Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

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La fuite d’Ellside

Le groupe parisien Ellside présente « Run Away », son concept album naviguant entre ombre et lumière pour un voyage qui durera un an. Une lente année pour dévoiler 6 chapitres de 2 chansons, 12 titres qui narrent l'histoire de Light. Le groupe invite les…

Denver ou DNVR ?

DNVR est l'étoile montante de la scène soul française, fusionnant les grooves sensuels…

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Bloc Party

Silent Alarm Remixed

Se faire remixer leur album entier par des musiciens de tous bords, voilà l’étrange idée qui a germé dans l’esprit des Anglais hype de Bloc Party. En général, les albums de remixes puent le coup marketing : si succès il y a, mieux vaut tirer bien fort sur la corde. Quelques mois seulement après le disque de la gloriole, Bloc Party se fend donc d’une autocélébration, et démontre par A+B que leur marque de fabrique équivaut bien au mix du rock et de l’électro, de la scène et du dancefloor. Pourquoi choisir alors de séparer ces deux faux frères, qui s’entendaient comme cul et chemise ? Une tentative vaine, parce que niant les composantes globales qui rendent le son de Bloc Party à la fois si groovy et abrasif, tendu et élastique. L’un pour l’autre au lieu de l’un dans l’autre. Certains invités parviennent toutefois à se distinguer, en s’éloignant bravement du squelette mélodique et rythmique d’origine. C’est le cas de M83, qui transforme « The Pioneers » en complainte synthétique, ambiance Badalamenti… Ou du remix de « Gasoline » par les rappeurs d’Automato, qui sonne quasi comme du Tiefschwarz. Mention plus que spéciale à Four Tet pour sa reprise krautrock du bouleversant « So Here We Are », et aux furieux Death From Above 1979, qui maltraitent le beau « Luno » de leurs riffs crasseux. N’empêche qu’il s’agit juste d’un exercice de style : amusant (parfois), mais loin d’être essentiel.

Johnny 'Guitar' Blommer

Still Cadillacin

Écrit par
Né à St Louis, dans le Missouri, Johnny Blommer est âgé de 33 ans. Il avoue pour inspiration majeure Freddie King, Buddy Guy et Albert Collins. Un chanteur/guitariste qui réside aujourd’hui à Tucson, dans l’Arizona. Il est également le leader du Bad News Blues Band, une formation locale notoire qui accompagne régulièrement la légende texane, Long John Hunter. Enfin, il drive en parallèle un deuxième combo : les Thousandaires.
 
L'album s’ouvre par "Johnny's boogie", une plage instrumentale décapante au cours de laquelle Mr Blommer nous emmène sur la route à bord de sa vieille Cadillac blanche. Johnny y est armé d'une slide aiguisée au couteau. Alex Flores souffle comme un possédé dans son sax ténor. Constituée de John Penner à la basse et de Richard Medek (NDR : il assure également la production de l’elpee) aux drums, la section rythmique court derrière les solistes. La version du "Gangster of love" de Johnny Guitar Watson est très réussie, un fragment enrichi d'un piano et de trois saxophones. La six cordes de Johnny y est déjà très affûtée. Le rythme monte d'un cran pour aborder le "Lonesome" de Memphis Slim. Une compo pour laquelle il a reçu – ô surprise ! – le concours de deux musiciens du groupe hollandais T99 : Mischa Den Haring à la guitare rythmique et Donné la Fontaine à la basse. Si la voix de Johnny n'est guère transcendante, il excelle à la guitare. Au cours du texas blues légèrement funky "Got to have you", il échange de courtes phrases sur les cordes avec l'excellent bluesman texan, Long John Hunter. Den Haring et la Fontaine sont toujours de la partie lors du blues fin de soirée "Fool's paradise". Signé Charles Brown ce morceau émouvant est enrichi par l'orgue Hammond de Randy Lopez. Blommer est un vrai pro. Mais en outre, il injecte un maximum de sensibilité dans son jeu. Le titre maître est sculpté dans du west coast blues. Bourré de swing, il bénéficie du soutien de Hurricane Carla et d’Alex Flores aux saxophones ténor. Johnny est également capable de varier son répertoire. A l’instar de "Thought I saw you", une ballade R&B exquise, rehaussée par l'orgue Hammond. Une bien belle composition illuminée par l'intervention sur les cordes. Issu de la plume de Blommer, "Devil woman" est manifestement inspiré par le T99. On y retrouve le même climat empreint de mystère, le même climat lourd et blafard. D’ailleurs Den Haring est bien présent et cela s'entend. La guitare de Long John Hunter introduit le superbe slow blues "Always singin' the blues", une chanson qu'il a écrite et qu'il chante avec une passion contenue. "Mean ol' life" est imprimé sur un tempo enlevé et soutenu par force cuivres, dont la trompette de Mike Blommer Sr, le paternel de Johnny. Du blues à haut niveau! L’opus s’achève par un instrumental traditionnel célèbre : "Amazing grace". Johnny s’y réserve la slide, et Cathy Rivers la deuxième guitare. Je vous recommande chaudement cet opus, tout comme le "Knock out" du Bad News Blues Band, produit par Andrew "Jr Boy" Jones.

