Un dixième album studio pour Idlewild

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Dream City Film Club

Un éloge de la joie dans la mort?

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Michaël John Sheehy, Andrew Park et Laurence Ash sont des personnages à la fois ouverts, cultivés et intarissables. Ils viennent, en outre, de sortir leur deuxième album, " In the cold light of morning ". Un disque fort intéressant, dont l'éclectisme peut pourtant se révéler dérangeant. Dream City Film Club ? C'était également le nom d'un cinéma pornographique de Londres, qui a brûlé, voici déjà quelques années. Mais pourquoi avoir opté pour un nom pareil ?

Michaël : Ce n'était pas à Soho, mais à Smithfield, dans le vieux Londres, près de Saint Paul et de la London City des banques. Une ancienne halle aux viandes de l'époque Henry II et de l'église St Bartholomé qui abritait un cinéma et un club porno, exclusivement réservés aux hommes. Probablement un truc gay. Il a été incendié par un type qui s'était fait jeter dehors. Et pour se venger, il est revenu balancer un cocktail Molotov sur l'immeuble. Tout a cramé, et personne n'a pu échapper au brasier… pas même ceux qui ont essayé d'éteindre les flammes… la queue en main… Cette tragédie a inspiré le choix du nom de notre groupe. D'abord, parce qu'en exerçant une sorte de fascination X, il collait bien aux chansons de notre premier album. Ensuite, parce que notre musique épouse un profil cinématographique qui pourrait convenir à la musique d'un film. Enfin, parce que Dream City Film Club est un enchaînement de mots, qui dans notre esprit, définissait le mieux la nature du groupe : les rêves, la ville, les films et les clubs.

Andrew : As-tu déjà entendu parler de l'écrivain Italo Calvino. Tu lui ressembles (NDR : ah bon !). Il est l'auteur des " Villes invisibles " (NDR : un bouquin publié en en 1972). Dream City Film Club compose des nouvelles assez brèves, qu'il aurait pu écrire

Le booklet de notre nouvel album est illustré par des photographies d'animaux morts, probablement empaillés. Y a-t-il un message symbolique derrière ces images ?

M. : Oui, celle des dinosaures du rock'n roll dont le regard mélancolique est resté figé… Le lapin, le chevreau ou le vison ont tous la même expression dans le faciès… Comme si c'était des natures mortes. Et nous pensons qu'elles sont belles.

Lawrence : C'est un peu comme s'il elles avaient rencontré la béatitude. Une célébration, une fête, un éloge de la joie dans la mort…

Le line up du combo me semble un peu élastique. Vous étiez quatre à vos débuts, trois lors de l'enregistrement d' " In the cold light of morning ", et de nouveau quatre pour accomplir cette tournée. Y a-t-il une explication à cette géométrie variable ?

A. : A l'origine, nous étions quatre, dont un deuxième guitariste. Mais il n'était pas très bon, et nous l'avons remercié. Bien que nous ayons fait appel à un violoniste, un saxophoniste et aussi à des choristes, le deuxième album de Dream City Film est à mettre au crédit du trio. Et l'excellent soliste que tu as pu voir ce soir est un musicien de studio que nous avons choisi pour accomplir cette tournée…

Votre nouvel opus est partagé entre compositions métalliques, presque punk, dans l'esprit de l'urban rock du Detroit de la fin des sixties, une ligne de conduite que vous semblez d'ailleurs privilégier " live ", et d'autres beaucoup plus atmosphériques, comme hantées par la musique country. Pourquoi une telle variété de styles pour un seul groupe ?

M. : Ces formations qui coulent invariablement leurs chansons dans un même moule à la con, me font chier. Tout comme les médias britanniques qui n'accordent pas aux groupes le droit de changer de style. Parvenir à élargir ton champ de vision, en te montrant plus éclectique, c'est quand même plus excitant, non ?

A. : Il est exact qu'on se reconnaît dans le son de Detroit. Mais ce n'est pas restrictif. Disons avec du noir et blanc dans les cheveux, qu'on secoue… (rires)

Le NME déclarait récemment que les comparaisons établies entre le DCFC et Joy Division ou Nick Cave étaient évidentes, mais pas nécessaires. Que pensez-vous de cette réflexion ?

M. : Je connais très mal Joy Division. J'ai peut-être eu l'occasion d'entendre deux ou trois de leurs chansons. Mais je ne vois vraiment pas ce qui nous rapproche de ce groupe. Par contre Nick Cave a certainement eu, quelque part, une influence sur notre musique. Il a puisé au sein de styles différents, et notamment dans la country, le gospel, le blues et le jazz, pour créer quelque chose de personnel, et surtout susceptible d'évoluer. Nous partageons cette manière de voir les choses. Iggy Pop est également quelqu'un d'important pour nous, parce que c'est un blanc qui s'est toujours exprimé à travers une musique noire. Enfin presque. Il est plus agréable d'être comparé à des artistes de cette trempe, plutôt qu'à Stereophonics, ou des groupes de cet acabit. Chez DCFC, nous voulons aller au delà de cette dimension, en y apportant notre touche personnelle. Nous avons choisi un style. Une façon de véhiculer ce style. Une façon de le concevoir. Et une manière de l'exprimer. Propre à nous trois. Parce que nous sommes nous-mêmes.

En écrivant " Stooge ", vous vouliez donc rendre un hommage à Iggy Pop, lorsqu'il était encore flanqué des frères Asheton ?

M. : Oui, c'est exact. Mais aussi parce que nous avions envie de prendre notre pied, en studio. Malheureusement, cet épisode a déclenché un flot de critiques. En fait, on nous a reproché de vouloir piller le passé d'Iggy Pop. N'importe quoi ! Nous l'avons fait pour le fun. Alors, je n'arrive pas à comprendre pourquoi on a fait un plat de toute cette affaire ?

A. : D'autant plus que d'autres avaient déjà opéré le même exercice dans le passé. Mais parce que c'était DCFC, ce n'était pas bien. Ces réactions nous ont vraiment foutu les boules…

Les rythmes tribaux d'Iggy et de ses Stooges, doivent vous toucher au plus profond de vous même, et en particulier Laurence, le drummer ?

L. : Ouais ! Notre musique flaire le sexe. La baise, quoi. En fait, copuler est un des instincts basiques de l'être humain. C'est pour cela que notre musique recèle des aspects tribaux. Elle te prend en dessous de la ceinture. Notre musique est à la fois une affaire de cul et de cœur. Et de tout ce qui se trame entre les deux. N'importe quel bon musicien ou bon artiste est déchiré par ce combat perpétuel entre le haut et le bas (NDR : traduction littéraire : entre le corps et l'esprit). Et la façon dont il l'exprime. C'est cet esprit que nous essayons de préserver. Celui qui nie cette évidence contribue à l'extinction de la race humaine. Or nous voulons qu'elle survive…

A. : Et ce n'est pas l'apogée des ordinateurs qui y changera quelque chose. Car, un jour, ils seront dépassés, à leur tour. Mieux, ils péricliteront. Tant qu'à faire, il vaut mieux empoigner une gratte sèche, s'asseoir derrière des drums et dénicher l'un ou l'autre instrument acoustique, quitte à jouer 'à l'arraché'…

L. : Nous n'avons recours aux amplis que par nécessité…

M. : Il y a des gens qui pensent que l'électronique a une âme. Nous pas. Il n'y a rien d'humain dans une machine. Ce qui ne veut pas dire que nous n'y avons pas recours. Mais avec circonspection. En fait, lorsqu'un effet technologique ne contient pas suffisamment d'âme, nous l'éliminons. Nous sommes des gens qui privilégions l'émotion. Il y a des groupes qui peuvent compter sur de très bons musiciens, mais qui travaillent en pure perte. Lorsqu'on monte sur scène, c'est pour faire passer quelque chose, un feeling au public. Je crois qu'il est surtout important de rencontrer les bonnes sensations. C'est à quoi nous voulons arriver. Avec ce deuxième album, nous sommes parvenus à atteindre de nouvelles émotions, une certaine grandeur d'âme, alors que sur le premier opus, on n'était nulle part. Et c'est en reconstruisant sur notre merde qu'on est parvenu à un résultat…

Lorsque vous avez écrit " Billy chic ", vous vouliez faire une ode à la cocaïne ?

