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Le fossé à franchir par Snake Mountain Revival

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Les Anges

Rock’n’roll et paradis sur terre

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Faut-il croire aux préceptes de la réincarnation ? Si cette question nous laisse habituellement dubitatif, on tend ici à revoir notre position. En cause, une rencontre avec Les Anges, tout de noir vêtus et descendus du ciel pour souffler sur les cendres de ce bon vieux Hulk. Pour mieux s’émanciper de leur redingote déchiquetée et d’un vilain teint verdâtre, les (ex-)musiciens de Hulk se sont jetés dans les bras de la douce – mais sauvage – Sandra Hagenaar (ex-Fifty Foot Combo). Pieds au plancher, guitare au poing, Les Anges se font les messagers d’une culture rock intègre, préférant tourner le dos aux concessions pour mieux embraser la tension. Deux Anges (sur quatre) nous font face : Sandra et Renaud. Au cœur du débat, « A deep grave as a shelter », un premier album produit par l’infatigable Christine Verschorren (Ghinzu, Montevideo, Das Pop, dEUS, etc.). Du rock pour pousser les portes du paradis ?

Avant d’aborder Les Anges, reparlons de Hulk. Pourquoi avoir changé de nom ? Le groupe est-il définitivement enterré ?

Renaud : Oui, c’est terminé. Un jour peut-être, on reviendra pour quelques dates. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Le changement de nom, c’est un tout : de nouveaux morceaux, une atmosphère, l’arrivé de Sandra. Toutes ces choses impliquaient l’émergence d’une nouvelle identité.

Sandra : Tout comme Hulk, Fifty Foot Combo est mort. Les Anges, c’est donc un nouveau groupe. Au final, notre musique n’a strictement rien à voir avec celle de nos anciennes formations. Certes, on peut y retrouver quelques éléments. Mais on a pris soin d’y ajouter des instrumentations différentes et quelques clins d’œil aux films d’horreur !

Vous abandonnez donc vos principales influences pour repartir à zéro ? Terminés les déboulés plombés à la Kyuss, Masters of Reality, etc. ?

R. : Non, non ! On ne va pas s’en éloigner... On aime vraiment ces groupes. En fait, par le passé, nous n’avons jamais eu la chance de bénéficier d’une production digne de ce nom. Chez Hulk, les chansons étaient là. Mais la production de nos enregistrements nous rapprochait quasi automatiquement des formations de rock stoner et des groupes de metal. Le rôle de la production est donc primordial...

Comment expliquez-vous l’engouement suscité par la sortie de votre album ? Auparavant, les médias n’étaient pas toujours à vos côtés. Aujourd’hui, avant même la sortie du disque, la presse s’emballe. Ne trouvez-vous pas ce phénomène étrange ? 

R. : Franchement, je ne comprends pas non plus... Impossible d’expliquer ce qui nous arrive... Je ne sais pas. Nous sommes signés chez Bang ! et je pense que, pour nous, c’est une bonne chose. Les Anges apportent encore un peu plus de diversité dans un catalogue qui était essentiellement composé de formations pop-rock.

S. : Actuellement, nous sommes le seul groupe du label à jouer une musique ‘arrachée’. Pour nous, c’est aussi une façon de sortir du lot, de se faire entendre. Rentrer dans une structure ouverte à plein d’autres styles ne peut être que bénéfique pour Les Anges...

Sur l’album, deux chansons se suivent et présentent des titres comparables : « Be a man » et « Illustrated man ». S’agit-il du même homme ? Est-ce une histoire en deux volets ?

R. : Ces deux titres s’enchaînent par hasard. C’est peut-être un peu moche au niveau de la titraille... Mais ces deux textes n’entretiennent aucun rapport entre eux. « Be a man » évoque l’histoire d’un type étrange qui veut en découdre avec la terre entière. Par contre, « Illustrated man » tire son origine d’un recueil de nouvelles de Ray Bradbury intitulé « Illustrated man ». Ce bouquin m’a toujours interpellé. Il raconte les aventures d’un gars qui s’est fait tatouer par une sorcière. Un jour, les tatouages prennent vie. Et, quand les gens s’en approchent, ils peuvent lire leur destin à travers les dessins. Malheureusement, les destins sont toujours tragiques... Evidemment, le mec tatoué le vit plutôt mal...

Et le morceau « 50 euros », c’est un clin d’œil à 50 Cents ?

R. : « 50 euros », c’est le prix d’un gramme de coke. Il s’agit d’un univers qu’on connaît, de près ou de loin. Ce morceau est dédié à mon frère. Il est décédé à cause de ces conneries. Il ne s’agit pas d’une apologie de la drogue. Il ne faut pas, non plus, concevoir ce titre comme une critique acerbe. Simplement, on voulait attirer l’attention du public sur l’existence de ces substances. Elles sont là, elles existent. Ici, on ne se positionne pas comme des consommateurs mais comme des observateurs d’un fait social trop souvent minimisé. Ouvrez les yeux : la drogue fait partie du quotidien, comme les histoires d’amour et le chômage ! Sur le long terme, la drogue ne présente que des aspects négatifs. Nous voulions écrire un morceau sur ce thème : c’est « 50 euros ».

Votre premier single s’intitule « Boys boys boys ». Comment s’est opéré ce choix ?

S. : Quand on écoute attentivement l’album, on se dit qu’on aurait facilement pu faire des singles de six ou sept morceaux... La recherche sur le son dans « Boys boys boys » est plus fouillée et méticuleuse que dans d’autres morceaux. En ce sens, c’est un très bon choix. On est vraiment content...

Votre album est produit par Christine Verschorren (Ghinzu, Montevideo, Das Pop, dEUS, etc.). Comment l’avez-vous rencontrée ?

R. : Notre manager est à l’origine de cette collaboration. Pour ma part, je connaissais le dernier album de Ghinzu. Il nous a également fait écouter Das Pop et Montevideo. A chaque fois, la production est impeccable. On retrouve un côté acide, chimique dans son travail. Il s’agit de sons artificiels que j’apprécie tout particulièrement.

Quels sont les groupes belges avec lesquels vous entretenez une certaine affinité ?

R. : J’adore Ghinzu, même si leur musique reste très différente de la nôtre. The Experimental Tropic Blues Band est également une des meilleures formations du pays. Sur scène, ils sont implacables. Je pense aussi à Kube. Ils possèdent de très bonnes compositions et viennent de sortir un bon album...

Et quels sont les groupes qui influencent Les Anges ?

S. : On peut parler de Messer Chups, un duo russe un peu fou. Comme chez Les Anges, on retrouve un côté féminin, des allusions à l’univers cinématographique, certaines sonorités. Là, je pense surtout à l’usage du thérémin. Et, d’une certaine façon, la manière dont Renaud écrit les chansons est assez proche du hard-rock... Là, je ne parle pas de Black Sabbath...

R. : Ah oui ! Plutôt d’AC/DC alors... (rires) En fait, dans le groupe, nous sommes très attachés à certaines valeurs artistiques, des influences communes.

En concert :

Le 13 juillet, Dour Festival

Le 21 juillet, Power Festival (La Louvière)

 

Demolition Doll Rods

Let yourself go - Dvd

Écrit par

Ce set de Demolition Doll Rods a été immortalisé en 2006 au ‘El Juglar’ de Madrid. Pour la circonstance, le trio présentait son nouveau line up. C'est-à-dire la présence d’une nouvelle drummeuse pour remplacer Christine 'The Thump' : l’ex Genders, Tia. Et pour le coup d’œil, on y a gagné au change, car dans son mini bikini, la nouvelle percussionniste (est-elle brésilienne ou thaïlandaise, peut-être un peu des deux ?) est aussi jolie que sexy. Bien sûr Christine et Danny sont toujours vêtus très légèrement. Mais est-ce suffisant pour flatter notre libido ? Tout est une question de goût, bien sûr… Mais venons-en à ce concert qui souffre d’une piètre qualité sonore. Heureusement, les prises de vue sont de bonne facture et on s’amuse des facéties proposées par le trio de Detroit, dont l’humour juvénile permet d’éviter à la prestation de souffrir d’une linéarité certaine. Un trio de glam/garage minimaliste inspiré par les Cramps et les New York Dolls. Mais je le répète, des références que le groupe a épurées au maximum. Particularités, le lead vocal est assuré par Christine (son timbre rauque rappelle Rachel Nagy de Detroit Cobras), le backing vocal par Danny (la sienne est angélique presque falsetto ; mais il n’est pas assez impliqué au chant), pas de basse, mais deux guitares (Danny en est le soliste) et Tia, debout, qui martèle son tempo tribal sur deux toms. Le Dvd inclut inévitablement quelques extras, dont un mini concert accordé par l’ancien line up des DDD, que je ne suis jamais parvenu à le lire, ni à l’ouvrir…

 

Wilco

Avec Volswagen, pas d’problème, pas d’problème…,

Écrit par

Lors du dernier festival de Dour, Wilco a accordé un set en tous points remarquables, une prestation dont l’apothéose électrique valait à elle seule le déplacement. Mais aussi un concert contrastant d’une manière étonnante avec leur sixième album, ‘Sky blue sky’, un disque de très bonne facture, mais dont le climat particulièrement cool, nous replonge curieusement dans l’univers des seventies. Pas trop étonnant, lorsqu’on sait que le line up implique aujourd’hui des musiciens huppés ; et notamment le guitariste Nels Cline. Agé de 52 balais, ce véritable virtuose de la guitare est considéré depuis février de cette année, par le magazine Rolling Stones, comme un des meilleurs gratteurs sur la scène pop/rock. Faut dire que le personnage joue de la six cordes depuis l’âge de 12 ans, compte une discographie impressionnante (plus de 100 albums !) et on ne dénombre plus le nombre de collaborations au sein desquelles il a été et est toujours est impliqué. C’est lui qui s’est prêté à l’exercice des interviews. Il n’a éludé aucune question même les plus embarrassantes. Un type d’une extrême gentillesse en compagnie duquel on a même fini par trinquer.

