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Un diptyque pour Then Comes Silence

Le trio post-punk suédois Then Comes Silence s'apprête à publier « Requiem Ballroom ». Ce huitième long playing est attendu pour le 20 novembre 2026 sous la bannière de Metropolis Records. Pour faire patienter l'auditoire, la formation menée par Alex Svenson…

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Biohazard 8/8/26
Viagra Boys

dEUS

Authenticité, fidélité, frivolité et spontanéité…

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dEUS a sorti un nouvel et excellent album studio, onze longues années après avoir gravé « Following sea ». La formation drivée par Tom Barman compte quand même 32 années d’existence, mais il est vrai que l’Anversois mène, en parallèle, des autres projets, et pas seulement musicaux. Il a ainsi réalisé un film, « Any Way the Wind Blows », en 2003, des vidéos pour des compos du groupe et s’est passionné pour la photographie. Il a ainsi exposé récemment au sein d’une galerie, dans sa ville natale. Mais c’est son batteur, Stefan Misseghers, qui s’est collé à l’interview pour nous parler de « How to replace it », le huitième elpee studio. D’une grande diversité, cet LP viendra, sans doute, renforcer une popularité jamais remise en question, malgré la parcimonie avec laquelle le groupe d'origine anversoise délivre de nouvelles compositions. C’est ce que nous explique notre interlocuteur, drummer au sein du band depuis deux décennies et qui lui est... gantois

Ce long playing s’avère très varié, contrasté même. Cette richesse est-elle la conséquence des side projects entrepris par différents musiciens ?

Sans doute. C'est certainement le cas de Tom, qui a pris une envergure supplémentaire au sein de Magnus, notamment.

Perso, j'ai produit huit albums au cours des dix dernières années, dont l'avant-dernier de Stake, « Critical method » et celui d’Absynthe Minded, « Jungle Eyes » (NDR : en 2017) ; ce qui a certainement eu une influence sur mes goûts musicaux.

Mais nous avons surtout décidé de renoncer à quelques idées artistiques, comme celle d’ajouter des arrangements trop symphoniques, ce qui n'était plus soutenable sur la longueur. Néanmoins, nous ne nous sommes pas tourné les pouces pendant dix ans chez dEUS. Nous avons beaucoup bossé et réfléchi seuls ou ensemble pour déterminer les nouvelles directions à prendre. Que faire après 7 albums et dix ans de silence ?

Après la tournée anniversaire de « The Ideal Crash », paru en 1999, il y a trois ans, on s’est demandé quel changement il fallait opérer si nous voulions poursuivre notre aventure ; ce qui ne signifiait pas faire table rase du passé. Mais nous souhaitions que notre musique redevienne un peu plus légère par rapport à l'album « Vantage Point », où tout était très compressé, très down, lourd, voire dangereux. Et s'il y avait un élément que nous pouvions reprendre des débuts de dEUS, c'était bien la légèreté, la frivolité, du rythme et de la spontanéité. Et puis de la lumière face à l'obscurité… (il sourit)

Musique populaire

Le morceau « 1989 » est d'ailleurs carrément référentiel. La musique que vous interprétez, et ce n'est pas une critique, émane du siècle dernier.

C'est l'époque de la genèse du groupe, mais nous tentons en tout cas d'y inclure des influences contemporaines, d'actualiser les sonorités.

Mais « 1989 » rend hommage aux années 80, aux drums électroniques notamment. Et puis, c'est surtout l'année de formation de dEUS.

Dix ans sans nouvel album, huit ‘studio’ seulement en trente ans, et pourtant la formation reste toujours aussi populaire...

Pour survivre longtemps, il faut créer la rareté. Et parfois elle se prolonge plus longtemps que prévu (il rit).

