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The Cure
Ora Cogan

Kristin Hersh

La chanson doit m'utiliser, et non l'inverse…

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« Clear pond road », c’est le titre du nouvel opus de Kristin Hersh, paru ce 8 septembre 2023. Cet effort en solitaire du leader féminin des Throwing Muses est toujours aussi original et encore plus personnel...

A l’instar des Pixies, Throwing Muses est considéré comme une icône du rock alternatif des eighties. Drivée par Kristin, cette formation est toujours active sur la scène musicale. Et cette cofondatrice du band mène encore, en parallèle, un autre projet collectif baptisé 50 Foot Wave. De son timbre râpeux, chargé d’émotion, de son style tout en joie étouffée, en rage intérieure voire en tristesse contenue, « Clear Pound Road » reflète la singularité de sa démarche. Kristin en parle d'ailleurs joyeusement...

Alors que elpee est plutôt positif, la dixième et dernière chanson « Tunnels », semble empreinte de tristesse...

Elle évoque l'effondrement mental d'un partenaire à qui son conjoint ne peut venir en aide, alors que le reste de l'album se révèle amusant, plein d'entrain et positif. Cependant, ce dernier morceau, bien qu'empli de douceur à l'instar des autres compos, se révèle finalement tragique. 

« Clear Pound Road » se déploie de manière séquentielle à la façon d'une pièce de théâtre, scène après scène jusqu'à l'acte final où soudain tout s’écroule devant cette révélation : lorsque votre partenaire, c'est-à-dire votre pilier, votre socle s'écroule, vous vous effondrez aussi.

Je ne souhaitais pas que ce disque soit tragique, mais il vire un peu en tragédie, en fin de compte (elle rit).

Auteure d'une autobiographie et d'un livre sur votre ami, le rocker canadien Vic Chesnutt (NDLR : il est décédé le 25 décembre 2009) pour être plus précis, je me demandais si, lorsque vous composez, les paroles émergeaient d’abord ?

Non. C'est toujours la musique, car les paroles sont amplifiées par un autre instrument, ma voix, qui est omniprésente. Certaines personnes se contentent de chanter. Personnellement, je ne chante jamais, exigeant de ma voix qu'elle produise autre chose. C'est souvent très peu attrayant, car je ne cherche pas à la mettre en avant. Je vocalise tout simplement. Mais parfois, c'est vrai, on a l'impression que je chante… (elle rit)

Une sorte de transposition vocale de la poétesse Sylvia Plath ?

(Elle rit) C'est peut-être vrai, les lyrics devraient pouvoir tenir toutes seules, débarrassées de la musique. On devrait être capable de les regarder sur la page et observer qu'elles résistent en tant que structure, qu'élément corporel.

Mais je ne souhaite pas les dépouiller de leur musique, car il ne s'agit pas de poésie. Elles sont certes poétiques, mais se coulent dans la musique et ne jouent qu'un seul rôle. Elle ne doit pas servir de scène, de plateforme aux mots, à mes pensées. D’ailleurs les textes ne sont pas toujours de l'ordre de mon ressenti, de mes émotions ; je ne m'exhibe pas en dansant des claquettes. Et même si je tentais de le faire, j'en serais incapable. Tout comme Sylvia Plath (rires) !

Catharsis

La musique est-elle une catharsis pour vous ?

Probablement... mais j'espère que non. J'essaie de vider mon sac avant d'entrer dans la chanson. Au sein de mes deux groupes et en solo, elle n'est au départ pas faite pour être enregistrée et diffusée. Nous jouons d'abord pour être dans le flow et il arrive parfois que nous enregistrions les résultats. Le disque ne représente qu'une infime partie de ce que nous considérons comme notre vie musicale. Mais j'ai besoin de la catharsis, de l'événement musculaire qui consiste à jouer de la musique. J'en ressens le besoin physiquement. Et puis la chanson s'estompe entre mes mains et la guitare, dans le bruit ou même dans le silence des morceaux acoustiques. Mais j'espère que la catharsis se produit avant que la chanson ne soit écrite. Bien que ces compositions soient autobiographiques, il ne peut s'agir uniquement de moi. La chanson doit m'utiliser... et non l'inverse…

Kristin Hersh serait-elle une version acoustique de Throwing Muses ou de 50 Foot Wave ?