Mais en récoltant ce fameux prix, les autres membres du groupe ne l’ont-ils pas trop charrié ? Nels avoue : « Ouais, effectivement. En fait, cette distinction est à la fois très flatteuse et en même temps stupide. Inévitablement, certains n’ont pas raté l’occasion de se payer ma fiole. Par contre, j’en ai causé à ma mère. Et elle était fière de moi… » Une chose est sûre, au cours de sa carrière, il a côtoyé une multitude d’artistes, aussi bien issus de l’univers de la pop, du rock, du jazz que de la musique expérimentale. Parmi les plus notoires, on retiendra Mike Watt (Minutemen), Thurston Moore (Sonic Youth), et Carla Bozulich (Geraldine Fibbers). Justement, a-t-il encore des contacts avec ces musiciens ? « Oui, oui, régulièrement. Carla a ouvert quelques uns des concerts de Wilco lors de notre dernière tournée européenne. Pour la circonstance, je l’ai rejointe sur les planches pour interpréter l’un ou l’autre morceau. J’ai participé au nouveau projet solo de Thurston Moore. J’y joue de la guitare. Mike Watt et moi militons au sein d’un autre projet : The Crew of The Flying Saucer. Stephen Perkins (le drummer de Jane’s Addiction), Willie Nelson et quelques autres y participent. Enfin, il y a The Black Gang. Un trio. Ce sont mes musiciens préférés… » Ce qui veut dire que Nels n’a pas abandonné ses desseins personnels. « Non, non, je bosse maintenant full time pour Wilco ; mais quand il y a des périodes de pause, je recommence à jouer ma propre musique ou alors j’organise des rencontres destinées à l’improvisation. Un peu partout dans le monde. A New Yok, Chicago, San Francisco… »   

Pour enregistrer ‘Sky blue sky’, les musiciens de Wilco se sont davantage impliqués dans la composition. Bien plus que dans le passé. Mais qui a pris la part la plus large des arrangements ? La patte de Nels serait-elle responsable des sonorités davantage seventies ? « Ce n’est pas moi ! La plupart des idées musicales ont été apportées par Jeff. La structure, aussi. Sans la moindre exclusive, tout le monde a participé aux arrangements. A parts égales. Finalement nous avons tous apporté nos idées et la plupart ont été utilisées. Pat a apporté de nombreuses idées. Mais automatiquement, on a été entraîné à en parler, puis à répéter. Cependant, les premières idées n’aboutissent pas nécessairement. Et la mouture finale est parfois bien différente de la première. Certaines compos aboutissent très rapidement et d’autres nécessitent un processus d’élaboration assez long. En ce qui concerne ma propre contribution, je ne pense pas être le responsable des sonorités seventies. Si on les ressent, c’est qu’elles existaient déjà avant. Je ne pense pas qu’il était dans notre intention d’épouser un tel profil sonore, mais simplement c’est la façon dont nous ressentions les événements. Donc on n’a pas eu recours à des artifices pour obtenir un tel résultat. Tu entends probablement des distorsions et des effets spéciaux, mais ce n’est pas ce qui nous préoccupait le plus. Ce qui nous intéressait, c’était le feeling. Tous les membres du groupe ont des sensibilités différentes ; ce qui nous permet de multiplier les possibilités et d’accentuer le processus créatif. Mais en fin de compte, on est capable de chercher et de prendre des décisions sans tergiverser continuellement… » On ne va pas en faire une fixation, mais une plage comme ‘Impossible Germany’ est basée sur une dualité de guitares me rappelant Delaney & Bonnie. Qu’en pense notre interlocuteur ? « On nous a même déjà dit qu’on avait été inspiré par Television et Blue Oyster Cult. En fait, j’avais écrit les lignes de guitare pour cette compo, et Jeff m’avait répondu qu’on n’avait pas besoin de cet instrument pour cette chanson-là. Avec lui, tu ne sais jamais quel instrument on va utiliser pour un morceau. Et Pat ne le sait pas davantage. Jeff et Pat ont commencé à créer les harmonies. Et Jeff avait dans la tête qu’on n’utiliserait pas la guitare. Bref, on allait interpréter une chanson que j’avais composée à la guitare, sans guitare. Et qu’est ce qu’on fait maintenant ? Finalement Pat s’est assis derrière les claviers, Jeff a empoigné la guitare et on a fait une jam. Et à la fin, Jeff a dit : ‘Elle est prête maintenant la chanson’. Donc on n’avait jamais pensé à qui que ce soit en l’interprétant. Même pas aux Allman Blues Brothers… » Enfin, dans le même ordre d’idées ‘Please be patient with me’ et ‘Hate in her’ trahissent des affinités avec les Beatles. Pour la première elles sont puisées dans le ‘double blanc’. Pour la seconde, les claviers rognés sont utilisés comme Billy Preston sur ‘Abbey road’. La réponse fuse : « Je suis obligé de réfuter cette réflexion, car si je la partage, je dois la prendre pour un compliment ; mais en même temps je suis nul à chier. Maintenant, il y a tellement de diversité dans le double album blanc… un peu comme pour ‘Blue Sky blue’… » Certaines des compos de ce nouvel opus étaient d’anciennes chansons. Ont-elles été retravaillées en profondeur ? Nels s’explique : « Oui. Mais j’ignorais, au départ, que certaines d’entre-elles avaient été écrites il y a longtemps. Seuls Glenn et Mike étaient au courant. Ce n’était pas plus mal. Ainsi, il n’était pas possible d’anticiper. Et le processus est devenu plus clair, plus ouvert. Et plusieurs d’entre elles ont été largement améliorées à cause des nouveaux arrangements. Finalement on a davantage discuté de la musique et des notes et pas nécessairement du climat au sein duquel ces morceaux avaient été écrits… » Un climat qui semble d’ailleurs bien plus optimiste, tout au long de ‘Sky blue sky’. Ce qui doit certainement procéder d’un meilleur état de santé de Jeff Tweedy. Elle serait même devenue aujourd’hui excellente. Nels nuance : « Certainement. Mais ce n’est qu’une partie de la vérité. En fait, Jeff a vécu un rafraîchissement dans ses sentiments, dans sa vie ; et il avait déclaré qu’il allait enregistrer un disque plus enjoué. Néanmoins, il n’est pas nécessairement plus allègre, mais te donne cet espoir. Il y a toujours un sentiment de doute, d’ambiguïté, pour jouer sur les contrastes. Je pense que si on veut rendre l’angoisse et la souffrance romantique, il faut le traduire d’une manière rayonnante, enlevée, optimiste. Si tu peins des climats et des humeurs uniquement en noir, il n’y a pas de contrastes. S’il n’y a pas de contrastes, il n’y a pas de tension et de relâchement. Et donc on ne se sent pas dans l’obligation de continuer à écouter. Comparé aux autres albums de Wilco, il est moins angoissant. Ce qui n’empêche pas d’y explorer des aspects plus ténébreux. C’est cela aussi notre musique… » Mais qu’est-ce qui plaît dans les lyrics de Tweedy ? « Je ne suis pas toujours sûr de bien comprendre ce dont parle Jeff, dans ses textes. En fait, ses chansons sont ouvertes. Il pose des questions ouvertes. Certains textes sont frivoles, d’autres plus personnels, plus intimistes. On n’y trouve pas de plaintes, de récriminations ou de protestations. Mais plutôt une analyse du cheminement individuel des êtres humains. A la recherche de la vérité, ils privilégient la sincérité et l’authenticité… » (NDR : en d’autre termes : ils sont autobiographiques…)

