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Bernard Dagnies

Bernard Dagnies

mardi, 27 janvier 2009 01:00

Brown Submarine

Depuis la séparation de Guided By Voices, Robert Pollard multiplie les projets. En solitaire, chez Circus Devils, Psycho & the Birds, The Takeovers et la liste est loin d’être exhaustive. A laquelle il faudra désormais ajouter Boston Spacehips, un trio au sein duquel on retrouve le guitariste/bassiste/claviériste Chris Slusarenko (NDR : il était du dernier line up de GBV) et le drummer John Moen (NDR : ex Decemberists, Dharma Bums, Elliot Smith Band). 

“Brown Submarine” constitue donc leur premier elpee. Probablement le disque le plus structuré de Pollard depuis le split de GBV. Faut dire que certaines de ses dernières expérimentations étaient parfois tirées par les cheveux. Et fatalement, on y retrouve ce sens mélodique hypnotique, étrange, contagieux, très caractéristique chez la défunte formation de Dayton. Sans oublier le timbre vocal savoureux de Bob, souvent comparé à un Roger Daltrey qui aurait chopé l’accent du Midwest. Boston Spaceships, c’est un peu comme si GBV était parvenu à se renouveler. A cause de cette fraîcheur stimulante reconquise. Et le recours à la guitare sèche de Robert, n’y est pas étranger. Une sèche qu’il gratte le plus souvent, laissant le soin à Chris d’y injecter parcimonieusement l’électricité. Ce qui ne l’empêche pas épisodiquement ce denier de se libérer. Et en particulier sur le solide rock « Winston’s atomic bird », le percutant « Zero fix », le presque métallique, marécageux, « Still in Rome » et en fin de parcours une plage intitulée « Psych threat », lors d’une jolie envolée psychédélique. Les compos intègrent même un zeste de violon (NDR : le titre maître) et de cuivre (« Ready to pop »). Sans quoi, le reste de l’opus est partagé entre ballades plus pop ou imprimées sur un mid tempo. Ce retour en forme de Pollard est finalement une bonne nouvelle !

 

Les dix-huit titres réunis sur ce compact disc ont été enregistrés à New York, en analogique, sous la houlette de Hal Willner, un producteur en compagnie duquel elle avait travaillé, voici déjà 20 ans, pour l’album « Strange weather ». Des sessions auxquelles ont participé une belle brochette d’invités, parmi lesquels figurent Anthony Hegarty, Chan Marshall, Jarvis Cocker, Sean Lennon, Keith Richards, Nick Cave, Rufus Wainwright, Marc Ribot, etc. Dix huit reprises qui puisent un peu dans tous les styles : le rock, la soul, le jazz, le blues, la country et la pop, tout en piochant aussi dans le répertoire de vielles gloires, d’illustres inconnus que de compositeurs contemporains. Et à l’instar d’un Frank Sinatra (NDR auquel le sous-titre de l’album fait référence), elle cherche à se réapproprier ces chansons. Faut dire que sa voix rauque, nicotinée, taillée pour le music-hall y contribue largement. Sans oublier les arrangements dont la qualité frise ici la perfection. Et puis, les titres qu’elle a choisis pour cet opus ont une signification toute personnelle pour l’artiste. Ils s’inscrivent même dans l’esprit de son combat victorieux contre son cancer et d’une autobiographie bouleversante. Pour votre info, sachez que Marianne Faithfull compte repartir en tournée…

 

mardi, 27 janvier 2009 01:00

Alone again or

Dix bonnes années que cette formation écossaise stagne dans la zone crépusculaire de l’underground. Ses influences majeures ? Tim Buckley, Tim Hardin and Joni Mitchell. Leur nouvel opus est découpé en deux parties. Une plus électrique sous-titrée « The electric night » et une plus acoustique baptisée « The acoustic morn ».

Le premier volet réunit en cinq titres. Et s’ouvre par « Mother creation cries ». Hantée par Neil Young, cette plage est soulignée par d’élégantes interventions à l’harmonica. Il épingle également un titre allègre, contagieux, caractérisé par des cordes de guitare ‘direstraitsiennes’ (« Rise »), un morceau complètement free (« Hobo chang ha ») et surtout une compo dont les sonorités rognées des claviers rappellent le « Get ready » de Rare Earth : « White rabbits in the snow ». Sans oublier, « Love is hard to do », un fragment lorgnant manifestement vers le r&b de Gomez, malgré les inflexions nasillardes, dylanesques, de Marc Pilley.

