Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de son nouvel album, « Adult Romantix », prévue pour le 22 août via son nouveau label Winspear. Cet elpee, inspiré par des textes de la période romantique comme…

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Le cauchemar de This Will Destroy Your Ears…

This Will Destroy Your Ears verse dans le dark wave, puise son inspiration dans la noirceur des sons de l’Angleterre des années 80 tout en y mêlant des notes psyché accrocheuses et des salves soniques noisy. « Funland », son nouvel album, sortira le 10…

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D Hiver Rock 2005 : vendredi 11 février

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Pour sa troisième édition, le festival D'Hiver Rock avait décidé d'élargir son programme à la musique électronique ainsi qu'à la 'lomographie'. Un courant underground de la photographie que nous propose Chad, professionnel de cet art visuel, à travers son exposition intitulée  « Une ville, deux jours, trois boîtiers » Pas de numérique, mais des instantanés qui immortalisent ( ?!?!?) notre époque avec un œil différent. Pour celles et ceux qui veulent en savoir davantage, je vous invite à vous rendre sur les sites www.lomographie.net , http://mybeautifullomo.free.fr ou encore www.lomography.com  (NDR : ce dernier en anglais). Et la liste n'est pas exhaustive. L'exposition se déroule du vendredi 11 au dimanche 20 février. Mais revenons au festival qui a donc enregistré un sold out le vendredi et une très belle assistance le samedi. Avec deux programmes bien différents, puisque si le premier jour réunissait des valeurs confirmées (Ghinzu, Hollywood Porn Stars et Austin Lace), le second a surtout valu par la découverte de nouveaux talents (Bacon Caravan Creek, Malibu Stacy). Mais nous y reviendrons au cours de ce compte-rendu.

Vendredi 11 février 2005

Il revenait au local Nil Obstat d'ouvrir le festival. J'avais eu l'occasion de le voir en concert, il y a un peu plus d'un an au Centre Marius Staquet de Mouscron. Et il faut avouer qu'il n'avait pas laissé un souvenir impérissable. Depuis, Nicolas a fait de nets progrès. A l'instar d'un Dominque A, il est seul sur scène. Et joue de la guitare en se servant de multiples pédales de distorsion, tout en s'appuyant sur un programmateur de boîtes à musique. Qu'il maîtrise aujourd'hui à la perfection. Et puis il chante. Dans la langue de Molière. Ce qui n'est pas un problème. Là où le bât blesse, c'est sa voix. Un peu trop déclamatoire, elle ne parvient que trop rarement à donner du relief à sa musique. Et Nicolas a eu beau essayé de se démener sur ses six cordes, le set ne décollera jamais.

Auteur d'un chouette deuxième album, Austin Lace pratique une pop légère aux mélodies rafraîchissantes et contagieuses. Après avoir écouté leurs chansons, on a envie de les siffloter. Et pas seulement sous la douche (NDR : faut dire que dehors, il faisait un temps de chien !). Une musique qui vous donne envie de prendre la vie du bon côté. Bien loin de tous les tracas de la vie quotidienne. Et quoique sans grand éclat, leur prestation a un côté ensoleillé qui fait du bien en cette période de l'année. Et puis, il y a Fabrice. Le chanteur/guitariste. Une très très belle voix, dont les variations de timbre sont tout bonnement impressionnantes. Et lorsqu'elle se conjugue en harmonie aux backing vocals de Fred (le drummer) et de Lionel (le guitariste), je ne puis m'empêcher de penser aux Papas Fritas. Un regret : sur les planches, les fioritures jazzyfiantes qui émaillent leur elpee (« Easy to cook »), passent pratiquement inaperçues.

Crumble Lane doit avoir beaucoup écouté Green Day pour dispenser un semblable style musical. Qu'on a qualifié de noisecore, de skate-punk ou de harcore juvénile suivant les époques. Malheureusement, Crumble Lane n'est pas Green Day. Et leurs mélodies ont beau être soignées, elles sembles toutes calquées dans le même moule. Aussi après dix bonnes minutes, j'ai préféré m'éclipser…

Issu de la région de Liège, Hollywood P$$$ Stars avait laissé une excellente impression lors de son passage à l'édition 2004 du D'Hiver Rock. Une bonne raison pour les réinviter cette année. Et puis, leur premier véritable elpee, « Year of the tiger » est un régal. Un disque où si la forme est encore et toujours de l'emo et de la pop, le fond flirte avec du bon rock mélodieux et fougueux, teinté parfois d'électronique. On y recèle même des titres plus calmes, mais l'essentiel réside dans ces solos aux guitares incisives qui se cherchent des noises. Et pendant la moitié du set, H.P.S. va démontrer tout son savoir-faire, développant sa sensibilité pop tout en imposant un son rageur. Toutes guitares dehors. Puis, la formation s'est lancée dans un trip semi psychédélique, semi métallique. Une défonce au cours de laquelle elle s'est fait plaisir c'est une certitude. Personnellement, ce type de voyage ne me dérange pas trop. Pourvu que l'on sache où l'on va. Or j'ai la nette impression que le groupe ne le savait plus trop lui-même. Vu les capacités d'H.P.S., l'important est peut-être qu'ils s'en soient rendus compte. Ce qui n'a pas empêché une bonne partie du public d'apprécier l'escapade…

Flatcat doit avoir beaucoup écouté Green Day pour dispenser un semblable style musical. Qu'on a qualifié de noisecore, de skate-punk ou de harcore juvénile suivant les époques. Malheureusement, Flatcat n'est pas Green Day. Et leurs mélodies ont beau être soignées, elles sembles toutes calquées dans le même moule. Aussi après dix bonnes minutes, j'ai préféré m'éclipser… Paraît que le groupe s'est quand même illustré en invitant une partie du public sur scène.

Ghinzu était bien la tête d'affiche du festival. Et avant même de monter sur les planches, la formation bruxelloise avait mis le public dans sa poche (NDR : faut dire que leur deuxième album, "Blow", est tout bonnement impressionnant). Très concentrés, costards/cravate à la Tarentino, les musiciens font monter l'intensité. Morceau après morceau. Un peu à la manière de Radiohead circa « OK Computer ». Calfeutré derrière son instrument, John, le chanteur/claviériste se lève épisodiquement, un peu comme s'il était secoué par une décharge d'adrénaline, avant de se rasseoir. Et puis, soudain l'adrénaline est trop forte, et John abandonne ses ivoires pour empoigner une six cordes. Histoire de faire encore monter la pression. A partir de cet instant, le set va littéralement s'enflammer. Mais avec une maîtrise digne de vieux pros. Même lorsque le guitariste se laisse porter par le public (NDR : oui, oui, comme Peter Gabriel !). Un guitariste qui passe même aux drums pour un titre de trash funk metal absolument dantesque, le batteur ayant de son côté troqué ses baguettes pour le clavier. En rappel, Ghinzu se lance dans une version particulièrement glamoureuse du « Purple Rain » de Prince. John ne tient plus en place. Il décide d'empoigner un porte-voix et vocifère à tue-tête pendant que ses comparses gesticulent dans tous les sens. Ovation ! Alors que le groupe s'est déjà tiré. Les mauvaises langues diront qu'ils commencent à attraper la grosse tête. Des bruits confirmés par certains organisateurs. N'empêche, quel concert !

 

31 Knots

It was high time to escape

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Deuxième galette pour ce trio aux influences revendiquées : le mariage des seventies et des nineties. Autrement dit le prog (grand retour annoncé) d’un côté et l’indie rock à tendance post rock de l’autre. 10 titres livrant chacun sa petite surprise, ici un chant qui bascule, là une guitare qui dérape et toujours cette basse exploitée dignement. L’auditeur lambda ne s’ennuiera pas, mais l’auditeur lambda aime les hits de l’été. Et 31Knots n’est pas sponsorisé par une limonade ou une chaîne de télé.

Minco Eggersmann

The Wagon fair

Écrit par
Premier opus solo pour Minco Eggersmann, leader de At The Close Of Every Day. Un disque pour lequel il a quand même reçu le concours de l’un ou l’autre invité. Et en particulier de l’harmoniciste Thomas Denver Jonsson et du joueur de pedal steel Fredrik Wilde. D’un bassiste, d’une pianiste et d’une choriste également. Tout un petit monde qui n’intervient que très pudiquement tout au long de l’opus ; laissant l’essentiel du gâteau sonore à la six cordes acoustique et à la voix de Minco. Dans un style qui rappelle Mark Eitzel et Mark Kozelek. D’abord à cause de la voix profonde, torturée, bouleversante de Minco. Et puis de sa manière de jouer de sa guitare sèche. Tantôt en picking, tantôt à travers des accords plaqués et douloureux ; mais le plus souvent pour tramer une contre mélodie. Les douze fragments de « Wagon fair » sont, en outre, inspirés par une nouvelle inspirée de “The Devil’s playground”, un documentaire que la BBC a consacré à la communauté Amish implantée au Nord de l’Amérique (http://fr.wikipedia.org/wiki/Amish.)

Slim Cessna

The Bloudy Tenent Truth Peace

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Slim Cessna's Auto Club

Lorsque j’ai pris ce disque en main pour la première fois, je me suis dit : ‘Tiens, marrant, un groupe qui reprend Pavement’. Si après vérification, il s’est avéré que le titre « Shady Lane » n’a rien à voir avec celui de l’ancien (et regretté) groupe de Stephen Malkmus, force est de constater que le style embrassé par le « Slim Cessna’s Auto Club » (puisque c’est le nom du combo qui nous intéresse ici) ne se rapproche pas non plus vraiment de celui des maîtres de la pop lo-fi. En bref, il ressemblerait plutôt à une country fleurant bon le grenier à foin ou la tarte à la citrouille… Si personnellement la voix du chanteur ne me convainc pas vraiment, la musique par contre est assez agréable et se laisse écouter. Le groupe égrène ainsi, sans agacer, ses 11 morceaux aux tempos assez enlevés sans que l’un ou l’autre ne sorte cependant du lot. On retiendra peut être le sympathique « This is how we do it in the country » au refrain assez proche de Nick Cave ou encore « Cranston », un titre qui pourrait servir de bande son à un Lucky Luke décadent et complètement bourré. On notera pour conclure que « Slim cessna’s Auto club » n’hésite pas à intégrer à sa musique des éléments pas toujours très country. Et on remarquera la présence ponctuelle d’une guitare rockabilly, d’un petit orgue ska ou encore d’un xylophone. Une ouverture d’esprit qui pourrait aider le groupe à se démarquer de ses concurrents…Pour les amateurs du genre…

Sophie Michalakoudis (Sista Mika, Sophie Mika)

Only For Music

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On ne peut pas dire que la Belgique soit une terre de reggae. Hormis Panache Culture et U-Man, peu d’artistes du genre ont réussi à sortir de leur local de répétition. Mika est un projet reggae roots centré sur la figure de Sophie Michalakoudis, citoyenne belge d’origine grecque. Le premier maxi de Mika remonte à 1988, et on ne peut que saluer et respecter la persévérance de cette artiste qui nous propose ici un deuxième album. Un disque pour lequel elle a reçu le concours du bassiste Jean-Paul Izizaw, à la composition ; mais également de quelques illustres invités dont Steel Pulse. Côté musique, nous ne sommes pas loin des productions digitales roots anglaises entendues sur le label Universal Egg ou encore chez Jah Shaka. Rythmiques ‘rockers’, grosses basses, cuivres militants et effets dub à tout va, les solides compos (« Everyone », « Tonight », « Il n’est pas trop tard ») bénéficient d’une production qui n’a pas à rougir face aux grands frères étrangers. Vocalement, le style de Sophie Michalakoudis me rappelle les chanteuses de new wave qui s’essayaient au reggae. Le tout passe mieux en français, le recours à l’anglais manquant de naturel. Un produit pas mal foutu mais qui aurait gagné à conserver un ancrage francophone.

