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Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de son nouvel album, « Adult Romantix », prévue pour le 22 août via son nouveau label Winspear. Cet elpee, inspiré par des textes de la période romantique comme…

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Farfouiller dans la Pure Carrière…

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Arena

Immortal

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Dans la catégorie rock progressif, Arena évolue aujourd'hui dans la cours des grands, et n'a plus rien à envier aux Spock's Beard, Saga et autre Marillion, dont le batteur original en est le fondateur. Après un bouleversant " The Visitor ", album progressif phare de l'année 98, le groupe de Clive Nolan, qui reste toujours le maître à bord du vaisseau, s'est retrouvé orphelin de son chanteur Paul Wrightson et du charismatique bassiste John Jowitt. Pourtant, " Immortal " (et rien à voir avec le fameux groupe de black métal) s'inscrit dans la continuité du précédent chef d'œuvre en s'emparant de l'auditeur dès la première plage, pour ne plus le lâcher. La complémentarité entre les parties de claviers et les interventions du surdoué six-cordiste John Mitchell, les arrangements subtils, les mélodies facilement mémorisables et la voix veloutée du nouveau venu Rob Sowden, très proche de celle de son prédécesseur du reste, font de " Immortal " un futur classique de l'école néo-prog. Un régal dans un style dont certains pensaient pourtant déjà avoir tout entendu.

 

Arno

Le best of

Écrit par

Arno aura donc fait l'objet de ceux compiles en l'an 2000 (NDR: ça rime!). Une consacrée à son ancien groupe, TC Matic. Double ! Et celle-ci réservée à son parcours solo. Heureusement, le deux recueils ont le bon goût de ne pas trop empiéter sur les différents répertoires. Il y a bien " Putain putain ", mais à l'instar de " Oh la la la ", extrait de l'elpee " European cowboy ", paru en 1999, les éventuelles redites sont proposées sous des versions différentes. Sans quoi, on retrouve sur ce " Best of ", les inévitables " Whoop that thing ", " Vive ma liberté ", " Les yeux de ma mère ", " Je ne veux pas être grand ", " Elle adore le noir " ; sans oublier les célèbres reprises de Brel (" Le bon Dieu "), de Léo Ferré (" Comme à Ostende ") et d'Adamo (" Les filles du bord de mer "). Le disque inclut, et c'est une bonne surprise, les derniers singles de l'artiste belge. En l'occurrence le medley Bowie/Dutronc " Jean Baltazaarrr ", interprété en duo avec Beverly Joe Scott, et puis la cover de Mélanie, " Ils ont changé ma chanson ", qu'il partage cette fois avec Stephan Eicher. Un seul regret, l'absence de titres signés par Charles et les Lulus ou son White Trash European Blues Connection, des expériences qu'on a un peu trop tendance à oublier, mais qui sont probablement les plus intéressantes qu'il ait menées à ce jour…

 

Joseph Arthur

Come to where I´m from

Écrit par

Bien que signé sur le label de Peter Gabriel, Joseph Arthur n'est pas un nouveau disciple de la ‘world’, mais un chanteur/compositeur américain responsable d'un folk/pop/rock terriblement contemporain. C'est-à-dire susceptible d'intégrer des influences aussi diverses que le punk, le hip hop, le métal, la lo-fi ainsi que la prog. Sans oublier de tirer parti au maximum de la technologie moderne. D'ailleurs, au détour d'une chanson, votre esprit est hanté par de multiples spectres. Entre autres, Tom Waits, Kurt Cobain, Dylan, Violent Femmes, Lou Reed, Léonard Cohen, Led Zeppelin, Elvis Costello, Beck, les Beach Boys, The Verve, Patti Smith et même Jeff Buckley, auquel on avait eu un peu trop tendance à le comparer sur son premier elpee. Mais ils sont tellement fugaces qu'ils disparaissent aussi rapidement qu'ils n'étaient apparus… On a parfois l'impression qu'Arthur est en perpétuelle recherche d'identité. Une impression confirmée par son deuxième opus, " Come to where I'm from ". Ce qui explique sans doute pourquoi il est capable, d'une composition à l'autre, de changer de style, d'épouser tour à tour un profil tendre, mordant, douloureux, profond, éthéré, intimiste, recherché, féroce ou torturé. Des compositions emballées dans des mélodies simples, qui au contact de la production (NDR : impeccable, auquel a collaboré T-Bone Burnett), deviennent complexes et uniques. Des compositions ravagées par son timbre vocal graveleux, acide, gémissant, qui véhiculent des lyrics malsains, introspectifs, bohêmes, sur lesquels les mots grincent, les angoisses fleurissent et la magie opère. Vaudou probablement. A l'instar de la superbe illustration de la pochette de ce disque, qu'Arthur a dessiné en personne. Un must !

 

Richard Ashcroft

Alone with everybody

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Avec le recul, il faut admettre que la séparation de The Verve était inéluctable. Parce que si la conception des deux premiers opus était essentiellement le fruit des élucubrations menées conjointement par le chanteur et le guitariste (en l'occurrence Nick McCabe), " Urban hymns " répondait davantage aux aspirations profondes d'un seul homme : Richard Ashcroft. Et on s'en rend vraiment compte en écoutant les onze chansons de son premier album solo. Un disque qui bénéficie encore et toujours du concours de Chris Potter à la coproduction et surtout de Wil Malone à la mise en forme des arrangements. Des arrangements somptueux, régulièrement symphoniques qui servent à merveille de véritables chansons d'amour, dédiées à son épouse, Kate Radley. Des chansons qu'il interprète d'un timbre vocal, intimiste, profond, légèrement nicotiné, en s'accompagnant de la six cordes. Acoustique ou électrique. Si pas les deux. Ce qui n'est pas un exploit lorsqu'on connaît les vertus de la technologie contemporaine. Si Richard assure seul les parties de guitares, il s'est entouré d'une solide équipe de collaborateurs. En l'occurrence l'ex drummer de The Verve, Peter Salisbury, le vétéran de la steel guitar, BJ Cole, le pianiste d'Allman Brothers Band, Chuck Leavell et Pino Palladino, bassiste de studio qui participe régulièrement aux sessions d'enregistrement des Stones. Le seul hic, c'est que Richard se complait un peu trop facilement dans les exercices de style mélancoliques. Hormis le single hispanisant " A song for the lovers ", le countryfiant et cosmique (Gram Parsons ?) " Money to burn ", l'atmosphérique, psychédélique et jazzyfiant " New York ", probable héritage de l'indispensable " A northern soul "; ainsi que les allègres "Crazy world" et "C'mon people (we're making it now)", le reste nage en eaux paisibles, un peu trop paisibles à mon goût. Avec un peu plus d'audace, Ashcroft aurait pu réaliser un des albums de l'année. C'est loupé !

