Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare, psychédélique et garage-rock, il est décrit comme un chaos créatif à haute tension et imprégné d'humour, un élément souvent oublié dans le rock. En attendant, il a partagé…

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La couleur intérieure de The Intemperate Sons…

The Intemperate Sons a fait irruption sur la scène rock alternative de Dallas (Texas), à l'été 2019, se distinguant immédiatement par un son mêlant riffs de guitare brûlants, mélodies obsédantes et profondeur émotionnelle brute. En 2021, son talent…

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Jean-Claude Mondo

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samedi, 21 novembre 2015 19:45

Balkun Brothers

Responsable d’un blues/rock énergique, cette formation nous vient de Hartford, dans le Connecticut. Et elle compte déjà plusieurs albums à son actif, dont le précédent, "Redrova", figurait au sein du Top 20 de votre serviteur, en 2014. A cette époque, elle se produisait sous la forme d’un trio impliquant un bassiste. Depuis, les frères Balkun –le chanteur/guitariste Steve et le drummer/chanteur Nick– poursuivent l’aventure en duo. Encore que le pianiste Dave Reyes vient leur filer régulièrement un coup de main. Début 2015, ils rencontrent le célèbre bluesman new-yorkais, Popa Chubby. C’est lui qui va se charger de l’enregistrement, du mixing et de la production de cet opus éponyme, un disque paru sur Dixiefrog, le label français cher à Philippe Langlois, sur lequel le combo a signé. Il va également inviter les frangins à assurer le supporting act de sa première tournée européenne, en Belgique, Allemagne, France et aux Pays-Bas...

"Been drivin" ouvre la plaque. Un blues puissant imprimé sur un tempo enlevé. Nick sert de section rythmique à lui seul. Il domine l’espace sonore de ses fûts, alors que Steve chante d’une voix furieuse, libérant ses cordes dès qu’il en a l’opportunité. Elles deviennent très métalliques sur "I know what ya' did", une plage qui nous plonge dans le cœur du Delta. Il glisse sur son manche, son bottleneck bien fixé au doigt, en trahissant une rage à peine contenue. "She got it all" adopte un rythme plus cool. Steve laisse vagabonder sa slide. Il nous entraîne au sein d’un trip à la fois énigmatique, atmosphérique et psychédélique, avant que la compo ne s’achève par un galop délirant. Un riff profond balise "Control yourself", un power blues/rock solide et âpre au terme duquel, frénétique, la slide se débat dans des eaux tumultueuses. "Cold heart" nous expédie près de cinquante ans en arrière, dans un univers sonore institué par le Jimi Hendrix Experience, The Cream ou encoure Mountain. Une piste à la fois percussive et déjantée, au cours de laquelle Nick Balkun affiche tout son talent aux drums. La voix devient autoritaire sur le rockin' blues "Pawn shop". Une seule reprise : le "Mean town blues" de Johnny Winter ; et finalement, ce n’est guère étonnant. Et pour cause, Steve calque son dynamisme sur celui de l'albinos texan, tout en affichant la même rage dans la voix. La slide peut alors divaguer au sein des percussions tribales, martelées par le petit frère. "The painkillers" vire au hard/blues/rock. La guitare se révèle à la fois créative, obsessionnelle, débridée ou transique. Le spectre de Leslie West (Mountain) recommence à planer… Solide, "Bapadubap" répand des fragrances surprenantes. Le piano de Dave Reyes communique une certaine sérénité au blues lent "Jail bird". "Storm for the devil" opère un nouveau périple dans le delta. Puissante, dense, la slide épouse la voix qui manifeste beaucoup de détermination. Un des sommets de la plaque ! "Rainy day front porch blues" remonte à nouveau dans le temps (?!?!?). Il pleut. Des bourrasques secouent un rocking chair installé devant une vieille bâtisse en bois, non loin du Mississippi. Ce clin d'œil adressé au blues originel, est alimenté par une guitare resonator aux tonalités réverbérées et parcouru de percussions dépouillées. Les Balkun Brothers ont encore frappé fort !

