La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Julia Drouot a coupé court…

De ses années de conservatoire, il reste à Julia Drouot peut-être le goût de ses fugues, non pas celles qui se jouaient au XVIIème siècle dans les salons des cours européennes, mais celle qui se chausse de semelles de vent. La chanteuse et compositrice a…

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Bernard Dagnies

Bernard Dagnies

lundi, 19 septembre 2022 18:35

Le rétro-futurisme de Plaid…

Plaid sortira son nouvel album le 11 novembre 2022. Depuis la fin des années 80, il est considéré comme une des pierres angulaires de la musique électronique expérimentale.

Outre ses projets The Black Dog et Balil, sans oublier sa contribution apportée à Björk, Plaid a beaucoup tourné et opéré des collaborations depuis sa formation, en 1991. Et récemment, en compagnie du BBC Concert Orchestra. Le tandem a écrit pour des jeux vidéo et composé la musique de plusieurs longs métrages, dont "Tekkon Kinkreet", qui a reçu le prix de l'Académie japonaise de l'animation de l'année.

Ce nouvel opus s’intitulera "Feorm Falorx". À l'aube de leur 30ème année chez Warp, Ed Handley et Andy Turner sont encore parvenus à se hisser à la pointe de la technologie, tout en proposant un son chaleureux, humain et nostalgique ; une sorte de high-tech-rétro-futuriste.

En attendant, il nous propose son premier single, "C.A.", et il est disponible sous forme de clip, ici

 

 

lundi, 19 septembre 2022 18:32

Ozark Henry et Ellen ten Damme en duo…

Ozark Henry a enregistré une nouvelle version de « Sweet Instigator » avec la chanteuse et actrice néerlandaise Ellen ten Damme. Le titre original figurait sur « Birthmarks », l’album le plus vendu par Piet Goddaer. Cet opus était paru, il y a déjà 20 ans. Pour célébrer cet anniversaire, cet LP paraîtra sous une version enrichie de remixes inédits, d’enregistrements ‘live’ et le single en compagnie d’Ellen ten Damme.

Le titre fait référence à la mort de sa mère, décédée d'un cancer de la peau, mais c'est avant tout un hymne à la vie, à l'amour inconditionnel et à l'insoutenable légèreté de notre existence.

Le 10 mars 2023, Ozark Henry se produira à l'AB de Bruxelles, où il interprétera « Birthmarks » dans son intégralité.

Le clip de « Sweet instigator » est disponible

 

 

Death Cab For Cutie célèbre son 25ème anniversaire en publiant son 10ème album studio "Asphalt Meadows". Produit par John Congleton (St Vincent, Sharon Van Etten, Wallows), l’elpee inclut le nouveau single "Asphalt Meadows", ainsi que les précédents "Here To Forever" et "Roman Candles". Aux États-Unis, la tournée ‘Asphalt Meadows’ démarre cet automne et s'arrêtera à De Roma, à Anvers, le 14 mars 2023.

Le clip d’"Asphalt Meadows" est disponible ici

 

 

Depuis 2007, Court-Circuit coordonne les concerts de musiques actuelles qui se tiennent dans le cadre de la Fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Du 22 au 29 septembre, les salles de concerts du réseau Court-Circuit ouvriront leurs portes pour une rentrée en musique à travers une série de ‘live’ gratuits made in FWB. L'occasion rêvée de se reconnecter aux lieux de concerts après une pause estivale ! S’y produiront notamment, Sharko, La Jungle, Gros Cœur, Eosine, Lubiana, RORI, The Bombsite Kids, Thot Alek & les Japonaises, Constantine... et la liste est loin d’être exhaustive

Pour plus d’info, voir ici

 

 

mercredi, 14 septembre 2022 17:26

Garbage island

« Garbage island » constitue déjà le 9ème long playing de ce trio canadien réunissant les multi-instrumentistes Ariel Sharatt, Jake Nicol et Mathias Korn. Auteur-compositeur, ce dernier assure également le lead vocal. Pour enregistrer cet album, le groupe a reçu le concours de quelques collaborateurs qui se consacrent également à toute une série d’instruments. Une équipe qui se partage synthés, harmonium, saxophone, flûte, lap steel, bouzouki, steel drum, percus insolites ou pas, et la liste est loin d’être exhaustive. Sans oublier les backing vocaux féminins qui apportent un chouette contraste au baryton profond de Matthias, sorte d’hybride entre ceux de Kevin Ayers, Kurt Wagner (Lambchop), Matt Berninger (The National) et Bill Callahan.

