femme. Elle devait être incroyablement courageuse. Houdini fut la première superstar mondiale, connu dans le monde entier par ses tours épatants. Ce n’est pas seulement le mystère ou son art à disparaître qui me passionne ; mais surtout le fait d’avoir été le premier à le réussir. J’aime les pionniers.

Pensez-vous être un pionnier ?

Absolument pas, en aucune façon. Je n’ai rien créé de différent, je pratique de la musique pop.

Dans « Lord How Long », évoquez-vous la guerre en Iraq ou en Afghanistan?

Oui, j’ai toujours écrit au sujet de la politique. Il y a au moins une chanson qui en parle sur chaque album. Je vis dans un monde réel, donc je suis fâché par certains événements alors que d’autres m’attristent. Ces réactions se ressentent dans les chansons. Il est très difficile d’écrire au sujet de la politique car tout le monde s’y est déjà frotté. Bob Dylan en particulier. Mais rien n’a changé. Pareil pour le Live8. Les gens en ont marre de la musique et la politique. Mais je pense qu’il est très important de se mouiller, d’exprimer ses sentiments ; même si ça ne change rien. Je le manifeste d’une façon très personnelle sur « Lord How Long », mais aussi sur « Keep your picture clear ». Il ne s’agit pas de parler de ‘comment sauver le monde, comment le nourrir…’ mais juste de dire comment je me sens.

C’est par la musique que vous affirmez votre position quant aux conflits ?

Pas seulement. J’ai participé à nombreuses manifestations pour émettre des protestations. J’ai écrit des lettres. Je suis honteux et gêné.

« On & on » est une chanson assez forte, vous attaquez Dieu ?

Absolument, très explicitement. Je ne crois pas en Dieu.

Votre père était pasteur…

Oui, il l’était.

Vous éprouvez quand même de la colère face à Dieu ?

On ne peut pas être fâché sur ce qui n’existe pas, donc je ne suis pas fâché sur Dieu. Ce qui m’importe, c’est que les guerres sont menées par des gens clamant leur religion comme une cause. Peu m’importe que l’Eglise catholique veuille interdire l’utilisation du préservatif en Afrique et qu’en conséquent le SIDA se répande. Peu m’importe que les fondamentalistes islamiques causent la perte du destin des musulmans qui sont considérés comme radicaux. Il y a beaucoup de fous dans le christianisme comme dans l’islam. La religion est une arme très dangereuse. Sous toute autre forme, une arme serait interdite. On interdit le revolver, la religion, c’est la même chose.

Peut-on tout dire en musique ?

Je pense que la musique jouit d’une liberté totale. On peut parler de mort, d’amour, de sexe, de religion… Il n’y a pas de règles. Ca ne fait pas de différence, c’est juste de la musique.

Les médias vous décrivent souvent comme un songwriter sombre. Partagez-vous leur point de vue ? 

Je pense que c’est vrai, mais j’aime la mélancolie. Mes livres, films et groupes préférés, sont tous mélancoliques. C’est une émotion que j’aime. On n’est pas heureux tous les jours, il y a des hauts et des bas. La mélancolie résume ces états d’âme.

Comment imaginez-vous les auditeurs qui écoutent votre musique?

Je n’y pense pas, d’aucune façon. Cette idée ne me traverse même l’esprit. Je pense que je ne suis pas unique : si j’écris des chansons que j’aime, qui m’émeuvent, je pense que des gens les aimeront aussi.

Que ressentez-vous lorsque vous jouez vos chansons intimes devant un large public ?

Ce n’est pas différent pour moi, ce sont juste des chansons. Je ne monte pas sur scène en cherchant à ressembler à quelqu’un d’autre. J’aime l’idée que sur scène je ne doive pas porter de masque, je peux juste me révéler comme je suis. Ca ne me parait pas bizarre de faire ça, c’est naturel.

Si vous écriviez pour d’autres artistes, lesquels choisiriez-vous?

J’aime vraiment écrire des chansons pour des songwriters country. Surtout les femmes. Patty Griffin… Elle a une voix exceptionnelle et c’est une songwriter de génie. Sinon, Emilie Harris… J’aime les chanteuses country.

Quelle est, selon vous, la meilleure chanson jamais écrite ? Et le disque le plus accompli ?

