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Stereolab

The Gun Club

Le surréalisme de Jeffrey Lee Pierce

Écrit par

In mémoriam Jeffrey Lee Pierce : 27-06-1958 - 31-03-1996

Jeffrey Lee Pierce, leader du groupe culte américain The Gun Club, est sur le point de sortir un album solo (« Ramblin’ Jeffrey Lee »). Marqué par le mouvement punk, ce Texan est très imprégné de la tradition littéraire du rock américain, à l’instar de Jim Morrison. Gun Club et les Cramps partagent, en outre, la paternité du psychobilly… Rencontre d’un Américain à Bruxelles… vivant à Londres mais rêvant d’Amsterdam. Chapeau noir sur lunette rondes, un visage à la Terry Gilliam sortant de Fisher King, les yeux de Robin Williams en prime.

Quelle est ta réaction quand on te dit que Gun Club est considéré comme un groupe culte ?

Ca ne me dérange pas. Ce qui ne veut pas dire que nous soyons adorés par les critiques. En fait, je souhaiterai que plus de gens comprennent et s’intéressent à ce que nous faisons… Ce serait chouette d’être reconnus par un public plus large.

Tu rêves parfois d’une carrière à la Sonic Youth, c’est-à-dire être un groupe indépendant et atterrir sur un gros label ?

Mmm… Sonic Youth n’a pas changé d’attitude en passant sur un label major ; mais il n’a pas changé de public non plus. J’veux dire en nombre. Il est resté un groupe de rock ‘cool’. Au contraire de Nirvana ; qui a fort changé de style par rapport à ses débuts et ratisse un public bien plus large. Ce genre d’évolution me déplaît plutôt. Aujourd’hui, les ‘majors’ s’intéressent aux groupes indépendants, mais ce n’était pas le cas quand nous avons commencé en 1981. D’une certaine façon, nous sommes arrivés trop tôt…

The Gun Club est-il vraiment un groupe ou bien est-ce The Gun club Featuring Jeffrey Lee Pierce ?

Non, je crois que c’est un vrai groupe ; mais je suis le seul à écrire des chansons pour le ‘band’. Et puis, je suis l’unique survivant du line up original, bien que le batteur soit revenu entretemps. Donc, par la force des choses, je suis le leader, mais… d’un groupe.

Te considères-tu aussi comme un écrivain, à l’instar de Lou Reed, qui prétend l’être dans ses dernières interviews ?

Oui ! Comme un écrivain musical, un orchestrateur. Je suis d’accord avec Lou lorsqu’il dit ‘writer’, mais personnellement ce sont les notes qui m’intéressent, pas les mots. Je ne les utilise que lorsque leur sonorité me plaît ; je peux, par exemple, baser des ‘lyrics’ d’une chanson sur une seule phrase parce qu’elle me botte du point de vue mélodique. Je ne suis pas du genre Bruce Springsteen, qui raconte des petites histoires sur la vie quotidienne des gens. C’est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle j’ai moins de succès que lui (rires). J’aime les surréalistes. Marx Ernst, par exemple. Et son inspiration se base sur leur conception du monde, où les rêves et le subconscient occupent une place prépondérante… Mes rêves sont d’ailleurs la source première de mes chansons.

Un de tes albums, « Mother Juno » a été produit par Robin Guthrie des Cocteau Twins. N’est-ce pas étonnant ce choix, quand on sait que vous n’évoluez pas dans le même univers musical ?

Non, cela me semble normal. J’aime ce qu’ils font ; même si nous ne travaillons pas dans la même dimension musicale, on est assez proche dans l’esprit. Cocteau Twins est un groupe qui se fout éperdument des modes. Pour eux, ce qui compte, c’est de créer des impressions, des images musicales. C’est très surréaliste (rires).

Ces références au surréalisme c’est ta façon d’affirmer que tu te sens plus européen qu’américain ?

Oui, c’est vrai que dans un sens je me sens plus proche de l’Europe au niveau des émotions et de la façon de voir le monde ; mais mes racines sont américaines, du Canada au Mexique.

Quelles sont tes influences musicales ?

Je crois qu’on est toujours influencé par ses premières expériences. En ce qui me concerne, elles datent du début des années 70. A l’époque j’étais fou de Led Zeppelin et de Creedence Clearwater Revival. Ce qui explique aussi pourquoi la musique de Gun Club est également marquée par le blues. Mais ça ne m’empêche pas d’être à l’écoute de tout ce qui se passe maintenant, même si à mon avis, c’est moins bon.

Te plairait-il de jouer dans un autre groupe ?

Oui, bien sûr… Ca me permettrait de me concentrer uniquement sur l’écriture de partition guitare… Mais personne ne me le demande. Ils s’imaginent sans doute que je voudrais absolument m’accaparer le rôle de leader.

Article paru dans le n° 3 du magazine Mofo de mai 1992

 

Ian McCulloch

Le plus grand fan de Leonard Cohen au monde…

Écrit par

Après avoir quitté le navire en déroute, le capitaine des Bunnymen s'est lancé dans une traversée en solitaire. Premier opus mi-figue, mi-raisin, « Candleland » était un coup dans l'eau. Sur « Mysterio », Ian McCulloch aborde à nouveau les rivages magiques de son glorieux passé. Rencontre sur fond de nostalgie

J'ai passé la soirée d'hier au DNA... J'ai toujours de bons amis ici Bruxelles. On a eu de très bons contacts avec des Belges, comme Bert Bertrand (NDLR : figure de légende du journalisme rock belge, collaborateur à ‘Télémoustique’, ‘More’ et ‘En Attendant’). La Belgique reste un endroit particulier pour moi. On a joué ici pas mal de fois...

Le point culminant de la carrière des Bunnymen en Belgique était sans doute le festival de Torhout-Werchter... Tu en gardes un bon souvenir ?

Oui, l’édition qui accueillait Iggy Pop. L’atmosphère était très particulière. Ce n'est pas vraiment le genre d'endroit où j'aime me produire, mais c'était agréable. Je me souviens qu'il y avait quelques fans devant la scène, c'était chouette.

Comment était l'ambiance au sein du groupe à cette période? Ca sentait le sapin, non ?

Oui, c'était presque l’épilogue. Et c'est pourquoi ce genre de concert était agréable. C'était un divertissement qui nous permettait de ne plus être vraiment Echo & The Bunnymen. A la fin, tout ce qui me permettait d'échapper à la routine était bon à prendre... Des concerts que nous avons accordés ici, je me souviens surtout de ceux du Plan K. Notamment celui au cours duquel pour partagions l’affiche avec Teardrop Explodes. Nous avions joué à pile ou face pour savoir qui passerait en vedette. Et comme nous avions perdu, nous sommes passés en premier. Or, le public ne voulait pas nous laisser quitter la scène. C’était dur pour Teardrop... Chez les Bunnymen, de toute façon, on a souvent vécu la même histoire ; parfois on pouvait être fantastiques, parfois on faisait de la merde.

Il y a deux ans que ton premier album solo est sorti. Tu es resté assez discret depuis. Ces deux années ont été difficiles ?

Non, après ce disque, j'ai beaucoup tourné. Je n’ai pas été inactif pendant deux ans. Mon emploi du temps a toujours été chargé ; et puis j'ai une famille. J'ai juste passé trois mois à ne rien faire. Le reste du temps, j'ai bossé. J’ai assisté à pas mal de matches de football, aussi. A mon âge, je ne ressens plus l'envie de faire le forcing pendant un mois. Je veux être tout à fait sûr de ce que je fais. Si j'avais à nouveau le temps, je ferais « Heaven Up Here » autrement. « Crocodiles » autrement. Tout différemment.

Peux-tu te permettre de prendre ainsi ton temps vis-à-vis de ta firme de disques?

Oh non, ils n'aiment pas ça. Je n'aime pas trop non plus. Mais si ça doit prendre du temps, ça prendra du temps. J'aimerais pouvoir accomplir les choses très vite, mais ce n'est pas possible, surtout quand on tourne. Je dispose déjà d’une dizaine de chansons pour le prochain album, mais je ne sais pas si je vais les utiliser dans l'état actuel ou changer les textes ou certaines choses...