Faris Nourallah

Problematico

Nous avions découvert Faris Nourallah, l’année dernière, lors de la sortie d’un premier album doté d’une richesse mélodique étonnante : « I Love Faris », un titre qui très vite devint une certitude… A peine un an plus tard, le Texan récidive en 14 chansons d’un éclat identique. Toujours seul aux commandes, Faris Nourallah continue donc sa petite entreprise d’enchantement nostalgique. C’est qu’il connaît ses classiques, le Faris : Love, Big Star, les Beatles, les Zombies,… Rien de bien neuf dans ces arrangements pleins de grâce et de lumière, mais du cœur à l’ouvrage qui vaut bien le dandysme d’un Ed Harcourt ou d’un Rufus Wainwright… Des titres comme « You’ve Got It Made », « Coming Out » ou « I Know Your Name » rappellent en tout cas combien la pop, dans les années soixante, savait chanter l’Amérique (la vraie, pas celle de Bush) et nous en faire voir, de toutes les couleurs. « I Dream I’m a Country » chante d’ailleurs Nourallah d’une voix fraîche et espiègle : s’il était un pays, parions qu’il serait celui de nos rêves, où l’on vivrait dans l’insouciance et le bonheur, en écoutant ce genre de bonne musique du matin au soir. « Problematic », malgré son titre, n’a donc rien d’ardu : c’est un disque humble et attachant, qui confirme tout le bien qu’on pensait du bonhomme. On l’aime toujours, Faris… Et pour longtemps.

Eté 67

Démo Igloo

Écrit par
Eté 67 est un sextet liégeois qui pratique un pop-rock chanté dans la langue de Molière. Bien produite, leur démo épingle 4 titres qui lorgnent du côté de Louise Attaque. Si la musique tient tout à fait la route (et est même jalonnée de bonne idées), les paroles finissent cependant par agacer les auditeurs peu réceptifs aux textes ‘moralisateurs/engagés’ (que ne renieraient pas un certain « Saez ») un peu vains… La moyenne d’âge des musiciens particulièrement basse (20 ans) explique peut-être cette propension. Maintenant, d’ici quelques années, lorsque ceux-ci auront pris un peu de bouteille, Eté 67 pourra alors être compté au nombre des espoirs de la ‘Pop francophone belge’.

Addie Brik

Loved Hungry

Écrit par
Américaine émigrée à Londres, la belle Addie Brik, pianiste chanteuse de son état, a voulu mettre les petits plats dans les grands pour son premier long format. Un grand orchestre à cordes (le Russian Chamber Orchestra de Londres), les To Rococo Rot, des programmations, des musiciens jazz/rock et un grand chœur féminin se sont unis pour un résultat musical qui part dans tous les sens. Aussi chatoyante que la décoration d’un cabaret turc, la musique de « Loved Hungry » a choisi de ne pas se cantonner à un style. On part de grandes envolées orchestrales à la John Barry (« My little pony ride ») en passant par de l’électro-funk (« Saki »), du jazz, du folk, de la samba dépressive (« I get home »), du trip hop (« Fruit Fly ») et de l’ambient (« Holes and Bridges »). Vocalement, son timbre évolue dans un registre proche d’une Tori Amos, en plus maniéré (oui, c’est possible), qui se lamente plus qu’elle ne chante. Et c’est bien à cause de la voix d’Addie qu’on a bien du mal à s’envoyer cette dizaine de chansons. Car musicalement, ils ont beau être totalement aboutis, ces morceaux ne restent que des écrins vides si une voix digne de nom ne vient pas se caler dessus.

Engine Down

Engine Down

Tristounet l’emocore ! Même si c’est dit à l’aide de grosses guitares qui hurlent et une rythmique qui frôle l’épilepsie… Schéma classique : un type, la vingtaine et l’idéalisme à fleur de peau, se dit un matin en se levant du pied gauche que la vie - merde ! - n’est pas facile tous les jours… Alors il propose à ses potes rencontrés au lycée de fonder un groupe, ‘comme une sorte d’exorcisme’. L’un d’entre eux aimerait bien l’appeler M.I.L.F. (« Mothers I Like To Fuck »), parce que tous les soirs il se branche sur le web pour mater des trentenaires copuler en Technicolor. Sa mère, pourtant, lui avait dit d’arrêter : ‘Si ça continue on va nous couper la ligne !’, lui dit-elle un soir de Star Ac’, en épluchant des pommes de terre. Alors ils ont tranché : plus de cul, et comme nom de groupe ‘Enginedown’ (‘C’est plus sympa, en plus il sonne comme angine’, déclara l’un d’entre eux à la sortie de l’amphi). Ils prirent rapidement les devants, en s’inspirant des disques critiqués dans le Kerrang. Schéma classique : At The Drive-In, Cursive, Sparta, Hot Water Music,… Le batteur aurait préféré ‘faire un truc à la Motley Crüe’, mais selon l’avis général ‘c’est l’émotion qui compte, et puis ça plaît aux filles’. Résultat : un premier disque d’EMO comme on en trouve partout, ‘d’une sensibilité attachante’, ‘d’une mélancolie post-pubère’… Et Vincent Delerm dans cette histoire ? Tout le monde s’en fout, et c’est bien là le problème.

Delays

Faded seaside Glamour

Écrit par
Ce qui frappe d’abord chez ce quatuor insulaire (NDR : de Southampton, pour être précis), ce sont les vocaux. Tout d’abord la voix de Greg Gilbert. Un falsetto capable d’atteindre le registre céleste, angélique, solennel d’Elizabeth Fraser (NDR : oui, oui, la chanteuse de Cocteau Twins). Et lorsqu’il se conjugue avec la voix de son frère, Aaron, et celle de Colin Fox, le bassiste, c’est aux harmonies des Byrds, voire des Hollies, qu’on se met à penser. C’est d’ailleurs à cet instant que la guitare de Greg épouse un profil ligne claire (« Wanderlust ») ou bringuebalant (« Hey girl »). La guitare est d’ailleurs très présente, tout au long de cet elpee. Elle est même très souvent chatoyante, pétillante, voire vivifiante. Et je pense tout particulièrement au single « Nearer than heaven » (NDR : Geneva rencontre Church ?). Mais cet opus est avant tout constitué de plages sculptées dans la pop hymnique. Une pop hymnique, mélancolique, ensoleillée, dont les mélodies contagieuses, flottantes, lorgnent allègrement du côté de Fleetwood Mac. Pourtant, derrière cette pop pailletée, les lyrics véhiculent des contes ténébreux d’innocence, de mort prématurée, de désolation ou d’existence dilapidée. Deux plages s’écartent cependant de l’ensemble et semblent hantés par l’esprit mancunien du début des eighties. Tout d’abord « One night away », réminiscent des débuts de Stone Roses ; et puis « On », dont le groove semble avoir été pompé chez Happy Mondays.

Country Teasers

Secret Weapon Revealed At Last

Au lieu de parler country, parlons plutôt de bite… Parce qu’ils aiment ça, les Country Teasers : sur « Man V Cock », il y en a même une qui parle. « All I Wanna do is fuck », dit-elle, ce qui semble normal pour une bite… Et elle a de la chance, cette bite, parce qu’à la fin de l’album, une voix féminine murmure qu’« elle aime ça, la bite ». C’est étrange, toutes ces bites. Sur le CD, le dessin d’une taverne : « The Cock Tavern »… La taverne de la bite. A part ça, c’est sympa, comme musique : un peu garage (In The Red, quoi), un peu indie-pop (Pixies, Pavement), un peu antifolk (à la Devendra Banhart), un peu cold wave,… Mais trop nonchalant, comme une bite qui bande mou. Un peu de Viagra n’aurait pas fait de tort à ces chansons débraillées et glissantes, qui ne valent finalement pas, dans le genre glauque et maussade, un bon vieil Arab Strap. Il y a bien la branlette… Mais une chose est sûre : c’est ceux qui en parlent le plus qui le font le moins.

The Brimstone Solar Radiation Band

The Brimstone Solar Radiation Band

Écrit par
Le premier elpee de cet ensemble norvégien est éponyme. Paru en 2004, ce disque vient seulement de bénéficier d’une distribution officielle dans le Benelux. Un nouvel opus (« Solstice ») vient d’ailleurs de paraître et il est à espérer qu’on ne doive pas encore patienter une année avant de pouvoir y goûter, car franchement cette formation mérite qu’on s’y intéresse de très près. Leur line up vient de s’enrichir d’un cinquième musicien. Un certain Erling Halse Juvich, qui avait d’ailleurs participé à l’enregistrement de cet elpee pour deux titres. Ah oui, venons en à la musique. Elle puise son inspiration dans la fin des sixties et le début des seventies. Et en particulier dans le psychédélisme de la West Coast (les Doors), la prog (Genesis de l’Archange Gabriel), la Canterbury School (Caravan) et le space rock du Floyd - tant de l’époque « The Piper At the Gates of Dawn » (NDR : Syd Barrett oblige !) que de « Meddle » (NDR : pensez à « Echoes »). Le tout saupoudré de multiples nuances. Ce qui permet à ce disque de ne pas être trop taxé de revivaliste ; nonobstant la présence d’un sitar électrifié : dance sur le groovy « Wake up », jazzyfiant et auriculaire - parce que moulé dans le swing du « Golden Brown » des Stranglers - tout au long du titre maître. L’envoûtant « Flying saucers » aurait même pu naître d’une jam hypothétique entre Ray Manzarek (« Riders on the storm ») et Carlos Santana (“Evil ways”), alors que « Prologue » respire la country ( ?!?!?). Mais le plus étonnant procède du timbre vocal de R. Edwards. Rauque, il peut se muer en falsetto, dans un registre très proche de Richard Sinclair (NDR : le chanteur du mythique Caravan !). Et si vous appréciez The Soundtrack Of Our Lives, formation que votre serviteur avait découverte 1997, n’hésitez pas une seconde : vous devez impérativement vous procurer ce disque !

Boxstep

Backroads

Écrit par
Un homme et une femme se courtisent, ils gloussent et s’envoient des clins d’œil, avant de s’enlacer et de mêler leurs langues. En fond sonore du Low, parce que pour faire l’amour rien de tel que du slowcore : alanguis sur le lit ils s’enlacent tendrement, enfouissant leur amour dans la prunelle de l’autre, leur salive séchée aux coins des lèvres. Mais des riffs souffreteux les réveillent de leur torpeur sentimentale (« 21st Century Psalms ») : les Vumètres dans le rouge, c’est l’heure d’un dernier va-et-vient, du soubresaut ultime, avant la buée oculaire, l’accalmie cardiaque. Le Wurlitzer ? C’est son affaire : quand les draps s’alourdissent et que le sommeil guette, il prend le relais, bonsoir ivresse. Violons, piano, harmonica : même combat, celui des songes post-érectiles, du post coïtum animal triste. Mais l’œil, sous la paupière close, reste vigilant : il s’emballe, même en pleine extase nocturne. Les draps se tordent, « Red Leaf », « Foreign Cinema » : Okervill River, PJ Harvey, The Kills,… En plein sommeil restent les souvenirs d’ébats fébriles, la trace des morsures d’avant l’aube. Au réveil l’amour est sauf, même si c’est un autre jour, plein de dangers et de vaines espérances. L’amour, toujours, est à réinventer.