 

Charles Aznavour

Aznavour 2000

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Puis-je l'avouer ? Dans ma discothèque, à la lettre ‘A’, on trouve Arno, Annegarn et Afghan Whigs. Mais pas Aznavour. Et, jamais je n'aurais imaginé qu'on puisse l'y trouver. Quelle agréable surprise, dès lors, de découvrir son écriture artisanale. Pas d'esbroufe mais de vrais thèmes, de vraies histoires. Qu'Aznavour décline habilement en strophes aux rimes toujours justes. Cela nous change des textes, tout en clin d'œil et en jeux de sonorités mais peu "palpables", dont raffolent les auteurs actuels. Aznavour enroule le tout d'une chaude voix que vous connaissez tous. Une réticence tout de même : les orchestrations sont bien trop conventionnelles pour séduire un public plus jeune. L'arrangeur Yvan Cassar ne dégage pas ici la même pêche que sur l'album de Nougaro.

 

The Average Blues Band

Endless journey

Écrit par

L'Average Blues Band a abrégé son patronyme en A.B.B. Je leur connaissais 2 albums : "Hurt too much" et "Against the tide". Cette formation interprète son propre répertoire. Un blues léger, gentil, parfois proche d'un Eric Clapton des années 80. Tout le poids du groupe repose sur ses deux chanteurs/compositeurs/guitaristes, Chris Williams et John Holmes, tous deux armés d'une Fender Stratocaster. Mais l'aspect pop rock est principalement entretenu par le clavier quasi symphonique de Mark Skerritt.

L'ouverture "Don't get out much" aurait ainsi pu figurer sur un album du Pink Floyd. Période commerciale, bien entendu ! Une impression accentuée par les vocaux délicats qui se conjuguent régulièrement à l'unisson. N'empêche, certaines compositions tiennent bien la route. Ou si vous préférez, elles font mouche. A l'instar de "You ran my heart away", la meilleure chanson de l'opus sur laquelle on se surprend à reprendre le refrain en chœur. Sous cette forme soft rock, l'A.B.B me fait alors penser aux débuts de Dire Straits, surtout au niveau des interventions de guitares, tellement proches de Mark Knopfler. "The only way back from the bottom" et "Helpin' out at Rudi's" campent des blues rock au tempo plus rapide, réminiscents d'autres anglais, les Producers. Mais ces derniers adoptaient un profil infiniment plus blues. "Old love" est un R&B accessible. Lorsque le tempo se ralentit, la musique alors produite ne manque pas de charme, car l'A.B.B favorise toujours la ligne mélodique, à l'instar de nos amis de Braine-le-Château, Blue Line. Ainsi "I'm cryin'" épanche une émotion et une tristesse qui interpellent. Mark passe au piano pour interpréter une ballade subtile et, ma foi, fort attrayante, "Taste of the blues" (Millenium version).

 

 

Alberta Adams

Say baby say

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La reine du blues de Detroit, dans le Michigan, est de retour. Elle est une nouvelle fois accompagnée par l'excellent Johnnie Bassett et sa formation. Le style, c'est aussi celui de Bassett, un blues aux accents largement jazz, un swing jamais démenti.

La plage titulaire qui ouvre l'album en est la preuve éclatante. Alberta peut écrire des blues qui sonnent étrangement Chicago. Il est vrai que la Cité des vents n'est pas tellement loin. "No good man" est une perle. La voix est talonnée par le piano de Bill Heid, et Keith Kamanski sort un premier grand solo sur son sax! Le rythme s'accélère pour accomplir un extraordinaire "Don't worry me". La vieille Alberta a tant écumé les bars de Detroit, qu'elle en a hérité une voix ravagée, mais tellement lumineuse. Pour l'exercice du blues, elle récite, avec ses cordes vocales éraillées, ce "I want a man" ; et croyez-moi, elle le trouvera son homme! Dans l'exercice du slow blues, c'est la claque assurée lorsqu'elle vous tire les larmes des yeux sur "I cried my last tear". Bill Heid et Bassett sont bouleversants. Et si d'aventure, Miss Adams désire hausser le ton, elle se fait autoritaire. Un message reçu 5 sur 5, tout au long de "We ain't makin' honey". Un message de jazz bien véhiculé par le claviériste versatile, Bill Heid. Et sur "Sax man", il entraîne les saxophones de Keith et de Russ Miller, dans une véritable fête. Une fête qui se poursuit avec "Take me with you". Tout au long de ce superbe album, Bill Heid démontre toute l'étendue de son talent au piano. Son jeu fait régulièrement penser au sublime Otis Spann, la touche swing en plus. Cette œuvre propagande pour le bon blues se termine d'ailleurs dans le meilleur des cabarets, "Nothing more to say". C'est le cas de le dire!

 

Add N To (X)

Add insult to injury

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Deux albums dans cette nouvelle plaque des endiablés d'Add n to (x)… 4 des 12 titres sont l'œuvre unique de Barry 7; le reste relevant de la plume d'Ann Shenton et de Steve Claydon, autres membres fondateurs (flanqués de Rob Allum et de Dean Honer). Drôle d'histoire que voici! Aurions-nous à faire, désormais, à 2 entités distinctes ; aucune n'interférant dans le travail des autres ? Une chose est sûre, ce ne sont pas des problèmes internes qui terniront l'éclat d'Add n to (x) ! De très bon cru, cet "Add insult…" en est une preuve supplémentaire. Bien sûr, le groupe a depuis belle lurette quitté les sentiers de l'électronique expérimentale et bruitiste pour s'aventurer vers des contrées plus dansantes. Mais qu'importe, pourvu que le résultat soit de qualité ! Et c'est encore une nouvelle fois le cas. Autre aspect aussi très important chez nos amis : la dimension sexuelle (www.addntoxxx.com pour le clip du single "Plug me in" réalisé par Barry 7 himself). Le ton avait été donné chez "Metal fingers in my body". Seule différence : celui-là pouvait parfois passer à la téloche. Et c'est vrai que la lascivité, la sensualité sont associées depuis les débuts à Add n to (x). Sacrée gageure pour de la musique électronique, faite à partir de machines! A signaler également, l'utilisation plus fréquente de vocaux. Déformés et amplifiés cela va de soi ! Encore que ces exercices de style me paraissent, malgré tout, superflus. Vivement l'occasion de les voir en live !