 

samedi, 21 novembre 2015 19:44

Friday Night

Originaire du Mississippi, Zora Young est une chanteuse de couleur noire. Il semblerait qu’elle soit une cousine éloignée du mythique Howlin' Wolf. Elle était encore très jeune quand sa famille s'est fixée à Chicago. Elle a publié plusieurs albums solos, dont trois sur le label notoire chicagoan, Delmark.

Little Mike, c'est le pseudo de Michael Markowitz, un harmoniciste originaire du Queens, à New York, mais établi en Floride depuis quelques années. En 1978, il avait monté son groupe, Little Mike and The Tornadoes. Le dernier elpee du combo, "All the right moves", date de 2014. Et début 2015, LM&TT avait déjà publié un ‘live’ en compagnie de Zora Young, "Live at the St. Augustine Bluzfest". "Friday Night" été enregistré dans le studio Eclipse de Ste-Augustine, sous la houlette de Markowitz.

"I've been a fool too long" ouvre l’elpee. Un blues puissant signé par Markowitz, au cours duquel parcimonieuses, les cordes de O'Melio sortent déjà de leur réserve, alors que l’ensemble est soutenu par le saxophone de Rick Johnson et la trompette de Gary Smith, pendant que Jim McKaba double piano et orgue. Quel panache ! Zora a du vécu ; ce qui lui a permis de forger son expérience. Naturelle, sa voix est chargée de passion et de feeling. Et "A fool's lament" en est une belle illustration ; un soul/blues flemmard, caractérisé par la première intervention à l’harmo de Little Mike. Les accords des ivoires vous entraînent à travers les rues de la Nouvelles Orléans sur le célèbre "44 blues" de Howlin' Wolf, une version étonnante et par ailleurs excellente. Le piano de McKaba est omniprésent tout au long du R&B "True love is hard to find", une plage colorée par les cordes parcimonieuses d'O'Melio. "I love Chicago" nous entraîne, bien évidemment, à Chicago, un blues que souligne de ses touches d’ivoire, Jim, manifestement inspiré par les mythiques Otis Spann et Sunnyland Slim, alors que Tony s’autorise distinctement un billet de sortie sur sa guitare. Rythmé et cuivré, l’épatant "Friday night" se signale par une sortie percutante et troublante de Little Mike à l’harmo. Zora ne boude pas le blues lent. Elle se délecte ainsi au chant de "Chains of love", un morceau issu de la plume de feu Harry Van Walls, un pianiste de couleur noire. Et bien sûr, c’est McKaba qui siège derrière le piano. Il occupe même l'avant-plan avant que Tony ne dispense ses accords de cordes bouleversants. En fin de parcours, Miss Young s'installe solidement à Chicago et nous réserve le "Just your fool" de Little Walter, une version au cours de laquelle Little Mike est impérial à la musique à bouche. L’opus recèle deux reprises d'Otis Spann, le génial pianiste du Muddy Waters Band : "Country girl" et l'instrumental "Spann's boogie". Enfin, toujours dans le même style, une autre de Bonnie Lee, chanteuse disparue en 2006, "I'm good". Un excellent album!

 

mercredi, 11 novembre 2015 10:59

R.I.P. Allen Toussaint

Allen Toussaint était un des musiciens les plus notoires de sa génération à la Nouvelle Orléans. Pianiste, compositeur et producteur, il pratiquait le New Orleans R&B. La musique de Professor Longhair était son influence majeure.

Il est décédé ce 10 novembre 2015 à Madrid à la suite d'un concert. A l’âge de 77 ans. Parmi ses compos les plus connues, on épinglera "Ride your pony", "Working in the coal Mine", "Fortune teller" et "Get out of my life, woman". 

De nombreux artistes et groupes ont popularisé ses chansons, dont les Rolling Stones, The Doors, Little Feat, les Yardbirds, Lee Dorsey, Devo, etc.

