La première ébauche de Beguiling Junior

Le mystérieux duo Beguiling Junior, formé par Kaya Wilkins (Okay Kaya) et Oli Burslem (YAK), s'apprête à dévoiler son tout premier elpee intitulé « First Cut ». Attendu pour le 2 octobre 2026, ce disque marque la naissance officielle d'une collaboration aussi…

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Tommigun fait de vieux os…

Les vétérans belges de l'indie pop signent un retour marquant. Dix ans après la parution de Wooden Son, Tommigun rompt un long silence et dévoile « Heavy Bones ». Ce morceau inaugure un nouvel elpee éponyme, dont la sortie se profile pour le 20 novembre 2026…

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uSSSy

Un vent frais venu de l’Est…

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C'est par une chaleur quasi tropicale et chargée de promesses d'orage que je me rendais ce mercredi au Magasin 4 pour aller assister à une triple affiche qui n'en manquait pas moins. Au programme la formation transalpine MoRkObOt, le duo russe uSSSy et le quatuor canadien Topanga. Malheureusement, arrivé en retard sur les lieux, je n’ai pu assister au set du combo torontois.

A peine ai-je débarqué, le temps de se mettre en condition, que retentissent déjà les premiers accords de uSSSy. Ma première impression est la surprise. Et pour cause, vu la richesse instrumentale des morceaux découverts au préalable, il est étonnant de voir les Moscovites œuvrer en duo. Comme souvent dans ces cas là, c'est la synchronisation et la maîtrise technique qui fait la différence et permet à un batteur et un guitariste de nous laisser bouche bée. Car si à leurs débuts leur noise frontale en avait déjà séduit quelques-uns, que dire de ce mélange de free noise et d'influences traditionnelles? Qu'il communique une coloration assez inattendue à leur musique faite de polyrythmies singulières. En outre, ce jeu de guitare bluffant apporte une touche world orientale au sens large du terme ; donc aussi bien arabisante qu'est-européenne. Et on se souviendra peut-être de groupes pratiquant déjà ce genre de fusion, emmenés par le label Trottel Records dans nos contrées et plus particulièrement à Liège pour ceux/celles qui ont fréquenté la Zone dans les années 90/2000. Merci à uSSSy pour cette brise rafraîchissante dans l'atmosphère moite et étouffante de cette journée avant de passer à la tornade italienne MoRkObOt.

Lin, Lan & Lon les 3 membres de ce trio fêlé ne sont pas fait prier pour faire monter la tension d'un cran à l'aide de quelques solides déflagrations soniques qui allaient également bien nous secouer les neurones. En effet, c'est un véritable rouleau-compresseur qui a déboulé sur le Magasin 4, une machine de guerre qui trace ses plans de bataille en se souvenant des conquêtes entreprises par de grands généraux répondant aux noms de Primus, No Means No ou encore leurs compatriotes de Zü. Un ouragan noise traversé de quelques éclairs psychédéliques ou ‘stoners’ déconseillé aux oreilles trop sensibles et aux épileptiques. Un casse-tête musical pour auditeurs exigeants et endurants. MoRkObOt est un peu tout ça à la fois, fuyant les évidences, cherchant sans cesse la voie la plus tordue pour s'introduire insidieusement dans votre boîte crânienne et y faire le ménage. Attention toutefois, ce phénomène pourrait laisser des traces indélébiles ; mais il se peut que vous en redemandiez! Sachez néanmoins que dans ce cas, la rédaction de Musiczine ainsi que les organisateurs du concert déclinent toute responsabilité... Bon d'ici là surveillons les prochains bulletins météo et vivement la prochaine tempête!

(Organisation Magasin  4)

 

Depeche Mode

Music For The Masses

Écrit par

De ma propre initiative, me trouver devant le stade de France, en ce samedi ensoleillé, me semblait inconcevable…

Votre serviteur en a été pour ses frais lors des grands rassemblements et il émet dès lors plus que certaines réserves lorsqu’il s’agit de s’agglutiner à la masse suintante de milliers de fans frôlant l’apoplexie à la vue de leur(s) idole(s).

Ajoutez-y des prix exorbitants réclamés pour plumer le pigeon ainsi que tout le système machiavélique mis en place pour y arriver ; et en théorie, nous arrivons donc à mon seuil de tolérance ultime.

Pourtant, à mesure que l’événement approche, mon excitation va croissante.

Je pénètre donc l’immense enceinte dénué de tous préjugés, car après tout, je suis venu prendre un max de plaisir offert ce soir, et je ne vais pas tarder à m’apercevoir qu’au-delà de ces quelques détails somme toute futiles, les grandes messes restent encore d’incomparables moments de communions.

Le rôle imparti à Douglas J McCarthy ce soir est des plus ingrats.

Jouer en première partie de Depeche Mode est un cadeau empoisonné qui ne se refuse pas.

Si l’univers de l’ex-Nitzer Ebb se prête particulièrement bien au supporting act, d’un point de vue musical, malheureusement perdu sur une scène immense, face à un parterre de fans inconditionnels qui grossit au fil des minutes, la petite stature qui incarnait un glorieux représentant de ce qu’on appelait à l’époque l’Electro Body Music, pourtant énergiquement et inlassablement ballottée de gauche à droite, va rapidement disparaître dans une vaste perspective de l’inattention.

L’accueil n’est certes pas hostile, ce qui du reste est plutôt bon signe, car quelques prédécesseurs garderont à jamais de sombres souvenirs de leur tournée avec DM (demandez donc à Stuart Pierce de Spiritualized !)

Mais il est clair que les titres de « Kill Your Friends » ne sont pas taillés pour se perdre dans l’anonymat. Ils demandent respect et attention.

Ce qui est loin d’être le cas.

Le premier opus qui signe le retour de McCarthy regorge de très bonnes chansons, aux ambiances recouvertes d’un vernis noir et parfois même inquiétant. Mais elles ne sont décidément pas destinées à être semées aux quatre vents comme de vulgaires fétus de paille, juste bons à distraire la foule impatiente.