M. : Non, pas du tout. La cocaïne n'est pas une drogue créative. Elle permet simplement aux mecs d'avoir l'illusion d'être Dieu, lorsqu'ils sont sur scène. Ce n'est pas du tout un produit que j'ai envie d'essayer. Parce que si j'atteins un jour la spiritualité ultime, ce ne sera pas avec de la came. En fait, celui qui en prend n'est pas bien dans sa peau. N'a guère confiance en lui. Estime qu'il est piètre chanteur ou mauvais musicien. J'ai un bien meilleur opinion de moi-même. Ce qui explique pourquoi je pense pouvoir arriver à cet état d'élévation de l'âme, sans avoir recours à ces artifices. " Billy chic " n'a rien à voir avec un quelconque éloge de la drogue, et de la cocaïne, en particulier. Il s'agit en fait, d'un état des lieux des médias en Angleterre. La cocaïne, est un voyage très onéreux destiné à te réduire à l'état d'épave. C'est de la merde, de toutes façons. Et une épave est incapable de créer, tombe dans la dèche, n'est plus qu'un pauvre type sans talent, dont on a même oublié l'existence. Et cela, c'est la pire des choses qui pourraient m'arriver.

Qu'est ce qui est gothique chez Dream City Film Club ?

A. : Rien ! Et si tu penses que nous sommes gothiques, alors on va se chamailler !

M. : Ce matin, nous nous sommes réveillés à Gand. Une ville dont l'architecture est gothique. Leurs architectes bâtisseurs étaient gothiques. Les artistes des années 80, qui jouaient du phaser, en ajoutant un peu de reverb derrière, n'avaient rien de gothique. Nous ne croyons que dans le gothique d'il y a 800 ans. Donc, quand tu me parles de gothique, c'est à cet art que je pense…

Pourtant, DCFC a une tendance à explorer la face la plus sombre, la plus pessimiste de la nature humaine ?

M. : Oui, mais c'était dans le passé ; et en particulier sur le premier album. Notre volonté est de se débarrasser le plus rapidement possible de cette image ténébreuse. En fait, il est plus facile d'écrire au sujet de choses tristes. C'est comme un trou noir qui vous aspire. Notre prochain album sera plus éthéré, davantage enclin à une forme d'élévation de l'âme…

Vous préférez sans doute troquer cette image noire contre de l'humour noir, je suppose ?

M. : Evidemment, parce que les gens prennent tout trop au sérieux. Ils sont horrifiés par ce qu'on raconte, car ils prennent tout au premier degré. Et cette situation nous amuse…

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n° 73 - mai 1999 - de Mofo)

Natacha Atlas

Transglobal Overground

Écrit par

Superstitieuse, Natacha Atlas considère que le chiffre trois lui porte bonheur. Trois, c'est également le nombre d'albums solo que cette bruxelloise de naissance et vocaliste de Transglobal Underground a enregistrés à ce jour, "Gedida" étant le petit dernier en date. Certains l'ont donc classé pile entre l'option dance et les mélopées arabisantes qui partageaient "Halim" et "Diaspora", ses deux précédents opus. 

Doit-on comprendre que tu as tourné le dos à l'esprit de tes deux précédents albums qui n'étaient pas des produits réellement commerciaux?

Non, les deux précédents n'étaient pas vraiment commerciaux. Je n'y chantais par exemple ni en français ni en anglais, mais la plupart du temps en arabe. A priori, c'est une démarche qui peut avoir l'air anti-commerciale quand on est signée comme moi sur un label basé en Europe... Sur "Gedida", j'ai enregistré une chanson en français et je chante pour la première fois en anglais, mais toujours dans mon style, avec mon attitude. Bien que le feeling soit resté oriental, le public francophone par exemple pourra y entrer de manière plus immédiate.

Trans, Plant & Page

Comment es-tu perçue par les artistes des pays du Moyen-Orient?

De manière très variée selon les endroits. J'ai ainsi eu l'occasion de me rendre au Liban et je sais donc que j'y suis appréciée. En Jordanie également, même si ma réputation y est bien moindre. En Egypte, par contre, c'est surtout des artistes que je suis connue, et certaines pop-stars comme Hakim connaissent bien mon travail. Ce dernier prépare d'ailleurs en ce moment un album qui rappelle les miens par certains égards, notamment parce qu'il aime ce que je fais. Il a aussi voulu que Tim, de Transglobal, travaille avec lui sur les arrangements des cordes... arabes! 

Arriver à se faire connaître dans un pays comme l'Egypte ou l'identité culturelle est aussi forte, c'est plutôt pas mal...

Puisqu'on parlait de Hakim, je trouve fantastique qu'il s'intéresse à de nouvelles sonorités. C'est quelqu'un qui aime l'aventure. Il sait que la musique égyptienne n'a pas évoluée depuis 20 ou 30 ans. En fait, elle est carrément devenue ennuyeuse! Sauf pour le public local qui est non seulement très difficile à convaincre, mais qui est en plus devenu conservateur et qui souffre toujours de ce complexe de supériorité hérité des années 50 et 60. A l'époque, c'est vrai, la culture musicale égyptienne signifiait réellement quelque chose et était vraiment 'en avance' sur celle des pays voisins. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Ce conservatisme est en partie dû au fait que la liberté d'expression n'y est pas vraiment encouragée, ce qui freine évidemment tout développement artistique.

Que penses-tu de l'intérêt marqué par certains artistes occidentaux pour la musique arabe? Jimmy Page et Robert Plant, par exemple, qui ont emmené Transglobal en tournée?

La plupart du temps, si l'intention de ces artistes est bonne, le résultat n'est pas vraiment heureux. On dirait bien souvent qu'il manque un ingrédient dans leur recette. Bien sûr, tout dépend de qui il s'agit. L'intérêt pour la musique arabe manifesté par Jimmy Page et Robert Plant est réel, bien connu et ne date pas d'hier. Ils la respectent, mais ne viennent pas de cette tradition. Pour bien la comprendre, saisir ses racines, je crois qu'il faut s'y être dévoué pendant de longues années, comme certains très bons joueurs de oud qui ne sont pas arabes. Transglobal Underground l'a fait et la meilleure preuve en est cette collaboration avec Hakim. Et tout cela, sans divorcer de la pop occidentale, ce qui est encore moins évident. Page et Plant sont des rockeurs et ne prétendent pas autre chose. Leur but n'est pas non plus d'intégrer la musique arabe. Sur un titre comme "Most High", ils utilisent des éléments marocains dans une sorte de séquence que j'ai eu l'occasion d'entendre plusieurs fois pendant leur tournée. J'avais un peu de mal à accrocher au départ, mais je m'y suis faite... Aussi parce que ça me rappelait certains titres de Led Zeppelin que ma mère écoutait à quatre heures du matin...

World Family

Tes racines sont très diverses. Tu t'es même un jour décrite comme une 'bande de Gaza humaine'...

