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Stars As Eyes

Loud New Shit

Ce " Loud New Shit ", s'il porte bien son titre, n'est pas un nouvel album du duo Ferrari/Four, juste un EP de quatre nouveaux titres et de huit remixes, tous issus des sessions d'" Enemy of Fun ". L'ennemi, ici, serait la redite, le confort d'écoute souvent synonyme de médiocrité : en quatre titres, Star As Eyes réinvente la pop à coup d'électro savante et de post-rock vintage, comme si Broadcast, Can et Plaid se chamaillaient leur place à bord de la soucoupe qui les conduirait jusqu'à Mars. Une fois dans l'espace, il ne reste plus qu'à éviter les astéroïdes (les déflagrations soudaines de " Guardian of Cemeteries ") et les trous noirs, puis atterrir sans embrouilles sur le sol meuble de la planète rouge. Il paraît qu'il y aurait de la vie sur Mars : des robots qui sautillent (" Falling " et son gimmick elektroklash) ? De gentils bonshommes verts aux yeux lampes de poche (l'orbitalien " Ok Grades ") ? D'étranges créatures à la figure d'ange (" Resistance Days " remixé par Mum) ? De jolis poltergeists venus en amis, d'un calme olympien (" Time Dilation " de Main, ambient et serein) ? Le mystère reste entier, mais vaudrait la peine d'être élucidé. C'est cela qu'on ressent à l'écoute de Stars As Eyes, et c'est étourdissant.

Steels

Brainspotting

Du néant surgit un écho lointain, insupportable, comme si le Monolithe noir du " 2001 " de Kubrick entrait en résonance avec notre esprit. Déjà tourmentés, nos tympans appréhendent la suite. Puis tout d'un coup, comme frappés par la foudre, une décharge pesante de riffs métalliques nous cloue face contre terre, les mains sur les oreilles. De ces guitares en furie, de cette batterie pesante, nos sens en déroute goûtent la violence, sournoise mais libératrice. Des cris se font rapidement entendre (" Drunk Dragon "), étouffés par une chape ‘bruitiste’ à la limite de l'audible. La structure rythmique se fait presque wagnérienne, c'est dire… Le trouillomètre à zéro, on se demande qui se cache derrière cette musique de l'Apocalypse, et tout le tremblement. Mogwai ? La petite bête est surprise la queue entre les jambes. Neurosis ? Sûr que nos nerfs sont en pelote. Mais l'orage qui grondait au-dessus de nos têtes finit par s'estomper (" Missing "), jusqu'à l'apparition miracle d'une voix câline (" Free Head "). Pas pour longtemps. De cette accalmie, on n'aura profité que quelques instants, comme d'une éclaircie cachant la tempête : à la fin de " Free Head ", puis sur " Dirty Old Mine ", ça repart en trombe, de bruit et de fureur. Les Walkyries qu'on vous disait : justement, sur " 9 Club (zéro X) ", une chanteuse d'opéra mime le Jugement Dernier. Un synthé cold wave sauve la mélodie d'un aller simple au purgatoire. Coincés en ce bas monde, il ne nous reste plus qu'à subir cette musique terrifiante, comme un " brainstorming " sans appel. Steels, qu'ils s'appellent. Les instigateurs de cette débauche sonore dont on ressort complètement lessivé. Un nom à retenir, et une musique coriace qui fait du bien par où ça passe. Croix de bois croix de fer, si je mens je vais en enfer.

 