 

mardi, 10 novembre 2015 16:17

Dirty Southern Soul – vol 1

Stolen Hearts est un couple sur scène comme dans la vie. Issu de la Caroline, il partage la passion pour le blues et la soul. Le duo s'est formé en 2014. Pam Taylor et Robert Johnson Jr. se consacrent aux vocaux et à la guitare. Multi-instrumentiste, ce dernier joue également de la basse, la mandoline et la guitare. C’est un homonyme du légendaire chanteur du Delta Blues ; mais il n’existe aucun lien de parenté. Il est aussi blanc que la légende issue du Mississippi était de couleur noire. Pam et Robert signent leur répertoire, dans un style qu'ils qualifient de dirty southern soul, c’est-à-dire du folk rock aux accents blues et jazz. Auparavant, Pam drivait son propre blues band qui avait d’ailleurs gravé un elpee baptisé "Hot Mess".

Le premier LP de Stolen Hearts a été enregistré au sein de différents studios, sis au sein des Etats de Caroline, Nord et Sud. Pour la circonstance, le couple a reçu le concours d’un tas d’amis et autres connaissances.

Très offensive et tonique, "The dream" ouvre l’elpee. Tous les instruments sont bien en place. Si la guitare s’impose, le saxophone de Mike Taylor et la voix puissante de Pam ne manquent pas de présence. Robert Jr chante d’une voix très expressive "Carolina days", un folk roots au cours duquel Jason Atkins siège derrière l’orgue. Les grattes sont bien mises en exergue et les répliques vocales particulièrement soignées. Faut dire que la mise en forme y est certainement pour quelque chose. Sa voix domine encore le sujet sur "Do you no harm", un blues roots sculpté dans les sèches. Blues classique, "All I got left" évolue sur un tempo indolent. Miss Taylor se consacre au micro sur cette piste au cours de laquelle les cordes de Kyle Phillips et le saxophone de Mike Taylor tirent leur épingle du jeu. "Werewolves (Make lousy boyfriends)" se signale par sa construction et ses arrangements plus complexes. La voix de Robert se révèle plus autoritaire sur cet excellent morceau de rock, caractérisé par une gratte plus aventureuse. "Bring you love" est imprimé sur un tempo lent. Les sonorités d’orgue dispensées par JoJo Starr servent d’écrin aux excellentes interventions des cordes acoustiques. Et elles illuminent encore "My Johnny" (NDR : en y incorporant celles de la mandoline) une ballade folk roots que chante Pam d’un timbre limpide. Toujours aussi nonchalant, "C'mon baby (I got your shoes)" met en exergue les percussions de Michael Rone et les cordes de Joe Miller. Excellent blues, "Ain't no man" est proche du Delta. Les sonorités de la Resonator sont métalliques tout au long de ce morceau plus rythmé. Chargée de feeling, la voix de Johnson est rejointe par les chœurs. Et après s’être détachée, elle est relayée par les sonorités dispensées par le bottleneck ainsi que l’harmo. Sans aucun doute, une des meilleurs compos de l’opus ! Le disque recèle deux bonus tracks. Tout d’abord "Already alright". Cristalline, soutenue par les cordes acoustiques, la voix de Pam est impressionnante. Superbe ! Et enfin la finale. La seule et unique reprise. Soit le hit d’Etta James, "I'd rather go blind", le succès d'Etta James. Enrichi par l’orgue Hammond de James Pace et le sax de Taylor, la version, tout en dirty southern, soul, s’étale sur près de 9'…

 

mardi, 10 novembre 2015 16:14

Trouble don't last

Etablis à San Diego, au sud de la Californie, Chris James et Patrick Rynn constituent un duo bien soudé. Pourtant leur style musical nous entraîne au cœur de la Cité du blues, Chicago. Chris chante et se consacre à la guitare, Patrick à la basse. Leur collaboration remonte déjà à 1990, lors de leur première visite au sein de la Windy City. Leur coopération a déjà débouché sur la confection de trois elpees, "Strop and think about this" en 2008, "Gonna boogie anyway" en 2010 et "Barrelhouse stomp" (NDR : pour lequel le tandem avait bénéficié du concours de 3 pianistes) en 2013. Ils sont tous parus chez Earwig, mais les deux premiers sont épuisés. Changement de crèmerie pour "Trouble don't last", puisqu’il est publié sur le label très dynamique, Vizztone. Lors des sessions, la paire s’est entourée de musiciens remarquables ; et tout particulièrement le batteur June Core ainsi que les harmonicistes Rob Stone et l'Indien Aki Kumar.