Atlantys

Eden / Apocalypsia

Écrit par
Issu d’Arras, dans le nord de la France, ce très jeune quatuor avait commis un premier album en 2002. Intitulé « Secrets de Loh », il avait reçu une bonne critique au sein de la presse d’outre-quiévrain. Notamment pour son étonnante maturité mélodique et pour la dualité vocale échangée entre Mélanie et Romain Blervaque. Dans un style musical que nos confrères n’ont pas hésité à comparer à Muse. Constituée de trois titres cette démo a été enregistrée dans les studios de Loudblast (NDR : groupe culte de métal dans l’Hexagone), LB Lab. Résultat des courses, l’aspect métallique est ici largement accentué. Un peu dans l’esprit d’Ash, même si la formation ne s’est pas encore totalement débarrassée de ses références empruntées à Muse (riffs de guitares staccato, envolées lyriques, piano ténébreux). Un regret, les voix de Mélanie et de Romain sont noyées sous le flux sonore. Fâcheux pour des textes poétiques chantés dans la langue de Molière. Un petit problème de mixing qu’Atlantys devrait régler facilement lors d’une ultime mise en forme. Surtout lorsqu’ils sortiront leur futur elpee, pour lequel la formation est à la recherche d’une maison de disques…

Mclusky

II est plus facile d être inspiré par ce que tu n es pas.

McLusky : trois types qui font du punk-rock sans trop se prendre la tête, mais sans non plus passer pour des couillons. Des guitares qui crissent et des refrains qui crispent. L'un des groupes les plus explosifs de ces dernières années. En plus, ils savent trousser de sacrées mélodies. " Les Pixies, les Nirvana du pauvre " ? Balivernes : McLusky est le secret le mieux gardé d'Angleterre. Ils nous expliquent tout, ici, maintenant. Sans langue de bois. Et en maniant un humour qui frise la mauvaise foi. " Fuck McLusky " ? C'est eux qui le disent, mais on leur pardonne.

Je vois que vous avez un nouveau batteur... Que s'est-il passé avec l'ancien ?

Andy Falkous (chanteur, guitariste) : On l'a viré pour des raisons personnelles, mais tant que la musique reste bonne, qu'est-ce que ça peut foutre ? Il ne voulait plus jouer du rock, voilà tout. Il essayait d'incorporer des trucs 'dance' dans notre musique, et ça ne marchait qu'une fois sur un million… Ce type est vraiment bizarre : le genre de gars qui, s'il est malheureux, reste dans son coin et ne dit rien. Nous aurions du le virer déjà avant… Mais il n'est pas facile de virer quelqu'un. On n'est pas dans un groupe pour jouer aux méchants.

Vous n'êtes donc plus très amis ?

A.F. : Pas vraiment, non ! Je ne l'ai plus vu depuis longtemps, mais je n'ai plus envie de revoir sa face de rat. En ce qui me concerne, il a essayé de nous baiser, et ça je ne peux pas lui pardonner. Même s'il avait une super coupe de cheveux.

Cette histoire a-t-elle interféré dans la réalisation de ce nouvel album ?

A.F. : Après l'avoir viré, tout est rentré dans l'ordre, et on a commencé l'enregistrement en décembre dernier. C'était de nouveau une expérience amusante. Nous nous sommes bien marrés. Même si ce n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler un album " gai ", sur lequel tu peux danser avec les gosses dans ton jardin… Mais il a été composé par trois types heureux, même s'il est plein de rage. La colère est en nous : on ne peut rien y faire. On ne s'assied pas en se disant 'Et maintenant mettons-nous en colère ! ! !' : on joue de la musique, et elle sonne ainsi. On n'est pas du genre méchant… Sauf quand Newcastle perd un match.

D'ailleurs on retrouve sur cet album des refrains plus pop.

A.F. : C'est exact, même si c'est bien plus compliqué qu'on imagine : les paroles, elles, restent plutôt obscures et sarcastiques ! Mais peut-être qu'elles nous aideront à élargir notre public. Cet album est plus éclectique. " Do Dallas " était plus carré, plus violent.

Tu parles des textes : comme d'habitude, on n'y comprend pas grand chose… Et ces titres à rallonge… Rien qu'avec ça, vous essayez déjà de transmettre quelque chose ?

A.F. : Pour être honnête, la grande différence entre McLusky et la plupart des autres groupes, c'est qu'avec eux tu ne dois même pas réfléchir quand tu lis leurs titres de chansons. Je ne suis pas en train de dire que tu dois être diplômé en sciences cognitives pour piger nos paroles et nos titres, mais la plupart des albums de rock n'ont pas de titre ou bien les chansons s'appellent " Going Home ", " Winter ", " Daddy "…. C'est n'importe quoi ! Et puis nos textes ne sont pas si difficiles à capter : c'est du littéral. Et c'est plutôt marrant. Peut-être que certains sont prétentieux, mais peu importe : être dans un groupe, c'est prétentieux. Ce n'est pas comme si c'était hyper naturel…

C'est drôle en effet. Vous pratiquez avec aisance l'humour à l'anglaise, ce bon vieux " non sense " cher aux Monty Python…

Jon Chapple (bassiste, chanteur) : Grandir en Angleterre sans avoir été influencé par les Monty Python est presque impossible.

A.F. : Parfois ça peut paraître un peu abscons, mais il serait malhonnête de notre part d'y changer quoi que ce soit pour devenir plus populaires. Je pense de toute façon que tu peux apprécier nos chansons sous différents angles, que tu sois un gosse qui aime pogoter, que tu nous apprécies pour les paroles, que tu aimes les deux, que tu préfères les mélodies ou bien que t'aies perdu ton portefeuille et que tu te retrouves par hasard à l'un de nos concerts… Tout peut arriver, mon vieux !

Vous arrivez à garder un parfait équilibre entre ironie et sérieux. Est-ce pour vous un comportement naturel ?

A.F. : Tout dépend du moment : tu ne peux pas être constamment sarcastique. T'as des mecs qui ne disent jamais rien d'intéressant parce qu'ils sont trop occupés à vouloir tout le temps être cyniques. Je pense qu'il faut avant tout se rendre compte que faire partie d'un groupe, c'est en fin de compte complètement ridicule. Même si c'est important pour certaines personnes, ça ne veut pas dire grand-chose… Il faut rester conscient de la futilité du truc, plutôt que de croire que t'es le centre de l'univers parce que tu joues de la guitare.

" Fuck This Band " va dans ce sens ?

A.F. : C'est presque un avertissement que tu te donnes à toi-même. Si te foutre des autres t'amuses, tu dois également savoir te foutre de ta propre personne. C'est comme un mécanisme d'autodéfense, si tu vois ce que je veux dire ! (rires)

C'est sans doute plus facile à concevoir quand on est entouré de groupes comme Starsailor ou The Darkness, non ?

A.F. : C'est clair qu'il est plus facile d'avoir de l'inspiration quand t'es entouré de toute cette merde ! Si nous étions entourés de groupes comme The Fall, les Pixies ou Fugazi, ce serait déjà vachement plus difficile ! Il est plus facile d'être inspiré par ce que tu n'es pas.

Quelle est la pire critique qu'on pourrait émettre à votre égard ?

A.F. : Qu'on soit des côtelettes pleines de sauce tomate servie avec une soupe par Gina Lollobrigida dans une station stellaire si lointaine que même mentionner son nom équivaudrait à mourir par manque d'oxygène. (ils se marrent comme des baleines)

? ! ? Euh !… On n'a pas encore parlé de ce type, là, comment déjà ?, Steve Albini… Pourquoi avoir choisi de travailler à nouveau avec lui ?

A.F. : Parce que c'est un putain de producteur, voilà tout ! Son studio est dément. Son équipe est sympa. On ne pouvait pas imaginer travailler avec quelqu'un d'autre. Mais ça pourrait changer dans le futur… Ou non.

J.C. : La vérité, c'est qu'il nous a dit : " Si vous ne revenez pas, je vous retrouverai et je vous tuerai ! "

A.F. : Il a kidnappé ma mère et pété ses jambes avec un marteau en gueulant : 'Si vous ne rappliquez pas tout de suite, je vais vous transformer en cendrier humain !' Et tu sais quoi ? Avec le regard qu'il avait, je l'ai cru jusqu'au bout… Ce type est un malade !

A vrai dire tout le monde enregistre aujourd'hui avec Steve Albini… D'ailleurs on se demande si c'est vrai ou si ce n'est pas juste comme un " label déposé " : t'achètes son nom, pour l'imprimer sur un sticker que tu colles ensuite sur ton disque. Et les ventes explosent.

J.C. : C'est uniquement la raison pour laquelle on a fait appel à lui.

A.F. : Plus sérieusement, c'est un vrai problème… Parfois tu fais des interviews, mais les journalistes, en fin de compte, ne veulent pas t'interviewer : ils veulent interviewer Steve Albini. La réputation du bonhomme importe plus que le disque. C'est vraiment débile, mais les gens ont besoin de ce genre de références. Comme quand on parle de nous et des Pixies… Fuck that ! Mais il y a une raison à cela : on a fait une chanson qui sonnait un peu comme les Pixies, et depuis on nous bourre le mou avec cette histoire… Mais les gens ont besoin d'un cadre de référence, parce qu'il est difficile de parler d'un disque. Ok, d'accord ! Mais une chose est certaine : Steve Albini n'a pas composé les chansons de ce disque ! ! !

L'année dernière vous avez sorti un maxi comportant un inédit intitulé " Undress For Success "… Pensez-vous que votre musique est " inadaptée au succès " ?

A.F. : Un plus large public serait fantastique, même si je pense qu'on ne sera jamais un groupe de masse, à cause de la musique que l'on joue… On est pourtant sacrément bons ! (rires)

Seriez-vous prêts, par exemple, à faire des compromis dans ce sens ?

A.F. : Notre musique ne changera pas d'un iota, point barre. Même si notre attitude signifie ne jamais rencontrer de succès… A vrai dire on s'en tape. Et puis de toute manière, aussi ridicule que cela puisse paraître, il y a plein de kids en Grande-Bretagne qui ont découvert à travers notre musique les Pixies, Gang of Four, The Fall, Shellac,… Et ça c'est déjà une victoire, parce que ce sont vraiment des bons groupes, qui méritent d'être plus connus.

Le garage-punk revival de ces trois dernières années vous a quand même pavé la voie vers davantage de reconnaissance, non ?

A.F. : Un petit peu. " Do Dallas " est sorti juste au moment où notre aventure commençait à prendre une plus grande envergure. Mais pour être honnête, tout ce revival, c'est du pipeau. Ce n'est pas bien méchant. Juste du rock'n'roll bien traditionnel joué par des types aux coupes de cheveux intéressantes. Rien de très spécial… Je pense qu'on est un peu en dehors de toute cette mode, et qu'on n'y sera jamais vraiment intégrés. Mais encore une fois, qu'est-ce que ça peut bien foutre ?