Blowfly

Fahrenheit 69

Écrit par
En jetant un coup d’œil à la pochette et au livret de ce disque, on comprend assez vite que le ton va être plutôt potache et branché sur les thématiques sexuelles. Blowfly est une sorte de super héros à la tunique argentée incarné par un grand père noir américain qui répond au nom de Clarence Reid. De visu, on a du mal à prendre le bonhomme au sérieux ; mais il est dans le métier depuis quarante ans et on lui attribue même la paternité du premier disque de rap : « Rap Dirty ». En 1965 ! Hormis une longue série d’albums solo graveleux sculptés dans la veine funk-soul, notre homme a aussi signé plusieurs morceaux pour des gens comme Sam & Dave ou KC & The Sunshine Band. Pour ce « Fahrenheit », il s’est notamment acoquiné d’un un autre comique qui répond au pseudonyme d’Afroman (NDR : levez le doigt ceux qui se rappellent de lui) pour concocter concept album en forme de candidature aux élections présidentielles. Il nous présente donc son programme en posant sa voix à la Ol’Dirty Bastard sur des instrus funk un peu bâclés. Pour vous faire une idée des thématiques abordées, citons « The Booty Bus » (pour résoudre la crise pétrolière il suffit de conduire une paire de fesses), « Diggin’ Boogers » (pour empêcher les enfants de se droguer ils doivent manger leurs crottes de nez) ou encore « Ugly People » (qui enjoint aux gens laids de rester cachés). C’est plutôt drôle et totalement irrévérencieux ; mais pour goûter totalement la blague il faut bien comprendre la langue de Shakespeare. Evidemment, ceux qui cherchent la qualité musicale peuvent d’ores et déjà passer leur chemin, car les chansons proposées ici ne dépassent pas vraiment le stade la plaisanterie musicale.

Blues Plate Special

Back for seconds

Écrit par
Etabli dans le Sud de l'état de New York, ce quartet est constitué de ‘Rhythm Ray’ Pettis à l’harmonica, ‘Stratcat’ Willie Hayes à la guitare et au chant, John ‘Catfish’ Wiser à la basse ainsi que Dave ‘Sticks’ Fiorini aux drums. ‘Live’, leur tout premier opus ("Over easy") est paru en octobre 2000 ; un disque suivi par "Hot 'n tasty", chroniqué en son temps par votre serviteur.
 
BPS nous embarque sur la route dès son "Harley ridin' yuppie". Le tempo est enlevé. La voix de Stratcat n'est pas bien méchante, mais elle entraîne ses comparses à se joindre au rythme. Les solistes s’autorisent leur premier envol ; mais en toute en discrétion. "Spend my money" poursuit dans le même registre. Quoique bien ficelée, la musique est un peu trop inoffensive à mon goût. Enfin, après cette période d'échauffement, Pettis commence à souffler plus vigoureusement dans on harmo. Il est bientôt rejoint par Hayes pour "Lookin' out for you". Cette plage communique enfin les vibrations attendues. Toute en swing, la section rythmique permet à Rhythm Ray de reproduire les effets spéciaux empruntés à Little Walter. Une chose est sûre, la partie musicale tient parfaitement la route. La Fender Stratocaster de Willie roucoule en douceur tout au long de "Love me when I want ya". Dommage que les vocaux soient constamment aussi moelleux. En réalité, tous les musiciens chantent, mais aucun ne prend réellement le leadership. "It's just that way" baigne dans un univers de charme et de quiétude. L'harmonica susurre ses phrases. Les cordes égrènent des grappes de notes. Une tendre ballade destinée à inviter sa partenaire sur la piste de danse. S’appuyant sur un solide riff de guitare, "Never knew a woman" retrouve un peu de dynamisme. Pas pour très longtemps, puisque "I've got it bad" nous replonge aussitôt dans une ambiance plus feutrée et paresseuse. Willie nous y dispense quand même un solo très réussi, sur sa Fender. De bonne facture, "I know" caresse délicatement vos sens. Et c'est bien dans ce créneau que BPS se montre le plus dans son élément. Willie Hayes ne laisse échapper que les notes nécessaires. On peut distinctement percevoir le glissement de ses doigts le long des cordes. Tramé sur un riff rythmique de guitare, le titre maître lorgne manifestement vers Freddie King. Willie injecte un peu d'écho dans ses cordes qui soudainement bénéficient d’une amplification plus large. Et en final, "Got the groove" évolue sur un tempo cher à cette sympathique formation américaine.

