Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce long playing succède à Supermodels paru en 2023. Pour accompagner cette annonce, il a partagé le single « She Doesn't Love Me », sous forme de clip (et il est disponible…

Le fossé à franchir par Snake Mountain Revival

« The Divide », le nouvel album du trio psychédélique indépendant américain Snake Mountain Revival, sortira le 23 octobre prochain. Formé sur la côte de Virginie à l’été 2017, Snake Mountain Revival est né de la rencontre entre des univers musicaux très…

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D'Hiver Rock 2006 : samedi 25 février / Experimental Tropic Blues Band nous en mis plein les oreilles, Punish Yourself plein la vue...

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La deuxième journée du festival débutait à 16 h20. Une journée bien chargée attendait votre serviteur ; d'autant plus que quatre groupes de métal étaient programmés dans une troisième salle, à partir de 19h20. Dont Vandal X. Une prestation à laquelle je n'ai malheureusement pu assister, puisqu'au même moment se produisait Experimental Tropic Blues Band. Et de cette scène, je n'ai pu assister qu'à quelques minutes du set dévastateur de Morning Red. Une certitude, plus de monde dans les salles qu'au bar lors de cette deuxième journée, même si le jus de houblon semble encore avoir coulé à flots…  

Issu de Lille, Glory Pop est le lauréat de l'Open Stage de Mouscron, édition 2006. Un quatuor qui remet au goût du jour le style théâtral, parodique et humoristique de Bonzo Dog Band. Encore que parfois, leur humour décalé évoque les Monthy Python. Pas étonnant d'ailleurs que la formation adore les déguisements. Entrant sur scène vêtus d'une bure blanche, semblable à celle des adeptes du Ku Klux Klan, les membres du band terminent en string, après avoir transité par les accoutrements les plus farfelus possibles et imaginables (plumes, scaphandre et j'en passe). A un tel point qu'on finit par en oublier la musique qui tire un peu dans tous les azimuts. On y recèle même du rap et du glam (NDR : évidemment). N'empêche le chanteur est capable de passer du clavier au violon avec un certain talent. Et une chose est sûre : on s'amuse tout au long de leur prestation…

Peu réceptif au hip hop, je me suis quand même risqué à assister au set de Prise de Son soutenu par les Choco Pops. Collectif particulièrement jeune, Prise de Son rape comme mille et un autre groupe du style dans l'Hexagone. A leur avantage, des textes engagés et surtout intelligents, en phase avec les problèmes des banlieues en France. La présence des Choco Pops donne cependant une toute autre coloration à l'expression sonore. Le trio guitare/basse/batterie a des planches, et notamment le drummer. Balèze (au propre comme au figuré), il donne une amplitude phénoménale à la musique proposée. D'ailleurs, livré à lui-même au beau milieu du set, le collectif lasse très rapidement. Et il faudra le retour du backing group pour que la prestation retrouve des couleurs. N'empêche pour une première, cette collaboration méritait d'être vécue et demande même une suite…

Skeil est un quintet lillois qui pratique une sorte de funk/acid/jazz directement inspiré par Jamiroquai voire Steely Dan. C'est également le nom du chanteur/claviériste et leader de cette formation. Un chanteur qui possède un falsetto d'une grande limpidité. En outre son backing group n'est pas constitué de manchots ; et en particulier le saxophoniste. Malheureusement, leur solution sonore manque paradoxalement de groove. Mortel pour un combo qui revendique un tel style musical…

Ensemble courtraisien, Rencontrez l'Amour baigne dans le surf jusqu'au cou. Pas de chanteur, mais une musique instrumentale instituée, il y a près d'un quart de siècle par les Shadows, et perpétuée encore aujourd'hui par Dick Dale. Au début, c'est sympa, mais au bout de 20 minutes, on atteint le stade de saturation. Et on retourne au bar.

Sarah Markewich est américaine. New-yorkaise, très exactement. Elle vit cependant aujourd'hui à Courtrai. Depuis 9 ans. Vocaliste chez Greyn elle possède une superbe voix qui rappelle tantôt Nathalie Merchant des 10.000 Maniacs, tantôt Ani DiFranco. Le quintet pratique une sorte de pop/rock semi-acoustique particulièrement soigné. Mais aussi très ennuyeux. Et le groupe a beau se réclamer des Violent Femmes, dont il interprète d'ailleurs une cover, on se demande s'il ne devrait pas privilégier les bars nightclubbiens.

Apparemment, la pub de Morning Red a fait recette. Après avoir distribué moult tracts pendant deux jours, ils sont parvenus à attirer la foule dans la salle réservée aux groupes de métal. Disposant de deux chanteurs, le sextuor pratique une musique féroce, turbulente, fruit d'un cocktail improbable entre Mass Hysteria, Colcut, Soulfly et Incubus. Et le public averti réagit instantanément à cette flambée de fureur. Un set dévastateur auquel je me suis soustrait après dix minutes, histoire de sauver ma peau… et mes tympans…

Raspoutitsa n'est pas le nom d'un ancien agent du KGB, mais le patronyme d'une formation issue de la région tournaisienne responsable d'une style musical particulièrement original qui oscille entre chanson française et prog, en passant par l'électro et la pop. Mais la force du groupe procède des lyrics de Mathieu. Des textes lourds de sens et de pertinence. Il joue également de la guitare. Et chante. Pourtant, son timbre n'a rien d'exceptionnel ; mais ce soir, ses inflexions ont fait la différence. D'ailleurs, à ces débuts, Cantat avait-il une belle voix ? Après trois années d'absence, le groupe a décidé de sortir un maxi (NDR : dont le digipack est absolument superbe !) et de repartir en tournée. Franchement, on est ici en présence d'un talent à l'état brut. Qui mérite d'être poli. Peut-être pas toujours facile d'accès, il faut le reconnaître… Et quoi, Ferré était-il facile d'accès ?

Fondé en été 2000, Two Star Hotel a été signé par le label allemand Sounds Of Subterrania, une écurie qui compte en ses rangs King Kahn, Dirtbombs, Melt Banana, El Guapo Stuntteam et The Monsters. La formation liégeoise a d'ailleurs sorti son premier opus en 2005. Et à l'écoute de cette plaque, cette signature se justifie. En fait, TSH pratique un cocktail de boogie, de funk et de punk qu'ils appellent avec dérision du 'plastic-avant-rock' (NDR : si on veut bien !). Sur scène le groupe se présente vêtus en rouge et noir, un foulard noué autour du cou. Deux guitaristes (qui disposent d'un rack de grattes assez impressionnant, dont une transparente !) alimentent leur solution sonore aride, énergique, convulsive, qui transpire le sexe et le rock'n roll. D'ailleurs, dès les premiers accords, vous avez une envie irrésistible de taper du pied. Et leur nouveau chanteur semble s'être facilement moulé dans l'ensemble. Pantalon de cuir noir, poses lascives, il se déhanche, harangue la foule, et termine même son set au milieu du public.  

PPZ30 n'est pas né de la dernière pluie, puisque le combo existe depuis 1992. Malheureusement, leur funk métal semble avoir pris un sérieux coup de vieux. Pas que l'énergie soit absente ; au contraire ! Mais elle est le fruit d'une accumulation de clichés qui finissent par devenir agaçants. Et leur dernier album, « Duck my sick » en est la plus belle illustration. Heureusement, sur les planches, la formation est toujours aussi intéressante. Et puis rien que la présence de Bruce, le chanteur/showman, est un véritable régal. Bénéficiant du concours d'une section de cuivres le combo n'a donc pas failli à sa réputation. Enthousiasmant même ceux qui ne les avaient jamais vus…

Experimental Tropic Blues Band ! Nous ne sommes plus dans la même division… Les héritiers naturels des Cramps et de Jon Spencer Blues Explosion ont encore frappé… Psycho Tiger et Boogie Snake étaient au sommet de leur forme, même si en final, ils ne savaient plus trop où ils étaient. Et le public leur a rappelé en leur accordant une formidable acclamation. Qui a débouché par un rappel ! Une chose est sûre leur psycho boogie (NDR ou si vous préférez leur rock'n roll blues & roots) est unique en leur genre. Toujours pas de bassiste, mais deux râpes qui se conjuguent à merveille, déchirent l'espace sonore ou l'enflamment pour mieux le rendre dansant et sulfureux, pendant que Devil d'Inferno martèle tribalement ses fûts. Et les voix des deux solistes (une plus claire, l'autre caverneuse) se complètent parfaitement. Bref, même si le public ne faisait pas la danse du scalp, il pogotait ferme. Et difficile de ne pas avoir des fourmis dans les jambes à l'écoute de leur musique. Assurément le moment le plus fort de ce samedi. Le groupe est actuellement en studio pour enregistrer son tout premier long playing…

Encensé par la presse traditionnelle pour son premier album « Skyline society » (NDR : impossible d'en dire quoique ce soit, puisque aucun exemplaire promo n'est parvenu à Musiczine), Major Deluxe s'était déjà produit lors de l'édition 2002 du D'Hiver Rock, pour un set dont le souvenir ne restera pas impérissable. Depuis, la formation de Sébastien Carbonnelle a effectué d'énormes progrès. Leur musique easy listening, orchestrale, perfectionniste est irréprochable, mais franchement soporifique. En fermant les yeux, on avait l'impression d'être dans son salon, bien calé dans un sofa soyeux, prêt à tomber dans les bras de Morphée. Manquait plus que le casque sur les oreilles. Mais je n'étais pas dans mon salon…

Alors là, j'ai été surpris. Pas que la musique soit sensationnelle, mais le look de Punish Yourself est impressionnant. Les corps des musiciens et d'une danseuse aux seins nus, peints aux couleurs fluo donnent vraiment un effet visuel qui ne peut laisser indifférent. Côté musique, Punish Yourself pratique une sorte de métal indus qui ne lésine ni sur l'électronique, ni sur les pulsions primaires. En vrac, leur attitude implique le sado-masochisme, le sang, la dope, la fascination pour la mort et j'en passe. Fallait voir les fans du style accoutrés comme des punks de la fin des 70's ou maquillés à la manière de Marylin Mansun, se bousculer devant la scène. On a même eu droit à l'irruption d'un exhibitionniste sur le podium, que le service d'ordre a éjecté manu militari... Episodiquement, la danseuse actionnait une disqueuse pour en laisser cracher des étincelles semblables à des flammes. Sex, drugs & Cyberpunk ? Euh… Plutôt plein la vue…

Et pour terminer la journée, rien de tel qu'un moment de franche rigolade. Que nous a accordé Colonel Bastard, en l'occurrence Jérémy, le chanteur d'Experimental Tropic Blues Band. Avec pour seul accompagnement un micro et un lecteur CD pourrave, il a réalisé une performance à la fois délirante, décalée et sans complexe (NDR : c'est dans le dossier de presse !), qu'il termine par un strip-tease improvisé (NDR : ce n'est pas dans le dossier de presse). Bref, un bon moment de bonne humeur pour clore cette deuxième journée…

Cactus 2007 : dimanche 8 juillet

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A deux kilomètres du centre de Bruges, une file de voitures avance au compte-gouttes. Il faudra patienter plus d’une demi-heure pour atteindre la gare, lieu habituel de parking lors de ce festival. Mais mauvaise surprise, en arrivant, l’aire de stationnement est comble et n’accepte de laisser entrer de voitures qu’au prorata de celles qui sortent. Je prends une mauvaise décision : essayer de trouver un emplacement ailleurs. Peine perdue. En fait, un immense marché aux puces s’est installé près de la station. Moralité, il ne me reste plus qu’à faire la file devant cette foutue barrière, en attendant que la situation se débloque. Vu le retard enregistré, impossible de vous parler de Tokyo Ska Paradise Orchestra. Quant à Ojos de Brujo et The Congos, Sam, notre collaborateur néerlandophone, nous en relate les faits marquants. Alors venons-en aux choses sérieuses. Et la toute première c’est que le festival est sold out ce dimanche…

Composé de 11 membres, Ojos De Brujo pratique un cocktail séduisant de rap, de flamenco et de world. Le groupe espagnol implique un DJ et un rappeur dans son line up, histoire de rester dans le coup. Leur prestation très rythmée est une invitation à la danse. Visiblement les musiciens sont en forme et ne manquent pas de le confirmer en multipliant les sorties en solitaire. Ce qui, soit dit en passant, n’est plus trop dans l’air du temps. En outre quoiqu’agréables à l’écoute, ces démonstrations de virtuosité altèrent le dynamisme de leurs compos. Dommage ! Néanmoins, on les créditera d’une prestation de bonne facture… (Sam Derijcke, traduction Suzanne, adaptation B.D.)

The Congos nous replongent dans le passé. Proche de l’univers balisé par Lee Scratch Perry et Bob Marley. Quatre vieux potes qui ont dû fumer des tonnes de joints au cours de leur vie. Suffit de voir leur look et surtout les traits de leurs visages pour s’en convaincre. Le quatuor s’est limité aux prestations vocales, confiant l’instrumentation à un backing group constitué de jeunes loups. Des musiciens responsables d’un mélange rafraîchissant de reggae et de dub, combinaison caractérisée par des parties de guitares incisives, une ligne de basse lourde et profonde ainsi que des percus pétulantes. Fort agréable et divertissant, leur set s’est déroulé sous un soleil retrouvé et n’a jamais suscité l’ennui ; ce qui arrive pourtant un peu trop souvent chez les formations pratiquant le reggae. (Sam Derijcke, traduction Suzanne, adaptation B.D.)

Neuf années que Buffalo Tom n’avait plus enregistré d’album. Le trio avait bien repris la route l’an dernier, mais en interprétant d’anciennes chansons. C’est chose faite aujourd’hui, puisque « Three easy pieces » vient de sortir ce 9 juillet. Une bonne moitié des nouvelles compos figurent d’ailleurs dans leur tracklist. Le reste se concentre sur leurs classiques dont « Velvet Roof » (qui ouvre le set) “Mineral”, ”Taillights Fade”, “Summers gone”, “Tangerine”, et “I’m allowed”, ainsi qu’une cover des Stones, « Stray cat blues », interprétée lors du rappel. Pas de changement majeur dans le style de B.T., même si Chris Colbourn, le bassiste participe davantage aux vocaux, parfois même au lead vocal. Le timbre écorché de Tom Janovitz abrase bien évidemment leurs compos particulièrement électriques (Tom prend toujours un énorme plaisir à triturer ses six cordes), même lorsqu’elles se muent en ballades. Et le sens mélodique est toujours aussi soigné, traduisant certaines compos en véritables hymnes. La foule leur a réservé un franc succès ; et franchement c’est tout à fait mérité !