Qui plus est, le son lui même n’est pas taillé pour un stade, loin s’en faut.

Ainsi, malgré toute sa bonne volonté, DJMC ne capte pas à focaliser la concentration…

La mienne a d’ailleurs été happée en cours par l’impressionnante structure qui héberge tant de monde et engloutit les petites fourmis gesticulantes.

Bref, je ne suis pas déçu de la prestation de Douglas, et lui donne volontiers rendez-vous au sein d’un espace davantage à la mesure de sa carrure.

De carrure, Dave Gahan n’en manque lui certainement pas. Et le poids des ans et de ses frasques vécues n’ont en rien terni son charisme.

Pas plus que les nombreuses rides qui sillonnent à présent son visage ne semblent marquer réellement l’empreinte du temps.

Impeccable showman, il est la figure de proue de Depeche Mode, celle qui permet au band de traverser les époques sans perdre de leur splendeur.

Difficile de rester placide quant il se déhanche, et inutile d’être une jeune fille découvrant ses premiers émois pour vibrer comme un cil sous le vent.

L’homme sait y faire, et épaulé par une machinerie impeccablement huilée, tant au niveau du son que de l’image, les concerts qu’il accorde déçoivent rarement.

Pourtant, il serait réducteur de résumer la magie DM à son leader vocal.

Car Andrew Fletcher et Martin Gore assurent, certes plus discrètement, mais avec autant de brio, leur part de travail.

Bien que ne disposant pas du sex-appeal de son acolyte, Martin ose même se mettre en avant sur certains titres plus dépouillés, offrant une sensibilité différente et plus timide, mais qui rappellent néanmoins à juste titre qu’il est et reste le maître à penser musical de l’entité Depeche Mode.

Alors, oui, il reste peu de place pour les surprises, et aucune pour les imprévus.

Mais il est évident que tel monstre ne se déplace pas au hasard et au gré des humeurs de son équipage.

Tout est mis en place pour que ce show d’envergure ne souffre d’aucun temps mort et tout s’enchaîne donc sans surprise, sans bavure.

Les vingt-trois titres ne varient que très peu d’un soir à l’autre, mais proposent un bel éventail d’une carrière riche en hits ; mais surtout, et c’est là la prouesse par rapport à d’autres dinosaures broutant encore nos plaines, le set est homogène.

Un set qui s’ouvre comme « Delta Machine », par un welcome, et s’achève pareillement sur un goodbye.

Le rituel des rappels assurant définitivement la mise en bière (on reparlera du prix de celle-ci à une autre occasion) avec panache et classe, comme il se doit. Laissant derrière eux un public ravi qui en demande encore plus.

Puis les projecteurs se rallument et en un rien de temps, l’immense champ se vide de ses âmes comblées et aux anges, qui bientôt se dispersent le long de la Seine, des étoiles plein les yeux.

Quant à votre serviteur, il se félicite d’avoir vaincu son agoraphobie, certes toute relative, mais qui aurait pu lui faire manquer un grand moment.

Pour peu, je me sentirais prêt à refaire le Werchter Festival !

Set List :

Welcome to My World
Angel
Walking in My Shoes
Precious
Black Celebration
Policy of Truth
Should Be Higher
Barrel of a Gun
Higher Love Judas
Heaven
Soothe My Soul
A Pain That I'm Used To

A Question of Time
Secret to the End
Enjoy the Silence
Personal Jesus
Goodbye

Rappel :

Home
Halo
Just Can't Get Enough
I Feel You
Never Let Me Down Again

 

Neil Young

Rock’n’roll is not dead

Écrit par

La route qui nous conduit à Forest National est toujours aussi pénible. Dès l’entrée de Bruxelles, on est confronté aux ralentissements et bouchons rituels. Et pourtant, nous sommes un samedi soir. Mais, c’est vrai, il y a Neil Young qui se produit dans cette grande salle. Oui, je suis demeuré un grand aficionado du ‘loner’, mais le gigantisme, ce n’est plus ma tasse de thé. Et le prix des places a de quoi effrayer, même les plus grands admirateurs de l’artiste. Néanmoins, mes amis néerlandophones, Sam et Johan, respectivement collaborateur de longue date et rédac’chef du website pour le Nord du pays, m’ont convaincu de les accompagner. Bien sûr, le Canadien va encore revenir chez nous pour participer à plusieurs festivals cet été ; mais il commence à prendre de l’âge (NDR : il est né le 12 novembre 1945, donc approche les 70 balais), et il n’est pas sûr qu’il reparte encore pour de si longues tournées…

Lorsque nous débarquons dans l’hémicycle, Los Lobos a déjà entamé son set. Pas des néophytes, puisque le band s’est formé en 1973. Et le sextet tient la route, même si on se rend compte qu’un endroit comme l’AB serait certainement plus adapté à leur style de musique, fruit d’un cocktail de rock, rhythm’n’blues, country, tex-mex et conjunto. N’empêche, pour un supporting act, c’est du solide. Et le groupe recueille un accueil chaleureux de la part d’un public plus que nombreux. Tiens, petite remarque, la voix de David Hidalgo, me fait penser, ce soir à celle de Stevie Winwood, détail qui m’avait toujours échappé sur disque.