Joe Bonamassa

A new day yesterday live

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Chaque génération apporte son lot de jeunes gratteurs. Des musiciens séduits par le blues qu’ils adaptent à un style plus rock, plus dur. Et Joe est devenu le jeune bluesrocker à la mode. Il avait commis son premier elpee, "A new day yesterday", en 2000. Un disque suivi par trois autres concoctés en studio : "So, it's like that" en 2002, "Blues Deluxe" en 2003 et "Had to cry today" en 2004. Live, cette plaque était déjà sortie en 2002. Vu le succès récolté par le jeune chanteur guitariste new-yorkais en Europe, Provogue a décidé de le rééditer ! Un concert immortalisé en décembre 2001. A Fort Wayne, dans l'Indiana. Un set accordé après la sortie de son premier essai, et dont il reprend la grande majorité des titres. Joe Bonamassa est soutenu par Kenny Kramme à la batterie et Eric Czar à la basse. La formule du trio électrique par excellence !
 
La prestation nous arrose immédiatement de ses décibels. Après une courte intro banalement intitulée "Jim intro", nous entrons de plein pied dans le "Cradle rock", un fragment écrit par Rory Gallagher. Très en verve, Joe est armé d'une slide. Il mène parfaitement sa barque, mais le climat général est âpre et métallique. Cette plage se fond directement dans une reprise de l'instrumental "Steppin' out". Une compo que le jeune Clapton jouait en 1966 sur l'album "Bluesbreakers" de John Mayall. Et on l'appelait "God" à cette époque ! Elève doué, Joe l’interprète sans la moindre difficulté avant de virer et surtout d’accélérer vers un "Rice pudding". Il a une fameuse santé, le gamin! Une véritable orgie de guitare, démonstration de son savoir-faire assez nombriliste, introduit le traitement d’un classique de Jethro Tull : "A new day yesterday". Il lui injecte un maximum d'intensité dramatique. Mais si cette reprise n’est pas trop mal fichue, elle a tendance un peu trop facilement à s’égarer sur des chemins de traverses. Tout est prétexte pour s’écarter du cadre de la compo. Pourvu que la Fender Stratocaster puisse égrener une multitude de notes. Lors de la chronique de son précédent opus, j’avais déjà émis la même critique. En fait, je préfère Joe lorsqu’il s’attaque au southern rock, à la manière de Lynyrd Skynyrd. Et "Miss you, hate you" en est la plus belle démonstration. A cet instant, il est tout à fait convaincant, car c’est un rocker dans l'âme. Sa version du "Walk in my shadows" de Free figurait sur le tout premier album du groupe anglais, en1969. Joe nous en propose une version très accélérée, très différente de l'original et qui s’achève en shuffle frénétique. "I know where I belong" reste dans le même ton. Il chante d'une voix proche de celle de Paul Rodgers (NDR : comme par hasard, c’était le chanteur de Free). Joe ne se sent plus. Il sort toute la gamme des effets empruntés à Jeff Beck. Faut dire que "Truth" est son album de chevet. Un elpee du célèbre Londonien sur lequel figure le fabuleux "Blues Deluxe" que Joe a d’ailleurs repris. Titre lent, de nouveau assez southern, "Colour & shape" est un des meilleurs moments de l’opus. ‘Je vais maintenant vous jouer un blues’, nous annonce fièrement Joe. Mais il s’embarque à très vive allure dans son "Trouble waiting", une compo au cours de laquelle ses doigts parcourent à la vitesse du son le manche de sa Fender. Par contre, "If heartaches were nickels" est bien un blues. Un slow blues sudiste, écrit par Warren Haynes de l’Allman Brothers Band. En finale, "Don't burn down that bridge" est un surtout un prétexte pour permettre à Eric Czar de réserver son moment de gloire. Un opus de Rockin' blues que je conseillerai essentiellement aux amateurs de guitares furieuses…

Mathieu Boogaerts

Michel

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Une petite décennie après un quatre titres, le non prolifique Mathieu Boogaerts, nous envoie une carte postale de son nouveau poteau, Michel. Après en avoir « marre d’être deux » en 1998, il n’est pas moins de « 2000 » en 2002, pour se retrouver accompagné aujourd’hui de ce « Michel ». Pas moyen d’être tranquille donc pour notre intimiste et méticuleux parisien. Collaborant une nouvelle fois avec le tout autant schizophrène Albin de la Simone, Boogaerts creuse son sillon, trace sa route, enregistre 12 nouvelles chansons et me ferait presque aimer les rythmes reggae. Néanmoins, pas de quoi sautiller et bondir de joie à l’écoute de ce « Michel ». A l’image de la pochette, la plus sombre de la discographie de Boogaerts, le ton général est au doute, à la déception et aux petits plaisirs de la vie. Paris ? Bof... Les femmes ? Re-bof... Les mains dans la neige ? Super ! Autrement dit ‘où’, ‘avec qui’ et ‘comment’ sont les questions qui traversent « Michel ». Heureusement Boogaerts n’étale pas grassement ses sentiments, mais garde une classe certaine grâce à une musique sobre et des textes tout en finesse. Autrement dit : Mathieu & Michel fondent dans la bouche, pas dans la main.