Tom McRae possède une voix exceptionnelle. Il s’accompagne tantôt à la guitare acoustique (jouée en picking), tantôt à la guitare électrique. Et reçoit le soutien de deux excellents instrumentistes : tout d’abord, le pianiste/claviériste Ollie Cunningham dont les instruments sont calfeutrés derrière une tenture noire ornée de loupiotes, et le violoncelliste Oli Krauss. Le set est à peine commencé que Tom s’excuse d’attirer la pluie chaque fois qu’il se produit lors d’un festival. Sympa ! Et curieusement, le ciel commence alors à se charger de nuages, devenant de plus en plus menaçant. Heureusement, il ne pleuvra pas ; mais dans la nuit, lors du retour, après 10 bons kilomètres, la route était mouillée. Et renseignement pris, c’est l’heure à laquelle des averses orageuses s’étaient abattues sur le pays. Faudra l’envoyer dans les pays qui souffrent de sécheresse. Blague à part, Tom –qui compte quand même déjà 4 albums à son actif, dont le dernier, « Kings of Cards », est paru début de cette année– a dispensé un superbe récital tout en douceur et empreint de mélancolie en proposant un éventail de nouvelles compos, mais aussi ses classiques, que le public reprend souvent en chœur, comme ce « Bloodless » au cours duquel Oli a empoigné un accordéon ou en finale, « Boy with Bubblegum » judicieusement rehaussé par l’envol de bulles à savon. Un avis personnel : si la prestation ne souffre d’aucun reproche, à l’instar d’un Damien Rice, Tom aurait peut-être intérêt à s’entourer d’un quatuor à cordes. Il tirerait alors la quintessence de son talent…

Gabriel Rios écume la plupart des concerts estivaux. Un beau gosse au charme fou (sur scène, les filles n’ont d’yeux que pour lui) d’origine portoricaine, mais établi à Gand, qui réussit la fusion entre rock, pop et musique latine. Il chante d’ailleurs alternativement en espagnol (de moins en moins souvent) et en anglais. Il est entouré d’un groupe composé de figures notoires issues du nord du pays : le guitariste Rodrigo Fuentealba (Novastar, Fifty Foot Combo), le percussionniste Kobe Proesmans (Zita Swoon, El Tatto del Tigre), la choriste Eva Schampaert (Moiano, Mrs Hyde, An Pirelé), le claviériste Peter Lesage (Flip Kowlier, Moiano), le bassiste Maarten Standaert (Moiano) et le drummer Karel De Backer (Flip Kowlier, Novastar). Toute une équipe dont l’énergie communicative électrise un public conquis d’avance. Et pour cause, Rios est particulièrement populaire dans la région…

Une multitude de techniciens et de roadies s’affairent sur la scène pour installer le matériel imposant des Flaming Lips. Vêtus de salopettes rouges, ils sont drivés par Wayne Coyne en personne qui s’amuse de temps à autre à tester son canon à serpentins. Un écran géant reflète celui d’un computer programmé par un informaticien. Pas de doute on va en avoir plein les yeux et les oreilles… Et le show peut commencer. Wayne surgit à l’intérieur d’une énorme bulle transparente qui roule dans la foule. Les mains tendues, les spectateurs déplacent la sphère au dessus-de leurs têtes. Renversant ! Le retour sur le podium s’opère en douceur et les musiciens ont pris place sur les planches. Un claviériste, un bassiste, un drummer et un guitariste déguisé en squelette. De chaque côté de la scène une dizaine de personnages plus excentriques les uns que les autres dansent : des pères-Noël, des lapins, des super héros, des cosmonautes. C’est le carnaval revu et corrigé par Disney, Dada et les Teletubbies en même temps. Encore que lorsqu’une multitude de ballons démesurés commencent à rebondir sur la foule, je commence à me demander si Wayne ne s’est quand même pas un peu inspiré de la série culte « Le prisonnier ». Pas seulement, évidemment. Confettis et serpentins sont projetés dans l’air et dessinent des figures de feux d’artifice avant de retomber comme une pluie sur la foule (c’est mieux que de l’eau !) On est subjugués! Des lasers tournants ou en pointillés bombardent les spectateurs. C’est la guerre des étoiles ! Et puis il y a quand même la musique. Tantôt funkysante, tantôt psychédélique (et pas seulement à cause de la machine à fumée), blues, techno, country, etc., mais tellement pleine de sensibilité et tellement proche de Mercury Rev. Derrière, sur l’écran géant, une fille nue danse. Puis des animaux se chamaillent ou alors le visage en gros plan et déformé de Wayne reproduit ses mimiques filmées par une caméra installée sur son micro. L’après-midi en backstage, j’avais surpris Wayne suivre un roadie portant un énorme miroir dans lequel il répétait des facéties, tout en marchant. Et je me demandais bien à quoi ce réflecteur allait bien pouvoir servir. En fait, plusieurs spectateurs braquent de mini faisceaux lasers vers le podium depuis un bon bout de temps, et en particulier sur Wayne. Et franchement cet acharnement devient agaçant. Mais Wayne a trouvé la parade. Il provoque le public en lui demandant de focaliser ces faisceaux de couleur rouge sur lui. Et soudain, il sort ce miroir pour jouer à l’arroseur arrosé. Inattendu et bien pensé ! Wayne remercie le public du Cactus et complimente les organisateurs pour l’esthétique du site de ce festival. Il n’oublie pas de vilipender à Bush à travers la chanson “The YeahYeahYeah Song” et sollicite le public pour la reprendre en chœur. Il achève son set par « Do you realize », une chanson empreinte d’une grande mélancolie. Beau et poignant à la fois ! Soudain, tout s’arrête. Wayne remercie encore la foule et se retire. Le charme a duré 1 heure trente pile. Je me retourne vers Sam pour lui demander s’il est bien 1 heure du matin ! Réponse affirmative. Le temps est passé tellement vite… (Tracklist : Race For The Prize - Free Radicals (A Hallucination Of The Christmas Skeleton Pleading With A Suicide Bomber) - Yoshimi Battles The Pink Robots (Part 1) - Yoshimi Battles The Pink Robots (Part 2) - Vein Of Stars - The YeahYeahYeah Song...(With All Your Power) - In The Morning Of The Magicians - The W.A.N.D. - Cow/Duck Jam - The Spark That Bled - She Don't Use Jelly - Do You Realize??) (sauf erreur ou omission)

 

 

Cactus 2007 : samedi 7 juillet

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Chaque fois que je me rends au festival Cactus, je tombe sous le charme du site : le Minnewaterpark. Canaux et espaces verts balisent ce festival encore très familial. Des enfants, pour lesquels de multiples activités ont été organisées –mais qui passent aussi des heures à ramasser les gobelets abandonnés par les consommateurs–, des parents et des grands-parents côtoient les festivaliers dans la plus grande convivialité. Et quand le soleil est de la partie –surtout que depuis le début de l’été, il ne nous a pas vraiment gâtés– on se dit que les organisateurs sont bénis des dieux…

Drôle d’idée de faire commencer Archie Bronson Outfit à 13h20! D’autant plus que ce trio britannique jouit déjà d’une réputation de groupe ‘live’ particulièrement flatteuse. Et ma foi il la mérite, car son set est franchement excellent. La barbe bien fournie (en broussaille, celle de Sam Windett est digne de Bonnie Prince Billy !), les trois compères dispensent une musique à la fois âpre et mélodique. Un style qui oscille du blues et surtout du boogie (imaginez un Canned Heat sous hélium) à la country (Johnny Cash est une influence reconnue par le groupe) en passant par le funk/pop/rock (celui de Talking Heads, en particulier). D’ailleurs, le falsetto de Sam est très proche de celui de David Byrne. C’est également le guitariste ; encore que Dorian Hobday troque parfois sa basse contre une six cordes, rendant le son encore plus acéré. Légèrement en retrait, mais au milieu du podium Mark Cleveland siège derrière sa batterie minimaliste (et même réduite au strict minimum). De son drumming spasmodique, entrecoupé de breaks enchaînés à la perfection, il semble jouer le rôle de fédérateur dans la solution sonore. La formation achève son set par un « It’s only love » très percutant. Le public est ravi et réclame un rappel. Que le combo lui accordera. Ce qui est plutôt rare lorsqu’un groupe entame la journée d’un festival.

Cinq types montent sur les planches habillés de la même manière : un pantalon noir, une chemise blanche, une cravate noire et un crêpe autour du bras gauche. Ce ne sont pas les croque-morts du coin, mais iLiKETRAiNS… Et manifestement, ils ont la nostalgie de Joy Division. Même que le chanteur, Dave Martin, possède un baryton aussi médiocre que celui de feu Ian Curtis. Mais dans le style, ça passe. Un style inspiré par la cold wave, vous vous en doutez. Et il faut avouer que les morceaux les plus calmes me laissent froids (évidemment !) Pourtant, lorsque la guitare de Guy Banister (c’est aussi le claviériste et accessoirement le percussionniste) commence à entrer en osmose avec celle de Dave, alors leur musique prend une toute autre dimension : belle, émouvante, douloureuse, tellement proche d’And Also The Trees, et en particulier des elpees « The Millpond years » (1988) et « Farewell to the shade » (1989), deux albums incontournables (faut arrêter de croire que Mogwai a tout inventé !) A cause de ses sonorités de guitares croustillantes, proches de la mandoline. Et lorsque ces grattes s’aventurent dans l’univers psychédélique, le résultat est aussi concluant. On ne vous apprendra rien en vous signalant que le bassiste, Alistair Bowis, dessine de lignes ténébreuses et que le drummer, Simon Fogal, accentue de frappes lourdes le climat menaçant. Originalité, la présence d’un joueur de cornet, Ashley Dean. C’est lui qui se charge de donner davantage de densité à la solution sonore. (Tracklist : “25 sins”, “Terra nova”, “We go hurting”, “We all fall down”, “Deception”, “Rock house for Bobby”, “Voice of Reason”, “Spencer”)

Le deuxième album des Rakes, « Ten New Messages » ne casse pas des briques. Enfin, il est surtout moins percutant que le premier « Capture/Release ». Et la différence entre les compos des deux opus est aussi manifeste sur les planches. Derrière les musiciens, une immense banderole affiche le nom du groupe. Des fois qu’on les confondrait avec Pulp… Filiforme, Alan Donohoe porte des lunettes de soleil à la monture rouge. Son show épileptique, robotique, évoque immédiatement Jarvis Cocker. Il lui emprunte même certaines inflexions vocales. Le guitariste porte une chemise à carreaux digne des anciens adeptes du grunge. Le début du set est un peu terne, malgré la présence épisodique d’un claviériste, venu renforcer le line up. Après une vingtaine de minutes, Alan décide enfin d’empoigner une six cordes. Et la prestation de la formation londonienne commence enfin à sortir de l’ennui. Faut dire que Donohoe marche constamment sur un fil instable entre le charisme et l’embarras et que ses nouvelles chansons, quoique mélodiquement bien troussées, manquent singulièrement de punch. A ce régime, le groupe va se prendre un râteau… (Tracklist : “Intro” - “Retreat” - “We danced together” - “We are all animals” - “Down With Moonlight” - “When Tom Cruise Cries” - “All too human” - “Suspicious eyes” - “22 grand job” - “Violent” - “Strasbourg” - “Little superstitions” - “Work Work Work” - “Open book” - “World Was A Mess But His Hair Was Perfect”)

On a beau ne pas être un grand aficionado de reggae, il faut reconnaître qu’Horace Andy jouit d’une fameuse carte de visite. Né le 19 février 1951 à Kingston, en Jamaïque, il enregistre son premier single à l’âge de 16 ans : « This is a Black Man’s Country ». Mais sous son véritable nom, Horace Hinds. A partir de cette époque, il va bien sûr privilégier le reggae et le dub, mais pas seulement, n’hésitant pas à s’ouvrir à des tas de styles musicaux différents. Bref, on ne va pas ici retracer sa biographie ; mais il faut savoir que parmi la multitude de projets opérés au cours de sa carrière, on retiendra surtout sa collaboration active à trois elpees de Massive Attack, fin des années 80. Il tourne depuis peu en compagnie d’un nouveau groupe : The Dub Asante Band. Et vous vous en doutez, c’est du dub et du reggae…

A l’instar de Gospeed You ! Black Emperor outre-Atlantique, Mogwai, c’est l’archétype du post rock en Grande-Bretagne. Fondée en 1995 par le guitariste Stuart Braithwaite et le bassiste Dominic Aitchison, la formation écossaise a fait des émules, depuis : Explosions in The Sky (qui devaient d’ailleurs se produire au Cactus, mais ont annulé toute leur tournée européenne, l’épouse d’un des musiciens souffrant d’un cancer en phase terminale), Do Make Say Think, God Is an Astronaut, A Silver Mt. Zion, etc. Enfin, pour les formations qui privilégient les guitares. Pull-over vert, la calvitie naissante, Stuart Braithwaite se tient à la droite de la scène. Il n’est déjà pas grand, mais il lui arrive régulièrement de disparaître du champ de vision pour triturer ses pédales à quatre pattes. Collaborateur épisodique, le claviériste Graeme Ronald semble prendre de plus en plus d’importance au sein du line up. Enfin, en live. Il vocalise même des mélopées à travers un vocodeur. Et son concours apporte davantage de raffinement et d’onirisme. Encore que je l’ai toujours affirmé, le post rock prendrait une toute autre dimension sur les planches s’il était soutenu par des projections. Sous sa forme la plus atmosphérique, la musique de Mogwai me fait de plus en plus penser à celle de Sigur Ros, voire même à la musique dite classique. Le début du set demeure pourtant laborieux. Un morceau doit même être recommencé après une trentaine de secondes. Mais au fil du temps, la magie commence enfin à opérer. Les crescendos se font plus tranchants. Les guitares plus dominatrices, torturées, intenses. Les éruptions ‘noisy’ ou psychédéliques sont de plus en plus savoureuses. Et le final somptueux! (Tracklist : “3super heroes of BMX” - “Friends of the night” - “I know UR”, “Ratts” - “7.25” - “Hunted” - “Skeletons” - “Travel is dangerous” - “Stop coming 2 my house” - “ 2 rights” + “Glasgow mega snake” - “Were no here”)

Le Gotan Project est une formation cosmopolite qui réunit Christop H. Müller (ex membre du groupe Touch El Arab), le guitariste argentin Eduardo Makaroff, et un large contingent de Français dont Philippe Cohen Solal (Boys from Brazil). Dix personnes en tout ! En tenue de soirée. Les filles en robes blanches très élégantes et les hommes en costard/cravate. Sa musique mêle tango et électronique. Pas difficile de le comprendre quand on sait que le mot ‘Gotan’ est la traduction verlan du ‘Tango’. Un orchestre dont les membres se partagent une multitude d'instruments : du violon au bandonéon, en passant par le violoncelle, la guitare espagnole et le piano. Sans oublier le concours d'un dj et d'un bidouilleur, préposés aux 'beats'. Et puis la présence de leur chanteuse attitrée, Cristina Villonga. A ce jour, le collectif compte deux opus à son actif « La revancha del tango » et « Lunático ». Ce dernier est paru en mai 2006. Et le titre de cet album est inspiré du cheval de course de Carlos Gardel. C'est la raison pour laquelle l'univers graphique de cet album est celui de l'hippodrome de Buenos Aires. Tout un contexte favorable à leur musique à la fois loungy, chaude, contagieuse et dansante. L’an dernier ils avaient accordé deux sets ‘live’ fort intéressant à l’AB de Bruxelles. A l’arrière de la scène, défilent de nombreuses projections auxquelles ont participé Calexico (« Amor Porteno ») et les rappers de Koxmoz (« Mi confesion »). Au fil du set, l’électronique s’impose de plus en plus et des compos comme « Santa Maria », « Criminal » ou encore le final « Triptico » sont davantage marquées par les beats. On aura quand même droit, à une lueur afro sur « El Norte », la présence d’une double percussion n’y étant pas étrangère. Bref, un set groovy et de très bon goût. (Johan Meurisse. Adaptation B.D.) 