Dernière question, toujours la plus stupide : quel est, en tant que groupe, votre vœu le plus cher ?

A.F. : D'enfermer Witney Houston dans une tour, avec des citrons comme seul moyen de subsistance. A chaque heure pile, elle devrait pousser un " Laaa ! " ou un " I ! ! ! ", et puis la fermer, jusqu'à l'heure suivante, où elle crierait un autre truc : " Will ! "… " All… ! "… " Ways ! "….. " Love ! "….. " Youuuu ! ! ! ". (Ah ! Ils rient de bon cœur, les salauds !).

Boenox

Boenox, 100 points.

Boenox est un quatuor anversois qui fait de la musique pop avec des instruments classiques, et non l'inverse : un voyage sonore non identifié, qui s'adresse davantage aux jambes qu'aux neurones. Un comble pour des types qui ont fait le Conservatoire ! Heureusement, Boenox se fiche bien des puristes, et revendique son envie de créer une musique hors normes et hors mode ; bref à part. Nous les avons rencontrés pour tailler une bavette, avant leur passage à l'AB dans le cadre du festival Domino, le lundi 5 avril.

Tout d'abord, comment a débuté l'aventure Boenox ?

Dimitri Brusselmans : On s'est rencontré lors d'un stage d'orchestre au Conservatoire… Un jour on était bien saouls en jouant au scrabble, et j'ai inventé le mot " BOENOX " parce que je n'avais pas d'autre idée… Les autres ont accepté !

Stoffel de Laat : Ca ne veut rien dire mais ça valait beaucoup de points ! (rires)

D. : On avait donc le nom mais pas encore la musique…

S. : C'est alors qu'on s'est dit qu'on allait jouer ensemble, parce qu'il n'y avait pas de musique pour nos instruments (NDR : le hautbois, la contrebasse, le basson et le violoncelle). On a cherché en bibliothèque, mais on n'a jamais rien trouvé d'équivalent ! Et puis on avait déjà arrangé un concert, donc il fallait aller au plus vite ! On a demandé à un copain de nous composer quelques morceaux, et on s'est lancé dans l'aventure.

D. : Au début, c'était très difficile, parce que nous jouons tous des instruments d'orchestre, et pas du piano, de la guitare ou des percussions…

Il n'y a aucune œuvre, dans le répertoire classique, qui réunit vos quatre instruments !?

D. : Il y a bien Michael Haydn, mais c'est pour clarinette, violon, violoncelle et contrebasse…

S. : Et comme notre bassoniste a aussi un diplôme de clarinette…

D. : Sinon on a fait une reprise d'" Only You " ! Mais ça c'est plutôt rock.

Vous écoutez aussi du rock ?

D. : Pour moi c'est évident d'aussi écouter du rock, et même d'en jouer… Mais au Conservatoire cela reste plutôt rare.

S. : J'ai aussi joué dans des groupes de rock et de blues, mais c'est vrai que nous sommes un peu des exceptions !

C'est mal vu de dire qu'on aime la musique populaire quand on étudie le Conservatoire ?

S. : Ce n'est pas vraiment mal vu, mais les gens qui font le Conservatoire sont en général des puristes de musique classique…

D. : Et puis c'est vrai qu'il y a tellement de compositeurs fantastiques en musique classique : Mozart, les musiques de chambre,…

S. : Le répertoire est très riche.

Ce n'est pas justement difficile de se positionner par rapport au public ? D'un côté il y a les amateurs de rock qui trouveront votre musique peut-être trop " classique ", et de l'autre les amateurs de musique classique qui la trouveront sans doute trop " rock " !

D. : C'est ça qui est intéressant !

S. : C'est un peu un voyage de l'un à l'autre, du classique à la pop. Et ça nous plaît !

Le public à vos concerts est donc mélangé ?

D. : Oui. On a joué aussi bien au Pukkelpop que dans des églises, sans amplification.

Mais comment expliquez-vous que le public " rock " s'avère réceptif à votre musique ?

S. : … (un ange…) C'est une question difficile, ça ! (…passe) C'est venu comme ça. On ne s'est jamais vraiment dit qu'on allait toucher tel ou tel public. On fait notre musique, point barre.

On vous sent assez proches d'un groupe comme DAAU, par exemple…

D. : Peut-être, oui… Ils ont aussi fait le Conservatoire.

S. : Le fait qu'on mélange le classique au rock nous rapproche sans doute d'eux, mais notre style est quand même différent : leur musique est plus " folk ", la nôtre reste plus " classique ".

Le fait d'avoir choisi quatre instruments d'orchestre ne vous limite-t-il pas au niveau de la composition ?

S. : C'est à nous qu'il revient d'explorer (d'exploser) ces limites, pour voir ce qui est faisable ou pas… Et pour changer aussi : ce n'est pas toujours la basse qui doit jouer la basse ! Il faut sans cesse explorer, d'autant que rien n'a jamais été écrit avec ces quatre instruments.

D. : C'est une musique qui bouge.

C'est le cas de le dire, puisqu'on y entend aussi des beats ! Vous êtes aussi des amateurs de musique électronique ?

S. : Ca remonte à l'époque où j'avais une console Atari ! Et puis on a suivi des cours de musique électronique au Conservatoire, parce que ça nous intéressait…

D. : Même si on n'utilise pas toujours le laptop en concert, parce que s'il crashe, on ne peut plus rien faire ! Ca nous est déjà arrivé.

A cet égard, le morceau " Tic Tac " ressemble un peu à du Red Snapper… Avez-vous réalisé les beats tout seuls, ou bien avez-vous bénéficié d'une aide extérieure ?

D. : Pour ce morceau justement, on a travaillé avec Yannick Fonderie de Technotronic… Tu vois, " Pump up the jam " ? (rires)

La classe… Mais sinon, qu'écoutez-vous en musique classique ?

D. : Moi j'écoute beaucoup de musique contemporaine et de musique de chambre…

S. : Moi plutôt Beethoven (la symphonie n°7) et Brahms… Katelijn les suites de Bach et Edwin Shostakovitch.

Finalement votre musique pourrait amener les jeunes à se tourner davantage vers la musique classique…

S. : Ce n'est pas le but, mais pourquoi pas ?

D. : Ce qu'on fait nous semble normal. Couler de source. C'est Boenox, quoi…

Justement : comment définiriez-vous la musique de Boenox à quelqu'un qui ne vous connaît pas ?

D. : Ce n'est pas de la fusion en tout cas ! Je déteste ce mot.

S. : C'est entre la musique pop et la musique de chambre : c'est de la " pop de chambre " !

 

 

Archive

L éther du milieu

En l'espace de trois ans et deux albums, le duo britannique Archive est devenu le nouveau fer de lance d'un rock progressif mâtiné d'électronique, aux ambiances plaintives et suffocantes. Le genre de groupe qu'on préfère écouter seul chez soi plutôt qu'avec sa copine, pour éviter toute démission affective et crêpage de chignons. Et même si Darius Keeler et Danny Griffiths s'en défendent, c'est la pure vérité : écouter 'Noise' et cet unplugged en charmante compagnie, c'est risquer la migraine : 'Pas ce soir, j'écoute Archive'… En cette période de course aux cadeaux, mieux vaut donc éviter d'acheter l'unplugged d'Archive à sa petite copine : un bon best of de Britney Spears ferait bien mieux l'affaire (quoique…)

" Il est vrai que ce disque est un bon cadeau à offrir à ton ex ! ", se marre Danny Griffiths, tête blonde et barbe de trois jours. " Toutes nos chansons parlent de rupture, de cette souffrance qu'on ressent à chaque fois qu'une relation part en couilles… Mais je reste persuadé que notre musique est positive. Elle ne véhicule aucun message misérable, et puis de toute façon écrire des chansons joviales ne nous intéresse pas, c'est bien trop facile ! ". N'empêche qu'à l'écoute de cet unplugged, qui reprend des titres des deux derniers albums d'Archive, difficile de croire que les jérémiades de Craig Walker (leur chanteur) donnent envie de taper du pied et des mains comme si on était au cirque. Un titre comme 'Fuck You' (ici en ouverture) ne respire décidément pas la joie de vivre, et celui qui dit le contraire ferait bien d'arrêter les Xanax et de se mettre vite fait au feng shui. " Ce titre évoque la frustration et la colère qu'on peut ressentir en vivant en Angleterre ", explique Griffiths. " Quand on l'a écrit, on en avait vraiment marre de tous ces politiciens véreux qui n'arrêtaient pas de promettre des choses mais ne proféraient que des mensonges… Tony Blair, Bush… Si je les rencontrais je leur mettrais ma main sur la gueule : ces types n'ont rien dans le cerveau ! Mais le plus amusant, c'est que chacun peut interpréter les paroles comme bon lui semble, y mettre son propre vécu : en Grèce par exemple, plein de gens demandent aux animateurs radio de passer 'Fuck You' à l'adresse de leur ex… T'y mets ce que tu veux, et c'est ça qui est cool ! ". Cool… ? Mais à quoi bon s'évertuer à ressasser ses rancœurs quand il est déjà assez difficile de les mettre au placard, et de continuer à vivre et être heureux, coûte que coûte ? 'La réalité, c'est ce qui refuse de disparaître quand on cesse d'y croire', disait Philip K. Dick, et là est sans doute le vrai message de cette chanson pleine de fiel et de ressentiment. Darius Keeler, le moins sanguin des deux, semble acquiescer entre deux gorgées de bière : " Je comprends ce que tu veux dire… ", lâche-t-il d'un sourire en coin en regardant son collègue. " Il a raison, ce n'est pas très positif comme chanson… ". Et Griffiths de rétorquer : " Tu sais, l'idée au départ était de composer une belle musique majestueuse, pleine de cordes, mais avec des paroles violentes, parce que le contraste rend la chanson plus puissante ". Toujours est-il que dépouillées de leurs oripeaux électr(on)iques, les chansons d'Archive sonnent encore plus mélancoliques… Et donnent ainsi l'impression d'avoir été composées 'à l'ancienne', sur un piano ou une guitare acoustique. Verdict : " On compose surtout au laptop, et il est clair qu'entendre tous ces titres fonctionner en version acoustique est surprenant ! ", déclare Darius Keeler. " Parce qu'on n'a jamais écrit de chansons de cette manière : on préfère expérimenter et triturer les sons… A vrai dire écrire des chansons de façon traditionnelle ne nous intéresse pas : on n'est pas Bob Dylan ! ". Alors pourquoi cet unplugged ? " On n'avait rien prévu ", insiste Keeler. " On était occupés d'enregistrer 'Noise' à Paris, et comme il nous restait du temps à la fin, on s'est dit qu'il serait sympa de mettre sur pied un concert acoustique pour nos fans… Le résultat a plu à notre maison de disques, qui nous a proposé de le sortir dans le commerce. Ce fût très spontané ! ". Danny : " C'était amusant… Mais si on n'avait pas eu le temps, jamais on n'aurait pensé faire ce genre de truc ! D'ailleurs on n'a répété que deux fois : le résultat aurait pu être catastrophique ! (Il se marre) Heureusement on a choisi les titres les plus adaptés à ce genre de reconversion… Un morceau comme 'Pulse', par exemple, n'aurait pas du tout fonctionné… ". La preuve qu'Archive n'est pas seulement un groupe de bidouillages, puisque ses chansons ne perdent rien de leur puissance émotionnelle une fois désinhibées, jouées dans leur plus simple appareil. Seul bémol évoqué à l'écoute de cet unplugged : le chant de Craig Walker, à la limite du pompiérisme. Chez lui la tristesse n'est pas murmurée mais hululée, comme si l'emphase se révélait la condition sine qua non pour traduire les maux du cœur, si sclérosés soient-ils… D'où cette cover de 'Girlfriend in a Coma' des Smiths, l'écrin parfait pour Craig Walker et ses vocalises de Castafiore défoncée aux antidépresseurs. " Il s'agit d'un des groupes préférés de Craig ", explique Darius Keller. " Il voulait absolument la chanter alors on l'a laissé faire… Et on adore le résultat ! ". Parmi les autres surprises, figure cette chanson du groupe français Santa Cruz ('Game of Pool'), l'un des secrets country-folk les mieux gardés d'Outre-quiévrain : " On les a vus jouer à Paris dans un club, et comme on aimait bien leur musique on a proposé à Bruno (NDR : voix) de venir au concert chanter un de leurs titres, avec Craig aux backing vocals ", précise Darius. Une sorte de juste retour des choses, la carrière d'Archive étant fort tributaire du succès rencontré en France depuis la sortie de ce premier album, 'Londinium', il y a plus de 5 ans…