Oui. Mais je continue à réaliser des disques bruyants. Mon album solo précédent, « Possible Dust Clouds », se révélait par exemple plus ‘noisy’ que celui de ces deux formations.

Au départ, je n'avais pas l'intention d'entreprendre une carrière en solitaire, mais je me suis sentie piégée par Warner Bros, notre maison de disques, à l'époque. Afin qu'ils nous laissent partir, j'ai proposé d'enregistrer un album solo, parce que j'étais la seule ‘Muse’ à leurs yeux. Et le label a fini par accepter.

Mon premier album solo visait donc à faire résilier le contrat de Throwing Muses avec Warner. Mais cette première expérience solo m'a permis de comprendre qu'au niveau de l'industrie musicale, Throwing Muses était un groupe dont personne ne se souciait. Raison pour laquelle j'ai créé Cash Music en 2007, bien avant le système de Crowdfunding.

Bipolaire

Vous avez souffert de troubles bipolaires. Existerait-il dès lors une sorte de bipolarité musicale entre Kristin Hersh en tant qu'artiste solo d'une part, Throwing Muses et 50 Foot Wave de l'autre ?

Oui. Car chaque chanson requiert un traitement différent. Je pourrais fonder 50 groupes et ne pas être capable de suivre ce que les chansons attendent de moi. Et c'est parfait ! Ce que je préfère, c'est entrer en studio au début d'une session d'enregistrement, en connaissant exactement tous les overdubs que je souhaite utiliser, en sachant où je vais placer le micro, quelles parties de cymbales je vais choisir. Je pense ainsi maîtriser tous les éléments et pourtant je me trompe toujours... je reste donc modeste (elle rit) …

Vic Chesnutt vous a-t-il inspirée et incitée à vous lancer, à votre tour, dans une carrière en solitaire ? Car cet opus m'y fait penser…

Oui bien sûr. Vic était tellement doué pour jouer ‘petit’. J'aimais trop le bruit et je me cachais derrière, vu que je suis très timide. Je ne voulais pas être au centre, au premier rang, devant le micro. Je souhaitais juste rester en retrait et me perdre dans la musique.

Vic m'a fait comprendre que l'on pouvait se perdre dans la musique tout en ‘se crucifiant’ devant tout le monde. Une sorte d'art qui n'oublie pas le divertissement. Il disait : ‘C'est notre travail de trouver un équilibre entre les deux et de nous montrer…’

Vic pouvait rester assis là sur scène en silence pendant très longtemps. J'ai finalement réalisé qu'il utilisait le silence comme un son, et la pause comme une mesure. On vient de découvrir que notre ouïe entend le silence comme un son... Une sorte de victoire posthume pour Vic Chesnutt (elle sourit).

Il utilisait un mur de silence comme vous utilisiez un mur de... sons ?

Oui. J'avoue que je me suis beaucoup amusé lorsque l'on m'a demandé de rédiger un livre à son sujet.

Synesthésie

Quelle est l'influence d'Allen Ginsberg sur votre écriture, vous qui l'avez rencontré au cours de votre enfance ?

Aucune (elle rit). Ginsberg a tout simplement écrit un poème à mon attention lorsque j'étais enfant. Mon vieil hippie de père vient d'ailleurs de me le renvoyer. Je n'ai pas vraiment lu Ginsberg, si ce n'est ce poème qui m'était dédié.

Vous êtes apparemment victime de synesthésie : vous voyez des accords musicaux en couleurs... Quelles sont dès lors les couleurs de cet elpee ?