Ozark Henry a clôturé la deuxième journée du festival Cactus. Depuis 2001, c'est-à-dire lors de la sortie de l’album « Birthmarks », Piet Goddaer a rompu définitivement avec la musique totalement expérimentale pour embrasser un style plus électro-pop. L’an dernier son troisième opus, « The soft la machine », a confirmé cette nouvelle orientation. En toute grande forme, forme, il nous a plongé au sein d’une solution sonore bourrée de swing, fruit de son mélange de musique beat et d'électronique, sur l'ouvre-boîte instrumental « Echo as metaphor » ainsi que tout au long de « Sun dance ». Dynamisé par les percussions fouettantes, « Rescue me » a poursuivi dans ce type d’électronique. Goddaer s’est même autorisé quelques pas de danse. La formation a aligné les inévitables « Sweet instigator », « Vespertine » et « Weekenders » avant d’élever le tempo à travers « These days » et « Indian summer ». Elle a immergé « Intersexual » et « At sea » dans des grooves nightclubbiens. Goddaer a atteint le point culminant de la soirée lors de l’interprétation de « La donna é mobile ». Même les technobeats étaient dignes d’Underworld. Et ce set rafraîchissant s’est clôturé par "Word up". (Johan Meurisse. Adaptation B.D.)

 

 

Dour festival 2007 : jeudi 12 juillet

Le premier jour des fourmis.

Mercredi 11 juillet 2007, premier record d’affluence : 23000 zélés plantent leurs tentes un jour à l’avance pour s’assurer un emplacement à moins de 30 minutes de marche du site. Fous ? Pas fous ? Dour a minutieusement concocté son premier dilemme cornélien. Une nuit supplémentaire parmi les zoulous dans un camping zéro étoile, pour un emplacement à la lettre A comme Assommé par les djembés, Atterré par l’odeur, Aveuglé par les spots ? Ou… une nuit de préparation zen chez soi, et se contenter de loger à la lettre F comme Foutu  par l’interminable parcours du combattant pour regagner sa tente? De toute façon, à la lettre B, on est Baisés aussi, Baignés dans la Boueuse Basse-cour balisée par des Barbelés. Aux emplacements C, on est autant Couillonnés par l’esprit Camp de Concentration, à la lettre D, Doublement Désillusionnés, tandis que les E sont encore Ecarquillés devant pareil carnage. En somme, on loge tous à la même enseigne au camping de Dour. Pas de bon ni de mauvais choix. Rien à gagner. Pas de favoritisme, aucune concurrence. Même dans la file des toilettes, on se demande s'il vaut mieux dépasser ou laisser passer. C’est la solidarité des indécis. La communion des corps. Des odeurs. Tous sur le même pied. Dans la même boue mouvante. Dans les mêmes impensables Cathy-cabines (ai-je rêvé ?). Tous repus par les mêmes Burger festins. Etourdis par les mêmes visions (le coureur nu dans le champ de maïs restera dans les annales). Tous sous la même canicule, à se précipiter avidement vers les 17 points d’eau dont la distribution s’opère aussi délicatement que parcimonieusement, jusqu’à ce que d’anarchiques assoiffés plantent un couteau dans le tuyau d’arrosage pour faire jaillir l’or blanc.

Parfois, on voudrait crier au scandale, mais ouvrir la bouche c’est risquer l’asphyxie. Difficile, aussi, de communiquer lorsque Motorpsycho se loge au creux des tympans. Encore plus de réfléchir quand Otto Von Schirach se dissémine dans les neurones. Alors on se résigne aux paradis artificiels et à l’instinct de meute qui, quelque part dans le fond autodestructeur de notre surmoi, fait partie intégrante de l’aventure. Et puis, ne faisons pas la fine bouche. On consent que ce soit le prix à payer (on n’a pas déjà payé ?) pour la belle affiche. Si le camping de Dour n’a pas exactement le sens du raffiné, sa programmation musicale sort quant à elle des sentiers boueux. Alors que Werchter s’occupe de la hype et des incontournables géants du rock, Dour fait davantage dans l’éclectisme et la chasse aux découvertes. Résultat, les groupes ont souvent encore tout à prouver, y mettent du cœur plutôt que de la prétention, et de jolies surprises attendent les passionnés. Difficile de  rivaliser avec la prestation transcendante d’Animal Collective de l’édition 2006, mais une poignée de superbes concerts résonnent toujours dans la cuvée d’oreilles 2007.

Le programme du premier jour fera une admirable introduction, en alignant des groupes de qualité dans chacun des genres, aussi bien rock, ska, pop, qu’électronica.

Le départ d’Om, singulier duo basse-batterie né des cendres de Sleep, est aussi singulier que fulgurant. Privée de guitariste et de véritable chanteur, c'est dans le dépouillement que la formation est la plus captivante. Dans sa linéarité hypnotique et ses forces occultes devant lesquelles tombent les résistances. On se laisse happer sans réserve par ces nappes orageuses portées par des compositions impeccables. La batterie paraît avoir un répertoire infini, la basse maîtrise le groove. Et le duo forme une symbiose que pourraient jalouser leurs grands maîtres Black Sabbath. Au point que la prestation évolue sans un heurt, sans inhibition aucune. Les énergies ainsi lâchées au vent, le temps se fige dans un délire introspectif presque chamanique. Frisant l’endiablé; la voix, parfois familière des Doors, évoque plus l’incantation que le chant, mais lorsqu'on en saisit à la volée quelques versets ‘and travels under twin rays, the host moon fades’, on sent combien Om manipule aisément le jour et la nuit. Terriblement prenant, même sans initiation. A garder à l'oeil, surtout que Le grand Steve Albini est occupé en ce moment même à produire leur troisième album.

On se croyait à milles lieues sous terre dans l'obscurité obsédante d’Om. Pourtant, dehors, le ciel est clair et les influences jamaïcaines. Changement radical d'ambiance et place au ska enrichi des Slackers. Délicieux, détendant, décomplexé. Les Américains de Brooklyn assurent avec ces compositions variées, mariant leurs rythmes ska à une ambiance blues-soul, ou leur reggae jamaïcain à des plages instrumentales jazzy. Et sur scène, le quintet a la classe. Le chanteur a une bonne tête à la Tom Hanks, les musiciens ont des sourires plein les poches. On comprend pourquoi ils sont réputés pour leurs prestations scéniques et ont enchaîné une dizaine de tournées mondiales. La foule est bouillante et puise abondamment dans l’excitation de début de festival pour danser énergiquement. Béatement.

Une heure de pur bonheur, qui place la barre bien haute pour accueillir leurs voisins de  Brooklyn, les Skatalites. Trop haute peut-être pour ces vétérans qui ne peuvent feindre la disparition de leurs vertes années. Si en 64, ils ont amplement participé à la popularisation du ska, voire même influencé Bob Marley, le temps a passé. Et ce concert n’apporte rien de neuf sous le soleil, malgré un public indulgent qui accueille toujours les classiques en manifestant son enthousiasme. "Guns Of Navarone" ou "Man In The Street" emballent sans effort. Et puis, oui, la Jamaïque séduit toujours. Ce qui rachète les Skatalites est cette éternelle passion occidentale pour la culture rastafari. Au final, les petites voix critiques enfoncées au fond des poches, ça suffira pour passer un moment chaud et bienveillant.

Guitar Wolf, en tout cas, n’a pas aimé. Et le monde entier le saura. Ca joue très fort du côté des Japonais. Les appareils photos et sourires figés, ils ont l’air plutôt commode. L’esprit punk en émoi et quelque rancœur à extérioriser, ils font presque peur. Les cheveux sont gominés, les pantalons en cuir, les tatouages fièrement exhibés. Faut-il rire ou pleurer ? Le public est en plein désarroi. Mais la guitare crade et saturée reprend de plus belle. Il pleut des refrains teigneux. Par contre, les crises durent rarement plus de deux minutes, et c’est tant mieux car on survit difficilement plus longtemps en apnée.

L’orage passé, on ne rêve que de se faire panser les blessures par le groove suave de Bonobo. Après une magnifique prestation à la péniche Bioel en automne dernier, l’attente est grande. Les Anglais sont acclamés et on sent que beaucoup sont venus tout spécialement pour leur trip-hop de velours aux teintes 70’s. Malheureusement, malgré une instrumentation riche (guitare, basse, piano, flûte, saxophone,…), un son chaleureux et mélodique, l’ambiance décolle péniblement. La prestation s’englue dans des envolées instrumentales frisant la monotonie. Même le chant sulfureux de la Sud-Américaine Bajka ne parvient pas à captiver.  Même les retours aux meilleurs morceaux de « Dial M for Monkey » paraissent sans relief, récités plus mécaniquement que passionnément. La salle se désemplit, au grand désarroi de leurs admirateurs, qui voudraient voir le public plus compréhensif, au moins en reconnaissance de la qualité de leur dernier album « Days to come ». Mais il faut avouer que les musiciens s’agitent mollement, dissimulés derrière leurs instruments. S’ils ont tous un air charmant, aucun lien n’est tissé avec le public, et ça manque cruellement d’ambiance. Serait-ce que les petits protégés de Ninja Tune s’accommodent difficilement des spots festivaliers massifs ? On pourrait comprendre que la pénombre intimiste soit plus adéquate pour un son qui puise sa magie dans le flou artistique. En tout cas, sous la pyramide comble, les filets de lumière bleutée ne suffisent pas à l’alchimie. La boîte à malices reste close. Tout l’aléatoire du live est niché ici, dans cette prestation pleine d’attentes qui remplira à peine le minimum syndical.

Sur ces quelques regrets, Cinematic Orchestra replonge instantanément dans l’atmosphère Ninja Tune. Le public est déjà en partie lassé par ces univers aussi visuels que sonores, où l’imagination est indispensable pour apprécier le voyage. En conséquence, l’effet est mitigé. Une partie du public est assez réticent au génie des Américains, tandis que d’autres plongent sans réserve dans ces expérience sonores acheminées jusqu’à la jouissance. Ces puissants crescendos donnent toute leur consistance à ces nappes instrumentales où les ambiances claires et obscures se donnent sans cesse la réplique ; avec l’habileté du caméléon, elles se teintent entièrement de la chaleur des clarinettes jazzy avant de plonger au cœur d’une tension krautrock obscure et glauque entrecoupée de breaks de batterie familiers d’Amon Tobin. L’allure incertaine et imprévisible, à la limite de l’improvisation, donne relief et caractère à chacun des morceaux. Tout comme cette sensuelle voix féminine, suspendue un instant au-dessus de l’univers trip-hop de Massive Attack. Les paysages défilent, mais le trajet est ponctué d’anecdotes farfelues, qui permettent à Cinematic Orchestra d’enfoncer les portes ouvertes par Bonobo. Malgré un public légèrement retranché sur ses positions, on appréciera cette féérie instrumentale dans un festival surtout investi de guitares électriques et de laptops.

C.P.

 

Suivant sa bonne habitude, Musiczine avait également dépêché d’autres émissaires à Dour. En l’occurrence Sébastien Leclercq (également préposé aux photos) et le rédacteur en chef. Histoire de vous offir le compte-rendu le plus exhaustif possible du festival…

Une météo chagrine, des files d'attente interminables depuis la sortie d’autoroute jusque l'entrée, en passant par le guichet délivrant le précieux pass : certains festivaliers ont dû attendre plus de 4 heures entre leur arrivée et leur entrée dans l’enceinte ! Mais il en faut bien plus pour décourager ce public qui s’est massé sur la plaine (boueuse) de la Machine à feu. Le festival est sold-out pour les 4 jours, et ce pour la première fois de son histoire (19 éditions).

Le Club Circuit Marquee est déjà bien rempli pour assister au set de The Jai Alai Savant. Un trio américain qui s’était produit à l’AB, en mai dernier, devant une cinquantaine de personnes. Leur tracklist est sensiblement identique, mais le groupe joue beaucoup trop fort ; ce qui altère considérablement les subtilités de leur reggae/funk/roots/dub/psyché/pop (parfois légèrement teinté de ska). Même la voix de Ralph Darden finit par se tordre dans nos oreilles. Ce qui n’empêchera pas leur prestation de recueillir un vif succès, Ralph se lâchant même en fin de set, apparemment heureux du succès récolté… N’empêche, et je le répète, ce Jai Alai Savant risque fort de passer au statut de star d’ici deux ou trois ans.

Triggerfinger est un combo issu du nord du pays réunissant l’ex Sin Alley et Angelico, Ruben Block, le drummer Mario Gossens (ancien Hooverphonic et Noordkaap) et l’ex- Wolfbanes et BJ Scott, Paul Van Bruysteghem. Un trio qui pratique un stoner légèrement bluesy. Imaginez un Queens of The Stone Age qui aurait beaucoup écouté les débuts du Led Zeppelin. Et franchement, je dois avouer avoir assisté à un des premiers grands moments du festival. Pas de trace de leur célèbre cover de Brel, « Au suivant », cependant ; mais une très longue et remarquable version du « Commotion » de Creedence Clearwater Revival. Mario est époustouflant à la batterie. Son jeu est à la fois souple et explosif. Et Ruben est un fameux guitariste. Le look sixties (les rouflaquettes !) il triture son manche avec une habileté hors du commun, sans pour autant sombrer dans le nombrilisme. Car la force de Triggerfinger, c’est sa cohésion et l’adrénaline pure qu’il parvient à libérer en public. Une claque !

The Experimental Tropic Blues Band ? Ben oui, c’est la énième fois que j’assiste à un de leurs concerts. Et je ne m’en lasse toujours pas. Parce que c’est un groupe de scène qui perpétue l’histoire du rock’n roll tout en revendiquant l’héritage naturel des Cramps et de Jon Spencer Blues Explosion. Le set démarre cependant sur un ton plus bluesy (psycho boogie si vous préférez !) ; et enfin la fameuse guitare rectangulaire (celle qui me rappelle la gratte de Bo Diddley) n’est pas demeurée dans son rack. Dirty Wolf en joue à plusieurs reprises. Progressivement, le rock’n roll se fait de plus en plus présent, et le déchaînement du trio se fait crescendo. Boogie Snake y va de son snakediving en haletant dans un micro pendant que Dirty Wolf assène la cover du « Human fly » des Cramps à l’aide de sa fiche de guitare. A charge de Devil d'Inferno de tenir le navire à flots en martelant tribalement ses fûts. Puis c’est au tour de Wolf de se jeter dans la foule, y perdant pour l’occasion son pantalon et son caleçon. Après ce show, je cède le relais à Sébastien et rentre au bercail : le festival n’en n’est qu’au début.