Disons que je me sens anglo-arabe, entre l'Orient et l'Europe. Je suis née à Bruxelles, j'ai été à  l'école en Angleterre, et ma famille est originaire de Meknes, au Maroc, d'où elle a essaimé. En Palestine, en Egypte, en Europe, j'ai même un oncle qui vit au Brésil. La Seconde Guerre Mondiale et les années qui ont suivi ont poussé mon grand-père à cacher en quelque sorte ses origines juives sépharades. A l'aube du 21ème siècle, je crois qu'il n'y a plus vraiment de raison de taire ainsi ses origines. Moi, je me sens bien par rapport à elles, d'où mon 'coming out'...

Sur le plan religieux également?

L'héritage familial légué par nos ancêtres inclut trois religions: le judaïsme et l'islam, ainsi que la religion chrétienne du côté de ma mère. J'ai toujours été libre de choisir, parce que mes parents se sont continuellement intéressés à différentes philosophies religieuses. Eux-mêmes se sont essayés à diverses expériences philosophiques. Moi, j'ai choisi d'être musulmane. 

Et tes racines bruxelloises?

Même si je suis née à Bruxelles et si j'y ai passé quelques années, j'éprouve beaucoup moins d'affinités qu'il y a 8 ou 9 ans. Le Bruxelles de l'époque n'existe plus pour moi. Beaucoup d'endroits où j'allais, où je travaillais, ont disparu. Pas mal de mes connaissances sont retournées au Liban ou au Maroc. J'ai juste encore un peu de famille ici, et quelques cousins ou tantes...

Interview parue dans le n°71 du magazine Mofo de mars 1999

 

Idlewild

Une combinaison à quatre secrets...

Écrit par

Après avoir lu tout ce qu'on a pu raconter sur ses prestations scéniques, il était assez facile d'imaginer que ce quatuor écossais cultivait une image de groupe punk pur et dur. Dans l'esprit de Manic Street Preachers circa " Generation terrorists ". Après avoir écouté leur deuxième album, " Hope is important ", et surtout rencontré le guitariste, Rod Jones, puis le chanteur lyriciste, Roddy Wooble, il a fallu revoir, ce qui n'était finalement qu'une accumulation de préjugés. Rod et Roddy, pourtant méchamment grippés, se sont d'ailleurs relayés pour chasser de notre esprit, tout ce qui aurait pu encore nous permettre d'en douter…

Idlewild symbolise-t-il, quelque part, le futur du punk ?

Rod : Je ne pense pas que nous soyons un groupe punk. Mais plutôt pop. Noisy pop, pour être pus précis. Enfin, pour l'instant. Parce que nous sommes toujours aussi incapables de prédire l'avenir. Faudrait voir comment nous allons évoluer et surtout à quoi ressemblera notre prochain album…

Franchement, j'ai du mal à voir Idlewild dans la peau de My Bloody Valentine ou de Jesus & Mary Chain !

Rod : A nos débuts, nous véhiculions l'image d'un groupe dévastateur, incapable de jouer sur plus de trois cordes. Je crois que c'était un peu exagéré. Il est exact que nous ne faisions pas dans la dentelle, mais nous avons toujours accordé beaucoup d'importance au sens mélodique. La mélodie, pour nous, a toujours été primordiale, même lorsqu'elle est sculptée dans le bruit. Car il est excessivement rare de composer une bonne chanson, si au départ, on ne dispose pas d'une bonne mélodie…

Roddy est le responsable des lyrics ; mais qui s'occupe de la musique, au sein du groupe ?

Rod : Pour l'enregistrement de cet album, je me suis pointé avec les mélodies échafaudées à la guitare, et Roddy y a mis les mots. Bob a ajouté les parties de basse et Colin les drums. Chacun joue en quelque sorte sa propre partition. Ou plus exactement, nous fonctionnons comme une combinaison à quatre secrets. C'est ainsi que nous élaborons nos chansons. Faut dire que nous avons tous des sensibilités musicales différentes. A l'origine, nos influences gravitaient autour de quatre axes. Sonic Youth, dEUS, Nirvana et Pavement. Mais comme elles ont évolué, notre musique a également évolué. Parce que nous apportons tous notre propre contribution au processus d'écriture. C'est peut-être également la raison pour laquelle, nous ne sonnons pas nécessairement comme un autre groupe. Si nous écoutions tous les mêmes artistes, il est probable que nous leur ressemblerions

Pourtant, dans un magazine britannique, j'ai lu dernièrement que votre musique était très proche de celle d'un Fugazi qui aurait mangé de la viande. Je suppose que vous n'êtes pas végétariens ?

Rod : Non, pas du tout !

Que penses-tu de cette allusion ?

Rod : Rien ! Je trouve à la fois bizarre, mais en même temps flatteur d'être comparé à de bons groupes. Surtout, lorsque nous les apprécions tout particulièrement. Mais sincèrement, je ne vois pas du tout l'utilité de ce type de comparaisons.

Qui est ce 'captain', régulièrement évoqué dans vos chansons ?

Rod : Notre producteur…C'est son surnom !

Etes-vous angoissé par l'incertitude du futur, comme le sous-entend la chanson " A film for the future " ?

Rod : Nous sommes plutôt en prise avec le temps présent. Si tu es perpétuellement tracassé par tout ce qui peut t'arriver, tu risques de devenir fou. Le futur n'est pas, pour nous, une obsession. Personnellement, je me concentre sur le quotidien. A chaque jour suffit sa peine…

En intitulant votre album " Hope is important ", vous accordez quand même de l'importance à l'espérance, donc à l'avenir. Mais qu'attendez-vous réellement du futur ?

Rod : Nous souhaitons enregistrer de bons albums. Et j'espère que le prochain sera meilleur que celui-ci. Mais j'aspire surtout que nous progressions, afin que notre aventure, en tant que groupe, puisse se poursuivre le plus longtemps possible…

Et si on parlait un peu de Roddy (NDR : d'autant plus qu'il n'est pas encore arrivé, et que le stock de questions commence à s'épuiser…) En écrivant " Paint nothing ", pensait-il nostalgiquement aux copains qu'il avait fréquentés à l'école des beaux-arts ?

Rod : Oui, je le crois. Roddy a notamment composé plusieurs chansons sur cet album, consacrées à des aventures qui sont arrivées à des personnes qu'il côtoyait. Il tient cependant à rester le plus vague possible dans ce domaine, de manière à permettre à chacun de pouvoir en avoir sa propre interprétation.

Pourquoi une chanson est un mensonge magnifique (NDR : par référence à la chanson " A song is beautiful lie ") ?

Rod : Je n'en sais rien, il vaut mieux écarter cette question… (NDR : heureusement Roddy Wooble arrive. Juste le temps des présentations d'usage, de reformuler la question, et l'entretien peut se poursuivre…)

Roddy : Il s'agit simplement d'une locution, comme en trouve des tas dans nos chansons. " I am a message " en est une autre. Et tu as certainement dû également te poser le même type de question, à son sujet. En fait, chacun est libre d'en retirer sa propre signification. La plupart des lyricistes imaginent souvent que ce qu'ils disent a valeur d'évangile. Pour nous, pourvu que nous puisions faire passer un feeling, une émotion, peu importe que nos textes aient une signification différente chez l'auditeur.

Roddy, est-ce que ton journal intime est une source d'inspiration pour tes lyrics ?

Roddy : Non, il s'agit plutôt d'un aide-mémoire. Je ne m'en sers pas pour écrire les chansons. Enfin, pas directement. En fait, ce journal ne sert qu'à consigner mes observations personnelles sur tout ce qui se passe autour de moi. Tu penses qu'il serait intéressant de plaquer de telles annotations sur des accords ?

Tu es également attiré par l'art en général. La photographie et le dessin en particulier. Considères-tu la musique comme un tremplin pour ces activités artistiques ?