Excellente question (elle rit). Une anecdote d'abord : je venais d'entrer dans un saloon de La Nouvelle-Orléans, le pianiste a joué un accord, un accord long et complexe, puis s'est arrêté m'a regardé et demandé : ‘Kris, de quelle couleur s'agit-il ?’ Et j'ai répondu : ‘Oh, eh bien, c'est bordeaux, mais il y a un peu d'orange brûlé à la fin. Et tout le monde d'acquiescer…’

Mais ce disque est en fait aussi un bordeaux argenté bordé de jaune doré. Et si je ne l'avais pas su, je n'aurais pas eu le courage d'atténuer l'effet de production, qui est extrêmement acoustique, mais bizarrement, rigide dans le rythme qui n'a pas une forme décontractée. Il s'agit donc de combiner la douceur décontractée de la technique sonore à chaque rythme, comme si l'on souffrait d'arythmie cardiaque tout en cherchant à en atténuer les effets. Le résultat m'est apparu particulièrement chatoyant, tout en demeurant très ancré dans une sorte de couleur douce-amère, comme le bordeaux... voire une bouteille de vin du même nom (elle rit). 

Kristin Hersh : « Clear Pond Road » (Fire Records/Kokurrent) : sortie le 8 septembre 2023.

Photo : Pete Mellekas

Within Temptation

Un cri de liberté !

Batave, Within Temptation est l’un des groupes de métal symphonique les plus populaires. Il a été fondé en 1996 par la chanteuse Sharon den Adel et le guitariste Robert Westerholt. Entre-temps, il est parvenu à s'imposer dans l’univers du métal, mais pas seulement, puisqu’il est même devenu un nom familier. Son huitième elpee, "Bleed Out", est paru ce 20 octobre 2023, un disque lourd dont les thèmes le sont tout autant. Sharon Den Adel nous en parle ainsi que du set accordé par la formation, dans le cadre des Lokerse Feesten (review sur le site nl, ici) et de ses futurs projets, ambitions et objectifs.

Votre nouvel opus, « Bleed out », est paru ce 20 octobre, une œuvre pour laquelle vous vous êtes inspiré de la dure réalité quotidienne. On a l'impression que c'est aussi devenu un disque très personnel. Si c’est le cas pour tous précédents, c’est un peu plus flagrant pour celui-ci. Les auditeurs s'identifient-ils un peu plus aux thèmes abordés sur ce disque, afin de mieux les appréhender ?

Je ne les ai pas abordés différemment que par le passé. Bien sûr, j’y évoque des sujets qui passionnent beaucoup plus, et notamment ceux qui se déroulent pour l’instant dans un monde mal en point. C'est tout à fait dans l'air du temps. Mais c’est une grande source d’inspiration et, évidemment, vous laissez parler votre cœur. Et nous ne pouvons qu'espérer que l'auditeur le ressente également.

Quelle est la différence entre les précédents long playings et ce "Bleed Out" ? 

Il est un peu plus lourd, musicalement aussi. Et lorsque vous vous vous servez de textes plus mélodiques et émotionnels, ils atteignent plus facilement l'esprit. C'est un album intense, tout comme les précédents, mais la grande différence se situe surtout au niveau musical. La technologie est également distincte de celle utilisée auparavant, ce qui permet de faire sonner les lignes mélodiques autrement, par exemple.

Ce qui a toujours rendu Within Temptation si spécial, c’est une forme d’univers théâtral dans lequel on entre en tant que visiteur. J’estime ce sentiment encore plus extrême aujourd'hui.

J'ai accordé beaucoup d'interviews et je m'en sors plutôt bien (rires), mais c'est agréable de pouvoir parler de sujets qui me tiennent à cœur, comme le contenu de cet album. Je le compare à une peinture, quand tu la regardes accrochée dans une galerie. Elle semble assez abstraite parce que tu ne comprends jamais toute l'histoire qui se cache derrière. C'est un peu pareil pour la musique. Certaines personnes perçoivent le message que nous voulons transmettre. D’autre moins. Aussi, il est intéressant de pouvoir disposer d’un relais, notamment par le biais d'interviews, pour commenter les messages que nous voulons faire passer. Donc, oui, je suis très heureuse de la manière dont les événements se déroulent.

Votre voix ne s’était pas dégradée ?