Steppin´ Out

Tomorrow today

Écrit par

" Tomorrow today " constitue le tout premier album de cette nouvelle formation germanique. "Meet me in the sky" ouvre le feu. Composée de Jürgen Bock à la basse et de Marcus Wickel à batterie, la section rythmique est solide. La guitare de Frank Pecher est largement amplifiée et son travail sur les pédales impressionne. Hugo W. Scholz chante d'une voix puissante rappelant un peu celle du leader de Steppenwolf, John Kay. Le rythme s'accélère sur "Nobody else but you". La démarche n'est ici pas étrangère au fameux groupe anglais Spooky Tooth. Souvenez-vous de leur hit "Sunshine help me", lorsque Mike Harrison était encore au chant. Mais Hugo tire parti de son harmonica. Avant d'empoigner son saxophone, Hugo chante avec autorité "Down to it", devant les chœurs du Quartet Momaghito. Il se dégage un solide parfum des ambiances d'autrefois, tout au long de cette ballade blues/rock nonchalante aux accents dramatiques. Mais la finale monte en puissance pour laisser éclater la guitare relativement hard de Frank. Plus roots, "Last goobye" est un autre titre indolent. Le chant est alangui. Frank joue d'une slide amplifiée, mais très laidback. Les dernières mesures de cette plage sont réservées à l'éclat de la trompette, du sax tenir et du sax baryton des Great Horns of Fire. L'introduction à l'harmonica de "What kinda land is this" est imprimée sur un tempo rapide, proche du style West Coast. Mais soudain, un cri assez complexe, jazzifiant et combien efficace, déchire l'univers sonore. Celui d'un saxophone soprano que l'initié reconnaît sans peine. Il appartient à Dick Heckstall-Smith qui fait ici une première apparition. Ce sexagénaire anglais a tout connu des aventures du british blues et du british jazz. Son intervention donne un coup de fouet à l'ami Scholz qui nous gratifie d'un brillant solo à l'harmonica. Nonobstant son timbre éraillé, la voix de Hugo est remarquable. Elle démontre toute l'étendue de son registre tout au long d'"I thought it was you", une plage qui s'ébroue avec pas ou peu de rythme, mais qui monte en puissance dès l'arrivée de l'orgue d'Udo Krüger. "Darling miss nowhere" est une ballade flegmatique dont la jolie ligne mélodique est tissée par le piano d'Andreas Vireck. Introduit par l'harmo à Scholz, "Your mama is your mama" est un nouveau blues, mais à la trame funky. Au beau milieu de ce titre, Dick Heckstall-Smith revient guerroyer avec l'harmonica. Un très intéressant échange entre les deux instruments s'installe, avant que le sax de Dick ne se mette à aboyer d'allégresse. Marqué par la voix brûlante du vocaliste qui ponctue son chant de courtes phrases à l'harmonica chromatique, "Somebody's got to go" est un blues relativement calme. "Tomorrow today" démarre sur un rythme bien enlevé. Les instruments sont bien en place. La guitare de Pecher dessine des arabesques dans le décor. Hugo calque à nouveau son chant sur celui de Mike Harrison. La guitare s'autorise des exercices de style que n’aurait pas reniés le Richie Blackmore des débuts de Deep Purple. La ballade lente est une spécialité de Steppin' Out. Elle se prête idéalement aux qualités vocales de son leader. Il en fait la parfaite démonstration tout au long d'"It's alright", un fragment dont l'atmosphère 'Stax' est entretenue par les Great Horns of Fire et l'orgue d'Udo Krüger. "Steppin' out shoes" porte enfin les accents du Delta. Passé l'intro à la slide électrique, tous les instruments font front derrière le chanteur. Et lorsque la slide s'échappe, puis que l'harmonica décide de sortir à son tour, le morceau se mue et s'achève en boogie du meilleur cru. Tout bon! "My friend", la dernière plage, est une chanson intimiste. Vous l'aurez deviné, " Tomorrow today " n'est pas un album de blues contemporain. Reposant sur une rythmique assez lourde et soutenu par des guitares qui appartiennent à la génération rock, son approche me rappelle certains groupes anglais de la grande époque. Et personnellement, j'apprécie le style.

Stereophonics

You gotta go there to come back

Écrit par

Si vous vous fiez à la première chanson de ce disque, votre jugement risque fort d'être faussé. En effet, la voix rauque de Kelly Jones, plaquée sur des guitares légèrement métal, vous donnera l'impression d'être en présence d'un groupe issu des années 80, proche des Scorpions. Cette petite touche nostalgique et désuète n'a d'ailleurs rien de désagréable. Cependant, il faut attendre le tube "Maybe tomorrow", pour voir le dernier opus des Sterephonics prendre toute son ampleur. Car ces ballades tantôt teintées de blues, frôlant parfois un rythme country à peine mis en valeur (notamment sur "You stole my money honey"), s'écoutent vraiment facilement. En fait, tout l'intérêt de "You gotta go there to come back" procède d'une grande variété musicale. On oscille ainsi d'une pop rappelant presque les Beatles à des slows très prononcés ("Rainbows and pots of gold"), en passant par des intros à la guitare plus acérées, mais aussi des claviers très mélodieux. Cet ensemble de ballades et de très bons morceaux sculptés dans le rock plaira plus que probablement à un peu tout le monde. D'ailleurs, s'il existe un seul reproche à adresser au groupe, c'est sans doute le côté un peu simpliste de leur musique ! M'enfin, "Rainbows and pots of gold" vous aidera sûrement à conquérir la voisine du dessous. Elle ne résistera pas à venir vous demander qui chante cette superbe chanson dont vous aurez pris soin d'augmenter le volume ! Un disque très agréable, aux intonations parfois quelque peu désuètes, mais que l'on aura plaisir à accompagner d'un repas entre amis !

 

Strix

Balançoire

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Les quatre musiciens de Strix ont reçu une formation professionnelle en jazz ou en classique, dans des institutions aussi réputées que l'Arpej, le CNSM de Paris ou encore le MAI à Nancy. Et cela s'entend. Tout en essayant de développer leur propre style, ils reconnaissent avoir été influencés par les Pixies, Gainsbourg, Tool et Radiohead. C'est beaucoup moins évident. Radiohead, peut-être. Ou plus exactement Muse. A cause des flambées d'électricité dévastatrices. Non pas permanentes, mais dispensées judicieusement. A l'instar de l'excellent titre maître et de l'énigmatique " Eclat ". Et puis des inflexions de la voix de Blaise. Fort proches d'un Matthew Bellamy. Fort proches, mais dont le timbre éprouve les pires difficultés à monter d'un registre. Heureusement, sur les deux meilleurs titres de cet Ep, il a la bonne idée de passer en falsetto. Et lorsqu'il est soutenu par les chœurs des autres musiciens, le résultat est encore plus probant. Malheureusement, sur les trois autres fragments son exercice de style passe mal la rampe. Et en particulier sur " Mon être explore ". Il y tutoie même feu Daniel Balavoine (NDR : décidément on est en pleine nécrologie…) Et nonobstant les sonorités cristallines de la guitare dispensées tout au long d'" Attention ", ainsi que ce funk blanc fort bien balancé chez " Solution 2 ", le constat est identique. Pourtant, la solution coule de source…

Stupeflip

Stupeflip

Ce disque doit être écouté : 1) soit avec toute la circonspection que provoque ce genre de pochades à la Billy Ze Kick, 2) soit avec les oreilles (d'âne) de quelqu'un qui aime le millième degré, l'humour potache et les hymnes bière-beu-branlette. Stupeflip est composé de King Ju, Mc Salo et Stef Cadillac, trois zigotos fans de hip hop vicieux, de punk attardé et de chanson française détournée.