 

Alice In Chains

Live

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S'il existe bien un groupe que je regrette de n'avoir jamais vu en live c'est bien Alice in Chains. Pourtant, après avoir écouté cette plaque, je me demande si ce n'est pas mieux ainsi ! Parlons du mixage. Immortaliser l'intégralité d'une prestation cohérente de ce groupe relève de l'impossible. Columbia a donc ratissé large en puisant, ça et là, des extraits d'époques différentes, caractérisés par des ambiances toutes aussi éparses. Avec pour résultat d'effroyables "fading" entre les morceaux, des enchevêtrements d'applaudissements et un fond sonore bruyant. On entend même le public manifester pendant de longues minutes, sa satisfaction d'avoir pu reconnaître tel ou tel morceau. Insupportable ! Un massacre ! Dans ces conditions, comment comprendre le développement d'un concert ? Parlons des morceaux. A l'époque de "Facelift", (1990) AIC n'est qu'un groupe de métal comme les autres, presque ringard ; même si sa véritable originalité pointe parfois le bout du nez. Les choses sérieuses n'ont véritablement commencé qu'après la sortie de "Dirt", en 1992. L'album le plus représenté ici. Et pas seulement parce que la formation a été bêtement assimilée à la vague grunge. C'est à ce moment qu'AIC densifie ses compositions et que son guitariste commence à étoffer son jeu par des sonorités toutes en nuances. Las ! Live, ses envolées guitaristiques sont sacrifiées au profit d'un jeu tout en lourdeur, sans doigté. Parlons des voix. Un des attraits d'AIC est évidemment la conjugaison des harmonies vocales échangées entre Stanley et Cantrell. Seuls "Would?" et par moment "Junkhead" s'en sortent passablement. Une misère ! L'intérêt de ce cd réside, tout au plus, dans l'opportunité d'entendre live 2(!) morceaux du dernier album studio. Collés en bout de piste, ils souffrent de la mauvaise impression laissée par le reste de l'opus. Parlons maintenant de votre portefeuille : laissez le fermé !

 

AmAndA

Mais qui est Amanda ?

Écrit par

Avouons-le, peu fréquents sont les groupes qui évoquent tour à tour Eclat, Obispo, Sheller, Dead Can Dance, Era, Brel et … feu Klaus Nomi ! Il y a pourtant un peu de tout cela chez Amanda. Pour son premier CD, le groupe belge revendique un ton neuf. Si on peut le leur accorder, c'est surtout à cause de leur aspect inclassable, car leur style, pour le moins original, est la synthèse d'ingrédients déjà exploités. N'empêche, le groupe rate probablement de peu un beau succès. Les mélodies sont plaisantes, la production et l’orchestration quasi-irréprochables. Les paroles, parfois sibyllines, échappent aux standards en vogue. Le chant est clair et évoque parfois Sheller. Mais il est aussi souvent emphatique et se plaît dans les aigus à la façon de Klaus Nomi. Les harmonies vocales, nombreuses et particulièrement soignées, font toujours mouche. Grâce à leur parenté fugace avec des chœurs d'opéra, des chants grégoriens ou inspirés par Dead Can Dance, elles constituent d'ailleurs l'atout majeur de l'ensemble. Alors, où est le problème ? Le propos musical, malheureusement très ténu et cantonné à un accompagnement (correct) du chanteur. Quatre ou cinq plages valent vraiment le détour. C'est le cas de « Welcome… », bien balancée et d'une ambiance dramatique soutenue. La plage titulaire, brodant sur un thème un peu mystérieux, est aussi de celles-là, notamment par son aspect lancinant. « Gloria Victis », chanté en latin, est bon dans son créneau gothique grand public. Et « Demain » est une réussite totale, énergique et sautillante. C'est aussi la plus brillante référence à Klaus Nomi, supérieure à la production moyenne du maître. « Falaises » dure plus de 20 minutes et aurait dû constituer la pièce de résistance de l'album. Ce morceau s'avère pourtant le moins intéressant. Loin de reposer sur une construction complexe ou de proposer une progression, il n'est qu'une suite de séquences mélancoliques tournant autour du même thème. Et si, prises séparément, aucune d'elles n'est désagréable, l'ensemble s'avère lassant, notamment à cause du tempo uniformément lent (le passage le plus 'endiablé' étant… une valse !). De plus, entre prog, gothique et chanson française, « Falaises » ne trouve pas vraiment son identité. Signalons quand même, qu'au bout de 6 bonnes minutes, elle épingle un superbe chœur évoquant furieusement DCD. Plus loin, un chant écorché sur air d'accordéon : pour un instant, pour un instant seulement, on pense à Brel et son ami Jef. Dommage en fait que le morceau ne soit pas découpé en plusieurs fragments, afin que l'on puisse accéder séparément à ses meilleurs passages sans se taper le tout. Sur ce premier opus en tout cas, Amanda est plus brillant dans la concision. Côté positif, notons encore que le groupe révèle un évident souci du détail, varie pas mal les sonorités et ne manque pas de subtilité. Vraiment, il ne leur reste qu'à bien étoffer leur propos musical. S'ils choisissent cette voie, leur prochain CD s'avérera, à coup sûr, fort intéressant.

 

16 Horsepower

Secret south

Écrit par

En quatre albums, on ne peut pas dire que la musique de 16 Horsepower ait beaucoup évoluée. Et pourtant, elle est toujours aussi agréable à écouter. Faut dire que dans le style, planté quelque part entre country sudiste et rock rageur, hanté par les spectres de Jeffrey Lee Pierce et de Nick Cave, la métamorphose est difficilement perceptible. Surtout lorsque des instruments aussi traditionnels que l'accordéon, le violon, le banjo, la slide et la contrebasse balisent, le plus souvent, les compositions. Autre constante, la voix de David Eugène Edwards. Desséchée, gémissante, ténébreuse, elle entretient un climat mystérieux, malveillant, à travers des lyrics peuplés de références à l'ancien Testament. Si la religion est devenue une psychose pour David, il interprète cependant la Bible à sa manière, lorsqu'il ne la traîne pas dans la poussière. " Secret south " se révèle pourtant plus rock. Plus électrique si vous préférez. Pas sur toutes les chansons, bien sûr ; la formation se réservant des espaces plus minimalistes, propices à l'utilisation du banjo en picking, à l'instar de " Wayfaring stranger ", de " Prayin arm lane " ou de " Straw foot ". Et pour être complet, sachez que l'opus recèle une reprise d'une composition méconnue de Dylan, " Nobody'cept you ".