Il s'agit ensuite de se frayer un chemin à travers dans la tente ‘Dance Hall’ pour assister à la prestation d’Aaron. J’arrive malheureusement en fin de set, mais l’écoute de quelques titres suffit amplement pour se faire une petite idée du potentiel du Français. Après un passage remarqué aux Ardentes de Liège une semaine plus tôt, Aaron semble se plaire sur les anciens terrils. Son aisance sur scène, la voix de son chanteur -et ses pas de danse qui ne sont pas sans rappeler Chris Martin- enflamment le chapiteau. D’ailleurs la foule réagit à coups de salves d'applaudissements. Une ambiance partagée que le groupe s'empresse de photographier en fin de parcours.

Pour faire monter la température (qui n'est pas très élevée pour un jour de juillet), on peut également compter sur Vive la Fête. Un groupe qui n'a guère froid aux yeux. Et le mot est faible. A cause de son mélange audacieux (qui a dit osé ?) de pop/new-wave, réminiscent des 80's (le « Da da da » de Trio n’est pas loin non plus), mais aussi de son visuel scénique. Ainsi Els Pynoo débarque-t-elle dans une des ses tenues légère et affriolante (messieurs, voyez notre section photos), dont elle seule a le secret. Le reste du groupe arbore un look à la Marylin Manson, contrastant avec la tenue blanche éclatante et la chevelure blonde d'Els. Comme il y a deux ans, le groupe va séduire un public venu en masse, rassemblant francophones et néerlandophones, jeunes et moins jeunes (on peut apercevoir ici et là quelques ‘curistes’ ou nostalgiques des 80's). Pendant plus d'une heure le groupe aligne des titres dignes d’une série de 45 tours tout droit sortis d'un vieux juke-box, dont certains sont issus du dernier album, « Jour de chance ». Et la prestation s'achève par un « Noir Désir » à rallonge au cours duquel Danny Mommens se lâche dans ses solos pendant qu’Els se dandine tout en exhibant libidineusement ses sous-vêtements...

S.L. et B.D.

 

 

Dour festival 2007 : vendredi 13 juillet

L’après midi s’ouvre en douceur par le rock cotonneux de Sean Lennon. Voyage en parachute, pour les esprits embrumés. Le fils de Yoko et John n’impressionne certes pas par sa taille (1m55 ?), ni par son charisme, encore moins par son innovation ; ça sonne comme Eliott Smith et on sent l’inévitable héritage des Beatles. Par contre, son effort d’expression en français et ses ballades aigres-douces finement ciselées ravissent les festivaliers encore étourdis par la courte nuit… Les yeux sont mi-clos, les cœurs légers. Les pensées emportées par les romantiques mélodies de « Dead Meat » et « Spectacle ». Malheureusement, la paix est de courte durée. Venu de nulle part, un festivalier nu comme un ver et noirci de croix gammées, s’élance gaiement dans la mare de boue avant de se faire enfoncer un parapluie dans les fesses. En général, c’est là qu’on lance la pub. A défaut, il n’y a plus qu’à détourner tant bien que mal son regard du spectacle gluant, qui, s’il est loin de convaincre, a déjà entièrement fait fondre le mirage de tranquillité…

Cette année à Dour, le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. A l’heure où les ronfleurs s’éveillent difficilement, le site à moitié désert accueille ceux que Lenoir qualifie de meilleur groupe du monde. Car depuis leur premier « Sad Songs for dirty lovers », The National enchaîne les petites merveilles. Et quand s’élève le timbre grave et doux de Matt Berninger, le monde se dérobe sous nos pieds sales et boueux. Les sceptiques, les indécis, les curieux s’immobilisent un instant. L’oreille est tendue, les yeux se posent sur la scène, et quelques minutes suffisent pour désarmer les plus vaillants. Le conteur a séduit, et fait sombrer délicieusement dans les méandres de ses narrations entre l’ombre et la lumière. Bientôt le public est pendu aux lèvres de ces inconnus. Peu fervents d’interviews et de promotion, sobres et discrets, leurs compositions en revêtent une humilité profondément sincère et touchante. Les Montréalais produisent ainsi dans l’intimité leur chef d’œuvre trop souvent insoupçonné. Sur scène, l’instrumentation est impeccable et rien ne vient troubler cette voix indélébile, qui ne souffre en rien la fréquente comparaison à Stuart Staples (Tindersticks). Et en live, le nouvel album Boxer séduit autant par son acoustique ténébreuse acheminée en explosion des sens; surtout « Ada » et « Fake empire » où l’imparable crescendo fait tomber les dernières résistances. Les cœurs chavirent. Délicieusement submergés par le moment présent.

Le ciel bleu azur est parfaitement de circonstance pour accueillir Herman Düne et son ukulélé électrique. La plaine ensoleillée se remplit petit à petit, et salue suspicieusement l’étrangeté de l’apparition (la folk intimiste d’Herman Düne à Dour ?). Mais les cordes du banjo sont à peine pincées que les visages s’éclairent. Le concert prend tout son sens, les esprits se détendent, les sourires sont gratifiants. Et si David Ivar avait pu sembler quelque peu désabusé au départ de son frère André, sa prestation a ici repris des couleurs. Sa voix vibrante constamment sur le fil du rasoir suscite à nouveau de petits miracles d’émotion, comme sur “Good for no one”, littéralement irrésistible. Cette humanité à fleur de peau apporte une touche complètement surréaliste au milieu du paysage boueux jonché de déchets. Et cette folk timide se niche au creux d’un merveilleux décalage, à côté des brutes égosillées de l’Eastpack core et du Dance hall.

A l’heure de l’apéro, on se précipite vers l’électropop ensoleillée de Hot Chip. Etonnamment, le concert ne rassemble pas la foule alors qu’ils avaient comblé le Botanique en automne dernier. C’est vrai qu’ils n’ont ni les belles gueules de Dj ni le style branché pantalons serrés ; mais quelques beats suffisent pour conquérir même les errants et comprendre combien les absents auront tort. Quoi de plus jouissif que de danser sous un ciel azur sur des synthés francs et chauds qui ne faiblissent pas. Par ailleurs, le live n’aligne pas cinq Londoniens immobiles derrière leurs machines ; ça joue avec des boucles, des mélodies au rhodes, des voix entremêlées et des ruptures aux congas. Et c’est terriblement entraînant. "Over And Over" et "And I Was A Boy From School" déroulent instantanément le tapis rouge et bousculent les danseurs ensommeillés. Des sourires se libèrent et l’ambiance n’évolue qu’en crescendo pour exploser sans retenue sur « It’s my piano », leur nouvelle bombe en exclusivité sur la compile « Dj Kicks ». Juste un léger regret sur le choix des morceaux qui met sans cesse « The warning » à l’honneur au détriment de « Coming on strong », petite merveille insuffisamment couverte d’éloges. Car si leur second album a l’efficacité et l’effervescence idéales pour le dance-floor, il n’en a pas les mélodies délicates et raffinées des débuts. Take care…

Le soleil décline, et la pyramide est déjà partagée entre clarté et obscurité. Il est l’heure de dévoiler l’univers assombri de The Horrors. Les yeux sont noircis de khôl, les sourcils froncés, les coiffures à la Mireille Mathieu et les mines cadavériques. Brusquement, ils saisissent leurs guitares et font exploser leur garage-rock endiablé, qui ne fera que s’élever haut et fort jusqu’à la fin. Presqu’aucune interruption, le concert va droit au but, dans un déluge sonore parfaitement maîtrisé. Une voix éraillée crie sur des rythmes hystériques portés par des guitares rêches et un orgue teigneux. Le registre est répétitif en soi, mais c’est génialement infernal et ça ressuscite les Cramps comme dans un mythe. Impressionnant pour ces Londoniens à peine majeurs, et parfaitement imbuvables en dehors de leur génie musical. Les organisateurs essuient certainement une goutte de sueur, soulagés par le calme relatif de ces personnages frisant toujours la crise sur scène ou dans les coulisses. Cette fois, la foudre aura frappé sans atteindre personne. Et sur cette introduction hantée et déjantée, la nuit peut commencer.

Pour les plus sensibles, la suite sera fleur bleue. Séduisante au cœur du romantisme sixties de Bright Eyes, tous de blanc vêtus, sur une scène maculée de fleurs multicolores. Connor Oberst fait une entrée grandiloquente, en accompagnant ses complaintes solitaires d’un riche  orchestre. Le décor y est d’ailleurs aussi travaillé que les magnifiques animations visuelles créées en direct par le génie artistique d’un ami, qui nous fera expérimenter la fascination pour le mélange des couleurs, l’entrelacement de boutons puis de billes multicolores. Non seulement l’effort est apprécié (tout ça pour nous ?), mais en plus, les mises en scène tapissent joliment les ballades touchantes et la voix tremblante du jeune prodige. Entre les morceaux, l’Anglais manifeste aussi sa présence. Il raconte des anecdotes cocaces ou sérieuses, comme son engagement politique débouchant sur une tournée accomplie en compagnie de Bruce Springsteen et Neil Young. Un spectacle qui a donc le mérite de se démener pour plaire. S’il lui manque peut-être quelques morceaux entêtants pour compenser d’autres plus insipides, l’atmosphère captivante dans laquelle le décor a réussi à nous envelopper fait littéralement tomber l’esprit critique en poussière. Et puis, on se serait presque contenté du frissonnant « This is the first day of my life », où d’un chant presqu’a capella, l’émotion s’est déposée comme une fine pellicule de poussière sur les cœurs battants et les bouches-bée.

L’énigme Clap Your Hands Say Yeah demeure entière. Tellement entraînants sur disque et sur internet –leur rampe de lancement–, tellement insipides sur scène. On reste surpris par un tel contraste. Autant le timbre nasillard d’Alec Ounsworth est accrocheur et croustillant en studio, autant son effet ravageur s’effondre en live. On ne compte plus les regards interrogateurs de ceux qui disent entendre leur mamy chevrotante au micro. Lorsqu’en plus, les musiciens passent la moitié du concert le dos tourné au public, difficile d’être séduit. Timidité ? Nonchalance ? Provocation ? La formation de Brooklyn est un cas à part entière. On ne sait plus s’ils sont vraiment bons ou ont été surestimés par une hype imprévisible et arbitraire. C’est notamment la question qui surgit à la déception de toutes leurs prestations live et l’opportunisme de leur deuxième album Some Loud Thunder. A l’exception de la magie noire de « Satan said dance », en concert, la seule valeur sûre réside dans ces deux excellents morceaux du premier album, toujours acclamés malgré les yeux froncés et les regards critiques : « The skin of my yellow country teeth » et « Is this love » restent indéniablement rythmés, mélodiques et charmants. Mais si leur génie se limite à trois chansons, autant se remettre à écouter Talking Heads.

C.P.

 

Et qu’ont retenu Sébastien et Bernard de cette journée ?

Ce n’est que le deuxième jour du festival et pourtant quelques spectateurs semblent déjà avoir du mal à (sur)vivre. Certains sont déjà affalés comme des épaves, d’autres continuent à faire le clown, déguisés dans des tenues aussi excentriques les unes que les autres. D’autres encore s’amusent avec des robinets à eau ou autres frisbees. Non, non nous ne sommes pas à Blankenberge mais bien à Dour, et recentrons rapidement l’objectif principal de ce festival : la musique. N’empêche, cette deuxième journée nous a laissé un goût de trop peu et on ne peut vraiment pas dire que l’un ou l’autre groupe nous ait particulièrement enthousiasmés.

Les plus endormis ne devront pas compter sur Sean Lennon pour les sortir des bras de Morphée. Au contraire. Le fils du prodige nous balance, en ce début d’après-midi, de longues ballades interminables et insipides. Et pas la peine de décrire le look du band ou son jeu de scène : il n’y en a pas. Dans leur bulletin du lendemain, nos confrères de No Bulshit n’hésiteront d’ailleurs pas à massacrer cette prestation à coups de superlatifs destructeurs. (S.L.)

Et la suite n’est pas plus encourageante, le festival enregistrant sa première annulation (la seule en plus de 200 concerts, mais elle nous a bien fait pester) : celle du trio féminin Erase Errata. Les demoiselles sont bien présentes sur le côté de la scène ; mais leur matériel semble s’être égaré quelque part dans la nature (!?!?) Après une longue période d’attente, le Dance Hall se vide peu à peu. Pompon vient ensuite annoncer la mauvaise nouvelle à la dizaine de fans qui croyaient encore dur comme fer que la formation américaine allait se produire : le concert est annulé. Il ne sera même pas décalé, car le groupe doit prester le soir même à Bruxelles. Dommage car l’album « Nightlife » avait reçu d’excellents échos et leur présence aurait apporté une touche plus rock à une affiche pop plutôt aseptisée, programmé au cours de cet après-midi. Certains médias n’avaient d’ailleurs pas hésité à leur coller une étiquette ‘chaînon manquant entre Hole et Fugazi.

Heureusement, il y a eu Les Anges. Né sur les cendres du défunt Hulk, la formation bruxelloise, qui a enregistré l’arrivée de la ravissante, excentrique et toujours aussi sexy Sandra Hagenaar, pratique ce qu’on appelle communément du stoner. Mais un stoner teinté de garage. A cause des accès de claviers rognés inoculés par l’ex claviériste de Fifty Foot Combo. Les trois autres entretiennent un rock malsain, nerveux, tendu, souligné par la voix tour à tour tendre ou rageuse de Renaud Mayeur et balayés de ses riffs de guitare ravageurs. Pas pour rien qu’on leur prête souvent, comme influences majeures, Queens of The Stone Age, Kyuss et les Hellacopters.

Sous le même Dance Hall, No Means No était programmé à 18h10. Originaires de Vancouver, ces vétérans de la scène punk affichent quand même un quart de siècle d’existence au compteur. Un trio dont les visages trahissent la cinquantaine bien entamée. Torse-nu, le drummer porte un bermuda ridicule à fleurs. Il est posté à droite de la scène. On sent que la formation prend beaucoup de plaisir à jouer en ‘live’. Sans concession, sa musique oscille du punk au hardcore en passant par le free jazz. Et le set ne manque ni de pêche ni d’humour. Mais j’ai beau accomplir d’énormes efforts pour essayer d’assimiler ce cocktail sonore particulièrement explosif et original, rien à faire, je ne parviens pas à l’encaisser. Un mauvais jour, peut-être…

Changement de décor (l’Eastpak stage) et de style (hardcore). Mais est-t-il encore nécessaire de vous présenter Sick of It All ? Il y a plus de 20 ans que ces Américains bousculent les foules de leur hardcore de référence. Comme ce sera souvent le cas sous ce chapiteau réservé à ce style musical, les premiers rangs pogotent sec. On ne compte plus les ‘circles’ ou autres chocs de masse à la ‘Braveheart’. Certains titres comme « War » montent crescendo et les nombreux slammeurs donnent bien du travail aux bénévoles de la sécurité (pour la plupart des fans de hardcore eux-mêmes) qui semblent toutefois avertis, et s’en amusent même parfois...