Mouais ! Alors comment comprendre que certaines chansons issues de ‘Sky blue sky’ aient été retenues pour servir de bande sonore à de la pub ? A la TV. Lors de la dernière campagne promotionnelle pour Volswagen. Plusieurs. Et une pour la promotion d’un mobile téléphonique. En Espagne. Difficile de ne pas perdre son intégrité lorsqu’on accepte un tel contrat. Nels semble embarrassé (NDR : finalement, on se demande si Jeff n’a pas décidé de refuser d’accorder des interviews pour ne pas devoir répondre à des questions semblables. Et il envoie ses ouailles au casse-pipes…) « Tu m’apprends ça ! C’est un non-problème. Aux States, du moins. Car il est impossible d’être diffusé sur les ondes des radios commerciales. Et la programmation d’une radio commerciale ressemble très fort à une succession de spots publicitaires. Et donc toutes les minutes sont vendues. On fait de la promo que vous haïssez peut-être et finalement, même si vous êtes payés, ce sera Volswagen ou quelqu’un d’autre qui percevra les dividendes. On ne passe pas sur les radios publicitaires. Dès lors, comment faire pour permettre au public qui nous apprécie d’écouter notre musique ? J’admets que c’est toujours scabreux de mélanger la musique et le business. Les Flaming Lips ont leur méthode : ils ont acheté des spots publicitaires pour diffuser leur musique à la radio… Le public a enfin pu se rendre compte de l’existence de Nick Drake, parce qu’une de ses chansons était associée à un spot publicitaire. Evidemment tout se décide également en fonction de la famille que tu dois nourrir. Personnellement, je n’ai pas d’enfant. Les autres bien. Et ton choix est parfois dicté par des contraintes financières. Maintenant, j’aurais certainement été plus mal à l’aise si on avait vendu notre musique à Mc Donald ou à une banque. M’enfin, quand on y réfléchit, ce système est vraiment du capitalisme. Et tout compte fait, Volswagen, ce n’est pas si mal que ça. En plus, cela ne me dérangerait pas si l’entreprise m’en offrait une (rires)… non, je n’ai jamais roulé en Volswagen, mais en Volvo… »

Merci à Vincent Devos

 

Buffalo Tom

Ne pas verser dans le mélo...

Écrit par

Neuf ans que le trio bostonien n’avait plus enregistré ensemble. Il avait bien accordé quelques concerts, juste pour rappeler aux fans que le groupe n’était pas officiellement séparé ; mais chaque membre du groupe se souciait davantage de ses projets alternatifs que de l’existence même de la formation. Alors qu’est ce qui a bien poussé les trois gaillards à reprendre l’aventure et surtout à enregistrer un nouvel opus ? Un disque qui est d’ailleurs sorti quelques jours après une chouette prestation accordée dans le cadre du festival Cactus de Bruges. Une question qu’il était judicieux de leur poser, et à laquelle Bill Janovitz a répondu de bonne grâce, avant de monter sur les planches…

« On a continué à jouer ‘live’, une ou deux fois par an. Nous disposions d’une grande quantité de singles et nous tournions en basant notre tracklisting sur ces compos. Nous jouions surtout à Boston et avions un excellent retour du public ; mais nous éprouvions un sentiment de nostalgie, chaque fois que nous nous produisions en concert. En fait, nous n’interprétions que d’anciens titres. Et plus les années passaient, plus les morceaux vieillissaient. On s’est dit que notre attitude passéiste devenait stupide, qu’il était temps d’en écrire des nouvelles tout en profitant de l’élan qui nous poussait à ce moment-là… » Oui mais leurs projets alternatifs alors ? « Nous allons poursuivre nos projets solos. Chris et l’ancien chanteur de Fuzzy, Hilden Mancini également. Par contre ce sera plus difficile pour Crown Victoria. Parce que le batteur est parti vivre à Los Angeles. Mon elpee solo est prêt à sortir. Il a été masterisé et produit. Tu peux y puiser toutes les infos utiles sur notre website… » Le dernier opus de Buffalo Tom est paru sur le nouveau label de Danny Goldberg. Pas n’importe qui puisqu’il était le manager de Nirvana. Il a aussi côtoyé le Led Zeppelin. Sans oublier qu’il a travaillé très jeune chez Atlantic Records avant d’en devenir le boss. Un personnage légendaire quoi ! Bill précise : « Nous l’avions rencontré au cours des années nonante. C’est à cette époque qu’il a monté une radio politique de tendance progressiste. Il a également été le président d’un syndicat de célébrités à L.A.. Si son nom est lié à un événement, j’y suis trois fois plus attentif… »

Ce nouvel elpee s’intitule ‘Three easy pieces’. C’est également le nom d’une des chansons de ce disque. Pourquoi avoir choisi ce titre ? Y a-t-il une symbolique derrière le chiffre trois ? Bill s’explique : « C’est Chris qui a écrit les paroles. Elles s’inspirent d’un film mettant en scène Jack Nicholson : ‘Five easy pieces’. Une comédie musicale qui se réfère à cinq morceaux de musique. Nous avons pensé qu’il serait judicieux de le transformer en ‘Three easy pieces’, parce que nous sommes trois dans le groupe. Et qu’il est plus facile de trouver un consensus à trois qu’à quatre ou même à cinq. En plus c’était un bon choix ; et il ne faut pas y voir de la magie… » Parce qu’évidemment, on a beau être de très bons amis, des conflits d’idées peuvent éclater. Et en particulier lorsque l’un ou l’autre ne partage pas le même avis pour la composition. Qui prend alors la décision finale ? « C’est une bonne question ! Lorsqu’une telle situation se produit, on laisse la chanson mijoter quelque temps. Et si ultérieurement, quelqu’un d’entre nous émet une bonne idée, on lui fait confiance et on suit les desseins du visionnaire. Les conflits ne surviennent que lorsque la majorité des deux-tiers s’oppose à un avis isolé. » Des problèmes qui peuvent également survenir à cause de la situation familiale de chaque musicien. Bill acquiesce mais nuance : « On a tous rencontré ce type de problème à des moments différents. Aujourd’hui, Tom y est davantage confronté parce qu’il a des enfants en bas âge. Tu sais on apprécie notre cocon familial. On a toujours essayé de maintenir un équilibre entre notre vie de groupe et notre vie familiale. Si nous avions les moyens, nous emmènerions tout le monde en tournée et engagerions des bonnes d’enfants. Mais il n’y a pas de solution idéale. Ma fille de huit ans aurait voulu assister au concert de Bruges. Je lui ai téléphoné cet après-midi et je lui ai promis que nous reviendrions visiter cette ville avec ma femme. Car Bruges possède une remarquable architecture médiévale qui n’existe pas aux States. Quand je vois toutes ces vieilles maisons, je pense à Disneyworld… » En 1986, c’est à dire à leurs débuts, Buffalo Tom comptait de nombreux fans dans les Universités américaines. Aujourd’hui, toutes ces personnes ont vingt ans de plus, une famille, un job et n’écoutent peut-être plus de musique. Alors, de quoi est constitué le public de B.T. en 2007 ? Bill réfléchit : « J’imagine qu’aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup d’étudiants qui assistent à nos spectacles. Je présume qu’ils possèdent d’autres centres d’intérêt. Mais je suis toujours touché par celles et ceux qui nous sont restés fidèles. Par celles et ceux qui ont grandi avec nous. Mais je suppose que lorsque nous nous produisons à Boston, ils doivent engager des baby-sitters… »

Les albums solos de Bill épousent très souvent une formule acoustique. Alors, un album ‘unplugged’ de Buffalo Tom, c’est possible ? « Non, je n’en vois pas l’utilité. Ce qui ne nous empêche pas de toucher à l’acoustique ; mais au sein d’un contexte globalement rock. » Par contre, à l’instar de leur dernier opus, le groupe a eu recours au piano. Notamment, sur la ballade intitulée ‘Pendleton’. Et aux arrangements de cordes et de cuivres, en filigrane. Une nouvelle orientation pour le futur ? Tom acquiesce : « Oui, absolument. Pour le dernier album, on a engagé un pianiste. Mais j’ai également joué du piano. C’était un peu comme un défi. Dans l’esprit de ce que faisait Nils Lofgren sur les albums de Neil Young. D’ailleurs, il ne faut pas imaginer que mes goûts soient exclusivement focalisés sur les groupes à guitares. Je suis ouvert à toutes les bonnes idées. Même aux arrangements de cordes et de cuivres. Parce que la voix émerge différemment et offre plus d’espace aux ballades. » Mais quel est le secret d’une bonne chanson pour Buffalo Tom ? Un bon mélange entre émotion, humour et mélodie ? « Oui, c’est une bonne manière de voir les choses. Il y a effectivement beaucoup d’humour dans nos chansons, mais ce n’est pas la caractéristique principale. Nous accordons un soin tout particulier au sens mélodique. Nous sommes très attentifs à la qualité des lyrics. Ils doivent être –dans la mesure du possible– convaincants et sensés. Maintenant, il ne faut pas se faire d’illusions, il y a beaucoup de chansons qui ne respectent pas ces trois critères. En résumé, pour une bonne chanson, il faut une bonne idée, une mélodie intense et un feeling fort. C’est ce qui nous intéresse… » Tout en essayant qu’elle ne soit pas trop mélodramatique. Apparemment une grande crainte des musiciens de B.T.. Bill réagit : « On n’en fait quand même pas une maladie. Les chansons que je préfère sont celles qui parviennent à capturer une certaine nostalgie et susceptibles de s’imprégner d’une certaine théâtralité. De la tristesse, de la mélancolie doit en émaner, sans pour autant verser dans le mélodramatique. Un peu comme chez Tom Waits et les Rolling Stones, dont certains morceaux peuvent être très mélancoliques. Effectivement, parfois, Buffalo Tom peut se révéler languide, larmoyant. Pour certaines personnes cette attitude semble exagérée. Mais pas pour nous. Buffalo Tom ne se contente pas seulement de balancer des émotions. Il est aussi et surtout une machine à rythme… » D’ailleurs, le trio reconnaît comme influences majeures les Kinks, les Stones, Neil Young, les Stooges, MC5 et toute la scène de Detroit qu’a enfanté ces deux légendes de la Motor City. Mais que pense Bill de cette nouvelle scène qui sévit à Detroit, et en particulier d’un de ses leaders, les White Stripes ? « J’aime beaucoup les White Stripes. Je ne me suis pas procuré leurs albums, mais ce que j’ai pu en écouter me botte particulièrement. On sent que Jack White a fait tout son écolage dans le vieux blues. Il existe un combo californien qui répond au nom de Broken West. Il me plaît énormément. Il parvient à embellir sa country de pop et de rock’n roll. Les Death Ships, également. Un ensemble issu de l’Iowa. Et dans un autre registre les Islandais de Sigur Ros. Leur musique me fait toujours une grosse impression. Enfin, j’avoue un petit faible pour la musique garage… » Et l’americana, je suppose ? Mouvement au sein duquel Wilco a été erronément catalogué. « Cette formation est capable de jouer dans des registres très différents. Elle ne se concentre pas seulement sur la country ; d’ailleurs j’évite de mettre des étiquettes sur des groupes ou des artistes. J’apprécie le feeling de leur musique, sans plus… » Dans le passé, B.T. s’est autorisé quelques reprises. Notamment une version du ‘Cupid come’ de My Bloody Valentine. Cet exercice de style est-il encore pratiqué par la formation ? « Oui, mais pas ‘Cupid come’ ; nous l’avions choisie à une époque où nous balbutions encore. Aujourd’hui, le problème, c’est qu’on n’est plus capable de jouer ces covers ; parce qu’on ne les a plus interprétées depuis longtemps. On a même oublié certaines de nos chansons ; alors on est obligé de les réapprendre. Et une reprise exige énormément de travail… »

