Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de son nouvel album, « Adult Romantix », prévue pour le 22 août via son nouveau label Winspear. Cet elpee, inspiré par des textes de la période romantique comme…

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Paddang à la poursuite des fantômes…

Paddang est un trio de rock psyché formé en 2020 à Toulouse. Osees et King Crimson à fond dans lʼautoradio et un nom de groupe inspiré d'un spot de surf en Indonésie, Paddang file à toute berzingue dans une épopée cosmique. Les trois voix dictent le ton et…

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Pukkelpop 2014 : jeudi 14 août

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De nouveau, c’est la météo qui est au centre des débats à l’entame de ce Pukkelpop.
Deux jours avant le début des festivités, d’étranges vents violents, nés d’un microclimat qui pourrait faire passer Kiewit pour le nouveau triangle des Bermudes, ont arraché les structures du chapiteau Club et ont fait craindre le pire à une organisation toujours traumatisée par les funestes événements qui se sont produits en 2011.
Consignes de sécurité encore renforcées et station météorologique propre (dotée de spécialistes de l’IRM et de l’armée), rien n’a pourtant été laissé au hasard ; et dès lors, malgré ce coup du sort, tout est parfaitement en place dès le mercredi pour accueillir les premiers festivaliers.
Au final, épargnée par des intempéries redoutées (si on excepte quelques averses régulières mais jamais traumatisantes), l’édition 2014 s’est déroulée sans accroc, offrant à un public de plus en plus nombreux, mais de moins en moins exigeant, une affiche truffée d’excellentes surprises et de confirmations prévues.
Quant aux déceptions, elles n’ont pas été légion et les noms qui sont venus s’inscrire au bas de cette liste semblaient même déjà connus avant que le festival ne commence.
Trois jours pleins, physiquement éprouvants, mais dont le générique final s’écrira en lettres lumineuses, pailletées dans le ciel limbourgeois.
Mais commençons par le début.
Entre deux nuages gris suspendus comme des édredons dans le ciel, une cohorte de pèlerins s’étire entre les sites de camping et la plaine supplantée de différents chapiteaux colorés, soulevant la poussière.
Nous sommes jeudi, et la première journée vient de commencer.

La plaine de la Main Stage doit paraître encore immense en ce début d’après-midi pour les très jeunes Strypes, nouvelles coqueluches anglo-saxonnes, rappelant sur disque comme sur papier le début des Arctic Monkeys.

Mais cette programmation précoce jumelée à la périlleuse perspective d’un montage de tente m’empêche de vivre cette entrée en matière.

C’est donc dans le chapiteau des découvertes, baptisé Wablief ? que j’entame mon parcours de cette édition 2014.

Bienveillant, The Spectors m’attend. Leur candeur Pop submergée de vagues noisy consitue une parfaite immersion en douceur.

Au sommet de ces vagues, le duo de voix féminines donne le ton (pastel) et enveloppé de ces guitares parfois rageuses, parfois limpides, se fraie un chemin en direction d’un univers proche d’un Instagram aux couleurs délavées.

Le groupe se produit régulièrement et, semble-t-il, a gagné en confiance par rapport aux dernières fois où je les avais vus ; aussi, le public, déjà nombreux, ne s’y trompe pas et réserve un chaleureux accueil à leurs Pop Songs délicates.

Dessinant un pont invisible entre Nico (et donc le Velvet) et des formations actuelles (bien que passéistes) comme The Pain Of Being Pure At Heart ou Memory House, le quintet est manifestement sur la bonne voie. Dommage qu’il n’accorde pas davantage de soin aux lyrics, qui dans ce style musical sont souvent avancés comme de simples prétextes à des mélodies sucrées.

Si les deux sœurettes de Say Lou Lou, filles de Steve Kilbey (The Church, pour l’anecdote), ne marquent pas de façon indélébile mon souvenir immédiat, c’est parce que je pense déjà à mon prochain déplacement.

En attendant, outre leurs jolis minois, elles m’offrent néanmoins une prestation correcte, audacieuse puisqu’elles n’hésitent pas à balancer leurs faces B (un terme certes tellement désuet de nos jours qu’il force la sympathie du nostalgique que je suis) et inédits.

Quittant le Marquee, je me dirige pour la seule et unique fois de ces trois jours vers le repère des amoureux de beats assassins et autres infra-basses convulsives.

Un excellent choix, indubitablement.

Dans le Dance Hall, s’est accaparé le devant de la scène et donne déjà le meilleur d’elle même.

Entourée de ses trois musiciens, elle assure le show, allant jusqu’à s’offrir un bain de foule.

Mi-femme, mi-enfant, la sexualité maladroitement assurée, elle libère une énergie positive forcément communicative et porte les morceaux sur des épaules dont la carrure grandit à vue de nez.

Les projections vidéo en arrière-plan fond renforcent l’impact de son répertoire, et elle fustige son auditoire de ‘Pukkelpop’ redondants mais efficaces.

Karen Marie Ørsted, de son vrai nom, démontre qu’il faut dorénavant compter sur elle.

Quant enfin elle entame « Glass », caractérisé par ses textes aux reflets adolescents (‘why does everyone have to grow old?’), et se jette de nouveau dans la foule, elle sait pertinemment bien que son contrat est rempli et qu’elle vient de livrer une prestation exemplaire, marquant là quelques points importants en vue de l’attribution des médailles d’honneur à l’heure des conclusions.

Tant qu’à faire, j’hume à quelque distance, le doux parfum d’une Electro bien sombre, et je laisse mon appendice nasal me conduire vers le chapiteau Castello.

L’ambiance y est nettement plus feutrée et correspond bien à l’univers de Forest Swords.

Une basse, un laptop, et un show troublant, mais aussi troublé par la puissance des basses fréquences qui, si elles renforcent l’impact Dub des morceaux, annihile aussi la volonté de nombreux festivaliers, vaincus par cette débauche tellurique.

Dommage, car le set semblait parfaitement balancé entre opacité extrême et illusions fantomatiques aux consonances asiatiques, marque de fabrique de Matthew Barnes.

L’après-midi s’enfonce dans le tunnel du temps ; et empruntant un de ses couloirs, j’atterris face à l’impressionnante artillerie de Die Antwoord.

Les tympans subtils ayant préféré se crapahuter à l’abri des chapiteaux environnants, le trio sud-africain va donner libre cours à son, show, euh… (NDR : cocher les bonnes réponses) putassier, fun, ébouriffant, grossier, abscons, provocateur, irrévérencieux, haut en couleurs, loufoque, décalé, graveleux, amusant (NDR : il fallait bien entendu sélectionner tous ces adjectifs ; d’ailleurs, les gagnants seront prévenus par télépathie).

Une avalanche de mauvais goût assumé qui, au delà du masque de carnaval, révèle quand même de la performance artistique.

Certes, la nausée côtoie le rire gras au fond de ma gorge ; mais je décèle dans ce salmigondis sonore quelques respectables références.

Un visuel outrancier qui ne laisse personne indifférent, en tout cas.

Enfonçant le clou dans ma patience par quelques ‘Fuck The Rules !’ repris en écho par un public survolté massé devant le podium principal, je bats en retraite, plus amusé qu’outré par ce spectacle que d’aucuns qualifieront d’abject.

Pour l’heure, Deaf Heaven et Mad About Mountains décident de se disputer mon ennui.

Les premiers en contrastant de manière horripilante shoegaze et logorrhées hurlantes, les seconds en revisitant les paysages désertiques d’inspiration d’une certaine Americana.

La claque salvatrice, elle arrive. Attendue, espérée, et diablement bien infligée par Temples.

Complètement absorbés par les seventies, ces jeunes gens ont tout compris de cette époque, et se moquent éperdument du présent.

Chevelures et looks à la T Rex, le combo restitue parfaitement cet état d’esprit nébuleux et teinté de couleurs psychotropes chères à leurs glorieux aînés ou à Tame Impala, dans un registre plus moderne (quoique ?)

Et quand « Shelter Song » prend définitivement possession de l’assistance, le nom de Temples s’écrit déjà en lettres d’or et d’argent dans le palmarès de cette année.

Nous sommes déjà nanti de très bonnes prestations, et nous n’en sommes qu’au début.

Décidant d’enfoncer le clou sans aucune bonne manière, les irrévérencieux Black Lips secouent alors le cocotier sans prendre de gants.

Ces gais lurons balancent leur ‘Flower Punk’ (un terme qu’ils ont pris soin d’inventer eux-mêmes) et génèrent les premiers pogos.

Attifés comme des prolos et mêlant entrain et fougue juvénile comme une bannière fièrement brandie au-dessus de leurs têtes, les ‘mimines’ moulinent et les moues grimacent comme dans un pastiche de Clash.