Qu'est-ce qui vient en premier d'habitude, les textes, les musiques ?

D'habitude c'est un riff sur une guitare. Les textes viennent s'ajouter seulement après.

N'as-tu pas été déçu par le relatif insuccès de ton premier album solo?

Il a été reçu bien mieux que le dernier des Bunnymen auquel j'ai participé. Pour moi, c'était un pas en avant. Et plus c'était en pleine période d'explosion des Stone Roses, des Happy Mondays et de toute cette vague.

C'était une mauvaise période pour toi ?

Non, je ne pense pas que c’était l'antithèse de ce que je fais. C'était complémentaire. Je sais à quel point j’ai –ou les Bunnymen ont– influencé des groupes comme les Stone Roses ou les Happy Mondays. Et puis, « Candleland » n'a pas trop mal vendu. Rien d'extraordinaire, mais beaucoup mieux que « Crocodiles » quand il est sorti. Donc je n'ai pas été déçu. J’ai pris les choses avec philosophie. Ce nouvel album va s’écouler beaucoup plus. Il plaira beaucoup davantage au public qui aime ce que je fais. Celui qui me perçoit comme un chanteur de rock sera agréablement surpris par des chansons comme « Damnation ».

C’est un clin d'œil adressé à Jesus & Mary Chain ?

Je ne crois pas qu’ils aient un jour écrit une aussi bonne chanson. C’est ainsi qu'ils devraient sonner. Ce qu’ils font aujourd'hui a été trop entendu. Perso, leur style actuel me rappelle les premiers Bunnymen et, de toute façon, les Mary Chain m'ont toujours fait penser aux débuts des Bunnymen. Ils étaient d' ailleurs nos grands fans. C'est marrant comme les temps changent ; aujourd'hui les journalistes me disent que je ressemble aux Mary Chain, alors que la vérité a toujours été inverse.

Tu as aussi bénéficié de diverses collaborations sur cet album...

Ce ne sont pas vraiment des collaborations, mais seulement de la production. Bien sûr, le travail d'un producteur est important pour superviser le tout. Je ne peux jamais m'astreindre à rester longtemps en studio. Je me rends souvent dans les pubs, pour prendre un verre. Je ne me concentre pas assez. Ils sont importants, parce qu’ils m'empêchent d'aller au pub.

C'est assez étonnant de voir le nom de Mark Saunders accolé au tien. Il est connu pour ses mises en forme dance...

C’est suite au traitement réalisé pour le « Never Enough » de The Cure, dont il mixé le dernier album. Il beaucoup bossé ces derniers temps. Ce n'est pas un fantastique producteur, mais ce qui me plaît chez lui, c'est qu'il m'a laissé m’exprimer. Contrairement à quelqu’un qui sait ce qu’il veut mais dont le produit fini lui ressemble. Les chansons qui lui incombaient restent mes préférées

Pourquoi avoir choisi de travailler avec Robin Guthrie, des Cocteau Twins ?

Après avoir confié quelques chansons à Mark, je voulais changer. Et puis nous sommes amis, Robin et moi. Nous partageons le même manager, aussi.

Tu aimes leur musique ?

Euh, en fait non (rires). Ce n’est pas que je la trouve nulle, mais elle m’ennuie un peu. J’aime bien certains aspects de leur musique. Surtout la voix de Liz Frazer qui est vraiment fantastique. En fait, c’est parce qu’il est un ami que j’ai travaillé avec lui. Même chose pour Henry Priestman, des Christians. Sa musique n’a pas grand-chose à voir avec la mienne, mais celle qu’il apprécie est très différente de celle qu’il écrit. Il aime beaucoup les trucs psychédéliques des sixties et ce genre de choses. Mais quand il écrit des chansons, elles ressemblent toujours à celles des Christians, c’est plus fort que lui… Je sais qu’il a une bonne oreille parce qu’il a travaillé sur « Lover », ma reprise de Leonard Cohen. On avait déjà accompli l’essentiel du boulot, mais il a apporté le ‘groove’ que je cherchais.

Mais pourquoi avoir choisi cette chanson de Leonard Cohen ?

Parce que peu de gens la connaissent et qu’elle n’a jamais été terrible sur disque. Live, Leonard Cohen en réalise une version géniale, on dirait du rap ! En 85 je l'ai vu à Londres, Birmingham et Dublin et à chaque fois cette chanson m'a foutu des frissons, elle possédait un groove naturel.

En compagnie des Bunnymen, tu chanté pas mal de reprises ; mais tu as déclaré, il y a deux ou trois ans, que tu ne reprendrais jamais de compo de Brel ni de Leonard Cohen, de peur de ne pas leur rendre justice. Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis?

Oui, je voulais rester un fan. Et puis est né ce projet de ‘tribute’ « I'm Your fan ». On me proposait de choisir la chanson que je voulais. Je n'étais pas très chaud ; mais comme je me suis toujours considéré comme le plus grand fan de Leonard Cohen dans le monde, particulièrement dans celui des musiciens, j'ai accepté. Je ne voulais pas qu'un disque pareil sorte sans moi. Et puis même si j’avais refusé, en me considérant au-dessus de ce projet, je l'aurais regretté à sa sortie. Mais j'aurais préféré qu’une face me soit réservée et l’autre à Nick Cave. En acceptant un tel challenge, je prenais aussi un risque. Pourtant, je suis plus fan aujourd’hui que jamais.

Et puis, oser des reprises, n'est-ce pas aussi une manière de t'affirmer en tant que chanteur ?

Oui, je pense que je dois pouvoir chanter une grande palette de styles. J'en suis capable. J'aime Tonny Bennett, Frank Sinatra mais aussi The Sugarcubes. C'est effectivement une manière de prouver que je suis apte à interpréter un autre répertoire que le mien.

Un phénomène demeure mystérieux chez les Bunnymen : vous aviez la voix, les chansons, le look, mais le groupe n'est jamais devenu l’égal de groupes comme The Cure, U2 ou même Simple Minds...

J'étais trop occupé –nous étions trop occupés– à vouloir rester le groupe le plus cool. Je crois que c'est une attitude spécifique aux gens de Liverpool. Tant qu’on est les plus cools, on est les meilleurs. Y compris pour un groupe ou un artiste. C’est pareil dans notre manière de supporter l'équipe de football de Liverpool : même si on était relégués en deuxième division, on considérerait toujours qu'on est les plus forts. Quand U2 est devenu énorme aux States, on s'est dit ‘pffftt ! et alors, on est quand même les meilleurs...’ Et puis notre manager, Bill Drummond qui est maintenant dans KLF, n'a jamais exploré tout notre potentiel. U2 et Simple Minds possèdent des managers qui ont fait le maximum pour eux. Bill qui est écossais, préférait nous envoyer en Islande... Ce n'était pas une mauvaise idée en soi, juste un peu bizarre. Et puis à l'époque, nous ne pensions vraiment qu'en fonction du NME et du Melody Maker ; on ne se tracassait pas pour la France, l'Allemagne ou que sais-je?

Tu n’as pas de regrets à ce propos ?

Des regrets? (longue réflexion). Non, car je pense que je suis dans une position qui me convient particulièrement sur cet album. Après « Candleland », certains ont imaginé que j'étais perdu ; mais grâce à « Mysterio », j'approche de nouveau de la réussite de « Crocodiles ». Etre capable de sortir « Damnation » de ma tête est plus important pour moi que démontrer être devenu un adulte. Je ne voudrais pas me retrouver dans la position de U2, de toute façon. Ce qui me rend vraiment triste, c'est qu'Echo & The Bunnymen ait continué sans moi, qu'ils aient gardé le nom...

Tu as souvent déclaré ‘Je suis le meilleur chanteur du monde’ ou ‘Je suis le sex-symbol des années 80’. Cette attitude arrogante t'a-t-elle vraiment servi?

Mais c'était vrai! (rires) C'était une forme d'humour, de toute façon.

A propos de dérision, tu apprécies KLF?