C’est une question très difficile pour les musiciens parce qu’il y en a tant. Je deviens de plus en plus obsédé par l’écriture des chansons. « Wichita lineman » de Jimmy Webb, interprétée par Glen Campbell, dans les années septante et plus récemment reprise pas Johnny Cash. C’est probablement ma chanson préférée de tous les temps. Meilleur album? « Abbey Road ». Il y a tout sur cet album : des chansons que j’aime, d’autres que je n’aime pas. Un bon album devrait comporter des chansons qu’on n’aime pas. Des paroles brillantes. Les Beatles ont tout fait et sur cet album ils l’ont fait.

Pensez-vous consacrer toute votre vie à la musique ? Dans la négative, que comptez vous entreprendre ?

C’est intéressant… Je ferai de la musique tant que j’aimerai ça. Je ne fais que commencer et je ne veux pas arrêter ici. Si je devais faire autre chose ? Quelque chose de physique, où j’ai les mains sales et je transpire. Abattre des arbres… Non ! Pas abattre! Planter des arbres. Quelque chose comme ça…

 

The Jai Alai Savant

Une histoire de casquettes...

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The Jai Alai (prononcez The hi-a-lie-sa-vant) est un sport populaire mais particulièrement dangereux pratiqué au nord-est des Etats-Unis. Soit dans le Rhode Island, le Connecticut et la Floride. Ce sont d’ailleurs les seuls états où il est autorisé. Les joueurs le plus talentueux sont surnommés Jai Alai Savant. C’est également le patronyme choisi par un trio fondé par Ralph Darden. Préposé à la guitare, au chant, compositeur et lyriciste, ce musicien noir porte, en outre, de multiples casquettes. Il nous en parle au cours de cette interview. Mais tout d’abord, pourquoi avoir choisi un nom aussi difficile à prononcer pour son groupe ?

« Avant de fonder la formation, je savais déjà que j’allais l’appeler The Jai Alai Savant. Cette idée remonte à l’époque où j’étais coursier à Philadelphie. Ce métier fait partie de la liste des 10 activités les plus dangereuses au monde. Parmi les autres, on y trouve plongeur, chauffeur de taxi à New-York et la pratique du Jai Alai. Ce sport puise son origine au Pays Basque (NDR : on suppose qu’il s’agit de la pelote basque revue et corrigée suivant la philosophe yankee ; pensez au soccer devenu aux States le football américain) et a émigré en Floride via Cuba. On y dénombre de nombreux blessés à l’issue des rencontres, parfois graves ; et 3 à 4 personnes y perdent la vie tous les ans. En outre, ce sport suscite des paris clandestins… J’ai réfléchi à cette situation et en choisissant ce patronyme, j’ai voulu souligner ses risques » Tiens quelque part, ce Jai Alai me fait penser au film culte ‘Rollerball’. L’occasion de lui poser la question. « Non, sincèrement, je ne l’ai jamais vu. Mais au vu du scénario que tu me décris, je ne vais pas tarder à essayer de me le procurer pour le visionner… » Avant de s’installer à Chicago, Ralph a donc vécu à Philadelphie. Mais quel est son parcours comme musicien ? « Il y a neuf ans, je jouais au sein d’un groupe qui répondait au nom de Franklin. Lorsque cette aventure s’est terminée, j’ai essayé de développer mes talents comme producteur. J’ai toujours aimé toucher un peu à tout. Comme jouer de différents instruments. Ou écrire des chansons. Finalement, je me suis lancé dans un projet solo. Et j’ai commencé à chercher des collaborateurs pour me produire en ‘live’. J’ai toujours été attiré par la scène. C’était il y a 5 ou 6 ans. Depuis, le line up a subi six changements avant de trouver sa formule définitive. La dernière en date est celle en compagnie de laquelle je tourne actuellement… »