Plus acoustique, le second chapitre privilégie les ballades ciselées dans le folk introspectif. Parfois même champêtres. A l’instar de « Naked in the afternoon », au cours duquel Marc emprunte même le timbre de Neil Diamond et le final « Until the end », bercé par un accordéon et un violon. Un violon que l’on retrouve sur l’excellent « Round and round », au cours duquel banjo joué en picking et accès d’électricité rivalisent de nuances…

mardi, 27 janvier 2009 01:00

Singles & rarities

Une très jolie pochette habille ce double cd, partagé entre, d’une part, hits, raretés, flip sides et démos et, d’autre part, enregistrements immortalisés en ‘live’. Soit à l’AB de Bruxelles, au ‘Mandarin Kasino’ de Hambourg (NDR : ce serait aussi un restaurant chinois) et au ‘Zèbre de Belleville’, à Paris. Si le premier disque, dont les morceaux sont présentés dans un ordre presque chronologique (NDR : seule la reprise du « Paris s’éveille » de Jacques Dutronc a été décalée en fin de parcours), s’adresse surtout aux inconditionnels (NDR : la version du « Are friends elcectric ? » de Gary Numan vaut vraiment le détour), le second donne un bel aperçu de ce que la jolie Anversoise et son White Velvet sont capables de démontrer sur les planches. Finalement, il n’y manque que l’image. Ah oui, j’allais oublier, cette sortie célèbre le dixième anniversaire d’existence de la formation.

 

dimanche, 31 décembre 2000 01:00

No rest for the wicked

Vous avez certainement déjà eu l'occasion d'écouter ou d'entendre, sur l'une ou l'autre station radiophonique, "Good about you" et "Freak you out", en vous demandant si vous n'étiez pas en présence de nouvelles chansons de Garbage. Cela y ressemble fort, mais ce n'est pas Garbage. Ces deux compositions imprimées sur un rythme pulsant et judicieusement enrichies de samples et de boucles, appartiennent à Angelico. Un trio anversois au sein duquel on retrouve l'ex Ashbury Faith, Axl Peleman ; et puis deux anciens membres de Sin Alley. En l'occurrence le guitariste Ruben Block et la chanteuse Martine Van Hoof. Qui ressemble plus à Blondie qu'à Shirley. Malheureusement, l'opus ne tient pas toutes les promesses de ses singles. Il y a bien encore deux ou trois fragments contagieux et pétillants. Et puis, c'est tout. En tout cas, pas de quoi fouetter un chat…

 

samedi, 31 décembre 2005 01:00

Prairie wind

Neil Young a beau être une légende vivante, il faut reconnaître que depuis une bonne décennie (« Mirror ball », commis en compagnie de Pearl Jam), ses albums ne soulèvent plus guère d’enthousiasme. S’il n’y avait ses prestations scéniques - toujours aussi exceptionnelles - il ne susciterait plus que le respect. Ce qui n’est déjà pas si mal. Mais insuffisant pour un artiste d’un tel calibre. Et le nouvel opus de Neil Young ne déroge pas à la mauvaise règle. Bien sûr, le loner a vécu des moments difficiles. Il a tout d’abord été victime d’une rupture d’anévrisme, à laquelle il a miraculeusement échappé. Puis, tout récemment, a perdu son père (NDR : le journaliste Scott Young). Et ce « Prairie wind » rend résolument un hommage à son paternel. Dix chansons qui parlent de souvenirs et de rêves d’enfance, de la famille, du temps qui passe, mais aussi de la mort et de la spiritualité. Des chansons qu’il interprète toujours de son timbre fragile, haut perché. Pour enregistrer cet elpee, il a reçu le concours de Ben Keith ainsi que de Spooner Oldham, musiciens qui avaient déjà participé à la confection de « Harvest » et de « Harvest moon » ; et puis d’Emmylou Harris, aux chœurs. Concocté à Nashville, le 38ème album du Canadien prétend clore la trilogie de cette moisson semi-acoustique. Elle privilégie d’ailleurs la guitare sèche, la pedal steel, la slide, le piano et l’harmonica. Mais alors, qu’est ce qui cloche sur ce disque ? Les cuivres r&b, l’imposante section de cordes et parfois même les chœurs gospel. Toute une texture sonore qui envahit voire surcharge des compos qui auraient gagné à conserver toute leur simplicité. Ce sont d’ailleurs les morceaux les plus dépouillés qui passent d’ailleurs le mieux la rampe (NDR : il y en a, heureusement !). Et la présence épisodique d’un clavier, de drums, d’une basse ou même d’une six cordes électrique suffisent amplement à notre bonheur. Dommage, car Neil n’a rien perdu de son art à ficeler des mélodies accrocheuses, irrésistibles ; mais lorsqu’il en rajoute une couche, il se trompe d’histoire d’amour. Le disque est accompagné d’un DVD consacré aux sessions d’enregistrement de cet album. Et encore une fois, que ce soit en ‘live’ ou accompagné d’un support visuel, Neil prend alors une toute autre dimension…
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Wind in the Wires