J'adore! Pas seulement parce que j'aime bien Bill et sa manière de concevoir la musique. Ce groupe est plein d'humour. Et puis, j'ai eu recours à leur ingénieur du son sur deux titres de l'album.

Tu aimes le “Echo & The Bunnymen Mix” de What Time Is Love?

Je n'ai pas entendu. C'est bien? Et l'album d'Echo & The Bunnymen sans moi? Comment était-ce?

Tu ne l'as même pas écouté?

Non. Est-ce que le chanteur n'était pas merdique? C'était pas vraiment le meilleur chanteur du monde, hein?

(Article paru dans le n°3 du magazine Mofo de mai 1992)

 

Manic Street Preachers

Seule une révolution changerait la société

Manic Street Preachers est actuellement un groupe qui déchaîne les passions tout en alimentant régulièrement les colonnes de la presse d'outre-Manche. Au centre de toutes les controverses : des rockers-terroristes gallois qu'on trouve délicieusement arrogants. Tandis que d'autres ne voient en eux que de lamentables marionnettes. James Dean (ça ne s'invente pas !), Richez, Nicky et Sean rejettent le capitalisme, luttent contre l'exploitation et détestent la plupart des autres musiciens. Ce qui ne les empêche pas d'avoir signé chez Columbia, de vouloir vendre plus de disques que Guns 'n 'Roses et d'exécuter des concerts de quarante minutes. Avouez que la suspicion dont ils sont l'objet est légitime. Alors, les M.S.P. sont-ils un produit préfabriqué ou les Stooges des années 90 ? A vous de juger ! C'est Nicky Wire qui répondra à nos questions, dans un hôtel bruxellois. Allions-nous être accueillis à coups d'extincteur ou de tessons de bouteilles ? Surprise : le manager nous sert la main et affirme que la finale de la coupe d'Angleterre opposera Liverpool à Norwich (il s'est trompé). Encore plus fort, le redoutable bassiste porte jogging et baskets, mange du chocolat blanc et sourit timidement. Les journaux racontent vraiment n’importe quoi

Rebel ! Rebel !

Les Manic Street Preachers véhiculent une idéologie sociale et politique rebelle. Les textes traitent de suicide, d’aliénation, de décadence et de rock’n’roll. Reflétez-vous un cliché ou vous nourrissez-vous de la littérature contestataire du XXème siècle ?

Nous sommes un cliché, dans la mesure où depuis le début, nous avons toujours voulu devenir un groupe de grande envergure. A une époque où la télé, les magazines, la littérature occupent ne place de plus en plus importante dans la culture moderne, nos réflexions, réactions deviennent forcément symptomatiques,

Dans la chanson « You need stars… », vous semblez détruire l'idéal punk. Est-ce une négation de vos idées ou une révolte délibérée ?

Une révolte délibérée ! Un jeune a besoin de vedettes, de modèles. Personnellement, j'étais autant influencé par les écrits de Jack Kerouac (NDR : guide spirituel du mouvement ‘beatnik’) que par le rock'n’roll. Aujourd’hui, les kids doivent terriblement souffrir de l’extinction de la bonne littérature. La musique est trop indulgente vis-à-vis d'elle-même. La politique nous casse les pieds. Les grands leaders ont disparu. Le commun des mortels pense que l'ouverture de l'Europe vers le capitalisme est un bien. Dorénavant, cette population fréquentera le Mc Donald et rencontrera une autre forme de pauvreté. Rien de bien réjouissant ne se profile pour eux à l’horizon.

Si les socialistes prennent le pouvoir en Grande-Bretagne, le labour party a raté un rendez-vous…

Aucun parti britannique n’offre la moindre alternative. Les socialistes copient de plus en plus les libéraux. L’idée de nationalisation ne les effleure même pas. Et puis il faudrait changer le système. La monarchie ne sert à rien, ne représente plus rien à notre époque. Seule une bonne révolution pourrait véritablement changer la société. Au Pays de Galles, les charbonnages ferment les uns après les autres, Il y a cinq ans, on y dénombrait encore 30 000 mineurs. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 2 000 ! La région est rongée par près de 55% de chômage. Si les femmes parviennent à dénicher un emploi, c'est parce que les employeurs peuvent se permettre de leur accorder des salaires de misère. Blackwood, notre ville natale, ressemble aujourd'hui à un musée vivant, les usines sont pratiquement toutes fermées. Il n'y a même pas de cinéma. Quant aux perspectives d'avenir, n'en parlons pas… Avant de fonder M.S.P. nous étions tous chômeurs. Ce n'était pas la joie. Pourtant, aujourd'hui, je reviens volontiers chez moi. Ce retour au bercail me permet de rester les pieds sur terre. Finalement, j'y suis mieux qu'à Londres. Dans cette ville, les gens sont tellement hypocrites ; ils ressemblent à des robots, des snobs qui ont perdu tout sens de la communication.

It’s only Rock’n’Roll

Quelle est la définition de la jeunesse ?

L’éclat, le sexe, la mort, la violence.

Vous dites que votre musique n’est pas punk. Avez-vous peur des fantômes ?

Non, mais les Sex Pistols et les Clash constituent les seuls groupes punk qui ont exercé une certaine influence sur nous. J’aime également les bons groupes de rock’n’roll tels que les Stones et les Who. Avec le recul, le punk n’était rien d’autre que du rock. Nous en avons conservé l’esprit, l’attitude, mais nous ne voulons pas être étiquetés ‘punk’. Le punk, c’était en 77. Aujourd’hui, c’est fini. Nous sommes un groupe de rock. C’est tout.

Est-il exact que vous détestez tous les autres groupes ?

Oui, à part Clash, Who, Stones et Pistols, les autres groupes ne nous intéressent pas.

Vous semblez ne pas apprécier l’avant-garde. L’originalité est-elle un mythe ?

Je le crois sincèrement. Dans ce siècle, rien ne peut être original. Tout est triste, y compris la musique. C’est prétentieux de vouloir expérimenter de nouveaux sons. Les nouveaux sons n’existent pas. La musique de My Bloody Valentine est comparable au bruit que produit le train. A quoi ça sert de reproduire ces sons sur un disque ? C’est de l’autosatisfaction ; d’autant plus que leurs paroles sont stériles. Ils me font penser à Emerson Lake & Palmer ou à Yes. Leur public est constitué d’étudiants issus de la classe moyenne qui n’ont rien d’autre à faire que d’écouter ce style de musique. Les gens de la rue n’aiment pas cette musique.

Etes-vous des ‘Working class heroes’ ?

Nous sommes de souche ouvrière, mais pas des héros ; pas encore…

Etes-vous attachés à la vielle imagerie du rock’n’roll, celle de la décadence, de l’autodestruction, incarnée par Bolan, Bowie et d’une manière plus contemporaine par Morrissey ?

Au cours de notre jeunesse, nous aimions bien Morrissey. Mais ses textes n'ont jamais évolué. Il est devenu de plus en plus décevant. Bolan, Bowie et Reed n'ont jamais vraiment véhiculé de message. Ce qu'ils racontaient est toujours demeuré vague. Il m'est impossible d'admirer quelqu'un, simplement parce qu'il se détruit à l'aide de drogues. La plupart de ces soi-disant héros sont des imposteurs. Par contre, Keith Richards est toujours resté authentique et sincère à mes yeux. Il a toujours respecté sa ligne de conduite. Lou Reed ne veut même plus se souvenir de son passé...

Croyez-vous à la doctrine autodidactique ?

Ritchey et moi avons fréquenté l’université pour y étudier la politique. Plus tu lis, plus tu apprends, mais plus tu te rends compte que tu as été manipulé, exploité. Les livres sont parfois plus enrichissants que les disques. Mais la conscience en prend un coup. Le gouvernement anglais a ruiné tout notre système d’éducation.

Parvenez-vous à établir des limites entre votre vie professionnelle et votre vie privée ?

