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Chroniques

Djinn Saout

Le désir des grands espaces

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Djinn Saout est une formation issue de la région namuroise. Un quatuor fondé par Olivier Godfroid et Corentin Simon (auteurs-compositeurs, chanteurs et guitaristes), rejoints ensuite par Nicolas Fieremans (basse) et Maxime Champion (batterie). Il y a dix ans que le groupe existe et manifestement l’envie est toujours bien présente chez les musicos. Désireux avant tout de créer une musique différente, ils n’hésitent pas à laisser leur imagination voguer au gré d’un rock progressif tel que le pratiquait autrefois, à une autre échelle, Ange.

Leur premier cd ne sort qu’en 2009. Il leur aura donc fallu huit longues années pour trouver la bonne voie et peaufiner un premier album. Fort de huit titres, « Le souffle des pantins » avait bénéficié de la complicité de Walter Prévoo (ex-musicien d’Abbey Road, claviériste de Cannon Ball). Déjà à cette époque, pour pouvoir apprécier leurs compos, il fallait oser pénétrer l’univers du quatuor, amoureux d’originalité et de beaux mots.

« Le désir des grands espaces » se décline en douze titres et deux bonus qui sont autant de tableaux différents que Corentin et Olivier ont barbouillé de leur poésie surréaliste.

Mêlant énergie et mélodie, Olivier et Corentin sont véritablement amoureux de la langue française et ne cachent pas leur attirance pour une chanson brillamment construite. Le phrasé est très (trop) soigné et pêche peut-être par manque de simplicité. Visiblement, Djinn Saout ne boxe pas dans la même catégorie que la grosse majorité des auteurs-compositeurs-interprètes de chanson française. Attention, cette qualité ou richesse, pourrait rebuter plus d’un mélomane lambda, car leurs chansons ne sont pas toujours très faciles d’accès.

Accrochez-vous, ouvrez grandes vos oreilles et aérez-vous le cerveau avant d’entrer dans le monde mystérieux et chevaleresque de Djinn Saout. Mais attention, l’œuvre ne se laisse pas apprivoiser à la première écoute…

 

Destroyer

Kaputt

Écrit par

A contrario du patronyme à consonance guerrière, Destroyer n’est pas un énième groupe de Death-Metal, mais un projet du très prolifique Dan Bejar, actif tant chez Swan Lake que The New Pornographers. Et, s’il est question de destruction ici, c’est seulement celle des carcans musicaux classiques… quitte à ce que ce soit opéré à l’encontre du bon goût !

Formation à profil variable, Destroyer est né en 1995, et « Kaputt » constitue déjà son 9ème album. Pour décrire sa musique, l’artiste canadien évoque une forme d’‘European Blues’. Parfois envoûtante, elle est empreinte d’une grande sensibilité ; mais très riche, elle s’avère assez difficile à décrire. Un style qu’on pourrait qualifier, mais sous les réserves d’usage, d’indie-glam inspiré et luxuriant, véhiculant des textes abstraits et poétiques. Une rencontre hypothétique entre Bowie et Pavement, en quelque sorte.

« Kaputt » est une œuvre qui ne s’impose guère de limites. « Songs for America » évoque inévitablement le Duke, une compo cuivrée, éclaboussée de saxos dégoulinants circa 80’s et d’interventions de trompette. Plus délicat « Blue Eyes » est enrobé de chœurs féminins. Constamment à cheval entre l’exubérance des eighties et le rock indie des nineties, Béjar compose également des chansons pop lyriques et bouleversantes. A l’instar de « Chinatown » ou du titre maître qu’il chante d’un timbre légèrement nasillard. Les synthés vaporeux côtoient constamment les guitares voire même les flûtes, comme sur le kitch « Suicide Demo for Kara Walker », une plage superbe de plus de 8 minutes.

Plus accessible que ses œuvres précédentes, « Kaputt » privilégie les morceaux à tiroirs, un peu dans l’esprit de la version longue de « Bay of Pig », qui figurait sur l’Ep précédent.