The Books

Lost and Safe

Sur ce troisième album aux collages mortifères, Nick Zammuto et Paul De Jong fignolent encore un peu leur méthode de - pour emprunter un terme inventé par Burroughs et Gysin - de cut up… Des entrelacs de voix et de discours samplés, d’acoustique désincarnée et de bleeps surréels : chez The Books le coupage (en quatre) de bruits, de notes et de vocalises s’apparente peut-être à une méthode, mais à une méthode qui marche et qui émeut. Folk mutant aux dérives électro, la musique du duo joue au flipper avec nos certitudes : point de repères ici, la carte musicale s’efface pour laisser le champ libre à nos envies. Et à nos doutes aussi. Entre deux couches de sons volés et de nappes sans attaches, le cerveau réfléchit sans boussole : à lui de trouver du vécu, dans ce banjo qui braille, dans ces cordes qui vibrent, dans ces paroles qui fusent. Ni chant ni chansons tels qu’on se l’imagine, l’univers de The Books échappe à tout rangement hâtif dans les couloirs étroits et poussiéreux de notre discothèque. « Lost and Safe » est un disque presque ‘monde’, où l’oreille se promène et découvre sans cesse… Tout est dit dans le titre : à chacun de s’y perdre sans craindre pour sa peau.

Boom Bip

Blue Eyed In The Red Room

Écrit par
En 2002, Bryan Hollon alias Boom Bip proposait « Seed To Sun », un premier Lp largement acclamé par la presse spécialisée et par le gratin ‘branchouillard’. La subtilité d’un mélange hybride entre hip hop et electronica sonnait comme le meilleur sujet de discussion au cœur de ces soirées bourrées d’hipsters jusqu’aux sorties de secours. Aujourd’hui, Boom Bip (ce nom !) nous revient pour une poignée de compositions délicates, immortalisée sur ce « Blue Eyed In The Red Room » (grâce à Lex Records, le label aux belles pochettes). Toujours obnubilé par une expérimentation électronique à l’épreuve du temps, Boom Bip signe et persiste tout en intégrant de nouveaux ingrédients dans son drôle de bidouillage. Une guitare acoustique glissante et grinçante se charge d’arpenter « One Eyed Round The Warm Corner » alors que quelques titres auparavant, un carillon saupoudrait le sublime « Girl Toy » de quelques notes bien senties. En plus de décorer sa musique d’instruments inattendus, Hollon invite un copain et une copine à poser la voix sur deux de ses compositions. Gruff Rhys, le chanteur gallois de Super Furry Animals, apporte un souffle de vitalité surpuissant au très tribal « Do’s And Don’ts ». De son côté, Nina Nastasia libère un souffle de féminité sur « The Matter (of our discussion) », point d’orgue de ce très bon disque.

Boris

Akuma No Uta

Écrit par
Ca commence comme du Melvins, du Earth, du Sunn0))), ça promet, ça fait trembler les murs, ça rend fous les voisins du dessous, du dessus, des côtés. Le chat se jette par la fenêtre. Et ça dure presque 10 minutes. Vous pensez qu’on nomme son groupe d’une chanson des albums des Melvins pour rigoler ? Ensuite, notre power trio japonais nous revisite le stoner cher au label qui l’héberge. Album somme plutôt que cohérent, « Akuma no uta » nous livre en 6 plages tout le talent de Boris : drone, metal, expérimental, psychédélisme. Le spectre est ici tellement large que l’influence de Nick Drake se retrouve jusque dans l’artwork, celui-ci copiant gentiment l’album « Bryter Layter ». Une ouverture d’esprit que l’on retrouve également chez les Melvins, le plus grand groupe de rock de l’histoire mondiale. Au bas mot.

Br. Danielson

Brother Is To Son

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Daniel Smith s’est évadé de son inénarrable Danielson Familie… En solo, le garnement opte pour un patronyme incontestable : Brother Danielson. Sans ami et sans famille, Smith perpétue son « Christian-art-folk&Rock » du haut de sa voix nonchalante d’épileptique échappé d’un asile psychiatrique. Sa musique atypique chevauche l’histoire du circuit folk US pieds au plancher. Tout y passe : de la comptine country à la liturgie ecclésiastique en défilant par le trip psychédélique et hallucinatoire. Rien n’est laissé au hasard. Rien, même pas l’attitude. Car l’air de rien, il faut le vouloir pour interpréter des chansons déguisées en arbre fruitier… Oui, oui, vous ne rêvez pas : monsieur déclame ses textes planqué dans un tronc d’arbuste. Alors, barge Brother Danielson ? A première vue, c’est l’impression véhiculée par ce drôle d’énergumène. Pourtant, les pirouettes mélodiques réalisées par le bonhomme nous laissent pantois, admiratifs. Avions-nous jamais rencontré feuillus si sympathiques ? De souvenirs d’humain, les exemples ne foisonnent pas. Les titres fleurent bon le folk (« Animal In Every Corner »), révèlent une nature profonde, émotionnelle (« Daughters Will Tune You ») et tellement douce («Perennial Wine »). De plus, ce disque fait figure de révélation. En effet, nous nous interrogions encore sur les secrets de la production du somptueux « Seven Swans » de Sufjan Stevens. Aujourd’hui, nous retrouvons le garant de ce chef-d’œuvre : Daniel Smith. Dans le livret de « Seven Swans », les remerciements et les musiciens s'affublaient tous d’un seul et même nom : Smith. Naïfs, nous songions alors à un hommage au regretté Elliot Smith. Or, cet ouvrage restera à jamais marqué par cette collaboration historique entre Sufjan Stevens et la Danielson Familie. Dire qu’il aura fallu attendre qu’un arbre enchanteur vienne nous chanter ses dix perles fantaisistes pour découvrir l’effroyable évidence…