Pourtant, outre ce côté irritant, l’efficacité de leurs morceaux fait mouche et le charme évident de leur pléthorique discographie trouve naturellement écho auprès d’un public ravi de pouvoir enfin se fritter gentiment.

Au dehors, le ciel s’enveloppe de pourpre afin de permettre aux fans d’Editors de patienter.

Arrivée messianique à faire pâlir de jalousie Bono et maniérisme exacerbé semblent des apparats dont Tom Smith aime à se revêtir pour masquer l’ineptie des Editors en 2014.

Continuant de creuser sa tombe mais en prenant soin de l’orner de bibelots excentriques, le groupe semble en roue libre depuis quelque temps.

Le concert de ce soir ne fera que renforcer l’impression de malaise déjà fortement pressenti à la sortie de « The Weight Of Your Love ».

Comme si la foi avait disparu, le fond glisse comme le sable dans sa main ; et si la forme illusionne encore les moins exigeants, elle ne leurre plus ceux qui ont perçu l’irrévocable manque d’inspiration du band.

Des morceaux imparables comme « The Racing Rats » ou « Bones » sont désossés, avant d’être proposés en pâture comme des épouvantails abandonnés aux vents mauvais.

Seule éclaircie dans tant de grisaille, le retour en solo du leader dont l’interprétation de « No Sound But The Wind » rappelle que lui seul est encore capable de porter l’édifice Editors, qui décidemment, à bien du mal de se remettre du départ de Chris Urbanowicz, son premier guitariste.

A l’opposé de ce spectral spectacle, Slowdive avait fixé rendez-vous à tous ses fans demeurés fidèles, malgré la fin –provisoire– de son aventure.

Seuls les visages ont changé, et très vite, le décor est planté.

Groupe phare de l’ère Shoegaze, Slowdive n’a jamais prétendu être une formation de scène.

Comme tout groupe issu de cette mouvance dont le nom célébrait ironiquement une attitude plus qu’attentiste, le combo d’Oxford misait dans les années 90 sur un son très spécifique qui sera cependant envié, copié, mais jamais égalé…

Forts de quelques expériences très diverses, les membres étaient restés en contact et n’avaient jamais exclu l’hypothèse de se reformer.

Une rumeur qui à force d’amplifier est devenue réalité.

Bonheur immense pour tous ceux qui n’avaient pas eu la chance de les voir à l’époque, et bonheur tout aussi grand pour ceux qui les ont retrouvés.

Que dire, si ce n’est que les meubles sont restés à la même place ?

Entretenant des atmosphères uniques en leur genre, et développant des sonorités typiques et indémodables, le combo reprend les choses exactement au même endroit où il les avait abandonnées, c'est-à-dire au milieu des années 90.

Nostalgie et sensations retrouvées, le frisson peut à nouveau parcourir l’échine du fan que je suis.

Le final (la cover de Syd Barrett « Golden Hair ») se chargeant de sceller définitivement la filiation avec Mogwai et consorts.

Enfin, en ce début de nuit, Oscar And The Wolf plante son décor au milieu des palmiers.

Dans un Marquee comble à craquer, le groupe belge, sensation du moment, assied son succès.

Jouant avec la lumière comme des émotions, Max Colombie épanche sa voix si particulière et habille l’Electro subtile de ses compositions d’une aura de mystère et de romantisme un rien suave, qu’on pourrait qualifier de spleen lumineux.

Flottant dans l’air comme les mélodies d’« Entity », leur nouvel opus, le jeune homme s’affiche comme un personnage atypique dans notre paysage musical.

Une classe internationale qui devrait assurément porter le groupe au-delà de toute frontière géographique.

Ainsi sertie de mille lumières chatoyantes, la nuit peut enfin m’avaler.

Et Orphée me porter dans ses bras.

(Organisation : Pukkelpop)

 

 

Du chaos, oui mais pas trop !

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Un peu de lumière au sein des ténèbres. Tel est le Crédo de War of Ages, groupe de métalcore chrétien, qui  sort « Supreme Chaos », son sixième album studio. Prolifiques, les Américains produisent là leur troisième elpee en 5 ans après « Eternal » en 2010 et « Return to Life » en 2012, tous trois entrés dans le Billboard Top 200 américain. Rythmée par de grands riffs, leur musique énergique soutenue par des chœurs clairs et une touche d'électronique ravit les amateurs du genre. A noter qu'ils seront en Belgique le vendredi 5 septembre à la 6K Fest - Hell on Earth Night de Liège en compagnie de Unearth, Shadows Fall, The Acacia Strain, Heart of a Coward, Pay No Respect, Vitja, Yata et Awaiting Chaos.

Tracklist:

1. From Ashes (vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=OtTtk85Xl74&feature=youtu.be)
2. Lost in Apathy
3. Doomsday
4. Chaos Theory
5. Lionheart
6. On Broken Wings
7. Amber Alert

8. Renegade
9. Ecstacy
10. Still Small Voice

Et pour plus d’infos au sujet du 6KFest, c’est ici 

 

 

Royal Southern Brotherhood

Heartsoulblood

Écrit par

Après avoir publié un opus éponyme et un live ("Songs from the road"), l’an dernier, ce super groupe de blues rock, issu de la Nouvelle Orléans, nous propose déjà son troisième elpee. Le line up implique trois chanteurs. Soit Cyril Neville, l'un des fameux frères qui symbolise si bien cette Big Easy. Puis Devon Allman, le fils de Gregg et le neveu du regretté Duane. Et enfin, Mike Zito, performer particulièrement doué. Zito et Allman se réservent les guitares. Les cinq musicos participent à l'écriture. Les sessions d’enregistrement se sont déroulées au studio louisianais de Dockside, à Maurice, sous la houlette de Jim Gaines. Et sa mise en forme est impeccable.

"World Blues" célèbre la fraternité sudiste. Solide, l'assisse est assurée par Yonrico Scott et Charlie Wooton. Les trois vocalistes chantent en chœur. Les guitares crachent rapidement leurs flammes ; et déjà à l’avant-plan, la slide est dévorante. Cyril signe "Rock'n'roll", une compo qui porte bien son titre. Elle déménage. Et puis la voix veloutée de Neville prélude les envols des deux grattes, toujours à l'affût! Tramé sur une rythmique syncopée et caractérisé par l’excellente intervention vocale, "Groove on" libère effectivement énormément de groove. Soutenu par la basse, "Here it is" est sculpté dans du pur funk. Zito chante d’un timbre rauque et ravagé. Zito signe la musique de "Callous", une piste qui baigne au sein d’une atmosphère quasi irrespirable. Quoique agonisante, la voix est bien maîtrisée. Les sonorités des guitares sont tourmentées, torturées, mais tellement enivrantes. Toujours issu de la plume du même Zito, "Ritual" opère un retour au southern blues, une plage qui monte irrésistiblement en puissance, avant l’explosion attendue des cordes. Devon Allman signe "Shoulda known", une jolie ballade soulignée par une voix lumineuse. Cyril chante son "Let's ride", un autre funk néo-orléanais imprimé sur un tempo lent. Le climat est dramatique. Toutes en rythme, les grattes se reconnaissent progressivement. Devon Allman se réserve le micro pour attaquer son "Trapped", encore un morceau qui monte graduellement en intensité. Des cordes acoustiques caressent "She's my lady", une ballade empreinte d’une grande douceur, au cours de laquelle tous les vocalistes reprennent le refrain en choeur. Et "Takes a village" s’inscrit dans le même cadre. Une sorte de gospel moderne dont le climat est à la fois dépouillé et riche en tonalités diverses, des variations produites par la sèche et un Resonator aux sonorités métalliques. Remarquable ! "Love and peace" clôt l’opus, une finale très caractéristique de la culture néo-orléanaise. Les percus sont bien mises en exergue, alors que toutes les voix se conjuguent pour propager ce message d'amour et de paix…

 

Otherdays

Architecture

Écrit par

Vu l’absence de nouvelle production proposée voire projetée par U2, les fans auraient tout intérêt à se tourner vers d’excellents substituts. Et cet « Architecture » devrait plaire aux fans du mastodonte irlandais, qui attendent impatiemment un nouvel opus du quatuor irlandais. Le nom de ce groupe ? Otherdays, trio espagnol dont les membres se sont rencontrés dans une école européenne bruxelloise, en 1992 (NDR : à l’époque, il se produisaient sous le patronyme de Blindness) ! Il est beau le programme européen ‘Erasmus’ cher à Cédric Klapisch ! Cependant, pas question d’auberge espagnole ici, mais une obsession fixe : U2 ! La voix de Santiago Calvo Ramos rappelle instantanément Bono… et le sens mélodique des compos lorgne constamment vers le combo dublinois. Le procès pour plagiat n’est pas très loin (« Downtown ») ; en outre, Otherdays a parfois le mauvais goût de puiser son inspiration dans le répertoire le plus récent de U2. Qui n’est malheureusement pas le meilleur, il faut le reconnaître. A l’instar de « Sunset ». Finalement, responsable de titres soignés et très accessibles, le combo pourrait constituer un excellent groupe de covers…

 

Nothing For Breakfast

Nothing IIII Breakfast

Écrit par

L’écriture matinale de la chronique du 1er album de Nothing for Breakfast m’est d’abord apparue comme une petite punition : comment voulez-vous rédiger une telle chronique, le ventre vide ? Mais l’écoute de cet Ep –qui réunit quand même 7 plages– de ce groupe italo-américain a toutefois quelque peu rassasié mon appétit musical !