En concert ce 26 juin au VK de Bruxelles.

 

Deep Purple

Phoenix Rising (cd + dvd)

Écrit par

Entre 1975 et 1976, Deep Purple se fendait d’une tournée mondiale, sous son line up le plus controversé. Il réunissait à l’époque David Coverdale (chant), Glen Hughes (basse), Tomy Bolin (guitare) et enfin Ian Paice (Batterie) ainsi que de John Lord, tout deux survivants de la mythique formation originale.

« Phoenix Rising » est un document intéressant à plus d’un titre. Souffrant d’un son plus qu’approximatif, un « Last Concert in Japan » avait vu le jour en 1977. Bide total. Plus complète, et remasterisée une nouvelle version paraissait en 2001, sous le titre « This Time Around : Live in Tokyo ». Sur « Phoenix Rising », les images viennent se joindre à la musique. Et pour le Cd audio, on (re)découvre huit titres de cette période sulfureuse, dont « Burn », « Love Child », « Smoke on the Water », « You Keep on Movin » et « Highway Star ». Plus excitant, le DVD offre un documentaire de trente minutes, “Rises over Japan” tourné en 1976 au célèbre Budokan et restauré en HD. Mieux encore, « Getting Tighter », excellent film de 80 minutes, dévoile les propos de Jon Lord et de Glenn Hugues qui racontent les années post Gillan.

Un témoignage émouvant également qui nous permet de savourer le talent de Tomy Bolin, guitariste d’exception trop tôt disparu à l’aube de ses vingt-cinq ans, emporté par une overdose d’héroïne.

« Phoenix Rising » constitue donc un objet incontournable pour les fans du pourpre profond, et une pièce de belle facture pour les collectionneurs.

 

Class B Band

Movie T

Écrit par

Paire rigolote réunissant de faux jumeaux issus de la côte Hispanique, j'ai nommé DJ Bea Tricks à ma droite (côté platines) et Beatmaster G, human beatbox, à ma gauche, Class B Band secoue le dancefloor avec un second degré salvateur tout en plongeant l'auditeur dans un périple ludique aux intonations eighties bien balancées.

Bande-son originale pour séries B imaginaires, l'humour est omniprésent et transforme cet OVNI en référence ultime de la non-prise de tête. Sorte de pied de nez aux DJ's érigés en stars internationales, Class B Band ramène le propos à l'essentiel : le fun.

Entre fancy-fair pour monstres, fantômes d'Halloween et after party hallucinée, « Movie T » renouvèle un genre un peu trop enclin à s'auto-aduler par la grâce de sonorités certainement ultra-datées mais qui savamment équilibrées, font mouche.

Bien que manquant un peu de variations dans l'ensemble, les quinze titres de cet album offrent néanmoins un lifting bienvenu dans cette ère technologique où les conventions riment de plus en plus avec sensations.

C'est officiel: B Class Band est déclaré champion de la seconde division!

Elvin Bishop

Raisin' Hell Revue

Écrit par

Elvin Bishop est un des tous premiers guitaristes blancs à s'être illustré sur la scène du blues. C’était au cœur des sixties. Il sévissait alors dans le Paul Butterfield Blues Band, auprès du remarquable chanteur/harmoniciste Mike Bloomfield, pionnier aujourd'hui disparu. La discographie d’Elvin est impressionnante ; mais pour Delta Groove, il n’avait, à ce jour, signé que deux elpees : "The blues rolls on" en 2008 et "Red dog speaks" en 2010. Et l’an dernier, il avait immortalisé ‘live’ une de ces croisières musicales qui transportent sur des paquebots de nombreux artistes de blues et leurs fans, à destination des îles du soleil, lors d’une Legendary Rhythm & Blues Cruise. Un périple accompli pour le plaisir des oreilles, bien sûr !