Deuxième casquette, Ralph s’est forgé une réputation de DJ sous le pseudonyme de Major Taylor à Philadelphie, auprès des Diplo et autre Hollertronix. Mais depuis qu’il a émigré à Chicago, enflamme-t-il encore les soirées des dancefloors ? « Plus à Philly ! Mais bien à Chicago. J’aime jouer sur cette dualité de mon identité. Et passer de l’une à l’autre. Avant même de jouer au sein de Franklin, j’assumais déjà ce rôle de DJ. Et personne ne soupçonnait que je jouais aussi dans un groupe. La séparation entre ces deux registres est claire et nette. Très tranchée même. Oui, j’accomplis encore ce double job. Parce que ce sont des expériences à la fois très chouettes et excitantes. » Mais comment s’est-il débrouillé pour signer son groupe chez City Slang ? « C’est une histoire amusante. Un de mes amis était producteur à Chicago. Et il avait invité un de ses potes chez lui. Un Allemand (NDR : Christof Ellinghaus, le boss de City Slang). Il l’a conviée à une soirée, au cours de laquelle Dj Major Taylor se produisait ( ?!?!?) et lors de la soirée, ce Christof a confié à son ami que le DJ était terrible. Et mon ami de lui répondre ‘Et encore, tu ne l’as jamais vu quand il se produit avec son groupe’. Je l’ai rencontré et je lui ai remis une démo. Il est retourné en Allemagne et puis il nous a oubliés. Puis un beau jour, la démo est étrangement réapparue. L’avait-t-il retrouvée ? Toujours est-il qu’il a décidé de sortir l’ep, puis nous a invités à enregistrer l’album. Cependant, on est parti en tournée européenne avant qu’il ne paraisse… » (‘Flight of the bass delegate’ est sorti le 7 avril). Pour enregistrer cet opus, TJAS a reçu le concours de quelques collaborateurs et notamment de cuivres. Ralph précise : « Oui, oui, tout à fait ! Bruce Lemon, tout d’abord. Un saxophoniste qui joue chez Jacuza (orthographe non garantie). Le trompettiste Fred Erskine. Il était chez Hoover. A une certaine époque nous nous sommes côtoyés au sein de Just A fire. Un musicien fantastique ! Il joue aussi du clavier. Damon Locks du groupe The Eternals (mais aussi de Trenchmouth) aux backing vocaux. Damien Thompson des Watchers. Il se charge des percus sur deux ou trois plages. Si jamais ces gars tournent à Chicago, ils mettront un point d’honneur à venir nous voir sur scène. Et ils n’hésiteront pas à monter sur les planches pour nous rejoindre. J’estime que recevoir la collaboration d’invités est une expérience très enrichissante… » Et pour la production ? (sur le ton de la boutade) « Major Taylor (NDR : c’est lui !) Je suis très satisfait de son travail. Il a été très coopératif sous tous les domaines. J’émets les idées, fixe les objectifs et il les met en pratique. En outre, il n’est pas avare de suggestions. Non, vraiment, nous avons eu beaucoup de plaisir à travailler ensemble » (NDR : comme quoi le dédoublement de personnalité…) Troisième casquette ! Le tout premier Ep, ‘Thunderstatement’ était paru sur le label d’Omar Rodriguez (Mars Volta), Gold Stadard Lab. En 2005. A-t-il encore des nouvelles d’Omar. « Il y a un bon moment que je ne lui ai plus parlé. Il possède un appartement à Brooklyn, mais il n’y habite pas. La dernière fois, c’était lors d’un festival musical à New York. Et j’ai séjourné quelques jours chez lui. Dès qu’on aura l’occasion de se revoir, ce sera les grandes retrouvailles… »

Ralph est un grand amateur de BD. Américaine, bien sûr. Et de science fiction en particulier. Pensez à Batman et Spiderman. On lui prête même des talents de dessinateur. Et ce septième art inspire inévitablement les lyrics de ses chansons. « Batman et Spiderman, je les adore. Ils m’inspirent. Hulk également. Sans oublier les personnages qui illustrent Gorillaz. En chacun de nous vit le combat entre le bien et le mal. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, je suis davantage fan d’artistes que de personnages. Personnellement, l’auteur qui m’a le plus marqué est Frank Miller. L’influence de la BD américaine est énorme dans mes textes ; et j’y insère volontiers des messages cachés. Quelque part, il faut être initié pour comprendre leur signification. Dans cet univers, j’ai créé un super héros et mon écriture est guidée comme si c’était le scénario d’un comic book. Un concept album, si tu préfères, mais adapté à la BD. » Quatrième casquette !