Plus maintenant. Tout s’emmêle. Nous ne disposons plus de temps libre. Cette année a vraiment été folle. Nous ne sommes pas rentrés à la maison. Nous vivons dans un vase clos et perdons le sens des réalités. C’est le danger de faire partie d’un groupe rock. Partout où on va, on a l’impression d’être investi d’un droit divin ; on se croit tout permis et on fait des conneries. Tu ne peux pas t’imaginer les changements qui influent sur ta personnalité lorsque tu pénètres dans le monde du rock. C’est terrifiant !

En voulant changer le monde, ne pensez-vous pas reprendre les idées d’un certain Jim Morrison ?

Jim Morrison était un con, un alcoolique. Je n’ai aucun point commun avec lui. Ce n’est pas avec sa cervelle d’oiseau qu’il aurait pu changer le monde ! Lorsque l’aventure du groupe a commencé, nous aspirions naïvement à changer le monde. Nous y croyons toujours, mais notre idéal s’est quelque peu dilué. Lorsque tu appartiens à une firme de disques, il y a de réalités dont tu dois tenir compte.

Que peut-on encore attendre du rock’n’roll, alors ?

Plus grand-chose, malheureusement. Les Stones, au cours des sixties et les Pistols, fin des seventies, symbolisaient pour les teenagers, des groupes qui allaient changer le monde. De nos jours, la culture est tellement stylisée, indolente, que les gens attendent d’un artiste soit musicalement excellent plutôt qu’il ne manifeste une conscience sociale. C’est décevant ! Le message d’un groupe est aussi important que sa musique. Nous n’écrivons jamais des chansons romantiques, par exemple. C’est un choix que nous avons défini lors de la formation de M.S.P. Les groupes devraient davantage s’adresser à tous ces jeunes qui en ont marre de toutes les conneries qu’on leur bassine…

Vous avez déclaré vouloir vendre plus de disques que Guns’n Roses, pourquoi ?

Si 10 millions de personnes pouvaient écouter notre disque, et surtout le message qu'il véhicule, je pense que quelque chose de positif pourrait se produire. Nos paroles renferment autant d'alternatives à un autre mode de vie. Je suis encore assez naïf pour croire que le rock'n'roll peut améliorer l'existence des gens. Le but du rock'n'roll, c'est d'apporter un peu de chaleur à l'être humain, de le rendre moins solitaire...

L'album a coûté beaucoup d'argent. Est-ce une forme d'exploitation?

Une crasse! Tout est de notre faute. Nous avons consacré trop de temps à l'enregistrement. Il y avait trop de pression sur nous. Dès la signature, nous savions que nous allions être exploités. Mais nous allons récupérer l'argent ; alors on s'en fout!

Que répondez-vous à ceux qui prétendent que vous faites l'objet d'un coup médiatique ?

Ca m'est égal ! Ce qui est sûr, c'est que nous réalisons tout, nous-mêmes ; aussi bien la musique, les paroles que la pochette. Notre origine galloise fait rire pas mal de monde. Ceux qui pensent que nous ne sommes qu'un coup monté n'ont rien compris. Nous n'attachons pas d'importance à ce qui est raconté à notre sujet dans les journaux. On est toujours obligé de se prostituer face aux médias. Tous les groupes sont des produits de consommation, mais peu le reconnaissent.

Article paru dans le n°3 du magazine Mofo de mai 92.
 
 

Clichés

God Save The Queen !
Le meilleur single de tous les temps

The Queen is dead !
Inutile, nul

Margaret Thatcher
Notre mère à tous

Manic
Stupide

Street
Classe ouvrière (working class)

Preachers
Des escrocs

No future
Ma phrase préférée

L’argent
Je n’ai pas bien compris la question

 


 

The Young Gods

Notre musique s’adresse plutôt à l’arrière du cerveau

Écrit par

Futur du rock façon métal ou empereurs d'un concept mélodico-visuel minimaliste ? L'avenir nous dira ce qu'il faut voir en ces Young Gods aujourd'hui. Quelle est la vraie substance de ce trio d'Helvètes esthètes? Leur rock impulsif et scientifique est coincé entre le barbare (agressivité brute) et le progressif (recherche incessante de la confrontation avec des éléments intérieurs ou extérieurs). Une chose est sûre : les Young Gods sont un des groupes les plus passionnants du moment, qu'ils provoquent l'extase ou la déception. Néanmoins, ils se moquent un peu de leur statut actuel, pourtant enviable, de groupe à qui on accorde un crédit certain. Franz Treichler, le leader/chanteur s’explique…

L'important n'est pas vraiment dans le jugement des uns et des autres. La façon dont nous sommes perçus par ceux qui nous abordent relève, à chaque fois, d'un processus individuel établi à partir d'éléments différents comme les goûts, la culture, la sensibilité. Chacun se fait donc sa propre opinion et tout le monde peut avoir raison. Nous nous basons, pour estimer notre musique, sur nos propres sentiments par rapport à nos ambitions, que nous sommes bien sûr les seuls à pouvoir fixer et évaluer. Je ne pense pas que nous soyons le meilleur groupe du monde, ni le pire. Notre but est d'être le plus conséquent possible par rapport à nos idées, le plus proche de notre projet. Je ne vois, de toute façon, pas quel besoin il pourrait y avoir d'instaurer une sorte de compétition à notre niveau, par rapport à qui ou à quoi que ce soit.

Vous avez le sentiment de progresser ?

Oui.

De quelle manière ? Vous améliorez-vous sur le plan technique, matérialisez-vous mieux vos idées ou en avez-vous de meilleures ?

Je crois qu'on matérialise mieux, c'est vrai. Au départ, c'était le contraire en ce sens que les possibilités intrinsèques des outils dont nous nous servions nous donnaient des idées. On a inversé ce schéma aujourd'hui et c'est sans doute un bien, même s'il est évident qu'une partie de la spontanéité, de la naïveté de notre travail des débuts a été progressivement gommée par l'apport conscient ou inconscient de l'expérience, de la maturité. A titre d'exemple, je ne pourrais plus jamais refaire « Comme si c'était la dernière fois », de la même façon que nous l'avons réalisé, même si je pense que cette chanson reste l'une de nos meilleures. Notre tactique est d'avoir une vision des choses la plus globale possible, avec tout ce que cela peut comporter comme remises en cause inévitables.

« TV Sky » est votre quatrième album. Quel est sa place dans votre discographie ?

Je pense que c'est notre album qui met le mieux en évidence la puissance du côté atmosphérique de notre musique. Mais c'est normal. C'est normal parce que nous sommes plus forts et que nous gérons de mieux en mieux notre souhait d'arriver à dépasser le stade de la communication classique, d'utiliser un langage qui dépasse celui qui mène au constat logique de la compréhension. Notre musique s'adresse plutôt à l'arrière du cerveau. C'est la raison pour laquelle nous devons aller plus loin.

Vos trois premiers albums vous ont donc servi à apprendre à parler votre propre langage ?

En quelque sorte... Mais bon, on n’est pas partis de rien. Tu peux d'ailleurs constater que chacun de nos albums possédait en même temps que des qualités et des défauts, une identité propre. Notre premier album (« Young Gods ») est très spontané, très avant-gardiste ; notre second (« L'eau rouge/Red Water ») est, par contre, bien plus clinique et le « Kurt Weill » (« The Young Gods Play Kurt Weill ») est comme une sorte de ‘best of’ des Young Gods, mais réunit des chansons écrites par quelqu'un d'autre. On y détecte cependant, sans peine, notre son, notre démarche.

Quelle est votre marge de progression ?

Je ne la connais pas. Je ne pense jamais à cela.

Bien, quelles sont vos limites alors ?

Je crois que tout est un problème de créativité. Notre musique ne naît pas d'un travail mécanique. Or, ta créativité, tu ne la contrôles pas. Tu peux, au mieux, la canaliser, l'apprivoiser, la provoquer mais pas la déclencher.

Sampler des sons de guitare, c'est une attitude créative ?

Pas plus qu'une foule d'autres choses. Sampler une guitare et la rejouer, c'est un peu comme inventer une nouvelle pédale de ‘disto’. Nous considérons que nous donnons un autre niveau à notre son, un autre impact, en utilisant cette technique. Nous nous attribuons d'autres alternatives sonores mais elles ne sont pas sans limites.