The Brakes

Give blood

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« Give Blood » constitue le premier album de The Brakes. Un quatuor qui implique les deux leaders d’Electric Soft Parade (Tom et Alex White) et un membre de British Sea Power (Eamon Hamilton). Cette formation insulaire jongle parfaitement avec une kyrielle d’influences différentes. Ce qui lui permet de varier son répertoire. Un répertoire qui oscille de la pop dynamique au country folk, en passant par le punk rock. Tout en n’oubliant pas d’y injecter une bonne dose de groove et de soigner le sens mélodique. Sans pour autant sombrer dans la parodie, The Brakes rendent ainsi hommage à un grand nombre d’artistes (Talking Heads, Pixies, Weezer, etc.). Ils s’autorisent même une reprise du « Sometimes always » de Jesus & Mary Chain. Opus intrépide, rythmé, exaltant et bourré d’humour, « Give blood » va à l’essentiel!!! (Morceaux conseillés: "Ring a ding ding”, “All nite disco party”, “Sometimes Always”.)

Cristina Branco

Ulisses

Écrit par
Le quatrième album de cette jeune chanteuse portugaise s’éloigne quelque peu du fado qui lui a permis de se produire sur les scènes du monde entier. Certes, Cristina reste en grande partie fidèle au portugais ; mais elle s’aventure désormais du côté d’une variété acoustique et jazzy à vocation internationale rappelant Joni Mitchell... dont le « A Case of You » est d’ailleurs repris ici. Si « Ulisses » reste un travail de qualité, son défaut principal réside dans la relative uniformité des compositions concoctées par le guitariste Custodio Castelo, le fidèle compère de Cristina Branco. Les mélodies manquent du relief nécessaire pour capter l’attention ; et l’utilisation systématique du piano confère à l’ensemble une certaine uniformité. Résultat : on a bien du mal à distinguer un morceau d’un autre. Je retiendrai quand même la très jolie voix de la dame, dont les très réussis « Choro » et « Sete pedaços devento » réinjectent un peu de flux vital à cet ensemble lymphatique.

The Brand New Heavies

All About The Funk

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Longtemps associés à la vague acid-jazz, les Britanniques reviennent au business après quelques années d’inactivité. Les Brand New étant coutumiers des chanteurs intérimaires, ils ont cette fois-ci engagé la jeune Nicole Russo, dont le syle vocal rappelle à la fois la chanteuse des Black Eyed Peas et Anastacia. Une approche sûrement pas innocente tant cet album semble avoir été composé en pensant aux ‘charts’. Pourtant, cet « All about… » n’est pas totalement inintéressant. Les Brand New restent fidèles à leur production soul classique mais terriblement efficace (le son de cet album est impressionnant). Ils proposent par ailleurs quelques morceaux d’excellente facture soutenus par des mélodies accrocheuses, même s’ils n’évitent pas toujours la facilité comme sur la banale reprise du « Many Rivers To Cross » de Jimmy Cliff. En fait, c’est surtout vocalement que le bât blesse. Cet opus aurait sans doute une autre allure si la voix de Nicole Russo ne rappelait pas autant d’autres chanteuses qui squattent déjà les hit-parades, communiquant à l’ensemble un petit goût de réchauffé.

Toni Braxton

Libra

Il fût un temps où Toni Braxton captivait nos mirettes de ses courbes graciles. Sur l’écran de la télévision, elle nous guettait en murmurant de gentilles cochoncetés, telle une panthère aguicheuse à la cambrure affriolante. C’était le temps d’« Unbreak My Heart », belle scie r’n’b qui excitait l’entrejambe des mâles en quête de chair fraîche. Sur ce nouvel album, Toni Braxton continue à feuler : c’est ce qu’elle fait de mieux. Profonde, sa gorge déverse toujours son lot de mignardises FM, qui fondent dans l’oreille… Mais ne laissent aucune trace sur le pantalon. Rien de neuf donc sous le gilet tendu de la belle carnassière. On s’y sent bien, il y fait chaud, mais manque à l’appel de bons gros hits qui rassasient nos phéromones. Toni Braxton t’es bonne, mais ta musique de biatche caviar sent un peu la morue.