A voir leur tronche (c'est Mardi Gras) : 1) soit il faut prier pour le salut de leur âme, 2) soit on en rit, en trinquant à la santé des Residents et des Bérus, vieux briscards déjantés de la cause carnavalesque, et sans doute modèles de ces Stupeflip farceurs. Les paroles, elles, sont aussi très cocasses : ode à la fumette (" Je fume pu d'shit ", tordant) ou son contraire (" J'refume du shit "), pastiche des Enfoirés (" Comme les zot' ", ou comment singer toutes les stars variet' avec drôlerie), dégommage bureaucratique (" A bas la hiérarchie ", à faire écouter à son boss), sans parler de ces intermèdes bien barrés sur l'histoire du Crou (= du groupe). D'accord…

Mais : 1) c'est ridicule et poussif, stop eject, ou alors : 2) on le prend à la légère, de quoi passer un bon moment à délirer sur des textes certes très lourds, mais inventifs. Justement, Stupeflip aime à répéter qu'il fait de la zique " pour terroriser la population, et par là même instaurer une nouvelle ère, l'ère du Stup "…

Conclusion : 1) ces mecs se la pètent, avec leur musique de gaudriole pour attardés mentaux. 2) En 62 minutes, Stupeflip s'invente un univers déconnant, mais en fin de compte pas si crétin : ces personnages (le Crou, Mangu, Pop Hip, etc), cet espace-temps (l'ère du Stup, la Région Sud) révèlent de véritables esprits tourmentés, qui niquent bien le système.

Bémol : Stupeflip est chez BMG, major omnipotente : 1) toute cette histoire grotesque n'est que marketing bien huilé. 2) C'est en infiltrant le système qu'on peut mieux le pourrir, de l'intérieur : loin d'eux l'idée de canular (explications données avec " L.E.C.R.O.U. ").

Bref, vous l'aurez compris : Stupeflip, keskecèkcetruc ? 1) Une daube à oublier au plus vite. 2) " Un truc stupéfiant, qui t'prend aux tripes et t'bousille l'estomac " !

 

Stuurbaard Bakkebaard

Mercedes

" Chuck ! ", le premier album de ce trio hollandais (guitare-contrebasse-batterie), nous avait bluffés lors de sa sortie il y a un an. Pour ce " Mercedes " à la carrosserie bien lustrée et au moteur rutilant, Stuurbaard Bakkebaard a troqué son baril de super contre de l'essence sans plomb : plus calme mais aussi plus abouti, " Mercedes " émeut davantage à défaut d'encore surprendre. Les influences, de Tom Waits (" Clutch ") à Captain Beefhaert (" Earl's Room "), sont toujours au programme, mais sans imposer cette fois trop leur empreinte. Stuurbaard Bakkebaard n'est plus tellement le " groupe comme ", et c'est tant mieux : on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Entre ambiances de cabaret à la Fassbinder (" Fabrique ") et ténèbres étouffantes (" Brown " et ses riffs hard seventies), ce " Mercedes " de luxe devrait permettre au trio de rouler plein tube(s) sur les autoroutes musicales de Flandres, de Zélande et d'ailleurs.

Subsonics

A lot to forget

Écrit par

La pochette affichée sur la page de présentation n'est pas celle de l'album paru en Europe, mais bien aux States. Tout simplement parce qu'elle a été censurée. Faut pas vous expliquer pourquoi. " A lot to forget " constitue le cinquième album de ce quatuor issu d'Atlanta ; et leur dernier, remonte quand même à 1998. Depuis le boom de la scène garage aux States (NDR : pensez aux Strokes, aux White Stripes et à Radio 4), les Subsonics sont dans l'air du temps. Sans l'avoir fait exprès, puisqu'ils pratiquent ce style depuis plus de dix ans. Ils s'inspirent manifestement des Voivoids, du Velvet Underground et des Modern Lovers (NDR : les Modern Lovers auquel le chanteur, Clay Reed, emprunte régulièrement les inflexions chevrotantes). Et accessoirement de Television, Buddy Holly, Bo Diddley, Wilson Picket, Ike & Tina Turner et Little Richard. Ce qui devrait vous permettre de vous faire une idée du style pratiqué par la formation. Un style tonique, âpre, obstiné, sensuel, nonchalant et déconcertant entretenu par des guitares enivrantes et claudicantes. Et alimenté par des lyrics qui charrient des histoires glauques sur les amours cruelles, les trahisons, la vengeance et la solitude. Sombre et réjouissant, quoi !

Jim Suhler

Starvation box

Écrit par

Ce talentueux guitariste vit aujourd'hui au Texas. A Dallas, très exactement. Découvert voici quelques années par George Thorogood, il jouit d'une excellente réputation aussi bien dans l'univers du rock que du blues. Avant de driver ses Monkey Beat, il a sévi chez les Destroyers de l'homme du Delaware. Flanqué de son nouveau groupe, il a déjà commis trois albums pour le label Lucky 7 : "Radio Mojo" en 1993, "Shake" en 95, et "Bad Juju" en 2001. Enfin, il s'est également réservé un album de roots acoustique, "Dirt road", paru fin d'année dernière. Pour enregistrer " Starvation box " il a pu compter sur la participation de Carlton Powell à la basse et de Paul Hollis à la batterie. Sous-titré "The best of Jim Suhler & Monkey Beat", cette œuvre réunit onze plages déjà parues et six inédits datant de 1993 à 2001.