Avant que ne débute le set de Neil Young & Crazy Horse, on remarque la présence de quatre énormes caisses rectangulaires, sur l’estrade. Deux verticales et deux horizontales. Elles doivent certainement abriter le matos du groupe. Deux écrans sont disposés de chaque côté de la scène. Mais reconfigurés en écrans TV à la mode sixties. Une excellente initiative, car vu l’assistance, et la distance qui nous sépare du podium, on ne distinguera pas toujours très bien les musicos. Votre serviteur ne mesure pas non plus 1m90. Dès lors, on apprécie cette configuration…

Une équipe de techniciens s’affaire sur les planches. Certains sont vêtus de tabliers blancs. On dirait des savants fous. D’autres, portent des salopettes bleues, et sont coiffés de casques rouges, comme sur un chantier de construction. Tout ce beau monde semble se chamailler. Belle mise en scène. Puis les hommes casqués commencent à relever les caissons pour laisser apparaître les immenses enceintes ‘Fender’. Les musiciens débarquent enfin et se mêlent à la cohue. Pas très longtemps, car soudain, la ‘Brabançonne’ retentit. Et tous ces acteurs s’alignent face au public en portant la main droite sur le cœur. Neil, en tenant son chapeau. Manifestement, ils sont au courant de l’engouement suscité par les Diables Rouges, la veille, lors de leur victoire face à la Serbie. Un petit couac quand même. Si un grand étendard est déroulé à l’arrière, ce n’est pas aux couleurs de la Belgique, mais un hybride entre celui de la France et des Pays-Bas. Connaissant la rivalité qui existe entre ces deux pays et le nôtre, dans le domaine du football, le flop est diversement apprécié. On ne va pas non plus en faire une affaire d’état ; m’enfin, c’était quand même pas la lune de se procurer un drapeau adéquat…

Sur les planches, Neil est soutenu par Frank Sampredo à la seconde gratte ainsi que Billy Talbot à la basse et Ralph Molina aux drums. Ce dernier, la casquette vissée sur la tête paraît un peu écrasé entre les énormes haut-parleurs.

L’an dernier, Neil avait commis deux elpees, dont le remarquable « Psychedelic Pill ». Ce soir, il va en reprendre trois plages. Le titre maître, une version phénoménale de « Ramada Inn » et une autre tout aussi remarquable de « Walk like a giant ». Caractérisé par son sifflotement contagieux, ce morceau constitue certainement un des sommets du concert, la compo s’achevant dans une véritable éruption noisy, digne de Sonic Youth. A cet instant, on pense vraiment que le groupe va enchaîner par « Like a Hurricane ». Ce ne sera pas le cas. Car le plus paradoxal, c’est l’absence de chansons vraiment phares, au cours de ce set. Deux inédits quand même. Tout d’abord « Hole in the sky ». Une intro dantesque. Des tas de sachets en plastique et des détritus volent sur scène. L’intensité électrique est alors à nouveau à son paroxysme. Car manifestement, vu le volume sonore dispensé, un trou a dû se former dans le ciel. Autre nouveauté, « Singer without a song », interprété au piano, moment choisi par une demoiselle pour déambuler sur l’estrade, sans trop savoir où elle aurait pu poser son instrument, qu’elle trimbale dans une housse. Une reprise, le « Blowin’ in the wind » de Dylan, que Neil aborde seul à l’harmo et à la sèche, pendant que le logo du festival de Woodstock, apparaît en arrière-plan. Précédé par « Comes a time », quand même, sous la même configuration. Mais surtout des compos qu’on n’a plus l’habitude d’entendre. Comme « Fuckin’ up », moment au cours duquel les musicos se marrent comme des baleines. Ou « Welfare Mothers », un extrait de « Rust never sleeps ». Surprise, le tracklisting épingle une compo datant de son séjour chez le Buffalo Springfield, « Mr Soul » (NDR : elle remonte quand même à 1967 !), et en rappel, le titre maître du premier opus de Neil Young & Crazy Horse, « Everybody knows this is nowhere » ainsi que « Roll another number », issu de son elpee le plus ténébreux, « Tonight's The Night ». Quand aux deux premiers titres du concert, « Love and only love » et « Powderfinger », ils ont immédiatement donné la coloration du set : très électrique. Et le rythme tribal, offensif, colle toujours autant aux racines indiennes de Neil. Pas de trace cependant de « Cortez The Killer », « Like a Hurricane », « Cowgirl in the Sand » ou « Down by the river », mais bien de « Cinnamon girl » et d’une version apocalyptique de « Hey hey, my, my (into the black) ». Mais pas de quoi se plaindre, car en plus de 2h30 de concert, Neil Young et ses potes ont vraiment tout donné ce qu’ils avaient dans le ventre.

Le lightshow ? Simple et efficace, il s’est surtout focalisé sur les enceintes, soit sous une forme psychédélique ou tout simplement ludique, un peu comme les images des flippers conçus au cours des années 70.

Bref, votre serviteur était aux anges, quand il a quitté Forest National. Et dans sa tête, il chantait encore ‘Hey, hey, my, my’. Le rock’n’roll n’est pas mort et Neil Young en est la preuve irréfutable…

 

 

Peter Murphy

Peter Murphy ressuscite la magie gothique de Bauhaus...

Le monde a découvert Bauhaus en 1982, grâce au clip d'introduction du film culte "Les Prédateurs" ("The Hunger"). Le groupe y interprétait "Bela Lugosi's Dead" derrière un grillage, lors d’une soirée postpunk décadente. Au cours de sa brève carrière, la formation créée en 1978 à Northampton par Peter Murphy, Daniel Ash, Kevin Haskins et David J, a jeté les bases d'un genre musical nouveau, le rock gothique, en combinant le punk et le glam-rock, tout en n’oubliant pas d’y coller un côté théâtral et cinématique sombre inspiré des films de vampires des années 30. Après la séparation du groupe en 83, Peter Murphy a formé un duo éphémère (Dali's Car) en compagnie de Mick Karn, le bassiste de Japan ; mais s’est surtout concentré sur une carrière solo au succès inégal, publiant huit albums consacrés à un éventail de styles musicaux beaucoup plus large. Bauhaus a reformé brièvement le combo. A deux reprises. Tout d’abord, en 1998 pour le besoin d’une tournée. Et puis entre 2005-2006, pour un autre périple, accompli en compagnie, entre autres, de Nine Inch Nails ; mais également pour graver un elpee proposant de nouvelles compositions, "Go Away White".