Mais nous nous sommes toujours produits, avons sorti des ‘best of’, une réédition de « The Ideal Crash », dans le cadre de l’anniversaire de sa parution. Dix ans c'est très long, en effet, mais nous avons des excuses personnelles à faire valoir. J'ai divorcé, Klaaz Janzoons également, Mauro Pawlowski a quitté le groupe et nous avons dû procéder à un nombre incalculable d'auditions avant de dénicher un guitariste suffisamment éclectique. Nous disposons, en effet, d’un back catalogue particulièrement riche de plus de 100 morceaux.

En ce qui concerne notre popularité qui est restée intacte, je pense que chaque fois que nous sortons un disque, il résonne auprès de nombreuses personnes. C’est le résultat d’une certaine expertise, d’un bon management, mais surtout d’une authenticité et d’une fidélité à notre identité originelle, à notre personnalité.

Un peu comme les groupes de heavy metal qui possèdent une ‘fan base’ solide parce qu'ils respectent une même approche qu’à leurs débuts. Ils ne dérogent à une formule bien établie ou pas beaucoup, en tout cas. Cette fidélité à eux-mêmes se reflète au niveau de leur public.

Français-flamand

dEUS c'est un peu la même chose avec une base plus large ?

Sans doute, mais, elle fluctue un peu, car nous n'avons jamais réalisé deux fois le même album. On essaie de se renouveler, ce qui attise la curiosité de notre public. Il s'agit de l’itinéraire artistique d'un groupe qui tente de ne pas se répéter, ce que le public respecte.

« Le Blues Polaire », chanson interprétée en français qui clôt l’elpee, ressemble très fort à « Quatre Mains, titre qui ouvrait le précédent...

San doute à cause de la manière dont Tom l’interprète ; son phrasé est à peu près le même, sur ce morceau…

Nous avons énormément travaillé sur cette compo. Mais j'avoue que lorsque j'ai écouté la première démo, j'étais très sceptique, d'autant que notre seul dogme au sein de la formation, est de ne pas se répéter.

Or, nous avions déjà enregistré « Quatre Mains » en français. Et surtout, j’estimais que le morceau sonnait un peu trop Gainsbourg. D'accord pour une chanson en français qui emprunte à Gainsbarre, mais sans en faire trop pour autant, et en se servant d’une musique qui soit à l'opposé. On ne voulait ni d’un plagiat, ni d’un hommage ; simplement utiliser les éléments de Gainsbourg, mais sans l'imiter.

J’ai joué le rôle du mouton noir, du râleur de service. Mais Tom est très persuasif et il n'est pas simple de s'opposer à sa volonté.

Et finalement, « Le Blues Polaire » est devenu ma chanson préférée (il rit).

Et pourquoi pas une chanson en néerlandais alors ?

J'ai le sentiment que ça viendra un jour. Mais l’idée doit encore mûrir un peu. Et pourquoi pas un album complet en flamand ? (il sourit)

Comme les Kreuners alors ?

(Il rit) Ah non pas comme les Kreuners, c'est juré !

dEUS : album « How to Replace It » (Pias) – sorti le 17 février 2023

 

Eliades Ochoa

Viva la música cubana…

Écrit par

Eliades Ochoa, c’est une grande voix et un guitariste hors pair. En 50 années de carrière, il doit avoir accordé des milliers de concerts, que soit au sein de Buena Vista Social Club, de Santiago de Cuba (El Quarteto Patria), en solitaire ou en compagnie d’autres artistes. Il est un des derniers gardiens de la tradition musicale cubaine. Son dernier elpee solo, « Guajiro » (NDR : c’est son neuvième), est paru en mai dernier. Pour la circonstance, il avait reçu le concours, notamment, de Rubén Blades, Joan As Police Woman et du célèbre harmoniciste Charlie Musselwhite. Le concert est complet. Pas de première partie.