 

90 Day Men

(it (is) it) critical band

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Entamé de manière très encourageante, cet album plonge lentement et doucement l'auditeur dans la perplexité… Pratiquant une forme de ‘post-rock’ déclamé plus que chanté (Slint, June of 44), parsemant ça et là ses morceaux de passages bruitistes (Sonic Youth, Shellac), 90 Day Men noie son inspiration dans des références qui semblent être lourdes à porter. Pourtant, le groupe ne manque pas d'attraits. Tous les musiciens sont en place. Les compositions regorgent d'idées et les structures rythmiques ne risquent pas de vous emmener vers des paysages sans aspérités … Seulement voilà ; à trop vouloir prouver ses aptitudes aux pères spirituels, 90 Day Men n'exprime pas réellement sa personnalité. Et c'est lors des parties plus " free " (là où les codes permettent le plus d'expression) que le groupe perd pied, laissant par la même occasion l'auditeur seul, confronté à des chansons qui s'enlaidissent au fil des secondes. Par contre, si le groupe passe en concert par chez vous, tentez votre chance…

 

22 Pistepirkko

Downhill city (O.S.T.)

Ceci n'est pas encore le nouvel album de 22 Pistepirkko, mais la bande sonore du film de Hannu Salanen, " Downhill city ". Un disque qui fait la part belle aux compositions atmosphériques. Nous plongeant dans un univers où se mêlent psychédélisme et électronique, à l'instar d'un Legendary Pink Dots, mais en beaucoup plus pop. Ecoutez d'ailleurs ce superbe et envoûtant " Coffee girl II ", et vous en serez totalement convaincu. Le timbre vocal limpide et chaleureux de PK accentuant cette sensation mélodique. L'opus recèle, en outre, l'une ou l'autre composition plus sauvage. Comme le remixe au groove irrésistible, " Let the Romeo weep ", ou la version garage de " Roundabout II "...

 

The Animalhouse

Ready to receive

Écrit par

Andy Bell parti monnayer son talent, non plus de guitariste mais de bassiste, chez Oasis, après avoir transité par Hurricane # 1, je me demandais ce qu'il était advenu des autres membres du défunt Ride. Animalhouse constitue la moitié de la réponse, puisque Mark Gardener, l'autre tête pensante du défunt et mythique combo d'Oxford et leur drummer, Laurence Colbert, ont décidé de joindre leurs efforts au sein d'un quintette. Chez qui on retrouve également un certain Sam Williams. Mieux connu pour son travail de producteur, il était étroitement impliqué dans la confection de deux premiers Eps de Supergrass. Et si l'ombre de Ride plane sur l'excellent titre maître de l'opus ; à cause de la sonorité de guitare si particulière de Gardner et du tempo légèrement house imprimé par son compère ; celle de la bande à Gaz Coombes est beaucoup plus présente, tout au long de l'opus. A cause de la qualité des harmonies vocales que se partagent les cinq membres du groupe. Sam s'est inévitablement occupé de la production de ce disque, mais se réserve surtout les claviers, dont un moog de la première génération, qui aurait pu appartenir à Keith Emerson. " Ready to receive " est cependant découpé en deux volets bien distincts. Sur les douze morceaux, la seconde moitié manifeste un intimisme esthétique digne de la phase la plus romantique des Nits. Quant à la première, elle est sans doute celle qui nous a le plus fait flasher. Nous ne reviendrons pas sur l'entrée en matière, mais bien sur " Small ", qui aurait pu naître de l'imagination d'un Supergrass ayant beaucoup écouté Devo, " Space trash ", remarquable dans sa construction mélodique inspirée par les Boo Radleys, le premier single " Animal house ", aussi capricieux que les Beatles de l'époque " Abbey road ", le glamoureux, donc bolanesque " Wasted " et enfin l'étrange, spectral " Animal ", dont les relents tantôts post industriels, tantôt post new wave nous rappellent quelque part Magazine. Tout un programme !

 

 

Betty Goes Green

Dreamers and lovers

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En dix années d'existence, BGG a aligné six albums, dont deux (" Hunalaria " et " Handsome ") ont reçu le concours de Mike Rathke, guitariste et producteur de Lou Reed, à la mise en forme. A l'initiative de Mike, Lou avait d'ailleurs joué sur un titre du second cité. Et il faut croire qu'un déclic a dû se produire dans la tête du New-yorkais, car depuis, il leur file de temps à autre un petit coup de pouce. Comme en 1996, lorsqu'il les avait engagés pour jouer en première partie de sa tournée européenne. Faut dire que la formation belge pratique un rock 'n roll bien dans l'esprit du prince des ténèbres. Parfois aussi sombre. Légèrement jazzyfiant. Et puis le timbre vocal âpre et desséché de Luc Crabe est capable d'emprunter des inflexions fort proches. Lorsqu'elles ne sont pas empruntées au Bowie décadent et seventies ou à l'ex Bauhaus, Peter Murphy. Mais le plus souvent, la musique de BGG se révèle beaucoup moins sinistre. Plus pop si vous préférez. Vous avez d'ailleurs certainement pu le constater en écoutant leur superbe single " Major crush ", sur l'une ou l'autre station radiophonique. Et hormis le torturé et tendre à la fois " Who makes the bubble burst ? ", réminiscent de Peter Hammill, l'ensemble de l'opus est de la même veine. En une décennie, Luc a pris de la bouteille. Ce qui explique pourquoi il s'est décidé à produire et à mixer ce " Dreamers & lovers ". Tout seul, comme un grand. Et le résultat est impeccable, il faut le reconnaître. Un disque pour lequel il s'est entouré d'une section de cuivres ; mais qui permet aussi à Johan Ancaer, le nouveau guitariste, de démontrer l'étendue de son talent.