Les dernières apparitions de Bauhaus en Belgique remontent à 2006. Lors d’un très bon concert accordé à l'Ancienne Belgique, mais également d’une prestation décevante octroyée aux Lokerse Feesten, en raison d’évidentes dissensions qui avaient éclaté entre les musiciens du groupe. C'est donc en affichant un grand intérêt et une grande curiosité que nous attendions ce concert de Peter Murphy, organisé dans le cade d'une tournée d'hommage (Mr Moonlight Tour) destinée à célébrer les 35 ans d'existence de la formation.

Lorsque le chanteur charismatique monte sur l’estrade, il est accompagné de Mark Gemini Thwaite, son fidèle guitariste (ex-The Mission), du bassiste/violoniste Emilio Chine et du batteur Nick Lucero. Vêtu d'une veste bordée de fourrure et d'un pantalon en cuir, il arbore un look 'dark glam' parfaitement de circonstance. Bien sûr, il accuse ses 55 ans, arborant un début de calvitie mais tant au niveau des prestations vocales que dans son attitude, il assure un maximum! La formation entame le set, en douceur, par "King Volcano", une valse quasi-acoustique interprétée dans la pénombre. Elle embraie par "Kingdom's Coming", une compo également dominée par la guitare à douze cordes, évoquant évidemment une des références majeures du chanteur, David Bowie.

Mais ce calme relatif est de courte durée, car place ensuite au rouleau compresseur: "Double Dare". Un morceau caractérisé par son riff de basse saturé carrément metal, rappellant Killing Joke, voire Black Sabbath. La salle de l'Ancienne Belgique n'est pas complètement garnie, mais on sent déjà que la température monte d'un cran. Particulièrement sauvages, les parties vocales de ce brûlot sont exécutées à la perfection par Murphy. Sa maîtrise est étonnante et il accorde une attention permanente au son, donnant régulièrement des instructions aux ingénieurs responsables, sis sur le côté de la scène. Sa manière de faire varier la distance entre le micro et sa bouche, en fonction de la puissance des sons émis par sa voix, est très caractéristique... Et quelle voix ! Un baryton profond qui vous glace le sang dans les basses et explose de puissance dans les aigus. 

Plus tard, « In the Flat Field » constituera, pour le public, la première occasion de manifester son enthousiasme, et on décèle déjà, ça et là, les prémisses des premiers pogos. Murphy va ensuite puiser dans des titres un peu moins connus de Bauhaus pour en tirer des perles comme « God in an Alcove », « Boys » et surtout le magnifique « Silent Hedges ». Après « Too Much 21st Century », le seul titre tiré de l'album réunion « Go Away White », on a droit au second grand hit du groupe : « Kick in the Eye ». La basse quasi funky/disco d'Emilio Chine communique un groove irrésistible au morceau et Murphy se déhanche avec une belle élégance.

Peter nous accorde ensuite sa première composition 'solo', en l’occurrence la très jolie chanson « A Strange Kind of Love », que le chanteur interprète en s’accompagnant à la guitare sèche. La mélodie instrumentale n'est pas exécutée à la trompette comme sur la version studio mais, très belle surprise, par Chine au violon ; et en fin de parcours, Murphy chante un extrait de « Bela Lugosi's Dead » sur les accords de cette ballade. Transition toute logique pour introduire ce chef-d’œuvre de 9 minutes, qui est considéré comme la première chanson ‘gothique’ de l'histoire de rock. On attendait évidemment les musiciens au tournant sur ce titre et le résultat est tout bonnement époustouflant. En fermant les yeux, on aurait pu croire que Bauhaus renaissait de ses cendres. Le public tout entier chante à l'unisson avec Murphy : ‘White on white, translucent black capes, back on the rack... Bela Lugosi's Dead’. Un superbe moment, rehaussé d'un light show de toute beauté. Regardez la vidéo là 

A partir de cet instant, les hits imparables se succèdent, dont le lumineux « The Passion of Lovers », au cours duquel Murphy virevolte comme un derviche, et surtout, l'extraordinaire club-killer « She's in Parties », un hymne incontournable pour toute soirée 'dark' digne de ce nom. La rythmique est irrésistible et lors du refrain, Murphy oriente le micro vers le public, qui chante avec délectation. Au moment du break, Murphy va se placer à côté du batteur pour jouer du mélodica et l’accompagner aux percussions, tout en criant ‘Rastafari’ : on est en plein dub-reggae ! Revivez ce moment ici   

Si « Stigmata Martyr » nous crucifie sur place, « Dark Entries » déclenche instantanément un pogo, aux premiers rangs. Murphy y joue également de la guitare électrique. Curieusement, Murphy ajoute une reprise de Dead Can Dance, « Severance », comme dernier morceau du set, un choix discutable, car l'ambiance retombe malheureusement d'un cran à ce moment clef.

Lors du premier rappel, Murphy nous réserve le très beau « All We Ever Wanted Was Everything », sur lequel Emilio Chine utilise son violon comme une contrebasse, puis son deuxième morceau solo, « Subway », une chanson atypique, plutôt planante, dominée par de superbes nappes d'un synthé Roland Jupiter 80, sur lequel Murphy fait mine de pianoter, même si de toute évidence, cette partie est reproduite par un séquencer. Quoi qu'il en soit : c'est une bien belle chanson, qui montre toute l'étendue de l'inspiration de cet artiste polyvalent. Enfin, l'explosion finale nous viendra de « Ziggy Stardust », ce morceau de Bowie auquel Bauhaus avait donné une seconde vie.