Alors qu'en Angleterre le public et la presse continuent injustement à bouder le groupe, jugé… 'trop progressif'. " La Grande-Bretagne est un pays très porté sur le rock, et Archive n'est jamais rentré dans ce moule ", s'attriste Darius Keeler. " Mais c'est mieux que d'essayer bêtement de rentrer dans le jeu, juste pour plaire au plus grand nombre ", renchérit Danny Griffiths. " Le problème, en fin de compte, est qu'il y a de moins en moins de gens qui prennent le temps d'écouter un album, et notre musique s'apprécie avant tout dans la durée. En Angleterre, il existe cette espèce de culture pop kleenex : on écoute puis on jette. C'est de la consommation frénétique, et la musique d'Archive ne rentre pas dans ce schéma. Ici les gens prennent plus le temps : ils écoutent plus attentivement, ils analysent… C'est sans doute la raison pour laquelle on se sent plus à l'aise sur le continent. C'est étrange quand même, non ? ".

IAMX

Psychanalyse d un projet solo...

Écrit par

Au début des années 90, Londres enfantait les Sneaker Pimps, trio de trip-hop pénétrant, attendant sagement une reconnaissance manifeste d'un public encore épars. Trois albums plus tard, Chris Corner, le leader du groupe, décide de marquer une pause, de s'échapper du collectif sous le couvert d'IAMX. Le projet solo de Corner s'inscrit dans cette mouvance electro-pop qu'il affectionne tant. Une musique traversée d'ambiances et de tempos inhalés au plus profond des années 80. Et lorsque Mr Corner accepte de se livrer au jeu de l'interview, la psychanalyse n'est jamais loin. Histoires de refoulements et de défoulements garantis!

Pourquoi as-tu choisi de te lancer dans un projet solo? Est-ce le reflet d'un ras-le-bol de ta vie au sein des Sneaker Pimps?

Pas un ras-le-bol! Je ne cois pas que ce soit le terme approprié. Je pense qu'à un certain moment, j'ai eu envie de faire des choses plus personnelles, ancrées en moi. J'avais beaucoup de choses à dévoiler à propos de l'amour, de la mort ou du sexe. Le genre de choses que je ne pouvais exprimer librement au sein des Sneaker Pimps. J'ai donc décidé de faire un break, de m'échapper le temps d'un projet solo afin de mieux me comprendre.

Pour toi, quelle est la plus grande différence entre la vie en groupe et ton aventure sous le nom d'IAMX ?

Je pense que le projet solo te permet d'explorer profondément des facettes de ta personnalité. Chose que tu peux plus difficilement accomplir au sein d'un groupe. De plus, pour y vivre, tu dois consentir un nombre ahurissant de compromis. Certes, c'est une bonne chose dans la mesure où tu collabores avec d'autres personnes et tu peux facilement te confier, car ce sont tes amis. Mais une chose est certaine: tu ne peux pas exprimer ce que tu ressens au plus profond de toi-même.

Mais est-ce que les Sneaker Pimps existent encore?

Oui, bien sûr! Quand je me suis lancé dans IAMX, j'avais déjà écrit de nouvelles chansons pour le groupe. Mais elles ne correspondaient pas tout à fait à son univers. Nous voulions changer d'orientation. En même temps, nous ne savions pas réellement dans quelle voie nous diriger. Nous avons donc choisi de faire le point, de réfléchir à ce nouvel album des Sneaker Pimps. Je pense que d'ici Noël, nous l'aurons d'ailleurs achevé.

Ton projet solo s'intitule IAMX. Pourquoi ne pas avoir simplement repris ton nom ou quelque chose comme "Chris Corner solo Project?"

Parce que Chris Corner, ce serait chiant! Je pense que IAMX reste une chose beaucoup plus amusante pour moi. C'est un peu comme mon alter ego. C'est une part de moi que je ne peux pas vraiment exprimer dans ma vie quotidienne. Donc, ce n'est pas vraiment Chris Corner. C'est le diable qui se cache au fond de moi!

Que signifie IAMX?

Ce n'est pas vraiment un nom. Il s'agit d'une sorte de symbole qui reste ouvert à l'interprétation… Pour moi, je sais ce qu'il représente, mais pour les autres personnes, c'est variable… Les gens peuvent vraiment en penser ce qu'ils veulent.

Ton album s'intitule "Kiss and Swallow" (soit "embrasse et avale"). C'est aussi le nom du premier single issu de ton disque. Quelle est la signification de ce titre?

(rires!) Il n'y a pas vraiment de signification là derrière! C'est un titre qui donne bien, quelque chose de viscéral et un peu provocateur, je pense. Mais ce n'est certainement pas quelque chose d'évident!

Ressens-tu le besoin d'être provocant?

Je n'ai pas besoin de l'être. Mais peut-être le suis-je ! (rires). Peut-être est-ce une part de ma nature cachée.

Penses-tu être capable d'apaiser cette personnalité?

Peut-être dès le prochain album. En fait, la question est un peu particulière ; car à la maison, je suis quelqu'un de très posé, de très calme. Par contre sur scène, je suis très différent.

Quand on écoute tes chansons, il convient de reconnaître que tes paroles ne respirent pas l'optimisme. C'est même assez glauque. Quel sentiment souhaites-tu faire passer à travers ta musique?

Je pense que le mot glauque n'est pas adapté! Je n'essaie pas d'être glauque ou déprimant. Au contraire, j'essaie d'évoquer les meilleurs aspects de l'amour et du sexe. Je pense que le sentiment général qui peut se dégager de ma musique reste avant tout une impression de confusion. Ce n'est pas supposé être une musique dépressive! Il n'y a aucune intention de ma part de prendre une semblable direction.

Dans la vie, tu n'es donc pas quelqu'un de pessimiste?

(petite réflexion…) Parfois ! Mais ça dépend. Disons que je suis… comment dire? Disons lunatique! (rires)

Certaines de tes chansons abordent des histoires sadomasochistes. Es-tu attiré par ces pratiques sexuelles?

(rires) Pourquoi pas? Je n'ai jamais pratiqué. D'un point de vue psychologique, il s'agit d'un sujet très intéressant à aborder. Très large et finalement très peu exploité. Quelque chose de très puissant qui se produit entre deux personnes. Cependant, je ne suis pas quelqu'un de violent ou attiré par les chaînes! Comme je le disais, je n'ai jamais pratiqué…

Certain?

Absolument certain !

D'une manière générale, tes chansons parlent d'amour, de sexe, de mort et de souffrance. Considères-tu que ces thèmes entretiennent une quelconque relation entre eux?

Que ces thèmes puissent être liés entre eux? Toutes ces matières entretiennent nécessairement des relations étroites entre elles. Je pense que le cerveau humain emprunte des voies très étranges. Mais au final, toutes les idées qui s'y retrouvent sont connectées entre elles. Pour moi toutes ces choses sont inextricablement liées. Est-ce un hasard si on alimente des rêves érotiques lorsqu'on rencontre une jolie fille? Le rêve continue et puis brusquement, il s'arrête. Il ne reste que la mort! C'est l'histoire de la vie. Pas seulement la mienne mais celle de tout un chacun!

Tes performances scéniques sont de plus en plus réputées, de plus en plus folles. Qu'est-ce que les gens peuvent s'attendre à découvrir en venant te voir sur scène?

Par rapport à la scène, IAMX est très différent des Sneaker Pimps. Il n'y a pas de batteur, pas de groupe à proprement parler. Pour moi, c'est davantage une performance du cœur. J'exploite tous les personnages qui se trouvent enfouis au plus profond de moi-même! Je transporte des amis, d'autres artistes, des comédiens, des personnes étranges. ("C'est toi qui es le plus étrange" lui crie alors sa mystérieuse accompagnatrice).

Pas étrange alors ?

Etrange n'est pas le bon mot. Je pense qu'il est beaucoup plus intéressant pour le public de visualiser différents personnages plutôt que de voir des gens qui jouent vraiment bien !

Tes concerts correspondent-ils davantage à une forme d'événements artistiques?

Exactement! C'est vraiment ce que j'essaie de créer ! Mais les concerts sont différents d'un soir à l'autre. Tout dépend de ce qui se passe pendant la soirée. De ce point de vue, les choses restent totalement imprévisibles!

Mais le fait de se produire en solo, de ne pas dépendre des Sneaker Pimps te permet sans doute de pousser le spectacle plus loin, d'être plus excentrique, non?

C'est vrai que je peux en rajouter sans que le reste du groupe ne commence à me critiquer. Il est déjà arrivé qu'on vienne me trouver à la fin d'un concert des Sneaker Pimps pour me dire que ma performance ne collait pas à notre musique. Chez IAMX, tout vient de moi. Dès lors, il est bien plus facile d'exprimer les émotions qui se cachent derrière les paroles de mes chansons. Je me sens complètement libre, réellement expressif et honnête. C'est mon expérience…

Pinback

La métaphore de la métaphore

Pas bavard, le Rob Crow… Après une nuit mouvementée à écumer les bars louches de Bruxelles, il est devant nous, les yeux mi-clos et la barbe de trois jours. On est venu lui parler de ce nouvel album, " Summer In Abaddon "… De quoi, de qui, comment ? Sous ses airs d'ours mal léché, Rob Crow semble être un grand sentimental. Sympathique, même… Quoique si on avait su, on lui aurait sorti notre questionnaire Star Wars (paraît qu'il est fan). La prochaine fois. D'ici là, plongeon du côté obscur de Pinback. Et obscur, ça rime avec biture. Donc acte !

Je crois qu'il est important que les gens soient informés. Ainsi, personne ne reste dans l'ignorance, et on évite les malentendus. Et les bagarres.

Que peux-tu donc nous dire sur ce troisième album ? Fût-il difficile à réaliser ?

Ouais, parce que Zach et moi, on a des avis complètement divergents sur la manière dont on veut jouer, et on n'a pas les mêmes goûts musicaux.

C'est le conflit qui vous inspire ?