Les Young Gods, c'est avant tout un groupe qui produit de l’énergie ?

L'énergie est, c'est sûr, l'aspect primordial de notre travail. Cette énergie n'est, finalement, rien d'autre qu'une réaction chimique par rapport au courant et à l'esprit du moment. Mon discours est peut-être un peu minimaliste, mais il est sincère. En fait, nous adorons surfer sur la tempête (NDR : Franz doit adorer cette formule, il l’utilise constamment), être secoués sans arrêt, tout en gardant le contrôle.

Si tu devais pousser quelqu'un à découvrir les Young Gods, de quelle façon lui conseillerais-tu de s'y prendre ?

De venir à un concert en premier lieu et puis d'écouter un disque ensuite. Un concert, c'est une expérience à première vue éphémère mais qui peut te filer la ‘banane’ (NDR : image utilisée par Treichler pour exprimer la bonne humeur qui entraîne l'énergie positive) et aussi la pêche. C'est un cocktail de fruits, en somme ! Ecouter un disque est une action plus intimiste que tu gères et conduis toi-même puisque tu as les rênes.

« TV Sky » est un album dont les textes sont en anglais. Tu en as marre de t'exprimer en français ?

Pas du tout, il se fait juste que j'ai passé trois mois aux States récemment et que machinalement je me suis mis à penser en anglais puisque je communiquais dans cette langue à ce moment-là. C'est ma perméabilité qui a provoqué ce choix...

A propos de perméabilité, par quel type de musique t'es-tu laissé imprégner avant d'engendrer la tienne ?

Bof, je suis passé par des tas de choses. A 15 ans, j'étais fan de Pink Floyd, des Doors. A 16/17 ans, j’avalais du punk à longueur de journée. Je n'écoutais que les Pistols, les Stranglers… Ensuite, je suis passé à la vague avant-gardiste allemande. Des groupes comme D.A.F. ou Neubauten. J'écoutais tout. Je passais des heures chez les disquaires à écouter des tas de trucs sans rien acheter. Comme un vrai emmerdeur. J'ai aussi beaucoup écouté Hendrix, tout comme Alain, notre guitariste, Lui, il a même fait partie d'un groupe qui ne jouait que du Hendrix et s'appelait Experience. En fait, aujourd'hui, on rend un peu hommage à tout ça. Je ne crois pas qu’en samplant des sons de guitare, on trahisse quoi que ce soit. Sûrement pas!

Article paru dans le n°3 du magazine Mofo de mai 92.

Pale Saints

Les paroles ne sont pas ce qu'il y a de plus important

Engagés par 4AD à la même époque que Lush, les Pale Saints ne se sont jamais répandus en déclarations tapageuses, ni laissé absorbé par un quelconque phénomène de mode. Si bien que la presse britannique, avide de papiers à sensation, n’a jamais porté grand intérêt à ce groupe qui refuse de tomber dans le piège médiatique. Pour preuve, nous ignorions totalement que le groupe avait engagé, voici déjà dix-huit mois, une nouvelle chanteuse/guitariste ; en l’occurrence Meriel Barham. En fait, ce qui importe pour les Pale Saints, c’est la qualité de leur musique. Non contents de posséder un don inné pour les mélodies pop, ils accordent une attention toute particulière aux arrangements. Des arrangements qui, soit-dit en passant, frôlent la perfection sur « In Ribbons », le deuxième album. Ian Masters, bassiste, chanteur et tête pensante du groupe s’est prêté au jeu des questions/réponses.

Quelle différence y a-t-il entre « The Comfort Of Madness » et « In Ribbons », le deuxième album?

La pochette probablement! Nous avons fait appel à différents photographes. Je possédais une photo de l'intérieur de mon corps prise lors de mon opération. Je l'ai refilée à Chris Pickett de 4AD pour qu'il en imagine la pochette.

Oui, mais musicalement, quelles en sont les différences marquantes?

Nous avons tenté d'explorer de nouveaux horizons, de varier nos compositions Je suis satisfait du résultat final. « In Ribbons » constitue notre meilleure réalisation à ce jour.

N'est-il pas malaisé de se consacrer à de la ‘noisy pop’, alors que le monde entier acclame Nirvana ?

Le succès de Nirvana ne nous touche pas. Nous jouons la musique qui nous plaît et tirons parti de tous les ingrédients sonores disponibles. Les guitares ‘noisy’ appartiennent à notre univers mais leur utilisation n'est pas exclusive. C'est un élément parmi d'autres. Tout dépend du but recherché : distorsion, feedback...

Votre musique ne serait-elle pas plus adaptée au ‘style’ du label Creation ?

Il faut mettre des pantalons en cuir pour convenir à Creation! Alan Mc Ghee rétribue les groupes en fonction des vêtements qu'ils portent. Nous n'aimons pas le cuir. Nous sommes végétariens et notre idéologie nous interdit de se vêtir de cuir. Il ne nous est donc pas possible de signer chez Creation!

Entretenez-vous des contacts avec Ride? Ou d'autres groupes du label Creation?

Pas vraiment. Il existe une grande maison de campagne située dans les Midlands où tous les groupes qui pratiquent de la ‘noisy’ sont régulièrement invités pour passer le week-end. Ils écrivent même des chansons ensemble.

Quelles sont les principales influences des Pale Saints? Quels sont vos goûts musicaux?

Difficile de discerner exactement ce qui nous influence. N'importe quel créateur est inspiré par des tas de choses. Par des éléments musicaux, mais également non musicaux. Il s'en imprègne. Tout comme la perception d'une chanson varie d'une personne à l'autre. Pour l'instant, j'écoute Laura Nyro (NDR : chanteuse américaine issue des sixties), PJ Harvey, Young Gods, les interférences radio, le bruit des pigeons sur le toit de ma maison, des bruits étranges semblables à ceux émis lors de la copulation.

Qu'est-ce qui est fondamental dans un morceau?

L'effet produit sur votre matière grise. Les paroles ne sont pas ce qu'il y a de plus important. D'abord, il y a la musique, puis le vin (NDR: une métaphore qui signifie sans doute la sensation), et enfin le texte.

Comment réagissez-vous face à Top of the Pops ? Aux hit-parades en général?

Je trouve ‘Top of the Pops’ totalement cocasse. Autrefois, l’émission se déroulait uniquement en play-back. Mais aujourd'hui, tous les artistes doivent chanter en direct sur une bande préenregistrée. Ce qui n'est pas évident, d'autant plus que certains chantent totalement faux... Le programme de TOTP est souvent rasoir parce que limité à de la bête musique de danse. Mais si nous étions sollicités, nous accepterions peut-être d'y participer, rien que pour voir le fonctionnement de cette émission ; et puis pour en tirer une certaine expérience. Je n'apprécie pas tellement ces ‘charts’ élaborés sur des idées préconçues, saturées de chansons volontairement commerciales. Cet aspect du succès ne nous intéresse pas. Les charts britanniques nous assènent tellement de conneries pour l'instant.

Considérez-vous le renouveau de la guitare comme une révolte face à l'électronique?

Je pense plutôt le contraire. On assiste à une réaction contre la musique de guitares. Les jeunes branchés sur la musique de danse sont plus nombreux que ceux attirés par le rock plus dur, plus carré…

Aimes-tu partir en tournée ?

Plus ou moins. Au fil du temps, votre cervelle se transforme en légume. Chaque matin, il faut se lever, monter dans le bus, voyager, puis jouer le soir. La routine, un peu comme lorsque tu te rends pour assurer ton boulot, au bureau, de 9 à 5. Le cerveau n'est pas alimenté pendant cette phase. Mentalement c'est fatigant. Aussi, lorsque nous partons en tournée, nous emportons l'équivalent de trois bibliothèques remplies de romans. Nous lisons dans le bus. Et puis, ça tue le temps.

Pourquoi n'accordez-vous pas beaucoup d'interviews à la presse anglaise?

Parce qu'elle veut absolument coller à votre actualité. Surtout celle relative à la sortie des disques. Sauf pour Nirvana qui revient chaque fois sur le tapis parce que les lecteurs veulent encore et toujours découvrir de nouveaux articles à leur sujet.