L’opus démarre en force par le rythmé "Shameless", un morceau pour lequel le duo est renforcé par la présence de leur ami Rob Stone, à l'harmonica. Signé par le citoyen de Detroit, Calvin Frazier, "Lily Mae" évolue sur un tempo lent. Le spectre de Muddy Waters plane tout au long de ce titre qui baigne au sein d’une ambiance réminiscente du quartier Southside de Chicago. Les interventions d'Aki Kumar à l'harmonica sont saturées d'émotion. "Lonesome whistle blues" est une plage popularisée au début des 60s par Freddie King. La nouvelle version évolue à un niveau particulièrement élevé. Les deux souffleurs s’échangent des soli exceptionnels, alors que Chris James démontre tout son talent sur les cordes. "Going down to the ocean" nous emmène dans le Chicago Westside. Tout en rythmique, l'envol exécuté par Chris est brillant. Faut dire que la section constituée de Patrick Rynn et June Core est irréprochable. Country/blues, "Trouble don't last" adopte le tempo du chemin de fer. Le "Don't drive me away" de Robert Curtis Smith est contaminé par le blues du Mississippi. Rob et Aki tirent à nouveau leur épingle du jeu à l’harmo sur l’instrumental "Steady goin'on", une plage au rythme vivace assuré par Chris James. Et finalement, ne tenant plus en place, ce dernier se lâche sur ses cordes. Sa voix se détache sur "A good idea at the time", un blues lent, indolent qu’il interprète face à un accompagnement minimaliste, dont celui de Rob Stone, empreint d’une grande sensibilité. Aki Kumar se déchaîne sur "Hard to keep a dollar", un solide Chicago shuffle qui démontre une nouvelle fois l’étendue de son talent. De toute bonne facture, cet opus s’achève par l’enlevé "Roll, tumble and slip", une compo issue de la plume de feu Sunnyland Slim, pianiste notoire issu de Chicago. Une nouvelle occasion pour autoriser un beau duel entre les deux souffleurs, destiné à nous transporter vers les sommets… 

 

mardi, 10 novembre 2015 16:11

Outskirts of love

Dans l’univers du blues contemporain, Shemekia Copeland est assurément l'une des les plus populaires. C’est la fille du regretté bluesman texan, Johnny Copeland. Née à Harlem (New York), elle n’affiche encore que 36 ans. Et pourtant, sa carrière est déjà bien remplie. En 1998, elle signe un contrat sur le label chicagoan, Alligator. Elle y sort son premier opus, "Turn the heat up!", la même année. En 2008, passe chez Telarc International et y grave "Never going back", l'année suivante. En 2012, elle est couronnée ‘New Queen of the blues’ lors du Chicago Blues Festival. La couronne lui est remise par la fille de Koko Taylor, qui avait décroché ce titre, l’année précédente. Pour publier son 7ème opus, elle a décidé de revenir sur son écurie originelle, Alligator. Les sessions d'enregistrement se sont déroulées au sein des studios de Nashville, sous la houlette d’Oliver Wood. Le leader des Wood Brothers, se consacre également à la guitare. Elle a également reçu le concours d’autres collaborateurs, dont Jano Rix à batterie et aux claviers ainsi que Lex Price à la basse.

