Il est désormais inutile de présenter Fela Ransome Kuti et la révolution musicale qu’il a initiée en créant l’Afrobeat en compagnie de ses compères d’Africa 70. Cette copieuse double compilation se concentre sur les jeunes années de Fela. On entend les premiers pas (dans une veine caraïbo/highlife) de la première mouture des Koola Lobitos, fondés à Londres en 1963, impliquant un Fela alors âgé de 24 ans à peine. Un quintet jazz formé au Nigeria l’année suivante trahit les passions ‘post bop’ d’un musicien n’ayant pas encore adopté le sax qui le rendra célèbre, mais maîtrisant déjà la trompette dans des digressions proches du grand Miles (« Amaechi’s Blues »). En 1965, on entre dans une veine plus soul/highlife sous la mouture nigériane des Koola Lobitos, un ensemble au sein duquel militait l’immense batteur Tony Allen, qui aidera à forger le style Afrobeat. Mais le jazz n’est jamais loin, comme en témoignent les nombreux solos qui traversent ces compos bondissantes, dotées d’une énergie viscérale.
Au fil du temps, le style de Fela s’affine. Le deuxième disque amorce une phase musicale plus menaçante, des morceaux plus longs et psychédéliques. Le tapis de percussions prend de l’ampleur. Fela adopte le sax. Sans oublier son style vocal inimitable. Six titres témoignent d’un concert enregistré à l’Afro Spot en 1966. Une prestation échevelée entre soul, jazz et highlife ; le tout joué avec une énergie rock’n’roll…
A de rares exceptions près, la plupart de ces titres sont plutôt rares en cd. Ils ont été récupérés sur des vieux vinyles ou des bandes endommagées. Ce qui explique certaines distorsions dans le son sur l’une ou l’autre plage. Mais c’est un détail, car la qualité des morceaux est sans failles et un pur plaisir d’écoute. Une compilation essentielle, idéale pour les fans transis et aussi pour ceux qui souhaitent pénétrer dans l’univers du rebelle nigérian.