Le recueil s'ouvre par "When were you when the lights went out?". Un rocker âpre issu du premier elpee, "Radio Mojo". "Ain't comin' home tonight" et la plage titulaire émargent à la même enseigne. Issu de "Shake", on retrouve tout d'abord "Snake hips". Une plage funky, partagée entre un accordéon et une slide, réminiscente de Lowell George ( Little Feat). "Little boy blues", ensuite. Un bon slow blues électrique composé par Robert Johnson. "Snake bit" également. Tramé sur un riff électrique, ce fragment rappelle tantôt Free, tantôt les Rolling Stones. Et bien sûr, le morceau qui donne le nom à l'opus. "Bad Juju" concède "Deja Blue", un track qui baigne dans une ambiance tex mex. "Prayin' for rain", ensuite. Très lente et émouvante, cette composition nous replonge dans l'univers du "Sticky fingers" des Stones. Et de cet opus, on a encore droit à "Shotgun shack" et à "Chupacabra", une compo qui transpire une ambiance funky mexicaine. Passons aux plages inédites. "Blame it on love". Ce blues rock et chanté d'une voix calme. Pourtant, la guitare parvient encore à y décoller, mais sans le moindre excès. La reprise du "U gotta move" d'Elmore James. Une cover découpée par une slide au caractère métallique. Le titre maître. Imprimé sur un tempo basique, ce blues lent véhicule des accents volontiers dramatiques ; une impression accentuée par la slide réverbérée. "Love ain't enough". Une ballade douce caressée par une guitare acoustique. Le rock'n roll "Don't stand still". Et enfin pour se faire plaisir, une adaptation impeccable du "Lonesome dog blues de "Lightnin' Hopkins. Une version qui démontre que non seulement Jim Suhler demeure un excellent bluesman, mais qu'il est aussi capable d'exacerber sa sensibilité. Pour votre information sachez que les parties de claviers et d'accordéon ont été accomplies par Tim Alexander. Si vous souhaitez pénétrer dans le monde de Jim Suhler sans trop de difficulté, et que vous ne possédez pas les elpees de Monkey Beat, " Starvation box " est un tremplin idéal. Par contre, si vous êtres un fan inconditionnel, vous devrez vous payer cette collection. A cause des inédits, bien sûr. Et si vous l'ignoriez encore, Jim Suhler vient de tourner en Europe…

 

Jim Suhler

Dirt road

Écrit par

Basé à Dallas, Jim Suhler est surtout connu pour son jeu de slide furieux. Un chanteur guitariste texan qui fut découvert naguère par George Thorogood. Il l'entraîna d'ailleurs, à une certaine époque, au sein de ses Destroyers. Jim est aujourd'hui le leader d'un trio bien électrique : Monkey Beat. Pourtant, cet opus évolue à des années-lumière du style pratiqué par son groupe. Il s'agit même d'un album essentiellement acoustique qui nous permet de découvrir une autre facette de cet artiste!

L'album s'ouvre par "Swamp call". Tourné en direct des swamps, la bande sonore de ce court-métrage implique croassements de grenouilles et autres crapauds ! "Holly ridge" est une courte plage instrumentale. Très douce, elle est partagée entre la guitare de Suhler, qui adopte ici le son métallique d'un banjo, et le piano de Carlton Powell. "Country girl" est une bien jolie ballade. Particulièrement country, vous vous en doutez, elle respire la joie et le bonheur de vivre en Louisiane. Jim joue de la National steel. Tim Alexander de l'accordéon. Et Tom Morrell la steel guitar. Cette même saveur country, alimentée par la guitare acoustique, la national et la mandoline, est reproduite tout au long de "Walking on the water". La joie de jouer et de partager sa musique est communicative. A l'instar de "Texas Easy street". Une plage écrite par Henry Thomas, la mandoline en bandoulière. "Church bell blues" est issue de la plume de Leroy Carr. Le piano de Tim Alexander est donc de rigueur. Très proche des vieux 78 tours de Leroy Carr et Scrapper Blackwell, le son du duo est très authentique. Particulièrement roots, cet opus nous offre une autre tranche de bonheur : "Shake hands with the blues". L'interprétation partagée entre Jim, Carlton Powell (qui est aussi le bassiste de Monkey Beat) et le vieil harmoniciste noir Sam Myers, et belle à pleurer. Jim Suhler démontre régulièrement son talent de musicien. Il joue de la slide pour accompagner son chant sur le fameux "Dallas" de Johnny Winter. En solitaire, sur sa national steel. Signé Mance Lipscomb et traversé par l'accordéon d'Alexander, "Spanish Flagdang" concède des accents hispaniques et celtiques. Plage instrumentale, "My morning prayer" constitue un parcours au cœur de l'Amérique profonde. La guitare acoustique se détache de l'environnement créé par l'orgue Hammond B3. Le tour du monde peut commencer. "Out on the western plain" nous transporte, tout d'abord, vers les grandes dunes des déserts d'Arabie. Buddy Mohmed y joue de la double basse et Jamal Mohammed du doumbek. Retour dans le Delta pour chanter "High cotton". Limpide ! "Tryin' to get back home" est épaulé par le washboard de Powell. "Lauri", par la steel guitare de Morrell. Une courte plage paisible. Ce superbe album se termine par "Dust devil", une composition hyper speedée, rehaussée par une voix rockabilly. Un album à ne pas manquer !