La scène est sobre et très intimiste. On y distingue les instruments des musicos et 4 énormes spots led sur pied en arrière-plan ainsi qu’un plus petit qui aveugle déjà l’auditoire. Les cinq musicos du backing group débarquent sur les planches. Ils sont vêtus d’un blanc immaculé. Quatre d’entre eux sont coiffés de chapeaux canotier et le trompettiste d’une casquette. En résumé, Eduardo Pineda aux claviers, le saxophoniste Angel Aguiar, le bassiste Santiago Jimenez et sur une estrade, le percussionniste Angel Herrera, entouré d’une belle panoplie de cymbales, djembés et congas, ainsi que le trompettiste, Frank Mayea, qui joue également des maracas quand il ne frappe pas (souvent) sur un guiro (un instrument cranté qui se frotte avec une baguette en bois).

Ochoa arrive le dernier sur la scène, pendant « A La Luna Yo Me Voy », le pas nonchalant et la banane aux lèvres. Il est totalement habillé de noir, comme Johnny Cash, de la tête aux pieds, soit du Stetson jusqu’aux bottes de cow-boy (NDR : une petite coquetterie qu’Eliades s’autorise depuis des années). Il est armé de sa fameuse guitare à huit cordes, de son invention depuis son plus jeune âge ; ce qui lui permet d’accrocher des sonorités proches du ‘tres’ (une guitare à 3 cordes doublées dont le son s’apparente à celui d’accordéon musette). Il ne l’abandonnera qu’à une seule reprise, pour empoigner une sèche classique.

Ochoa salue la foule et s’excuse pour son anglais médiocre. Il pose sa gratte contre sa poitrine et embraie par « Vamos A Alegrando El Mundo (Trad : apporter de la joie au monde), alors que les cuivres virent au mariachi. Sa guitare véhicule des accents arabisants sur « Creo En La Naturaleza », le premier single sur lequel Johan As Police Woman avait apporté sa collaboration, en studio. Ce sont les voix des musiciens qui remplacent celle de Joan Wasser.

Eliades reprend intégralement les 11 morceaux de son nouvel elpee, le très réussi « Guajiro ». Un titre d’album choisi comme pour rappeler fièrement d’où il vient. A cet égard, il déclare notamment : ‘Je suis un gajiro, un paysan, un homme de la terre né dans au centre de la montagne, près de Santiago’ (NDR : c’est dans l’Oriente ou l’est de Cuba où il a travaillé la terre très jeune ; et un grand merci à ma voisine de droite qui me traduit ces propos, votre serviteur ne comprenant pas grand-chose à la langue de Cervantès).

En général, les aficionados qui assistent à ses concerts sont des connaisseurs. Ochoa a baptisé cette communauté, la ‘familia’ (sa fan base) qu’il va remercier à plusieurs reprises. Outre les plages de son dernier long playing, il interprète évidemment d’autres compos dont « Ay Candela » de Faustino Oramas, « El Carretero » de Guillermo Portabales et inévitablement le « Chan Chan » de Francisco Repilado, pour lequel Eliades reçoit une standing ovation. Compay Segundo doit esquisser un sourire de là-haut. L’ambiance monte encore d’un cran, et le public, dans la fosse, commence à danser. En outre, il devient de plus en plus difficile de rester immobile sur son siège.

En général, c’est le claviériste qui lance les morceaux. Parfois, de ses congas, le percussionniste initie les rythmes de la rumba, du son, de la mambo ou du cha-cha-cha.

A un certain moment Ochoa se retourne vers les coulisses à gauche, un homme assez grand et d’un âge respectable apparaît. Il s’agit de Rey Cabrera, bien connu des habituées de ‘Music Village’, auquel Eliades rend hommage. Le claviériste va chercher une dame dans les premiers rangs et l’invite à danser la salsa. Elle se débrouille plutôt bien, puis réintègre la fosse. Une démarche qu’il va réitérer en fin de parcours. Mais pour la circonstance, ce n’est plus une spectatrice qui grimpe sur le podium, mais une vingtaine. Les cinq musicos s’acharnent alors à la danse, tandis qu’Eliades Ochoa reste de marbre derrière sa gratte semi-acoustique. Un final magique pour une prestation de 90 minutes, au cours de laquelle, le public s’est régalé à l’écoute de boléro, guaracha, mambo, merengue, salsa, et autres musiques cubaines, ponctuée par « El Cuarto De Tula » du Buena Vista Social Club…