Roddy : Lorsque tu fais partie d'un groupe, tu as l'occasion de te frotter à tout ce qui touche à l'art. Aussi bien en dessinant une pochette qu'en prenant des photos, en réalisant une vidéo, en écrivant des lyrics ou en composant de la musique. C'est ce qui m'intéresse. Parce que lorsque tu écris un bouquin, tu ne vois pas la réaction des gens. Tandis que lorsque tu sors un disque, celle des auditeurs est immédiate…

Au cours de ta jeunesse, tu as vécu successivement en Amérique et puis en France. Est-il exact que tu refusais de fréquenter l'école ?

Roddy : En fait, à l'époque, j'étais très jeune. Et le système de scolarisation ne me convenait pas. Et c'est ma mère, qui était prof, qui s'est alors chargée de me dispenser les cours…

Ce séjour aux States explique-t-il ta passion pour la musique country ; et en particulier pour des groupes ou des artistes tels que Tom Waits, Gram Parsons, Smog ou Will Oldham ?

Roddy : Pas vraiment. Lorsque j'ai vécu aux Etats-Unis, je ne prêtais pas tellement attention à la musique. A la limite à l'une ou l'autre chanson populaire. En tout cas, cela n'a pas trop dû me marquer. J'aime la musique country parce que je la ressens au plus profond de moi-même. Plus tu écoutes cette musique, plus tu te sens capable de séparer le grain de l'ivraie ; et lorsque tu parviens à en faire le tri, tu cherches à te l'approprier…

En tant que grand fan de REM, que penses-tu de leur dernier album ?

Roddy : J'aime beaucoup REM. En plus de 20 années d'existence, il a toujours fait preuve d'une qualité constante. Le dernier album est différent, c'est vrai. Mais je l'aime autant que les autres. Parce qu'il est avant-gardiste et exige une certaine tournure d'esprit pour véritablement être apprécié. Une faculté d'adaptation pas toujours évidente à acquérir…

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n°72 - avril 1999 - de Mofo)

 

 

Quickspace

Un mélange de nature et de consumérisme?

Écrit par

Fondé en 1995 par le compositeur, guitariste et leader spirituel, Tom Cullinan et le bassiste, Sean Newsham, Quickspace a perdu en chemin son Supersport, puis tous les autres musiciens. Qu'ils ont remplacé assez facilement, il faut le souligner, mais sans que la musique ne souffre de ces changements de line up. Sean est, en outre, propriétaire du label Kitty Kitty Corps. Un atout supplémentaire pour ce toujours quintette londonien, qui mériterait un autre statut que celui de culte underground. Et leur dernier album, " Precious falling ", sorti l'an dernier, en est la plus belle illustration. Tom et Sean à l'interview, c'était donc plus qu'un choix, mais une nécessité…

Pourquoi Quickspace a-t-il perdu son épithète Supersport, en 1996 ?

S : Parce qu'il était grand temps de l'éliminer. De toutes manières, les journalistes l'auraient fait, un jour, à notre place. Les gens ont une tendance naturelle à raccourcir un nom dès qu'il leur semble un peu trop long…

T : Au sein du groupe, on devisait rarement de Quickspace Supersport, mais plus simplement de Quickspace. En fait, cette épithète ne servait rien. Le nom était trop élaboré. Mais ce que je n'ai jamais trop bien compris, c'est pourquoi le public ne l'a pas laissé tomber avant nous…

Qu'est-ce qui a fondamentalement évolué au sein du groupe, depuis deux ans ?

S : Notre âge. Nous avons deux ans de plus. Mais nous avons aussi enregistré le remplacement de quelques musiciens, ce qui a inévitablement entraîné une évolution de notre style musical.

T : Le premier line up a donné tout ce qu'il avait dans le ventre. Nous affichions des attitudes différentes, notamment au niveau des besoins et des ambitions. Aujourd'hui, nous sommes passés au chapitre suivant. Au départ, on a imaginé Quickspace comme un ensemble solidement défini, par une structure de base, autour de laquelle des tas d'invités pourraient se joindre, au gré des circonstances. Un peu comme un groupe à géométrie variable. Finalement, ce projet a toujours été plus solide que nous ne le pensions. Mais ces changements de line up ne sont pas toujours faciles à gérer, même s'ils se révèlent, au bout du compte, plutôt enrichissants pour permettre à une formation d'évoluer…

S : Nous avons eu de la chance, car ces perturbations ont été très bénéfiques ; surtout à l'esprit d'équipe…

The Faith'n Healers était le groupe précédent de Tom, un groupe à vocation plus métallique, plus heavy, à la limite du grunge. Avec le recul, comment évalues-tu cette période ?

T : On s'amusait beaucoup, rien qu'à brancher une guitare et à en tirer le meilleur parti possible. On faisait tout ce qu'on voulait. Enfin, presque. Le plus possible, quoi. Mais au bout d'un certain temps, on doit pouvoir s'arrêter et se remettre en question. Sans quoi on tombe dans la routine…

Comment réagissez-vous face aux fréquentes comparaisons, effectuées dans la presse, entre la musique de Quickspace et celle de Stereolab ?

S : Ce sont les élucubrations de journalistes stupides…

T : C'est vrai qu'on en a marre de toutes ces comparaisons primaires. Je suppose que c'est par fainéantise que les journalistes cultivent ce type de comparaison. Et nos copains de Stereolab partagent certainement notre avis, à ce sujet… Il s'établit souvent une certaine sympathie entre les groupes qui appartiennent au même label. Autrefois, nous les rencontrions régulièrement. Mais aujourd'hui, nous ne nous voyons presque plus. Nous sommes cependant toujours en bons termes avec eux. Mais en général, lorsqu'ils sont en studio, nous sommes en tournée, et vice versa…

Peut-on dire que la musique de Quickspace est à la fois psychédélique, cosmique et visionnaire ?

T : Ca fait beaucoup de choses à la fois ! Je ne pense pas qu'elle soit visionnaire, même si je reconnais qu'on y voit beaucoup de choses (rires)…

Lesquelles ?

S : En fait, nos observations sont plus hallucinatoires que visionnaires. Nous ne sommes pas des prophètes. C'est un exercice difficile, parce qu'il exige un travail à la limite du monde au sein duquel on vit. Visionnaire veut dire voir quelque chose, à moins que quelqu'un d'autre devine ce que vous pressentez. Je sais ce que je veux dire, mais je parviens difficilement à l'exprimer. En fait, c'est un sentiment qui vous tombe dessus sans crier gare, et lorsque vous vous en apercevez, vous en faites ce que bon vous semble. Finalement, c'est un peu l'antithèse de la perspective visionnaire. Nous avançons à tâtons, en espérant qu'une idée émerge. Et lorsqu'elle n'est pas bonne, nous l'écartons et remettons notre métier sur notre ouvrage…

Apparemment, vos textes n'ont qu'un rôle secondaire au sein de vos chansons. Une explication ?

T : C'est exact ! Pour nous, ils doivent simplement enrichir les mélodies, pas les supplanter. Si on met trop l'accent sur les paroles, ils volent la vedette à la mélodie. Ce qui est judicieux pour Bob Dylan, Léonard Cohen, et ce type de chanteur, ce n'est pas notre truc. Ce qui nous intéresse le plus, c'est le son des instruments dans leur ensemble. L'orchestration si tu préfères. Ni les paroles, ni l'instrumentation ne peuvent devenir envahissantes. Nous recherchons la complémentarité de toutes les composantes de notre musique, y compris les parties vocales…

Quelle place réservez-vous à l'improvisation dans votre musique ? Live ? Et en studio ?