C’est d’un pas nettement moins allègre que nous nous rendons vers la grande scène pour le set de The Rapture. Après un premier album « Echoes » rafraîchissant, Les New-Yorkais étaient un peu tombés dans l’anonymat (si ce n’est quelques premières parties accomplies lors de la tournée de The Cure). Mais si leur set au Botanique avait quelque peu déçu, ce soir, à Dour, The Rapture va balayer nos craintes. En débutant par ses titres les plus rock et dansants comme « Get myself into it », le public accroche rapidement. Leur punk teinté de disco fait recette et le parterre devant la grande scène s’anime tel un dancefloor, le samedi soir…

S.L. & B.D.

Rock Werchter 2003 : dimanche 29 juin

A peine remis de la veille, nous voilà repartis pour une journée de décibels, de coma sous le soleil et de sprint entre les deux scènes : heureusement qu’avant Cypress Hill, les artistes qui se sont succédés n’étaient pas de ceux qui exigent à leur écoute des boules Quiès et du Nurofen (à l’exception des gamins de Good Charlotte). Le rock burné, c’était hier. Aujourd’hui, c’est le rendez-vous des familles. Pour redémarrer en douceur après trois nuits de camping et trois (deux et demie) journées de festival, rien de mieux qu’un petit Das Pop, ce groupe flamand sans prétention qui allie mélodies catchy et légères touches eighties. Nonobstant le synthé qui faisait des siennes, Bent Van Looy et les autres redoubleront d’énergie pour faire oublier cet incident technique. Tous leurs hits seront passés en revue, plus une reprise sympathique de l’« Abracadabra » du Steve Miller Band.

De quoi se mettre de bonne humeur pour le reste de la journée, et accueillir en fanfare les joyeux drilles de De La Soul, qu’on croyait pourtant définitivement à la retraite. Deux platines, trois MC’s : les rappeurs old school du « Daisy Age » (ce rap hippie, en rien revanchard) n’ont besoin de rien d’autre pour mettre le feu. «  Me, Myself and I », « Ring Ring Ring », « Stakes Is High », « Thru Ya City », « All Good », « Oooh » : autant de hits cool et sympathiques qui s’apprécient à l’aise, assis, debout ou couché.

Idem pour la musique ensorcelante des Hollandais de Zuco 103, qui mixe allègrement samba brésilienne, BPMs exotiques et fiesta latino. Entourée d’un groupe soudé (le percussionniste Stefan Kruger, le claviériste Stefan Schmid, plus un bassiste et un DJ), Lillian Vieira pouvait se lâcher et narguer les spectateurs de ses poses suggestives. En trois quarts d’heure, l’électrisante chanteuse n’aura laissé aucune chance aux festivaliers en bout de course, assommés par la chaleur et le manque de repos. « Vous chantiez ! (Ces trois derniers jours) J’en suis fort aise… Eh bien, dansez maintenant ! », semble-t-elle dire aux endormis qui osent rester de marbre face à ses déhanchements lascifs… La musique elle aussi était chaude comme la braise : d’abord on souffle dessus (le début du concert), puis ça prend doucement, pour finir en brasier (la fin, boombastic avec ses rythmes house, balearic, afro). Zuco 103 sort un album live en septembre, qu’on espère enregistré à Werchter… Ca nous rappellera les vacances, et ce chouette moment qu’on a passé à danser sous le Marquee, trempé et content, la fatigue presque oubliée…

Presque. Parce qu’après la samba, c’est l’heure des ballades écorchées, du coup de pompe au cœur, de la mélancolie possessive : « If words could kill/I’d spell out your name », susurre Tom McRae sur « The Boy with the Bubblegun », en toute fin de concert. Auparavant, l’Anglais dépressif aura plaisanté sur son hamster et sur la pluie qui le poursuit (heureusement pas ici), enchaînant ses perles avec retenue mais délicatesse. « You Only Disappear » ouvre le bal (celui de « Carrie » ?), suivi du tubesque « Karaoke Soul » (et ses violons insistants), puis de « Dose Me Up », « A&B Song », etc. Normalement plus à l’aise en salle, McRae se sera montré bien bavard, et son folk-rock crépusculaire n’aura jamais pâti de la concurrence déloyale des gros décibels de Supergrass, au même instant sur la Main Stage. Gaz et ses trois potes ont beau faire du boucan, rien n’y fait : le soleil a vaincu les plus solides, qui dorment lamentablement entre deux piles de verres en plastique ramassés pendant le set des affreux Stereophonics. Et pourtant, Supergrass aura mis les bouchées doubles: « Sun Hits The Sky », « Lose It », « Mary », « Moving », « Pumping on your Stereo », « Richard III », « Lenny », « Caught by the Fuzz »,… Que des classiques, en plus de quelques morceaux de leur dernier album, « Life On Other Planets ». La chaleur ? Quelle blague ! Même le sang (la cuisse de Danny, étrangement blessée) n’arrête pas ces quatre Anglais, qu’on croirait échappés de la Planète des Singes. Mais que fait la Croix Rouge ?

Peut-être a-t-elle trop de boulot du côté du Marquee, plein comme œuf depuis l’arrivée sur scène de Skin, l’ex chanteuse de Skunk Anansie. Une chose est sûre : si la tigresse a rétracté ses griffes et laissé pousser sa crinière, elle n’en a pas pour autant perdu son sex appeal. « I’d like to shag you all », ronronne-t-elle après une version remodelée de « Weak » (dépucelée ?) : euh, oui, mais, hum, tout le monde en même temps ? Restons-en à la musique, ça vaudra mieux : moins sauvage que le pop-rock-metal de son ancien groupe, plus câline, elle se goûte sans danger, comme si l’amour avait remplacé la colère, les bons sentiments la rancune et la rage. Il est bien fini le temps des « Selling Jesus » : Skin se met à nu, au sens figuré pour une fois. De son interprétation en douceur, on retiendra surtout ce « Trashed » habité, et bien sûr « Twisted » et « Hedonism », qui nous rappellent avec émotion cette époque où la féline rôdait sur la Main Stage en montrant les crocs…

De belles chansons pour les cœurs tendres : c’est aussi la spécialité d’une autre donzelle au physique avantageux, Nina Persson des Cardigans. Avec son beau minois et sa voix caressante, la belle Suédoise aura charmé l’assemblée, faute de mieux. C’est que les chansons des Cardigans passent mal en plein soleil, plus habituées à la tiédeur du soir et aux ambiances feutrées qu’au raout de masse… En plus de tous ses mâles, Nina partageait la scène avec Eva, une charmante nouvelle recrue : encore une, et c’est les Corrs ! Sans blague : ce « Lovefool » mièvre et sucré, c’est bon pour « Tournez Manège »… Seuls « Erase & Rewind » et « My Favorite Game » oseront accélérer la cadence et piétiner les plates-bandes d’une pop-rock plus couillue. Mais le grand huit musical, lui, n’est pas encore au programme. 

Heureusement qu’il y avait Cypress Hill pour réveiller enfin cette foule anesthésiée : qu’ils soient là reste certes un mystère (ils n’ont plus rien sorti depuis un bail), mais au moins leur set aura eu le mérite de faire trembler la plaine, sous les coups de boutoir de bonnes grosses basses et d’appels festifs à la défonce. « I Wanna Get High », « Hits From The Bong », « Stoned Is The Way » : il n’en fallait pas plus pour remuer les fumeurs de haschisch mais aussi les autres, tout aussi défoncés par les rayons U-VB qui filtrent à travers la couche d’ozone. Aaah, que ça tape dur sur nos têtes ! Mais B-Real et Sen Dog n’ont rien à faire de nos malheurs : ils balancent leurs bombes de « stone-rap » sans interludes – 14 titres en 50 minutes ! Des hits, pour la plupart : « Ain’t Going Like That » en ouverture, puis « Pigs », « Cock the Hammer », « Dr Greenthumb » (illuminé par un solo de percus très impressionnant), « When The Shit Goes Down », et bien sûr « Insane In The Brain », avec pour terminer le terrifiant « Rock Superstar » et ses riffs métalliques (samplés) qui laissèrent le public à genou… Au loin, tandis que se dispersaient déjà les spectateurs à la recherche d’un désaltérant bien mérité, les premiers nuages de la journée voilèrent enfin le soleil, rafraîchissant l’atmosphère juste avant le début du concert des Audio Bullys, sous la tente.

Simon Franks pourrait bien être le cousin de Mike Skinner : même dégaine de vacancier british débonnaire, même accent de « lad » ayant grandi dans la banlieue de Londres (ou d’ailleurs), même attirance pour la Jupiler… Sauf qu’ici les beats cognent davantage, et les refrains sentent plus l’Axe « fraîcheur pour hommes » : les Audio Bullys, avec leur « hooligan house » de comptoir et leur look de « trainspotters », ne font donc pas dans la dentelle… Sur CD (voir chronique), c’est plutôt limite, mais en live ça dérouille les guiboles. Les mains en l’air, yeaaaahhh ! ! ! Et même si le MC était parfois à la masse, et sa voix sans relief, on aura bien dansé, bien sué, bien ri. Le clou du spectacle : un « We Don’t Care » hénaurme, qui nous mit sur les rotules. LE concert bourrin du festival, bref un grand moment, que l’on s’empressera de raconter aux potes. La prochaine fois (au Pukkelpop), on prendra notre sifflet et nos fumigènes achetés au Fan Shop du Sporting Club d’Anderlecht.

Après telle bamboula, le rock à papa de Coldplay aurait pu casser l’ambiance : c’était sans compter sur le professionnalisme des quatre fils préférés de l’Angleterre, et surtout sur le charisme de Chris Martin, devenue une véritable bête de scène en l’espace de quelques mois de tournée intensive. Pour rappel, Coldplay avait joué à Werchter l’année dernière, en fin d’après-midi, devant un public à peine attentif. Douze mois plus tard, la donne a fort changé : les Britanniques sont maintenant des stars, prêtes à rivaliser avec, au hasard, REM… selon Martin « le deuxième meilleur groupe du monde » ! Rarement en tout cas aura-t-on vu plus belle ascension : dire qu’il y a trois ans, ils jouaient dans la tente Club du Pukkelpop à 13h00 tapantes ! Et si Chris Martin devenait le nouveau Bono (mais un Bono des quartiers riches, un peu coincé et trop lettré) ? C’est bien parti pour lui, au vu du tour de son col de chemise, qui ne cesse de s’élargir… Oui, le leader de Coldplay attrape la « grosse tête » : pendant « Everything’s Not Lost », c’est à peine s’il obligea le public à chanter, vexé qu’il ne s’y soit pas mis plus tôt… Non mais, gros mégalo ! Mis à part ça, le concert fût de très bonne tenue : tous les hits, en plus d’un inédit (« Your World’s Turned Upside Down », très… U2) et d’une face B qui n’en avait pas l’air (« One I Love »). Coldplay semble un groupe fait pour durer, dont la popularité ne cesse de grandir. Reste à espérer que Chris Martin ne deviendra pas une rock star imbuvable, et qu’il arrêtera de nous pomper l’air avec son « World Trade Fair ».

Et puis vint le miracle, la béatitude, la huitième merveille du monde, la bénédiction « urbi et orbi » : Moloko et son électro-pop-funky-jazz de bazar, Roisin Murphy et son air mutin, tous ces tubes enchaînés repris à tue-tête par un public déchaîné. Une ambiance incroyable. Une chaleur tropicale. Un concert torride. Une sacrée claque. Moloko n’était jamais arrivé à cette perfection, atteinte ici en deux tours de passe-passe : dès les premières notes de « Familiar Feeling » la joie du public explosa ; comme si toute la journée il avait fallu attendre le moment opportun pour se laisser aller, pour jouir tous ensemble, pour s’oublier dans le « nous », en vibrant aux beats groovy de la sexy Roisin, seule maîtresse à bord de cette Pyramide qui tangue, qui chavire, qui transpire. Quelle femme ! Cette voix ! Qui passe sans problèmes du blues langoureux (sur « I Want You ») aux gémissements lascifs du dance-floor extatique (le reste). « Come On », « Fun For Me », « Pure Pleasure Seeker », « Forever More », « Cannot Contain This » : autant de hits exutoires qui nous auront emmenés au septième ciel… Dommage d’ailleurs qu’il n’en existe pas un huitième, parce qu’avec « The Time Is Now » et « Sing It Back », on serait bien monté encore un peu plus haut… Il reste encore REM, Gotan Project et Buscemi, mais pour nous le festival pourrait s’achever là, à genoux, les mains jointes, devant Roisin, notre Madone du week-end, Sainte protectrice des festivaliers à bout de souffle, tannés par le soleil mais contents de cette quasi-fin mémorable.

A peine nos esprits retrouvés, voilà qu’on hallucine devant trois lettres rouges qui semblent clignoter au loin, sur la Main Stage : L.U.V. Mais voilà que déboule Michael Stipe, et l’on finit par comprendre : c’est REM, et tout est AMOUR. Le concert commence par deux vieux morceaux bien remuants, « Get Up » et « Begin the Begin ». C’est la cinquième fois que REM nous rend visite à Werchter (85, 89, 95, 99, 03), cette fois pour promouvoir un best of (1989-2001) qui sort à la rentrée. Stipe, aidé par Peter Buck, se souvient : les Ramones, Jeff Buckley, Lou Reed,… Ils étaient là eux aussi. Quelques années plus tard, il ne reste qu’eux trois, amputés d’un batteur mais encore au top : la marque des grands groupes. « Drive » fait tomber sur la plaine une ambiance religieuse… Mais un nouveau morceau, « Animal », replonge les VU dans le rouge : apparemment, le prochain album sera plus rock (une impression confirmée plus tard par « Bad Day », un deuxième inédit). « The One I Love », « Finest Worksong » (tous les deux de « Document »), « Daysleeper », « What’s the Frequency, Kenneth ? » : il faudrait trois heures au groupe pour jouer tous ses hits…  Mais c’est aux premières notes de « Losing My Religion » que le public s’enflamme vraiment, reprenant les paroles en chœur, le sourire aux lèvres, les yeux fermés pour certains. Ces moments-là, quand tout le monde vibre en même temps, sont souvent inoubliables. C’est le moment pour Stipe, Mills et Buck de calmer le jeu, avec « At My Most Beautiful » et « Electrolite », deux belles chansons qui montrent l’étendue de leur talent… Ces gars-là peuvent aussi bien écrire un hymne pop sans âge qu’une ballade simple et touchante : très fort. Après une brève incursion dans leur dernier album, « Reveal » ( « She Just Wants to Be » et « Imitation of Life »), « Man on the Moon » et « Walk Unafraid » finissent de nous séduire… En rappel, « Everybody Hurts » (interrompu par une fan hystérique) et « Cuyahoga » (de « Lifes Rich Pageant », paru en 87) montrent une dernière fois à quel point REM joue toujours sans filet, étalant une classe impressionnante (et quel talent !). « It’s the End of the World… » clôture le spectacle en beauté, avec un Stipe survolté qui semble rajeuni de 20 ans. Pour une fois la pluie n’aura pas gâché la fête : alors que les trois lettres L., U., V. clignotent et s’éteignent, il est temps pour nous de baisser pavillon et de plier bagage. Quatre jours de décibels, de bières et de coups de soleil, ça fatigue… L’année prochaine, c’est certain, on louera un mobil home. 