Il est clair, nous avons toujours fonctionné de la sorte. Et c'est pour ça que c'est chouette… Parce qu'on ne s'attend jamais à tel ou tel résultat, c'est tout à fait aléatoire, du genre : " Wow, c'est bizarre ! ". C'est cool, j'aime bien ! (rires)

Et à part la composition de cet album, qu'avez-vous fait ces deux dernières années ?

On a tourné un peu partout, travaillé sur d'autres projets, et je me suis marié.

Il paraît que tu envisages une collaboration avec Chino Moreno des Deftones… Sans blague ? ! ?

Ouais, c'est vrai ! J'étais à Sacramento il y a quelques semaines, je bossais sur un truc en compagnie de ce type qui joue de la batterie dans Hella, un de mes groupes préférés avec Lightning Bolt. Chino Moreno était dans le coin et il m'a proposé de chanter sur un de ces nouveaux projets ; et j'ai accepté… Il s'appelle Team Sleep. Mais j'ignore s'ils vont conserver ce que j'ai fait ! (il se marre) D'ailleurs je n'ai jamais écouté les Deftones.

Parlons de ce nouvel album, " Summer In Abaddon "… C'est beau, c'est limpide.

Livide ?

Non : Limpide !

Ah, merci !

C'est aussi votre album le plus mélancolique.

Merci beaucoup. On aime bien être mélancoliques. C'est ainsi qu'on se sent, en général.

Vous êtes plutôt dépressifs ?

Je suis tout le temps déprimé, mon vieux… Mais je parle pour moi, là : je ne sais pas pour Zach… D'ailleurs je ne sais même pas où il est et ce qu'il fait en ce moment ! (rires) J'espère qu'il va bien en tout cas.

Avez-vous composé tous les morceaux de cet album en duo, comme d'habitude ?

C'est à chaque fois différent : l'un d'entre nous apporte une idée, l'autre aussi ou bien improvise dessus… Mais l'écriture, ce n'est rien que nous deux. En live on a un groupe, mais Pinback c'est Zach et moi.

Est-ce important pour vous de travailler ainsi ?

C'est clair, parce que s'il y avait d'autres personnes, ils finiraient sans doute par se suicider ! (il se bidonne, semble-t-il mal remis de sa cuite de la veille)

Est-ce le signe que vous n'aimez pas vous ouvrir à l'influence d'une tierce personne, d'autres musiciens ?

C'est déjà assez difficile rien qu'à nous deux, parce qu'on n'arrête pas de se prendre la tête. On n'a besoin de personne d'autre ! Depuis le début on s'est toujours dit que cette formule fonctionnerait mieux ainsi : à deux, on se débrouille plutôt bien, on sait tout faire… A part le mastering, pour lequel on est vraiment des manches ! (rires)

Où trouvez-vous l'inspiration pour vos textes ? Parce que votre écriture s'avère très impressionniste… et parfois hermétique.

Chaque phrase peut être interprétée sous différents angles, mais mises bout à bout elles prennent tout leur sens… C'est vrai que d'un premier abord c'est un peu abscons, mais si tu les assembles, elles forment un tout… C'est difficile à expliquer. Chaque phrase est une métaphore d'une métaphore et ainsi de suite… Tu piges ?

Exemple. Quand tu chantes : " It's too late/I see no sign of fortress ", c'est quoi la métaphore de la métaphore ?

C'est une phrase de Zach, donc je ne peux pas vraiment te répondre… Mais sache que c'est sans doute une des phrases les moins abstraites de l'album ! Elle évoque simplement un sentiment de frustration : parfois c'est dur de se sentir à l'aise, quand t'as pas dormi (NDR : tu l'as dit…), que t'es à la masse, quand t'es loin de chez toi… C'est ça, l'idée.

Ressens-tu souvent ce sentiment ?

Ouais, en ce moment ! (rires)

C'est quoi le problème ? ! ?

Ca n'a rien à voir avec toi, rassure-toi ! Le fait de parler à des gens, justement, ça me réconforte… C'est juste que je suis loin de chez moi, et que j'ai peur que mon avion crashe au retour ! (rires) Ce n'est pas toujours gai de se barrer de chez soi si souvent. T'as juste envie, parfois, de dormir dans ton lit, et pas dans des hôtels…

En formant Pinback, tu pouvais pourtant t'y attendre…

Je l'ai toujours espéré, mais j'ai toujours cru que personne n'en avait rien à caler de ma musique ! Je ne pensais pas qu'un jour on s'intéresserait tellement à moi ! (rires)

N'es-tu pas heureux que des gens apprécient ce que tu fais ?

Evidemment, c'est énorme ! C'est vraiment super. Sauf que ma femme me manque.

Alors l'amour t'inspire pour écrire des chansons ?

Non ! (rires) Je n'en ai pas besoin pour me sentir inspiré… L'amour est un sentiment que j'arrive à exprimer sans effort : c'est pourquoi je n'éprouve pas le besoin d'en parler via ma musique.

Par contre vous faites souvent référence à des villes dans les titres de vos chansons… Pourquoi donc ?

Quand on a commencé la composition on sauvait toutes nos idées sur ordinateur, et comme il fallait nommer chaque fichier, Zach s'est amusé à pointer des noms de ville sur une carte d'Europe accrochée au mur… " Pourquoi pas Tripoli ? ", " Vendu ! " : voilà toute l'histoire.

C'est très décevant…

Merci ! (il se marre)

Et les photos des pochettes, alors ? Les éléments naturels semblent vous intéresser.

Exact ! C'est une manière pour nous de rendre l'écoute de Pinback aussi pure que possible.

Mais encore ?

Le naturalisme. C'est difficile à expliquer… Je ne sais pas ! (rires)

" Abaddon ", c'est quoi ? Un endroit, une ville ?

Juste un état d'esprit. Rien chez Pinback n'est à prendre au sens littéral…

Alors que signifie la référence de la métaphore de la référence à " Abaddon " ?

Plein de choses ! Une expérience cathartique. Un job d'été. Une balade en ULM. Jouer de la batterie dans un groupe de reprises de Venom…

Pour toi la musique est cathartique ?

Clairement… Si elle ne l'était pas je n'en ferai pas !

Péterais-tu un câble si tu ne jouais pas de musique ?

Bien sûr. Je ne saurais pas quoi faire de moi…

Une petite balle, entre les deux yeux ?

Non ! (rires) Mais je préfère jouer de la musique que faire quoi que ce soit d'autre, c'est clair !

Est-ce la seule chose qui compte, pour toi ?

Ouais… Sauf d'être avec ma femme, évidemment !

 

Mud Flow

On a construit ce disque sur ces doutes et ces interrogations?

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Du line up initial de cette formation bruxelloise, il ne reste plus que Vincent "Vince " Liben, le chanteur guitariste. Tout un remue-ménage qui aurait pu sonner le glas de l'existence du groupe. C'est un peu le contraire qui s'est produit, car non seulement Mud Flow vient de commettre un troisième opus absolument remarquable. Mais en plus, le trio est plus soudé que jamais. Pour preuve, les séances d'interviews se sont déroulées en compagnie du groupe au grand complet, c'est à dire, Charlie de Croix (le bassiste), Blazz (le drummer) et bien sûr Vincent…

Il faut donc croire que toutes les épreuves que le combo a traversées, n'ont fait que renforcer leur volonté de poursuivre l'aventure. Mais si l'histoire de Mud Flow n'a pas été un long fleuve tranquille, elle leur a aussi et surtout permis d'évoluer. " L'histoire, il est vrai, a été douloureuse. On le concède. Parce qu'elle a été émaillée de multiples changements. Mais nous avons toujours fait l'impossible pour que ces ruptures ne soient pas trop brutales. Dans le plus grand des respects. En privilégiant les relations humaines. A la limite, on pourrait dire que ces remaniements se sont produits naturellement. Même s'ils ont laissé chaque fois des traces. Mais c'est un cap à passer, si on veut vraiment évoluer… En outre, l'intégration des nouvelles recrues s'est, en général, toujours soldée par une réussite. Mud Flow, c'est un peu le fruit de rencontres… " Un fruit qui se présente aujourd'hui sous la forme de ce 'A life on standby'. Un titre lourd de significations. Pas dans le sens littéral du terme : 'Une vie à l'arrêt'. Mais plutôt dans le sens d'un nouveau départ. " En fait, on joue un peu sur les mots : 'in standby' et 'on standby'. C'est là que se situe la différence. La formule peut prêter à confusion, c'est vrai ; mais on essaie de cultiver quelque part l'ambiguïté. A l'instar de la construction des chansons, de la confection de la pochette (NDR : les réveils de voyage qui illustrent cette pochette ne sont pas des cadeaux reçus de leur première communion ; une anecdote qui les a bien fait rire…) Histoire de laisser une place à l'imaginaire, de permettre à n'importe qui de donner sa propre interprétation à l'album. Donc cette idée de nouveau départ traduit notre volonté d'être à nouveau d'attaque… "

Mais qu'est ce qui a motivé le combo de continuer l'aventure ? " La passion ! L'envie d'aller plus loin. De se dépasser chaque fois. Enregistrer un album, c'est accomplir une tâche dont tu sais dès le départ qu'elle ne sera pas totalement aboutie. Et c'est ce qui te donne la force de continuer, de recommencer, pour essayer d'atteindre ce but inaccessible, cette perfection irréelle. Pour ce disque, on n'a pourtant pas essayé de chercher la perfection, mais l'authenticité. Pour démontrer que nous sommes des êtres humains et donc imparfaits. Parce que la recherche n'est pas toujours synonyme de vérité. Nous voulions aller à la découverte de nous-mêmes, être nous-mêmes, nous montrer davantage introspectifs. Et puis, créer de la musique ensemble. Atteindre une bonne synergie. Même lorsque l'environnement n'est pas hyper confortable. Heureusement, nous nous entendons très bien. Lorsqu'on écrit des morceaux ou lorsqu'on les joue, nous éprouvons beaucoup de plaisir et de bonheur. Et c'est aussi pour retrouver ces sensations qu'on a envie de continuer. Cet album est l'aboutissement de deux ans d'interrogations. De recherche en nous. De doutes. De prise de conscience individuelle et collective. Savoir ce qu'on veut, d'où on vient et où on va. Essayer de donner un sens à ce morceau de vie. Au cours de cette période, il y a des moments au cours desquels on a beaucoup réfléchi, au cours desquels on s'est remis en question. Mais c'est en se posant les questions essentielles qu'on est parvenu notre objectif. En bref, on a construit ce disque sur ces doutes et ces interrogations… "

Pour enregistrer cet opus, Mud Flow a bénéficié du concours de quelques collaborateurs. Et en particulier de l'ingénieur du son, Rudy Coclet. Une coopération que le trio juge très fructueuse. " Dès le premier jour, on s'est rendu compte que nous étions sur la même longueur d'ondes. Si un siège craque -le sien peut-être- au cours de la session d'enregistrement, mais que de cet incident en ressort une émotion, une profondeur, il parvient toujours à nous convaincre de ne rien retoucher. En studio, il est toujours possible de maquiller les imperfections. Mais Rudy possède cette faculté de capter l'énergie au bon moment. Pourtant, cette technique n'est pas du tout facile à appliquer. Surtout pour le chanteur. Lorsqu'on se retrouve seul, avec juste une guitare derrière, ce n'est pas évident. Parce qu'il faut pouvoir se regarder, s'entendre. Mais lui, il sent les choses… L'enregistrement n'a d'ailleurs duré que trois à quatre semaines. Nous n'avions pas vraiment davantage de temps, parce qu'on a effectué énormément de prises 'live'. Et puis la philosophie de Rudy se résume à trois prises maxima. Il estime que lorsqu'on en consomme davantage - et il n'a pas tort - on perd quelque chose. Trois prises parmi lesquelles on choisissait celle qui nous plaisait le plus. Finalement, un processus très simple… Donc, dans cette optique, la collaboration a vraiment été très enrichissante. Ce type possède une énorme expérience studio. C'est un musicien hors pair. Il nous a appris quelque chose en tant que musiciens ; mais surtout il possède des qualités humaines très développées. Donc ce fut un vrai bonheur de travailler avec lui… "