Merci à Vicent Devos.

 

 

Lamb

De lumière et d'obscurité

Écrit par

Andy Rhodes et Louise Barlow, passant allègrement d'une tournée promo aux Etats-Unis à quelques apparitions remarquées en festival, estiment Lamb meilleur sur scène que sur disque. Même si "Fear Of Fours", le second et récent en date, sent déjà plus le live. Une chose est sûre: le réjouissant concert, entre drum'n'bass, électronique et chansons pop, livré par le duo de Manchester à Werchter au début du mois est de ceux qui donnent envie de plonger au plus profond de sa musique. En compagnie de Lou, maman d'un petit Reuben d'un an...

Nous avons tourné aux Etats-Unis avec l'album précédent. Ils nous connaissent déjà un peu là-bas, et les réactions sur le second semblent positives. J'ai l'impression que les Américains commencent à s'y intéresser. Le problème, c'est que nous n'entrons pas vraiment dans une catégorie musicale particulière. Tout le monde sait qu'aux States, les radios, par exemple, sont très spécialisées. Mais les ‘college stations’ passent notre musique. C'est dans ce circuit-là qu'on s'intéresse surtout à ce que nous faisons. C'est un bon début

Pas parler, jouer!

Comment parlez-vous habituellement de votre musique aux gens que vous êtes amenés à rencontrer?

Je crois qu'une fois qu'on commence à décrire quelque chose, on s'en éloigne. C'est pourquoi je n'aime pas trop parler de notre musique. Evidemment, ça ne facilite pas le travail des journalistes. Disons simplement que cette musique requiert d'être écoutée, pas discutée, dans un sens. C'est comme pour un tableau; la meilleure chose qu'on puisse faire, c'est le regarder plutôt que d'en parler. Les gens écoutent trop souvent sans faire fonctionner leurs oreilles. Ils se basent sur ce que d'autres ont pu dire et dès lors, ils ont déjà classé la musique avant d'y prêter vraiment attention. C'est la tendance actuelle et ce n'est pas très positif.

Les gens se sont plantés, par rapport à votre premier album?

Quand il est sorti en 96, nous ne savions pas trop quelles réactions il allait susciter. En plus, nous étions très naïfs à l'époque. Forcément, nous sommes restés enfermés en studio, totalement plongés dans ce disque pendant des semaines et nous n'étions jamais montés sur scène. Globalement, il a été bien reçu. Bien sûr, nous avons eu droit au lot habituel de comparaisons stupides. Avec Portishead par exemple. C'est ce qui arrive quand on écoute un disque sans ouvrir les oreilles... C'est réducteur et générateur d'a priori.

Pourquoi être comparé à Portishead? Parce que vous êtes un duo? A cause de ta voix?

Dans un sens, c'est de la paresse... journalistique que de relier ainsi un album à d'autres déjà existants. La musique pourrait être comparée à un jour ensoleillé, une tornade, à un plat qu'on apprécie... Il y a tellement de moyens pour exprimer la musique. Mais non, il semble que coller des étiquettes soit la règle. On dirait que certains s'en sont même fait une spécialité! C'est le pire qu'on puisse faire avec la musique.

Tu penses aux journalistes en particulier?

Les dj's fonctionnent de la sorte également. Et en plus, on en a fait des stars (rires)! C'est du nivellement par le bas. Lamb? Ah oui, c'est une fille et un garçon. Elle chante, il bidouille? Bon, c'est comme Portishead!

Ecrire

Tu n'as pas envie de devenir journaliste?

Non! J'aimerais devenir écrivain.

Ecrire des chansons est proche du métier d'écrivain, selon toi?

Oui, en tout cas c'est plus facile parce qu'une chanson est plus courte qu'un roman (rires). Comme je ne reste enthousiaste que pendant de brefs laps de temps, le format ‘chanson’ me convient parfaitement. Je peux raconter une histoire ou faire passer une émotion en trois minutes et demie, c'est parfait!

Tu fais quoi des textes que tu n'arrives pas à terminer?

Il ne m'est jamais arrivé de haïr une chanson au point de ne plus jamais vouloir en entendre parler. Disons qu'il y en a que je préfère à d'autres et que ça change souvent. Je crois à la spontanéité: quand tu fais quelque chose de bon, c'est parce que tu le fais pour la première fois.

Quand on vous voit sur scène, on a effectivement l'impression que c'est pour vous un plaisir et une découverte à chaque fois renouvelés...

Nous pourrions tomber dans la routine en jouant chaque soir les mêmes choses. Ce n'est heureusement pas notre cas. Les endroits sont différents, nos humeurs sont différentes, en plus nous jouons au sein d’un groupe. A chaque fois, ça doit être neuf pour nous, c'est la seule manière d'évoluer. C'est ainsi que nous essayons de fonctionner. En injectant chaque soir une nouvelle fraîcheur dans notre musique.

Et pleurer

Tu trouves que votre musique se prête à être jouée dans de gros festivals?

Au départ, Lamb n'était qu'un projet studio. Après la sortie du premier album, l'idée de monter sur scène était pour nous une perspective assez effrayante. Nous n'avions vraiment aucune idée de la manière de faire, tout simplement! Au fil du temps, nous avons appris à développer notre show. La plupart des chroniques mentionnent que nous sommes meilleurs sur scène que sur disque. Nous en avons également l'impression! C'est pourquoi l'expérience des concerts a été largement prise en compte au moment d'écrire "Fear Of Fours".

Vos titres plus mélancoliques passent aussi bien sur scène que les plus rythmés? Il y a quand même quelques plages très calmes sur cet album...

Je crois que le public est gavé de pop music qui se veut joyeuse à tout prix. Quand une chanson ne rentre pas dans ce format, on se dit tout de suite qu'il s'agit de mélancolie. Si on écoute attentivement notre musique, je crois qu'elle est l'expression d'une joie profonde. Or, les joies les plus profondes sont très proches de la tristesse, et vice-versa. C'est la vie: elle est faite de lumière et d'obscurité. Il n'y a pas d'émotions pures mais des émotions connexes. Après tout, pourquoi les gens pleurent-ils quand ils sont heureux?

Interview parue dans le n°75 du magazine Mofo de juillet/août 1999

 

Iron & Wine

J’évite les pièges du monde superficiel.