Abstraction faite de la musique, qu’affectionnes-tu le plus?

Circuler à vélo dans Leeds. Donner des coups de pied aux chiens errants, manger (bien que je n'apprécie pas la cuisine anglaise), dormir, lire, marcher, cuisiner, penser, apprendre, apprendre à penser que je suis sous-estimé...

Et dans le domaine artistique?

Aller au cinéma. J'ai beaucoup aimé « Insignifiant » et « Track 29 » de Nick Rogue. Tout comme « L'homme qui est tombé sur la terre » avec Bowie. Le dernier film français dont je me souvienne est « Cyrano » interprété par Depardieu. Il existe un petit cinéma bon marché à quelques pas de chez moi. J’y vais pour me réchauffer, lorsqu'il fait trop froid chez moi.

Quelle est ta réaction face aux exactions des hooligans?

Un problème pour lequel je ne vois pas de solution. Sauf peut-être de distribuer du cannabis à ceux qui assistent aux matchs! Les gens pétés ne sont pas violents. Pourquoi ne pas faire fumer les hooligans? Sérieusement, je pense que la violence est moins aiguë dans les stades anglais depuis quelque temps. Est-ce la conséquence d'une plus grande consommation de drogues? Depuis l'apogée de la ‘dance’ de l'ecstasy, le rencontres de football se déroulent devant un public plus pacifique. J'ajouterai même que c'est normal, puisque les gens qui passent leur temps à danser toute la nuit n'ont plus tellement l'envie de se battre. Et puis comme au stade, ils sont enfermés dans des cages en fer. Personnellement, je n'aime pas le foot. En Angleterre, les hooligans se battent entre eux, mais foutent la paix aux autres. Chaque club possède un petit gang de violents qui font la guerre chaque semaine à un autre gang de violents...

Que peut-on te souhaiter?

Survivre à notre future tournée américaine. En revenir mentalement intacts. Outre-Atlantique, le calendrier des concerts imposé au groupe par les organisateurs est absolument démentiel. Les musiciens doivent se produire pratiquement tous les jours. La pression est terrible. Le fait n'est pas nouveau, mais il effraie toujours. C'est la raison pour laquelle nous souhaiterions y faire un bref séjour. Nous ne voulons pas devenir dingues!

(Article paru dans le n° 3 du magazine Mofo de mai 1992)

 

 

Teenage Fanclub

Le bassiste de Kiss nous poursuit en justice…

Teenage Fanclub est probablement le premier groupe à avoir pensé à cette méthode. Sur scène, il a recours à un ‘aboyeur’, quelqu'un d'extérieur qui vient présenter les morceaux et s'entretenir un peu avec le public ! Et pendant que les musiciens jouent, l'‘aboyeur’ lit un bouquin ou prend des photos! Très Monty Python, non? Ce qui permet, en tout cas, de détendre un peu l'atmosphère, mais aussi de récupérer des effets provoqués par le mur de son construit à chaque chanson ! Originaire de Glasgow, TFC vient de publier son deuxième LP (« Bandwagonesque »), un des meilleurs parus l'an dernier. Agé de 24 ans, Gerry Love, le bassiste, se réserve aussi parfois le micro, notamment pour « December », « Pet Rock » ou le célèbre « Star Sign ». Il possède, en outre, une connaissance extraordinaire de l'histoire du rock. C’est lui qui nous a accordés cet entretien…

A qui aimerais-tu qu'on vous compare ?

A personne ! En Grande-Bretagne, on nous compare à plein de monde : Dinosaur Jr, Husker Dü, les Ramones, Neil Young, Big Star, les Beach Boys. On avance des tas de nom, mais ces comparaisons n’ont aucune importance, tu sais.

Parfois on parle même d’Abba, non ?

Un de mes amis, après avoir écouté « Star Sign », a eu la même réflexion. Je ne me rappelle plus du titre de la chanson d'Abba qu’il évoquait. On peut y penser : la progression de la compo, les chœurs, tout est très classique. C’est une chanson d'amour, aussi. De toute manière, j’aime bien Abba.

Pas un peu ennuyeux, toutes ces analogies ?

Ennuyeux, sûrement pas. Dans certains magazines, on nous reproche de piquer nos idées à gauche et à droite, ce qui n’est pas très agréable à entendre. Mais être comparé aux autres formations, c'est plutôt un compliment. Une des raisons pour lesquelles nous avons formé ce band, c'est justement parce que nous achetons beaucoup, beaucoup de disques. Nous sommes des grands consommateurs, des fans de musique. Alors, être comparé à ce qu'on aime, c'est chouette! Mais en Angleterre, des personnages cyniques nous traitent de copieurs ! Plutôt ennuyeux.

Tu n'as jamais eu le sentiment que tu piquais une idée à quelqu'un?

Oui! Pour être honnête, c'est vrai (rires). Si tu achètes un disque, que tu l'aimes et que tu accordes de l’attention aux arrangements, etc., tu vas finir par sonner de la même façon. Mais ce n'est pas grave, c'est normal! Pour des raisons que j'ignore, les journalistes anglais sont vraiment préoccupés par l’originalité du groupe, qu’il soit totalement vierge de toute influence. Tu sais, on aime la musique! Alors on est influencés par tout ce qu'on écoute, tout ce qu'on voit! Ceux qui nient cette évidence doivent mentir.

Penses-tu que TFC possède vraiment une place bien spécifique au sein de la scène musicale, actuellement? Qu’il n’émarge à aucune autre déjà existante ?

On est issu de Glasgow. Il y a toujours eu une scène à Glasgow. On en fait partie.

Perso, quand on me parle de la scène issue de Glasgow, je pense à Texas ou aux Silencers qui sont totalement différents de TFC...

Ou pire, Wet Wet Wet ! Oui, au début des années 80, Glasgow a donné naissance à un groupe qui s'appelait Orange Juice. Sa mentalité est un peu pareille à la nôtre. Eux aussi étaient marqués par l'idéal et la musique punk. Eux aussi avaient écouté le Velvet Underground, Buffalo Springfield ou Love... Je crois que beaucoup de formations sont nées à Glasgow, grâce à Orange Juice. Nous ou les Pastels, par exemple. Il existe des points communs!

Tu connais Edwyn Collins, le leader d'Orange Juice ?

Pas personnellement. On s'est salués au festival de Reading en août dernier. Il s’attelle à mettre sur pied un nouveau groupe. Et il nous a demandé de pouvoir partir en tournée avec nous. C'est un beau compliment.

Dans ton esprit, un membre de Teenage Fanclub, qu'est-ce que c'est ?

Quelqu'un qui ne connaît pas de barrières musicales, capable d’écouter absolument n'importe quelle musique et l'apprécier, plutôt que d’être cynique. Quelqu'un qui a de l'humour, soit comique, sait prendre son pied, reconnaît ses propres limites.

C'est quoi, tes limites?

Je crois que notre principale limite, c'est l'honnêteté. Il y a des tas de choses qu'on pourrait faire : un disque de ‘dance’, par exemple, mais ce serait malhonnête, puisqu'aucun de nous n'est fan de ‘dance’. Donc, si nous y recourions, ce serait pour l'argent. On essaie de rester honnêtes avec nous-mêmes.

A propos d'argent, parle-moi un peu de la pochette de votre disque?

Perso, je n'aime pas beaucoup cette pochette. C'est Raymond, le guitariste qui l’a imaginée. Par ordinateur. Il voulait utiliser des couleurs comparables à celles de « Never Mind The Bollocks » des Sex Pistols. Quelque chose de très simple qui laisse une impression forte. Tu sais que, là aussi, on nous accuse de plagier! Il paraît que le dessin était déposé. Le bassiste de Kiss, Gene Simmons, nous poursuit en justice : c'est, paraît-il, le logo de sa firme de disques qui est sur notre pochette!

Tu dis que tu n'aimes pas cette pochette. Tu as donc dû faire des concessions?

Ben oui. Mais tu sais les autres membres du groupe ne sont pas non plus convaincus par ce design!