Dour festival 2007 : samedi 14 juillet

C’est un pur plaisir d’entamer la soirée dans l’ambiance soul-funk de Nicole Willis et son backing-band The Soul Investigators, des Finlandais funkysants rencontrés dans la patrie de son compagnon Jimi Tenor. Vêtue d’une robe bain de soleil, la peau dorée et envahie par une agitation sensuelle, la diva est irrésistible. Sa voix chaleureuse aux teintes Aretha Franklin glisse fluidement sur les rythmiques efficaces et maîtrisées des Soul Investigators. Dans la lignée des Meters, les instruments à cordes ont des accents sixties, les percussions sont chaloupées, et les instruments à vent (saxophone, trombone, trompette, flute) respirent un blues ensoleillé. Délicieusement anachronique, ce son nous transporte à l’âge d’or de la ‘motown’. Dour a créé la pyramide à remonter le temps, et on l’en remercie de toutes nos oreilles. On y comprend aussi pourquoi Gilles Peterson fait de « Keep Reachin’Up » son album de l’année, tandis que Ninja Tune et le New Musical Express couvre ce troisième opus de louanges. Non, la soul n’est pas révolue.

Ecouter les Two Gallants, c’est aussi pénétrer dans un autre espace-temps. Une guitare et une batterie suffisent aux deux compères de San Francisco pour se créer un univers bien à eux. Le soleil au zénith, la terre craquelée et rocailleuse ; au loin résonne un harmonica vagabond. Mais il en faut peu pour que le ciel se couvre, et que la ballade ébauchée explose d’un coup en riffs orageux. Car c’est là toute la spécialité des Two Gallants : acheminer le caractère brut et roots du folk en nervosité punk ultra contemporaine. Contrairement à leur tournée acoustique (succédant à l’E.P. « The scenery of farewell »), ils ont retrouvé ici leur rage électrique. Leur ‘pulk’ - pour reprendre la contraction de punk et folk qui les hérisse tant depuis que, soustraite d’une plaisanterie en interview, les journalistes en usent et abusent à souhait. Et cette émotion fiévreuse n’est pas hasardeuse. Elle est le ton qui convient pour décrire une Californie érodée par l’oisiveté, l’alcool et la déchéance. L’horizon n’est ni radieux ni désespéré, ce qui rend profondément cohérent leur son à la fois sensible et écorché.

A la tombée de la nuit, la fièvre du samedi soir retombe légèrement ; la programmation est mitigée jusqu’à l’heure de la métamorphose en citrouille. Minuit sonne, et les loups sortent enfin hurler à la lune. Hurlements intériorisés d’abord travers l’électronica déconstruite d’Autechre. Comme d’habitude, le public est plongé dans l’obscurité. Les curieux de passage en viennent à se demander si le concert a déjà commencé. Les autres sont déjà loin ; entraînés par un beat syncopé qui restera en apparence identique du début à la fin. Mais dans les tréfonds de la conscience, tel un kaléidoscope, il se fait, se défait, s’allonge, s’écaille, se dédouble pour finir par exploser en miettes dans un cerveau habité. Une fois encore, et fidèle à sa réputation scénique, le fier disciple du label Warp ne cherchera pas le consensus, encore moins la conciliation. Contrairement à leur set exceptionnellement accessible du Reset festival (mars 2007), Autechre a préféré ici exhiber ses formes sans complexes ; à travers des reliefs parfois ingrats, d’incessants décalages sonores et des rythmes scandés à l’infini. Et si un live est rarement idéal pour découvrir sans initiation les étranges robots d’Autechre, des milliers d’yeux brillent néanmoins dans l’obscurité, fixes, profondément captivés par ce son ultra-expérimental en quête incessante du choc sonore. Niché au creux d’un savant calcul mathématique, leur son alimente ainsi une électro en mode free-jazz, profondément introspective. Autechre se vit en transe, ou ne se vit pas.

Aussi instantanément que s’évanouit l’univers tortueux et fascinant d’Autechre, s’élèvent les beats jouissifs de Justice. Les deux Dj puisent immédiatement dans leur registre  incontournable pour être sûr de saisir tout le public d’un coup de main. Mais pas de maître. On aurait pu faire plus en finesse, mais il est 2h, la soirée a mis du temps à démarrer, alors on se plonge dedans jusqu’au cou, sans réfléchir. On passe juste l’inévitable moment karaoké quand surgit l'hymne tant attendu « You are my friend, you’ll never be alone again ». Come on! Impossible d’échapper au remix de Simian, mais puisque l’ambiance est à son comble… Et profondément communicative vu la proximité des corps. On respire l’air et l’enthousiasme du voisin. Dans cette mare humaine, les réserves et snobismes tombent. Ca fait boumtchak, ça prend, ça ravit. Ca flirte entre la house et le disco, l'électro et le funk. Si on n'y a pas spécialement vu ‘se tenir dans la main les gothiques et les fluo kids’ (comme le promettait le dossier de presse), il faut avouer qu'ils font consensus, crête rose ou pas. Plus de raison de cacher sa joie face au jeune duo anglais qui comble 10 000 personnes de son terrible "Let There Be Light" et son incontournable "D.A.N.C.E.". ; qui remixe autant pour Britney Spears que pour Soulwax, Franz Ferdinand et Daft Punk ; qui remplit le Recyclart, gonfle le Botanique et fait littéralement exploser la Red Frequency à Dour. Respect.

Pas le temps d’oser se montrer exténués, car Vitalic prend la relève sur le même ton. On ne boudera pas son plaisir, sous prétexte que le Français est prévisible et que les mixes ne sont pas toujours impeccables. Dans le brasier, on n'y voit que du feu. Car il pleut des tubes. Et c’est parfaitement jouissif de se laisser transporter par la techno confortable de Pascal Arbez et ses laptops. Surtout sur "Poney part 1","La rock 1" ou "My friend Dario", où la foule en sueur atteint l'extase. Ca danse et ça transpire aussi des sourires. Tout « Ok Cowboy » y passera, et c’est tant mieux pour retrouver ses repères. Judicieux pour un troisième jour de festival, où les oreilles ont déjà goûté aux expériences sonores les plus incongrues, aux visions les plus invraisemblables (merci le coup du parapluie entre les fesses). Vitalic ajuste les esprits dispersés et, de son électronique fédératrice, convainc une fois de plus un public en furie.

Pour ceux qui, de cette électro souriante, avaient conservé l’esprit bon enfant, autant dire sans détour qu’ils le perdront instantanément à l’écoute d’Otto Von Shirach. A mille lieues de la niaiserie candide, l’Américain dispose de tous les instruments de torture pour transformer un set en monstruosité sonore. Mais jamais la folie n’avait été d’aussi bonne facture. Signé sur l’excellent label de Mike Patton (Fantomas, Mister Bungle, etc), Jack l’éventreur ne découpe pas les petits enfants au marteau-piqueur, mais opère un dépeçage soigneux et sélectif de bons morceaux, baignant dans la coupe nette breakcore, la sueur hardcore et le goût du metal. Jamais horreur n’avait été aussi proprement perpétrée, aussi savamment maîtrisée. Pour y parvenir, le possédé viole une guitare électrique, scalpe un punk, égorge un laptop, et fout une grosse fessée à tous ceux qui n’ont pas encore pris assez de psychotropes. Parce qu’il en faut, et en quantité, pour apprécier le meurtre collectif qui, contre toute apparence, est aussi un vrai coup de génie.

C.P.

 

Et qu’ont retenu Sébastien et Bernard de cette journée ?

Tout fan de Fugazi qui se respecte ne peut manquer, sous aucun prétexte, Joe Lally. Si le bassiste reste habituellement en retrait de son groupe, Guy Picciotto et Ian McKaye se partagent le devant de la scène. Mais aujourd’hui, son aisance étonne. Après l’intro a capella, les choses sérieuses commencent. Si la technique de basse est reconnaissable entre mille, le duo guitare-batterie demeure plutôt discret. Par contre un surprenant saxophoniste apporte une touche jazz-rock à la cover de « Morphine ». Les nostalgiques du groupe trop tôt disparu, victime du décès inopiné de Mark Sandman, retrouvaient ainsi ce savant mélange de basse et de saxo.

A l’instar de Sick Of It All la veille, Walls of Jericho est parvenu à faire vibrer l’Eastpak tent, tel un château moyenâgeux pris d’assaut par des barbares remontés. Il faut bien dire (et écrire) que le Borinage regorge ( ?!?!?) de groupes hardcore et autres aficionados du style. Si la chanteuse Candace Kucsulain rappelle Shirley Manson pour son dynamisme et son physique (les tatouages en plus), elle possède nettement moins de finesse, et sa voix sonne comme un bûcheron québécois à l’ouvrage. Quoiqu’il en soit, l’énergie est au rendez-vous, et l’on se demande comment le chapiteau tient encore en place alors que la moitié du public s’agite comme des possédés. Les ‘circle pits’ s’étendent d’ailleurs bien au-delà de la table de mixage !

Et cela ne s’arrange pas vraiment lors de la prestation de Punish Yourself. Les Français évoluent dans un registre davantage métal-indus. Leur public est conquis d’avance, et ceux qui ne les connaissent pas sont rapidement impressionnés par leur show toujours aussi sensuel, coloré et énergique.

Michael Gira a dû se demander ce qu’il avait fait au bon Dieu pour jouer devant 200 personnes. Au sein du mythique Swans, formation qui s’est séparée en 1997, il s’est produit régulièrement devant des milliers et parfois même des dizaines de milliers de spectateurs. Son nouveau groupe, Angels of Light, évolue dans la zone crépusculaire de l’underground. Mais en solo, il semble prêcher dans le désert. Et pourtant, c’est lui qui a découvert Devendra Banhart. Alors, allez comprendre ? En fait, il faut croire qu’il paie aujourd’hui son attitude imbuvable vis-à-vis de la presse, attitude qu’il a entretenue jusqu’il y a dix ans. Pourtant le personnage semble avoir changé. A l’issue de son set, il vient à la rencontre du public, en profite pour vendre quelques albums mais signe aussi des autographes et taille une bavette avec quelques fans. Aurait-il changé ou aurait-il enfin un peu plus de plomb dans la tête ? A mon avis, vu sa situation, difficile de faire autrement… Mais venons-en à son concert. Un superbe chapeau blanc (de type Dallas) vissé sur la tête, il joue assis en s’accompagnant à la guitare sèche électrifiée. Une six cordes qu’il réaccorde régulièrement. Son timbre vocal est toujours aussi intense et puissant, même si parfois, on a parfois l’impression qu’il n’est pas tout à fait en phase avec la mélodie. N’empêche, ces ballades obscures, ces mélopées incantatoires et hypnotiques, ces émotions brutes et arides, vous frappent en plein cœur. Et difficile de ne pas être fasciné par cette musique à la fois belle et douloureuse… Gira se produira à plusieurs reprises en Belgique au cours des prochains mois. A mon avis, il aura alors rôdé les chansons de son nouvel opus, « We are him ». Et dans l’ambiance feutrée d’une salle, il est encore capable d’envoûter…

Le prix de la démesure sonore est revenu à Motorpsycho. Sans la moindre contestation ! Impossible de rester à proximité du podium. A moins peut-être de porter des boules Quiès et de ne pas connaître de problèmes cardiaques. A 200 mètres de la scène, le son était encore bien puissant, mais supportable. A croire que le groupe cherche à battre le record de décibels établi par un certain Grand Funk Railroad, début des seventies. C’est vrai que musicalement, le trio s’inspire de plus en plus des seventies. Quelque part entre prog, psychédélisme, métal, krautock et noisy, leurs longs morceaux sont particulièrement élaborés et jouent autant sur les climats que les tempos. Une référence ? Peut-être le chaînon maquant entre Amon Düül et Iron Butterfly ; mais chez Motorpsycho, il n’y a plus de claviériste depuis 2003. Et encore, il n’apportait sa contribution qu’en studio.

Griots & Gods feat. The Young Gods & Dälek : en voilà une idée qui n’était pas bonne. Lorsque les musiciens des Young Gods se lancent dans de longs développements atmosphériques, on prend un plaisir certain à se laisser bercer par ces envolées visionnaires ; mais lorsque Dälek vient poser sa voix de rapper, c’est la cata. Et je me suis tiré, vite fait, bien fait. Quel massacre !

Lorsqu’on évoque Notwist, on ne peut s’empêcher de parler de toute une pléiade de groupes qui gravitent autour d’eux : Console, Lali Puna, Ms John Soda, Tied & Tickled Trio, Couch, des formations ou des projets qui relèvent de ce qu’on appelle l’indietronica, soit un mélange d’indie pop et d’électro (fallait s’en douter). Là, je ne vous apprends rien, toutes les bios consacrées à la formation allemande sont sur la même longueur d’ondes. Sur disque, je dois avouer que leur création se révèle plutôt agréable mais sans grand relief. Live, leur prestation m’a plus qu’agréablement surpris. L’électronique est mise au service d’une musique particulièrement électrique, mais également mélodique. Drivés par les frères Acher, le quintet prend une toute autre dimension sur les planches, évoquant tour à tour Radiohead, House Of Love, Tool et même le Pink Floyd ; et en particulier sur une des plus longues plages interprétées ce soir, furieusement réminiscente du célèbre « Set The Controls For The Heart Of The Sun »… Et comme dirait notre rédacteur en chef néerlandophone Johan, on est vraiment curieux d’entendre leur nouvel opus…

Pour arriver sur la plaine de la Red Frequency, il a fallu près d’une demi-heure. Moralité, je n’ai pu assister qu’aux trente dernières minutes du set de Girls In Hawaii. Une foule incroyable déambulait alors sur le site ; et une grande majorité d’entre elle voulait assister à leur prestation. Il devait d’ailleurs y avoir au moins 20 000 personnes. Juste le temps d’écouter deux ou trois nouvelles chansons. Très pop, très mélodique, très studio. Et puis l’une ou l’autre issue de leur premier opus, dont l’inévitable « Flavor » en rappel. Toujours une belle et solide décharge d’adrénaline libérée dans l’esprit du célèbre « You really got me » des Kinks…

Le big problem, à l’issue de ce concert sera de sortir de la Red frequency. Certains voulaient en sortir, d’autres y entrer pour participer au show du Peuple de l’Herbe. Et pas assez de place pour laisser passer ce flux et ce reflux ressemblant de plus en plus à un goulot d’étranglement. Des impatients et des inconscients se sont mis à pousser exagérément. Et la situation a failli tourner au drame. Des spectateurs ont tout simplement failli être écrasés. Et d’autres étaient au bord de l’évanouissement. J’étais au beau milieu du jeu de quilles, et franchement je n’en menais pas large. Heureusement, dans la nuit, le chemin d’accès a été élargi de 5 mètres. Mais quelle frayeur ! Je ne parvenais même plus à situer où je me trouvais et j’ai bien mis 20 minutes avant de rejoindre la sortie… (B.D.)