Formée en janvier 2014 par l’Américain Jonathan Shackelford (chant et guitare) –dont les parents travaillent à l’Université de Florence– la formation implique 3 musiciens locaux. En l’occurrence Samuele Cangi (guitare et chant), Francesco Cangi (basse et chœurs) et Marco Cali (batterie). Et elle est rapidement rentrée en studio, pour enregistrer ce disque. Les musiciens ont beaucoup écouté du rock et de la pop ; et ça s’entend. Les influences oscillent entre Strokes sous sédatif (« Stranger »), The Kooks (« Pretty Girl ») et un Foster The People un brin moins énergique (« Mrs Queen »). « Nothing IIII Breakfast » ne s’avère pas être d’une originalité folle et son contenu est parfois un peu trop ‘sage’, mais l’exécution et l’énergie le transforment en une bien agréable découverte estivale. Notons une étonnante reprise pop (‘popre’ ?) du « Drain You » de Nirvana ! ‘Rien à déjeuner’ peut-être... mais quelque chose à se mettre sous la dent tout de même…

 

Zoe Muth

World of strangers

Écrit par

Zoe Muth nous vient de la côte Ouest des States. Chanteuse de folk et de country, elle est surnommée l'Emmylou (Harris) de Seattle. Son premier elpee, "Zoe Muth and the Lost High Rollers", remonte à 2009. Il est suivi par "Starlight Hotel", paru en 2011. Afin de poursuivre sa carrière, elle décide de partir à Austin, au Texas. Elle y rencontre le producteur et bassiste George Reiff. Ce dernier l’invite à enregistrer au studio Finishing School, en compagnie de musiciens locaux, dont le guitariste Brad Rice.

Le timbre vocal de Zoe est cristallin. Et il colle parfaitement à ses ballades country, douces et visionnaires. A l’instar de "Little piece of history", qu’elle interprète face à la guitare jouée en picking de Rice et aux accords du piano de Sweney Tidball. Dans le même esprit, "Mama needs a Margareta" s'enfonce davantage dans le sud profond, une piste au cours de laquelle la pedal steel de Geoff Queen marque bien son territoire. Les percussions de Greg Nies stimulent le tempo de "Make me change my mind". Les sonorités électriques dispensées par la guitare de Brad Rice communiquent une tonalité rock à l’ensemble. "Annabelle" nous replonge dans la douceur. Une douceur à la fois candide et belle entretenue par les instruments à cordes, violon et violoncelle. Plus roots, "April fool" est balayé par les interventions de l’accordéon. Mais également parcouru par celles du violoncelle et d’une pedal steel. Country/rock tonique, "Too shiny" est galvanisé par des grattes bien électriques et hydraté par l'orgue de John Ginty. "Waltz of the Wayward wind" nous replonge dans la sérénité country. Une valse très lente et langoureuse bercée par la pedal steel et les ivoires. Et caressé par la pedal steel de Mike Hardwick, "What did you come back here for ?" (NDR : le morceau final) est un titre qui résume parfaitement le climat de tendresse et de beauté enveloppant cette œuvre.

 

Mobonix

Machine Man

Écrit par

Qui se cache derrière l’étrange Mobonix, autoproclamé ‘homme machine’ ? Un super héros hip-hop ou un usurpateur de bas étage ? Maurice White –aka Mobonix– est un rappeur issu de Minneapolis. Sa seule notoriété, il la doit au terrible MF DOOM, dont il est l’acolyte. Il adopte d’ailleurs un style semblable, baptisé east-coast. Particulier, adopté sans l’esprit du Wu-Tang, il est peuplé d’obscurs samples cinématographiques et de thématiques bizarroïdes… Si le flow de Mobonix ne reproduit pas la force de ses glorieux maîtres, l’homme machine nous réserve, néanmoins, quelques intéressants uppercuts tel que l’efficace « Rodeo », une piste qui divague sur le thème des hybrides hommes-robots. Les lyrics ne constituent certainement le point fort des compos ; mais de ce côté-ci de la Manche, leur importance est toute relative, surtout lorsque les beats (concoctés par DJ Kool Akiem, DJ Wesu, CX KidTronik ou Professor Ojo) sont de bonne facture… Un ‘Hubot’ (Human Robot) hip-hop d’honnête qualité!

 

Forrest McDonald

Turnaround blues

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Entre Forrest McDonald et le blues, il y a une longue histoire d'amour. Né à Austin, au Texas, il s’installe sur la côte Est des USA, pas loin du site du Newport Jazz & Folk Festival, où se produisent des stars du folk et du rock ; et notamment Bob Dylan qui a alors troqué sa sèche contre une gratte électrique. Il y assiste et rencontre notamment Jimmy Page et Jeff Beck. Il rejoint alors le Boston Rock Symphony, un collectif de 11 musiciens impliquant James Montgomery, à l'harmonica. Début des 70s, il émigre vers Hollywood où il se forge une solide réputation et se lie à bon nombre d’artistes. En 1991, il met le cap sur Atlanta. A l'époque, il pousse les portes du célèbre studio Muscle Shoals et immortalise un solo de guitare qui figurera sur "Old time rock'n'roll ", le hit de Bob Seger. Il fonde ensuite son propre label, World Talent. Il acquiert de plus en plus de notoriété (NDR : tout comme son backing group) et enregistre album sur album. Il apporte alors de plus en plus souvent son concours à la chanteuse Kaylon Ward, devenue depuis Kaylon McDonald… "Turnaround blues" est paru en février dernier. Un disque pour lequel il a reçu le concours de plusieurs de ses anciens musiciens issus d’Atlanta.

Forrest compose et se réserve la guitare. Tony Carey se consacre aux claviers (NDR : au cours des 70’s il a milité chez Rainbow, le band de Ritchie Blackmore).

L'elpee s’ouvre par le titre maître. Pas une nouvelle compo, mais une plage qui remonte à 1972. Elle figurait dans le répertoire de Choker, un combo formé à Hull, dans le Massachussets. Ce shuffle est marqué par la puissance vocale d'Andrew Black. Jon Liebman brille à l’harmo sur "Checking on my baby", un Chicago blues saignant issu de la plume de Junior Wells. Black assure le lead vocal. Et sa voix passe bien la rampe. "River of tears" est un blues lent au bord du désespoir. Une piste bouleversante au cours de laquelle Carey double piano et orgue. Et ses interventions sont remarquables, alors que Forrest libère toute sa sensibilité sur les cordes. La cover du "Cross my heart" de Sonny Boy Williamson est excellente. La six cordes est inspirée, l'harmonica de Liebman puissant et généreux, l'orgue de Carey irréprochable. Issue de la plume de Forrest, "I'm a fool" remonte à 1969. Une ballade blues soul particulièrement mélodieuse que chante Andrew d’une voix passionnée et expressive. Superbes, les phrases dispensées par Forrest sont saturées de feeling ; et pourtant, on a l’impression qu’il en garde toujours sous la pédale. MacDonald est un adepte des tempos lents. Ecrit par James Cotton, "V8 Ford" trempe dans le pur Chicago blues. L'orgue Hammond densifie l’atmosphère, afin de bien mettre en exergue l’harmo lumineux et les accords parcimonieux de la gratte. Un blues de grande classe! La section rythmique pousse les solistes vers les sommets, tout au long de "Rock & roll by bye bye", un smoking blues bien nerveux. La voix particulièrement expressive d'Andrew souligne "Only love", un soul blues aux accents swing. Caractérisé par son exercice brillant aux cordes, "Woman across the ocean" est un Texas blues brûlant inspiré par Freddie King. Southern blues rock, "Funny thing baby" libère une fameuse énergie. Les accords de gratte sont légèrement country et lorgnent manifestement vers le regretté Toy Caldwell, un des ex-guitaristes du Marshall Tucker Band. "Now I know" baigne à nouveau dans le blues pur et dur. Et le duo MacDonald/Blackmore me rappelle celui que formait Jeff Beck et Rod Stewart sur "Blues De luxe" (NDR : une compo qui figurait sur le long playing "Truth, paru en 1968). "Stay or walk away" opère une petite incursion dans le country blues, une chouette ballade chantée par Darrell Cobb. Les deux dernières plages sont instrumentales. Proposées sous forme de jam, elles sont partagées en deux volets. Soit "Two for the money", Part 1 & 2, deux morceaux caractérisés par de très beaux dialogues entre orgue et guitare. Un excellent album!