 

Angelico

No rest for the wicked

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Vous avez certainement déjà eu l'occasion d'écouter ou d'entendre, sur l'une ou l'autre station radiophonique, "Good about you" et "Freak you out", en vous demandant si vous n'étiez pas en présence de nouvelles chansons de Garbage. Cela y ressemble fort, mais ce n'est pas Garbage. Ces deux compositions imprimées sur un rythme pulsant et judicieusement enrichies de samples et de boucles, appartiennent à Angelico. Un trio anversois au sein duquel on retrouve l'ex Ashbury Faith, Axl Peleman ; et puis deux anciens membres de Sin Alley. En l'occurrence le guitariste Ruben Block et la chanteuse Martine Van Hoof. Qui ressemble plus à Blondie qu'à Shirley. Malheureusement, l'opus ne tient pas toutes les promesses de ses singles. Il y a bien encore deux ou trois fragments contagieux et pétillants. Et puis, c'est tout. En tout cas, pas de quoi fouetter un chat…

 

PJ Harvey

Stories from the city, stories from the sea

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Polly Jean Harvey est de retour avec un sixième album. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle vient à nouveau de créer l'événement. Parce que cet opus est tout bonnement exaltant. A l'instar de Lou Reed, elle chante New York. Balayés de courants émotionnels capricieux mais voluptueux, ses contes obsessionnels errent à travers Little Italy, Chinatown, les toits de Brooklyn ou encore les lumières de Manhattan. Tout un contexte propice à libérer une intensité malsaine et sauvage que la reine des ténèbres se plait à cultiver. Et que la qualité instrumentale a le bon goût d'entretenir. Faut dire qu'elle a reçu le concours de Rob Ellis et de Mick Harvey. Le trio se partage d'ailleurs les guitares, mais également la production. Si Thom Yoke la rejoint pour chanter en duo les deux fragments les plus vulnérables de disque –en l'occurrence " One line " et " This mess we're in "– elle semble véritablement envoûtée par une énergie positive sur le reste de l'opus. Un peu comme si elle était parvenue à réaliser sa sexualité, jusqu'alors introvertie (NDR : c'est ce qu'elle raconte lors de ses interviews !) Depuis " Big exit " qui recapture l'électricité nerveuse de Television, au tourbillon hormonal, presque pornographique de " This si love ", en passant par " Good fortune " et " We said something ", titres qui auraient pu relever du répertoire de Patti Smith, le fabuleux et impressionnant de punch " The whores justle and the hustlers whore ", le minimaliste (Kristin Hersh ?) " You said something " et le punkcore (Breeders ?) "Kamikaze". Remarquable !

 

Coldplay

Revenez nous voir dans 20 ou 30 ans…

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Formé non pas à Oxford, comme le dit la rumeur, mais à Londres –et à l’univ !– Coldplay a longtemps manqué d’un batteur. Will Champion ne jouait que du piano, de la basse, du violon et d’un tas d’autres instruments. Il a dû se mettre à la batterie aussi. C’était en 98, date à laquelle il rejoint Guy Berryman, Jonny Buckland et Chris Martin. Aujourd’hui, à la maison, Coldplay est déjà la nouvelle coqueluche britannique.

D’après la presse spécialisée, les membres du groupe ne sont pas friands d’interviews. « Parce que nous n’avons pas grand-chose à raconter », justifie Will, invitant même l’interlocuteur à revenir les rencontrer d’ici 20 ou 30 ans, lorsque, à l’instar de Bob Dylan, Tom Waits ou Neil Young, ils auront acquis suffisamment d’expérience pour entretenir la conversation. Nous on veut bien, mais tous ceux-là, ils refusent généralement d’accorder des interviews… parce qu’ils ont suffisamment de succès.

« Bonne analyse » reconnaît Will, qui avoue quand même apprécier les débats consacrés à la musique. « Pourvu qu’on ne se contente pas de coller des étiquettes », ajoute-t-il. « Nous ne sommes pas trop tracassés par la catégorie où nous rangent les médias. Par contre, nous essayons de savoir si le public aime ce que nous faisons. Nous voulons insuffler une signification à notre musique, la rendre intemporelle. Dans 20 ans, on espère que les gens pourront encore nous écouter et nous apprécier »

« Nous ne sommes pas Britney Spears, heureusement… Nous n’avons pas une image assez forte pour jouer sur ce tableau, donc nous ne pouvons compter que sur notre talent musical. Il n’est peut-être pas facile de conserver cette philosophie, après plusieurs albums, mais si jamais, nous devions enregistrer un disque que nous estimerions moins bon que le précédent, nous ne le sortirions pas ».

Travail de groupe

Chris Martin possède une superbe voix, qui rappelle tantôt Thom Yorke, tantôt Jeff Buckley. Radiohead, Muse et Travis sont aussi des groupes qui peuvent compter sur de formidables chanteurs. « Oui », rétorque Will, « Mais ces groupes ne sont pas exclusivement centrés sur une seule personne. Il y a une symbiose entre chaque membre. Prend l’exemple de The Verve, ce n’était pas seulement Richard Ashcroft. ‘A nothern soul’ est remarquable ; mais c’est surtout le fruit d’un travail en commun. Par contre, l’album solo (‘Alone with everybody’) m’a laissé sur ma faim. Il a perdu toute sa magie. Ce qui importe dans un groupe, c’est la façon dont les musiciens jouent par rapport aux autres. D’entretenir une émulation. »

Les musiciens du quatuor avouent tous des influences éparses. En fait, ils se disent plutôt inspirés par certaines chansons que par certains artistes. On citera les Beatles, Simon & Gardfunkel, dont ils interprétaient autrefois ‘Mrs Robinson’, mais aussi Neil Young et Tom Waits. « Notre perception de la musique change parce qu’on écoute constamment des choses différentes. J’ai acheté dernièrement ‘Five leaves left’ de Nick Drake. C’est vraiment superbe, mais ce n’est sûrement pas la tasse de thé de Chris »

Coldplay a accompli une tournée, qui est notamment passée par le Japon et l’Ecosse, en compagnie des Flaming Lips. A qui Will voue une grande admiration, surtout à cause de leurs prestations scéniques. En outre, il aime la façon dont ils se comportent dans la vie, de ‘ne pas faire semblant d’être quelqu’un d’autre’.

Parachutes

Coldplay a donc intitulé son premier album ‘Parachutes –aucun rapport avec le ‘Parachute’ des Pretty Things, paru en 69, dont Will ignore d’ailleurs l’existence. Pourquoi ‘Parachutes’ ? « Dès que les problèmes nous précipitent dans le vide, on ouvre son parachute. Face aux épreuves, on se raccroche toujours à quelque chose. C’est la raison pour laquelle nos chansons sont rayonnantes ou au contraire tristes. On ne veut pas être maussades ou cafardeux, mais plutôt mélancoliques. »

C’est Ken Nelson qui s’est occupé de la production. Dès leur première rencontre, le courant est passé. « C’est devenu un copain qui partage nos idées sur la conception de la musique, Pour lui comme pour nous, l’essentiel n’est pas de bénéficier d’une production tape-à-l’œil, technologique et clinquante, mais de parvenir à composer la bonne chanson. »

Pour enregistrer cet elpee, Coldplay a utilisé une méthode assez insolite, qui leur a coûté plusieurs mois de travail : les compositions ont été testées sur scène, reliftées au fil du temps, jusqu’au moment où elles paraissaient au point. « Nous sommes autocritiques. Et si nous sommes contents du résultat obtenu sur le premier album, nous sommes conscients qu’il y a encore du pain sur la planche. Il faut s’améliorer, pas seulement en studio, mais live aussi (NDR : qu’est ce que ça va être !). Il faudra que nous accordions également de meilleures interviews. »

Merci à Vincent Devos.