T : L'improvisation est une technique merveilleuse. Mais en général, nous n'y avons recours que " live ". En fait, lorsque nous improvisons en studio, c'est pour écrire de nouvelles chansons. Mais en public, nous apportons un plus à la chanson, plutôt que de la transformer. Pour être honnêtes, nous ne sommes pas des experts dans ce domaine. Nous avons besoin de structures ; l'impro se résume à donner la répartie instrumentale. Mais en général, nos standards, sont assez figés.

S : Disons que nous improvisons endéans certains paramètres bien définis…

Pourquoi y a-t-il deux versions différentes de " Quickspace happy song ", sur votre dernier album ? Est-ce un exercice de style ?

S : Non, non, ce ne sont pas deux versions différentes d'une chanson. Ce sont deux chansons différentes !

Pourquoi le mot " mountain " revient régulièrement dans le titre de vos chansons ?

T : Parce qu'il s'agit de la même chanson interprétée différemment. Que ce soit " The precious mountain ", " The mountains wolves " ou " Goodbye mountain ". La mélodie est identique. La première composition est la version originale. Plus lente, la deuxième se déroule comme une bande son, avec des cordes superposées aux claviers. La troisième est une adaptation folk un peu loufoque, que Shaun et moi même avons agrémentée de petits gadgets insolites, et notamment des clochettes…

Est-ce que la deuxième version de " Precious mountain ", enregistrée en 1997, est un hommage à Enio Morricone ?

T : Oui, on aime beaucoup la bande sonore cinématographique, et en particulier celle d'Enio Morricone.

Pas encore eu l'idée d'en composer ?

S : Si, mais jusqu'à ce jour, nous n'avons pas eu de proposition concrète pour y être associée.

Vous avez participé à l'émission de John Peel en octobre 98. Une bonne expérience ?

T : Pour être honnête, pas vraiment ! Nous adorons John Peel, c'est quelqu'un de formidable, mais cette aventure fut loin d'être une réussite.

Pourquoi ?

S : En fait, nous souhaitions réaliser quelque chose de nouveau. Mais nous sommes beaucoup trop habitués à évoluer dans notre studio. Aussi, lorsque nous ne sommes plus dans nos meubles, nous avons d'énormes difficultés à tenir la rampe…

On ne doit donc pas espérer de " Peel session " consacrée à Quickspace ?

S : Non, le résultat était nettement insuffisant, et puis surtout le son était trop terne. Cette expérience reste pour nous un échec…

Les illustrations de la pochette de votre album sont exclusivement consacrées à des arbres. Vous avez un message écologiste à faire passer ?

T : C'est assez long à expliquer. En fait, tous les membres du groupe rêvent d'un monde plus clean. Mais paradoxalement, nous continuons à utiliser des camions, camionnettes ou empruntons des avions pour nous déplacer. On aggrave, en quelque sorte, la pollution. Nous sommes des consommateurs, et par conséquent nous serions hypocrites de nous proclamer de purs écologistes. Evidemment, nous souhaitons, au plus profond de nous même, que le monde soit moins pollué. Mais pour atteindre cet objectif, il faudrait que les gens au pouvoir se préoccupent sérieusement du problème. A notre niveau, nous n'avons aucun pouvoir. Nous aimons les arbres et la nature. Quickspace est en quelque sorte un mélange de nature et de consumérisme…

Sean tu es le propriétaire du label Kitty Kitty Corps. Tu le réserves uniquement à Quickspace ?

S : Non, non. Novak et Ligament viennent d'ailleurs d'enregistrer un nouvel album en nos studios. Des disques qui devraient sortir début 99. Tout comme celui de Penthouse, d'ailleurs, un groupe qui après avoir transité par quelques labels est finalement atterri chez Kitty Kitty Corps. Au départ, la raison d'être de ce label était de soutenir Quickspace; mais au fil du temps, nous avons changé notre fusil d'épaule, en y adjoignant d'autres formations, en leur permettant de travailler dans nos studios, en enregistrant leur création, en sortant leurs disques, en faisant leur promotion, en leur donnant des conseils, et en assurant le suivi. Tout ce que nous pouvons faire pour les aider. De manière à ce qu'ils puissent réaliser leur objectif. C'est une réelle satisfaction pour nous de pouvoir aider d'autres artistes. Parce que chaque disque a sa valeur intrinsèque, ses propres mérites. Et j'en suis très heureux.

Pas trop difficile de cumuler les fonctions de manager, de production et de musicien ?

S : Ce job est full time, et on a absolument intérêt à bien gérer son temps. Heureusement que je peux compter sur Tom. Lorsque je me consacre à un groupe qui travaille en studio, Tom vaque à d'autres occupations, comme par exemple celle de préparer la sortie de l'album. On se relaie constamment en apportant mutuellement notre propre expérience. Une anecdote ? Lors de l'enregistrement de l'album de Novak, il se tapait la cuisine…

Quelques réactions bien tranchées :

Tortoise ? Bon, jazzy.

Labradford ? Connais pas !

Mogwai ? Dynamique.

Spacemen 3 ? Une réelle source d'inspiration !

Sonic Youth ? De la merde, pardon, de l'art rock !

La new age ? De la musique pour néo hippies !

Neu, Can, Faust et le " krautrock " en général ? Germanique !

Merci à Vincent Devos

(Version originale de l'interview parue dans le n° 71- mars 1999 - de Mofo)

 

The Chemical Brothers

Pas toxic twins...

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C'est donc en cette fin de mois de juin que "Surrender", le nouvel album des Chemical Brothers, est supposé s'attaquer à nos petites oreilles déjà mises à mal par le mélange corrosif d'infrabasses et de psychédélisme concocté sur "Dig Your Own Hole", le prédécesseur. Annoncé par un explosif single portant le titre de "Hey Boy Hey Girl", il devrait marquer son époque. Et ça, il n'y a pas que les Anglais qui le disent...

Une fois encore, Tom Rowlands et Ed Simons ont multiplié les collaborations. Sur "Surrender", on retrouve tout d'abord Noel Gallagher d'Oasis, le temps d'un "Let Forever Be" dont le titre autant que la forme constituent une sorte de clin d'oeil aux Beatles. Sur "Dig Your Own Hole", le brother de l'irascible Liam s'était déjà fendu d'un "Setting Sun" pas piqué des hannetons. Bobby Gillespie de Primal Scream et Hope Sandoval, de Mazzy Star, sont également venus poser leur voix délicate sur l'une ou l'autre plage, comme "Asleep For A Day" pour cette dernière, une occasion, au passage, pour les deux compères de s'essayer aux nappes de violons. Après avoir remixé "Delta Sun Bottleneck" de Mercury Rev, ils peuvent désormais aussi s'enorgueillir de la présence de Jonathan Donahue. Autre collaboration originale, celle apportée par Bernard Sumner de New Order sur "Out Of Control", une collaboration qui, aux dires des lascars, "nous a fait flipper au départ parce que nous ne connaissions pas du tout Bernard"...

Le Son Des Sirènes

En quatre ans à peine, les Chemical Brothers auront donc mis pas mal de monde d'accord avec, chose curieuse, une musique essentiellement instrumentale. Producteurs, remixeurs et dj's, Tom Rowlands (tifs longs) et Ed Simons (tifs courts) se sont connus à l'Université de Manchester il y a près de dix ans de cela, sur les bancs d'un cours d'histoire. C'est leur intérêt commun pour le hip hop, la house, la techno et le rock déjanté qui va tout d'abord les pousser derrière les platines. Au passage, ils se baptisent les Dust Brothers, en hommage aux célèbres producteurs américains du même nom, et enregistrent un single, "Song To The Siren". Rien à voir avec la chanson de This Mortal Coil, il s'agit ici plutôt d'une réaction à l'absence de big beats et de... sirènes dans la musique de l'époque! Pour Tom et Ed, les choses vont alors aller très vite. Andrew Weatherall des Sabres Of Paradise s'intéresse à eux. Ils enregistrent deux ep's puis remixent successivement les Manic Street Preachers, Charlatans, Justin Warfield, Leftfield et Primal Scream. Entre-temps, les Dust Brothers les prient poliment de changer de nom après quoi, en mai 95, le duo signe avec Virgin et lance son propre label, Freestyle Dust. Un mois plus tard, après avoir percé dans les charts avec "Leave Home", ils accouchent d'un premier album, "Exit Planet Dust" qui va trouver près de 130.000 acquéreurs rien qu'en Angleterre et en un an à peine.