 

The Mannish Boys

Wrapped up and ready

Écrit par

Mannish Boys, c'est la référence du blues band chez Delta Groove, le fameux label de Los Angeles. Un combo dont le style très contemporain, black and white, réunit musiciens noirs et blancs. En fait, les musicos sont des vétérans issus de la scène blues locale de la Cité des Anges. Le groupe avait publié un premier elpee pour cette écurie, en 2004. Il s’intitule "That represent man". Le line up implique toujours les guitaristes Kirk Fletcher et Frank ‘Paris Slim’ Goldwasser ainsi que l'harmoniciste Randy Chortkoff, soit le boss ! Sugaray Rayford se charge aujourd’hui des vocaux et le bassiste Willie J Campbell ainsi que le drummer Jimi Bott, de la section rythmique. De nombreux invités ont participé aux sessions d’enregistrement. Elles se sont déroulées en février dernier, au sein du studio Ardent, à Torrance.

Premier invité à se manifester, le gratteur Monster Mike Welsh (NDR : issu de Boston, il est âgé de 33 ans) ouvre l’elpee par son "I ain't sayin'". Sugaray se consacre aux vocaux et Fred Kaplan au piano. Et déjà, c'est de la dynamite ! Rayford récupère le micro pour "Everything's alright", un West Coast jump signé Roy Brown, auquel participe deux gratteurs. Tout d’abord le Français Nico Duportal. Ensuite, Kid Ramos, de retour après ses sérieux ennuis de santé ! Les interventions à la basse acoustique de Campbell et du saxophone de Ron Dziubla sont de véritables petits bonheurs. Franck Goldwasser chante son "Struggle in my hometown", un funky blues bien nerveux, parcouru par le piano électrique de Rich Wenzel et caractérisé par ses changements de tempo. Kim Wilson est souverain à l’harmo sur "Wrapped up and ready". Il soutient également la voix de Rayford. Son ami Kirk Fletcher s'éclate sur ses cordes avant de céder le relais à Wilson, qui se révèle toujours un véritable seigneur sur son instrument. Du blues 5 étoiles ! Dans ces conditions, pas facile au guest suivant d’embrayer. Et pourtant ! En invitant Steve Freund, Chortkoff savait que la qualité serait au rendez-vous. Et manifestement, "It was fun" est une superbe plage. La voix de Rayford est limpide et puissante ; mais l’art de la parcimonie cultivé par Freund est un pur enchantement ! Chicago blues classique, "I can always dream" laisse souffler ses hôtes. Les Boys y excellent. Paris Slim s’envole face à une section rythmique saturée de groove. "I idolize you" est une pépite issue de la plume d'Ike Turner. Candye Kane est aux vocaux. La diva a entraîné sa gratteuse, Lara Chavez, dans l’aventure. Kaplan siège derrière le piano et Wenzel, l'orgue Hammond, sur cette piste agitée par un rythme de rumba. Particulièrement en forme, Bill Stuve et Dave Kida, deux anciens Mighty Flyers de Rod Piazza, se chargent respectivement de la basse acoustique et des drums. La voix de Rayford est puissante tout au long du "You better watch yourself" de Robert Wilson, un morceau qu’illumine de sa présence le nouveau grand espoir de l'harmonica, Jacob ‘Walters’ Huffman. Ce disciple de Rod Piazza milite aujourd'hui chez les Forty Fours. Dziubla se réserve le saxophone, Kim Wilson l'harmonica et Mike Welsh les cordes sur "Something for nothing", un remarquable blues lent. Randy signe "Can't make a livin'". Il chante ce titre en compagnie d'une nouvelle perle locale, Trenda Fox. Et c’est Fletcher qui est préposé aux cordes. Steve Freund revient chanter son "The blues has made me whole", un Chicago shuffle, au cours duquel le interventions de gratte sont aussi sobres qu’efficaces. La marque de fabrique de son style ! "I have love" évolue sur le rythme du cheval au galop. Sugaray assure les vocaux sur cette piste écrite par Mike Welsh. Bob Corritore souffle dans son harmo et Monster Mike s’autorise une belle envolée. Kid Ramos semble avoir retrouvé la forme. Et il le démontre tout au long du "She belongs to me" de Magic Sam. Paris Slim chante encore son "Don't say you're sorry", une plage très percussive illustrée par une sortie remarquée à la slide. La finale est destinée à se faire et nous faire plaisir. Un hommage à l'inoubliable guitariste de blues blanc qui a sévi dans les sixties, Michael Bloomfield. Kirk Fletcher, Frank Goldwasser et Monster Mike Welsh se succèdent pour enrichir ce témoignage de leurs interventions à la guitare. "Wrapped up and ready" constitue manifestement une des meilleures plaques blues parues en 2014!

 

The Mackenzie Blues Band

Slam! Bam!

Écrit par

Le MacKenzie Blues Band nous vient du Canada. De l’Ontario, très exactement. Un combo qui a d'ailleurs décroché, en 2014, le Maple Blues Award 2014, comme ‘Best new artist’ (NDR ; il s’agit des Oscars du Blues canadien). Ce quatuor est drivé par un couple. En l’occurrence le guitariste Trevor MacKenzie et la chanteuse Tara MacKenzie. Le duo est soutenu par le bassiste Joel Dawson et le drummer Mike Weir. Le groupe avait publié un premier opus en 2012, "Black road revelation".

Etrange, mais cette œuvre s’ouvre par une brève intro a cappella, réunissant voix féminines et masculines. Une sorte de spiritual baptisé "Prelude". "Down with love" nous plonge ensuite immédiatement dans un univers plus blues rock. Sara se réserve le micro. Les différents instrumentistes mettent le nez à la fenêtre ; Rod Ramsey ou Rob McLean à l’harmo ou encore Drew McIvor à l'orgue, invités pour la circonstance. Sans oublier Trevor à la gratte. Plus enlevé "Sweet stuff" embraie. Une piste au cours de laquelle Trevor semble plus cool sur ses cordes. Les choses sérieuses ne font que commencer. Tara se livre à fond sur "Move on", un morceau plus complexe. Le lead vocal se libère totalement sur le superbe blues "Bone cage". Mike et Joel assurent le backing de leurs voix graves. Et cet échange en devient finalement hypnotique. Excellente piste, "Burned when you play with fire" baigne dans un climat dramatique. La voix de Tara, l'harmonica et les cordes acoustiques entretiennent cette ambiance, avant que Trevor ne s’autorise une sortie déjantée. Il est même particulièrement inspiré tout au long d’"On the other side" une ballade empreinte de tendresse et de charme ; même si parfois, saturé de feeling, la guitare est au bord de la rupture. Drew McIvor signe "Ain't tryin' to hide", une compo intimiste. Soul, la voix de Tara est claire et précise. Elle s’étale sur trois octaves et demie. Une faculté dont l’exercice s’assimile à un art. Les interventions d’orgue et de guitare sont parcimonieuses, mais empreintes d’une grande sensibilité et mélodieuses. "I feel the storm coming" est la plus longue plage du long playing. Elle s’étale sur plus de 8’. Un blues indolent au cours duquel la guitare de MacKenzie s’aventure dans le psychédélisme, un voyage à l’acide, réminiscent d’une certaine époque vécue par la cité magique de San Francisco. "Up! Up! Up!" se singularise par sa rythmique bien marquée et son tempo énergique, un morceau où se mêlent soul, gospel et rock et au cours duquel Tara nous invite à se secouer. Le funk dispensé tout au long de "Higher road" est tempéré. Les échanges opérés entre l'orgue Hammond et les cordes de Trevor évoquent les débuts de Santana. Mais sans les percus. Nuance qui a son importance. Tara chante d’un timbre voluptueux "Spiritual power", un excellent soul blues. Sa voix pénètre intimement dans les accords de gratte, une voix généreuse, raffinée, respectueuse et tout simplement belle, qui monte progressivement en puissance. Cet elpee s’apprécie au fil de l’écoute. Enfin, il faut épingler le graphisme de la pochette réalisée à la manière d'une bande filmée.