Le second ‘encore’ est entamé par une version a capella de « Cool Cool Breeze », ce titre 'caché' tiré de l'Ep « Recall » de Peter Murphy (1998) et surtout, divine surprise, une de mes chansons préférées de Bauhaus, le lancinant « Hollow Hills ». Dans l'obscurité presque complète, la son de la basse se répand, rond et menaçant. Murphy chante et en même temps joue un jeu d'ombre et de lumière à l’aide d’un néon portable qu'il tient dans la main. Encore un moment magique, qui flanque la chair de poule ! Regardez la vidéo là  

Pour clôturer ce concert d'anthologie, Peter Murphy et son band nous gratifieront encore un excellent « Spirit », extrait de « The Sky's Gone Out... » (1982). A l’issue du concert, on n’entendait que des louanges. Des louanges répercutées sur les réseaux sociaux. ‘Superbe concert !’ ou encore ‘Murphy is undead !’ ; et force est de constater que le fascinant chanteur a réussi son pari. Musicalement, c'était parfait et surtout, ce ‘godfather of goth’ a démontré qu'il avait l'énergie et la motivation pour ressusciter le moribond Bauhaus de si belle façon ! Pas de doute, Peter Murphy est toujours le Prince des Ténèbres...(voir section photos ici )

En première partie, Kiss The Anus Of A Black Cat (voir section photos là), la formation belge emmenée par Stef Heeren, a enchanté le public. Sa musique folk/darkwave aux accents tribaux évoque 16Horsepower pour la voix habitée à la David Eugene Edwards et Sisters of Mercy pour les superbes parties de guitare. Le groupe, dont le patronyme est tiré d'un rituel de sorcellerie, gagne clairement à être vu et entendu dans le cadre d'un concert complet, même si sa présence scénique pourrait être améliorée. Par le biais de vidéos, par exemple!! En tout cas, une très, très belle découverte. Regardez la vidéo du morceau « Take My Word As Gospel » ici 

(Organisation : AB)

 

Iron & Wine

En chef d’orchestre…

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Ce lundi 3 juin, le Cirque Royal accueillait un concert très attendu en cette fin d’année scolaire. Celui d’Iron & Wine. On espérait donc conclure cette saison sur une bonne note afin de se préparer à celle des festivals d’été qui s’annonce, comme les années précédentes, riche et longue. En outre, on était curieux de découvrir la transposition du nouvel opus de Sam Beam, en live. Un disque au cours duquel il n’a pas hésité à sortir des sentiers battus du folk, qui balisent pourtant son parcours, depuis maintenant une bonne dizaine d’années.

Avant de passer aux choses sérieuses, place à This is the Kit. Une formation insulaire drivée par Kate Stables. La jeune Anglaise monte sur l’estrade flanquée de deux autres demoiselles préposées à la basse et au xylophone ainsi qu’un drummer. Le set ne durera qu’une demi-heure. Période au cours de laquelle, le band va dispenser un folk empreint de grâce et de douceur, mais un peu trop monotone à  mon goût. Pourtant, l’artiste respire la bonne humeur et semble heureuse d’être là. Dommage que sa musique ne corresponde pas à son état d’esprit… 

Les choses sérieuses commencent enfin vers 21h00. Tous les sièges du Cirque Royal ne sont pas occupés, mais le public présent semble concentré sur le sujet. Et le silence qui va régner durant la quasi-intégralité du concert en est certainement la plus belle démonstration. Pour mettre en scène « Ghost on Ghost », Sam Beam n’a pas lésiné sur les moyens, puisqu’il est accompagné de 12 musicos, sur les planches. Une section de cuivres. Une autre de cordes. Des chœurs féminins, un batteur, un bassiste et un claviériste complétant le line up. Sam s’installe au milieu du podium. Barbu, il est vêtu d’un costar. Ce soir, il servira de chef d’orchestre. Première impression, le spectacle est très soigné, à la limite du guindé. Sam Beam et sa troupe interprètent les plages du dernier opus. Nous sommes alors très loin du folk originel d’Iron & Wine. L’atmosphère générale tourne régulièrement au jazz. Faut dire que les solos de cuivres, accentuent clairement cette empreinte. L’ensemble est parfaitement maîtrisé. Difficile de faire plus classe. Et quand il attaque enfin son répertoire plus ancien, il est toujours soutenu par ses acolytes. Il nous réserve alors notamment une version alternative de « Jezebel »…

Néanmoins, pour être honnête, ce ne sont pas les parties les plus instrumentales qui ont le plus séduit les spectateurs. Mais plutôt lorsque Beam, armé de sa gratte acoustique, a affronté le public en solitaire, pour interpréter trois titres, dont le splendide « Upward over the Mountain ». A vous flanquer des frissons partout. C’est aussi durant ce laps de temps qu’on a pu le mieux savourer le talent de songwriting et la voix de l’Américain.

Ce soir, Sam Beam a démontré qu’il était capable de se renouveler. Et qu’il était à l’aise sur tous les terrains. Néanmoins, c’est sous le format le plus minimaliste, qu’il parvient à communiquer le mieux ses émotions…  (voir notre section photos ici)

(Organisation Botanique)

 

-M-

Mainstream…

Écrit par

Tout comme Akim, l’autre soir, je ne devais pas être là. Mais un concours de circonstance m’a poussé à accepter un remplacement au pied levé. Que j’ai volontiers accepté. Faut dire qu’à la lecture des comptes-rendus dithyrambiques lus dans la presse écrite et web (NDR : y compris celui rédigé par un collaborateur de Musiczine), le rédac’ chef avait envie d’aller lui-même vérifier sur place. Le Zénith affiche complet, deux jours de suite à Lille (NDR : et il y revient le 8 novembre !) M est extrêmement populaire en France ; ce qui explique pourquoi sa nouvelle tournée au sein de l’hexagone marche du tonnerre.

Avant d’entrer dans l’hémicycle, un petit détour par le bar s’impose. Quatre consommations, svp. 20€, m’sieur ! Combien ? Ah oui, les gobelets sont consignés. 2€ pièce. Encore heureux ! En fait, les boissons sont servies dans des récipients à l’effigie de la star. Un avant-goût du show consacré au strass et aux paillettes ?

Un drap est tendu devant la scène. Y est projeté l’image d’un personnage au nez rouge destiné à promouvoir l’association ‘Clown Sans Frontières’ (NDR : dont M est l’un des parrains).