Suicide

American Supreme

Écrit par

Fondé en 1970, Suicide pratiquait à l'origine un rock largement avant-gardiste inspiré à la fois par les Stooges et le Velvet Underground. Progressivement, le groupe va se débarrasser de toute l'instrumentation basique, congédiant même le guitariste, pour se résumer à un duo chant-synthétiseur : soit Alan Vega et Martin Rev, dont la formule délibérément monotone et répétitive va devenir une marque de fabrique. Le tout entretenu par des concerts dévastateurs, émaillé de multiples affrontements, se soldant parfois par un véritable carnage. A un tel point qu'à une certaine époque, plus aucun organisateur ne voulait les engager. Face à un tel mélange de malaise, de stupeur, d'hostilité et de révolte, on ne peut que penser à l'esprit punk qui a hanté les Sex Pistols, quelques années plus tard. A force de traîner une réputation aussi sulfureuse, le groupe a fini par se séparer. Pour réapparaître sporadiquement. Le temps d'enregistrer l'un ou l'autre album ou d'accorder l'un ou l'autre concert (NDR : davantage tempérés, vous vous en doutez). Curieusement, c'est en solitaire qu'Alan Vega va décrocher son plus gros succès : " Jukebox baby ". En 1980/81. Il commettra également quelques albums, souvent très proches du rockabilly. Tout comme Martin, mais dans un registre beaucoup plus expérimental. En 1997, sur l'initiative du label Blast First, le duo s'est à nouveau réuni. Pour se produire à Londres et à collaborer avec Pan Sonic. Une tournée aux States et en Europe plus tard, de nouvelles chansons avaient été composées et le groupe a alors manifesté le désir d'enregistrer ce nouvel album. Il concrétisera ce souhait en 2001, sous la houlette de Perkin Barnes. A New-York Là où ils sont considérés comme les pères de l'electroclash. La voix d'Alan Vega n'a jamais été aussi proche de celle de Kevin Coyne. Monologuant sur de longues plages qui oscillent du funk à la techno, en passant par le post-industriel et la house. De très longues plages, qui au fil de l'écoute, finissent par lasser. Et vous poussent à zapper. Dommage, car cette solution sonore qui se veut urbaine, pose des réflexions sur les States et ses valeurs, dénonçant les dérives du succès, du néo-libéralisme et de la société de consommation. L'éternelle remise en question du rêve américain, quoi. L'édition limitée comprend un second disque. Un 'live' immortalisé au 'Garage' de Londres en 1988, à l'occasion du 20ème anniversaire de Suicide. On y retrouve les classiques du tandem, dont une version décalée du fameux " Juke Box Baby " et un inédit (" White man ") ; mais rien de vraiment transcendant…

Summer Factory

A Bad Workman Blames His Tools

Formé à Lille en 1995 et depuis émigré à Bordeaux, Summer Factory sort un nouvel EP frais et tapageur, après un premier album remarqué (" Put Yours Clothes Back On ! ") il y a presque deux ans. Toujours dans une lignée psyché-pop sans complexes, entre Beck, Lou Reed (la voix) et Harpers Bizarre, les cinq Français de Summer Factory confirment leurs talents de (garçons de plage) mélomanes, qui auraient troqué leurs matelas pneumatiques contre le " Sunflower " des Beach Boys " et le dernier Super Furry Animals. En faisant la part belle aux guitares surf et aux " bonnes vibrations " d'un theremin bavard, ce mini-album huit titres s'avère parfait comme compagnon de vacances. Sous le soleil, exactement.

Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band

This Is Our Punk-Rock, Thee Rusted Satellites Gather + Sing

Thee Silver Mt. Zion, c'est Godspeed You ! Black Emperor en comité restreint, genre musique de chambre : un trio (piano, basse, violon), qui pour son deuxième album s'était déjà adjoint les services de deux batteurs et de guitaristes (le Tra-La-La Band), et qui cette fois se paie le luxe d'une vraie chorale, le Thee Rusted Satellite Choir. Au menu, toujours cet équilibre savamment orchestré entre montées d'adrénalines et baisse de tension, les voix opératiques en plus. Pour le fan de la nébuleuse Constellation, ces crescendo/diminuendo donneront toujours autant la chair de poule, surtout écoutés à plein tube les bras en l'air, tel Moïse ouvrant la Mer Rouge. En quatre pièces de facture presque wagnérienne, les Canadiens nous refont donc le coup du truc cyclothymique, rythmé par d'innombrables coups de tonnerre (les batteries), de théâtre et de sang, et striés d'éclairs acoustiques (les pluies de cordes). La chorale s'en donne à cœur joie, du registre médiéval (le morceau d'ouverture) aux canons, même si l'effet se retrouve souvent noyé dans le déluge sonore qu'Efrim et ses potes affectionnent. Mais combien de temps encore GY !BE (et affiliés) parviendront-ils à nous surprendre ? A force d'user la formule jusqu'à la… corde, nos Canadiens risquent un jour de tourner en rond, et de se voir traités de pompiers. Pas cool pour des types habitués à souffler sur les braises du post-rock le plus… incandescent.