(Organisation : Ancienne Belgique et Greenhouse Talent)

Elvis Costello

Un peu trop dépouillé…

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La salle ‘Henry Leboeuf’, au Bozar, est comble pour accueillir Declan Patrick MacManus, aka Elvis Costello, âgé de 69 ans, et son inséparable bras droit, Steve Nieve. Nieve a milité chez The Attractions et The Imposters, deux des fidèles backing groups qui ont soutenu Elvis, pendant de nombreuses années. C’est la cinquième fois, en 45 ans, que votre serviteur voit son idole. Et à chaque fois, la configuration orchestrale est différente. Mais le concert le plus marquant remonte au 30 mai 2012. Pour la circonstance, le public gérait une setlist de 45 titres à l’aide d’une roue de la chance. Inoubliable !

Impossible de recenser les points forts de l’œuvre de Costello, tellement ils sont nombreux. Ses 32 albums studio embrassent une grande variété de genres. « The Songs Of Bacharach & Costello », un coffret de luxe célébrant sa collaboration avec le regretté compositeur Burt Bacharach, est paru en mars dernier. Il recèle cependant un inédit, le nouveau single « You Can Have Her ». L’an dernier, les deux hommes s’étaient encore produits ensemble, et à deux reprises, sur les planches de l’OLT Rivierenhof, épaulés par le reste des Imposters (NDR : Costello et le band avaient publié « The Boy Named If », en janvier 2022).

A 20h05, les baffles diffusent une sorte de muzak. Les lumières s’éteignent dans la salle. Elvis Costello et Steve Nieve débarquent sur la scène. Costello est vêtu d’un costume trois pièces de couleur noire et coiffé de son éternel chapeau brun. Il s’installe à droite du podium où l’attendent son siège, son ampli, trois guitares électriques et deux semi-acoustiques ainsi qu’une machine qui de temps à autre va dispenser des sonorités de basse et de percus. Il s’assied, empoigne une sixcordes électrique devant un micro vintage. Un autre microphone du même modèle est planté au milieu de l’estrade. Steve campe à gauche face à son piano à queue. A gauche, ses claviers font face à la foule. Il s’empare immédiatement d’un mélodica.

Le set s’ouvre par « When I Was Cruel No. 2 ». Surprise en milieu de morceau, Steve entame le « Dancing Queen » d’Abba aux ivoires.

« Waiting For The End Of The World » embraie. Pas entièrement convaincant. Les sonorités du clavier sont trop lisses pour soutenir idéalement la chanson. Costello résout ce problème en demandant au public de chanter et d'applaudir à la fin. De quoi mettre un peu d’ambiance.

En conteur résolu, Costello explique la manière dont Nieve devait jouer sur des pianos faits maison ou à moitié fonctionnels au début des Imposters, avant d’attaquer « Shot With His Own Gun ».

Elvis raconte l’histoire de « Veronica », une compo qu’il a co-écrite en compagnie de Paul McCartney, mais une toux sévère l’interrompt et il doit reprendre le fil de ses idées. Il dépeint également ses aventures vécues avec Bob Dylan et John Mellencamp. Le public apprécie ces anecdotes et applaudit, alors que certains spectateurs poussent des cris à l’écoute des noms de ces artistes. Le loungy et jazzyfiant « Tolède » rend hommage à Burt Bacharach, décédé cette année, avec qui Costello avait collaboré à plusieurs reprises. Un moment intéressant, même si les cuivres et les chœurs féminins manquent cruellement. Cependant, Costello semble alors avoir retrouvé sa superbe voix de crooner.