Shemekia ne signe qu’une seule chanson. Le reste est quasi-intégralement constitué de compositions dévolues à Wood et son manager John Hahn, mais également de reprises. Plutôt blues/rock, les deux premières plages sont issues de la plume de Hahn et Oliver Wood. Tout comme l’excellent titre maître. Un morceau bien nerveux au cours duquel le chant de Shemekia passe en puissance, alors qu’Eric Fritsch tapisse l’ensemble de son orgue pendant que Will Kimbrough (NDR : il est issu de l'Alabama) se distingue à la gratte. Et si "Crossbone Beach" évolue dans le même registre, c’est la steel guitare de Robert Randolph qui y tire son épingle du jeu. Puissante, la voix de Shemekia déchire l’écran sonore sur "Devil's hand", une composition écrite par son père. Homogène, "The battle is over" est un morceau popularisé il y a un bail, par Sonny Terry et Brownie McGhee. Caractérisée par sa rythmique proche des Rolling Stones, l’adaptation vire davantage au rock. Les choses sérieuses commencent dès "Cardboard Box", un titre cosigné par John Hahn et l'Anglais Ian Siegal. Miss Copeland est épaulée par le célèbre bluesman californien Alvin Youngblood Hart, au chant et à la guitare. Et la conjugaison naturellement autoritaire des vocaux est très réussie. "Drivin' out of Nashville" incarne bien le style de la Music City du Tennessee, une piste de country/rock, balayée par la pedal steel de Pete Finney et fréquentée par la six cordes de Guthrie Trapp, un des requins de studio locaux. Shemekia chante enfin "I feel a sin coming on", un blues popularisé jadis par Gene Watson et surtout Solomon Burke. Enrichie par la participation de Matt Glassmeyer au saxophone, la version est superbe, alliant, passion, expression et détermination. Jess Winchester est considéré comme un spécialiste de la country. Il signe "Isn't that so", une plage dynamisée par les percus néo-orléanaises. Jano Rix siège derrière le piano et très inspiré, Oliver Wood se consacre aux cordes, sur ce morceau qui démontre l’amplitude de styles abordés sur ce long playing. Shemekia s'attaque alors à un des classiques de ZZ Top, "Jesus just left Chicago", une plage figurait sur l’LP "Tres Hombres", gravé en 1973. On y ressent bien le climat originel institué par le trio texan. La voix transpire de vécu ; mais bonne surprise, Billy Gibbons –dont les sonorités de gratte son bien identifiables– y apporte son concours. Miss Copeland poursuit sa lecture blues d'un passé glorieux, en abordant le "Long as I can see the light" de John Fogerty, une chanson qui figurait sur le "Cosmo's Factory" de Creedence Clearwater Revival, un elpee paru en 1970. L'émotion est intense. L'intervention aux cordes de Will Kimbrough constitue un morceau de bravoure. Place ensuite à la cover funky du "Wrapped up in love again" d'Albert King, auquel participe son ami, Arthur Neilson, à la guitare. Le "Lord, Help the poor and needy" de Jessie Mae Hemphill (NDR: une blueswoman issue de Mississippi) clôt cette plaque. Emouvante, dépouillée, cette finale trempe dans le gospel le plus pur…

 

mardi, 10 novembre 2015 16:07

Jammin' on the High Cs

Agé de 64 ans, Mitch Woods est originaire de Brooklyn, à New York. Chanteur/pianiste, il pratique le boogie woogie et le jump blues. Il drive ses Rocket 88s depuis plus de trente ans. Cet opus immortalise toute une série de concerts accordés lors d’une croisière, organisée dans les Caraïbes. C’est d’ailleurs sur cette mer qu’elles sont le plus souvent organisées. A bord du navire, on y retrouve des stars du blues et du R&B. Cette formule existe depuis 2002 et remporte un succès certain. D’ailleurs la prochaine excursion –ce sera déjà la 26ème édition– se déroulera en janvier. Déjà sold out, elle accueillera en vedette Taj Mahal, Elvin Bishop, Sugar Blues, North Mississippi All Stars et la liste est loin d’être exhaustive. Cet elpee est sous-titré ‘Live from Mitch Wood's Club 88 on the Legendary Rhythm & Blues Cuise’. Le Mitch Wood's Club 88 est le piano bar installé sur le paquebot. C’est Mitch qui y siège en permanence. Ce qui n’empêche pas d’autres pianistes de se distinguer. Les prestations en ‘live’ ont été réalisées en janvier dernier. Les différents artistes se produisent au fil des soirées, selon différents horaires. Les 17 plages –pour la plupart des classiques du style– de cet elpee baignent dans la bonne humeur.