Après la corona, oui, mais presque tous ceux qui l’ont contractée se sont plaints de ces soucis vocaux qui sont soudainement apparus. Deux semaines plus tard, je pouvais à nouveau chanter ; donc non, pour l'instant, il n'y a plus de problème...

Les quelques morceaux que j’ai pu entendre semblent très variés. Il est certain que "Ritual" sonne un peu différemment et se révèle un peu plus accessible... Est-ce un choix délibéré ?

"Rital" est la seule chanson qui sonne un peu plus légère, en fait. L'album précédent sonnait plus lourd et davantage chargé en émotions. Nous voulions adopter une approche légèrement différente, même si le sujet est toujours aussi lourd. Il l’est d’ailleurs davantage que ce à quoi les gens sont habitués de notre part, c'est pourquoi il est bon d’insérer des chansons accessibles, pour souffler un peu.

N'avez-vous pas un peu peur que cette approche plus intense et plus lourde vous fasse perdre un peu de votre public, qui se compose à la fois de fans de pop/rock et de métal ?

Tout d'abord, je ne pouvais pas adopter un format que je ne supporte pas moi-même. Cependant, nos goûts personnels évoluent également au fil du temps. Et nous ne pouvons qu'espérer que notre public nous suive dans cette voie. Jusqu'à présent, cet album a reçu des appréciations positives, même de la part de fans de non-métal, et en particulier parce qu'il recèle encore beaucoup de mélodies. La ligne de chant, en particulier, est très mélodique. Et la combiner à des guitares lourdes rend le tout encore plus rêveur. J'ai l'impression que cette formule plaît aussi aux fans de non-métal. Donc, oui, je pense que tout se passera bien.

Tous les albums de Within Temptation reflètent des émotions personnelles, mais sur cet LP, j'ai l'impression que la barre a été placée encore plus haut.

Le thème de cet album rend les choses plus intenses. Beaucoup plus personnelles, en tout cas. On essaie donc d'y mettre tout ce que l'on ressent. En concert, encore plus que sur disque, je pense.

Votre musique est très cinématographique. N’avez-vous jamais -ou alors j’ai raté un épisode- eu l'intention de composer des B.O. de films ?

Nous l'avons fait à une reprise pour le long métrage qui raconte l'histoire de Joran Van der Sloot (NDR : un criminel néerlandais condamné pour le meurtre de l'étudiante péruvienne Stephany Flores). C'était vraiment amusant, mais on doit nous le demander. Notre musique s'y prête, comme beaucoup d'autres d'ailleurs. C'est un monde complètement étranger, mais il faut être sollicité.

J’ai pu assister au set que le groupe a accordé à Lokeren, ma ville natale, et la combinaison entre les effets visuels, votre belle voix et la puissance de feu des instruments, était époustouflante. Finalement votre musique prend tout son sens lorsqu'elle est interprétée en ‘live’. Within Temptation serait-il, avant tout, un groupe de scène ?

Le ‘live’ apporte une dimension supplémentaire à notre musique, c'est vrai. On ressent l'énergie, on la voit et on discerne les émotions qui émanent de la foule. Nous avons également produit un album très visuel, qui est mieux mis en exergue après avoir assisté à un set en ‘live’. Et même si nous avons essayé et réussi de transposer ce feeling sur disque, vous ne pouvez tout simplement pas capturer à 100% ces émotions sur disque sans l'interaction avec votre public…

J’ai suivi la ‘Féale Voice Métal’ depuis ses débuts et notamment le parcours de Nithin Reptation. Il y a même eu une période au cours de laquelle le genre était vraiment en plein essor. A l'exception de quelques formations comme la vôtre, Epiça et Nitish, pour n'en citer que quelques-unes, j'ai l'impression que le gras a un peu disparu de la soupe.

En ce qui concerne Nithin Reptation, notre succès est toujours au rendez-vous. Notre notoriété s'est accrue depuis, mais je ne peux pas parler pour les autres. D'ailleurs, il est assez facile de parler de ce style, mais il va bien au-delà de la ‘voix féminine’. D'ailleurs, on l'appelait ou on l'appelle ainsi uniquement parce qu'une femme chante, et donc on ne tient pas compte des nuances, uniquement parce qu'une femme est aux vocaux. Je ne considère donc pas qu'il s'agisse d'un genre en soi. Ce qui est positif, c'est que de plus en plus de femmes commencent à chanter dans des groupes de métal.