S.L. & B.D.

 

Eddie Bo

In the Pocket with Eddie Bo

Écrit par

Probablement intrigués par la grande qualité de ses chansons, les acharnés des compilations de ‘rare funk’ y ont sûrement déjà croisé le nom d’Eddie Bo. Figure méconnue du funk de la Nouvelle Orléans, Eddie Bo a pourtant largement contribué à l’éclosion stylistique du genre. Le sort et les pratiques de plusieurs producteurs véreux ont jusqu’à ce jour, conjugué leurs efforts pour qu’Eddie Bo soit confiné dans un rôle d’auteur confidentiel. Le label espagnol Vampisoul tente de réparer cette injustice en proposant un éventail de ses 45 tours (NDR : et ils sont nombreux !), mais également des artistes qu’il a produit entre 1955 et l’aube des années 80.

Fortement influencé par Ray Charles à ses débuts, Eddie Bo ne se contentait pas d’inventer des grooves futuristes (écoutez « I Found a Little Girl » pour vous en convaincre), mais il composait aussi de superbes morceaux, portés par un style vocal original. De la pure ‘feel good music’, au groove implacable, qui peut mettre le feu à n’importe quel dancefloor. Quelques uns des 28 titres repris ici ont déjà été publiés sur les compilations « Saturday Night Fish Fry » et « New Orleans Funk », que le label Soul Jazz a consacré au funk de Crescent City. Les autres plages sont moins courantes mais tout aussi excellentes. On regrettera seulement le son quelquefois un peu limite, les bandes masters des chansons ayant été perdues (ainsi que les biens du pauvre Eddie) lors de l’ouragan Katrina. Un léger bémol qui ne doit pas empêcher les ‘funk heads’ de se ruer sur ces quelques pépites musicales.

 

Dour Festival 2007 : dimanche 15 juillet

Ce dimanche, le soleil cogne aussi dur sur la Plaine de la ‘Machine à Feu’ que les coups droits assénés par Federer sur le court central de Wimbledon, une semaine auparavant. D'ailleurs, les festivaliers semblent fatigués en début d'après-midi, cherchant le petit coin d'ombre rafraîchissant au pied des arbres ou des tentes. Résultat des courses : le public est plutôt clairsemé face aux podiums…. (S.L.)

Un coup d’œil furtif à The Van Jets, pour comprendre qu’il restera furtif à jamais, à moins d’un terrible retournement de situation. Le son saturé, les paroles désespérément criardes et les mélodies tranchantes heurtent de front nos esprits enveloppés dans la torpeur de fin de festival. Peu importe que les Ostendais se réclament de la descendance de Bowie et des Who, ou que leur album soit né du même producteur que Neil Young et Death Cab For Cutie. Leur glamrock gratuitement anguleux aux indigestes interludes hard rock ne trouvera ici que des oreilles assommées et des pensées déjà envolées vers d’autres horizons.

On s’accommodera bien mieux du reggae arrondi et conciliant de Beenie Man. Sous un ciel sans nuages, une température abrutissante, les corps ne sont plus programmés que pour de tels rythmes chaloupés de la Jamaïque. Les visages sont souriants, surtout à l’écoute de « No mama no cry », sa version personnalisée de « No woman no cry ». Fort de l’héritage de son oncle (percussionniste de Jimmy Cliff), les jambées martèlent à souhait et, presque hypnotiques, il en faut peu pour régner en maître sur un public béat, que les résistances ont depuis longtemps désertées.

Un dernier brin de lucidité pour s’émoustiller de la venue de Midlake. Sous la pyramide, on distingue aisément la poignée de visiteurs de la majorité d’admirateurs. Il suffit de sentir les remous d’excitation et les sourires ébauchés lorsque les Texans barbus entrent en scène. L’ambiance bienveillante et mélodique de leur pop seventies agit comme une enveloppe de douceur. Roscoe illumine nos pensées décharnées. Head Home séduit en profondeur. Young bride désarme littéralement. Rien n’est à jeter sur « The trials of Van Occupanther ». Midlake enfile ses morceaux comme les perles d’un collier et on n’a pas le temps d’en ressentir toute la mélancolie et la profondeur, que c’est déjà fini. Légère frustration que ce live standard pour dépeindre un album qui frise la perfection. Peut-être car les émotions nichées dans la dentelle du songwriting ne se dévoilent pas en tout temps et en tout lieu. Peut-être car la plaine désincarnée de Dour évoque difficilement l’imaginaire charmant et rustique de l’album. On aurait pu en effet rêver plus en finesse pour faire honneur à la révélation 2006. En même temps, aussi instantanément que s’évanouit le mirage, surgit l’envie pressante de retrouver son doux foyer, plonger dans un fauteuil et se fondre sans réserves, cette fois, dans la féerie de « The trials of Van Occupanther ».

C.P

 

Et qu’ont retenu Sébastien et Bernard de cette journée ?

Les Tournaisiens de Skarbone 14 sont en nage sous la Eastpak tent. Il faut dire que la température doit bien avoisiner les 30 degrés et que ce chapiteau ne bénéficie pas d’une aération idéale. Qu’importe, leur fidèle public hennuyer, auquel s’est ajouté de nombreux flamands qui les découvrent, se laisse entraîner dans l’une ou l’autre farandole.

Et l’on s’attarde au rayon ska en compagnie Tokyo Ska Paradise, quoique le groupe y ajoute une touche nettement jazzyfiante. Ce collectif japonais sera sans doute le premier à déplacer autant de monde ce dimanche. Vêtus de costards d’un blanc éclatant, ils ne passent évidemment pas inaperçus. Leur set est bien rythmé, et l’on ne tombe jamais dans la lassitude comme c’est parfois le cas chez d’autres ensembles du style. Il faut dire qu’en bénéficiant d’un line up d’une dizaine de musiciens, difficile de laisser l’un ou l’autre temps mort. Une section de cuivres (trompette, trombone, saxo,…) est alignée comme à la belle époque des sixties. Et l’harmonie est parfaite. Parfois la solution sonore dérape dans le rythm’n’blues. Pourtant nous ne sommes pas en présence d’un band issu de la Nouvelle-Orléans mais bien asiatique. A la mine sympathique, en plus ! Et rien que le contraste établi entre leur musique, leur look et leur couleur de peau vaut le détour. Après un premier passage remarqué en 2005 sur la même scène, on les reverrait avec plaisir l’an prochain ; histoire de respecter l’adage : jamais 2 sans 3.

Bref crochet via la Petite Maison dans la prairie où se produisent les Thermals. Un trio issu de l’Oregon. De Portland, très exactement (comme les Dandy Warhols), mais qui pratique un punk pop sauvage et énergique. Hutch Harrison, le chanteur/guitariste, possède un superbe timbre vocal. Redoutable, profond, proche de Peter Murphy. Et la bassiste, Kathy Foster, petite pile électrique, également responsable des backing vocals, tisse des lignes de basse particulièrement toniques. Malheureusement, si les compos sont assez brèves, elles se suivent et se ressemblent. Et un sentiment de lassitude vous envahit après un bon quart d’heure. Il est donc préférable, à cet instant, de s’éclipser…

Grosse surprise pour 65daysofstatic : là où l’on s’attendait à de longues textures atmosphériques proches de Mogwai, leur post-rock dégage une énergie formidable, à la fois libérée et maîtrisée où se mêle sonique et électronique. Une musique primale, mais ni simple ou organique. L’univers sonore de ce quatuor britannique est une porte large ouverte à l’imaginaire. Un univers presque post industriel tour à tour construit et déconstruit traversé par des compos intenses, élaborées, suscitant dans votre esprit des images tantôt belles, malveillantes ou même violentes…

De larges sourires illuminent les visages des musiciens composant les 1990s. Ces Ecossais ont l’air heureux de se produire sur la Last Arena. Responsable d’un premier album début de cette année, le trio joue une power pop mélodique, contagieuse et allègre, comme les Franz Ferdinand. Ce qui n’est pas surprenant, quand on sait qu’Alex Kapranos et Paul Thomson ont sévi chez Yummy Fur, au même titre que le bassiste Jamie McMorrow et le chanteur/guitariste Jackie McKeown, aujourd’hui impliqués chez les 1990s. Un McKeown qui aurait pu (physiquement) être le petit frère de Jane Birkin ! Leur set est sympa, bien fait, mais pour l’originalité, faudra repasser…

Les Ogres de Barback réunissent 4 frères et sœurs (des jumelles, en plus) : la famille Burguière ! Des multi-instrumentistes qui se partagent accordéon, guitare, violoncelle, piano, percussions, épinette des Vosges et une multitude de cuivres dont la trompette, le trombone à coulisse et le tuba. Ils sont manifestement influencés par les grands auteurs de la chanson française et tout particulièrement son cabaret, mais également par les fanfares des pays de l’est (Emir Kusturica, en tête) et puis par le punk rock latino de La Mano Negra. Des tas d’échafaudages, parfois amovibles, permettent aux musiciens de multiplier les situations aussi bien insolites que burlesques (le vélo à percussions !) Et comme chaque membre du groupe est aussi bon instrumentiste que show(wo)man, on ne s’ennuie jamais tout au long d’un spectacle que je vous invite à aller applaudir, dès que vous en aurez l’occasion : vous en aurez plein la vue…

Philippe Katerine avait privilégié l’esprit rock voire punk lors de sa précédente tournée. " Robots après tout ", son nouvel opus, semble marquer un tournant davantage kitsch et électro... Une impression confirmée par son show accordé sur la Red Frequency Stage, au cours duquel il a préféré mettre en exergue des majorettes plus ou moins sexy (nos ‘Vedettes’ belges ont bien failli représenter la France à l'Eurovision. Elles auraient même défendu l’Hexagone en interprétant une chanson écrite par… Katerine) plutôt que de Little Rabbits. Pourtant, j’éprouve d’énormes difficultés à apprécier le spectacle à sa juste valeur. Est-ce parce que le festival touche à sa fin ? Que la fatigue commence à m’envahir ? Est-ce la conséquence d’avoir couru pendant 4 jours d’un podium à l'autre tout en respectant les consignes imposées aux photographes ? Soit dit en passant, des consignes qui diffèrent d'une scène à l'autre ou d'un concert à l'autre. Pourtant, au départ, elles ont été briefées au stand presse. En ce qui concerne ce show, suivant les directives prévues, nous arrivons en front stage avant l’heure prévue. Mais nous devons rebrousser chemin, car de nouvelles dispositions ont été décrétées ; en l’occurrence, l’autorisation de prendre des clichés après seulement 22h30, soit plutôt en fin de parcours… Et quand on coince un tel concert entre 65daysofstatic et Wilco dans le programme, difficile de se plonger dans l'univers déjanté de Katerine. Tout au plus apprécie-t-on le visuel scénique et en particulier l’armada de majorettes qui passent en revue toute leur garde-robe, tenues de mariées y compris. Katerine laisse rapidement tomber la chemise. Et torse nu, il arbore fièrement son torse velu... Il se confie en anecdotes et s’autorise de multiples délires ; mais sans vraiment donner l'impression d'improviser, clôturant par un « Je vous emmerde » et bien entendu « Louxor ». Je laisserais donc à Katerine la palme de la chanson française décalée et déjantée de cette édition de Dour, même si dans le style j’ai davantage apprécié Didier Super, lors d'une édition précédente de Dour, un Super qui manie beaucoup mieux l'improvisation et l'humour cynique.

Après avoir commis un album de folk blues (« Howl »), le Black Rebel Motorcycle Club en est donc revenu à son garage rock ténébreux semi noisy/semi psychédélique directement inspiré par Jesus & Mary Chain, sur son dernier opus (« Baby 81 »). Sur scène le trio californien est parfois rejoint par un quatrième larron qui apporte son concours aux claviers ou à la rythmique. Sans quoi, Peter Hayes, Robert Levon Been et Nick Jago nous ont proposé, tout au long de leur set, des compos extraites de leurs trois elpees  classiques (« B.R.M.C », « Take Them On, On Your Own » et bien sûr le tout dernier). Ils entament cependant les hostilités par « Love burns », la plage qui ouvre l’opus éponyme. Basse palpitante, drums implacables, vocaux nonchalants ainsi que riffs de guitares torturés et bourdonnants entretiennent un climat proche de l’envoûtement. Un concert vraiment chouette auquel la plupart des spectateurs ont réagi par la plus grande indifférence. Manifestement les cerveaux sont saturés… (Setlist : “Love Burns” – “Berlin” – “Stop” – “Spread your love” – “Took out a loan” – “Ain’t no easy way” – “Weapon of choice” – Punk song – “666” – “US Governement” – “Six barrel shotgun” – “All you do is talk”)

Et pour votre serviteur, le festival s’est achevé par Wilco, dont le dernier album, « Sky blue sky », est paru, il y a quelque semaines. Un disque qui baigne dans une quiétude country/folk/rock assez classique ; à la limite réminiscente du Band. Par contre, sur les planches, c’est une toute autre histoire. Les premiers morceaux reflètent parfaitement ce climat de sérénité propre à l’americana dite classique. Mais au fil des plages, l’électricité prend de plus en plus de place. Et balayé par un light show aux teintes dominées par le jaune et l’orange, leur solution sonore s’enfonce de plus en plus dans le psychédélisme. Les ballades de Jeff Tweedy prennent alors une toute autre dimension. Trop longtemps contenus, les drums de Glenn Kotche ne tiennent plus en place. D’une précision chirurgicale au début, les interventions du guitariste, Nels Cline, s’émancipent et s’aventurent dans de savoureux dérapages contrôlés. Et le reste de la formation se met au diapason. Tweedy peut alors poser son timbre vocal déchirant sur ces mélodies empreintes d’une grande passion tout en dessinant ses propres arabesques sur sa six cordes. D’ailleurs, le final « Spiders » constitue à cet égard une véritable apothéose. Onze minutes dignes du meilleur Neil Young flanqué de son Crazy Horse. Quand Wilco revient-il chez nous ? (Setlist : “Shot in the arm” – “Side with the Seeds” – “You are my face” – “I Am Trying To Break Your Heart” – “Handshake drugs” – “Impossible Germany” – “Via Chicago” – “War on  war” – “Jesus Etc” – “Walken” – “I’m the man who loves you”– “Spiders”)

S.L. & B.D.