 

Simply Red

Home

Écrit par

Le plus difficile pour un artiste ou un groupe est peut-être de varier les plaisirs et le style. Mais sans demander à Marilyn Manson de faire du Bob Marley, on peut aimer être surpris par des musiques qui ne ressemblent pas, à-priori, aux habitudes musicales de l'artiste, et qui font toute la richesse d'un CD. N'en faites donc pas la demande à Simply Red, qui, franchement, n'arrive pas à se renouveler. Au tout début de l'histoire de Simply Red, il était une voix un peu originale qui promettait un bel avenir. Certes, la formation a du talent... mais ce n'est pas nouveau ; les mélodies sont belles …mais ce n'est pas nouveau ; Mick Hucknall a toujours une voix à couper le souffle…mais ce n'est pas nouveau, non plus. Alors que penser de "Home" ? A première écoute, vraiment pas grand chose ; d'autant que le bât blesse dès qu'on se rend compte que les titres les plus percutants n'ont pas été écrits par Mick Hucknall. Et je pense tout particulièrement à la reprise de Bob Dylan " Positively 4th street " ou encore à " You make me feel brand new ", une chanson plutôt jolie, signée Thom Bell et Linda Creed, dans laquelle la voix d'Hucknall est pure, sonore. Pour le reste, ne boudons pas notre plaisir : l'opus est agréable à écouter et recèle quelques bons morceaux comme "Home" et "Sunrise". En fait, les fans ne seront ni vraiment déçus ni vraiment surpris, car cet elpee s'inscrit dans la lignée des autres. Vous y trouverez les tons parfois jazzy, parfois sexy, groove aussi… mais ce n'est pas nouveau ! Si vous ne connaissez que très peu Simply Red, procurez-vous plutôt les "Greatest hits" ; ils suffiront amplement à votre culture musicale. Pour conclure, à ne pas se renouveler, on finit par trouver que Simply Red pourrait devenir très vite kitsch ou servir comme fonds sonore pour "Les feux de l'amour". A croire que cette formule les rend sympathiques et leur permet de durer !

Simpulife

Keep in touch

Écrit par

C'est au cours de son séjour à Paris que Matt Richelson a eu l'envie de monter un groupe. Faut dire que ce New-Yorkais y a vécu six bons mois ; une période au cours de laquelle il s'est fort intéressé au jazz, à la world, à la musique classique (NDR : et au prog rock !). De retour aux States, il s'est mis en tête de concrétiser son projet, en privilégiant la simplicité, la mélodie et les grooves, à travers une nouvelle prise de conscience de la musique du monde… Mais ce n'est qu'après avoir rencontré Aaron Nevezie que son projet a commencé à prendre forme. L'engagement d'un bassiste claviériste (Jon Davis) et d'un drummer (Dave Mason) y a, bien évidemment, largement contribué…

" Keep in touch " constitue le résultat de leurs expérimentations. Un disque assez surprenant pour un groupe new-yorkais. En fait, si Simpulife était né à Chicago, il aurait fatalement atterri sur le label 'Thrill Jockey'. A l'instar de Sea & Cake, avec lesquels il partagent de nombreuses affinités. Volontairement ou involontairement, le débat reste ouvert. Une chose est sûre, la musique de Simpulife revisite la 'Canterbury School' des Caravan, Hatfield & The North et Robert Wyatt, avec un œil très contemporain. Harmonies vocales épousant les arpèges instrumentaux, claviers frémissants, rythmes syncopés ou hypnotiques (NDR : pour ne pas dire obsessionnels) alimentent l'essence même de la solution sonore. Mais c'est lorsque le quatuor s'évade dans le psychédélisme, qu'il se révèle le plus performant. A l'instar du final de l'elpee. Une compo remarquable dont la structure minimaliste, acoustique, brumeuse, évoque les grands excentriques que sont ou étaient, Nick Drake, Syd Barrett ou encore Kevin Ayers.

Sin Ropas

Trickboxes on the pony line

Écrit par

Chez cet ensemble chicagolais, on retrouve un membre du défunt et mésestimé Red Red Meat, Tim Hurley ainsi que sa compagne Danni Iosello. Un couple qui partage, en outre, la destinée de Califone. " Tick boxes on the pony line " constitue le deuxième album de Sin Ropas. Un disque découpé en 8 fragments. Huit plages que nous pourrions qualifier de psychédéliques dans le sens le plus large du terme. A cause de ce curieux cocktail sonore extatique, malsain, ombrageux, au sein duquel cohabitent des machines insolites responsables de bruitages, crachotements ou autres bourdonnements, des guitares acoustiques et électriques, de la basse, des percussions, des chœurs, et puis des synthés, boîtes à rythmes ou encore gadgets technologiques. Le tout ponctuellement traversé d'un violon, d'un dobro, d'un harmonium ou d'un banjo. Et cette mixture pose les jalons de mélodies versatiles, grinçantes, déchiquetées, languissantes, douloureuses, sur lesquelles navigue la voix gémissante, ravagée de Tim, dont le timbre oscille quelque part entre celui de Mark Lanegan, Will Johnson (Centro Matic, South San Gabriel) et de Kevin Weatherall (Immaculate Fools). Neil Young rencontre Wilco !