Pour entamer l’opus, il chante "Big Mamou", soutenu par les cuivres du Roomful of Blues. La voix de Janiva Magness est suave et accrocheuse tout au long du "Tain't nobody's bizness" de Freddie King. La qualité des prestations est cependant parfois inégale. Il est vrai que la plupart d’entre elles se déroulent au coeur de la nuit. Parmi les grands moments, on épinglera la performance à la guitare de Tony Castro sur "Rip it up", de Lucky Peterson pour le "Bright lights big City" de Jimmy Reed, de Popa Chubby sur le boogie "I want you to be my baby", un morceau signé Louis Jordan ainsi que de Coco Montoya sur "Rock me baby" et "Boom Boom. Sans oublier l’intervention à l’harmo de Billy Branch sur "Eyesight to the blind" et "Wee Wee hours". Quelques coups de cœur encore : l’accordéon zydeco de Dwayne Dopsie sur le "Jambalaya" de Hank Williams et "Whola lotta shakin' goin' on" ainsi que le claviériste Victor Wainwright pour le "Wine spo dee oh dee" de Stick McGhee. Des jams au cours desquelles Mitch se révèle brillant aux ivoires d’un bout à l’autre…

 

vendredi, 30 octobre 2015 19:18

Slip into a dream

Dave Weld est né à Chicago, en 1952. Avant de succomber définitivement au blues, ce guitariste écoutait surtout les Rolling Stones, Eric Clapton et John Mayall. Puis, il s’est intéressé aux légendaires Howlin' Wolf, Lightnin' Hopkins et BB King ! Mais la claque, il la prend en découvrant Hound Dog Taylor, le maître incontesté de la slide primaire et sauvage. Dave fréquente de plus en plus le quartier Westside, à Chicago. Un autre grand de la slide locale, J.B Hutto, le prend sous son aile. Son neveu, Little Ed, monte alors sa propre formation, les Blues Imperials. Il y intègre Weld comme second guitariste. Quelque temps plus tard, Dave fonde son propre groupe, Dave Weld and The Imperial Flames. Il a publié son premier elpee, "Roughrockin' in Chicago", en 1988, sur le label brugeois, Parsifal. Il a également participé aux sessions d’enregistrement d’autres artistes. Son LP personnel, "Burnin' love", remonte à 2010. Le line up de ses Imperial Flames réunit le drummer Jeff Taylor, le bassiste Dave Kaye, le pianiste Harry Yaseen et la chanteuse Monica Myhre.

"Slip into a dream" entre immédiatement dans l’univers du Chicago Westside. Nous ne sommes pas loin de Magic Sam. Flamboyante et plutôt agressive, la guitare colle parfaitement au style. La voix est rejointe par celle de Miss Monica Myrhe. Le rythme s'affole sur le très rock'n'roll "Sweet rockin' soul". Boosté, le piano de Yaseen pousse la slide dans ses derniers retranchements. Monica signe et chante "Too bad, so bad" et "Looking for a man", une piste qui adopte un style semblable. Mr Bobby Rush souffle dans son harmonica. Weld est toujours aussi déchaîné sur sa slide. Son bottleneck est au bord de la combustion. Dynamique, "Take me back" baigne dans le R&B cuivré. "May be right, may be wrong" opère son retour au cœur de Chicago, un shuffle puissant au cours duquel le Canadien Graham Guest (Sue Foley Band) –invité pour la circonstance– siège derrière le piano, alors que Dave nous a pris à la gorge et ne semble pas prêt à desserrer son étreinte. Monica chante devant les cuivres et le piano de Guest, sur l’intermède soul, "Sweet love (Dulce amor)". Encore une plage frénétique. "Louise" est un boogie rock'n'roll furieux. Miss Mihre est très excitée. Piano, slide et le saxophone de Sax Gordon accentuent cette frénésie. Gordon demeure aux cotés de Weld pour alimenter un nouveau brûlot, "Tremble". Monica est au micro pour le blues lent attendu, "Walk on down". Et le batteur Jeff Taylor lui succède sur "Dorothy Mae", un funk au cours duquel Graham Guest se consacre à l'orgue et Sax Gordon prend son envol sur son sax ténor. Dave cède le poste de soliste à Greg Guy, le fils d'un certain Buddy Guy ! "20% alcohol" est une plage empreinte d’émotion. Et pour cause, elle est issue de la plume du mentor de Weld, J.B Hutto ; et c'est Bobby Rush qui se charge de l’harmo. En finale, on a droit à une version différente de "Slip into a dream", titre qui ouvre le long playing. Dave Weld déborde d’énergie, à l’instar de Hound Dog Taylor et Little Ed, dynamisme qui manque quand même au blues contemporain…  