Concept album, « Garbage island » s’inquiète de l’état de notre planète en proie à une grave crise climatique, mais également qui croule sous les déchets. En fait, le thème de cet opus est venu à l’esprit de Mathias, lors de ses promenades quotidiennes jusqu’au rivage, lorsqu’il observait des oiseaux qui survolaient les tas de débris de plastique échoués sur les rochers. Ce paysage lui a rappelé la fameuse île aux ordures, le vortex du Pacifique Nord. Et pour accentuer ce sentiment de malaise, le band a fait appel à Emmie Tsumura afin de réaliser l’artwork de la pochette, concoctée à l’aide d’éclaboussures de couleurs aléatoires issues de chutes utilisées à l’usine de pressage. Dans le même esprit, l’opus s’achève par « The end of the end of the world », une plage dont le titre est suffisamment significatif.

Une œuvre qui ne souffre d’aucune faiblesse, mais qui recèle 12 pistes bien distinctes, dont on épinglera l’ouverture « No peace », pimentée par des touches de piano allègres et des sonorités de gratte surf, un « Nigel the gannet » dont les paroles se réfèrent au « Making plans for Nigel » de XTC, la douce sérénade « Dirty microphones », bercée d’élégantes cordes de sèche, le punchy « Empty world », traversé d’un saxophone débridé, le champêtre « Minor characters », le fringant « All I need » qui lorgne vers les Pogues (ton badin, sifflotements, tempo guilleret) avant de s’achever dans un chaos électrique ou encore le funky (Beck ?) titre maître.

Un album qui s’écoute d’une traite sans jamais souffrir d’un seul moment de lassitude…

mercredi, 14 septembre 2022 17:22

Between here and everywhere

Death Bells, c’est avant tout un duo réunissant Will Canning et Remy Vesselis, deux Australiens (NDR : ils sont issus de Sydney) qui se sont établis à Los Angeles à la recherche de l’inspiration. C’est d’ailleurs cette cité californienne qui leur a servi de muse pour composer les 9 plages de leur troisième opus, « Between here and everywhere ».

Pour enregistrer cet LP, le tandem a reçu le concours de quelques collaborateurs aux claviers, cordes, ivoires et chœurs.

Mais le plus étonnant procède du style pratiqué par cette formation, une forme de post punk probablement inspiré de Joy Division, The Murder Capital et Interpol. Parfois, le résultat peut paraître parodique, mais il tient parfaitement la route. Et puis la voix de Will est moins fragile que celle de Ian Curtis. Encore que sur « Last days », elle évoque davantage Grian Chatten (Fontaines DC), l’insouciance sarcastique se substituant à l’intensité sauvage.

Sur les 9 pistes, deux dépassent les 4 minutes pour un total de 35’. Deux valses quand même : « A better resolution », puis le titre maître. D’abord lente, la plage prend progressivement son envol et s’enrichit même de chœurs dramatiques.

Suivant les déclarations de Will et Remy, « Eternity street » serait né d’une obsession pour « The light » de Love & Rockets. Mais on en retiendra surtout les subtils arrangements de cordes et de synthés injectés par Laena Myers-Ionita et Jeff Fribourg, en fin de parcours.

mercredi, 14 septembre 2022 17:18

Cold as weiss

Delvon Lamarr Organ Trio

Le Delvon Lamarr Organ Trio est issu de Seattle, un combo qui pratique un soul/funk, parfois teinté de jazz, dans l’esprit de Booker T. & The M.G.’s, des Meters ou de Jimmy Smith. Delvon Lamarr en est le leader et il se consacre à l’orgue Hammond B3, vous vous en doutez. C’est ce son chaud, vibrant, puissant, groovy et vintage, hérité en ligne droite des labels Motown et Stax, qui inonde cette musique instrumentale à laquelle participe, quand même, un drummer (NDR : lui est le seul blanc et il s’appelle Weiss !) et un guitariste. Cependant, ces deux musicos jouent bien davantage que le rôle de seconds couteaux. En fait, ce sont eux qui apportent les moments de respiration à cette expression sonore très en vogue au cours des sixties. 

« Cold as weiss » constitue le troisième elpee du band et recèle pas mal de reprises, dont le « Pull your pants up » des J.B.’s, les très funk « I wanna be where your are » de Leon Ware et Arthur Ross ainsi que « Keep on keepin’ on » de Curtis Mayfield.