 

 

 

 

Pukkelpop 2007 : jeudi 16 août

Écrit par

La vingt-troisième édition d’un des festivals les plus importants de Belgique a réussi à concilier impératifs commerciaux et curiosité musicale. Le temps de déposer deux campeuses à l’entrée et on entre dans le vif du sujet.

Trois jours d’un marathon musical que votre serviteur entamera en allant assister au concert des Bonde Do Rolê. Ce trio brésilien jouit pour l’instant d’un solide intérêt médiatique. Découverte par Diplo, un des dj de Coldcut, la formation vient de sortir un album pour le compte du prestigieux label Domino. Une fille et deux garçons responsables d’un mélange de hip hop old school (les beats d’Afrika Bambaata et les guitares heavy des premiers Beastie Boys) et de rythmes issus du nord du Brésil. Les Bonde commencent peut-être un peu tôt pour que leur musique festive et dansante fasse bouger les popotins. La faute peut-être à l’odeur encore fraîche (et peu agréable) d’engrais envahissant le chapiteau ‘dance hall’ ou alors au son un peu cacophonique dispensé par notre trio d’enfer. Ils se produisent sous une formule hip hop (un dj et deux m.c.’s) et assènent les petites bombes pour les pistes de danse qui parsèment leur album : « Soltan O Frango », « Marina do Bairro » ou encore « Geremia ». Sur le paillard « Divine Gosa », la chanteuse Marina expose son arrière train généreux sanglé dans un collant fuscia qu’un de ses collègues essaiera vainement d’enlever. Après quelques samples de « The final countdown » (« Our favourite song from de eighties ») et de Daft Punk, il est déjà temps de quitter les lieux pour aller voir ce qui se passe ailleurs…

On entend de loin le punk balkanique et clownesque de Gogol Bordello, un des pires noms de groupe jamais entendu. Drivée par l’ukrainien Eugène Hutz, la tribu de bouffons (un hommage à Bérurier Noir ?) essaie d’enflammer les esprits, mais sans grand résultat… Il faut dire aussi que ce punk mâtiné de reggae n’est pas particulièrement inspiré et les déguisements ridicules du groupe n’arrangent pas les choses.

On s’arrête un instant pour contempler la sculpture argentée qui trône sur la plaine : des rectangles rappelant les affiches des années précédentes. Le tout tourne au gré du vent grâce à un axe central et votre serviteur aperçoit le nom Ned’s Atomic Dustbin sur l’affiche de 1993… Ceux et celles qui se rappellent, une larme nostalgique à l’œil, de ces victimes de la grande bataille du rock sont autorisés à envoyer une carte postale souvenir à la rédaction.

Avant d’aller voir le résultat des travaux en solo de Baloji, ancien emcee de la formation hip hop liégeoise Starflam, pourquoi ne pas tendre une oreille distraite à la techno minimale du biologiste allemand Dominik Eulberg ? D’autant plus qu’il y propose quelques unes de ses productions dans la ‘Boiler Room’, tente consacrée aux sets de d.j.’s.

Soutenu par un ensemble au grand complet ainsi que deux choristes, Baloji vient présenter « Hôtel Impala ». Un premier album ambitieux concocté avec l’aide précieuse de pointures ; et en particulier Gabriel Rios, les Glimmers, Marc Moulin et Amp Fiddler. Expatrié à Gand, le Liégeois s’est fendu d’un opus autobiographique tout en abordant des sujets comme l’Afrique dont son Congo natal. Vêtu d’un costard beige plutôt classe, Balo ouvre son set par la version musicale d’un slam qu’on avait eu l’occasion d’entendre lorsque notre homme avait ouvert le concert d’Abd Al Malik, au Botanique, l’an dernier. L’ambiance est bonne et le groupe prend un plaisir visible à jouer ces titres fortement teintés de soul, de funk, d’un peu de reggae et même de rumba congolaise. Une prestation empreinte d’une belle énergie positive. Dommage que la voix soit sous-mixée ; car il est parfois difficile de comprendre les rimes conscientes et soignées d’un des m.c’s les plus doués du (défunt ?) collectif hip hop liégeois. On épinglera ainsi une reprise du « Personnal Jesus » de Depeche Mode dédiée à l’Afrique et libellée sous cette forme : ‘En Afrique on croit en Dieu et les traditions avant de croire en nous et c’est pour ça que l’Afrique reste en arrière’. Une remarque qui suscite la réflexion tout en aiguisant la curiosité vis à vis d’un album dont on va sûrement beaucoup parler.

La capricieuse météo belge semble pour l’instant vouloir épargner le festival. On en profite donc pour aller voir et entendre les Eagles of Death Metal sur la grande scène. Les morceaux de rock’n’roll du groupe de Jesse Hughes possèdent, sur disque, un charme très particulier. L’apport artistique de Josh Homme (Queens of the Stone Age) et de Tim Vanhamel (Millionaire) n’y est sûrement pas étranger, tant leur absence se fait ici cruellement ressentir.

Ce rock’n’roll moustachu et un peu lourdaud ne parvient pas vraiment à décoller et nous incite à nous rendre dans la tente baptisée ‘Château’ pour nous gaver du rock bruitiste et cinglé des Liars. Installé à New-York, le quatuor hésite entre transes percussives traversées de vocaux aigus et cavalcades noisy punk du plus bel effet. Une musique sans concession qui leur procure une cohorte de fans transis à travers le monde. On comprend mieux pourquoi à l’écoute de leur musique, car les aficionados de pur bruit rencontrent ici une synthèse furieusement rock’n’roll des travaux des Swans, Spacemen 3, Jesus & the Mary Chain ou encore de Can. Un assaut sonore entretenu par deux guitares grinçantes, un sampler et une batterie tribale qui en laissera plus d’un(e) groggy. En ce début d’après-midi le tracklist est partagé entre morceaux issus d’un nouvel album, dont la sortie est prévue fin août, et anciens titres. Le chanteur assène ses paroles comme des slogans et se démène comme un lion en cage. Il entraîne sa troupe vers une chanson finale apocalyptique. Elle aura certainement fait siffler plus d’une paire d’oreilles et vaudra peut-être aux organisateurs du Pukkelpop quelques plaintes pour acouphènes permanents. Le chanteur prend congé du public tétanisé mais ravi, tout en l’exhortant à aller voir Iggy & the Stooges programmés un peu plus tard sur la grande scène.

Après avoir vécu cette expérience limite, un peu de britpop ne peut que remettre les esprits en place. Précédés d’une réputation favorable, les Pigeon Detectives joueront le rôle de l’habituel groupe anglais persuadé de son importance. Le chanteur se pavane comme un coq. Leur power pop ne suscite pas d’adhésion particulière. Un profond ennui nous envahit rapidement et on décide alors d’aller se verser une bonne rasade de rock pompier.

S’il existait dans le monde une école pour apprendre à pondre du rock héroïque, Bono et Jim Kerr y donneraient sûrement des cours et les Editors feraient partie des élèves les plus assidus. Les jeunes gens de Birmingham prennent d’assaut la grande scène avec l’assurance de battants. Il faut dire que leur single « Smokers Outside The Hospital Doors » trotte dans toutes les oreilles depuis quelques mois et risque de les catapulter au firmament du rock. S’enfonçant dans un grotesque pastiche vocal de Ian Curtis, le chanteur multiplie à l’envi les poses de rocker torturé tandis que le groupe mouline des ballades new wave entendues mille fois auparavant. Au rayon des imitations ridicules de Joy Division, ils arrivent à surpasser Interpol ; mais au vu de l’immense degré de satisfaction manifesté par le public présent, on risque de se coltiner ces gaillards pendant toute l’année prochaine. Courage !

Histoire d’oublier ces tristes sires, The Go ! Team semble représenter la meilleure solution. En cours de route, on résout un débat concernant l’achat d’un t-shirt des Liars en y renversant par inadvertance une bière et on aperçoit le début du concert d’I’m From Barcelona.

Une poignée de gros ballons roses flotte dans la tente ‘Marquee’ et la grande confrérie entonne ses chansons chorales. Etrange groupe que les Go ! Team. Ce rassemblement de personnalités à priori antinomiques a produit une musique totalement intrigante. Un mélange d’exhortations hip hop old school, d’indie pop sautillante et de soul des années soixante. Un mur du son emmené par une chanteuse survitaminée, qui malgré son bandage au genou gigote comme une enseignante d’aérobic sous l’emprise de psychotropes. On suit le concert le sourire aux lèvres. On apprécie les morceaux déjà classiques du dernier opus et on découvre en même temps les titres du prochain, conçus dans le même esprit.

Nous demeurons dans les parages pour assister à un autre des événements marquants de cette première journée. Le rimeur anglais Dizzee Rascal s’est fendu d’une belle prestation en alignant les nombreuses tueries figurant sur son nouvel elpee « Maths+English ». De « Excuse Me Please » à « Pussyole » en passant par la drum and bass de « Da feelin’ » ou encore « Temptation » qui sample les Arctic Monkeys. Sans oublier le plus mercantile « Bubbles » qui vante les pompes récemment ‘designées’ par Dizzee pour le compte d’une multinationale du sport... Accompagné d’un M.C. et d’un d.j. hallucinant qui scratche de la main gauche et bouge le crossfader avec son menton, l’ami Dizzee a confirmé son grand talent de conteur urbain et d’entertainer. Bref un bon moment caractérisé par la grande clarté du son et surtout des voix, des propriétés importantes pour le bon déroulement d’un concert hip hop.

Rock’n’roll now ! Car c’est l’ami Iggy Pop et ses vieux compère des Stooges (plus Mike Watt des Minutemen à la basse) qui se produisent ensuite sur la grande scène. Authentiques légendes du rock, ces messieurs commencent à afficher un âge respectable. Une situation qui se ressent sur quelques titres plus faibles ; mais dans l’ensemble le band fournira un set de bonne facture. Une soirée peut-être spéciale puisque c’était l’anniversaire du batteur Scott Asheton. Il n’avait cependant pas l’air d’afficher une forme olympique. Les jambes écartées tout au long du concert, Mike Watt constitue un remplaçant de luxe au défunt bassiste Dave Alexander. Plus cabotin que jamais, Iggy passe en revue les morceaux des deux premiers albums des Stooges ainsi que quelques autres issus du dernier opus. Une belle prestation ‘best of’ parachevée par une invasion assez amusante du public invité à monter sur les planches, lors de « No Fun ». Un stage manager vêtu d’une chemise mauve essaie tant bien que mal de contenir l’anarchie produite par une centaine de personnes gesticulant comme des singes sur scène. Après que le dernier envahisseur ait été bouté hors de scène, les Stooges rappellent qu’ils sont des rockers fans de jazz puisqu’ils s’autorisent une version très ‘free’ et bruitiste de « Funhouse ». Un saxophoniste y participe même. James Osterberg hésite quelques secondes à nous montrer ses fesses avant de renoncer à ses desseins. Le groupe a déjà vidé les lieux et l’Iguane minaude encore quelques minutes sur le podium avant de prendre congé du public.

Après cette bombance de décibels, l’envie nous prend d’aller nous relaxer à l’écoute des doux accords de guitare de Devendra Banhart. Car en concert, le Vénézuélien cosmopolite a un don indéniable pour nous charmer. Hélas, on a dû vite déchanter. Venu interpréter les titres de son nouveau disque, l’homme (avec un  petit air de Charles Manson ce soir là) paraissait un peu désorienté sur scène. Il a passé pas mal de temps à essayer de faire fonctionner une guitare qui refusait de sortir le moindre son. Ensuite le tracklisting s’est limité à ses nouvelles compos. Difficile d’émettre un avis sur ces primeurs oscillant entre rock psychédélique et rythmes latins... Une chose est sûre, elles ont été alignées sans grand entrain et au sein d’une atmosphère tristounette... Arrive ensuite le moment habituel au cours duquel Devendra Banhart invite un spectateur à venir chanter un morceau sur le podium. Une espèce de clone débarque alors pour chanter un titre d’une banalité affligeante. Pas fou pour un sou, il balance au micro son adresse MySpace pour que le bon peuple aille écouter ses œuvres musicales. C’est à peu près à ce moment là qu’on décide d’oublier ce concert navrant en procédant à une petite séance de zapping de scènes, le festival constituant le lieu rêvé pour ce genre de pratiques.

Un petit tour au ‘dancehall’ nous permet de jauger la Sri-lankaise M.I.A.. Elle beugle, d’une voix pâteuse, être à la recherche de compagnie pour la soirée : ‘hey Belgian boys, I’m single !’ Juste avant d’enchaîner sur un titre qui sample une vieille chanson des Clash. C’était la fin du set.

On échoue au ‘Château’ où les Balkan Beat Box s’apprêtent à entamer les hostilités. Ce collectif newyorkais opère un vigoureux mélange des genres : musique des Balkans, reggae, ragga, électro. Un emcee/percussioniste (il chante en arabe et anglais) chauffe le public. Le début des opérations est plutôt convaincant ; mais au fil du temps, l’expression sonore s’enfonce de plus en plus dans une lounge sans saveur, abusant de samples et de notre patience. Elle commence d’ailleurs à payer les neuf heures de musique ininterrompues de la journée.

On décide d’aller se détendre en écoutant la musique contemplative de Low. Fondé par le couple chantant Alan Sparhawk et Mimi Parker, respectivement à guitariste et drummeuse, le trio américain est responsable d’une musique empreinte de désespoir. Le groupe est venu défendre l’album « Drums and guns », sorti il y a peu pour le compte de Sub Pop ; une œuvre qui couronne treize ans d’existence de la formation. Mimi chante et joue de la batterie debout et l’impassible bassiste prend une pose qu’il ne changera plus jusqu’à la fin du concert. Alan Sparhawk égrène des notes graves de guitare et chante son spleen d’une belle voix claire. Malgré une certaine froideur initiale (‘Thanks for coming, I hope you won’t fall asleep’), on ne s’ennuie pas et une ambiance particulière et recueillie nous enveloppe. La musique de Low touche des territoires sonores connus mais explorés d’une façon inhabituelle de nos jours. Elle met le doigt sur un certain malaise contemporain (et occidental) mais sans l’emballer dans les poses adolescentes. Après un titre dédié à Iggy Pop, le concert prend sa vitesse de croisière, privilégiant, hormis quelques incursions plus rock et bruitistes, le registre intimiste. Mais en imprimant toujours aux compos un tempo particulièrement indolent ; ce qui a valu au groupe d’être taxé de ‘slowcore’. Mais au delà des étiquettes, c’est la découverte musicale qui compte et ce concert en fût une très belle.

Et on termine cette copieuse première journée par la prestation des Australiens d’Architecture in Helsinki. Cette formation à géométrie variable pratique une sorte d’humour pince sans rire à la Monty Python et semble parodier différents courants de la musique pop des années 80. Tout y passe, de l’électro funk à la pop kitsch. Même si les titres ne sont pas toujours mémorables, le groupe peut se transformer en vrai machine à danser et est parvenu à rallier à sa cause la foule qui peuplait alors le ‘Château’.