Le reggae, le ska, le dub et le punk sont les principales composantes de la musique de The Jai Alai Savant. Les influences majeures sont ainsi partagées entre Bob Marley, Peter Tosh, King Tubby, Jah Wobble, Fugazi, The Specials, Madness et The Clash. Ralph acquiesce : « Tous ces groupes ont manifestement eu une influence majeure sur notre musique. King Tubby, bien sûr. Fugazi ? Tout le monde aime Fugazi. Mais en particulier The Clash. C’est un peu un modèle pour moi. Sa production musicale est énorme et pourtant, il n’avait jamais eu peur d’expérimenter. On y recelait du punk, du reggae, du rockabilly, du rock, mais aussi du disco, n’ayons pas peur des mots. Même du rap. Mais je ne voudrais pas que le public imagine que nous n’incarnons que la somme de toutes ces influences. C’est une erreur. Ecoute attentivement notre album, et tu te rendras compte que note musique possède sa propre personnalité. Quarante ans plus tôt, quand un groupe avait emprunté un créneau, tous les albums subséquents étaient de la même trempe. Du même style. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. D’ailleurs, j’ignore encore comment notre prochain va sonner. » Ralph Darden possède un timbre vocal qui rappelle tantôt Perry Farrell, tantôt Sting. De là à aimer Janes’s Addiction, Porno for Pyros ou The Police… Pirouette, je lui demande s’il s’est procuré un ticket pour un des concerts qu’accordera The Police lors de la tournée mondiale de reformation qui passera par les States. (rires) « J’aimerais bien, effectivement. C’est un groupe énorme. Mais je reste méfiant. Ceux qui ont pu les voir au cours des années 80 risquent d’être déçus. C’est un peu triste. Oui, je compte y aller. Ils sont à l’affiche, à Chicago. Mais les tickets ne sont pas pour rien… » En ce qui concerne Perry Farrell, Ralph est conscient des affinités que son timbre partage avec Perry Farrell. « Tu nous compares à Jane’s Addiction ? C’est bizarre. Lorsque j’avais16 ans, absolument. Et en particulier le groupe Franklin. Un power rock band avec deux guitares. A l’époque, l’objectif était de fonctionner comme groupe. Et mon chant était comparable à celui de Farrell. Mais plus celui de Porno for Pyros que de Jane’s Addiction, parce que je n’y ressentais pas de provocation. Et puis j’ai toujours eu un petit faible pour leur tout dernier album (NDR : ‘Good God's Urge’ paru en 1996). » Certains médias n’ont pas hésité à étiqueter The Jai Alai Savant comme le TV On the Radio du reggae punk. Qu’en pense Ralph ? « Franchement je ne vois vraiment pas de similitude. Ce n’est pas une insulte, mais quand même. Mais il faut être conscient d’un phénomène, une fois que ton disque est sorti, tout t’échappe et on est parti pout les comparaisons en tous genres. Et il faut accepter ce jeu là. Maintenant, si cette analogie te satisfait, alors je peux le considérer comme un compliment. Ce n’est pas un problème. Mais personnellement la seule comparaison valable qui puisse exister, c’est que le chanteur est noir comme moi. Finalement, je préfère qu’on me compare à The Police, les affinités sont plus évidentes… »

Sur la chanson ‘Scarlett Johansson why don’t you love me’ (Née à New-York en 1984, Scarlett Johansson est une actrice de théâtre et surtout de cinéma qui a notamment joué dans ‘L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux’, ‘Lost translation’, ‘Match point’, ‘La jeune fille à la perle’, ‘The Island’ ou encore ‘Scoop’. En 2007, elle s’est lancée dans la musique et a décidé d’enregistrer un album de reprises consacrées à Tom Waits), il y a un riff calqué sur le ‘My Sharona’ de The Knack. Etait-ce délibéré ? « Ah non, pas du tout. Ce n’est pas un problème pour moi d’effectuer l’un ou l’autre emprunt, mais pas le ‘My Sharona’ de The Knack. Je déteste cette chanson ! (je lui mime le riff) Ouais, mais tu n’es pas le seul à me l’avoir fait remarquer. Damon Locks de The Eternals, également. Mais ce n’est pas un emprunt » (il mime à son tour le riff). Et dans le même registre, ‘Arcane theories’ prélève quelques notes à ‘Can you feel it’ des Jackson 5. « Oui, petite canaille. Tu l’as décelé. Mais j’ai écrit cette chanson, il y a quelques années (il chantonne). Elle figure sur le dernier bon album enregistré par les Jackson 5 ; et je me suis dit que ce serait cool de l’utiliser. » Je sors une photo du groupe pour lui demander un autographe et instantanément, il réagit : « Ce n’est pas une bonne photo ; depuis les deux autres musiciens ont été remplacés ». Je lui explique que ce n’est pas grave et que c’était simplement pour immortaliser notre rencontre à travers quelques mots transcrits de sa main sur cette photographie… Ajoutant qu’il ne n’était pas possible de recueillir son seing sur la pochette, car elle était trop noire (il éclate de rire).