Interview parue dans le n° 86 du magazine Mofo de septembre 2000.

 

Grandaddy

Groupe pépère?

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Dans l'univers de la pop et du rock, Grandaddy est vraiment un cas à part. Ses musiciens sont d'abord capables de prendre du recul par rapport à cet univers. Et puis de privilégier la qualité de la vie sur les contraintes liées au succès. Pas étonnant qu'ils vivent dans un petit patelin perdu au fond de la Californie, dont vous n'avez peut-être jamais entendu parler : Modesto. Une philosophie qui sied très bien à leur leader, chanteur, compositeur et guitariste, Jason Lytle. Un personnage capable de poser un regard critique sur l'évolution du monde contemporain, à son goût beaucoup trop dépendant de la machine. Et ce regard critique, Jason le traduit à travers ses lyrics. Mais également le discours qu'il nous a tenu tout au long de cette interview…

Dans son esprit, ce qui est essentiel aujourd'hui sera dépassé demain. " J'ai parfois l'impression que le monde est perdu au fond d'un énorme trou. Un vide d'idées, bourré de choses inutiles, qui génère une trop grande quantité de déchets. Et c'est vraiment malheureux. A cause de cette situation, les être humains sont incapables d'apprécier les choses les plus simples, trop occupés à produire des choses superflues et à gaspiller. Et ils ne s'en rendent même pas compte. Plus grand monde n'est capable de jouir des vertus de la simplicité. De rencontrer le bonheur à travers la simple promenade dans un bois, à l'écoute du bruissement des feuilles d'un arbre ou du chant des oiseaux. Les êtres humains sont vampirisés par des gadgets qui font bip bip, clic clac, etc. Je pense qu'il est temps que quelqu'un leur rappelle qu'ils doivent relativiser, rester cool. Le pire, c'est que ces valeurs n'ont plus cours, et devraient, à mon sens, être réenseignées… " Si dans une de ses chansons, Jason conseille de ne pas trop faire confiance à la machine, dans une autre il dresse des analogies entre le système électronique et les êtres humains. Un paradoxe que reconnaît Jason : " J'adore les contradictions. Elles font partie de ma personnalité. C'est sans doute dû au fait que j'ai peut-être tendance à faire de grandes généralisations. " Comme par exemple lorsqu'il compare son nouvel album à l'image d'un endroit où le rêve de la fin du XXème siècle va mourir. Et la réponse de fuser : " Peut-être que si le XXème siècle était bourré, alors le XXIème aura la gueule de bois. Je suis un peu fataliste, mais au fond de moi-même, j'aimerais bien qu'il subsiste encore de l'espoir… "

Jason Lytle se défend avoir voulu enregistrer un concept album. Parce qu'il ne s'en est vraiment rendu compte qu'au fil des sessions d'enregistrement. C'est à dire lorsque le disque a pris de la forme et de la consistance. En fait, ses idées étaient tellement précises et représentatives de ce qui se passait autour de lui, à ce moment là, qu'elles nécessitaient un fil conducteur. " Mais franchement, ce n'était pas intentionnel ! ", ajoute-t-il. L'enregistrement de cet opus n'a pas été réalisé dans un studio de haut standing, vous vous en doutez ; ce qui ne l'empêche pas d'être superbement produit. Mais comme le rappelle si bien Jason : " J'évite de travailler dans des studios coûteux, parce qu'ils ressemblent à des hôpitaux et que le son qui en est tiré est trop clinique… " Soucieux de liberté d'action, Jason est capable d'enregistrer 24 heures d'affilée. Il déteste le saucissonnage dans le temps. Il veut bénéficier d'une disponibilité constante. A n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Il aime cette capacité d'adaptation. Enregistrer est même, pour lui, devenu une drogue. " On y devient facilement accro ", avoue-t-il. " Et tout le travail de production et d'engineering n'est que du blablabla. Il y a suffisamment longtemps que j'exerce ce boulot pour savoir de quoi je parle. "

Depuis la sortie du précédent opus, Grandaddy a intégré deux nouveaux musiciens. Un guitariste et surtout un claviériste. Enfin, pas tout à fait, puisque ce dernier, qui répond au nom de Tim Dryden, participait déjà aux tournées. Ce qui explique pourquoi le climat du nouveau CD, ‘The sophtware slump’, est beaucoup plus atmosphérique. Et Jason va même encore plus loin : " L'apport du clavier dans notre musique permet de donner davantage de variété et de couleur dans le son, d'offrir plus de possibilités et d'aptitudes à exprimer des idées. Unidimensionnelle, la guitare a beaucoup plus de limites. En fait, chez Grandaddy on cherche à varier les images à partir des fréquences et des sons. Une technique qui est assez compliquée et pas facile à assimiler dans le monde de la musique pop. Et le clavier nous facilite cette tâche… "

La chanson ‘Jed the humanoid’ opère une comparaison entre un ami mort et un computer ; à moins que ce ne soit l'inverse. Elle méritait, en tous cas une explication un peu plus précise. " En fait, c'est une histoire à propos de l'alcool. Un problème que j'ai beaucoup de mal à surmonter. Mais je n'avais pas envie de me morfondre à ce sujet et de me faire passer pour une andouille. En fait cette chanson est un peu une thérapie. Un message envers moi-même. Qui m'est soufflé par Jed. Me rappelant que le mélange entre l'alcool et l'électronique n'est pas très bon. Et j'ai écrit cette chanson comme un conte de fées abordé sous un angle futuriste, surnaturel. Mais il est exact qu'on y ressent cette forme de tristesse douce-amère dont je suis très friand. "