 

Berdon Kirksaether

Latenighters under a full moon

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Guitariste et producteur, Berdon Kirksaether est de nationalité norvégienne. Un vétéran du blues local. En 1989, il militait chez CIA, un groupe de blues et R&B, célèbre dans son pays. Il tente alors quelques projets plus personnels, publiant notamment, dans cet esprit, l’elpee "Ray of light", en 2010. Il se produit alors en compagnie de Twang Bar Kings, un combo qui implique des musiciens de CIA. Et en 2011, le band grave "Blues", puis en 2013, "Latenighters under a full moon", un disque qui vient seulement d’être distribué sur le reste du Vieux Continent. Lors des sessions d’enregistrement Berdon a reçu le concours d’une section rythmique particulièrement efficace, soit le drummer Olaf Olsen et le bassiste Stein Tumert. Mais également de quelques invités, qui interviennent au gré des plages.

Berdon est un gratteur qui privilégie l’esthétisme. Cet opus est d'ailleurs exclusivement instrumental, et poursuit un thème défini par l'artiste. Trois noctambules sont sortis durant la nuit du samedi au dimanche. Il y décrit tous les états d’âme susceptibles de se succéder : la mise en route, les émotions, la visite des bars, les boissons, la drague et les tensions qui s'en suivent suite à la consommation d'alcool, avant que le trio ne rentre à la maison, sous les dernières lueurs de la pleine lune!

"Go cat go" évoque le départ des noceurs dans une ambiance jazz et swing, au cours duquel l'orgue Hammond de Leo Volski et la guitare dialoguent. Une guitare qui flirte entre blues, rock et jazz. Jazz et rock fusionnent tout au long de "Cool cats on the move", une plage au cours de laquelle les percus d'Olaf Olsen secondent judicieusement la gratte créative. Cordes et orgue Hammond rivalisent de brio sur "Conrad's bar bounty", un bel exercice de style assez proche de l’univers imaginé par Ronnie Earl. Plus cool, teinté d’exotisme, "Rendezvous" adopte un profil blues, susceptible de rappeler le Fleetwood Mac de Peter Green, en fin de parcours. Caractérisé par ses intonations jazz, "Jumping the night away" nous entraîne dans un jump blues, une piste illuminée par les interventions de la guitare. L'ambiance s'échauffe. Les prémices de l'enivrement se précisent. Déjantées, hendrixiennes, les cordes secouent "Midnight haze". "Another one going down" nous baigne au sein d’une atmosphère intimiste, vulnérable, fugitive. Des frémissements latino contaminent ce cool jazz. "Take it away - Takeaway" nous gratifie d’une jam canalisée par une rythmique répétitive. Les cordes de guitare sont sculptées dans le jazz rock, alors que totalement free, le saxophone brode la toile de fond ! "Pitstop by the river" nous entraîne progressivement au sein d’un climat différent. La torpeur est palpable. Avant que la gratte ne décide de poursuivre son périple, tout en douceur, face aux interventions très contemporaines du sax d'Oyvind Sorby. Le chemin du retour est tracé par "Walk and you feet will follow", une piste jazzyfiante, chargée de swing, balisée par les cordes, et relayée par les ivoires de Leo Volski. Le morceau final est une nouvelle jam. Il s’agit également du titre maître. C’est la fin de la nuit. Une période qui semble tirer en longueur, malgré les derniers soubresauts bluesy, aventureux, de la guitare, et les interventions tant du saxophone que du piano électrique…

 

Eric Johnson

Europe Live

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Texan, Eric Johnson est chanteur, guitariste et compositeur. Respecté au sein du milieu musical, il vient à peine de fêter ses 60 ans. Il se distingue d’ailleurs tant dans le rock, le blues, le jazz ou la fusion, styles qu’il affectionne. Ses influences sont particulièrement diversifiées : depuis Jimi Hendrix à Mike Bloomfield, en passant par Chet Atkins, Wes Montgomery et Django Reinhardt. Après avoir opéré ses débuts au sein d’obscures formations (NDR : Mariani, un combo de psyché/rock qui a sévi à Austin, et Electromagnets, plutôt branché sur le jazz rock), il acquiert une certaine notoriété en publiant un premier elpee solo, intitulé "Ah Via Musicom", en 1990. Depuis, il a gravé une multitude de cd et de dvd, œuvres qui ont chaque fois été couronnées de succès. En 1996, il tourne en compagnie de G3. Il y retrouve deux autres gratteurs exceptionnels, Joe Satriani et Steve Vai. "Europe Live" a été enregistré lors de son dernier périple accompli sur le Vieux Continent. Immortalisant tout particulièrement celui accordé au Melkweg d'Amsterdam, ainsi que l’un ou l’autre set prodigué en Allemagne et en France! En ‘live’, le trio est soutenu par le drummer Wayne Salzmann et le bassiste Chris Maresh.

Après une courte "Intro", histoire d’entrer dans le bain, "Zenland" ouvre véritablement l’elpee. Une compo qui nous rappelle une certaine époque de Dire Straits. Rythmiques, les accords sont assez proches de ceux dispensés par Mark Knopfler. Néanmoins, pas de doute,  Johnson est un brillant guitariste. Et s’il puise son inspiration au sein d’un éventail de références plutôt large, il possède son style et sa technique. Sa dextérité lui permet de se lancer dans des structures complexes, et sa vitesse d'exécution en impose. Il vit à "Austin". C’est le titre d’une des plages de l’LP. L’une des rares chantées sur ce témoignage live ; une compo caractérisée par une ligne mélodique assez captivante. Autre plage impliquant des vocaux : "Forty mile town". Elle est préfacée par des cordes réminiscentes de Yes ; même le chant évoque Jon Anderson. John Coltrane signe "Mr P.C", un exercice de style de plus de 10’. Et tout au long de cette piste sculptée dans un jazz moderne assez complexe, laissant libre cours à l'improvisation, Johnson étale toute sa virtuosité. Ce qui n’empêche pas Maresh et Salzmann de mettre leur talent en exergue, sur leurs instruments respectifs. "Manhattan" baigne dans un océan de douceur. A contrario, "Zap" se révèle bien plus dynamique. Johnson se divertit à l’aide de ses riffs hards. Chris Maresh dévoile tout son potentiel sur la basse alors que Salzmann martyrise l’ensemble des éléments de sa batterie. "Song for life " est un  intermède acoustique. Quoique nerveux, "Fat Daddy" adopte une nouvelle fois le style rythmique de Mark Knopfler, un morceau parcouru de brillantes envolées psychédéliques. Plus surprenant, Eric s’autorise un blues shuffle puissant, "Last house on the block", une piste qui adresse un clin d’œil appuyé à son regretté concitoyen, Stevie Ray Vaughan. Il nous réserve "Cliffs of Dover", un succès récolté en son temps! Boogie, "Evinride fever" est propice à d'autres exercices de haute voltige. Et cet opus ‘live’ de bonne facture, s’achève par "Sun reprise".

 

The Harpoonist & The Axe Murderer

A real fine mess

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Issu de Vancouver, ce duo réunit l’harmoniciste Shawn Hall et le gratteur Matthew Rogers. Les deux Canadiens se sont rencontrés en 2006 et ont alors découvert qu’ils partageaient de mêmes affinités musicales. Ils décident donc de s’associer, afin de pratiquer du folk et du blues. Et au fil du temps, s’intéressent au blues électrique. Ils publient "The blues can kill", un elpee autoproduit, en 2007, l’éponyme "The harpoonist and the Axe murderer", en 2008, et "Checkered past", en 2012. Shawn et Matthew signent l’ensemble de leur répertoire.