Par où la sortie?

"Exit Planet Dust" installe la marque de fabrique des faux frères: breakbeats crispants, son hénaurme, instruments trafiqués et une grosse louche de funk. Les Etats-Unis prennent goût à cette nouvelle dance venue d'Angleterre, et les Chemical Brothers se retrouvent dans le trio de tête des exportations en compagnie d'Orbital et d'Underworld. Décidés à ne pas s'endormir sur ces premiers lauriers, ils enregistrent alors un ep mythique, "Loops Of Fury", qui servira par ailleurs de bande-son au jeu "Wipeout 2097" sur PlayStation, puis impressionnent le public dans une série de festivals. L'année 96 est partagée entre leurs activités de dj's, trois remixes dont un nouveau Manic Street Preachers ("Everything Must Go") et les premières plages de leur second album. A l'automne, celui-ci s'annonce par un "Setting Sun" en "duo" avec Noel Gallagher. Résultat des courses: numéro 1 dans les charts brittons. Quelques mois plus tard, ils rééditent leur coup avec "Block Rockin' Beats" annonçant "Dig Your Own Hole", le second opus de leur discographie. Celui-ci se vend comme des petits pains dès sa sortie au printemps 97. Au passage, il est nominé au Mercury Prize et aux Brits en Angleterre. Quant à "Block Rockin' Beats", il décroche un Grammy aux States, catégorie... "Best Rock Instrumental". L'an dernier, c'est à nouveau aux dancefloors qu'ils se sont consacrés, enregistrant "Brothers Gonna Work It Out", un "dj mixup" balayant leurs influences, du hip hop à la techno en passant par le rock'n'roll et l'acid house. Depuis, discrétion totale, jusqu'à aujourd'hui, avec "Surrender"...

Tom est une fille...

Sous leurs airs d'olibrius, Ed Simons et Tom Rowlands viennent donc de redorer le blason de l'electronic dance music britannique. Leur carte de visite s'allonge de disques et de prestations sismiques. Depuis quelques mois, elle renseigne aussi une bien amusante anecdote... Séduit par "Private Psychedelic Reel", un titre signé par les frangins chimiques qu'il avait entendu dans un club d'Osaka, un couple de Japonais a décidé de baptiser ses deux premiers enfants en souvenir de cet émouvant moment. Les jumeaux se nomment désormais Ed Simons Yamauchi pour le garçon et... Tom Rowlands Yamauchi pour la fille! Plutôt que de s'étendre sur cette incongruité, les heureux "parrains" préfèrent expliquer leur perception de la musique: "Nous aimons tout les deux une musique, de préférence jouée à fort volume, qui nous transporte ailleurs. C'est une sorte d'expérience psychédélique qui donne un tour inattendu à notre vie de tous les jours, sans l'aide d'une quelconque substance"... Puisqu'ils vous le disent!

Version originale de l'interview parue dans le magazine Mofo n° 74 de juin 99

 

Miossec

Le côté p tite teigne qui ressort...

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Il écoute Asian Dub Foundation, les productions de labels comme Wall Of Sound et Cup Of Tea, et il attend impatiemment la sortie du nouveau dEUS. Il n'avait pas prévu de devenir chanteur et semble aujourd'hui se méfier du succès qui pourrait le guetter. Pas facile à prendre, le Miossec!

Intituler son album ‘A Prendre’ ouvre la porte à toutes les interprétations imaginables. Apprendre, à prendre... ou à laisser, allez savoir. Christophe Miossec ne se tracasse pas. Et s'il s'est quelque peu calmé (ou du moins, il essaie) côté excès, il continue à pratiquer son art avec cette conception qui n'appartient presque qu'à lui : « Je n'ai pas de message personnel à délivrer, autrement je ne ferais pas de musique, quoi. Je ne prends pas les choses comme ça en fait. Je fais un disque et puis voilà... C'est un peu ‘advienne que pourra’. Mais je n'attends pas de questions précises, et je n'ai pas non plus de réponses précises à fournir. Ce que je veux dire, c'est que je comprends complètement quelqu'un qui n'aime pas le disque ; je peux me retrouver en accord avec lui, et ça ne me pose pas de souci majeur. Et vice-versa. » N'empêche, les albums du Breton, trois à ce jour, n'ont jamais suscité l'indifférence. Après ‘Boire’ et ‘Baiser’, certains espéraient même le voir toucher un auditoire plus large. « Il y a quand même un truc marrant dans ce que j'ai pu lire, c'est que des gens ont été étonnés que je ne fasse pas le grand saut. Quelque chose de plus populaire. Que je devienne une usine à tubes. Mais je sais que c'est complètement à côté de la plaque, parce que ce n'est pas du tout dans ma façon de fonctionner, de faire de la musique. Ce qui est vraiment drôle, c'est de voir que ces réactions sont même issues de journaux indépendants ou dits comme tels. C'est tout de même marrant de lire des journalistes spécialisés qui te reprochent pratiquement de ne pas faire des tubes... »

Miossec ne fait pourtant pas la fine bouche sur les quelques 140.000 exemplaires écoulés du précédent ‘Baiser’. D'autant, explique-t-il, que dans sa logique de départ, il pensait en vendre 5 ou 6.000 et jouer partout en Bretagne. « Si ce miracle pouvait en rester là, éviter le gigantisme, ce ne serait pas plus mal pourtant. » Au-delà, ce serait une erreur car il avoue ne rien faire pour que ça décolle. « C'est bizarre parce qu'au départ, j'étais musicien. J'avais un 8-pistes et je bricolais tout moi-même. Comme j'étais tout seul, il a fallu chanter. Et puis après écrire mes paroles. Mais à l'origine, mon truc, c'était de faire de la musique, pas du tout devenir chanteur. Enfin, si je m'écoute, ce n'est pas le genre de voix dont on se dit : ‘Tiens, elle est magnifique, je vais devenir chanteur.’ » Ce qui séduit, ce serait donc plus le style que l'organe. Un style dépouillé, une écriture qui pourrait être crue s'il n'y avait le démenti de l'auteur : « Pas pour moi, non. Normale. Enfin, ce qui devrait être normal. J'ai l'impression d'écrire mes textes naturellement, et puis c'est mon truc. J'ai le sentiment d'être honnête dans ce que je raconte. Je ne crois pas être à côté de la plaque. Les choses trop calibrées, je ne m'y retrouve pas du tout. Ce qui fait que je n'écoute pas beaucoup de chanson française en fait. »