J'assiste à des concerts depuis 1983, et même si de plus en plus de chanteuses émergent, le monde du métal et du rock reste un bastion masculin. Partagez-vous cet avis ? Pour les filles, c’est peut-être dû à un manque de modèles féminins alors que les garçons en disposent de nombreux…

C’est une remarque qui vaut peut-être pour le passé, mais dans l’univers musical contemporain, il existe de nombreux exemples féminins. Il suffit de regarder, autour de nous, Nitish ou Ginger, et il y en a d’autres menés par une femme qui se débrouillent très bien. Perso, parmi mes modèles féminins forts qui se sont affirmés, je citerai Janis Joplin et Sheela E. Amy Macdonald. Ou encore Candy Pulfer, qui l’est devenue pour les Pays-Bas et la Belgique. Elle a prouvé qu'il ne fallait pas seulement être chanteuse, mais aussi musicienne. Les exemples féminins ne manquent donc pas, mais il faut leur donner la tribune qu'elles méritent. Et c'est là que le bât blesse, parfois. J'ai eu la chance d'être tombée naturellement dans cette catégorie, et je n'ai donc jamais connu ce problème.

Dans notre monde occidental, les femmes peuvent heureusement rester elles-mêmes, alors que dans certains pays comme l'Iran et l'Afghanistan, elles sont traitées comme des êtres inférieurs. Des situations incompréhensibles qui m'exaspèrent. Ce sujet revient donc également dans les lyrics de votre elpee. Est-ce un sujet que vous avez voulu aborder sur ce disque ?

Il est vrai le monde occidental démocratique a connu un développement différent de celui de certains pays comme l'Iran. Ce qui est admirable, c'est que des personnes s'opposent ouvertement au régime mis en place là-bas, souvent au péril de leur vie. C'est ce thème qui est abordé dans la chanson "Bleed Out". Ces femmes s’élèvent face à cette situation et indiquent qu'elles ne peuvent plus supporter ce mode de vie. En contestant et en manifestant contre ces règles, on peut espérer que la prochaine génération féminine sera mieux lotie. Et c'est bien cette thématique que nous traitons sur ce disque. Mais aussi de la religion. En tant qu'être humain, vous devriez pouvoir vivre l’existence que vous souhaitez. Ce qui n'est pas si évident dans un pays comme la Russie, par exemple. Nous avons délibérément voulu aborder ce sujet. Nous parlons également de l'avortement, pas tellement parce que nous sommes pour ou contre, mais plutôt car nous estimons qu’il faut laisser la liberté de choix. Comme le droit de ne pas accepter que son pays voisin vienne annexer une partie d’un territoire. C'est le cas actuellement de la Russie en Ukraine. C'est aussi absurde que si les Pays-Bas confisquaient Anvers et vous laissait le reste. L’absurdité de cette guerre, c'est le sujet de l’album. J'espère aussi que le parti populiste d'extrême droite ne gagnera pas les élections en Pologne, sans quoi il risque bien de perdre une partie de sa démocratie (NDLR : selon les résultats finaux, l’opposition pro-européenne a remporté ces élections). Ce serait vraiment dommage. En résumé, notre nouveau disque est principalement un cri de liberté, pour les femmes et les hommes, pour qu'ils puissent être eux-mêmes dans ce monde.

C'est merveilleux que vous évoquiez ces sujets de cette manière. On ne le fera jamais assez, car il y a encore tellement de choses qui ne vont pas dans ce monde lorsqu'il s'agit de liberté. Vous vous produirez à la Lotto Arena d'Anvers, le 5 octobre 2024. Sinon, quels sont vos futurs projets ?