En première partie, place à Nach, c’est-à-dire Anna Chedid, la frangine de Matthieu. Elle est flanquée d’un guitariste, d’un contrebassiste/violoncelliste et d’un drummer qui se tient debout. Elle porte une armature sous sa robe assez courte qui lui donne une allure à la fois sexy et décalée. Et elle chante en se réservant régulièrement les claviers. Dans un style qui lorgne vaguement vers les Rita Mitsouko. Elle possède un beau timbre de voix qu’elle parvient à faire fluctuer entre différents octaves, mais les inflexions ne suivent pas toujours l’amplitude. L’exercice de style est périlleux et nécessite encore du boulot. Bref, pas un mauvais supporting act, mais pas non plus la révélation.

Vers 20h45, le grand drap blanc qui séparait l’espace réservé au supporting act et le reste du podium, tombe. Mais la scène reste dans le noir. Le public s’impatiente et commence à battre des mains. Celui du balcon se lance même dans une ola ou frappe bruyamment sur le plancher. Manifestement, l’audience, ce soir, est acquise à la cause de M. 21h00, les musicos débarquent. Ils sont trois. Le drummer se place à droite de l’estrade. Le bassiste/claviériste (NDR : son instrument est un curieux combiné !) à gauche, et Matthieu à la gratte, au milieu. Il porte des lunettes en forme de M. Plutôt excentriques. Il les troque ensuite contre une paire qui projette un flux lumineux devant lui. Et lorsqu’il les enlève, on remarque qu’il arbore une petite moustache (NDR : oui, c’est une barbe de 3jours !), comme son père Louis, à qui il ressemble de plus en plus. Derrière, on découvre une immense structure métallique amovible, face à un écran géant ; mais couverte de miroirs, en forme de ‘M’. Elle va même finir par se déplacer, pivoter, se retourner, refléter, et servir de poste aux techniciens préposés aux projecteurs. Le light show est à l’avenant, multicolore et multidirectionnel. Le son est puissant et plutôt basique. Rock, si vous préférez, mais sans les détails qui font la différence, chez l’artiste français. Faut dire que le drummer martèle ses fûts comme un batteur au sein d’un groupe de métal. Car ce soir, on si on va en avoir plein les mirettes (jeux de lumières qui descendent presque jusque dans le dos des musicos, en tournant sur eux-mêmes, comme des ovnis, apparition d’un personnage qui se la joue ‘sauvage’, se prenant même pour tarzan, deux danseurs, chaussés des fameuses lunettes/projecteurs, et j’en passe), musicalement, je suis resté sur ma faim. Et puis, les samplings, ce n’est pas trop mon truc. Il y a bien eu la participation d’enfants pour un titre et surtout un petit périple sympa à travers la foule (NDR : qui a commencé juste sous mon nez !), sur une estrade mobile, au cours duquel Matthieu va interpréter ses titres les plus intimistes, en s’accompagnant au piano (NDR : le meilleur moment du concert), et puis lors du premier rappel, une parenthèse acoustique, presque sculptée dans le ‘skiffle’), mais en général, le set a surtout mis en exergue le talent d’entertainer de Matthieu. Le public connaît les paroles de la plupart des chansons par cœur, donc il les chante ; et lorsque plus de 7 000 personnes les reprennent en chœur, ça met l’ambiance. Matthieu serre volontiers les mains de ses fans, les remercie, part en crowdsurfing sur le dos en se lançant dans un solo de guitare. Un étalage de sa technique qu’il n’hésite pas à renouveler. Parfois, il en remet même deux couches. Il fait virevolter sa ‘six cordes’ dans les airs ; accidentellement, elle est emportée par la foule. En fin de parcours, il demande aux spectateurs de lever les bras et d’arborer le signe ‘M’, à l’aide de leurs mains. Motif ? L’enregistrement d’un clip. La foule est alors au bord du délire. Ce qui va engendrer deux rappels. Dont le premier, minimaliste, recueillera mon assentiment. Mais en rédigeant cet article, je me doute que 6 999 personnes risquent fort de manifester leur désapprobation. Parce que si le spectacle était fantastique, enfin, si on le replace dans le contexte des formations prog rock issues des seventies (NDR : souvenez-vous d’Emerson Lake & Palmer et même du Floyd), le concert s’adressait exclusivement au grand-public. J’ai cherché vainement une fibre poétique, tout au long de ce set. Celle que j’M chez Matthieu Chedid, et je ne l’ai pas trouvée… Désolé !

Organisation A Gauche de La Lune

(Voir aussi notre section photos ici)

 

Trampled by Turtles

Quelque part au cœur du Midwest…

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A l’instar de Low, Trampled by Turtles nous vient de Duluth, dans le Minnesota. Fondée en 2003, cette formation compte déjà 6 albums à son actif. Aux States, le quintet jouit d’une solide notoriété. Faut dire que la roots music y est encore très populaire. Sur le Vieux Continent, son crédit se limite aux aficionados du style. Comme chaque année, avant les festivals d’été, le Botanique tente de nous faire découvrir des artistes ou des groupes totalement méconnus du grand public. Et ce soir, ce coup d’essai s’est transformé en coup de maître…

Pour accueillir le combo étasunien, les organisateurs ont choisi la Rotonde. En configuration assise. Et le public est conséquent. Pourtant, après deux titres, on était en droit de craindre le pire pour la suite des événements. En fait, il fallait le temps que le band prenne la température des lieux. Car la suite va se révéler épatante. Le line up réunit 5 musicos. Armés d’un violon, d’une guitare, d’une mandoline, d’une basse acoustique et d’un banjo, les musicos revisitent le bluegrass traditionnel, tout en n’oubliant pas d’inclure leurs hits, imparables de l’autre côté de l’Atlantique. Et ce sont de véritables virtuoses. Et en 90 minutes, ils vont littéralement mettre le feu à l’auditoire, en adoptant une attitude presque punk ! Pourtant, cette frénésie, ils la libèrent avec respect, classe et originalité. Dispensant des morceaux issus de leurs 6 opus, dont le dernier en date, le magnifique « Stars and Satellites ». La voix de Dave Simonett est éraillée. Les interventions au violon de Ryan Young sont délirantes, et celles de Dave Caroll au banjo, épileptiques. Hormis le bassiste, les membres du groupe portent la barbe. C’est dans la tradition ! En quelques morceaux, leurs mélodies sont susceptibles de nous projeter quelque part au cœur du Midwest, dans un saloon. Une description visionnaire qui explique pourquoi leur style supposé soporifique, se mue en réalité fascinante. Et puis aussi parce que Trampled by Turtles parvient à rendre au genre, ses lettres de noblesse. Ravi, le public a même obtenu le rappel qu’il réclamait, malgré un set particulièrement copieux. Une belle découverte !