Jason aime des tas de styles musicaux. Pas trop la dance. Parce qu'on sait où elle va. Mais bien la musique classique. Car elle permet à l'esprit de dériver, de déborder les frontières. Elle est idéale pour explorer. Et essayer de produire ce genre de son dans le carcan de la musique actuelle, est pour lui un grand défi. Et un défi qu'il apprécie. Pourtant, il n'est pas enclin à jouer en compagnie d'un orchestre symphonique : " J'aime autant disposer d'un clavier capable de représenter un orchestre. " Curieusement, le nouveau concept imaginé par Flaming Lips ne semble pas trop correspondre à sa sensibilité. Parce que dans le contexte de la musique pop contemporaine, ils ont trop tendance à rendre leur chanson la plus expansive possible… Mais il a beaucoup d'estime pour Howe Gelb. Ou plus exactement pour ce qu'il fait : " C'est vrai que ses idées volent parfois un peu trop haut. Que ses spectacles sont assez imprévisibles, et parfois même inaudibles. Mais c'est probablement le musicien le plus passionnant et le plus saisissant de notre époque. J'ai ainsi appris qu'il aurait mis en forme deux albums en un jour. Il crée toujours de la matière intéressante. Personnellement, j'aime cette idée de battre le fer tant qu'il est chaud. D'être sûr de pouvoir s'occuper de tout dans un temps imparti. Profiter de l'instant présent. Et je crois qu'il se conduit de la même manière depuis bien longtemps… "

Si Jason apprécie également Jeff Lynne, c'est avant tout pour ses compétences d'arrangeur et de producteur. Quant à Neil Young, il admire son intégrité, une philosophie de vie qu'il a toujours respectée et qui est digne d'intérêt. " Lorsque je lis des articles, dans des magazines, sur des groupes qui n'ont strictement rien d'intéressant à raconter, qui ne mènent pas une existence intéressante, et qui pour se rendre importants racontent des mensonges, j'en suis malade. Il faut avoir vécu l'aventure, avant de pouvoir écrire quelque chose à votre sujet. Et je crois que Neil correspond fidèlement à cette image. C'est pourquoi nous essayons de mener une vie intéressante… "

Merci à Vincent Devos

(Version originale de l'interview parue dans le n° 88 - Décembre 2000 - de Mofo)

Belle & Sebastian

Ne pas avoir d’image est devenu notre image

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On les dit fragiles et délicats, tout sauf sévèrement burnés. Les Belle & Sebastian vous plaisent peut-être si vous aimez les Smiths, Ennio Morricone, Burt Bacharch ou Pulp ; et puis si vous ne crachez pas sur les accents country ou folk. Le groupe de Glasgow en est à son 4ème album (« Fold your hand child, you walk like a peasant ») qui confirme que la mode est aux titres longs. A l’interview, on nous avait promis le chanteur autiste ; on a dû se contenter de Richard Colburn, un batteur sympathique.

Votre chanteur Stuart Murdoch n’accorde pratiquement aucune interview. Il est timide ou paresseux?

Il a tenté à nouveau l’expérience, il y a quelques semaines, mais sans succès… Je crois que parler de lui, ça l’emmerde.

Il est plutôt introverti que joyeux drille, non?

Introverti, je comprends qu’on le dise et l’écrive ; mais ce n’est pas comme ainsi que je le vois. Il joue même au foot, ce n’est pas ma définition de quelqu’un qui vit reclus.

Vous avez pourtant plutôt joué sur cette image-là, non?

Pas volontairement, en tout cas. Disons qu’on ne voulait pas mettre notre image en avant. Mais finalement, ne pas avoir d’image est devenu notre image ! On s’est fait rattraper par notre choix en quelque sorte. Ce qui me permet de penser que dans ce genre de combat, on ne peut pas toujours gagner.

Etre batteur d'un groupe qui répugne à utiliser les rythmes, c'est plutôt reposant ou plutôt difficile?

Je ne suis pas d’accord avec votre question. Pour moi le rythme est une composante importante de nos chansons, même si, c’est vrai, les mélodies et les atmosphères sont plus souvent nos priorités… Certaines chansons du dernier disque sont même dansables. Je pense à « Beyond the sunrise » ou « Wrong girl ».

OK, c'est votre 4e album. Est-il plutôt meilleur ou pire que les précédents?

A vous de trancher. Les deux précédents étaient bien, mais ce n’était pas exactement ce qu’on voulait faire. Cette fois, comme pour notre premier disque « Tigermilk », nous sommes contents à 100%.

Vous avez donc ressorti « Tigermilk », votre premier elpee. Plutôt parce que vous le vouliez ou parce que tout le monde vous disait de le faire?

On en avait pressé mille. Quatre cents sont partis à famille et aux proches. Conclusion : seulement 600 personnes avaient cet album. Notre but étant quand même de toucher un maximum de monde, on l’a ressorti. « Tigermilk » est notre disque le plus frais, parce que nous avons eu l’occasion de l’enregistrer très rapidement.

Le titre de votre nouveau disque est interminable. Plutôt parce que la mode est aux titres longs ou parce que vous vouliez montrer que vous avez beaucoup de choses à dire?

En fait, la citation provient d’un graffiti qu’on avait vu il y a dix ans à l’unif sur une porte des douches. C’était très mystérieux à nos yeux… Depuis on a appris qu’il s’agit d’une citation de ‘Devils’, une pièce de John Whitting ; ce qu’on ignorait. C’est seulement après la sortie de l’album que quelqu’un nous a montré l’extrait.

Le départ du bassiste Stuart David (NDR : il a choisi de se consacrer totalement à son projet Looper), c'était plutôt une époque qui se terminait ou un bon bol d'air?

Disons que ce départ était prévisible. On connaît Stuart depuis des années. Il y avait déjà vécu une éclipse (prévue) de deux ans. Elle a finalement duré quatre ans. Il ne voulait pas vraiment trancher entre Looper et Belle & Sebastian. Il voulait continuer de front tant qu’il s’en sentait capable ; mais nous, on ne pouvait pas non plus attendre éternellement qu’il soit libre… Cela dit, il joue encore sur la moitié du dernier album

Murdoch, c'est plutôt le nom d'un magnat de la presse ou d'un songwriter?

Heu, les deux, je crois.