 

Sinner

There will be execution

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Sinner, groupe issu de la vague allemande des années 80, n'a pas inventé la poudre. Influencé par Accept et Judas Priest, il pratique un heavy métal des plus basiques, mais il le fait bien! Rappelons avant toute chose que Matt Sinner n'est autre que le fondateur de Primal Fear, autre représentant du metal teuton sans fioritures. On ne s'étonnera donc guère de ne pas trouver en "There will be execution" le moindre élément de finesse ou des plages interminables parsemées de breaks façon Dream Theater, mais bien des titres courts, carrés et tranchants. Pas moderne pour un sou, mais bourré de riffs cinglants, l'opus constitue un joli témoignage de ce qui se faisait de mieux en Allemagne à l'époque d'Helloween, Grave Digger et autre Running Wild. Le problème, c'est que cela ne passionne plus grand monde...

Sioen

See you naked

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L'an dernier, je vous avais chroniqué la démo de ce jeune auteur/compositeur/interprète gantois. Une démo qui laissait augurer un futur chargé de promesses. " See you naked " constitue son premier véritable album. Un disque pour lequel il a reçu, tout d'abord, le concours de Pieter-Jan De Smet à la production. Et puis de toute une série de musiciens de studio (guitariste, bassiste, drummer, etc.) ; sans oublier son fidèle violoniste Renaud Ghilbert. Ce qui est un profond changement, puisque sur cette fameuse démo, Sioen s'était limité au chant et au piano. Sur les 10 fragments de cet opus, seule la dernière plage, " Summertime ", opte pour le format minimaliste. Un peu comme pour rappeler que la structure de base de ses compositions repose sur ces deux principes. Et puis peut être également, et dans une moindre mesure, " Too good to be true " et " Souvenir ". Parce que la présence du violon est vraiment discrète. Ce sont d'ailleurs les chansons les plus mélancoliques de l'elpee. A la limite dramatiques. Des émotions très fortes qu'il parvient toujours à communiquer de son timbre légèrement rocailleux. Le reste de l'elpee se révèle beaucoup plus éclectique et même parfois surprenant. Mais toujours aussi mélodique. Depuis le titre maître, qui mêle habilement groove et chœurs, à l'excellent " Boom ! ", sur lequel une basse pulsante, un zeste de guitare torturée et le piano électrique de Sioen swinguent à la manière de chez Tortoise (NDR : mais avec le chant en plus), en passant par " Motorboat ", souligné d'arrangements 'motown', " Cruisin' ", fruit de la rencontre entre la rumba, le classique et le rythm'n blues, le 'dEusien' " Wild wild west ", " Shy ", valse conduite par un accordéon musette et une contrebasse, et le léger et allègre " Another ballad ". Et s'il manque encore un petit quelque chose à Sioen, il faut admettre qu'il est sur la bonne voie pour devenir une valeur sûre de la scène pop/rock belge (et pourquoi pas internationale). Suffit de lui laisser encore un peu le temps de mûrir…

Skin

Fleshwounds

Si certains regrettent toujours la fin prématurée de Skunk Anansie, qu'ils se rabattent sur le premier album solo de Skin. Posé et sincère, ce " Fleshwounds " n'a pourtant rien à voir avec le metal FM de " Selling Jesus ". Finies, donc, les hymnes féroces et les poses un peu fourbes : Skin est désormais plus chatte ronronnante que panthère rugissante. Ses griffes rétractées, la belle ne montre plus maintenant que des pattes de velours : sur " Fleshwounds ", on n'entend d'ailleurs presque plus de guitares. Sans doute se sentent-elles un peu gênées de troubler notre quiétude. La colère d'autrefois semble avoir disparu au profit d'une sérénité presque douteuse, tant la féline s'est assagie : à part sur " Listen to Yourself " et " Trashed ", plus aucune trace de ce passé houleux, de ces refrains gueulards qui montraient les dents. Il faudra donc se faire une raison, et jouer ce disque pendant les slows, non plus pendant les pogos. Désormais, Skin n'aura plus à crier pour se faire entendre : il lui suffit de murmurer (le très beau " 'Til Morning ")… David Kosten (alias Faultline) et Ben Christophers font (presque) tout le reste. Ces ornements délicats - un piano en sourdine, des beats feutrés, tout en subtilité - sont le point fort de " Fleshwounds "… Et bien sûr cette voix, toujours aussi puissante, mais cette fois davantage en nuances. Skin chante des histoires d'amour qui tournent mal, mais on pâtit. Grâce aux talents d'arrangeurs de Kosten et Christophers, la dame de pique du rock anglais s'est transformée en dame de cœur (" Faithfulness ", " You've Made Your Bed "). On n'en demandait pas tant.

 