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Le rendez-vous était pris : mardi 7 août à 17h dans les locaux de la VRT. Un peu anxieux, je gare ma voiture où je trouve de la place, c'est-à-dire à perpète’ les oies, et profite du trajet à pied jusqu’au bâtiment pour me remémorer les questions que je poserai à Sam Beam. Le fondateur et acteur principal d’Iron & Wine jouit d’une réputation de personnage fort sympathique. L’entretien sera très chaleureux selon certaines de mes sources. La sortie en septembre de son nouvel album « The Shepherd’s Dog » est la raison de sa visite dans notre pays. Une multitude de couloirs et d’étages plus loin, nous nous retrouvons assis à une table. Dans le coin de la pièce, il y a une housse de guitare. ‘Ibaneze ‘est gravé sur l’étui. Elle est posée à même le sol. Elle attend son maître. A côté d’elle veille son gardien : une représentante du label Sub Pop. Sam Beam ne doit pas être loin. En fait, il termine un tête à tête pour un autre magazine. Il est 17 h. Je sais qu’un taxi lui est réservé pour 18h00. Il doit l’amener à la gare. Et une autre interview est prévue après la mienne. Je me sens un peu sous pression. En réalité je m’y mets tout seul. J’ai le sentiment que la température de la pièce a augmenté de 20 °. Mes mains s’humidifient, mon t-shirt aussi. Sam apparaît au fond de la pièce, la démarche calme et posée. Reconnaissable à 10 lieues, à cause de la barbe et sa coiffure ‘hippie’. La housse de guitare semble frétiller en voyant son maître revenir. J’enclenche le dictaphone. Je sens déjà le calme me revenir. Sam me réconforte d’un sourire et d’une poignée de mains chaleureuse. Agréable premier contact.

Bonjour Sam, comment vas-tu ?

Bonjour ! Bien, merci.

Tu viens nous présenter « The Shepherd’s Dog », ton dernier album qui sortira en septembre. Dans quel état d’esprit es-tu ?

En pleine forme ! Et je suis très content. Cet album est distinct des autres. Je pense ainsi avoir pu et pouvoir en parler différemment.

Pour concocter ce dernier opus, tu as reçu le concours d’une volée de collaborateurs. Ces contributions deviennent habituelles. Dans le passé tu avais déjà reçu le concours de ta sœur ou de Calexico (sur l’EP « In The Rain »). Qu’est-ce qui détermine ce choix ?

J’aime bien inviter ma sœur pour chanter. Elle a, de nouveau, participé à la confection de cet album (NDR : et participera également à la tournée). J’apprécie tout particulièrement m’entourer d’artistes venus de tous les horizons, de manière à susciter de chouettes associations d’idées. En plus, mon travail est valorisé. J’écris, je compose et je propose. Ensuite, chaque participant apporte sa propre vision. Nous mélangeons alors le tout pour obtenir la mouture finale. Un concept qui améliore mon travail.

En général, tu contactes les artistes ou ils te proposent leur concours ?

C’est toujours moi qui les sollicite. J’ai travaillé en compagnie de Brian Deck, Jim Becker ou Rob Burger, par exemple. J’ai partagé des shows avec Rob, mais c’est la première fois que nous enregistrons ensemble. C’était fantastique ! 

En écoutant « The Shepherd’s Dog » on sent à nouveau ton envie d’intimité et la volonté de communiquer des sensations toujours plus douces. D’où vient cette motivation ? N’as-tu pas envie, de temps en temps, d’opter pour un son plus ‘trash’ ?

Je travaille toujours sur des compositions calmes ; mais parfois il m’arrive de ressentir cette envie, effectivement. Tout dépend du morceau. Sur le dernier album, certaines plages recelaient des éléments troublants, susceptibles d’y parvenir. En fait, pour composer une chanson d’amour ou intimiste, tu dois d’office opter pour un son doux. J’essaye toujours d’écrire des chansons inspirées d’expériences humaines, dont la partie douce et fragile vient dominer l’ensemble. Je tente de refléter cette perspective dans ma musique. 

Pour beaucoup d’Européens, les USA véhiculent une image assez superficielle. Comment fais-tu, pour t’en détacher d’une manière aussi tranchée ?

Oh ! Merci c’est gentil. Tu sais, les USA appartiennent à la planète terre sur laquelle je vis. Si je ne devais plus partir en tournée, ce ne serait pas un problème. En plus, je préfère me concentrer sur la recherche et la création à la maison, que d’écouter le résultat et partir sur la route. Je n’accorde pas trop d’attention au travail des autres, mais je me tiens quand même au courant. Je pense malgré tout, que la plupart des albums qui sortent aujourd’hui n’ont pas vraiment d’âme et ne libèrent guère d’émotion. Contrairement à de nombreux contemporains, je n’écris pas de chansons pour devenir une star, mais parce que j’en éprouve de la satisfaction. Pas spécialement non plus pour être connu. J’évite les pièges du monde superficiel.

Franchement, n’es-tu pas trop agacé d’être si souvent comparé à Nick Drake ?

Non, absolument pas ! Nick Drake ? Je suis flatté. J’adore sa musique. Je pense qu’il est impossible de ne pas comparer le travail que l’on produit, avec celui des autres artistes. C’est impossible de nier les ressemblances ou les influences. La musique de Nick Drake est tellement cristalline qu’on la reconnaît immédiatement.

Ta première expérience studio date de “Our Endless Numbered Days ” ?

« Creek Drank The Craddle », l’album précédent avait été réalisé à la maison. Je l’avais plutôt considéré comme le fruit d’un hobby. « Our Endless Numbered Days » à été enregistré en studio, oui.

Tu sembles adorer enregistrer at home ? C’est à nouveau le cas pour « The Shepherd’s Dog ». Exact ?

J’aime bien aussi travailler en studio. Les machines (NDR : Sam dit littéralement ‘the big toys’) sont plus sympas. Tu as plus de choix, plus d’options disponibles. J’ai fait construire un studio chez moi où j’y ai enregistré « The Shepherd’s Dog ». J’adore y bosser car il n’y a aucune restriction de temps. Tu ne dois pas te dépêcher. Tu peux écouter ce que tu fais. Tu peux encore changer ou modifier des arrangements plusieurs mois après la première prise. J’aime cette autonomie, simplement pour pouvoir me mettre au boulot quand j’ai envie, comme j’ai envie. Le procédé est plus créatif, plus motivant. Je prends mon temps pour réfléchir à ce que je fais.

“Carried House” et “Kingdom of the animals” figurent sur l’EP “Boy With A coin”, mais n’apparaitront pas sur l’LP. Manque de place ?

J’enregistre toujours beaucoup plus de chansons qu’il ne faut. J’en ai systématiquement de trop. Je n’écris pas sous un format prédéfini. Je les stocke, les réécoute. Je ne réunis sur un même disque que des chansons qui ont un lien commun. L’histoire de « Carried House » est assez amusante ; au début de sa création elle reposait sur une structure rythmique et trahissait une influence africaine. Elle s’est modifiée au fil du temps pour devenir ce qu’elle est à présent. Le résultat est assez chouette, et totalement différent de sa conception initiale. Je prends toujours mon temps pour tisser mes morceaux et embellir les motifs qui en résultent. Sur ce single, je voulais que ma musique adopte un autre type de sonorité.  

Quels rapports entretiens-tu avec Sub Pop ? Tu t’y sens bien ?

(En se relevant vers l’attaché du label à coté de nous) Oh très très bien, génial !! (rires). Sérieusement, cette structure me plaît. Certains artistes choisissent de signer chez un major en disant ‘faites de moi une rock star !’ Ce n’est absolument pas ma façon de concevoir les choses. Chez Sub ils produisent et distribuent mes albums en me laissant une totale liberté. Vraiment, c’est tout ce que je demande. Rien de plus. Ce sont réellement des gens sympas.

Tu te produiras en concert le 9 août à Londres, puis tu retournes jouer aux States. Ensuite tu repars vers l’Ecosse et l’Irlande avant de revenir à nouveau vers l’Angleterre. Tu nous as oubliés dans ton trajet dis donc ?

(rires) Oh non…Toutes les dates ne sont pas encore confirmées. Je me pointerai pour un concert prévu au mois d’octobre, je pense ; et puis pour le printemps.

Fabriques-tu tes propres pochettes ? Je les trouve très réussies. As-tu suivi des cours d’arts graphiques ?

Oui, j’ai fréquenté l’Académie. En fait, à une certaine période de ma vie, j’ai même cru que j’aillais devenir peintre.

Et le choix entre la peinture et la musique n’a pas été trop difficile ?

Je continue toujours à toucher à tout : photographie, film, peinture. C’est mon passe-temps. Je n’ai jamais vraiment fait de choix définitif.

Merci Sam, c’était très sympa de discuter avec toi.

Merci à toi, et bonne continuation.