Sur ce nouvel opus, Shawn chante et souffle dans son harmonica. Matthew se réserve la guitare, la basse, les pecus au pied et circonstanciellement des claviers. Pour concocter ce long playing, ils ont reçu le concours de musiciens locaux ; et notamment l’organiste Tom Heuckendorff, une section de cuivres ainsi que des chœurs

"Black and blues" est amorcé par des accords rythmiques. Douce, contagieuse, troublante, la voix de Shawn concède des intonations quasi-enfantines. Pourtant, la structure de la composition est plutôt complexe. L'harmonica sort enfin de sa tanière. Mélodieuses, ses interventions séduisent face aux rythmes fiévreux développés par les cordes acoustiques. Une guitare à la coloration particulièrement blues introduit "Do watcha", une piste paradoxalement conventionnelle et personnelle. La voix frêle et douce envoûte, alors que guitare et harmonica tissent une trame hypnotique. "Ter for two" baigne au sein d’une ambiance funky. Matthew double guitare et basse, alors que choristes soutiennent Hill. Diligente, la rythmique épouse un format rock, tout au long de "Mama's in the backseat". Shawn y souffle parfaitement, dans un style toujours aussi singulier. "Closer to death" baigne au sein d’un climat oriental et exotique, une plage curieuse, funkysante, enrichie par les interventions de Heuckendorff à l’orgue Hammond. Imprimé sur un mid tempo, "Feel me now" concède des intonations pop. A cause de la voix. Et puis du sens mélodique. Un morceau enrichi de chœurs et de cuivres. La musique pratiquée par le duo est vraiment originale. Pas facile de lui coller une étiquette. Bien sûr la voix est douce, mais particulièrement expressive. Et puis les interventions à l’harmo sortent tout à fait de l’ordinaire. Le titre le plus singulier est certainement "Don't make 'em like they used to". En général les plages sont assez brèves. Ou plus exactement ne tirent jamais en longueur. "My paradise" trempe dans la soul. Un morceau sobre, léger, au cours duquel la voix, qui s’intègre dans les chœurs féminins, semble dans son élément. Des vocaux qui se rencontrent sur un subtil Bo Diddley beat, lors d’"In and out of love". Le duo apprécie le soul funk percussif. Invitation à se secouer, Sweat this pain" en est une belle illustration. Les vocaux trament habilement "Cry a little", une piste au cours de laquelle la guitare met le nez à la fenêtre, sur un riff qui se répète à l'infini. "In the end" adopte la cadence du galop afin de créer une ambiance boogie, que colore de country blues, l’harmonica. "Act your age" bénéficie d’excellents effets rythmiques et sonores. Dommage que le duo n’ait pas mieux exploité ce créneau. Car, finalement, leur pop explorée tout au long d’« A real fine mess » est fort semblable à celle dispensée aujourd’hui par les Black Keys. Quant à la finale, "A real fine noise", elle constitue la synthèse parfaite du style exécuté par le tandem canadien...

 

Alastair Greene

Trouble at your door

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Agé de 43 ans, Alastair Greene est chanteur et guitariste. Il est issu de Santa Barbara, en Californie. Avant d’opter pour la gratte, il a appris à jouer du piano et du saxophone. Des études qu’il a accomplies au ‘Berklee College of Music’ de Boston. Lorsqu’il revient en Californie, début des nineties, il opte pour le rock et le blues. Il fonde l'Alastair Greene Band en 1997 ; une aventure toujours en cours qui lui a permis de publier cinq elpees à ce jour : "A little wiser" en 2002, "Live in L.A" en 2003, "Walking in circles" en 2009, "Through the rain" en 2011, un disque au profil hard rock, et "Now and again", une compilation réunissant 15 titres partagés entre standards et inédits, en 2013. Particulièrement ouvert à la création musicale, Greene a réussi à s’attirer la sympathie d’Alan Parsons, le leader de l’A.P. Project (NDR : c’est également lui qui avait assuré le rôle d’ingénieur du son pour l’album de Pink Floyd, "Dark side of the moon"). Alastair participe ainsi à la confection du long playing de Parsons, "A valid path", en 2004. Il intègre même le touring band d'Alan, dès 2010, en compagnie duquel il continue de se produire ! Enfin Greene a également apporté sa collaboration, en studio, mais également, en tournée, à de célèbres musiciens comme le batteur Aynsley Dunbar, le guitariste français François Goldwasser et l'harmoniciste californien Mitch Kashmar. En janvier 2014, il signe sur le label blues Delta Groove, et plus précisément sur sa branche plus rock, Eclecto Groove. Greene adore se produire en trio. Pour la circonstance, il est soutenu par le bassiste Jim Rankin et le drummer Austin Beede. Une formule power blues/rock que l'AGB explore à la perfection.

"People" nous plonge dans l’univers déterminé et dynamique de l’AGB. Alastair est le seul soliste. Et il en est conscient. Il intègre parfaitement les interventions à la slide, sur cette plage. La machine est bien huilée. Le trio manifeste une efficacité redoutable. Le titre maître me rappelle un autre trio texan. Vous vous en doutez, le ZZ Top. "Back where I belong" nous embarque dans un boogie. La section rythmique est solide et puissante. Insatiable, Alastair fait vibrer son doigt d'acier. Une envie irrésistible à se secouer vous envahit. "Red wine woman" est un interlude roots. Seul, armé de sa guitare Resonator, Greene nous plonge dans le delta blues! Blues/rock direct et musclé, "First born son" constitue une belle rampe de lancement pour un décollage aux cordes. "Love you so bad" est bien plus enlevé. Malgré le tempo, la guitare tient parfaitement la route. Elle se révèle même aventureuse, tout au long de ce blues inspiré par le Delta, tout en évoluant à un rythme de locomotive lancée à toute vapeur sur les rails. Menaçant, "Last train around the sun" est à nouveau hanté par ZZ Top. Les riffs sont déterminés et les chapelets de notes bien senties. Excellent! "Calling for you" change totalement de style. Une plage indolente, introduite par les interventions à l’orgue Hammond d'Erik Norlander. Une compo dont le profil prog est accentué par les accès de gratte discrets mais réverbérés, injectés un peu à la manière d’un David Gilmour. Sean McCue chante en harmonie "Make the devil's day", une piste qui opère un retour au rockin' blues, s’autorisant même un envol aux cordes totalement suranné. Une seule reprise : le "Strange feeling" du regretté Michael Burks, un titre au cours duquel l’aspect dramatique est fort bien restitué! De toute bonne facture, ce long playing s’achève par "The sweetest honey", un brûlot imprimé tout simplement sur un tempo rocker, mais tellement efficace…

 

Vincent Bucher

Hometown

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Né à Lens, Vincent Bucher est un harmoniciste de blues. Il est âgé de 52 ans. Au cours de sa carrière, il a toujours privilégié les collaborations. Et notamment auprès de Charlélie Couture ; mais également de musiciens africains, comme le Malgache Tao Ravao ou le Malien Lobi Traoré. Il reconnaît pour première influence, Sugar Blue. Il a produit les deux derniers elpees de Matthew Skoller, un harmoniciste blanc dont il est devenu l’ami. Son dernier opus remonte à 2013. Il s’intitule "Vazo". Lors des sessions d’enregistrement, il avait reçu le concours d’un des ses potes, qu’il fréquente depuis plus de 30 ans ; en l’occurrence le multi-instrumentiste malgache, Tao.

"Cheers & Handshakes" évolue sur un tempo soutenu. Pas très puissante, la voix de Vincent est souple. Il nous réserve rapidement une belle sortie sur son harmonica, avant de céder le relais à la guitare de Jérémie Tepper. Sur sa musique à bouche, Vincent dispense des tonalités très personnelles et profondes. Il le démontre sur "The other way around", une piste aux accents country. Mais également sur "Hometown". Une superbe compo qu’il chante d’un timbre empreint d’une grande sensibilité. Il privilégie les plages qui conjuguent simplicité et douceur. A l’instar de "Spare time", une ballade plutôt folk, malgré les interventions de l’orgue ‘vintage’ dispensées par Slim Batteux. Ou du plus intimiste "I'm gone", une plage à la fois belle et dépouillée. Bucher laisse libre cours à son inspiration tout au long de "The 14th jump", un titre au cours duquel il étale toute sa technique. Parfois on ressent également ses influences africaines et caribéennes, dans ses compos. A l’instar d’"I'm buying time", dynamisé par les percussions exotiques de Danny Montgomery et parcouru par le dobro de Tepper. Ou lors du titre final, le bouleversant "Once in a while". Blues boogie, "Don't leave the table" est imprimé sur un tempo nerveux. Un réveil bien tardif ! Avant que l’opus ne replonge dans un climat exotique…

 

Kaye Bohler

Handle the curves

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Kaye Bohler vit dans la baie de San Fransico. Une chanteuse qui ne manque certainement pas de tonus. La silhouette longiligne, les jambes bien galbées et les formes généreuses, la chevelure abondante, blonde et bouclée, elle brille aussi bien dans le blues, le R&B, la soul, le funk, le jazz que le rock. Elle affiche déjà une belle expérience. Et pour cause, elle sillonne les scènes mondiales depuis plus d’un quart de siècle. Elle est parfois surnommée la ‘Tina Turner’ blanche. Elle chante, compose et drive son propre groupe.