Nous allons principalement préparer la prochaine tournée, qui débutera en octobre 2024. Nous avons tourné en compagnie d’Evanescence comme ‘coheadliner’, joué dans de nombreux festivals, l'année dernière, et nous allons nous reposer un peu maintenant, malgré les nombreuses propositions de concerts qui nous sont adressées. Enfin, nous partons quand même encore en Amérique du Sud. Et puis nous devons rattraper ce qu’on n’a pu faire pendant la Corona.

En analysant le parcours de Within Temptation, quels ont été les hauts et/ou les bas ? Si vous pouviez changer le cours des événements, qu’auriez-vous modifié ?

D'une part, il y a des décisions que j’aurais prises différemment aujourd'hui, mais d’autre part, ces expériences nous ont permises d’être là où nous sommes aujourd'hui. Nous avons tiré les leçons des mauvais choix. Ce qui a toujours été un défi pour moi, personnellement, c'est l'équilibre entre la maison et le travail. Quand je suis toujours occupé au sein du groupe, je n'ai pas assez de temps pour ma vie privée. Je regrette de ne pas avoir conservé assez de contacts avec mes amis. Mais nous n’aurions alors pas atteint la même notoriété. Il a fallu faire des choix !

Lorsqu’on est au sommet de la gloire depuis si longtemps, y a-t-il des ambitions ou des objectifs que vous aimeriez atteindre ?

Mon objectif principal est de continuer à écrire de belles chansons. C’est très magique ! Après toutes ces années, continuer à faire de la musique est et reste, la plus belle chose qui soit, et être toujours inspirée, merveilleux…

Nouvel album "Bleed Out", paru ce 20 octobre 2023

Catatonic Suns

Catatonic Suns

Écrit par

A l’écoute de la musique proposée sur le troisième elpee de Catatonic Suns, on pourrait imaginer que le groupe est issu de l’Albion. Parce qu’elle baigne dans une forme de shoegaze qui rappelle des groupes comme The Verve (NDR : l’originel, pas celui de « Bitter sweet symphony »), Ride ou encore Slowdive. En un peu plus sauvage, mais quand même. En fait, cette formation nous vient de Pennsylvanie. Apparemment d’Allentown. Et son nouvel opus est éponyme.

Si la section rythmique est plutôt basique, ce sont les effets de guitare qui créent cette dimension sonique, shoegaze. Et notamment lors des fins des morceaux les plus atmosphériques, au cours desquels la guitare se met à gémir, à produire des larsens, voire à hurler. Mais lorsque les mélodies deviennent sinusoïdales, voire orientalistes, à l’instar de « Deadzone » et « Be as one », c’est à Kula Shaker qu’on se met à penser ; encore que cette dernière plage vire parfois au space rock (Hawkwind ?). Tout comme le plus lent « Fell off », mais probablement dans l’esprit du Floyd. Le long playing recèle quand même l’une ou l’autre compo plus mélodieuse. Comme cet ensoleillé « Sublunary » ou « Failsafe » aux tonalités de gratte tintinnabulantes… Un chouette album !

Mr. Paul & The Lowriders

Unguarded Thoughts

Écrit par

Mr. Paul & The Lowriders, c’est le nouveau projet de Paul Van Bruystegem, l’ex-bassiste de Triggerfinger (NDR : il a pas mal bourlingué au cours de sa carrière, soit dit en passant). Enfin, ce n’est pas tout à fait un nouveau projet, puisque la formation avait déjà enregistré un premier elpee, « LowRider », en 2016. « Unguarded thougths », c’est le titre du second et… non, il ne sonne pas rock burné comme Triggerfinger, mais il explore des tas de styles musicaux. Dont le blues. Ainsi, le vétéran Roland Van Campenhout interprète le titre final, « Father death blues », un poème d’Alan Ginsberg. Ce n’est pas le seul invité, puisque ses deux ex-comparses de Triggerfinger, Mario Goossens et Ruben Block sont également de la partie. Ce dernier se consacre ainsi à d’étranges vocaux sur la cover improbable du « Eight miles high » des Byrds, une piste traversée par une judicieuse intervention au saxophone. En, résumé, Paul a convié la crème de la scène rock du Nord de la Belgique, dont Ilse Goovaert et Thijs Vanneste. Ou encore Alan Louie, dont la voix distordue s’intègre parfaitement au morceau le plus psychédélique, « Identical twins ».