En une période qui semble propice à cette ‘nouvelle chanson française’ (notez les guillemets), le succès ou l'intérêt pour les uns poussant les firmes de disques à en signer d'autres, Miossec fait parfois figure d'ouvreur de portes. Encore que cette étiquette le laisse quelque peu sceptique : « Je crois que cela devient aussi une facilité. Je suis loin d'être fan de tout ce qui sort dans le genre. Il y a beaucoup d’imposture intellectuelle dans toute cette... Enfin, je ne balancerai pas de noms pour m'éviter les emmerdes, mais j'ai un peu l'impression que cette situation pourrait vite devenir une tarte à la crème. Je me sens aussi proche de Sloy ou de Noir Désir, pour d'autres raisons. Humainement, même avec Zebda, on s'entend bien. Les Roadrunners aussi. Comme on fait partie de groupes qui tournent beaucoup, il y a des amitiés qui se créent. Ce n'est pas du tout une affaire de sensiblerie à la française, c'est plutôt une histoire d'attitude. L'autre jour, un journaliste qui est dans la techno m'a dit qu'après deux jours de rave, il écoute Miossec parce que ça lui fait du bien. Ça me fait plaisir. Je préfère cette réaction à un mec qui étudie Jean Ferrat. »

Ce que le Breton préfère par-dessus tout, on s'en doute, c'est la scène. Une scène qu'il n'a pratiquement jamais quittée depuis le premier album, notamment parce qu'il a débarqué fort tard dans le milieu. C'est du moins ainsi qu'il l'explique. « Et c'est surtout le fait d'avoir auparavant vécu autre chose dans ta vie. Et puis là, tu te retrouves dans un fourgon rempli de fous furieux! Je n'ai pas arrêté de rouler, c'est formidable. Enfin, c'est autant la vie de fous que les concerts eux-mêmes. Je sais que je n'arrive pas du tout à être calme et serein sur scène. C'est aussi dû au fait que j'ai vachement le trac avant, donc la tension se transforme en violence. Enfin c'est un truc assez bizarre... » Voilà qui ne risque pas non plus de s'arranger au fil de temps. Du moins, Miossec ne le croit pas : « Je ne pense pas qu'un jour je me dirai : ‘Tiens c'est normal, je monte sur scène, y'a du monde dans la salle’. Par contre, je pourrais prendre du plaisir. Ça, c'est énorme. C'est plutôt du plaisir chimique... Mais ça peut être horrible; sortir d'un très mauvais concert, ça te fout le moral en l'air. Si on peut se fendre la gueule, c'est bien. Mais je ne pense pas que j'arriverai à être cool, serein sur scène... J'ai un côté 'tite teigne qui ressort… »

Interview parue dans le n° 73 (mai 99) du magazine Mofo

 

Grandaddy

Groupe pépère?

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Dans l'univers de la pop et du rock, Grandaddy est vraiment un cas à part. Ses musiciens sont d'abord capables de prendre du recul par rapport à cet univers. Et puis de privilégier la qualité de la vie sur les contraintes liées au succès. Pas étonnant qu'ils vivent dans un petit patelin perdu au fond de la Californie, dont vous n'avez peut-être jamais entendu parler : Modesto. Une philosophie qui sied très bien à leur leader, chanteur, compositeur et guitariste, Jason Lytle. Un personnage capable de poser un regard critique sur l'évolution du monde contemporain, à son goût beaucoup trop dépendant de la machine. Et ce regard critique, Jason le traduit à travers ses lyrics. Mais également le discours qu'il nous a tenu tout au long de cette interview…

Dans son esprit, ce qui est essentiel aujourd'hui sera dépassé demain. " J'ai parfois l'impression que le monde est perdu au fond d'un énorme trou. Un vide d'idées, bourré de choses inutiles, qui génère une trop grande quantité de déchets. Et c'est vraiment malheureux. A cause de cette situation, les être humains sont incapables d'apprécier les choses les plus simples, trop occupés à produire des choses superflues et à gaspiller. Et ils ne s'en rendent même pas compte. Plus grand monde n'est capable de jouir des vertus de la simplicité. De rencontrer le bonheur à travers la simple promenade dans un bois, à l'écoute du bruissement des feuilles d'un arbre ou du chant des oiseaux. Les êtres humains sont vampirisés par des gadgets qui font bip bip, clic clac, etc. Je pense qu'il est temps que quelqu'un leur rappelle qu'ils doivent relativiser, rester cool. Le pire, c'est que ces valeurs n'ont plus cours, et devraient, à mon sens, être réenseignées… " Si dans une de ses chansons, Jason conseille de ne pas trop faire confiance à la machine, dans une autre il dresse des analogies entre le système électronique et les êtres humains. Un paradoxe que reconnaît Jason : " J'adore les contradictions. Elles font partie de ma personnalité. C'est sans doute dû au fait que j'ai peut-être tendance à faire de grandes généralisations. " Comme par exemple lorsqu'il compare son nouvel album à l'image d'un endroit où le rêve de la fin du XXème siècle va mourir. Et la réponse de fuser : " Peut-être que si le XXème siècle était bourré, alors le XXIème aura la gueule de bois. Je suis un peu fataliste, mais au fond de moi-même, j'aimerais bien qu'il subsiste encore de l'espoir… "

Jason Lytle se défend avoir voulu enregistrer un concept album. Parce qu'il ne s'en est vraiment rendu compte qu'au fil des sessions d'enregistrement. C'est à dire lorsque le disque a pris de la forme et de la consistance. En fait, ses idées étaient tellement précises et représentatives de ce qui se passait autour de lui, à ce moment là, qu'elles nécessitaient un fil conducteur. " Mais franchement, ce n'était pas intentionnel ! ", ajoute-t-il. L'enregistrement de cet opus n'a pas été réalisé dans un studio de haut standing, vous vous en doutez ; ce qui ne l'empêche pas d'être superbement produit. Mais comme le rappelle si bien Jason : " J'évite de travailler dans des studios coûteux, parce qu'ils ressemblent à des hôpitaux et que le son qui en est tiré est trop clinique… " Soucieux de liberté d'action, Jason est capable d'enregistrer 24 heures d'affilée. Il déteste le saucissonnage dans le temps. Il veut bénéficier d'une disponibilité constante. A n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Il aime cette capacité d'adaptation. Enregistrer est même, pour lui, devenu une drogue. " On y devient facilement accro ", avoue-t-il. " Et tout le travail de production et d'engineering n'est que du blablabla. Il y a suffisamment longtemps que j'exerce ce boulot pour savoir de quoi je parle. "

Depuis la sortie du précédent opus, Grandaddy a intégré deux nouveaux musiciens. Un guitariste et surtout un claviériste. Enfin, pas tout à fait, puisque ce dernier, qui répond au nom de Tim Dryden, participait déjà aux tournées. Ce qui explique pourquoi le climat du nouveau CD, ‘The sophtware slump’, est beaucoup plus atmosphérique. Et Jason va même encore plus loin : " L'apport du clavier dans notre musique permet de donner davantage de variété et de couleur dans le son, d'offrir plus de possibilités et d'aptitudes à exprimer des idées. Unidimensionnelle, la guitare a beaucoup plus de limites. En fait, chez Grandaddy on cherche à varier les images à partir des fréquences et des sons. Une technique qui est assez compliquée et pas facile à assimiler dans le monde de la musique pop. Et le clavier nous facilite cette tâche… "

La chanson ‘Jed the humanoid’ opère une comparaison entre un ami mort et un computer ; à moins que ce ne soit l'inverse. Elle méritait, en tous cas une explication un peu plus précise. " En fait, c'est une histoire à propos de l'alcool. Un problème que j'ai beaucoup de mal à surmonter. Mais je n'avais pas envie de me morfondre à ce sujet et de me faire passer pour une andouille. En fait cette chanson est un peu une thérapie. Un message envers moi-même. Qui m'est soufflé par Jed. Me rappelant que le mélange entre l'alcool et l'électronique n'est pas très bon. Et j'ai écrit cette chanson comme un conte de fées abordé sous un angle futuriste, surnaturel. Mais il est exact qu'on y ressent cette forme de tristesse douce-amère dont je suis très friand. "