Après avoir gravé "Men and music" en 2000, "Live at Moe's Alley en 2003" et "Like a flower" en 2009, elle nous propose son 4ème elpee. Elle signe les 10 plages de "Handle the curves". Pour enregistrer cet opus, elle a reçu le concours d’excellents musiciens. Pete Anderson, son producteur, se charge des parties de guitare. Pas un néophyte, puisqu’il a notamment bossé pour Dwight Yoakam, Flaco Jimenez, Lucinda Williams ou encore Jackson Brown.

"Doggin' on my man" ouvre l’elpee. Un solide r&b au cours duquel la voix de Kaye se révèle naturellement autoritaire. Les cuivres impriment le tempo, alors qu’Anderson égrène d'excellentes notes funky, sur ses cordes. Sauvages, les attaques de la Lady rappellent incontestablement Tina Turner. "The way I do business" est une compo bien rythmée, un West Coast boogie blues parfaitement balisé par la section rythmique. Pete Anderson se réserve une excellente sortie, au sein d’un univers sonore coloré par les cuivres et les accords de piano dispensés par Michael Murphy. Après la jolie ballade soul "Bubble gum", place au titre maître, "Handle with curves". Cuivres, orgue et arrangements de cordes alimentent ce soul blues lent, une piste au cours de laquelle Kelly Back, un musicien de studio issu de Nashville, tire son épingle du jeu aux cordes. Des chœurs féminins et les cordes d'Anderson envahissent "Backbone", une piste contaminée par un soupçon de funk. "Party time" évolue sur un rythme dansant. On a vraiment envie de se bouger les fesses. Les musicos sont particulièrement en verve ; et en particulier Pete, qui se réserve bien sûr la guitare. Kaye Bohler est avant tout vocaliste. Et elle se révèle vraiment à l’aise lorsqu’elle aborde la soul et le r&b. Lors de compos imprimées sur un mid tempo. Moment le plus opportun pour montrer toute l’étendue de son talent. A l’instar de "Stayed", plage au cours de laquelle le notoire Ron Dziubla s’autorise un envol sur son saxophone ténor. Et dans l’univers du blues, elle ne se débrouille pas trop mal non plus. Comme sur "It's the blues", un morceau réminiscent de Muddy Waters. Tant le tempo que le riff de guitare. Toujours aussi enlevé (NDR : est-ce du blues ou du r&b ?), Family is found" évoque une nouvelle fois Tina Turner, une piste au cours de laquelle Dziubla brille sur saxophone. "Don't take my hope away" clôt l’elpee. Un Memphis R&B lent, émouvant, bien mis en valeur par les interventions à l'orgue Hammond de Murphy…

 

Blue Moon Marquee

Lonesome ghosts

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Blue Moon Marquee est un duo canadien. Originaire des Montagnes Rocheuses, près d'Alberta plus précisément, il est considéré comme un gypsy blues band. Le duo réunit le guitariste A.W. Cardinal et Jasmine Colette, une charmante dame commise à la (lourde) contrebasse. Mais également aux drums, un mini kit qu’elle actionne à l’aide de ses pieds. Les deux musiciens se partagent le chant. Ils puisent leurs racines musicales dans un passé lointain. Depuis Lonnie Johnson à Charley Patton, en passant par Django Reinhardt. Après avoir beaucoup bourlingué, A.W. décide de s’établir dans l’Ouest canadien. Il grave alors l’album "Stainless steel heart", en 2012. Il rencontre ensuite Jasmin. Rapidement, le couple décide de faire vie musicale commune. Blue Moon Marquee vient de naître… Pour concocter "Lonesome ghosts", la paire a reçu le concours de quelques invités, dont Mal Temple et Kenton Loewen, tour à tour préposés à la batterie, et circonstanciellement d’un claviériste et d’un violoniste. Cardinal signe la majorité du répertoire.

"What I wouldn't do" est un blues teinté de jazz. Les accords dispensés par Jasmin à la contrebasse sont très alertes. Ceux du piano, assurés par Simon Kendall, complètent parfaitement l’ensemble. Manouche, "Pipeliner blues" accroche instantanément l’oreille. Tout en s’intégrant à l’ensemble, le violon de Cameron Wilson rappelle les bonnes vibrations produites naguère, par le Quintette du Hot Club de France, lorsque Stéphane Grapelli donnait la réplique à Django Reinhardt. "Trouble's callin'" libère un swing naturel, une plage que chante A.W. chante d'une voix volontairement fatiguée, alors que Nathan Shubert se consacre aux ivoires. "Scotch Whiskey » trempe dans un Gypsy blues dynamique. Cardinal semble très inspiré à la gratte électrique, alors que Kendall double impeccablement au piano et à l’orgue Hammond ! Et ce dernier remet le couvert sur l’excellent blues "In the henhouse". La voix douce et séduisante de Jasmine rejoint celle de son partenaire sur "Bishop street", une piste qui allie simplicité et élégance. Cameron Wilson dispense ses interventions slaves, envoûtantes, tout au long du judicieusement intitulé "Gypsy's life". Le duo vit passionnément son blues, tout au long de "Sugar dime". Et en finale, les deux acteurs du Blue Moon Marquee se réservent encore le titre maître, "Lonesome ghosts", des fantômes solitaires qui peuvent tant nous apporter…

 

B.B. & The Blues Shacks

Businessmen

Écrit par

Les Blues Shacks constituent certainement une des plus éminentes formations blues européenne. La meilleure en Allemagne sans aucun doute. Elle est, en outre, toujours fidèle au label teuton, Crosscut. Cette année, elle fête ses 25 ans d'existence. Les frères Alt sont toujours aux commandes : le chanteur/harmoniciste Michael, et le guitariste Andreas. Le line up est complété par le claviériste Dennis Koeckstadt, le bassiste Henning Hauerken, et le drummer Jochen Reich. Enfin, pour une majorité de titres, ils sont épaulés par la section de cuivres des No Blow No Show Horns. Et si la musique trempe bien dans le blues, elle est également contaminée par le R&B et le southern soul à coloration Stax.

"Out of tears" ouvre l’elpee. Un R&B particulièrement percutant évoluant sur un tempo très dansant. Dans un style proche de Jimmie Vaughan, les interventions d’Andreas sur sa gratte sont sémillantes. Et suivant le rituel, la voix de Michael se détache bien de l'ensemble. L’harmo est bien mis en exergue sur "Gimme this, gimme that", un blues classieux. "Take my name" nous entraîne dans l’univers sonore de Stax, un Memphis R&B, irrigué par l'orgue Hammond de Koekstadt. Les cuivres sont à la fête, et notamment la trompette de Stefan Gössinger ! "Business man" est un blues de bonne facture, au cours duquel chant, harmo, guitares et orgue tirent leur épingle du jeu. Saturée de swing, "Buckle up" est une plage instrumentale au tempo jazz mais au feeling Stax. A cause de l'orgue très Booker T et des cordes aventureuses d'Andreas. Ballade soul, "Lovin' night" libère toute sa tendresse. Koekstadt siège derrière le piano et Alt souffle par oscillations dans sa musique à bouche, tout au long de "Pardon me", un blues puissant mais élégant. Chez les Blues Shacks tout est parfaitement mis en place. Les arrangements s'emboîtent à merveille. Et "Rain all down my way" en est certainement la plus belle illustration. Une piste au cours de laquelle très texane, la guitare réveille les spectres de Vaughan, Albert Collins et Freddie King! Chant et harmonica excellent tout au long de "Who's dying now". Une seule reprise : "It was a dream". Un Chicago blues urbain écrit par John Brim. Une piste respectueuse de la version originale. Face au piano de Dennis, la voix empreinte d’une grande pureté rappelle Roosevelt Sykes voire Sunnyland Slim. Et Michael démontre qu’il a parfaitement assimilé cet art de souffler, institué par Little Walter. Tout au long de cet elpee, Green privilégie la quintessence de l’expression sonore. "Hot pants" permet aux envols de se succéder : piano, saxophone, guitare, etc. La voix de Michael évoque tantôt celle de Robert Cray, tantôt de Sam Cooke, sur la plage soul "Blues shadow". Nous sommes toujours à Memphis, proches du big band blues de BB King, lorsque les cordes d’Andreas sculptent "I overpaid my dues". Limpide, le timbre vocal est encore hanté par un Robert Cray des grands jours, sur l'émouvant "Blues shadow", un morceau caractérisé par une sortie d’Andréas sur sa gratte. Et les Blues Shacks de refermer cet album dans un climat chargé de swing, cuivré et teinté de jazz.

 

Les Bains III

Dereconstructed

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Le premier opus de Lee Bains III, "There is a bomb in Gilead", était paru en 2012 chez Alive Natural Sound! Produit par Tim Kerr, leur second a été publié par Sub Pop. Et il a été enregistré à Nashville. Le line up est partagé entre citoyens d’Atlanta, en Georgie, et de Birmingham, en Alabama. Eric Wallace et Lee se consacrent à la guitare. Ce dernier, se réserve également le chant. Adam Williamson se charge de la basse et son frère, Blake, de la batterie.