Le climat du nouvel opus est empreint d'une mélancolie douce. Et à l'écoute de 'Chemicals', on ressent même une grande tristesse. Cette chanson serait-elle le reflet d'une angoisse ou tout simplement un exutoire ? " Rien que de la jouer ou de la chanter est déjà un exutoire. Après deux ans d'interrogations, nous avons commencé à avoir quelques idées noires. Et on s'est dit qu'on allait les refléter, non pas sur papier ou sur pellicule, mais à travers notre musique. Il n'était pas question de tricher. Nous n'allions pas chanter 'Love me do' à ce moment là ! (rires) En effet, tout l'album est empreint de mélancolie douce… " Même le single 'Today', dont le format pop allègre pourrait faire croire qu'il s'agit d'un titre abandonné du premier elpee. " En fait, après l'aspect très mélancolique de 'Sense of me' et de 'Chemicals', on a voulu opérer une forme de contradiction. Un peu comme si après une énorme déception, on avait envie d'avoir un déclic, de communiquer quelque chose qui balance un petit peu en te disant : 'Ca va aller, quoi !' Et à contrario les paroles sont restées très désenchantées : 'Aujourd'hui ça ne va pas et tout tourne de travers…' On essaie d'être positifs, malgré la douleur. Il y a un peu de cynisme là-dedans. Lorsque tu es dans le trou, parfois tu te dis que tu vas remonter. Ca marche 5', 10', une semaine, un mois. Mais au bout du compte tu es quand même rattrapé par le problème, tant que tu ne l'as pas résolu… " Deux chansons portent le même titre : 'Debbie & Charlie'. La seconde est cependant sous-titrée 'the true story'. Pourquoi ? La première ne refléterait donc pas la réalité ? " En fait la première est une prémonition. Mais tu ne préfères pas y penser. Et lors de la seconde, les événements se produisent. Ce qui explique pourquoi le final est différent… "

Lors de la lecture de la biographie consacrée au groupe, quelle n'a pas été ma surprise de lire que pour enregistrer 'A life on standby' Mud Flow avait lorgné vers Coldplay, Radiohead, King Crimson ou encore Pink Floyd. J'ai eu beau chercher, franchement, je n'ai pas trouvé. Sous la forme du concept album, peut-être. Maintenant, ces références sont peut-être bien cachées. Une question qui méritait donc d'être posée. " Nous vivons dans une époque au cours de laquelle les gens écoutent Coldplay et Radiohead. Nous aussi. Pink Floyd est un groupe qui nous a influencés. On ne peut le nier. Donc quelque part, ces empreintes sont marquées inconsciemment au plus profond de nous-mêmes. Et à un certain moment, elles reviennent à la surface, dans notre musique. Maintenant, il est vrai que ce type de comparaisons est un peu généraliste… " Mais revenons un peu à cette notion de concept album. Parce que finalement, toutes les compositions tournent autour d'un même thème. Hormis, 'New Eve', la plage finale qui, toujours selon la bio, donne un avant-goût de la nouvelle orientation musicale que devrait emprunter Mud Flow, dans le futur. " Il est exact que le disque constitue, en quelque sorte, un concept. Parce qu’on y raconte une histoire. Maintenant je ne sais pas si 'New Eve' reflète notre future direction musicale. Une ouverture symbolique vers le futur, d'accord. Il s'agit d'un générique de fin, car l'elpee se termine clairement par 'Song 1'. Cette composition sonne la fin de l'histoire. 'New Eve' symbolise le renouveau. La vie après la vie. Enfin, l'image qu'elle incarne. Le voyage intérieur. Mais aussi vers d'autres sphères… " Une chose est sûre, ce morceau final, 'Five against six' et 'Tribal dance' réveillent en mon fors intérieur le mouvement arty, atmosphérique et ténébreux qui a sévi, voici une vingtaine d'années en Angleterre ; et au sein duquel brillaient des formations telles que Sad Lovers & Giants et surtout And Also The Trees. Je voulais donc en avoir le cœur net ! " Hallucinant ! Oui, tu as tapé dans le mille. On a joué sur les ambiances et le phrasé de guitare utilisés par And AlsoThe Trees à cette époque. En fait, l'empreinte qu'avait laissée le groupe au plus profond de nous-mêmes, est revenue à la surface. Nous en avons seulement causé lors d'une autre interview accordée au cours de cette journée. Mais à notre initiative. Parce que personne ne nous en avait encore parlé… " Des plages au cours desquelles, la basse suit la mélodie, à l'instar d'un SL&G. Blazz s'en explique. " Ta réflexion est tout à fait intéressante. Personnellement, c'est une règle à laquelle j'ai toujours été attentif. La mélodie est la base d'une composition. Et puis, il y a tout ce qui tourne autour qui vient renforcer cette mélodie, la soutenir, l'accompagner. Mais il est exact que pour certains morceaux, on entend nettement que la basse suit davantage la mélodie aussi bien au niveau rythmique qu'au niveau harmonie… "

La scène pop/rock belge est en pleine effervescence : Girls in Hawaii, Sharko, Hollywood Porn Stars, Adrian Bouldt, Showstar, et j'en passe… et maintenant Mud Flow. La plupart de ces groupes ont le potentiel pour réussir en Belgique ; mais aussi et surtout pour percer à l'étranger. Mais qu'est-ce qu'il leur manque pour y parvenir ? La réponse fuse : " De bonnes critiques dans les journaux ! (rires) Les moyens. Les structures. Les moyens surtout. En France tu peux faire 500 dates. En Belgique : 5. Ou alors tu joues chaque fois à 10 km. Là se situe le problème. Et puis, les artistes belges ne sont pas suffisamment confrontés aux autres. Aux artistes étrangers qui ont l'habitude de se mesurer à de très grosses pointures. C'est ce qui leur manque pour acquérir une certaine expérience. Mais en règle générale, j'attribuerai la responsabilité à la carence des structures, des moyens… " Mais alors comment comprendre que dEus, qui relevait alors de Bang, est parvenu à faire son trou à l'étranger ? " Tout arrive ! Mais depuis, qu'ils sont passés chez un major, ils ne font plus grand chose. Par rapport au phénomène dEus, il faut également tenir compte de paramètres qu'il n'est pas possible de gérer. Bang avait quand même injecté d'énormes moyens pour ce groupe. En outre, il s'agit d'une formation flamande. Et en Flandre, la promo prend des proportions toutes autres qu'en Wallonie. Surtout dans le domaine de l'exportation. Lorsqu'on voit l'investissement qui a été consacré à la dernière tournée de Soulwax, c'est effrayant. Ce type de financement est planifié comme dans une entreprise. En ce qui nous concerne, nous avons la chance de disposer d'une structure tout à fait fiable qui nous fait confiance. Un fait assez rare en Wallonie pour le souligner. D'autant plus que le politique n'a rien trouvé de mieux que de retirer le pain de la bouche aux structures indépendantes du Sud du pays. Merci Monsieur Ducarme ! (NDR : pour sa contribution ?) Parce que non seulement nous pouvons compter sur des personnes qui nous suivent dans ce projet, mais en plus elles chapeautent le tout et nous financent. Il est évident que le talent musical a également son importance. Encore qu'il s'agisse d'un terme difficile à définir. Mais, il n'y a rien à faire, on peut disposer de la meilleure structure et bénéficier de la meilleure promo, si la musique n'est pas bonne, on n'ira pas très loin… D'un autre côté, si personne ne nous entend, c'est un coup dans l'eau. Il faut trouver le juste équilibre… "

Le revivalisme 'garage' ne botte pas tellement le trio. A la limite, ce mouvement les horripile. " Ce genre de truc nous fait c****. C'est encore un stratagème monté par les majors. Les Strokes devenus rentables, ils ont décidé de mettre plein de pognon sur 200.000 groupes du même style. Sans prendre de véritable risque. Le problème c'est que ce choix épuise la manne qui aurait pu permettre d'explorer les filons intéressants. C'est un effet de mode. Les fringues, l'attitude, avant la musique. Il exact qu'il existe de bonnes choses sur cette scène, en dessous des sofas et des cendriers remplis. Comme les White Stripes, par exemple. Parce qu'ils étaient là avant les autres. Mais on ne peut pas supporter ces groupes qui copient l'attitude des groupes des années 70. Qui s'habillent de la même façon. Qui tiennent leur micro de la même manière. C'est un manque flagrant de personnalité ! Je ne dis pas que c'est parce que nous sommes en 2004, qu'il faut adopter un mode de vie hypertechnologique. Là n'est pas la question. Mais quel est l'intérêt d'aller reproduire quelque chose qui a été fait à cette époque. Cela ne durera pas. Et quand on nous bassine que le punk revient, on a envie de rigoler. Nous ne sommes plus en 1978 ! Les groupes punk des années 90 n'ont rien à voir avec ceux des années 80, ni avec ceux des 70's… " De technologique à électronique, il n'y a qu'un pas… qu'il suffisait de franchir. " Il existe des choses très intéressantes dans le domaine de la musique électronique. Boards Of Canada, par exemple. Mais elle souffre parfois d'une carence de mélodie, d'harmonie, de développement interne. Surtout pour écouter chez soi. Enfin, c'est un point de vue de musicien. Maintenant, en soirée, lorsqu'on est à fond dedans, c'est totalement différent. C'est l'aspect analogique de la musique électronique qui nous passionne le plus. Du style fin des années 70 et 80. Pas ce qui touche aux PC. Et ce qui est également chouette, ce sont ces artistes qui réalisent l'intégration (NDR : de la musique dite hybride !), tels que White Birch ou Cinematic Orchestra… "

 

 

Blanche (USA)

Nous ne sommes pas nés à la bonne époque...