 

vendredi, 30 octobre 2015 19:16

Buy my soul back

Kevin Selfe est originaire de Virginie, aux States. A l’âge de 23 ans, il intègre le Fat Daddy Band qui décroche une place de finaliste à l'International Blues Challenge de Memphis. Nous sommes alors en 1997. Le band grave trois albums. En 2003, Kevin rejoint Little Rodger and The Cheap Thrills ; puis, en 2005, fonde son propre groupe, Kevin Selfe and The Tornadoes. L’équipe publie "Selfe Contained", en 2006. En 2007, Mr Selfe émigre au bord du Pacifique, du côté de Portland, dans l'Oregon. Il monte une version locale des Tornadoes, et publie "Playing the game", en 2009. Ce chanteur/compositeur/guitariste/harmoniciste signe sur le label Delta Groove en 2013. Et dans la foulée, il grave "Long walk home", un disque qui rencontre un franc succès chez les passionnés de blues. Faut dire que pour concocter cet opus, il a notamment reçu le concours d’invités de marque, dont le pianiste Gene Taylor, l'harmoniciste Mitch Kashmar et le claviériste Doug James. Un LP paru sur l’écurie dynamique, Vizztone. Tout au long de ce long playing, il se réserve le chant et la gratte. Lors des sessions il a, en outre, bénéficié de la participation du drummer notoire Jim Bott, et de son pote Allen Markel –un ex-Tornado– à la basse. En outre, de nombreux guests ont participé aux sessions, qui se sont déroulées au studio Roseleaf Recording, à Portland.

"Picking empty pocket" ouvre l’LP. Une plage rythmée soutenue par une section de cuivres. Brad Ulrich s’autorise un premier billet de sortie sur son saxophone baryton, suivi rapidement par un envol de Selfe, particulièrement saignant sur ses cordes. Jim Bott (drums), Willie J. Campbell (basse acoustique) et Mitch Kashmar (très inspiré à l'harmo) dominent le shuffle entraînant, "Fixed it til it's broke". Enrichie par la section de cuivres, "Buy my soul back" concède des accents soul proches du Memphis blues, un blues enlevé au cours duquel James Pace siège derrière l’orgue et Lisa Mann (NDR : issue de Portland, cette chanteuse n’est autre que l’épouse du bassiste, Alan Markel) participe aux chœurs. Parcimonieuse, l’approche de Kevin sur ses cordes lorgne vers Robert Cray. La voix devient autoritaire sur le bluesy "Digging my own grave". La sonorité de la slide est impeccable. R&B lent, "All partied out" est le théâtre d'une superbe envolée de Selfe. Excellent, "Keep pushing or die trying" est encore imprimé sur un tempo soutenu. Steve Kerin se consacre au piano, alors que transcendé, Kevin se déchaîne à la manière d'un Jimmie Vaughan au sommet de son art ! "Bluesman without the blues" est une autre tranche de Memphis Blues. Orgue et cuivres tirent leur épingle du jeu ; mais surtout la gratte lumineuse réminiscente d’Albert King. "I'm on fire" est sculpté dans la roots. Une piste ‘unplugged’ à laquelle participent Kevin à la slide, Mitch Kashmar à l’harmo et Don Shultz à la batterie. Les ivoires de Gene Taylor sont jazzyfiantes tout au long de "Don't tear me down". Sa guitare, hantée par Omar Dykes, nous entraîne dans les bayous louisianais. Impressionnant ! Davantage roots, "Virginia roots" permet à Kevin de nous rappeler ses racines. Après l’instrumental "Pig Pickin'", le long playing s’achève par "Staring up at the Bottom", un morceau souligné par les chœurs gospel et tapissé par l’orgue… 