Breeze Kings

You got to bring some to get some!

Écrit par
Les Breeze Kings constituent une des formations les plus en vue à Atlanta, en Georgie. Elle a été fondée en 1997 au Northside Tavern (NDR : un vieux club de la cité géorgienne) par Carlos "Breeze" Capote, un chanteur/harmoniciste originaire de la Floride toute proche. Il est épaulé par Jim Ransome (un Virginien) à la guitare, Dave Roth à la basse et Mark Yarbrough à la batterie. Les Breeze Kings comptaient déjà deux albums à leur actif : "Tyin one…. on for the people" en 1999 et "You to bring some to get some" en 2002.
 
"Hey Bartender" ouvre l'album. Le tempo est lent. Les musiciens s’installent progressivement autour de la voix convaincante et juste de Carlos ‘Breeze’ Capote. L'orgue évolue en toile de fond. Les saxophones de Matt Kearney et de Norm Ficke (baryton, ténor et alto) viennent soutenir de quelques riffs l'accompagnement de cette plage calme qui se mue bientôt en "Ooh wee" de Willie Dixon. La voix de Capote est excellente, c’est indéniable. Son vocal est ample. Il en fait la parfaite démonstration sur "Don't put no headstone on my grave". Les accords plaqués sur la guitare par Jim Ransome suivent la voix à la trace avant de sortir sans réserve lors d’un solo appuyé. Sans surprise, "Up the country" campe un country blues amplifié. Le rythme du chemin de fer est imprimé par la batterie de Mark Yarbrough, pendant que Jim travaille sa vieille Gibson en picking. Soutenus par les cuivres et caractérisé par un solo de guitare divertissant et dynamique, Les Kings s'attaquent au "Hidden charms" de Willie Dixon. Toujours signé Dixon, "Love the life I live" est chanté avec autorité. Les changements de rythme sont parfaitement au point. Capote exécute une partie d'harmo très séduisante face au piano de Paul Linden. Carlos cède le micro à un Roth plus agressif pour attaquer "Tell me again baby". Bien amplifiée, la guitare prend un plaisir certain tout au long de cette plage. Guitare en pickin' et percussions métronomiques alimentent un autre country blues amplifié : "Sorry that had to put me down". "Casanova man" constitue sans aucun doute une des meilleures plages de l’opus. Carlos s'y fait un "natural born lover". Il chante tout en délicatesse ce léger shuffle parfumé par la guitare de l'ami Frank Moates. Tout aussi exquis, "Hello little bird" évolue sur un tempo vif. Le jeu à l’harmonica de Capote est à la fois inventif et respectueux de ses maîtres. Il nous démontre ici qu'il a tout compris, digéré et intégré de ses idoles. Ransome a écrit "Going to Decatur". Il a recours au bottleneck pour donner une sonorité très country blues à l’ensemble, pendant que le piano Paul Linden roule. La reprise du "Mother in law blues" de Don Robey est un autre point fort de l’elpee. Toute la machine est bien huilée pour cette adaptation en Texas shuffle, au cours de laquelle la guitare de Jim se veut conquérante alors que l’harmonica se réserve un envol royal. Dave Roth revient chanter de sa voix autoritaire son "Cut you down". Un tout bon blues enrichi de cuivres, balayé par l’orgue et émaillé d’un solo déjanté de Ransome sur ses cordes. De bonne facture, cette plaque s’achève par une version du célèbre "Pink Panther" de Mancini, mieux connue pour avoir servi de bande sonore à la fameuse panthère rose. Pour la circonstance Norm Ficke se réserve le saxophone et Eddie Tigner (NDR : un invité !) le Wurlitzer.