La musique de Lee Bains est plutôt dure, agressive, sans concession, féroce même, combinant rock, garage, punk et blues, dans un contexte qui n’appartient qu’au Sud des States. Elle est balisée par les deux grattes. Sociopolitiques, les lyrics de Bains critiquent le néo-libéralisme.

Dès les première notes de "The Company man", je ne puis m’empêcher de penser aux frères Asheton, lorsqu’ils sévissaient dans les Stooges, en 1969. Bien sûr, la voix de Lee n'est pas vraiment comparable à une caresse, mais elle diffère de celle d’Iggy Pop. Nous ne sommes d’ailleurs pas à Detroit, mais bien dans le Sud. "Dereconstructed" a une pêche d’enfer. Un southern rock au cours duquel les guitares s’illustrent. Dans un style qui me rappelle un autre band issu d'Atlanta, Georgia Satellites. Drivé par Dan Baird, il cartonnait dans les années 80. Un Baird qui milite aujourd’hui chez Homemade Sin et les Bluefields, des combos établis à Nashville impliquant l’ex-gratteur de Jason and the Scorchers, Warner E Hodges. Et les grattes sont toujours aussi débridées sur "Burnpiles, swimming holes", une plage caractérisée par ses changements de tempo et ce feeling dramatique qui contaminent les riffs. D’excellente facture, "The Kudzu and the Concrete" baigne à nouveau dans le southern rock à la Baird. "What's good and gone" s’ouvre dans un climat paisible ; néanmoins l’électricité refait rapidement surface sur cette compo plus pop, bien structurée, qui lorgne à la fois vers Lynynrd Skynyrd pour le refrain, et les Stones, pour les cordes. "We dare defend our right!" adopte un profil davantage blues, mais sudiste, une piste au cours de laquelle, déjantées, les six cordes sont au bord de l'asphyxie. Offensif et rageur, "Flags" opte pour un format plus punk. Autre rock sudiste, "Mississippi bottomland" accroche plus aisément l’oreille. La voix est empreinte de sérénité, alors que les riffs sont dispensés à la manière d’un Keith Richards. Lee souffle alors dans son vieil harmo pour marquer le retour au calme. Les Glory Fires achèvent cet elpee de toute bonne facture par "Dirt track". Caractérisée par les derniers cris de Lee Bains III, cette compo macère dans un blues à nouveau contaminé par l’esprit de Lynyrd Skynyrd et des Stones…

 

Jonah Tolchin

Clover Lane

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Jonah Tolchin nous vient du New Jersey. Un chanteur compositeur américain qui puise son inspiration dans le folk, le blues et l’alt country. Agé de 21 ans, ce jeune musicien a publié son premier opus, "Criminal man", en 2012. Un disque suivi par l’Ep "Five Dollar", qui avait bénéficié du concours de Marvin Etzioni (Lone Justice), à la production. Il signe chez Yeproc, début 2014. Et lui réserve "Clover Lane". Les sessions se sont déroulées à Nashville, toujours sous la houlette d’Etzioni. "Clover Lane", c'est le nom de la rue où habitait Tolchin, et où il a passé toute son enfance! Son père avait vécu dans le Mississippi. Il possédait une belle collection de disques de blues. Un réservoir au sein duquel Jonah a puisé son inspiration première.

"Mockingbird" est un témoignage de ses influences originelles. La voix du chanteur est soutenue par les percussions, un violon et un harmo au sein duquel souffle Mickey Raphael, un musico issu du backing group de Willie Nelson. Pedal steel et violon dominent "Midnight rain", une piste qui baigne dans le folk blues traditionnel. Le violon est un instrument auquel Jonah fait souvent appel. Il chante "Hey baby blues", un blues indolent au cours duquel Steve Berlin (Los Lobos) apporte son concours au saxophone baryton. Ballade folk, "Diamond mind" se signale par sa mélodie accrocheuse. Le violon est à nouveau mis en exergue sur "Atlantic winds". Tolchin privilégie l’americana. Un style dont la simplicité naturelle et le souci de l’esthétisme lui permettent de concocter des chansons comme "Mansion in Hollywood", une piste qui sert de tremplin à une superbe envolée de gratte dispensée par Chris Scruggs (NDR : c’est le fils de la chanteuse Gail Davies et le petit-fils du banjoïste bluegrass Earl Scruggs). John McCauley, le leader de Deer Tick participe aux chœurs tout au long de la jolie ballade, "Low life". Et on apprécie lorsque les musicos rebranchent leur amplis. A l’instar d’"Hybrid Automobile", un blues électrique tramé sur un riff solide, mais hypnotique. Raphael s’y réserve l’harmonica, alors que la guitare de Scruggs crache des flammes incandescentes avant d’exploser. "21st Century girl" est une autre chanson dont la mélodie flatte l’oreille. Mêlant à merveille folk, country et blues, "Motel #9" est une ballade qui fleure bon le Sud. Les interventions de mandoline et de steel guitare rappellent l’époque "Let it bleed" des Stones. Et l’elpee de s’achever par "I'll be gone", un titre somptueux, nonobstant son dépouillement…

 

Andy T - Nick Nixon Band

Livin it up

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Ce duo black & white nous avait gratifiés, en 2013, d'un excellent opus baptisé "Drink drank drunk", sur le label californien Delta Groove. Le noir, c'est Nick Nixon, une référence musicale dans sa ville de Nashville. Il a longtemps milité chez les New Imperials. Il a côtoyé un certain temps Jimi Hendrix, avant que ce dernier ne devienne une star universelle. Le blanc, c'est Andy T Talamantez. Ce Californien a émigré à Nashville en 2008. Dans le passé il a sévi au sein des backing groups de Guitar Shorty et Smokey Wilson. Leur premier album avait été produit par le Texan Anson Funderburgh, un gratteur de blues notoire. Il a remis le couvert. 

Imprimé sur un mid tempo, "Baby right now" ouvre la plaque. La voix de Nixon émerge naturellement. Son organe est taillé pour chanter le blues et le R&B. Andy met rapidement le nez à la fenêtre, mais dans un style parcimonieux et efficace rappelant son ami Anson Funderburg. "Best in town" nous abandonne au cœur des swamps louisianais. Une compo imprimée sur un tempo indolent. Sous les impulsions de l'harmonica, que se réserve le pote autrichien Christian Dozzler, la plage nous entraîne dans l’univers des swamps louisianais. Signée Delbert McClinton, "Livin' it down" est une piste qui nous conduit dans la Big Easy, la cité de la Nouvelle Orléans, sous l’impulsion du piano syncopé de Dozzler et le saxophone de Ron Jones. La voix de Nick est toujours aussi chaude et caressante pour aborder le "My baby is now on my mind" de T-Bone Walker. Andy est totalement investi par son rôle, tout au long de ce blues qui swingue naturellement. "Good man" est une compo signée Renee Funderburgh (l'épouse d'Anson) ; un slow blues au cours duquel toute l’instrumentation est bien en place : piano, cuivres et, la guitare, qui se réserve un nouveau billet de sortie… Larry Van Loon (NDR : un guest issu de Kansas City) se charge de l’orgue dans le style de Jimmy Smith. "Back down south" opère un retour au downhome blues. La voix de Nick est systématiquement ponctuée par les interventions concises d’Andy à l’harmonica. Une plage bourrée de charme au cours de laquelle Ron Jones prend son envol sur son saxophone ténor. Pur rock’n’roll, "Last to leave" communique un max de bonnes vibrations. Pour la dernière fois, Dozzler se charge des ivoires. Dana Robbins et Andy ont signé cette piste parcourue par un saxophone explosif. Pour votre info, sachez que citoyenne de Nashville, Dana milite au sein du backing band de Delbert McClinton. Irrigués par l’orgue Hammond, "Let's say it's for good" et "Snake in the grass" trempent dans le Memphis blues. Sur ce dernier morceau, Andy module ses cordes à la manière d’Albert et BB King. "Whatever you had you ain't got it no more" est un succès soul né au cours des sixties. Nick chante passionnément ce southern R&B. Anson Funderburg se réserve la guitare et Lady Robbins le saxophone rythmique sur "Ob baby", une piste née du fruit d’un subtil cocktail de blues et R&B. De toute bonne facture, ce long playing s’achève par "Love at first sight", une plage balisée par le piano et l’orgue, une compo dont les vocaux sont empreints d’une grande sensibilité…