Car lorsqu’il s’éloigne légèrement du micro, sa voix semble usée, fatiguée. Il a pourtant toujours ce timbre caractéristique et un style de chant très exigeant, qui se reconnaît entre mille. Nieve a également droit à sa standing ovation lorsqu’il se met à chanter.

Elvis parle beaucoup entre les morceaux, il lâche des vannes, mais parfois son discours tire en longueur.

L’instrumentation s’avère un peu trop dépouillée, surtout lorsqu'Elvis abandonne sa guitare et que Nieve est seul pour l’assurer.

« Watching The Detectives » (l’un des morceaux qui a marqué la prime jeunesse de votre serviteur) adopte un format trip hop. Un pari risqué, même si Nieve souffle dans son mélodica. Et si on reconnaît la mélodie et les accents jamaïcains, ce concept de relecture n’est franchement pas toujours respectueux de la version originale. Mais surtout, il manque un backing group pour faire la différence. Portant, la reprise du « She » de Charles Aznavour va fortement émouvoir l’auditoire. De quoi vous flanquer des frissons partout. D’ailleurs la foule applaudit longuement, à l’issue du morceau.

Nieve prend part aux vocaux pour « (What's So Funny 'Bout) Peace, Love and Understanding ». Le touche-à-tout démontre ainsi qu’il sait également lancer la mélodie. Mais le moment magique arrive lorsque les deux compères reprennent un long et obsédant « I Want You ». De toute beauté ! Sans micro, Costello chante divinement. Et on l’entend distinctement dans tous les coins de la salle.

Après un set de près de 2 heures 30, Costello revient pour interpréter « Alison », dans le public. Puis il déclenche l’hilarité générale lorsqu’il replie sa guitare de couleur verte, avant de recevoir une standing ovation. Ce sera une des rares fois que l’auditoire, plutôt amorphe, va se lever. Et avant de clôturer la soirée par « Over the rainbow », un morceau que Harold Arlen avait composé pour Judy Garland qu’elle avait interprété dans le film ‘Le Magicien d'Oz’, Costello va s’autoriser une cover de « The Wind Cries Mary » du mythique guitariste Jimi Hendrix.

Respect pour cet artiste qui malgré le poids de l’âge a encore de beaux restes.

Setlist : « When I Was Cruel No. 2 » (Elvis Costello cover) (With ABBA's « Dancing Queen »), « Waiting for the End of the World » (Elvis Costello cover), « Lipstick Vogue » (Elvis Costello & The Attractions cover), « Shot With His Own Gun » (Elvis Costello & The Attractions cover), « My Baby Just Squeals », « Pills and Soap » (Elvis Costello & The Attractions cover), « Veronica » (Elvis Costello cover) (acoustic), « What Is It That I Need That I Don't Already Have ? » (Elvis Costello cover), « All or Nothing at All » (Jimmy Dorsey and His Orchestra cover), « Toledo » (Elvis Costello with Burt Bacharach cover), « The Comedians » (Elvis Costello & The Attractions cover), « I Do (Zula’s Song) » (Elvis Costello cover)/ « Watching the Detectives » (Elvis Costello cover), « Accidents Will Happen » (Elvis Costello & The Attractions cover), « Isabelle In Tears » (Elvis Costello & The Imposters cover), « She » (Charles Aznavour cover), « I Still Have That Other Girl » (Elvis Costello with Burt Bacharach cover), « The Whirlwind » (Elvis Costello cover), « (What's So Funny 'Bout) Peace, Love and Understanding » (Brinsley Schwarz cover), « Shipbuilding » (Elvis Costello & The Attractions cover), « I Want You » (Elvis Costello & The Attractions cover), « Couldn't Call It Unexpected No. 4 » (Elvis Costello cover).

Rappel : « Alison » (Elvis Costello cover), « The Wind Cries Mary » (The Jimi Hendrix Experience cover), « Over The Rainbow » (Harold Arlen cover).