Il est 17.30. L’entretien s’est déroulé à toute vitesse. Sam ne s’est jamais départi de son sourire tout au long de notre rencontre. C’est en emportant cette image que je le quitte. En voyant de face mon t-shirt sur lequel est imprimé une vieille pochette de Shelter, il me dit encore : ‘Hey Shelter, j’aime ce groupe. J’aime bien Ray’ (NDR : Ray Cappo est le leader de cet ancien groupe de straight-edge hard-core). Après une longue poignée de mains, il me gratifie d’une claque sur l’épaule. J’ai l’impression de quitter un vieux pote. Au coin du couloir je sens une drôle de sensation m’envahir. En fait il me manque déjà…

Okkervil River

L'autobiographie imaginaire

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Okkervil River nous vient de New Hampshire. Fondée à la fin des 90’s, cette formation est drivée par Will Sheff. Il en est le compositeur, le chanteur et le guitariste. Leur cinquième album vient de paraître. Il s’intitule « The stage names » et fait suite à « Black sheep boy », un disque qui avait reçu une excellente critique de toute la presse. Plus pop, le dernier opus n’en est pas pour autant moins intéressant. D’autant que ses textes sont toujours aussi inspirés, à la limite de l’autobiographie. Will nous en explique la raison…

« L’autobiographie ? Je l’adapte. J’y inclus de la fiction. Ce qui est intéressant dans cette démarche c’est ce qu’elle te procure. Beaucoup d’autobiographies se complaisent dans l’apitoiement ou à la complainte. Par contre, si tu lui apportes de l’imaginaire, tu enrichis ton récit. Et cette pratique devient une opportunité. L’opportunité de te sublimer. On arrive ainsi finalement à une autobiographie factice. Depuis l’album ‘Back sheep boy’, je parviens à écrire comme je le souhaite. C’était alors la première fois. Et lorsque nous avons commencé à enregistrer ce nouvel album, j’avais la sensation de pouvoir m’adapter. En très peu de temps je me suis senti pousser des ailes, parce que j’étais dans mon trip. » Tout au long de cet opus, on rencontre des références au cinéma, au théâtre et à la littérature. Mais finalement, Sheff, c’est un réalisateur de film, un poète ou un musicien ? « Je suis musicien. Je n’ai pas envie de devenir réalisateur de film. Oui, il est vrai que j’ai effectué une tentative dans cet univers, mais c’était un challenge. Ce n’est pas ce que je recherchais. Au départ, j’étais même intimidé. Pourquoi ? Parce qu’il faut de l’argent. Et beaucoup de temps. Et pour arriver à un résultat, des années de travail sont nécessaires. Ce job exige trop de dépense d’énergie et entraîne si peu de satisfaction. Finalement musicien me convient mieux. Ce qui n’empêche pas que je sois tombé sous le charme du cinéma. Mais ma préoccupation première, c’est d’écrire des chansons… Ce nouvel album, je le voulais différent. Lui conférer une tonalité moderne. Et le meilleur moyen d’atteindre ce but était de le plonger dans le monde du divertissement. C'est-à-dire la TV, le cinéma et en particulier les films d’horreur, les chansons pop qu’on entend à la radio. Tout en le rendant intemporel. Archaïque. Comme dans l’univers du conte… » On en vient enfin à la littérature. Ainsi Sheff aurait vécu son enfance comme un solitaire entouré de davantage de livres que d’amis. Il confesse. « J’ai dit ça moi ? Probablement que c’est vrai. Je me sens souvent proche des écrivains qui sont partis dans l’autre monde. C’est émouvant. J’ai toujours eu ce sentiment de partage et de proximité avec eux. Mais finalement, tu te sens bien auprès des personnes que tu ne connais pas. D’ailleurs, lorsque tu as l’opportunité de rencontrer des personnes que tu admires, tu es souvent déçu. A cause de la différence entre l’image que tu projettes et la réalité. Mais tu peux aussi rencontrer des êtres humains malheureux, perturbés. Il y a quelque chose de touchant, de bouleversant et de triste de se dire qu’on est plus proche d’auteurs et d’écrivains et de films que de la réalité présente. C’est ce sentiment de proximité (film, auteur, etc.) que je voulais introduire dans mon album… » Mais qui est la principale source d’inspiration de ses lyrics ? Henry Miller ? « Pas la principale. En fait, je partage chez Miller, et beaucoup de monde pense la même chose, son aptitude à brosser un portrait susceptible d’embrasser toutes les facettes de la société. Depuis le beau jusqu’au laid. Il les dépeint avec un caractère joyeux. Dans la laideur, il trouve quelque chose de beau. Il existe un espace de langage surréaliste, flamboyant, dans ces descriptions. Les émotions qu’il recherche sont destinées à ouvrir l’esprit. Que tu sois intelligent, stupide, beau ou sale. Et tout ça dans l’allégresse. Entre la beauté et la laideur, il existe quelque chose de commun. J’aime ce manque de rigueur, cette absence de structure, ce désordre… » Et pourtant, certaines compos de Will sont devenues des prédictions. Il s’explique : « Il est vrai que j’ai écrit des chansons à propos d’événements qui se sont déroulés par la suite. En quelque sorte, j’ai anticipé sur le futur. Et pour pimenter le tout d’un peu d’humour, j’ai annoncé à mes potes que j’allais consacrer une compo à ma future notoriété. Donc, c’est devenu une plaisanterie entre nous. Mais cette situation est quand même curieuse. Tu projettes un événement dans ton esprit, alors qu’il n’existe pas. Et puis il se produit. C’est très excitant pour moi… »

Quelques chansons de son denier album ont suscité la controverse. Tout d’abord ‘Plus ones’, un fragment au cours duquel Will utilise des titres de chansons célèbres écrites notamment par les Commodores, REM, Paul Simon, ? & The Mysterians et les Zombies. « Pas tellement une controverse, mais disons qu’elle a fait couler pas mal d’encre. En fait, il s’agit d’une chanson radicalement différente de ce qu’on avait pu faire jusqu’alors. Nous voulions réaliser une compo à la fois amusante et légère. Qui tranche avec tout ce qu’on avait pu concocter dans le passé. Un peu idiote même. Ce n’est pas de l’humour très subtil, mais il a le mérite de faire rire. Tu sais Dylan avait ouvert la voie sur ses albums ‘Blonde on Blonde’ et ‘The Basement tapes’. Ce sont des albums bourrés d’humour mais qui dissimulent un message. Et un gag peut aussi cacher une idée très sérieuse… » A l’instar de ‘John Allyn Smith Sails’. La formation y pastiche ‘Sloop John B’, un traditionnel immortalisé par les Beach Boys mais aussi les Byrds de Roger McGuinn. Et Will y a intégré des textes du poète américain John Allyn Smith. La version est tellement sinistre, qu’elle en devient hilarante (NDR : évidemment, pour percevoir ce type d’humour, il faut bien comprendre la langue de Shakespeare). « Tiens c’est curieux, la plupart des journalistes me parlent des Beach Boys et peu de Roger McGuinn. C’est une chanson célèbre. Au départ, je n’avais pas l’intention de la reprendre. Mais j’ai changé d’avis. Parce que c’est comme si je pénétrais dans une pièce et que je rencontrais quelqu’un que je n’attendais pas. C’est ce qui s’est produit pour ‘John Allyn Smith Sails’. Et j’entre dans la chanson. Ce sont deux compos qui s’entremêlent et finissent par fusionner… »

Les arrangements opérés sur ‘The stage names’ sont assez riches. Parfois tapissés de cordes et même de cuivres. Un peu comme chez Calexico et Arcade Fire. Will ne partage pas cet avis : « Je connais trop peu ces groupes. J’apprécie Calexico, mais si leurs cuivres sont stimulants,  ils appartiennent à l’univers des mariachis. En ce qui concerne Aracade Fire, enfin de ce que j’ai pu en écouter, nous n’évoluons pas du tout dans le même registre. J’ai parfois l’impression que la formation canadienne superpose tout. Elle amoncèle une quantité d’ingrédients de haute qualité, mais sans en soigner les arrangements. Et à la longue, ça devient ennuyeux. Je n’aime pas trop cette technique. Et leur ‘Neon bible’ m’a fortement déçu. Dans ce domaine, je préfère Scott Walker à Arcade Fire… » A ce jour, Will a pu réaliser ses rêves. D’une part, il a échangé un duo avec Daniel Johnston sur ‘Don’t fall in love’. Et puis il a joué en première partie de Lou Reed, un des artistes qui constitue une de ses influences majeures. Il a même pu le rencontrer. « Oui, c’était absolument génial de pouvoir parler avec lui. C’est un type extraordinaire. J’adore sa manière d’écrire, son œuvre. Il est difficile de parler de choses qui nous rendent heureux, parce que vous ne pouvez qu’utiliser des termes dithyrambiques… » Par contre, il ne faut pas lui parler d’alt country. C’est un sujet qui fâche. « J’aime la musique country, mais aussi la soul et le rock’n roll. En fait, je joue de la guitare acoustique, et il y a neuf ans, lorsque tu jouais de la sèche, de la steel ou du banjo, les médias te collaient cette étiquette. Le pire, c’est qu’à cette époque, ce mouvement alt country était détestable. Aussi je refuse d’y être associé. Je n’ai jamais rien eu à voir avec cette scène. Je ne suis pas allergique à la country, je l’apprécie même beaucoup, mais Okkervil River ne joue pas de la country… »

Will n’est pas toujours satisfait de sa voix. Pourtant, parfois, ses inflexions peuvent rappeler Robert Plant. Surtout lors des ballades. Mais n’a-t-il jamais pensé à partager un duo avec une voix féminine ? « J’adore le Led Zeppelin et cette comparaison me flatte. Tu sais, notre musique a quelque chose de rock classique (NDR : il aime Dylan, Leonard Cohen et Joni Mitchell, entre autres). Ce quatuor mythique n’est pas une influence, mais il est vrai que nos compos les plus paisibles peuvent rappeler le climat d’un ‘Going to California’… Maintenant, ma voix n’est pas très puissante ni accessible, pas comme celle de Bono ; et c’est peut-être un problème. Une faiblesse. Donc on s’est cassé la tête pour qu’elle puisse s’intégrer dans notre musique. Pour que le groupe l’accepte. Mais quelque part cette faiblesse est une force en soi… En ce qui concerne un duo avec une artiste féminine, c’est une idée qui me plait beaucoup. C’est une formule élégante et romantique. Mais par convention, mon entourage me déconseille vivement de la concrétiser. Donc je vais m’y risquer, parce que si l’idée est ringarde, c’est un défi à relever… »

Merci à Vincent Devos.