A vingt et un ans, Patrick Wolf peut se targuer d’avoir déjà bien roulé sa bosse. Né au sein d’une famille de musiciens, il écume déjà les bars en compagnie de Minty, à l’âge de 14 ans. Il y joue alors du theremin. De projets en collectifs, il finit par se lancer en solitaire et enregistre son premier opus solo, « Lycanthropy », en 2003. Faut dire que l’artiste est capable de jouer de presque tous les instruments (piano, violon, ukulélé, basse, accordéon, guitare, etc.). En outre, il se débrouille plutôt bien dans le recours à la technologie moderne. Sans oublier qu’il jouit d’une superbe voix, dont le timbre campe un hybride entre Neil Hannon (Divine Comedy) et Marc Almond. « Wind in the wires » constitue donc son deuxième elpee. Un disque pour lequel il a reçu le concours de son père et de sa sœur. Une œuvre qui réalise une fusion parfaite entre folk et électronique, dans un univers au sein duquel les frontières entre rêve et réalité ne sont jamais définies ; un univers tour à tour baroque, médiéval, décadent, ténébreux, tourmenté, romantique, lyrique, visionnaire ou même tsigane. Un univers que seul Conor Oberts, alias Bright Eyes, semble partager. Un chouette périple sonore qui recèle même en « The libertine », le titre d’ouverture, un hit potentiel…
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Surgery

Comment passer du psychédélisme à la noisy? C’est un peu le challenge que vient de réussir la formation californienne The Warlocks. Et pourtant, plusieurs écoutes sont nécessaires avant de pouvoir commencer à apprécier ce nouvel album. Le premier fragment, « Come save us » s’enfonce immédiatement dans la noisy ténébreuse et agitée de Jesus & Mary Chain voire de Black Rebel Motorcycle Club. Mais sur un tempo aussi fracassant que les compos du précédent opus « Phoenix ». Passée cette entrée en matière la musique entre littéralement dans une sorte de léthargie envoûtante, grinçante, languissante, propice aux contes modernes de vie et de mort de Hecksher ; les turbulences de sa propre existence lui servant de fil conducteur. Les couches pures, soniques, de feedback et de distorsion se superposent, et ne tiennent ensemble que par la grâce des décibels. Un feedback qui tombe même goutte à goutte lors des 12’12 de « Suicide note », un final au cours duquel Hecksher semble réciter une prière dans un univers sonore aux tonalités floues, la ligne d’orgue éthéré accentuant cette impression. Mais le titre qui m’a fait le plus flasher est sans conteste « Thurday’s radiation ». Une tempête sonore cinglante, grésillante, qui se lève lentement, forcit progressivement, avant d’atteindre son groove hypnotique. Un ouragan de plus de 7’30 qui doit peupler les cauchemars de Thurston Moore, le leader de Sonic Youth. Et le reste de l’album mérite également qu’on s’y attarde. Produit par Tom Rothrock (Beck, Elliott Smith, Foo Fighters, Badly Drawn Boy, Coldplay), il conjugue élégamment arrangements ‘spectoreques’, mélodies visionnaires, hallucinogènes, vocaux flottants parfois reverb et intensité électrique. Paradoxalement sous la forme d’une valse, sur le torturé « Angels in heaven, Angels in hell », sur un tempo lent, cold wave, presque ‘curesque’, tout au long de « Abobe earth » ; et puis en abordant la forme du minimalisme chez « The tangent » que balaie un clavier intriguant, hanté par le spectre de Terry Riley. Que dire de plus ? Un must !
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Take fountain