Jason aime des tas de styles musicaux. Pas trop la dance. Parce qu'on sait où elle va. Mais bien la musique classique. Car elle permet à l'esprit de dériver, de déborder les frontières. Elle est idéale pour explorer. Et essayer de produire ce genre de son dans le carcan de la musique actuelle, est pour lui un grand défi. Et un défi qu'il apprécie. Pourtant, il n'est pas enclin à jouer en compagnie d'un orchestre symphonique : " J'aime autant disposer d'un clavier capable de représenter un orchestre. " Curieusement, le nouveau concept imaginé par Flaming Lips ne semble pas trop correspondre à sa sensibilité. Parce que dans le contexte de la musique pop contemporaine, ils ont trop tendance à rendre leur chanson la plus expansive possible… Mais il a beaucoup d'estime pour Howe Gelb. Ou plus exactement pour ce qu'il fait : " C'est vrai que ses idées volent parfois un peu trop haut. Que ses spectacles sont assez imprévisibles, et parfois même inaudibles. Mais c'est probablement le musicien le plus passionnant et le plus saisissant de notre époque. J'ai ainsi appris qu'il aurait mis en forme deux albums en un jour. Il crée toujours de la matière intéressante. Personnellement, j'aime cette idée de battre le fer tant qu'il est chaud. D'être sûr de pouvoir s'occuper de tout dans un temps imparti. Profiter de l'instant présent. Et je crois qu'il se conduit de la même manière depuis bien longtemps… "

Si Jason apprécie également Jeff Lynne, c'est avant tout pour ses compétences d'arrangeur et de producteur. Quant à Neil Young, il admire son intégrité, une philosophie de vie qu'il a toujours respectée et qui est digne d'intérêt. " Lorsque je lis des articles, dans des magazines, sur des groupes qui n'ont strictement rien d'intéressant à raconter, qui ne mènent pas une existence intéressante, et qui pour se rendre importants racontent des mensonges, j'en suis malade. Il faut avoir vécu l'aventure, avant de pouvoir écrire quelque chose à votre sujet. Et je crois que Neil correspond fidèlement à cette image. C'est pourquoi nous essayons de mener une vie intéressante… "

Merci à Vincent Devos

(Version originale de l'interview parue dans le n° 88 - Décembre 2000 - de Mofo)

Muse

Hanté par le falsetto de Jeff Buckley...

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Depuis la sortie de " Showbiz ", en octobre 1999, album qui a dépassé la barre de 250.000 exemplaires vendus à travers le monde, Muse n'a jamais cessé de tourner. Le trio de Teignmouth, une petite cité balnéaire du sud de l'Angleterre, a bien gravé quelques singles depuis, mais rien de vraiment très neuf à se mettre dans l'oreille. Pourtant, Matthew Bellamy, Dominic Howard et Chris Wolsenholme ont composé un tas de nouvelles chansons au cours de ce long périple, répertoire qui devrait leur permettre de graver un deuxième opus…

Il y a cependant loin de la coupe aux lèvres, puisque depuis leurs débuts, qui remontent officiellement à 1998, le combo s'est fixé une ligne de conduite draconienne. Matt (qui tient le plus souvent le crachoir) s'explique : " Nous n'entrerons pas en studio simplement parce que nous avons trouvé le temps d'enregistrer. C'était clair depuis le départ. Nous nous y rendrons lorsque nous pourrons offrir quelque chose de radicalement différent et de meilleur que le précédent. Si nous devions nous rendre compte que ce n'était pas le cas, même après l'avoir enregistré, nous ne le sortirions pas. Et ce sera chaque fois pareil ! " La barre est donc placée très haute, puisque ‘Showbiz’ était déjà d'excellente facture. Un disque qui leur avait valu moult comparaisons avec Radiohead, dans la presse spécialisée ou non. Ce qui peut s'expliquer en partie, lorsqu'on sait que c'était John Leckie, notamment responsable de la mise en forme de ‘The bends’, qui en avait assuré la production. Des comparaisons que les musiciens ne dérangent pas du tout. Ils les trouvent même flatteuses. Matt pense d'ailleurs que ces réactions sont dues au fait qu'aussi bien Thom (Yorke) que lui-même vouent une grande admiration à l'œuvre de Jeff Buckley ; et surtout à la force émotionnelle qu'elle était capable de libérer. Il considère même que Buckley est une influence majeure pour Muse. Lorsqu'il chante, il a parfois l'impression que son falsetto le hante. Brrr… ! Matt apprécie également beaucoup Tom Waits. A cause de son sens de la mise en scène. D'ailleurs il considère ‘Blue Valentine’ comme la chanson qui le décrit le mieux. En 1994, en assistant à un set de Rage Against The Machine, accordé au Reading, il a eu la confirmation que le rock devait être une expérience corporelle et pas seulement une nourriture pour l'âme. Ce qui explique sans doute pourquoi leurs concerts sont aussi urgents et intuitifs. Il s'intéresse cependant à d'autres courants musicaux. La musique espagnole notamment. Et en particulier les arrangements orchestraux de Villa Lobos. La musique symphonique également. Berlioz en tête de liste ( !?!?) ; parce que sa muse ( ?!?!) libère une intensité et une puissance incomparables. Le blues, par contre, c'est pas trop son truc, même s'il reconnaît que ‘Falling down’ en a des connotations. " En fait, la presse m'a déniché des racines blues, parce que j'ai un jour déclaré que Robert Johnson était un de mes compositeurs favoris ". Paradoxalement le groupe n'est pas tellement attiré par la britpop des Oasis, Blur et consorts. Mais plutôt par la musique américaine. Nirvana et Smashing Punmpkins en particulier. Parce que leur musique est un conducteur idéal pour libérer des émotions.

Fils de musicien qui a sévi au cours des 60's chez les Tornadoes, Matt est incontestablement la figure de proue de la formation. Normal, puisque non seulement il chante et joue de la guitare, mais aussi et surtout écrit les paroles des chansons. " Sur le premier album, il y a des choses qui sont inspirées par des expériences personnelles. Dorénavant, j'écrirai davantage à ce qui ressemble au monde. La face sombre de la nature humaine. Ses angoisses, ses douleurs, enfin tout ce qui appartient au quotidien. En fait, toute cette énergie négative vient de la ville d'où nous sommes originaires. Beaucoup de nos amis sont allés à l'université ou sont devenus des dealers. Si je ne m'étais pas investi chez Muse, je serais probablement devenu une personne détestable et violente. La musique me libère et véhicule mes émotions. " Quelque part, on pourrait imaginer que la frustration est un des thèmes principaux de ses chansons. Et ses chansons reflètent cet état d'esprit. " Il s'agit davantage de confusion que de frustration ", réplique-t-il. " La confusion au sujet de la vie, de l'existence".

Muse possède la particularité de disposer de six contrats différents à travers le monde. Aux USA, ils ont signé chez Maverick, le label de Madonna, en France, chez Naïve, en Allemagne chez Motor et en Grande-Bretagne chez Mushroom. Une situation qui peut paraître assez compliquée au départ, et même devenir à terme un handicap. Mais qui est finalement devenue la force du groupe. " En fait, cela nous permet de choisir où on va. Nous avons le contrôle total de notre production. Cela nous permet de choisir l'endroit où on veut jouer. En outre, si tu n'es signé que par un seul label, s'il te vire tu te retrouves sans rien. Dans notre cas, si un label nous lâche, nous en avons encore cinq de rechange, et on peut continuer. C'est une forme de stratégie. Et ce n'est pas aussi compliqué que tu penses à gérer. Nous avons engagé des managers compétents pour s'occuper de nos affaires… "

 

 

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