Merci à Vincent Devos

 

 

MSTRKRFT

The Looks

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Death From Above 1979 est mort ! Longue vie à MSTRKRFT (prononcez Master Kraft)! Jesse F. Keeler nous ayant fait l’affront de démanteler l’une des formations les plus excitantes des années 2000, avait tout intérêt à nous revenir, un colosse sous les bras. Epaulé par Al P (producteur de « You’re A Woman, I’m A Machine » - on reste en famille), le savant fou est donc retourné s’enfermer dans son laboratoire. Dans un premier temps, les deux hommes se sont consacrés à altérer quelques œuvres qui en avaient bien besoin. Si bien qu’une ribambelle d’artistes ont fait la queue devant les portes de l’antre du duo afin de le supplier d’embellir certains de leurs travaux (Bloc Party, The Kills, Juliette and The Licks, Metric, Wolfmother ou même All Saints).

Ils ont ensuite fermé temporairement l’atelier 'remixage', le temps de bidouiller leur propre mixture. Tout en écoutant du Daft Punk, au volume maximum toléré par l’oreille humaine. Les deux Canadiens en sont sortis, quelques jours plus tard, armés d’un cocktail explosif. Intitulé « The Looks », celui-ci recèle huit doses massives d’electro-rock à la saveur disco. En deux temps trois mouvements, Keeler et Al P ont démontré qu’il suffit parfois d’un rien pour secouer les foules. Proche des productions de l’écurie Ed Banger, Justice en tête (les monstrueux « Paris » et « Neon Knight »), MSTRKRFT délivre une succession d’hymnes jouissifs d’une facilité déconcertante (« She’s Good For Business », « Work On You », « Street Justice »). Paru en juin 2006 aux States, « The Looks » ne nous est parvenu que huit mois plus tard. Retard compensé sur la version européenne par la présence d’un petit fix euphorisant supplémentaire, « Community Revolution In Progress ». Tout ça ne nous rendra pas DFA1979, mais c’est un bon début.

Jethro Tull

Rien qu'un vestige?

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Si pour les teenagers, Jethro Tull ne représente plus qu'un vestige du passé, dans l'histoire du rock'n roll cette formation constitue un véritable monument, au même titre que le Floyd, Led Zeppelin, le Who, les Kinks, Yes ou King Crimson. Fondé en 1968, le Tull n'est toujours pas prêt à déposer les armes, même si sa démarche ne colle plus tellement à l'actualité. Son leader, Ian Anderson a toujours, en tous cas, bon pied bon œil et possède un avis terriblement lucide sur le monde contemporain ; et pas seulement musical. Lors de la sortie de son album " Divinities ", il nous a accordé cette interview ; une occasion unique de lui parler de son passé, de son présent, et bien sûr de son futur…

Dans la musique de Jethro Tull, j'ai toujours ressenti une ambiguïté entre le mode de vie rural et le mode de vie urbain. Pourquoi?

Je vis à la campagne et je travaille en ville!

Au cours de la première moitié des seventies, Jethro Tull a fait partie d'un mouvement typiquement britannique que l'on a appelé rock progressif. Et des oeuvres comme "Aqualung" et "Thick As a Brick" reflètent parfaitement cet état d'esprit. Ne penses-tu pas que l'aspect cyclique du rock 'n roll pourrait, dans un futur proche, conférer à ces deux oeuvres un rôle plus indicatif?