The Tellers

De l'encre sur les mains, des idées plein la tête

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Fin du mois d’août, la Belgique prend l’eau. Vu le temps, c’est presque devenu une habitude. Les parapluies sont de sortie, les gouttes inondent le bitume. Pourtant, il en faut plus pour décourager les fans des Tellers, venus en nombre, en cette fin d’été mouillée, fouler le pavé pour se procurer ‘Hands Full of Ink’ (traduisez : ‘Les mains pleines d’encre’), le graal, le premier album de Ben Baillieux-Beynon et Charles Blistin. Véritable phénomène, The Tellers est le groupe du moment, la formation attendue au tournant. Sur disque, le duo s’en sort avec les éloges : des chansons décontractées, plantées, comme si de rien n’était, sur des mélodies folk-rock à siffloter. Sous la pluie, forcément.

Assis sur la banquette d’un café du centre-ville bruxellois, les Tellers gobent un sandwich à l’arrachée. En les voyant engloutir une dernière becquée entre deux interviews, on se dit que même pour manger, tout va très vite pour ces gars-là. « C’est certain », acquiesce Ben en déglutissant poliment. « Après le succès inattendu de notre mini album, notre label nous a fixé des échéances. On n’était pas en avance. En plus, on traîne toujours un peu les pieds. Si bien qu’en arrivant en studio, on n’avait pas suffisamment de morceaux. Alors, on nous envoyait régulièrement dehors pour composer de nouvelles chansons », explique-t-il. Enregistré dans l’urgence des délais imposés, ‘Hands Full of Ink’ respire la spontanéité et la simplicité. « On est très content du résultat final ! Même si le son de certains morceaux aurait, selon moi, gagné à être plus sale, plus crasseux », glisse Charles. « Cependant, on devait sortir ce disque assez vite. Alors voilà, c’est fait. » Mais c’est bien connu, la vitesse n’effraie pas les Tellers. Formé en 2005, remodelé à plusieurs reprises en 2006 suite au retentissement du single ‘More’ et du titre ‘Second Category’, utilisé pour une publicité internationale (celle de la nouvelle imprimante Canon), le groupe semble enfin se stabiliser. « Au début, avec Charles, on privilégiait la formule duo. Face à la multiplication des dates de concerts et l’élargissement de la taille des scènes, on s’est vite présenté en quatuor. Ça n’a pas été simple de trouver le line-up idéal », explique Ben. Cette fois, les Tellers semblent pourtant avoir trouvé leur équilibre. Après quelques changements de personnel, on retrouve François Gustin à la basse et Kenley Dratwa derrière les fûts.

Des filles et des mélodies

C’est indéniable, l’album des Tellers fait souffler un vent de fraîcheur sur les ondes, petit air léger qui dépasse déjà nos frontières. France, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Scandinavie, tous les pays d’Europe succombent au charme d’‘Hugo’, nouveau single tiré de ‘Hands Full of Ink’. « Suite à la sortie de notre mini album, notre label a signé un accord avec ‘Cooperative Music’, un département du label international ‘V2 Music’ », indique Charles. « C’est une chance incroyable de pouvoir diffuser sa musique aussi loin », poursuit-il. Le couronnement médiatique de leurs chansons ne doit cependant rien au hasard. La prouesse des Tellers, c’est d’être parvenu à canaliser une énergie, venue de Grande-Bretagne, de l’intégrer et de la servir sous un jour nouveau, léger et décontracté. « Dès nos premiers morceaux, on nous a comparé aux Libertines, à Pete Doherty. Sa musique nous a motivés, c’est indiscutable », affirme Ben. « Mais notre nouvel album marque une évolution. D’une certaine façon, on peut dire que nous sommes en train de nous affranchir de cette référence. Les chansons et notre personnalité s’affirment. Bientôt, je crois que les journalistes ne nous poseront plus la question. Même si on ne niera jamais l’impact de Doherty sur nos débuts », commente-t-il. Sur album, le point fort des Tellers repose sur l’art de broder des mélodies d’une troublante efficacité. « J’amène toutes les parties instrumentales », souligne Charles. « Et moi tous les textes ! », renchérit Ben. Les deux font la paire et se complètent à merveille. Comme si le destin avait, depuis le début, décidé d’une rencontre entre ces deux-là. Et puis, le tout est chanté dans un anglais irréprochable. « Je n’ai aucun mérite ! », lance Ben. « Ma  mère est d’origine galloise. Alors, forcément, ça aide… » En attendant, son timbre heurté, vaguement râpeux, fait des ravages. Lors des concerts, les Tellers déchaînent les foules, les filles surtout. A chaque sortie du quatuor, les cris des groupies pilonnent leurs joyeuses mélopées. « Ça ne nous dérange pas vraiment », rétorque Charles, « Au contraire, c’est plutôt agréable ! On n’explique pas cet engouement du public, cette exaltation. Mais c’est une bonne chose ». « Même si ce n’est pas toujours évident à gérer auprès de nos copines respectives », rappelle Ben. En attendant, le groupe signe un bel album, une jolie collection de chansons prêtes à enflammer l’assemblée. « Notre réussite est parfois gênante », explique encore Ben. « On passe souvent pour des types arrogants, des chieurs. Pourtant, on n’est pas des méchants… On rencontre parfois l’hostilité de techniciens qui s’énervent sur nous sans aucune raison », ajoute-t-il. « Après, nous devons apprendre à gérer toute cette attention. Et ce n’est pas facile », dit Ben. « Je comprends d’ailleurs le sentiment de jalousie que certaines personnes peuvent ressentir à notre égard. Certains artistes galèrent pendant des années pour parvenir à se faire entendre. Pour nous, ça va vite : on a beaucoup de chance ! De ce point de vue, la jalousie est un ressentiment naturel finalement. C’est tout à fait humain et fort compréhensible. »

Prince Charles

Les Tellers, c’est d’abord une passion commune pour la musique, pour ces petits détails qui, au final, font toute la différence. « La chanson ‘Another Coin For…’ a été enregistrée de façon artisanale, à la maison, dans la salle de bain », raconte Ben. « Si on écoute bien, on peut même entendre une porte qui claque en bruit de fond », sourit-il. Les détails et les anecdotes forgent donc l’état d’esprit de ‘Hands Full of Ink’. Il y a aussi des sonorités qu’on pensait oubliées, comme celles amenées par l’harmonica sur ‘He Gets High’. « Ce n’était pas du tout prémédité », raconte Charles. « J’ai pris l’harmonica et, quelques minutes plus tard, on avait une nouvelle mélodie. » Petit prince des arrangements et des instrumentations, Charles Blistin laisse ici entrevoir l’étendue de son talent. « J’ai même écrit une chanson à son propos », rigole Ben. « Elle s’intitule ‘Prince Charly’. Mais je ne veux pas en dire plus ! ». Mystère et confidence appuient la tendance : ces deux-là sont faits pour s’entendre.

Russ Tolman

Peintre du rock U.S. ? (archive du mois)

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Lorsque True West s'est séparé, Russ Tolman a décidé d'entreprendre une carrière solo. Une expérience qui aurait pu sombrer dans les profondeurs de l'oubli, si le Californien n'avait eu la chance de rencontrer Patrick Mathé, boss du label parisien New Rose. Depuis, Russ cherche sa voie. Acoustique, elle lui permet de raconter des histoires richement imaginées qui évoquent très souvent le monde du cinéma. Electrique, elle devrait lui permettre d'effectuer une tournée sur le Vieux Continent en compagnie de son groupe. Un périple qui devrait suivre la sortie d'un nouvel album dont la sortie est imminente...

Que symbolise pour toi John Kerouac ?

A l'origine, sa littérature m'a beaucoup passionnée. J'étais alors âgé de 16 ans et il était devenu mon guide spirituel. Aujourd'hui, ma pensée a évolué, même si quelque part elle confesse toujours une certaine influence.

Pourquoi y-a-t-il une telle corrélation entre ton écriture et le cinéma dans tes chansons ? Te considères-tu comme un peintre du rock américain ?

Belle image ! Je n'y avais jamais songé. Peintre du rock américain, c'est vraiment bien tapé (rires). Pas comme Picasso quand même ! Pourquoi existe-t-il une corrélation entre mon écriture et le cinéma dans ma composition ? (...) Difficile à expliquer ! Autrefois, j'allais souvent au cinéma. Mon ex girlfriend adorait le grand écran et m'y entraînait en permanence. Cela pourrait être une explication. Mais aujourd'hui mon emploi du temps ne me permet plus d'assister aussi régulièrement à la projection de films. Je suis trop occupé pour me permettre ce genre de distraction. Bref, lorsque j'écris une chanson, j'imagine un scénario. Et développe des images dans ma tête. C'est sans doute pour cette raison que mes lyrics procurent une certaine sensation panoramique. Tu penses peut-être que cette perspective pourrait m'inciter à écrire des romans. Mais je suis trop paresseux pour me lancer dans une telle aventure. Composer une chanson demande beaucoup moins de temps que rédiger un bouquin. Et puis c'est mon mode d'expression. Je n'ai d'ailleurs jamais eu l'intention de devenir un romancier...