Deux plages s’écartent quelque peu de l’ensemble. Tout d’abord le blues « Big TT’s blues » puis « Uncertainty », un slow crapuleux ou nightclubbien (NDR : biffez la mention inutile, selon que vous affichiez 1, 2 ou 3 x 20 ans).

mercredi, 14 septembre 2022 17:17

The way it is

Black Cat Biscuit est une formation issue du Nord de la Belgique impliquant le chanteur/guitariste (rythmique) ‘Yasser’ Arnauts, le bassiste/contrebassiste Patrick ‘P. Daddy’ Indestege, l’autre sixcordiste (soliste) Raffe Claes, l’harmoniciste Mark ‘Mr. Mighty’ Sepanski et le drummer Jeff ‘Junior’ Gijbels.

Ce quintet avait remporté le ‘Belgian Blues Challenge’, en 2018, et décroché la 4ème place lors de l’‘European Challenge’, en 2019. Son inspiration, il la puise dans un éventail particulièrement large de blues (Texas, shuffle, swamp, boogie, jump, etc.), mais également dans le jazz et le funk.

Lorsque les lignes de contrebasse entrent dans la danse, les compos libèrent un maximum de swing. Mais quand l’harmo se déchaine, il déchire littéralement tout sur son passage. Comme sur « Mean is just an average », un boogie à la Canned Heat au cours duquel la voix de ‘Yasser’ se révèle paradoxalement déclamatoire. En général, les plages sont allègres voire bien rythmées. Et puis, à la slide, Bart laisse gémir ses cordes, comme si elles allaient y passer. A l’instar du fiévreux « Heart is burning ».

mercredi, 14 septembre 2022 17:15

Smokin the dummy

Terry Allen & Panhandle Mystery Band

Terry Allen fêtera ses 80 balais en mai de l’an prochain. Ce chanteur, compositeur, peintre, sculpteur et artiste conceptuel est considéré comme une référence dans l’univers de l’alt-country. Surtout à travers ses deux premiers elpees, « Juarez » (1975) et « Lubbock (On Everything » (1979). De nombreux artistes ou groupes ont interprété ses chansons, et notamment David Byrne, Lucinda Williams, Ricky Nelson ou encore Little Feat.

Enregistré à Lubbock, sa ville natale, « Smokin the dummy » est paru en 1980. Pour la circonstance, Terry avait reçu le concours d’un backing group baptisé Panhandle Mystery Band, au sein duquel figuraient, notamment, l’harmoniciste Joe Ely et les frères Maines.

L’elpee s’ouvre par « The heart of California », une compo qui rend hommage à feu Lowell George, décédé en 1979, le leader de Little Feat, formation dont le spectre plane sur la plupart des morceaux.

Fondamentalement country, la musique de Terry Allen se teinte, suivant les pistes, de folk, cajun, tex-mex, blues, boogie, rock, jazz, funk et on en passe. Outre la guitare, le piano et l’harmo, l’instrumentation se nourrit également de violon, de mandoline, de violoncelle, de pedal steel, de dobro, de banjo, d’accordéon, de percus, de cuivres (dont du tuba sur « Cocaine cowboy » et « Red bird ») et la liste est loin d‘être exhaustive.

De l’album on épinglera encore « Whatever happened to Jesus (and Maybeline) ? », qui se mue en reprise de Chuck Berry à mi-parcours. « The night cafe » et ses changements de rythme, voguant entre blues et ballade country. L’exubérant « Roll truck roll » et enfin « The Lubbock tornado (I don’t know) » au cours duquel Terry se transforme en prédicateur, dans un climat de gospel gothique.

Le quinzième album d’And Also The Trees, "The Bone Carver", sortira ce 9 septembre 2022. Il fait suite à "Born into the waves", paru en 2016. Pour la première fois, le bassiste Grant Gordon et le clarinettiste Colin Ozanne ont rejoint le line up afin de participer aux sessions d’enregistrement. Une œuvre au climat davantage cinématographique, Simon Huw Jones y livre ses observations dans un langage très souvent comparable à des commentaires cinématographiques en ‘off’, alors que la musique, en général composée par son frère, Justin, semble produire un souffle qui nous vient des pays de l’Est. Simon a accordé une interview à Musiczine et il apporte un éclairage sur la nature de cet opus…

Musiczine - Trois longues années ont été nécessaires pour réaliser "The bone carver", le nouvel album. C'était pendant la pandémie. Comment avez-vous procédé pour organiser les sessions ? Ensemble en studio ou par fichiers e-mail ?