Je ne crois pas. La différence entre la fin des sixties, le début des seventies et aujourd'hui c'est que les grands musiciens du passé, tels que Jimi Hendrix, Grateful Dead, Frank Zappa, Captain Beefheart, Yes, Emerson Lake & Palmer, Genesis dans son contexte originel, Fleetwood Mac lorsqu'il était encore drivé par Peter Green, ont apporté des éléments d'autres cultures à la musique rock. Le deuxième elpee de Jethro Tull, "Stand up", bien que basiquement partagé entre blues et folk britannique, s'inspirait de l'Orient, du Moyen Orient. Nous avons toujours tenu compte de ces éléments extérieurs pour élaborer notre création. A la fin des seventies, lors de l'explosion du punk, et tout au long des eighties, le rock a essayé de se ressourcer par l'intérieur. Mais au bout de quelques années de pauvre ballet génétique, il s'est complètement asphyxié sur lui-même. Le regard vers l'extérieur a toujours été crucial pour le rock et la pop. Depuis le début des nineties le mouvement commence à évoluer positivement. Je ne parle pas des revivalistes insulaires, comme Oasis et Blur qui se contentent de reproduire des clichés consommés il y a vingt ou trente ans en Angleterre, mais des formations américaines comme Nirvana, Pearl Jam ou Soundgarden qui ont apporté incontestablement quelque chose à la musique. Bien sûr, ils se sont inspirés des sixties, mais ils regardent également le monde extérieur. Et je pense que c'est une bonne chose pour permettre une ouverture vers de nouveaux horizons musicaux...

A l'instar de Tea Party?

Pourquoi me poses-tu cette question? Je la trouve cocasse et en même temps déconcertante. Voici quinze jours, je suis allé remettre les dernières bandes du nouvel album de Jethro Tull chez Chrysalis. Et lors de cette visite, l'attachée de presse m'a refilé deux CD dont un de Tea Party, en ajoutant: "Ecoute ce disque, tu vas certainement apprécier". J'ai été agréablement surpris. Mais en même temps, j'ai voulu en connaître davantage sur ce trio canadien. Justement, il se produisait près de chez moi, et j'ai rencontré Jeff Martin auquel j'ai demandé quelques explications sur ses sources d'inspiration. Il m'a bien sûr parlé de Bert Jansch, John Renbourn, Roy Harper, des Doors, de Led Zeppelin et puis de Davy Graham. Mais comment a-t-il pu connaître Davy Graham puisqu'il n'a jamais rien gravé sous son propre nom. Quel âge avait-il à cette époque! Il m'a simplement répondu qu'à partir de seize ans, il était très intéressé par la musique des sixties et fasciné par tous ces musiciens. Mais je trouve incroyable qu'il soit parvenu à se forger un style de phrasé de guitare sans avoir véritablement connu cette époque et puis que sa musique entretienne certains climats proche du prochain album du Tull! N'empêche, ce combo m'a beaucoup plus. Sa musique est très rafraîchissante, innovatrice, mais risque d'être frappé d'ostracisme aux States. Dangereux d'y afficher des opinions anti-fondamentalistes en se servant d'une musique à coloration orientale...

Que sont devenus les vieux potes du Jethro Tull?

Jeffrey Hammond a quitté le groupe en 75 et mène depuis une vie de rentier. Il se consacre à la peinture. Deux fois par an, il vient s'enquérir des royalties issues du back catalogue du groupe. John Evan s'est tiré du groupe en 79 ou en 80! Mais il a dépensé son argent dans des projets foireux. Il a d'abord investi dans un chantier naval, puis dans une entreprise immobilière. Mais ses affaires ont mal tourné. Tout comme son mariage d'ailleurs. Résultat des courses. Il s'est retrouvé sur la paille. Ou presque! La dernière fois que j'ai entendu parler de lui c'était il y a deux bons mois. Il suivait, paraît-il, des cours à l'université. Barriemore Barlow a également essayé de se lancer dans le business. Il a monté un studio d'enregistrement, joué au producteur. Au manager. Mais l'an dernier, ses affaires ont capoté. Banqueroute! Glenn Cornick vit depuis plusieurs années au States. Il est toujours infecté par le virus de la musique, mais comme semi-professionel. Partageant son temps entre la vente de pitas et ses expérimentations... mais il joue encore! Finalement, tous ces gars vivent encore grâce au chiffre d'affaire du back catalogue de Jethro Tull. Cela leur permet de survivre. C'est triste, car je pense qu'ils étaient capables de faire autre chose. D'apporter un plus à la musique. J'ai été très affecté lorsqu'ils ont décroché...

Est-il facile de faire accepter au nouveau line-up du Tull, de jouer des anciennes chansons du Tull sur scène. Y a-t-il des morceaux que le groupe refuse d'interpréter?

Nous jouons des compositions plus anciennes sur scène. Mais les arrangements sont totalement différents. Ce qui souvent peut se révéler très intéressant. Mais c'est un choix opéré de commun accord. Et je respecte cette décision. Et des chansons comme "Living in the past" ou " Witches promises" ne figurent plus dans notre répertoire. Regarde Plant et Page, ils ne veulent plus jouer "Stairway to Heaven", malgré leur réunion...