Après avoir mis huit longues années entre parenthèseq, David Gedge a décidé de reformer Wedding Present. Et dans le même temps de mettre fin à l’aventure Cinerama. Flash-back ! En 1997, David dissout W.P. et fonde Cinerama en compagnie de sa copine, Sally Murrell. Une formation qui sortira quelques disques plutôt confidentiels. En 2004, le couple se sépare. Et Gedge de remonter ‘le cadeau de mariage’ (sic). Hormis Simon Cleave (NDR : et encore il a manqué les premiers épisodes de l’histoire), David est le seul membre originel du groupe. Vous me direz : ‘normal, puisqu’il en est et en était également le chanteur/compositeur et guitariste’. Fatalement, l’opus du come-back navigue quelque part entre la musique de Cinerama et de W.P. Un disque qui a reçu le concours de Fisk à la production, personnage qui s’est surtout illustré lors de l’explosion du grunge en mettant en forme des elpees de Nirvana, Screaming Trees ou encore Soundgarden. Certaines compositions renouent avec le style fougueux qui en avait fait une véritable légende de la pop britannique. Et notamment ce phrasé de guitare gratté, rapide et chatoyant qui alimente une instantanéité pop rafraîchissante. Et je pense tout particulièrement aux excellentes 8 minutes d’« Interstate 5 » qui s’achèvent dans un climat filmique digne d’un western spaghetti d’Enio Morricone (NDR : ces cuivres mariachi !). Ou encore la nouvelle version d’un single de Cinerama intitulée « Don’t touch that dial (pacific nothwest version) ». Sans oublier les traditionnels « Ringway to seatac » et « It’s for you ». Ses lyrics s’inspirent de ses relations sentimentales, même s’ils sont abordés au second degré. Faut dire que vu les circonstances, il avait de quoi raconter. Des textes mélancoliques qu’il chante d’une voix claire et tellement poignante. Le reste de l’opus se révèle plus éclectique. Romantique aussi. Impliquant tantôt orchestrations de cordes, de cuivres et même du mellotron sur le final somptueux « Perfect blue » ; une composition comme « Mars sparkles down on me » rappelant même la mélancolie douce de Luna. Un chouette album !
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Get behind me satan

Si vous vous attendiez à une nouvelle décharge d’électricité et de feedback dispensée sur des rythmes tribaux, vous en serez pour vos frais. Hormis pour trois voire quatre titres, la guitare a cédé sa place au piano sur le cinquième album des White Stripes. Un piano martelé, plutôt que joué, dans l’esprit de Nicky Hopkins. Un choix qui démontre une nouvelle fois l’imprévisibilité du duo infernal de Detroit. Du piano, mais également du marimba (le latino « The nurse »), de la basse (« The denial twist ») et même de la guitare acoustique. Entre country et folk. A l’instar du très roots « Little ghost », du funkysant « My doorbell » (Prince ?) ou du très british « Take, take, take », fruit d’une rencontre hypothétique entre Ray Davies des Kinks et feu Marc Bolan époque Tyrannosaurus Rex. Un opus minimaliste mais en même temps lo fi. Et c’est sans doute ici que le bât blesse. Car si l’ensemble ne manque pas d’allure, on a l’impression que certaines compos on été (in)volontairement bâclées. Evidemment en se limitant à 10 jours en studio, difficile de faire des miracles. Le son brut et crade ne me dérange pas trop, pourvu qu’il dépasse la qualité d’une démo. C’est même tout à fait regrettable, car certaines chansons méritaient franchement un tout autre traitement. Tom Waits y parvient. Pourquoi pas Jack White ? Car finalement ce sont les morceaux qui s’inscrivent le plus dans la lignée d’ « Elephant » qui passent le mieux la rampe. Tout d’abord le garage « Blue orchid ». Et puis trois tracks consacrés au blues. Deux fragments de blues rural, sombre, angoissé et brutal qui trempent dans le Delta du Mississippi : « Instinct blues » et « Red Rain », même si ce dernier évoquera davantage, pour le commun des mortels, le Led Zeppelin. Et pour les vétérans du blues, constituera une sorte d’hommage à Robert Johnson. Dont la légende veut qu’il ait vendu son âme au diable. Ce qui explique également le titre de cet elpee : « Eloigne-toi de moi satan ». Et les tas de remerciements adressés à quelques saints qui leur seraient venus en aide. Enfin, autre blues, « I’m lonely (but I ain’t that lonely yet) » clôture le disque sur des accents empruntés à Janis Joplin. Et en particulier la voix. Une voix toujours aussi versatile, dont le timbre me fait parfois penser à feu Kevin Coyne ou encore à Robert Plant.