Comment considères-tu l'argent? Comment le dépenses-tu ?

Je ne dépense pas beaucoup. J'achète des disques. Je prends l'argent au business, et je le lui restitue en achetant des disques!

C'est quoi la chose, la plus chère que tu aies jamais achetée ?

Je crois que c'est une mandoline. On n'a pas beaucoup d'argent à Glasgow. Il y a des gens qui n'ont même pas assez pour manger. Je ne veux pas de Rolls Royce, de limousine et de toutes ces merdes.

Parfois, tu n'as pas peur de devenir une rock-star?

Si. Ce que je ne ferais jamais? Je ne prendrais pas de drogues, par exemple. Je n'achèterais pas toute sorte de futilités, un yacht ou que sais-je? Tu sais, quand on n'a plus aucun souci matériel, quand on gagne beaucoup d'argent, je crois qu'on essaie de continuer à toujours en gagner autant. Et on s'implique moins dans sa musique. C'est peut-être la raison pour laquelle les groupes qui ont le plus à dire sont ceux qui ne gagnent pas énormément d'argent.

Tombes-tu souvent amoureux? Crois-tu que l'amour existe?

Ouais! Je ne crois pas que l'amour existe universellement. Mais il existe individuellement. C'est une question d'ambition. Pour tomber amoureux, il ne faut pas vouloir absolument trouver la perle, il faut être content avec ce qu'on a!

Crois-tu que Teenage Fanclub souhaite absolument être aimé?

(long silence) Aucune idée. Le fait que nous soyons aimés est chouette, mais bon, on ne veut pas que tout le monde nous aime. Et on ne fera rien pour que ce soit ainsi. Même si on ne touche qu'une seule personne au monde, eh bien, pour cette personne-là, c'est important.

En peu de temps, TFC a été considéré comme un grand groupe. Penses-tu que vous méritez toute l'attention que vous portent les médias ?

(re-long silence) Je ne sais pas. Je ne suis pas un grand lecteur des journaux spécialisés! Je me demande si toute cette presse, le NME, le Melody Maker, etc., se soucient un peu de musique ! Ce sont des médias qui parlent de mode, et pas d'autre chose. On parle des artistes, mais c'est surtout de la façon dont ils s'habillent, de leurs attitudes… Chaque semaine, ils essaient de découvrir LE nouveau groupe, LA nouvelle sensation. Pour quelque raison que ce soit à un moment c’est nous qu'ils ont choisis.

Tu te rappelles du premier article qu'on vous a consacré ?

Horrible! C'était dans Sounds qui aujourd'hui a disparu. C'était la critique d'un concert que nous avions accordé dans une toute petite salle à Londres, devant 70 personnes. Il n'y avait pas de sono. Nous n'avions pas dû être très bons. On était très nerveux, alors on a bu quelques verres. En fait nous étions saouls! Le journaliste a écrit que c'était le pire groupe qu’il n’ait jamais vu et que nous ne percerions jamais dans la musique... Il avait raison: on n'arrivait même pas à finir nos chansons!

TFC a signé un contrat chez un label indépendant (Creation). Tu t’imagines rejoindre une major ?

Nous sommes sur une major, aux Etats-Unis. Nous avons un contrat chez Geffen. Dans le passé, les gens étaient très snobs: il fallait signer sur un label ‘indé’. Pour moi, Creation, c'est pareil à une ‘major’. Je ne vois pas tellement de différence entre une major et un label indépendant. On dit que les majors s'en foutent de la musique, que ce qui les intéresse c'est l’argent. Mais le but de Creation, c'est aussi de gagner de l'argent. Comme n'importe quelle firme de disques.

Tu ne les aimes pas particulièrement, dis donc ?

On a un bon contrat. On est libres pour concevoir nos disques comme on le souhaite, on ne se plaint pas.

(Article paru dans le n°2 du magazine Mofo de mars 1992)

 

The Charlatans

Je me vois mal agiter des drapeaux sur scène !

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1990. Les Charlatans sont aux anges. Profitant du sillon tracé par les Stone Roses et les Happy Mondays, ils obtiennent confortablement le premier prix décerné par l'école de Manchester. Oui, on sait, ils sont pourtant issus de Wolverhampton. Leur premier album est ainsi directement propulsé à la 1ère place des charts. L'année dernière, cependant, le doute se substitue à l'euphorie. Des problèmes personnels d'un côté (départ du guitariste, John Baker, dépression nerveuse pour le bassiste-compositeur Martin Blunt) et de l'autre, un désintérêt grandissant du public à l'égard de la vague groovy-rock : la descente aux enfers paraît inéluctable. Qui aurait alors encore misé un sou sur le groupe de Tim Burgess? Pourtant, les Charlatans sont toujours dans le coup. Mark Collins a remplacé Baker, Blunt s'est refait une santé et le nouveau maxi « Weirdo » constitue plutôt une agréable surprise. De bon augure avant la sortie de leur deuxième album. Elle est même imminente. Et il s’intitulera « Between 10th and 11th ». Le chanteur Tim Burgess, nous éclaire sur la personnalité d'un groupe qui a tous les atouts en main, pour prouver qu'il porte mal son nom.

Vous êtes originaires du Nord de l'Angleterre (Wolverhampton). N'auriez-vous pas préféré appartenir à la scène de Manchester?

Non.

Pourquoi?

Parce que j'aime l'endroit d'où je viens. On y est heureux. Et puis, je suis fier de ma ville natale.

Les Stone Roses et les Happy Mondays sont-ils vos rivaux?

Absolument pas.

Vos amis?

Non plus. Il n'existe pas de compétition ni de rivalité entre ces groupes. S'ils ont du succès, tant mieux pour eux. Ca me fait plaisir. Je ne suis pas jaloux des formations qui marchent bien.

Etes-vous des revivalistes sixties ?

Nous apprécions certains disques des sixties. J'aime ceux du Who. Mais également la musique des 70’s, 80’s et 90’s. En général, celle de toutes les époques. Une chose est sûre, on ne veut pas ressusciter le passé ; mais il nous influence, c'est évident.

Qu'est-ce que les Doors, Spencer Davies et les Stranglers représentent à vos yeux?

Les sixties !

Et les Beatles et les Stones?

La même chose! Je n'ai que 24 ans et je ne possède pas de souvenirs précis de ces groupes. Je ne connais que leurs disques.

Aimes-tu la ‘house’ ?

Oui, mais pas celle qui s'adresse au grand public. Je la considère comme appartenant à la culture des jeunes. A la fin des années 80, elle était underground, intéressante. Aujourd'hui, l'industrie musicale s'en est emparée pour la commercialiser. Elle ne correspond plus vraiment à ce qu'elle représentait au départ. Elle a été vidée de sa substance, falsifiée. J'aime la musique de danse pure, intègre.

Qu'est-ce qui te vient à l'esprit lorsqu'on te parle de psychédélisme?

Pas grand-chose. Plein de couleurs ! J'associe le psychédélisme à San Francisco, à la fin des 60’s et à une grande consommation de drogues. Une période qui évoque pour moi des groupes comme Quicksilver Messenger Service, Jefferson Airplane ou encore Moby Grape.

A quelle époque avez-vous commencé à jouer ?

On a séjourné dans plusieurs formations avant de fonder les Charlatans, des ‘teenage punk groups’. Un apprentissage qui s'est fait à travers ces différentes expériences. J'avais 20 ans lorsque nous avons créé les Charlatans. John en avait 19.

Et qu’incarnent pour vous les Sex Pistols et les Clash ?

Beaucoup plus que les Beatles et les Stones. Le punk a influencé des artistes que j'écoutais alors, comme Joy Division, Wire ou Gang of Four. Des groupes nés en 79 et 80, qui ont été pour moi les révélateurs de mon destin musical. J'ai, par exemple, suivi Wire à la trace, que ce soit au niveau des concerts que de l'achat de leurs disques. Je ne me suis procuré « Never Mind the Bollocks», qu'en 1980, soit trois ans après sa sortie. Je voulais comprendre leur message. Les groupes punk m'ont beaucoup inspiré...