L’opus réserve également une place au rhythm’n’blues. Notamment à cause du recours à un Hammond aux sonorités rognées, savoureusement poussiéreuses. On a aussi droit à du rock latino sur « Waiting for the dragon », et là manifestement, le spectre de Carlos Santana se met à rôder…

Glam, « Coconut tree » arait pu émaner du répertoire de T. Rex, s’il s’était mis au blues. Le delta blues, on le découvre tout au long de « Cinnamon blood » et le cajun sur « My Shangri-La ». Quant au presque instrumental « Evil dandy », il véhicule quelques accents jazzyfiants. Le tout a été enregistré à Pensacola, en Louisiane et retravaillé à Lier. Franchement, Paul a vraiment fait fort !

La Jungle

Blurry Landcsapes

Écrit par

Le dernier album de La Jungle est né des circonstances très particulières liées au confinement. Le duo a en effet –au lieu de se lamenter son sort– décidé de composer de nouveaux titres afin d’enregistrer un 6ème essai, très peu de temps après le précédent, afin de profiter, en quelque sorte, de cette pause forcée et de la créativité du moment. Les Montois ont, en outre, proposé des collaborations visuelles avec des artistes issus de l’’Art Brut’ afin d’illustrer chacune des 11 plages réalisées pour « Blurry Landscape ». Musicalement, La Jungle ralentit parfois le rythme entre ses velléités techno-kraut-rock comme sur le break du très bon et quasi-free-jazz « The Marvelous Forest Of Our Dreams » ou sur le plus pop « La Compagnie de la Chanson ». On retrouve toutefois du ‘La Jungle’ pur jus sur « Tomorrow » et « Le Chemin Rapide » ! Encore une petite pépite offerte par un groupe unique, cohérent et aventureux à la fois !

Deeper

Careful

Écrit par

« Careful » constitue le troisième elpee de Deeper, une formation issue de Chicago qui a traversé des moments difficiles, après la sortie de son second, « Auto-pain ». Pendant les sessions d’enregistrement du troisième, Mike Clawson, le guitariste, a claqué la porte. Et quelque temps plus tard, il s’est suicidé. Ce qui explique le climat ténébreux de cet opus. Depuis, c’est Kevin Fairbairn qui l’a remplacé.

Taxée de post punk revivaliste, parce que trop ancrée dans les eighties, par de nombreux médias, sa musique n’en est pas moins savoureuse. D’abord, il y a la voix de Nic Gohl, sorte d’hybride entre feus Tom Verlaine (Television), Ric Ocasek (The Cars) et le toujours bien vivant David Byrne (Talking Heads). Puis cette basse cold, caoutchouteuse et enfin ces guitares dentelées, chatoyantes, allègrement discordantes ou carrément noisy, à l’instar du titre final, « Pressure » qui s’ébroue dans le minimalisme avant de s’étoffer afin de grimper en intensité électrique. Et puis, il y a ces interventions judicieuses de saxophone. Comme sur le frissonnant et hypnotique « Fame ». Et si « Tele » (NDR : un clin d’œil à Television ?) a recours à la boîte à rythmes, « Airplane air » est enrichi d’arrangements symphoniques, en fin de parcours. Des arrangements qui peuvent se révéler électroniques, mais sans jamais prendre le pas sur l’instrumentation organique…

Reuben's Daughters

Mami Wata

Écrit par

Pratiquement inconnu sur le Vieux Continent, Reuben Myles Tyghe est actif, depuis plus de 20 ans, sur la scène musicale rock. Issu de la région de Bath, en Angleterre, il a longtemps milité au sein de Port Erin. « Mami Wata » constitue son premier elpee solo. 

Cet artiste possède un vrai talent de songwriter. Il compose ainsi des pépites pop aux mélodies recherchées mais efficaces. Sa musique est lancinante et sa voix languissante. Sa guitare est traitée en slide sur la plupart des morceaux (« The Well », « Underwater Garden » et « Those Eyes Can’t Lie to Me »). Le tempo s’accélère le temps de « Fragile Frame », avant de reprendre son cours habituel, le reste du long playing.