Qui t'a donné l'idée d'enregistrer ce "Divinities"? Pour un artiste réputé peu conventionnel, n'est-il pas paradoxal de le voir tâter de la musique classique?

C'est Roger Lewis, manager/ directeur d'EMI département classique qui m'a demandé de réaliser ce projet, il y a un an et demi. Figure-toi qu'au même moment, Chrysalis m'a sollicité pour faire un album de blues. Un projet qui n'a pas encore été concrétisé, puisqu'il nécessitera l'engagement de musiciens spécifiques. D'autant plus que j'avais dans la tête l'idée de graver un disque plus acoustique, sans oublier la place à accorder au nouvel opus de Jethro Tull... Mais je ne pense pas m'être investi dans la musique classique. J'ai simplement écrit et mis en application de la musique pour instruments classiques. Je joue de la flûte. C'est toujours ce que j'ai joué. Mais elle figure dans un contexte orchestral à côté du violon, du violoncelle, du cor, de la trompette, etc. Je ne crois pas trop que l'on puisse parler de musique classique. Pour prétendre être un compositeur de ce style, tu dois être passé de vie à trépas depuis plus de cent ans. Et même les critiques les plus intraitables concèderont que je ne suis pas mort, il y a cent ans. Or même si cette musique possède des affinités avec le classique, elle accuse de nombreuses influences: folk, celtique, moyenâgeuse, sémitique, scandinave, jazz, africaine... et bien sûr classique. Un élément parmi les autres, qui caractérise "Divinities" comme la musique de Jethro Tull!

Quels dieux honores-tu sur "Divinities? Y a-t-il une place pour Pan?

Si j'ai voulu donner une dimension religieuse, spirituelle à cette œuvre, c'est parce que j'ai voulu afficher l'idée d'un Dieu unique. Aussi bien pour les catholiques, les protestants, les juifs et même les hindouistes. Un créateur identique pour les adeptes du monothéisme. Un seul Dieu représenté à travers douze références différentes susceptible de transcender l'imagination. Chaque culture vit sa religion suivant ses dogmes, son rituel, son folklore, sa culture. Je n'essaie pas de porter un jugement, mais plutôt d'élaborer une philosophie toute personnelle qui n'engage que moi même...

Depuis quelques années, tu sembles de plus en plus branché par les questions d'écologie. Une raison?

L'écologie est une science qui mériterait d'être enseignée dans toutes les écoles et même à l'université. Je ne crois pas d'ailleurs, qu'au cours des trois prochaines décennies, beaucoup d'améliorations soient enregistrées dans ce domaine. Ce serait même plutôt l'inverse! Pour l'instant, les mouvement écologistes sont beaucoup trop subordonnés aux idéaux politiques. Aussi bien Greenpeace que Friends of the Earth. Et à cause de cette implication, ils n'ont pas toujours l'influence positive qu'ils devraient naturellement manifester. J'ai rencontré les responsables de ces organisateurs à différentes reprises. Et je leur ai fait comprendre que si leurs objectifs étaient justifiés, leurs méthodes l'étaient beaucoup moins. Je pense que les problèmes vont se multiplier si vous entretenez des relations destructrices. Il ne faut pas se contenter d'assurer la police environnementale. Il est nécessaire d'agir à d'autres niveaux. Je n'ai aucune relation particulière avec ces mouvements, mais dans le domaine de l'écologie, je crois que j'ai mon mot à dire...

Est-il exact que tu passes tes loisirs à jardiner?

Pas tout à fait! En fait, je dispose d'une grande propriété en Angleterre entourée d'un immense jardin. Deux hommes y travaillent en permanence. Mais ma passion pour le jardinage se limite aux pipéracées. Et en particulier les poivriers du Chili. J'adore la cuisine épicée. C'est la raison pour laquelle je suis intéressé par cette culture. Mais je ne porte guère d'intérêt aux fleurs ou aux arbres fruitiers.

Même aux légumes?

Non, je préfère me rendre dans les bons supermarchés et y acheter mes légumes. Ils y subissent un contrôle drastique en Angleterre. Et je préfère consommer leur marchandise que celle des particuliers qui passent leur temps à pulvériser leur production de produits chimiques...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 36 - septembre 95 - de Mofo)