Francoiz Breut

Une saison volée

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5 ans se sont écoulés déjà depuis la sortie de « Vingt à trente mille jours », précédent opus de la charmante Françoiz Breut. C’est dire si ce disque ainsi que son prédécesseur se sont tranquillement installés dans les c(h)oeurs. C’est donc peu dire également de l’excitation entourant cette « Saison volée ». Rassurons d’emblée les fans et les autres, cet album reste dans la lignée du travail de la Nantaise : autrement dit de la bombe bébé. Autant le début de carrière de la chanteuse se plaçait sous le signe de la connivence et de l’exclusivité artistique, autant aujourd’hui, on frise l’orgie. Autour d’un trio plus ou moins fixe de musiciens, pas moins d’une dizaine d’artistes d’horizons divers collaborent aujourd’hui avec Breut. Tous se sont donnés ‘rendez-vous’ pour cet heureux événement que représente un nouvel album, et nous allons le voir, le bébé se porte plutôt bien, merci pour lui. Dès l’intro, le sentiment d’être sur le point d’entendre un très bon disque pointe le bout de son nez. Impression d’emblée confirmée par le très rock « La certitude » sorti tout droit du très bon Jérôme Minière (3 albums, tous recommandables, 2 chez le défunt label Lithium et La Tribu). Même si la patte de Minière imprime profondément ce titre, Breut griffe l’univers du français exilé depuis belle lurette au Québec. Se distingue également sur ce titre, le backing band de Françoiz, s’inscrivant en une trinité cohérente et fraternelle : Luc Rambo aux claviers (vu chez Dominique A), Boris Gronemberger (vu chez les belges de Raymondo et de Grandpiano) et enfin Sacha Toorop (vu chez Zop Hop Hop). Cette mise en bouche terminée, le premier duo en anglais commence. Acoquinée de Joey Burns, Breut trouve dans ‘le joyeux trublion’ de Calexico un duettiste tout en nuance et harmonie. Composé par un des frères Düne (du groupe Herman Düne), « Over all » annonce la couleur : album quadrilingue (français, anglais, espagnol et italien), « Une saison volée » est placé sous le signe de la diversité culturelle et d’une certaine manière, du déracinement. A peine le temps de traverser l’Atlantique que la calanque marseillaise nous frappe de sa chaleur migraineuse et éclatante. Dans la pure lignée des rythmes ‘breutiens’, « Le ravin » et sa thématique amoureuse nous ramènent à la dure réalité de certaines relations humaines. Signé par Deziel, groupe de là-bas dit, « Le ravin » sonne, en moins de trois minutes, le retour de la Françoiz que l’on connaît déjà. S’ensuit une autre franche réussite, issue de la plume de Frederico Pellegrini (Little Rabbits) ou le duo féminin de l’année. Dédoublée par Sandrine Collard (une des voix de la radio belge), Breut livre une étonnante ode maniaco-schizo-désabusée à l’amour. Et 10 secondes de bonheur : les Gilles de Binche à la maison. En route pour la joyeuse Italie made by Fabio Viscogliosi (Married Monk), le beau temps avant la pluie du « Km 83 » de Dominique A. Un goût unique du voyage. Interlude : Françoiz fredonne seule dans la rue. Et c’est reparti pour un tour. Minière remet le couvert. Philippe Poirier abandonne Dani et Rodolphe Burger (Kat Onoma) et emmène Françoiz dans « La boîte de nuit », l’anti « Twenty-two bar ». Anglaise puis espagnole, le jour se lève et ces vieux briscards de Frank et Jean (vus chez le suicidé Mike Brant) surprennent Françoiz au saut du lit. Mais l’incontournable Dominique veille et aura quand même le dernier mot.

Bright Eyes

I´m Wide Awake It´s Morning / Digital Ash In A Digital Urn

Petit homme prolixe et volubile, Conor Oberst sort deux albums d’un coup: l’un country-americana (« I’m Wide… »), l’autre électro-pop-new wave (« Digital… »). A son âge (une vingtaine d’années) c’est quasi un exploit, d’autant que dans les deux cas on peut a priori parler d’étonnante réussite. Si « Digital… » pêche parfois par nonchalance, « I’m Wide Awake… » impressionne par sa maturité : on pense à Bob Dylan en pleine goguenardise sixties, voire à un Will Oldham qui viendrait de muer, les culottes courtes rangées pour de bon dans le placard. Même Emmylou Harris, grande prêtresse country devant l’éternel, a répondu présente à l’appel : son chant si doux illumine l’écriture d’Oberst, sur trois titres de l’album. Jim James de My Morning Jacket s’occupe lui des chœurs sur « At The Bottom Of Everything » (chair de poule), et l’on prie pour que jamais ça ne s’arrête. La pedal steel et les cuivres ? Ils sont forcément là, et pas las : jamais chez Bright Eyes on ne s’ennuie, parce qu’Oberst vient de la pop et qu’il sait trousser d’impeccables gimmicks. C’est surtout décelable sur « Digital Ash… », son exercice new wave : avec des titres comme « Gold Mine Gutted » ou « Take It Easy (Love Nothing) », Conor Oberst joue son petit prince de la pop à synthés. Plus anecdotique parce que moins émouvant, « Digital Ash… » aurait sans doute pu faire un bon EP. Sur la longueur ça tanne, au contraire de son pendant country. Une question de goût sans doute, mais chez Bright Eyes y en a pour tout le monde. Vous en reprendrez bien une louche ?