Organisation : Greenhouse Talent

Sam Burton

Dear Departed

Écrit par

« Dear Departed » constitue le second elpee de Sam Burton, un songwriter américain plutôt discret. Il a été composé dans l’Utah, son état natal et rural, qu’il avait regagné afin d’aider à retaper une maison, à participer aux récoltes, avant de retourner de nouveau à Los Angeles, pour y enregistrer cet album, sous la houlette du producteur Jonathan Wilson (NDR : dont la carrière solo peut être qualifiée de réussie, mais qu’on a vu aussi aux côtés d’Angel Olsen et de Father John Misty), afin d’emprunter des sonorités pop-folk issues des 60's ou des 70’s…

Ces quelques mots d’introduction induisent, bien entendu, une instrumentation soignée et une ambiance tour à tour ensoleillée ou mélancolique. Le rendu est inévitablement ‘vintage’, mais la qualité de compositions est telle que cet aspect suranné n’est jamais dérangeant. Difficile d’ailleurs de résister aux arrangements de « Pale Blue Night » ou de « Coming Down on Me » !

Nile On waX

After heaven

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Sorti en mai dernier, cet album de Nile on waX figurera certainement parmi les albums belges de l’année. Ce projet est porté par une figure bruxelloise à la renommée internationale, la violoniste Catherine Graindorge. Sa liste de collaborations est impressionnante, oscillant de légendes telles que Nick Cave, Iggy Pop ou encore John Parish, en passant par Hugo Race, Simon ‘Huw’ Jones, Pascal Humbert, et la liste est loin d’être exhaustive. Le trio Now impplique également le bassiste David Christophe et le drummer Elie Rabinovitch.

Composé et enregistré durant la pandémie sur base de séances d’improvisation, « After Heaven » constitue seulement le quatrième elpee du trio, en 14 années d’existence (son dernier opus, « Eldorado », date d’octobre 2021). La formation pratique une forme de post-rock aux accents jazz qui sort des sentiers battus. Et comme le violon est omniprésent, on ne peut s’empêcher de penser à l’expression sonore d’un Godspeed You ! Black Emperor. Les sept morceaux de l’album pourraient clairement constituer la bande originale d’un film que l’on imagine plutôt sombre et mystérieux. Essentiellement atmosphérique, cet opus se réserve néanmoins des pics d’intensité, mais ne s’égare jamais dans les excès d’expérimentation, tout en parvenant à maintenir l’esprit de l’auditeur continuellement en éveil.

A découvrir absolument !

Bärlin

State of Fear

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L’obscur trio lillois Bärlin se délecte d’ambiances sombres, quasi chamaniques, chères à d’illustres aînés tels que 16 Horsepower, Morphine ou Einstürzende Neubauten. Il ne déroge pas à ses principes sur le bien nommé « State of Fear », un quatrième opus au climat bien poisseux. Alimentée par des sonorités d’une tristesse infinie, l’ambiance est donc moite à souhait et l’instrumentation au diapason. Le recours à l’allemand sur le très long « Sturm » n’arrange pas les choses…

Entre post-punk, cabaret et structures quasi-jazz, le tout traversé par les interventions d’une étonnante clarinette et soutenu par des instruments à cordes, le cocktail sous-vitaminé fonctionne à merveille. La voix puissante confère, en outre, une dimension supplémentaire à l’ensemble et une profondeur qui permet au groupe français de naviguer entre des mélodies soignées, au romantisme noir et à la dissonance contrôlée. Un sombre album à découvrir !

 

 

Eliades Ochoa

Nick Gold et Ry Cooder se partagent équitablement la paternité du projet Buena Vista Social Club…

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Grande voix et guitariste de tradition musicale cubaine, Eliades Ochoa se produira le 3 octobre prochain, à l’Ancienne Belgique, avec, sous le bras, ses dernières compositions les plus personnelles et son album... de souvenirs…

Dernier gardien du ‘son cubano’, Eliades Ochoa, dont l’allure évoque un Johnny Cash cubain, est l'un des ultimes survivants du Buena Vista Social Club. A 77 ans, le chanteur et gratteur cubain vient de graver son elpee le plus personnel, truffé de compositions personnelles. Il y évoque sa vie ainsi que ses souvenirs ; et, en concert, ses amis aujourd'hui disparus du ‘Club’....