(Organisation Botanique)

 

CocoRosie

Dans le cercle des fées

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C’est marrant. Je ne devais pas être là…

Il doit être plus ou moins 22h00, et le set des sœurs Casady est déjà bien entamé. Or, depuis près d’une heure, je passe un excellent moment, en leur compagnie. Les yeux rivés sur la scène en contrebas. Une demoiselle en tutu accomplit une chorégraphie un rien saccadée. Une voix de soprano bat des ailes sous la coupole de ce cirque. Quelques envolées d’arpèges pleuvent en cascade d’une harpe aux pouvoirs féeriques. J’avoue n’avoir jamais prêté qu’une attention distraite au parcours de ce groupe articulé autour de la personnalité de ces deux demoiselles dont j’ignore toujours si elles sont jumelles, oui ou non (NDR : en vérité, il semble que non). Récemment désigné pour suppléer un imminent collègue appelé au chevet d’un festival ensoleillé, je me suis donc penché sur la discographie de CocoRosie.

Tantôt intrigué, tantôt irrité, souvent distrait, je ne me suis que trop mal préparé à ce qui se déroule maintenant. Ou bien est-ce justement l’effet de surprise qui joue ce rôle prédominant dans le plaisir enfantin que me procure le concert de ce soir ? Quoi qu’il en soit, le spectacle est captivant et prouve que j’ai été bien inspiré de prendre la relève. Merci Eric !

La sonnette retentit et annonce le début du spectacle.

Trop tard pour chercher sa place dans les strapontins, j’imite les retardataires et m’installe discrètement en haut d’une volée de marches, alors que le trio Scarlett O’Hanna distille timidement les premières notes servant d’introduction à cette soirée.

Si je suis quelque peu sceptique d’entrée de jeu, c’est que cette musique très intimiste peine à trouver ses marques dans l’ampleur de cet environnement Royal.

Néanmoins, au fil des minutes, les compositions semblent prendre corps, et la voix de la jeune Bruxelloise d’adoption parvient à conquérir l’espace, ainsi qu’un public des plus attentifs.

Une très belle voix, au demeurant, même si pas franchement originale (je ne peux m’empêcher de penser à Chan Marshall) mais qui possède assez d’arguments pour accrocher.

Fort logiquement fière du succès rencontré, elle peut donc quitter l’estrade sous les applaudissements nourris de paires de mains bientôt jointes dans une communion solennelle…

Dans l’intervalle, parmi le brouhaha d’une assistance qui gonfle à mesure que les minutes s’égrènent, trois notes répétées en boucle installent un climat hypnotique. Elles préparent la célébration d’une messe…

Puis les lumières s’effacent et tandis que les cris d’engouement se détachent des gorges serrées ou extasiées, les six membres du collectif prennent tour à tour possession des lieux.

De la scène d’abord, mais très vite de l’ensemble du Cirque Royal.

L’une des sœurs, dans une robe mystique, l’autre surplombée d’une très Led coiffe (des dizaines de points lumineux éparpillés en grappes autour de sa tête).

L’effet visuel est, en outre, assuré par des projections en fond, qui illustrent tantôt par petits films, tantôt par des captations live, le contenu musical de ce show haut en couleurs fluorescentes.

Un contenu époustouflant de maîtrise et d’audace qui va me laisser littéralement sur mon séant, posé négligemment en travers d’une allée.

Alliant magistralement les styles et les formes techniques, le sextet retranscrit parfaitement, en live, l’univers loufoque et quelquefois baroque des sœurs Bianca et Sierra (ok, qui est Coco, qui est Rosie ?)

Le préposé au human beatbox déchaînant quant à lui l’enthousiasme général pendant un break au cours duquel sa virtuosité est mise pour la seule fois de la soirée en exergue.

Alliant pendant près de deux heures les ingrédients disparates de leurs féeries musicales, CocoRosie développe avec classe et panache, l’étendue de son savoir plaire.

Après un rappel au cours duquel figure le très demandé « Beautiful Boyz » (évidemment sans Antony Hegarty), le concert set se termine, laissant derrière lui comme une impression lumineuse sur le négatif de mes préjugés.

Un superbe moment, la tête projetée dans les étoiles, en compagnie de Bianca (Coco) et Sierra (Rosie).

(Organisation : Botanique)

 

Dominique A

No photo !

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C'est le sac léger, que votre serviteur débarque ce samedi 25 mai à l'Aéronef, légèreté toute légitime car l'équipement du rédacteur est assurément bien plus confortable que celui du photographe. Sans bousculade et parmi une majorité de quadras, c'est dans sa version intime que je découvre la salle qui ce soir accueille Dominique Ané.

Il est 20h15 quand débute la session de Thomas Suel, un ch’ti gars du Nord qui nous invite à découvrir son univers poético-social, flanqué de Christian Pruvost à la trompette et Jérémie Ternoy au Fender Rhodes.

Très rapidement je suis distrait par les odeurs suaves du resto-bar. Aussi, malgré le slam endiablé de Thomas, je décroche quelques secondes plus tard. Cette technique vocale ne retenant définitivement pas mon attention.

A peine ai-je terminé de composer mon menu imaginaire et très olfactif, que débute le set du meilleur interprète français de l'année 2013, élu récemment aux Victoires de la Musique.

Tout de noir vêtu, Dominique A, en maître de cérémonie, monte sur l’estrade. Il est accompagné de Thomas Poli, guitariste aux pédales multiples et préposé au synthétiseur analogique, du bassiste Jeff Hallam, équipé d'une contrebasse imposante, sans doute tout droit sortie du conservatoire le plus proche, du batteur Sébastien Buffet et du claviériste David Euverte, ces deux derniers s’installant un peu plus en retrait.