Les huit titres de cet LP valent le détour. Désormais, on suivra attentivement le parcours de Reuben's Daughters.

Flat worms

Witness marks

Écrit par

Les ‘Flat worms’, ce sont des vers plats, des plathelminthes, très exactement, mais c’est également le patronyme choisi par un trio californien (Los Angeles), dont le troisième elpee, « Witness marks » a bénéficié de la collaboration de Ty Segall.  Les musicos ne sont pas des néophytes, puisqu’ils ont milité soit chez Hunx & His Punx, Oh Sees ou The Babies. 

Entre garage punk, post punk et noisy rock, la plupart des compos sont imprimées sur un tempo enlevé voire frénétique ou carrément volcanique, mais diablement efficace. Les sonorités de guitares sont tour à tour stridulantes, acides ou fuzz. La section rythmique est implacable. Etrange, mais la mélodie de « Suburban swans » rappelle parfois le « Nice‘n’sleazy » des Stranglers. Glaciale et métallique, la voix de Will Ivy balance des textes surréalistes, mais empreints de rage et de folie. Punk is not dead !

Squirrel Flower

Tomorrow’s fire

Écrit par

Née à Boston, Ella Williams s’est établie à Chicago, ville où le rock indé contemporain est à nouveau en pleine effervescence. Pour enregistrer « Tomorrow’s fire », le troisième LP de son projet Squirrel Flower, elle a reçu le concours de musiciens qui militent chez Bon Iver, Wednesday et War on Drugs. Mais si l’instrumentation est, en général, bien électrique, sa voix puissante passe aisément à travers pour communiquer son angoisse face au dérèglement climatique. En fait, toutes les compos qui figurent sur ses trois albums traitent du même sujet. Cependant ce dernier opus est manifestement celui qui adopte le format le plus rock, tout en préservant l’aspect délicat et nostalgique des mélodies.

Ce long playing s’ouvre par « I don’t use a trash can », un titre qui figurait déjà sur son premier album, « Early Winter Songs From Middle America », paru en 2015, mais qu’elle a complétement remodelé, en l’enrichissant d’harmonies vocales complexes. Indolent, « When a plant is dying » libère une intensité électrique digne du Crazy Horse de Neil Young. Caractérisé par ses guitares distordues, « Stick » libère davantage de sonorités grunge. La lente combustion de « Canyon » nous enveloppe dans un brouillard de guitares fuzzées et chargées de reverb. Et le dernier titre de cet opus, « Finally rain », s’ouvre sur une trame acoustique avant de monter progressivement en intensité électrique. Contagieux, « Intheskatepark » frôle l’univers de l’indie pop alors que « What kind of dreams is this ? » prend la forme d’une prière…

Elephant (Netherlands)

Shooting for the moon

Écrit par

Elephant est une formation néerlandaise, établie à Rotterdam, aux Pays-Bas. Produit par Pablo van de Poel (Dewolff), « Shooting for the moon », constitue sons second LP, un disque au cours duquel le combo a reçu le concours de la chanteuse belge, Meskerem Mees, pour deux titres. Et paradoxalement, ce sont les deux morceaux les plus proches de Wilco. En l’occurrence, « The morning » et « April ». A cause de cette section rythmique propulsive et des solos de guitare subtils et lumineux, dispensés par Michael Broekhuizen, dans le style de Nels Cline. Des interventions de guitare le plus souvent élégantes, parfois orientalistes, traitées en slide voire délicatement psychédéliques. Et en général, les compos sont enrobées de jolies harmonies vocales. Tramée au départ sur une sèche en picking, la plage finale, « Moonlight, s’électrifie peu à peu, avant de replonger dans la dream pop entretenue par Elephant, tout au long de ce long playing dont les pistes révèlent des mélodies particulièrement soignées. Dommage que l’intensité électrique ne pas un peu plus vivifiante…

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