Pensez-vous devenir un jour un ‘stadium band’ ?

Non. Je ne le crois pas. C'est curieux, les ensembles qui se produisent dans des stades se voient associés à un son bien spécifique. Personnellement, quand on me parle de ‘stadium rock’, je pense à U2 et Simple Minds. Or, je n'aime pas ce genre de musique. Je ne pense pas que nous pourrions adapter voire arranger notre son pour qu'il convienne à un stade. D'autre part, je ne considère pas les Charlatans comme un groupe indie. Il est pop, mais véhicule une image venimeuse, malveillante. Je me vois très mal agiter des drapeaux sur scène! Je préfère jouer face à un public de plus ou moins 2.000 personnes. J'aime aussi me produire dans des vieux cinémas ou dans des petites salles. Le public peut entrer en communion avec nous. A l'inverse des concerts donnés dans des stades où l’assistance se situe à l'écart, à l'extérieur de l'événement. A nos débuts, nous étions satisfaits de nous produire devant une vingtaine de personnes. Et puis progressivement, les salles se sont remplies. Un an plus tard, notre set se déroulait devant 500 personnes. C'était très excitant!

Que feriez-vous si vous n'étiez pas musicien?

De la radio. De la photo ou du journalisme. Pas quelque chose d'ordinaire, je crois!

Quel est ton rêve le plus insensé ?

Je crains les araignées et l'eau. Je ne voudrais pas me retrouver sous l'eau. Ces rêves m'effraient! J'ai peur de me noyer ou d'être avalé par une araignée géante

Est-ce possible, pour un groupe, de connaître une vie familiale?

Beaucoup d’histoires ont été racontées au sujet des groupes rock du passé. Mais à mon avis la réalité a été un peu déformée. Je pense qu'il est possible de faire partie d'un groupe rock et d'avoir une petite amie en même temps. C'est parfois difficile, mais il faut savoir ce qu'on veut. Les groupies et tout ce qui enveloppe ce mythe, ça n'arrive jamais!

Est-ce que tu étais un étudiant modèle ?

Non. Je me défendais très bien en anglais. Mais je voulais quitter l'école le plus rapidement possible.

Quelle est la plus grosse connerie que tu aies jamais commise ?

A l'âge de 14, 15 ans, j'étais accro aux solvants. Je sniffais du bleu, de l'essence, du gaz aussi...

Comment réagissez-vous aux critiques négatives?

Nous n'avons jamais essuyé des critiques réellement violentes. Parfois, elles nous font rire. Mais lorsqu'elles sont justifiées, nous essayons d'en retirer le positif.

Te sens-tu concerné par les questions écologiques?

Oui. Elles me touchent tout particulièrement. Au sein de notre communauté, nous nous efforçons de recycler le papier. Nous ne conduisons pas de voitures. Mais nous n'en parlons pas ; c'est parce que tu as posé la question! Les budgets destinés à la protection de l'environnement sont peu importants en Angleterre. Les fabricants de produits qui se soucient de la protection de l'ozone disposent de très peu de parts du marché publicitaire. Leurs moyens financiers sont limités. Les grosses boîtes se foutent de la pollution...

(Merci à Véronique Vivier)

Article paru dans le n°2 du magazine Mofo de mars 1992

The Candyskins

On ne rêve pas de devenir des stars sur MTV !

Au pays de Candyskins, comme dans tous les pays du monde, on s'amuse, on pleure, on rit ; il y a des méchants et des gentils. Les gentils, ce sont les Américains, qui ont réservé à la formation d'Oxford un accueil très chaleureux. Les méchants, ce sont les Rolling Stones, qui leur ont intenté un procès (gagné, d'ailleurs) pour le sampling de ‘Sympathy For the Devil’ sur ‘For What it's Worth’, morceau figurant sur leur premier et unique album ‘Space I'm in’. En fait, il faudrait plutôt dire ‘le méchant’ car ni ce brave Mick Jagger ni l'ineffable Keith Richards ne leur ont cherché noise ; c'est un certain Alan Cline, propriétaire des droits sur le catalogue des Stones pour la période 1964-1968, qui s'est constitué partie civile. Les deux Nick (Cope, le chanteur/guitariste et Burton, l’un des deux solistes) ont bien voulu répondre à nos questions.

Cet épisode ridicule (qui a valu le retrait du sampling original) n'a en rien gâché le plaisir éprouvé par les Candyskins lors de leur dernière tournée américaine. Car ce sont les Yankees qui ont succombé les premiers au charme d'une musique qui, un peu comme celle des Milltown Brothers, fait la part belle aux guitares. Surprenant? Pas vraiment, lorsqu'on sait qu'EMF, Jesus Jones et même Ned's Atomic Dustbin ont envahi, il y a peu, les charts US. Burton raconte : « Là-bas, lorsqu'on a demandé à des jeunes s'ils aimaient les Red Hot Chili Peppers et Nirvana, ils nous ont répondu qu'ils préféraient les groupes anglais, comme Ride ou Curve ». Ce phénomène, Cope le confirme: « La musique alternative occupe une place très importante aux USA et on a constaté qu'elle émanait essentiellement d'Angleterre. Les radios de collèges, entre autres, programment beaucoup d’artistes britanniques dans leurs émissions. On pourrait penser qu'un pays aussi grand produit davantage de groupes alternatifs, mais ce n'est pas le cas. Outre les Peppers, Nirvana et le thrash-metal, c'est à peu près tout ! »

En Angleterre, les Candyskins n'ont pas eu de chance : leur album a été distribué par Rough Trade, qui a déclaré faillite une semaine après sa sortie. Heureusement pour eux, un deal signé par Geffen leur a permis d'entrevoir de nouvelles perspectives, le marché américain devenant alors prioritaire. Burton raconte : « On voulait rester indépendants en Angleterre ; mais ça a foiré parce qu'il n'y avait pas suffisamment de personnes pour nous épauler et se charger de la promotion. C'est dommage, car on souhaite d'abord se consacrer à notre pays d'origine. D'un autre côté, aux Etats-Unis, trois mois après la sortie de l'album, il y avait des files lors des concerts pour nous voir sur scène. On a vécu des concerts sold-out à Boston ou encore à Washington. Une surprise totale pour nous ! »

C'est ainsi que David Geffen a mis les cinq Anglais dans un bus et leur a dit de casser la baraque: deux mois et demi aux States, 50 dates réparties en deux tournées (l'une en première partie de Squeeze, l'autre en tête d'affiche). Mais n'est-ce pas un peu angoissant de se retrouver sur une si grosse firme de disques? Burton argumente : « Geffen est un label très diversifié. Dans son catalogue figurent Nirvana, Sonic Youth et Teenage Fan Club : ce ne sont pas des groupes commerciaux. Nous sommes en très bonne compagnie! La maison de disques n'attend pas que nous détrônions MC Hammer de la première place du hit-parade! On dispose de suffisamment de liberté pour pouvoir s'exprimer » De quoi devenir des habitués d'MTV ? Cope réagit : « C'est une corvée de tourner des clips vidéo. On est sous le contrôle artistique d'une personne rencontrée un jour auparavant. C'est assez aléatoire. Le clip que l'on préfère a été réalisé à Londres, à Piccadilly Circus, pour 125 € alors que celui qui nous a coûté 62 500 est beaucoup moins bon! On ne rêve pas de devenir des stars sur MTV ! »

Restait à savoir, vu leur périple, quels étaient les meilleurs et pires souvenirs emportés des States ? Burton reprend le crachoir : « Faire partie d'un groupe, jouer chaque soir pendant 2 mois et demi tout en étant payé : que peut-on rêver de mieux? Notre meilleur souvenir est peut-être le concert accordé à Washington devant une foule surexcitée alors que deux semaines auparavant, on se produisait dans un pub londonien pour cinq personnes! Quant au pire, c'est lorsqu'on s'est baladés dans les environs d'El Paso et qu'on a vu tous ces enfants vivant dans la misère… »

Article paru dans le n°2 du magazine Mofo de mars 1992

 

 

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