Simon Huw Jones - Effectivement, la pandémie a ralenti le déroulement des opérations et les a rendues plus compliquées, mais les autres musiciens ont pu se réunir et travailler à partir d’enregistrements de mes parties vocales. Ensuite, je les ai remodelés au sein d’une vieille grange aménagée dans le Herefordshire, en compagnie de Justin qui enregistrait et me conseillait.

M - "The seven skies" est imprimé sur le tempo d'une valse et "The book burners" sur celui d'un tango. Vous aviez utilisé la valse dans le passé, mais, jamais le tango. Etait-ce inconscient ?

SHJ - La racine de toute notre musique procède de la guitare de Justin... Je ne suis pas sûr de ce qui se produit dans sa tête quand il crée, mais je suis sûr que c'est très instinctif et spontané ; donc je doute qu'il se soit mis à écrire un tango. 

M - La musique d'ATTT adopte parfois des envolées symphoniques, comme sur "Another town, another face". Elle libère toujours une tension dramatique et théâtrale, mais elle embrasse de plus en plus une dimension cinématographique. Sur ce nouvel opus, on pense à "Last of the Larkspurs", mais aussi à "Beyond action and reaction" et à certains passages de "Across the divide". Un climat qui évoque parfois la B.O. du film "Docteur Jivago". Est-ce une bonne analyse ?

SHJ - Justin s'est certainement laissé guider par un souffle qui émanait d'Europe de l'Est, dès le début. En fait, le titre provisoire de la chanson, qui s'intitule maintenant "The girl who walks the city", était "This is Siberia" ; donc je peux admettre que ‘Doctor Zhivago’ n'est pas loin. Justin devrait écrire des musiques de films, je l'ai toujours pensé.

M - Qui est Gaëlle Kreens ?

SHJ - C'est une poétesse française, qui n’a encore rien publié officiellement, je crois ; et bien que je ne sois pas un grand lecteur de poésie, j'aime beaucoup sa plume. Elle m'envoie de temps à autre des recueils de ses poèmes, mais également des enregistrements au cours desquels elle les lit –ce que j'adore– surtout quand elle les déclame en anglais. Elle en a rédigé un court intitulé ‘To be at the Heart of the World Without Being its Centre’ (Trad : être au cœur du monde sans en être le centre) au sein duquel figurent les vers ‘In a bed of leaves - in a bed of flowers - in a bed of sand’ (Trad : dans un lit de feuilles - dans un lit de fleurs - dans un lit de sable) ... et ainsi de suite... que j'avais en tête lorsque je me concentrais sur les parties vocales de "In a bed in Yugoslavia" et qui sont incluses dans la chanson. Je lui avais donc demandé si elle me permettait de reprendre cette idée pour un morceau consacré aux arbres et elle était heureuse qu’on s’en serve. Elle apprécie notre musique depuis longtemps. J’invite le public à s’intéresser à sa production, à la lire et à vraiment l’écouter. Je pense qu'elle est géniale.

M - A propos de "Beyond action and reaction", avez-vous l'intention d'emmener l'auditeur dans le monde de la physique et au-delà de la troisième loi du mouvement de Newton en 1687 ? C’est peut-être une extrapolation, mais "The seven skies" (Trad : les sept cieux) se réfère au Quora islamique qui évoque la force gravitationnelle. And Also The Trees aborderait-il l’univers de la physique, sur cet opus ?

SHJ - Si vous décelez ces thèmes dans ces chansons, c'est merveilleux. L'un des plus grands plaisirs d'écrire des textes est de voir les diverses portes qu'ils peuvent ouvrir pour différentes personnes et que souvent, je n'avais même pas imaginées…

M - La clarinette semble plus présente sur ce nouvel elpee. Est-ce juste une impression ou l’évidence ? Est-ce parce que Colin s’est vraiment impliqué dans la composition de la musique ? Et on a l’impression que tous les autres musiciens sont aussi concernés. Enfin, je suppose...

SHJ - Colin et sa clarinette apportent du sang neuf à And Also The Trees. Pour quelques titres, sa contribution a totalement changé la perception qu’on s’en faisait dans leur forme initiale. C'était excitant. Dans le futur, on espère pouvoir continuer à travailler avec lui sur de nouvelles compos...

C'est un multi-instrumentiste donc il sera intéressant de voir quelles autres sonorités il peut apporter. C'est aussi notre premier album sur lequel Grant Gordon joue de la basse. Colin et lui ont communiqué une nouvelle couleur à la musique d’AATT.