As-tu la nostalgie du Paisley Underground ?

Pas tellement? J'ai joué avec de nombreux musiciens qui ont participé à cette vague neo psychédélique. Mais je n'ai jamais appartenu à ce mouvement.

Est-ce que tu croises encore les autres musiciens du défunt True West ?

Rarement. J'ai encore rencontré le guitariste Richard Mc Grath et le batteur Steve Tackenham, quelque temps après la séparation du groupe. Mais plus Gavin Blair et encore moins le bassiste Kevin Staydohar puisque depuis il est décédé.

Que représentent pour toi des artistes comme Steve Wynn, Chris Cacavas ou John Wesley Harding ?

Ce sont d'excellents amis. J'ai joué avec Steve chez les Suspects il y a une bonne quinzaine d'années. Et depuis nous avons toujours gardé le contact. Nous nous téléphonons régulièrement faute de pouvoir nous rencontrer plus souvent. Il a participé à l'enregistrement de mon nouvel album. A ce sujet, j'ai une anecdote à te raconter. J'avais également invité son ex girlfriend Johnnette Napolitano pour assurer les backing vocaux et je m'étais débrouillé pour qu'ils ne se trouvent pas nez à nez. Evidemment, l'imprévisible s'est produit. Le gag ! Heureusement, ça ne s'est pas trop mal passé. Et finalement je crois qu'ils sont restés en bon termes. John m'a invité à coopérer à la réalisation de "Why We Fight". Et figure toi que je n'ai jamais eu l'occasion d'écouter l'album. Il m'a pourtant envoyé le CD, mais ma girlfriend me l'a confisqué dès que je l'ai reçu (rires). Heureusement comme j'ai participé à toutes les séances d'enregistrements, je me souviens encore de son contenu. Chris, c'est aussi un pote. Avec Steve nous avons aussi participé à une tournée en Espagne, voici un peu plus d'un an. Nous n'y avons accordé que des sets acoustiques. En solitaire, en duo ou tous ensemble, suivant l'inspiration. Une chouette expérience.

Chris n'a pas participé à l'enregistrement de ton nouvel album ?

Non. Il était alors à l'étranger. Robert Lloyd assure les claviers. C'était déjà lui qui s'était acquitté de la plupart des parties instrumentales sur "Road Movie". Et il joue également dans le groupe de Steve. Nous sommes un peu une grande famille...

Cet opus devrait bientôt sortir quand même ! Quel sera son titre ? As-tu invité, hormis Steve et Johnnette de grosses pointures ?

Il s'intitule "Sweet Spot". Il devrait sortir incessamment. Il n'y révèlera pas de grosses pointures. Simplement des musiciens talentueux. Comme ceux qui composent mon groupe régulier, des gars qui m'accompagnent depuis plusieurs années...

Le style de cette œuvre diffèrera-t-il du précédent ?

Oui. Absolument ! Plus rock, plus électrique. Sur "Road Movie", mon inspiration était essentiellement orientée vers la country. D'ailleurs, j'envisage d'entreprendre une tournée qui passera par l'Europe pour le promotionner. Nous avons beaucoup répété et travaillé les arrangements. Et nous allons tenter de restituer ce climat ‘live’ avec un maximum d'intensité et d'énergie...

Même si ton futur semble embrasser des horizons plus électriques, tes racines me semblent plutôt plongées dans la country et le blues. Partages-tu ce point de vue ?

Teenager, j'ai vécu dans un climat spécifiquement country. Ce qui ne m'empêchait pas d'écouter les titres qui remplissaient les juke-boxes. Et puis, j'ai été progressivement converti au blues. Mais, finalement, je pense que j'étais surtout fasciné par la qualité des compositeurs et de leurs compositions. Des chansons qui viennent du cœur, comme celles écrites par Van Morrison. Cet artiste m'a toujours impressionné. Mais ce qui m'a le plus captivé au cours de ma jeunesse, c'est l'œuvre de Hank Williams. Etre capable d'écrire une chanson aussi intelligente, simple et directe que lui, correspond à un idéal. Si j'y parvenais, ce serait une consécration.

Sincèrement je pensais que tu allais me parler de Johnny Cash !

Je respecte beaucoup cet artiste. Il a écrit des chansons fabuleuses empreintes d'une grande honnêteté. Mais je pense que la première phase de sa carrière est la plus intéressante et aussi la plus inspirée. Je le vois encore affichant un regard terrible, s’accompagnant à la guitare sèche tout en chantant d'une voix désespérée et douloureuse "Ring Of Fire"… Mais aujourd'hui, il semble avoir perdu le feu sacré. Ou alors, il l'a légué à sa fille... De très étranges compositeurs de toute façon!

Pourquoi tant d'artistes américains signent sur le label français New Rose?

Je pense que l'explication repose sur la personnalité de Patrick Mathé. Grand fan de musique américaine, il est sans cesse à la recherche de nouveaux talents aux States. Il est réconfortant de rencontrer ce type d'homme d'affaire enthousiaste, compétent dans un milieu d'arnaqueurs qui se foutent complètement de ton travail et ne pensent qu'au fric. Lorsque Patrick parvient à dénicher un nouveau contrat pour son label, tu devrais voir son visage. Il irradie véritablement de bonheur.

Ca doit changer de la tronche d'enterrement affichée par Dan Stuart et Chuck Prophett !

Je connais Chris depuis l'âge de 17 ans. Il jouait alors chez les Wild Games. Et ce groupe a souvent ouvert les concerts de True West. Un excellent guitariste d'ailleurs. Chris était à cette époque un jeune kid passionné et plutôt ouvert. Mais il envisageait déjà de devenir une rock star. Et son attente s'est modifiée en conséquence au fil du temps. Triste, car dans le fond c'est un chouette gars. Quant à Dan, il est totalement fou.

Howe Gelb (Giant Sand) pense la même chose que toi !

Howe est un peu fêlé également, mais dans le bon sens du terme. J'apprécie beaucoup Howe. Nous avons partagé tout un temps une même passion pour le golf, lorsqu'il vivait à los Angeles. Il est même plutôt doué. Mais il exerçait ce sport dans un accoutrement pas possible. Un bonnet, des tricots, des chapeaux et autres fringues extravagantes. Tout le monde le regardait. Et ça l'amusait.  Mais comme il était très fort, il a fini par chercher quelqu'un de plus compétitif pour se mesurer à lui. Nous n'avons plus joué ensemble ensuite. C'est vrai que j'aime le golf, mais je n'ai jamais été tellement doué pour le pratiquer...

Version originale de l'interview parue dans le n° 20 (février 94) du magazine MOFO

 

 

Black Sabbath

The Dio Years

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L’un des pères fondateurs du heavy métal s’apprête à entamer une tournée des festivals d’été, non pas sous son patronyme original, mais bien sous celui de « Heaven and Hell ». Pour célébrer cette reformation éphémère impliquant leur vieux complice Ronnie James Dio, Tonni Iommi et consorts nous invitent à redécouvrir l’essentiel des « Années Dio » sur cette compilation de 16 titres, dont trois inédits.

Renvoyé du Sab en 1979 pour ses excès divers, Ozzy Osbourne est remplacé un an plus tard par Dio, transfuge des fameux Elf et Rainbow. Grâce à la présence scénique redoutable et à l’organe vocal puissant du chanteur réputé pour sa petite taille –normal quand on a fait partie de Elf– Black Sabbath retrouve le succès en gravant le formidable « Heaven and Hell », en 1980 (disque de platine) et le brillant « The Mob Rules », l’album le plus violent de Sabbath. Ces deux opus seront magnifiés sur le double « Live Evil », en 1982. Dio entame ensuite une carrière solo exemplaire, enchaîne tournées sur enregistrements, et trouve le temps de rejoindre Black Sabbath en 1992, pour accoucher du satisfaisant « Dehumanizer ».

Manifestant une lourdeur oppressante à tous les étages, « The Dio Years » rassemble la crème de ce bout de chemin d’un des plus grands groupes de heavy de tous les temps sous la férule du père Dio. Un album qui s’écoute sans aucune lassitude ! Logique, il ne distille que de purs joyaux. Treize grands classiques non-remixés, sans oublier les trois titres bonus qui bouclent la rondelle. « The Devil Cried », « Shadow of the Wind », « Ear in the Wall » n’ont pas le panache d’un “Turn up the Night” ou d’un “Children of the sea”, mais force est de constater que RJ Dio, même s’il appartient désormais à la tranche des 3x20, a conservé une voix exceptionnelle, un organe dont son prédécesseur Ozzy ne pourrait plus se targuer aujourd’hui. Une compile majeure pour quiconque est passé à côté de cette période glorieuse du sabbath noir.