(Article paru dans le n° 85 de juillet/août 2000 du magazine Mofo)

Sad Lovers & Giants

Un Géant aux pieds d’argile…

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Dans l’histoire du rock’n roll, une multitude d’artistes ou de groupes n’ont jamais été reconnus à leur juste valeur. C’est de notoriété publique. Pour le groupe Sad Lovers & Giants, la pilule est d’autant plus amère à avaler, qu’il est considéré aujourd’hui comme une légende, alors que le succès lui a toujours été refusé. Issu de la scène post cold wave, à l’instar de Modern English (NDR : du même patelin), des Chameleons (NDR : Mark Burgess était un pote) et d’And Also the Trees (combo toujours en fonction), SL&G n’a jamais caché ses affinités pour Cure, Joy Division et les Smiths. Mais il n’en a jamais porté les stigmates claustrophobes. Mieux encore, sa musique il l’a toujours voulue esthétique, empreinte d’une poésie visionnaire et chargée de pureté émotionnelle. Ce qui explique sans doute pourquoi elle exerce une véritable fascination chez ceux qui ont une fibre quelque peu romantique. D’une manière plus technique, SL&G était parvenu à créer un son unique, tout en atmosphère, en tirant habilement parti des sonorités cristallines obtenues par les deux guitares, sur fond de claviers ouatés. Un phrasé de guitare(s) qu’on retrouve régulièrement chez les adeptes de la britpop tels que Radiohead, Bluetones, Muse, Marion, Whipping Boys, ainsi que les défunts Strangelove. Et la liste n’est pas exhaustive. Sans oublier House Of Love, qui en a conservé le virus pendant plus d’une décennie, pour mieux le transmettre à la génération suivante. En outre, SL&G a déclenché en France, fin des eighties, un mouvement baptisé ‘touching pop’, au sein duquel on retrouvait Little Nemo, Asylum Party, Mary Goes Round et quelques autres.

Un peu d’histoire…

Fondé en 1981, par Garce (chant, guitare) et Tristan Garel Funk (guitare), SL&G est rapidement devenu le porte drapeau du label britannique Midnight Music. A l’époque où les labels indépendants faisaient florès, c’était pour le groupe, une aventure chargée des plus belles espérances. Face à la rationalisation opérée par le marché du disque, dès le début des nineties, l’expérience était plutôt risquée…

Auteur de deux superbes albums en 1982 (« Epic garden music ») et en 1983 (« Feeding the flame »), la formation entre dans les charts indépendants et décroche une Peel Sesion pour Radio 1. De plus en plus apprécié chez les teenagers en Grande-Bretagne, SL&G est invité à l’émission TV de la BBC, ‘Rock goes college’. Mais curieusement, la formation se sépare la veille de l’événement. J’avais eu l’occasion de rencontrer Garce en septembre 1989, mais rien n’avait filtré sur les raisons de ce split. Il faut d’ailleurs croire que le groupe adore entretenir le mystère autour de cette affaire, puisque apparemment aucun journaliste n’est parvenu à leur tirer les vers du nez. Toujours est-il qu’en 1984, le label Midnight music est dans l’expectative. Aussi, pour pallier à la disparition du groupe, il sort une compilation (« In the breeze » - 1984), puis un album live réunissant des prises opérées lors de leur tournée aux Pays Bas (« Total sound » - 1986). Dans le même temps, la firme de disques prospecte tous azimuts pour engager de nouveaux talents. Recrutant au passage les Waltones, et puis recueillant Snake Corps, le nouveau groupe de Tristan Garel Funk et du frère de Garce...

Sad Lovers & Giants, le retour…

En 1987, Garce rencontre le guitariste Tony Mc Guiness. Une réunion féconde, puisque les deux compères décident de remonter SL&G. Ils rappellent l’ancien bassiste Cliff Silver, engagent de nouveaux musiciens et partent en tournée, dès l’enregistrement de l’album « The mirror test ». Le succès qui semblait les bouder jusqu’alors semble enfin poindre à l’horizon. Un ancien titre, « Thing we never did » devient un hit en Espagne. Les States s’intéressent de plus en plus au groupe. Mais surtout le Vieux Continent. Et notamment la France où un fanzine leur est totalement consacré. Garce déclarera un jour n’avoir jamais trop bien compris pourquoi leur musique avait toujours eu un tel impact dans l’hexagone. Probablement une question de sensibilité… 1991 coïncide avec la sortie d’une nouvelle compilation, « Les années vertes », et puis surtout du remarquable « Headland », avec sa fameuse pochette illustrée par les fameuses statues de l’Ile de Pâques.

La fin, faute de moyens…

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, lorsque Midnight Music commence à battre de l’aile. En fait, toutes les petites formations engagées par le label coûtent plus qu’elles ne rapportent. Les finances plongent dans le rouge. Le bureau de Paris ferme ses portes. Le distributeur en Espagne rompt le contrat. Plus personne ne voit arriver sur son compte bancaire le moindre penny. Et arrive ce qui devait arriver, Midnight Music dépose le bilan. Très ennuyeux, puisque SL&G venait d’enregistrer un nouvel opus, « Treehouse Poetry ». Il restera d’ailleurs longtemps à l’état de maquette. Le groupe ne s’en remettra pas, puisqu’il décide de splitter pour la deuxième fois…

L’espoir fait vivre…

C’est à l’initiative d’un fan texan que l’intérêt vis à vis du groupe recommence à naître. Il monte un site consacré au groupe. Contacte la firme Anagram qui vient de racheter les droits de Midnight Music, et leur propose de sortir une compilation des meilleurs morceaux. Choisis par les aficionados. Sur le Web. Avec pour résultat la sortie, en 1996, de « E-mail from eternity ». Depuis, Anagram a également sorti un live, réunissant des enregistrements commis à Lausanne en 1988, « La dolce vita ».

Après la seconde séparation de SL&G, Garce avait bien monté un nouveau groupe. Tentative sans grand lendemain, puisque la chanteuse s’est barrée avec le guitariste, au Canada. Ils y filent le parfait amour et jouent au sein des Lovebabies.

Tristan Garel funk, Garce et Tony Mc Guiness sont toujours en contact. Ce dernier prépare un projet en solo. Dans son propre studio à Londres. Il se chuchote qu’il a enregistré un mini album avec Garce. Sous le patronyme Sad Lovers & Giants ? On peut toujours rêver, mais tout les espoirs sont permis !… 

(Article paru dans le n° 83 du magazine Mofo d’Avril 2000)

Epilogue

Et finalement, en 2002, le groupe est retourné en studio pour enregistrer un nouvel elpee, « Melting in the Fullness of Time », avant de recommencer à jouer sporadiquement, sur le Vieux Continent ; notamment en Italie. C’est d’ailleurs en Italie qu’on a retrouvé leur trace, puisqu’ils y tournaient encore récemment, avant d’envisager un périple en Grèce. Pour l’instant, on n’en sait pas davantage. Tout ce qu’on peut espérer, c’est qu’ils décident de se produire près de chez nous ; et croyez-moi, le jeu en vaut la chandelle…

Garçe - chant
Tony McGuinness - guitare
Cliff Silver - basse
Juliet Sainsbury - claviers
Nigel Pollard - drums et percussions