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Auteur d'un excellent premier album (" If we can't trust the doctors… "), mais surtout responsable d'une prestation 'live' époustouflante, accordée lors de la dernière édition du Pukkelpop (voir review en ces pages), Blanche nous vient de Detroit. Drivée par Dan et Tracee Miller, cette formation bénéficie du soutien inconditionnel de Jack White, le leader des White Stripes. Ils ont d'ailleurs joué ensemble au sein de Goober & The Peas et sont demeurés d'excellents amis. Mais Blanche constitue un drôle de patronyme pour un groupe, même s'il pratique ce qu'on appelle de la country alternative. Rien à voir cependant avec la marque d'une bière belge si caractéristique ni avec une quelconque potion thérapeutique, comme le suggère le dos de la pochette. Le couple a tenu immédiatement à éclaircir la situation…

Dan s'explique : " Aux States, Blanche est un prénom féminin tombé en désuétude. C'était celui de Blanche Dubois, une actrice qui jouait dans le film mythique 'Un tramway nommé désir'. Un long métrage qui date de 1951, au sein duquel jouait également Marlon Brando. L'histoire a été écrite en 1947, par Tennessee Williams, un grand écrivain américain que nous apprécions beaucoup. Mais il n'a acquis sa popularité que grâce à la transposition de sa pièce au cinéma. L'origine du nom procède donc de cet épisode de l'histoire. C'est un peu comme si nous remontions dans le temps. En fait, nous ne voulions pas que ce patronyme fasse immédiatement penser au blues ou à la country. Qu'en le lisant ou en l'entendant, le public ne puisse nous coller une étiquette. Nous avons voulu lui donner une signification plus abstraite, qui ressemble à notre musique un peu triste, un peu décalée… " Dan n'est pas seulement musicien, il est aussi acteur de cinéma. Dans le passé, il a ainsi joué quelques seconds rôles. Mais il vient de terminer le tournage d'une superproduction consacrée à la vie de Johnny Cash. Il y incarne le rôle du guitariste Carl Perkins. Il commente : " Il s'agit du premier grand film au sein duquel je joue. Une super expérience. Mais j'ai vraiment été surpris et heureux d'apprendre que j'avais été choisi pour ce rôle, par Johnny Cash lui-même, avant qu'il ne meure. En concertation avec June Cash et le réalisateur, qui était très proche de la famille. Ce film rend hommage à l'artiste, mais laisse une sensation de malaise, car il décrit sa vie troublée. C'est un film sombre qui n'a rien à voir avec les productions hollywoodiennes. Le plus difficile pour moi fut de rester calme. Car quand je chante ou je joue, je libère beaucoup d'énergie. Alors que Perkins était plutôt un personnage paisible, qui restait pratiquement immobile. Donc il a fallu que je m'habitue à ce rôle, et que je m'en souvienne. C'est un honneur pour moi d'avoir pu jouer ce personnage, car si pour certains leur 'guitar hero' répond au nom de Jimmy Page ou Jimi Hendrix, le mien est tout simplement Carl Perkins… "

Le groupe cultive une imagerie un peu passéiste. Le nom du groupe en est le premier signe distinctif. Le booklet de leur album et le look affiché sur les planches en sont les suivants. Une imagerie qui évoque les années 40. Eisenhower. Tracee confesse : " J'en suis la première responsable. J'admets le stéréotype. Mais j'ai le sentiment de n'être pas né à la bonne époque. Il y a longtemps que mon cœur et mon âme hantent les années 40. J'essaie de répercuter cette impression à travers ma manière de chanter, de m'habiller, d'interpréter notre musique… " Une attitude qui semble très importante au sein du groupe. Dan confirme : " Oui, l'attitude est vraiment très importante. Cette musique est quelque chose qu'on a tous décidé ensemble. Parce qu'elle procède d'une même inspiration. Toute la musique que nous aimons depuis si longtemps. On la respire lorsqu'on est sur scène. Nous attaquons nos concerts avec une pêche d'enfer tout en soignant notre partie vestimentaire, pour que les gens se souviennent de nous… " La formation aime reprendre de vieux standards de la musique country. Mais sous une version toute personnelle. Sur leur premier opus figure ainsi l'adaptation du 'Wayfaring stranger' de Bill Monroe. Un exercice de style que Blanche semble apprécier tout particulièrement. Dan admet : " C'est une manière de se connecter au passé. Car cette musique a tellement de signification pour nous. Dès que j'ai entendu cette chanson pour la première fois, j'ai considéré qu'elle était la plus belle. J'ignorais qu'il y avait tant de monde qui l'avait reprise. Dans une époque où tout est jetable, il est intéressant de constater qu'un groupe contemporain puisse ressusciter une chanson qui fait partie du patrimoine. Et en fait, c'est ce type d'initiative qui permet de maintenir la tradition vivante. Peut-être que d'ici quelques années, quelqu'un écoutera notre version et en fera sa propre adaptation. Notre but est d'apporter une touche personnelle aux morceaux traditionnels, tout en conservant l'esprit de la chanson… " Et Tracee d'ajouter : " Lorsqu'on interprète ce type de composition, c'est un peu comme si on rentrait à la maison. On y respire une certaine forme de sérénité. On y goûte un sentiment de beauté, de vérité… "

La musique de Detroit véhicule une réputation de violence, de férocité, d'énergie et de puissance. Pensez à des légendes telles que MC5 ou Stooges. Or, Blanche pratique une forme de country alternative. Qui ne maque pas de punch, mais qui dénote au sein de cet univers plutôt métallique. Comment l'éclosion d'un tel groupe a-t-il pu se produire dans de telles conditions ? Tracee explique : " Il y a quelques années, on a assisté à un flux migratoire du Kentucky et du Tennessee vers Detroit. Pour y travailler. Au départ, cette population s'est installée sans leur famille. Mais en dépit de la délocalisation, elle a conservé ses racines sudistes. Aujourd'hui, à Detroit, il existe une très grande communauté issue de ces migrations. Et nous, dès notre plus jeune âge, nous avons été confrontés à ce phénomène… " Dan ajoute : " Quand on mélange ces vielles traditions roots avec le rock plus métallique, on retrouve ces mêmes caractéristiques 'punchy' qui existent dans le blues, le folk ou la country ; mais de notre côté, nous avons voulu conserver l'aspect plus triste des vieilles mélodies… " Une affliction qui est également le fruit de pénibles épreuves traversées par le groupe au cours de la confection de l'album. Et qui naturellement transpire à travers quelques chansons plus dépressives. Qui parlent de suicide, de meurtre ou encore de ruptures. Dan le reconnaît : " Lorsqu'on traverse des moments aussi douloureux dans la vie, on se connecte avec de vielles chansons, qui sont d'une certaine manière réconfortantes. Et le fait de les chanter est une forme de consolation. On essaie d'ajouter un peu d'humour dans ces compositions poignantes, pour essayer de faire face à ces moments difficiles. C'est aussi une manière d'exorciser les aspects mélancoliques de notre personnalité… "

A l'instar de 16th Horsepower, Blanche est le fruit d'un mélange entre les mélodies appalaches et le son gothique sudiste. 16th Horsepower est même une référence de choix pour le groupe. Dan acquiesce : " Oui, nous aimons beaucoup 16th Horsepower. La plupart des groupes qui pratiquent une musique semblable à la nôtre, puisent leur inspiration dans les années 30 et 40. Aussi bien Handsome Family que 16th Horsepower. Ces sont ces deux formations qui nous donnent le courage d'interpréter des morceaux plus calmes. Leur musique est belle et mélancolique et nous voulions intégrer cette beauté et cette mélancolie dans la nôtre. Mais nous voulions aussi qu'elle soit plus puissante. Et je reconnais que 16th Horsepower y est parvenu avant nous. Et observer comment un tel groupe est capable de réaliser cet objectif est une espèce de challenge pour nous. Heureusement, je pense que nous sommes sur la bonne voie. C'est un peu comme si nous étions dans un laboratoire et qu'on préparait une décoction. Au cours des premières années d'existence du groupe, nous n'avions pas trouvé les bons ingrédients. Mais depuis que nous les avons trouvés, la formule marche… " Blanche a justement tourné en compagnie du légendaire Handsome Family, l'an dernier. Notamment en Angleterre. Une fameuse expérience qui laisse cependant des sentiments mitigés chez Dan : " Une fantastique aventure, mais frustrante en même temps. Parce que le chanteur est tellement bon que c'est humiliant pour nous. Leur capacité à interpréter un répertoire aussi intimiste est un modèle. En fait, ils jouent ce qu'on aime ; et démontrent qu'il n'est pas nécessaire de jouer du rock'nroll pour gagner l'estime du public. Mais il est vrai que le public européen est plus réceptif à ce type de musique plus subtile… " A propos de timbre vocal, celui de Dan me fait parfois penser à celui de Stan Ridgway (Wall Of Voodoo). Vu l'ouverture d'esprit de Dan, je n'ai pu m'empêcher de lui faire la réflexion. " Même s'il pose un regard différent que le nôtre sur le monde contemporain, il aime la vielle musique country. Il possède aussi une voix nasillarde. C'est donc probablement vrai… "

Sur l'elpee on retrouve une cover de Gun Club, 'Jack on fire', une composition qui avait été retenue pour figurer sur un tribut consacré à feu Jeffrey Lee Pierce. Dan adore l'œuvre du combo texan. Mais pourquoi avoir choisi ce titre ? Dan confie : " J'ai toujours aimé la rage du désespoir de Gun Club. Et en écoutant 'Jack on fire', c'est comme si je me trouvais dans une voiture au sommet d'une falaise, en me demandant si j'allais m'écraser. J'ai rencontré Jeffrey un an avant qu'il ne décède. A cette époque, il était occupé de s'éteindre. Il était vraiment mal en point. Et j'étais assez triste de le voir dans cet état. C'était un artiste très talentueux… " Sur la flip side du single 'I don't know what to do with myself ' des White Stripes, figure une cover de Blanche, 'Who's to say', plage reprise sur l'opus 'If we can't trust the doctors'. Et Jack White a participé à l'enregistrement de cet elpee. A son tour, pourquoi Blanche ne pourrait-t-il pas aussi reprendre un titre des White Stripes ? Dan tempère : " Nous avons adapté une compo de Gun Club, parce qu'on nous l'avait demandé. Pour opérer ce type d'approche, il faut une raison ! Et lorsqu'on m'a proposé d'interpréter 'Jack on fire', je me suis demandé comment on allait se débrouiller pour y parvenir. Comment on aurait pu l'améliorer. On a donc décidé de l'aborder sous la forme d'un duo entre Tracee et moi, afin de lui procurer une autre tonalité. Mais pour y parvenir, ce ne fut pas facile. Aussi, si on décide de s'attaquer à une chanson du répertoire des White Stripes, il faudra trouver un autre chemin, car ce qu'ils font est tellement bien… " Evidemment, en abordant le cas Jack White, il était impossible de passer à côté de l'épisode au cours duquel il a abîmé le portrait de Jason Stollsheimer, le leader des Von Bondies. Un épisode qui a bien fait rire Dan. " D'une part, il l'avait bien cherché et d'autre part il s'y attendait. Encore qu'il ne pensait pas à un tel accueil. Mais juste après l'altercation, il a convoqué la presse pour qu'on le prenne en photo. Donc, il n'était pas aussi blessé qu'il le prétendait. Et de toutes manières, ces empoignades sont fréquentes à Detroit. Alors je ne vois pas pourquoi il fallait enfaire tout un plat… "

'If we can't trust the doctors' a bénéficié de la production de Warron Defever, la tête pensante de His Name Is Alive. Il a beau être issu du Michigan, on ne peut pas dire que sa musique épouse une quelconque forme country. Dan réagit : " Je pense que le courant est bien passé entre nous. Son œuvre reflète une forme de beauté tranquille. Il était très intéressant de travailler sous sa houlette, car il est fort branché sur la musique démodée, tout en parvenant à y ajouter une pincée de spleen. Et c'est ce qu'il a compris chez nous. Il est expert dans l'utilisation des vieux microphones. En outre, il est très compétent dans le domaine technologique. Car nous ne voulions pas sonner comme à cette époque là, mais simplement en conserver le feeling nostalgique…"

Merci à Vincent Devos.