 

vendredi, 30 octobre 2015 19:15

Blues in good hands

Mike Schermer est un guitariste de blues notoire. Il chante et compose également. Au cours de sa jeunesse il apprend à jouer de la guitare, la trompette et la clarinette. Mais il succombe au blues à l’écoute du ‘Master of the Telecaster’, le Texan Albert Collins! Ce dernier le guide vers T-Bone Walker. Ce qui provoque un nouveau déclic chez l’artiste. Aujourd'hui, à l’instar de Duke Robillard et Roy Gaines, on le considère comme celui qui a le mieux assimilé le style de Walker. Il développe son univers sonore, en y intégrant du r&b et du jazz. Il monte The Soul Drivers, une formation californienne qui se forge une solide réputation, à la fin du siècle dernier. Il fonde ensuite son Mighty Mike Schermer Band. Le combo publie "1st Set" en 2000, "Next Set" en 2005 et "Live Set" en 2008. En 2009, il quitte la baie de San Francisco pour se fixer à Austin, au Texas. Rapidement, il rejoint le backing group de la chanteuse/pianiste louisianaise, Marcia Ball. Ce qui ne l’empêche pas de mener en parallèle, une carrière personnelle. Pour concocter "Blues in good hands", il a reçu le concours de ses musicos. Soit le drummer Paul Revelli et le bassiste Steve Ehrmann. L'enregistrement a été réalisé au sein du studio Greaseland de Kid Andersen, à San José, en Californie. Des sessions au cours desquelles, il a bénéficié de la participation d’invités talentueux. Schermer signe pratiquement seul, les treize plages.

Soutenu par l'orgue de Tommy Stead, le piano d'Austin Delone et des chœurs féminins, "Baby don't stop" ouvre la plaque. Le rythme est entraînant. Terry Hanck se réserve le premier envol, sur son sax ténor. Il est rapidement relayé par les cordes de Mike. "Heaven's on the other side" est un funk blues qui tourne au ralenti. La section rythmique épaule parfaitement Schermer. Les accords de gratte sont parcimonieux mais efficaces. La voix de Mike est très expressive, tout au long d’"It's a pleasure", une ballade à la mélodie particulièrement riche. "One tear at a time" opère un petit détour par le reggae. Blues aux inflexions jazzyfiantes, "World gone crazy" lorgne vers l’atmosphère d’un Steely Dan. Soul/blues, la voix fait mouche devant le saxophone de la charmante san-franciscaine Nancy Wright. Avant que la piste ne tourne au délire. Le titre maître est un bon blues. Impeccable, la voix bénéficie des excellentes répliques féminines formulées par Shelley King et Carolyn Wonderland, avant que ne débarque le honky saxophone de Terry Hanck qui prépare la plus belle sortie de cordes de l’opus. Lorsque l'harmonica montre le bout du nez, le blues n'est jamais bien loin. A l’instar de "Wait on me woman" et "Take my hand", deux plages au cours desquelles Greg Izor (NDR : il est issu d’Austin !) souffle admirablement dans sa musique à bouche. Et il apporte une coloration texane à la compo portée par une section rythmique particulièrement efficace, assurée par Damien Llanes et Johnny Bradley du Gary Clark Jr Band. Elle apporte encore son concours sur "Stop crying", un autre blues brûlant au cours duquel les guitares de Mighty Mike et Tommy Castro s’échangent de superbes échanges, au cœur d’un climat Chicago Westside. Balisé par les ivoires d’Austoin Delone, "Most people" baigne dans une ambiance davantage néo-orléanaise. Comme "Barkin' up the wrong tree", un morceau qu’enrichissent les pianos de Delone (électrique) et son amie, Marcia Ball (conventionnel). Un régal pour les oreilles ! Shuffle texan, "Baby be kind" est un autre sommet de l’LP. Et c’est le talentueux Californien John Nemeth qui souffle classieusement dans son harmo. D’excellente facture, ce long playing s’achève par le plus cool "Hear me calling him Baby"…

 

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