Il a fallu vieillir avant d’être en mesure d'écrire vos propres chansons… autobiographiques ?

Je n'avais jamais joué le guajiro (paysan) typique sur d'autres disques et j'ai recherché la nouveauté, un autre rythme : ces chansons trottaient dans la tête et la guajira (musique de la campagne) me permettait d'aborder un répertoire plus contemporain et personnel...

Pourquoi maintenant ?

Parce que j'ai enfin commencé à travailler de façon indépendante et à écrire mes compositions. Auparavant, je bossais pour des labels, qui me demandaient d'interpréter des standards cubains, surtout des années cinquante. Dorénavant je suis plus libre et je peux chanter ce qui me plaît.

Villes et champs

Être d'origine paysanne vous différencie-t-il d'autres musiciens et chanteurs cubains issus des villes ?

Je suis un paysan, un fermier originaire des montagnes. J'aime l'atmosphère de la campagne où la musique guajira est présente partout : dans les danses, au cours des fêtes et des réunions familiales. Raison pour laquelle je suis si à l'aise pour en composer et en interpréter.

A la campagne, les ‘sons’ cubanos, les guarachas et les styles proches sont également appréciés.

Pensez-vous que la musique rurale est plus authentique que l’urbaine ?

Bien sûr. Le musicien paysan est plus humble, n'attend rien, ni argent ni gloire de la musique qu'il joue. Ces artistes interprètent et transmettent cette musique authentique et traditionnelle par amour pour elle ; ils sont à la base de la musique cubaine.

Vos parents étaient également musiciens...

Et tous deux étaient doués : mon père plus que ma mère, mais il n'était pas professionnel ; il jouait lors de réunions familiales et était excellent musicien.

Qui y a-t-il de spécifique à la guajira, à ce style de musique, par rapport au ‘son’ (NDLR : le ‘son’ est un style cubain dansant qui a acquis une reconnaissance internationale à partir des années 30 ; son rythme combine la structure et les caractéristiques de la musique espagnole avec des éléments et instruments musicaux afro-cubains et indigènes).

Il s'agit de deux rythmes et styles différents. Il est plus facile de danser le ‘son’. La guaracha est similaire au ‘son’, mais plus proche du boléro, et requiert parfois trois notes là où le ‘son’ n'en demande que deux.

Et la guaracha ?

Elle est plus proche de la salsa et n'a rien à voir avec les deux autres styles musicaux. On peut danser sur ces trois types de musique ; mais en effet, la guaracha est plus rapide.

Lorsque vous jouez, pensez-vous à tous ces musiciens du Buena Vista Social Club qui sont décédés depuis...

Forcément. Quand je me produis sur une scène, je parle aussi d'eux, de ceux qui ne sont plus là physiquement. J'évoque leur souvenir. J'interprète encore de nombreux morceaux du Buena Vista au cours desquels je ressens la présence de Compay, d'Ibrahim, de Rubén, Pio, Guajiro, notamment sur "El Cuarto de Tula" ou "Chan Chan". Je me rappelle tous mes vieux compagnons et je chante pour eux.

Ry Cooder

Êtes-vous toujours en contact avec Omara Portuondo, l'autre grande survivante du Buena Vista Social Club ?

Je ne l'ai pas vue depuis l'année dernière, mais je suis toujours au courant de son travail, de sa carrière et de ses tournées. La dernière fois que je l'ai rencontrée, c'était lors d'un festival en Espagne.

Une future collaboration est-elle prévue ? 

Tout dépend des labels, mais il n'existe pas de projet actuellement.