Smith And Mighty

Life Is…

‘Visitez Bristol, sa plage, ses restos jamaïcains, ses sound-systems’. L'enseigne lumineuse clignote à l'entrée du port, où s'entassent des échoppes à la gloire du trip-hop : le " Blue Lines " de Massive Attack joue à fond sur un vieux pick-up relié à d'énormes enceintes, pendant que le vendeur tente de nous refiler ses T-shirts de Smith and Mighty, soldés depuis trois ans. C'est que les deux musiciens locaux, grands manitous d'un dub côtier qui fleure bon la ganja, n'ont jamais eu le succès qu'on leur prédisait : alors qu'ils étaient là avant tous les autres gamins du bled (Massive, Tricky, Roni Size), les deux compères experts en infusion ragga-électro-soul se sont fait damer le pion comme deux gros pigeons. Résultat des courses : ceux qui sont sans doute les vrais tutélaires d'un genre devenu jingle planétaire (le trip-hop) se sont retrouvés dans les bacs à ristourne du GB de Tamines. " Y a pas de justice dans ce monde ", scande le vendeur du vieux port, essayant vainement de vendre ses T-shirts du groupe à 2 euros pièce (" trois pour le prix de deux, avec un sticker du Wild Bunch en prime "). Heureusement pour lui (et pour nous), Smith and Mighty ne sont pas du genre à se laisser abattre : voilà-t-y-pas qu'ils nous sortent un album bien torché, plein de perles à (surtout) ne pas jeter aux pourceaux (entendez les compileurs de lounge à deux balles). Soul, house, drum'n'bass, ragga,… Smith and Mighty ont braqué le coffre à idées de leurs amis de Bristol (Tricky, Roni et companie) pour nous concocter un petit bijou de sensualité et de douce torpeur. " Rise " étonne par ses breakbeats béats et sa texture house, " I Saw You " rappelle que Bristol, c'est juste à côté de Portishead, et " 1,2 Mic Check " invite à se dérouiller les guiboles sur le dance-floor. Avec Massive Attack qui joue aux dominos (seul survivant : 3D) et Tricky qui batifole en compagnie d'Alanis Morrisette et de Cindy Lauper sur son dernier album (Blowback), Smith and Mighty apparaissent comme les ultimes sauveurs d'un genre à l'agonie. " Deux euros le T-shirt, vous m'avez dit ? Mettez m'en dix ! ".

Dick Heckstall-Smith

Blues and beyond

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Dick Heckstall Smith demeure un des piliers des scènes blues et jazz britanniques. Il a ainsi trempé, dès le départ, dans toutes les expériences blues, et sévi au sein de multiples formations légendaires. Et en particulier chez Alexis Korner Blues Incorporated, Graham Bond Organization et les Blues Breakers de John Mayall. Flanqué des Blues Breakers, qui avaient commis l'elpee "Barewires", il fonda Colosseum, une formation épatante responsable d'une musique, fruit d'un subtil cocktail de jazz, de blues et de rock. Lorsque Dick soufflait dans deux saxophones à la fois, l'alto et le ténor ou le soprano et l'alto, on assistait à un des grands moments de scène du Colosseum. Dick a joué en compagnie d'une multitude de musiciens. Et il jouit toujours d'un énorme capital sympathie. Il n'est donc guère surprenant de le voir aboutir à ce projet baptisé DHS and Friends.

Dick est épaulé par un quartet de base, au sein duquel figure notamment Eddie Martin à guitare steel. Mais au fil des plages, les invités de prestige se succèdent. Le répertoire est assez éclectique. Pourtant, en choisissant comme plage d'ouverture, "Rollin' and tumblin", Dick m'a fait un peu peur. Heureusement, Paul Jones (NDR : au chant et à l'harmonica) et John Hiseman (NDR : aux drums) sont de la partie. John était le leader de Colosseum. Tout au long de cette version, le sax, l'harmonica et la National guitare d'Eddie Martin font bon ménage. Dick a écrit "Millenium blues" en hommage à Muddy Waters et Ray Charles. Un blues à l'anglaise. Il n'y a pas photo ! La rythmique est implacable, assez lourde. Rab McCullough est au chant pendant que l'excellent Clem Clempson tire son épingle du jeu aux guitares, un peu comme à la grande époque du Colosseum. La pureté des saxophones de DHS est un véritable bonheur. Il ne résiste même pas au plaisir de souffler dans le ténor et l'alto. McCullough est irlandais. Ses vocaux sont impeccables sur le rythmé "Watching your every move". Il attaque son phrasé à la manière d'un Rory Gallagher. Surprenant! Ce fragment avait été écrit par Dick pour Colosseum. Autre guitariste, Rab s'acquitte fort bien de sa tâche. Il est assez agressif sur les cordes. Mais Dick prend le relais pour nous nous réserver un excellent moment. Peter Green chante, joue de la guitare et de l'harmo sur le blues lent saturé d'émotion, "Cruel contradictions". Peter me semble fort bien inspiré et c'est tant mieux! Abordée dans l'esprit de Colosseum, voire d'Alexis Corner, "Angie baby" est sculpté dans le son funky. Le sax de Dick délire un peu dans le free. Ex-Piblokto, ex Battered Ornaments, le poète/musicien Pete Brown assure la production de l'album. Il chante l'étrange "Grind, glitch and snit". Dick a sévi chez le Blues Incorporated. Un groupe qui possédait, à l'époque, deux leaders : Alexis Korner et le regretté Cyril Davies. En hommage à ce grand musicien, Dick reprend l'instrumental "Spooky but nice", les deux saxes à la bouche. Mick Taylor est à la slide. Le tempo reste lent et la voix de Jack Bruce envahit l'espace sonore. Jack a souvent été le compagnon musical de DHS. Il attaque "Hidden agenda", mais la plage est un peu trop longue à mon goût. Excellent chanteur anglais, Paul Williams a travaillé en compagnie de John Mayall. Très brièvement, il faut le reconnaître. Il a également sévi chez Juicy Lucy. De sa vois graveleuse, il assume les parties vocales de "Twilight shuffle". Clem Clempson sort de sa réserve en dispensant des notes de guitare très travaillée. Dick exécute un superbe travail au sax sur l'instrumental "Swamp". L'album s'achève par un autre instrumental. Un blues lent qu'on croirait issu de sessions d'enregistrement des Blues Breakers, commises à la fin des 60s. Et c'est bien John Mayall qui donne la réplique sur ce "If you know you don't love me why in the world don't you leave me be?".