M - "Le sculpteur d'os", c’est le titre du long playing et d’une de ses plages. Ce personnage existe-t-il ? L'avez-vous rencontré ou s'agit-il d'une fable ?

SHJ - J'ai créé le personnage du sculpteur d'os. L'idée a germé dans mon esprit et a commencé à prendre forme lorsque j’ai parlé à une amie des netsuke japonais (petites sculptures d'animaux ou de personnages utilisées pour être suspendues à la ceinture d'un kimono mais aussi fourrées dans les poches... et que l’on manipule comme des perles de souci). Elle m'a raconté qu'elle possédait une petite figurine en os mais qu'elle n'aimait pas son aspect, comme si c’était un mauvais présage. J'ai suggéré qu'elle la jette dans la rivière... et elle m’a écouté. Cette situation m’a fait penser aux objets de ce genre qui ont leur propre histoire, surtout ceux en ivoire ou en os.

M - Dans "Last of the larkspurs", vous évoquez l'impressionniste Camille Pissaro. Il avait déclaré qu'il fallait peindre ce que l'on ressent et non ce que l'on voit. Puis Alberto Giaconnetti, qui a été influencé par le cubisme et le surréalisme, mais aussi par les questions philosophiques. Il a été peintre avant de devenir sculpteur et est considéré comme un postimpressionniste. Mais il est suisse, le pays où vous résidez régulièrement. Pourquoi vous référez-vous à ces artistes ?

SHJ - Dans mes efforts pour comprendre l’origine et le contenu de cette chanson, j'ai eu besoin de creuser profondément dans les paroles et j'ai fini par écrire une histoire courte ou une novella sur "The Larkspurs", et qui ils étaient. Ensuite, pour ramener le tout dans le format d'une chanson, j'ai dû laisser la plupart des messages non-dits ou non chantés, tout en essayant d'en garder l'esprit. C'est un équilibre qui fonctionne dans mon écriture et je ne peux qu'espérer qu'il soit suffisant –et pas trop– pour l'auditeur. Les artistes que je mentionne ont été choisis au hasard (bien que j'aime beaucoup les deux).

M - Qui est Blake Kathryn ? L'artiste surréaliste ou la chanteuse de Miranda Sex Garden ? Elle n’est pas décédée en 2015 ?

SHJ - C'est son mari Nick Marsh (Flesh for Lulu) qui est mort.

J'avais besoin d'un nom alors j'ai mis la main sur un livre et le premier que j’ai vu était celui ‘Katherine’ (Mansfield en l'occurrence) et il me plaisait. Par une étrange coïncidence, c'était celui du personnage central dans les trois romans suivants que j'ai lus. Et le Blake auquel je me réfère, c’est William Blake, car le mouvement des personnages des chansons dans la musique m'a rappelé ses peintures… 

M - "The Books burners" est une chanson qui fait inéluctablement penser au 10 mai 1933, lorsque les livres des plus grandes figures intellectuelles germanophones du XXème siècle ont été brûlés sur ordre des nazis. Maintenant, je me trompe peut-être de sujet…

SHJ - Je pourrais donner une réponse très longue et probablement ennuyeuse à cette question, mais je te résume l’explication : j'ai conservé le titre provisoire que Justin avait choisi pour ce morceau. Il me plaisait. J'avais vécu avec pendant quelques années et bien qu'il ne fasse pas partie des paroles, le titre et la notion de brûleurs de livres ont toujours été présents pour moi dans leur histoire... soit un événement passé, soit un futur possible, soit même une métaphore. Quels livres étaient brûlés et pourquoi ? Nous ne le savons pas. Nous ignorons même si ce sont eux les brûleurs de livres. J'ai gardé le titre comme un chemin qui pourrait être suivi ou ignoré par l'auditeur ou par nous, les interprètes. Je ne sais pas comment cela va se passer ou si c'était une bonne idée ou non. Nous verrons bien.

M - Est-ce que "In a bed in Yugoslavia" est une chanson qui a été composée avant 1991 ou est-ce simplement une histoire chargée de symboles qui s'est déroulée avant cette guerre des Balkans ?