Dominique A ouvre le menu par " Pleine des Sables", extrait de l'album "Vers les Lueurs". Il est armé de sa Fender Telecaster et ne la quittera pas de la soirée.

La gestuelle et la démarche digne d'une diva de notre ‘MC’ en impose immédiatement. Le set va puiser dans toutes les périodes de sa discographie.

Aucun temps mort entre les morceaux et, malgré les demandes incessantes du public afin d’interpréter "Le sens" ou le "Twenty-two bar", l'artiste ne cède pas aux sollicitations et impose son répertoire de manière très élégante et subtile. Un certain respect professoral s'instaure entre le public et l'artiste, et les revendications sont vite oubliées, laissant place aux applaudissements.

En élève attentif, même si une certaine lassitude débarque après la première heure, je me concentre sur la prestation. Que ce soit les morceaux les plus puissants ou le plus tendres, voire les nombreux premiers titres revisités pour cette soirée. C'est Thomas Poli aux fourneaux de l'electro qui efface toutes sonorités désuètes, à l’instar du célèbre "Courage des Oiseaux", définitivement plus rock et contemporain sans les synthétiseurs. L'attitude scénique de Thomas me fait, par ailleurs, souvent penser à Jonny Greenwood de Radiohead.

Dominique A va dispenser un concert irréprochable tant d'un point de vue technique vocale que guitaristique, au détriment somme toute d'une certaine émotion, que je déplore ne pas avoir assez ressentie. 

Heureusement, Jeff Hallam, en sous-chef averti, épiçait soigneusement le tout, pour démontrer que l'émotion était bien présente lors de ce ‘live’, mais que le professionnalisme et le perfectionnisme prenaient le dessus avant tout.

Intimiste et agréable, ce festin de roi cuisiné aux petits oignons par un top chef et son équipe, m’a donné l'envie de replonger dans les premiers albums de cet artiste incontournable…

Photographiquement vôtre…

 

Deerhunter

Un rêve psychédélique chargé d’intensité et de puissance…

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Trois années se sont écoulées depuis la sortie de « Halycon Digest », un remarquable album qui avait propulsé Deerhunter au faîte du mouvement noise indépendant. Pendant ce long break, les musicos ne se sont cependant pas tourné les pouces, puisqu’ils ont développé leurs propres projets, à l’instar de Bradford Cox chez Atlas Sound ou de Lockett Pundt pour Lotus Plaza. C’est donc afin de défendre son nouvel elpee, « Monomania », que la formation étasunienne (NDR : elle est issue d’Atlanta) était venue se produire, ce lundi 20 mai, à l’Ancienne Belgique. Dans ses valises, elle a emmené His Clancyness, pour assurer la première partie.

Leader d’A Classic Education, Jonathan Clancy est canadien d’origine italienne. L’an dernier, il avait publié « Alway Mist Revisited », un essai paru à l’origine sous forme de cassette et réédité après remasterisation, mais enrichi de 7 nouvelles plages. Début 2013, il a terminé l’enregistrement d’un nouvel opus, enregistré à Detroit, sous la houlette de Chris Koltay (Atlas Sound, Liars, Akron/Family). Prévue pour cet automne, sa sortie a été précédée par celle d'un Ep. Sur les planches, il est soutenu par un batteur, un bassiste et une claviériste. Le combo ouvre les hostilités vers 20h00. Pendant une bonne trentaine de minutes, His Clancyness va dispenser un psyché-pop-rock d’excellente facture (voir section photos ici ). Une mise en bouche idéale avant de passer au plat consistant.

Après une demi-heure de pause, les musicos de Deerhunter débarquent sur fond sonore jazzyfiant. La salle est loin d’être remplie ; mais perso, j’estime que moins de monde se traduit pas plus d’espace et donc de confort pour le spectateur. Au centre, on reconnaît immédiatement la silhouette squelettique de Bradfort Cox ainsi que la tignasse de Lockett Pundt. Le morceau d’introduction plante le décor. A coups d’envolés de grattes, Deerhunter va nous balancer un set dense et psychédélique. Il faudra d’ailleurs attendre 10 bonnes minutes avant d’entendre, pour la première fois, la voix de Cox. Les guitares crissent, les larsens fusent. Résultat des courses, le public non non-averti file à l’anglaise. Le tracklisting puise au sein de toute la discographie de la formation. Bradford Cox et Lockett Pundt alternent au chant. Ce dernier pose sa voix sur les compos les plus atmosphériques, à l’instar du titre maître du dernier opus. Son acolyte se réserve le micro pour les morceaux davantage noise et n’hésite pas à pousser sa voix, au risque de se déchirer les cordes vocales. L’atmosphère qui règne sur l’estrade est plus que tamisée ; d’ailleurs, vu la disposition des jeux de lumières, on ne verra jamais distinctement la tête des musiciens. Par contre, nos tympans sont soumis à rude épreuve, même si l’effort en vaut la peine. Faut dire que le bruit est très mélodique. A mi-concert, le climat s’apaise quelque peu. Les Yankees puisent dans leur répertoire plus rythmé et allègre ; notamment, en interprétant « T.H.M » et « Back to the Middle ». Vers 22 heures, le band vide les lieux, dans un vacarme électrique étourdissant. Pour y revenir quelques minutes plus tard, afin d’accorder un rappel de quelques titres, dont une version sublime de « Cover Me ».

Exceptionnel, ce set a mis en scène un groupe qui marche allègrement sur les traces des mythiques Sonic Youth. Et puis, pour une fois qu’un line up ne compte pas de claviériste… Bref, ce soir, Deerhunter nous a plongés dans un rêve psychédélique chargé d’intensité et de puissance, même si pour y parvenir, il a pris nos tympans en otage… (voir section photos ici )

(Organisation Ancienne Belgique)

 

 

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