Dans le cadre de ce "Raisin' Hell Revue", Elvin partage les planches en compagnie du chanteur noir Finis Tasby, du chanteur/harmoniciste John Nemeth, du guitariste Chris ‘Kid’ Andersen (NDR : l'ancien gratteur de Charlie Musselwite) et du saxophoniste californien Terry Hanck.

Le concert s’ouvre par "Callin' all cows", un zydeco particulièrement remuant. Steve Willis malmène son accordéon sur le Bo Diddley beat. D’entrée, l’ambiance est déjà bien festive. Caractérisé par ce riff cher à Elmore James, le "Whole lotta lovin" de Maxwell Davis est sans aucun doute la meilleure plage de l’opus. Derrière le chant impeccable de Finis Tasby, Kid Andersen et Bishop rivalisent de virtuosité. "Fooled around and fell in love" est une ballade contagieuse. John Nemeth chante d’une voix pure, taillée pour le R&B, pendant que Bishop signe un solo tout en feeling. "What the hell is goin' on" est hanté par les sonorités primaires issues du Delta. La voix rocailleuse d'Elvin baigne ici dans son élément. John Nemeth et la charmante Lisa Leu Andersen (probablement l'épouse du Kid) partagent le chant tout au long de la cover du hit de Ray Charles, "The night time is the right time". Finis Tasby empoigne le micro pour reprendre le "Down in Virginia" de Jimmy Reed, abordé dans ce style si caractéristique des swamps. Elvin emprunte une voix de fausset pour attaquer son "Rock my soul". Il est épaulé par un chœur improvisé. Ed Earley se distingue au trombone, alors que les solistes se succèdent : Nemeth, Bishop, Andersen et Bob Welsh. Terry Hanck chante son "Cryin' fool", mais son organe vocal n’est guère convainquant. Heureusement que Bishop s'est glissé le bottleneck au doigt, pour signer un bon exercice de style à la slide. Les reprises défilent. Tasby chante "River's invitation", une compo signée par un de ses maîtres, Percy Mayfield. Elvin est dans son élément quand il peut chanter en dialoguant avec son public. A l’instar de "Dyin' flu", un blues lent écrit issu de la plume d’Albert Collins. Et en fin de parcours, on épinglera encore le bouleversant "It hurts me too"…

Vanth

Parallel-Overdrive (Ep)

Écrit par

Originaire de Florence, Vanth pratiquait à ses débuts, soit vers 2006, un black metal rude, aride et sans grande maîtrise.

Aujourd’hui, les choses ont bien changé et le guitariste-chanteur Ace a troqué sa cartouchière contre un échantillonneur.

Le combo qualifie sa musique de ‘Modern synth-rock’ et passe désormais davantage de temps à Göteborg qu’à Milan.

Si une légère influence de Rammstein (en moins martial) contamine les trois premiers titres, le reste se révèle finalement d’une grande banalité, pour ne pas dire insipidité. Sorte de ballade électro pop, « Come Sweepers Come » est dénuée de la moindre subtilité. Quant à la plage finale, elle nous emmène sans transition dans le monde de la techno pure. Pfff…

 

Toro Y Moi

Underneath The Pine

Écrit par

Chaz Bundick n’a perdu son temps. A peine après avoir créé le buzz autour de son premier LP, « Causers Of This », le surnommé Toro Y Moi s’est attelé à la confection de son second recueil. Toujours plus transat que pistes de danses, « Underneath The Pine » délivre onze couches de crème glacée à dévorer d’une traite sous le soleil. A chaque cuillérée sa saveur unique. Ainsi, on virevolte entre « New Beat » et ses pépites funky, « Go With You » et sa nappe d’electronica concassée, « Divina » ou « Good Hold » et leurs délicieuses nappes de piano, « Still Sound » et son beat en loop bien proportionné… Bundick dose le tout avec une telle subtilité, que la perspective d’indigestion n’est envisageable qu’en cas de surconsommation. « Underneath The Pine » permet à Toro Y Moi d’élargir son champ de vision. Celui-là même qui semblait légèrement limité sur « Causers Of This ». Un disque à consommer au dessert, en observant une modération toute relative. Reste que l’on est toujours à quelques lieues des parfaites petites galettes de son pote Washed Out, tellement savoureuses que la concurrence peut aller gentiment se rhabiller…