Broken Social Scene

Broken Social Scene

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Séduit par leur dernier opus (« You forgot it in people »), paru en 2004, et surtout fasciné par leur prestation scénique accordé en juin denier au Botanique de Bruxelles, j’attendais impatiemment la sortie du nouvel album de Broken Social Scene. Un disque éponyme pour lequel ils ont encore enrichi leur line up. 17 musiciens ont ainsi participé à l’enregistrement de cet elpee. Qui m’a franchement déçu. En fait, le groupe (et surtout le producteur David Newfeld) semble avoir perdu la formule magique qui lui permettait de trouver le parfait équilibre entre arrangements et instrumentation. Parfois on n’est même plus très loin de la cacophonie. Newfeld n’est sans doute pas le seul responsable ; puisque Brendan Canning et Kevin Drew, les têtes pensantes du collectif canadien, ont participé activement à la mise en forme. Et pourtant sur la plupart des compos de cette plaque, la recette est presque identique : une pop orchestrale qui oscille du folk au post rock. Et raffinée par les vocaux limpides de Kevin ou de Brendan que vient soutenir régulièrement Leslie Feist. Le rapper KOS apporte même ses rimes crépusculaires sur le single « Windsurfing nation » (NDR : qui aurait dû être le titre de l’elpee). Il y a bien l’une ou l’autre compo mid tempo, vaporeuse, réminiscente du krautrock de Can (le faussement idyllique « Major label debut » et l’atmosphérique « Bandwithch »). Ou encore les 10 minutes du final « It’s all gonna break », dont le début campe une mélodie qui aurait pu relever du répertoire de Nada Surf. Et qui s’achève dans un semi psychédélisme, semi krautrock de très bonne facture. Mais le reste ressemble à une immense jam au sein de laquelle tout le monde essaie de tirer son épingle du jeu. En n’y parvenant que trop rarement. Une solution ? Refiler les bandes à un producteur externe. Et le résultat risque d’être d’une toute autre trempe…

Broken Spindles

Inside/Absent

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« Inside/Absent » constitue le troisième opus solo de Joel Petersen (bassiste de la formation punk gothique The Faint). Ecrit lors d’une tournée, ce disque de brève durée (26 minutes) oscille entre des comptines inquiétantes jouées au piano et des chansons plus électro-rock emmenées par la voix un peu limitée de Joel qui nous conte, par le menu, ses affres existentiels et ses doutes. Une œuvre un peu terne qui souffre d’un manque manifeste de finition, tant au niveau de la composition qu’au niveau de la production. Entendons-nous bien, l’homme possède un talent manifeste et certains morceaux semblent prometteurs (« The distance is nearsighted ») mais on a du mal à entrer dans l’univers désespéré de Broken Spindles. Allez Joel, écoute un peu de reggae, essaye de terminer tes disques avant de les sortir et tout ira beaucoup mieux !

Bronco Busters

Pulse racing

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Malgré leur jeune âge, les trois jolies (bon d’accord, celle du milieu est plutôt moche) Norvégiennes dont la photo orne la pochette de « Pulse racing » font du rock’n’roll depuis dix ans. Cet elpee de brève durée (10 morceaux enfilés en 25 minutes) et au son très brut propose des chouettes mélodies à la Ramones rehaussées par les voix charmantes de nos donzelles nordiques. Aux morceaux plus rock’n’roll (et convenus) comme « Mama Don’t Like » on préféra les petits bijoux pop punk que sont « One More Reason To Go », « Pagan Baby Blues », « Not Easy Going » ou encore « Kind To You ». Des mélodies directes et touchantes qui donnent à cette œuvre un charme auquel il est difficile de résister. A découvrir donc, surtout pour ceux qui ne se sont pas remis de la fin des Breeders.

Brother JT

Off Blue

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Et de quatorze pour Brother JT ! Quatorze disques restés dans des zones obscures et sombres, belles et inexplorées. La vie de John Alan Terlesky alias Brother JT ressemble à s'y méprendre à celle d'Harvey Pekar, l'intrépide protagoniste névrosé du film American Splendor. Ces deux hommes ont d'indéniables points communs. Seule différence notable : l'un s'épanouit à travers la musique, l'autre par la bande dessinée. Pour le reste, ils sont de véritables anti-héros. Le genre de gars à choisir leurs vies minables pour thème central de leurs aventures artistiques. "Off Blue", le nouvel album de Brother JT, a été enregistré au beau milieu de sa salle à manger, entre un burger et un verre de lait. Seul à la guitare, ce respectable phénomène de la scène underground américaine (des années 80 aux années 90, c'est au sein de son groupe, The Original Sins, que Telersky s'est frayé un chemin aux côtés de formations emblématiques telles que Mudhoney, Make-Up, Royal Trux ou Oneida) s'est reconverti à l'americana par l'entremise d'un folk précieux et nécessaire. Pour écrire ces douze complaintes, Brother JT doit forcément vivre en reclus, loin des tumultes de toute civilisation. On l'imagine paumé ("Father's Eyes") mais heureux ("Lovely Though It is") à gratter sa guitare, le sourire en coin, un affreux pull-over en laine de brebis sur le dos. Notre homme présente tous les stigmates du vrai ‘nerd’, le type même du ringard persuadé du bien-fondé de son entreprise musicale. Finalement, il n'a pas tort. Car sans le savoir, il s'approche de l'univers feutré de ses contemporains : Alfie, Badly Drawn Boy et Rivers Cuomo ne sont d'ailleurs plus très loin de cette splendeur américaine…