SHJ - il provient d'un autre titre composé par Justin. Les paroles sont ouvertes à l'interprétation mais l'essentiel de la chanson parle d'un lieu et du temps qui passe. Au milieu de cet endroit, il y a une chambre, un lit et une femme. Je suppose qu’on aurait pu choisir n'importe quel autre lieu, car ils changent constamment, mais à l'origine il s’intitulait "Yugoslavia 1918", cet endroit est devenu "Yugoslavia". Je ne voulais pas y mêler les guerres, la politique ou la religion. Elles existent dans nos esprits, de toute façon ; et j'y ai pensé très fort pendant longtemps et beaucoup écrit à ce sujet. Mais, en fin de compte, mon rôle est de rédiger et de chanter des mots, sans gâcher la musique principalement, et bien sûr je suis heureux si ces interprétations la complètent... ou suscitent un intérêt ou une profondeur supplémentaire. Cependant, tout tourne autour de la musique. Les paroles ne devraient pas être trop importantes. Mais je suppose qu'elles sont très importantes pour moi et quand on me pose des questions à leur sujet, je dois fournir quelques commentaires... mais pas trop. Après coup, je pourrais ajouter que lorsque je me suis concentré sur le lieu de la chanson, la terre où se trouve ce lit, cette chambre, ce bâtiment... il m'est apparu que la terre ne se soucie pas de la religion, de la couleur ou des sentiments de ses habitants. Elle ne se soucie pas de savoir s'ils vont ou viennent. En fait, elle ne se soucie pas des gens. Il y a des moments dans la chanson où la femme représente cette terre, puis elle incarne des femmes, puis des gens et enfin elle est juste une femme seule… dans le paysage.

Comme vous le savez maintenant, je ne suis pas vraiment un intellectuel et loin d'être un universitaire. La musique m'inspire des pensées, des visions et des émotions et j'essaie de les intégrer dans la musique... comme je l'ai dit... sans la gâcher.

M - Aujourd'hui, dans la musique, on parle de plus en plus d'image. Le groupe n’a-t-il pas l’intention de tourner un clip vidéo pour illustrer une plage de ce nouvel album ?

SHJ - Nous avons travaillé sur un clip pour la chanson dont on vient de parler. En général, je n’aime pas les vidéos rock ; mais nous sommes occupés d'en réaliser une. Quand je regarde celles des années 80, je suis choqué de voir à quel point elles sont lamentables malgré (ou peut-être à cause de) l'énorme quantité d'argent qui a été dépensée pour les réaliser... même les artistes que j'aimais ont tourné des vidéos très embarrassantes pour des chansons que j’appréciais...

M - D'où vient l'image de la pochette de l'album ?

SHJ - C'est une photo que j'ai immortalisée lorsque je vivais à Berne dans les années 90. J'ai suivi une formation et j'ai travaillé comme photographe après avoir quitté l'école. J'utilise encore mon vieux Nikon et des pellicules.

M - Où en sont vos projets solos ?

SHJ - Mon groupe 'November' avec Bernard Trontin de 'The Young Gods' marche bien. Un multi-instrumentiste du nom d'Arnaud Sponar (Goodbye Ivan) nous a rejoint pour le travail en live... il est exceptionnellement bon tant créativement que techniquement et les concerts que nous avons accordés nous ont apporté énormément de satisfaction. Il serait intéressant de réaliser un album tous les trois.

M - Ce sujet n’a pas été abordé lors deux premières interviews, mais certains médias sous-entendent que la musique d’And Also The Trees aurait été influencée par The Doors, Love et le Velvet Underground.

SHJ - Je parle pour Justin et moi-même. Nous aimons beaucoup ces groupes, oui, et peut-être qu'en les écoutant, ils ont, d'une certaine manière, influencé notre musique de façon subliminale... mais on pourrait dire la même chose d'autres formations. Nous ne nous sommes jamais délibérément inspirés d'un autre groupe ; mais il me semble que par la seule proximité d’autres bands ou artistes, certaines de leurs caractéristiques peuvent déteindre sur vous sans que vous vous en rendiez compte. Un exemple extrême serait le suivant : on m’a comparé à Scott Walker et, de façon encore plus surprenante, à Jacques Brel, ce qui, dans les deux cas, est un compliment trop exagéré pour que je l'accepte sérieusement, mais ce sont deux chanteurs que j'ai admirés et probablement écoutés plus que quiconque... donc, sans le savoir, j'ai pu puiser quelque chose chez eux... même si ce n'est qu'un léger mouvement, une attitude ou une tournure de phrase… 

And Also The Trees présentera son nouvel album le 15 septembre au Botanique, Bruxelles (BE) et le 28 octobre au Paard, La Haye (NL).

 

 

 

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