 

Ian Siegal

The skinny

Écrit par

Pourtant à peine âgé de 40 ans, Ian Siegal est certainement l'un des meilleurs bluesmen anglais du moment. Il publie un nouvel album pratiquement chaque année, depuis la parution de son premier en 2005, "Meat & potatoes". Pour la circonstance, il s'est rendu aux sources du blues, dans le Mississippi. En août 2010, une bonne série de nouvelles compositions en poche, il entre dans le studio Zebra Ranch, à Coldwater, sous la houlette de Cody Dickinson, membre des North Mississippi All Stars et fils du regretté producteur de Memphis, Jim Dickinson. D'ailleurs, pour concocter cet opus, Ian a fait appel aux plus jeunes fils de bluesmen notoires, également musiciens locaux. Ce qui explique le patronyme du backing band, The Youngest Sons.

Garry Burnside est le fiston de la légende du delta blues, R.L Burnside, Robert Kimbrough, celui de David Junior, une autre gloire, propriétaire d'un juke joint à Holly Springs, Rodd Bland, enfin, celui de Bobby Blue, lui aussi bluesman d'exception.

Excellent de bout en bout, cet elpee est très homogène. Il reflète bien le blues de cette terre de racines. La musique baigne dans une atmosphère suffocante, oppressante, glauque. Elle ne laisse guère de place à la joie de vivre. Elle défile comme la bande originale d'un film retraçant le chemin de ce style plus que centenaire.

Ian possède la voix de sa musique, une voix très personnelle, imposante et hantée. Dès les premières notes de "The skinny", nous sommes directement au coeur du sujet. Le timbre vocal est grave et empreint de désespoir. Il est rapidement soutenu par un front de cordes conséquent ; soit la slide de Siegal ainsi que les guitares de Kimbrough et d’Alvin Youngblood Hart, invité pour la circonstance. La slide se libère progressivement avant d’emprunter un chemin de croix tortueux et douloureux. Les lèvres soudées au micro, Ian embraie par "Stud spider", une compo issue de la plume de Tony Joe White. Son pied gauche écrase la pédale wah wah tandis que Bland cogne dur sur ses peaux. Enfin libéré, Robert, qui attendait impatiemment son tour, dispense des notes bien lugubres. La trame imposée à "Master plan" est hypnotique et ne cède le relais que lorsque les cordes se lâchent. Longue plage, "Hound dog in the manger" est également un des sommets de l’opus. Stagnant dans la vase des swamps, il reflète ce mal de vivre. Robert Kimbrough  possède une maîtrise incontestable. Le son réverbéré des cordes accentue le climat menaçant. Les musiciens prennent leur pied sur "Picnic jam", un titre imprimé sur le Bo Diddley beat. Garry Burnside signe cette jam et la chante d’une voix pleine de dynamisme. Il se réserve également les vocaux sur "Garry's nite out". Pour "Natch'l low", Codi Dickinson est passé aux percussions, une compo trempée dans le pur delta blues au cours de laquelle il nous réserve un solo pas possible, tranchant comme une lame effroyable qui glace la peau. "Devil's in the detail" est abordé à la manière d’un chant tribal. Ian vocifère. Ils sont cinq à lui répondre en chœur. Des tas de percussions alimentent le morceau, pendant qu’André Turner souffle dans son pipeau, à la manière de son regretté ancêtre Othar, disparu en 2003, à l'âge de 96 ans. Ian Siegal reprend les commandes lors de la finale "Hopper' (Blues for Dennis"), une plage qu’il interprète avec beaucoup de conviction et de détermination. Un superbe album!

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