Avez-vous des nouvelles de Ry Cooder et Nick Gold ? Et, à votre avis, lequel des deux a été le plus important dans la résurrection internationale de la musique cubaine au travers du Buena Vista ?

Réaliser un album cubain était une idée de Nick Gold, mais la maîtrise en revient à Ry Cooder. A mon avis, ils se partagent équitablement la paternité du projet Buena Vista.

Mais je n'ai plus eu de contact avec Ry depuis la pandémie. Cependant, j'entretiens des relations régulières avec Nick, qui vient me voir chaque fois que je me produis à Londres. Nous nous téléphonons et échangeons par mail régulièrement.

Vous étiez très jeune quand la révolution cubaine a éclaté. Quelles en ont été les conséquences pour les musiciens ?

J'avais à peu près 17 ans lorsque j'ai commencé ma carrière professionnelle. C’était en 1963, dans une station de radio. J’étais payé par l'État cubain. Le ministère de la Culture a remplacé ensuite le Conseil national de la Culture, en centralisant les musiciens et les artistes au sein d’une même institution.

Les musiciens ou les groupes travaillaient selon les directives du ministère. Nous ne pouvions exercer notre métier de manière indépendante, mais seulement suivant la structure imposée par le ministère…

Est-ce encore le cas aujourd'hui ?

C'est toujours pareil. Les artistes dépendent du ministère de la Culture et du Centro de la Música de Cuba, pour pouvoir se produire l'étranger, notamment.

Vous avez accompagné Bob Dylan et Manu Dibango, entre autres ; comment avez-vous rencontré Joan Wasser, plus connue sous le patronyme de Joan as Police Woman avec qui vous chantez en duo sur cet opus ?

Je ne la connaissais pas personnellement, mais j'étais très content que le label propose que nous partagions un duo ensemble, car j'adore sa voix. Connaissant ma carrière, elle a tout de suite accepté, d'autant qu'elle adorait la chanson. J'en suis très fier...

Quel genre de musique cubaine actuelle écoutez-vous ? Orishas, Los Van Van ?

J'écoute d'abord ma propre musique dans le but de constamment l'améliorer. Cuba est une île musicale qui regorge de bonne musique. J'apprécie surtout le genre originaire de Santiago de Cuba, le ‘son’. J'adore par ailleurs la llanera, la musique traditionnelle du Venezuela, mais également Los Tres Reyes, un ancien trio mexicain, et la vieille musique cubaine, celle de Los Embajadores, Benny Moré ou Celia Cruz, sans oublier bien sûr les albums des années cinquante de Los Compadres, premier groupe de mon ami disparu Compay Segundo.

Vivant désormais à Madrid, j'écoute aussi la musique espagnole actuelle, notamment la copla et surtout Joselito qui affiche, à peu près, mon âge. J'adore ce qu'il fait, tout comme le flamenco.

Comptez-vous enregistrer un album de flamenco ?

Je ne dis pas non, mais ce serait irrespectueux à l’égard les vrais artistes flamenca (il rit).

Mais cela me plairait d'explorer cette direction...

Eliades Ochoa se produira en concert à l'AB le 3 octobre prochain.

Album "Guajiro" (Word Circuit), paru le 26 mai 2023.

 

Talisco

Ma musique est instinctive…

Écrit par

Chaque dernier samedi du mois d’août est synonyme de joie et bonne humeur dans la cité sonégienne. Le centre culturel y concocte en effet un vaste programme multidisciplinaire entre animations de rue et concerts totalement gratuits. Les seuls maîtres-mots sont la joie et la bonne humeur.

Si, cette année, la météo s’est montrée capricieuse, les plus courageux se sont pressés pour y découvrir une belle brochette d’artistes. Et pas des moindres puisque Talisco était l’une des vedettes à s’y produire.

Méconnu pour beaucoup, Jérôme Amandi, à l’état civil, est l’auteur de plusieurs succès dont « Your Wish » et « The Keys ». La gloire lui importe pourtant peu. Talisco est un passionné cherchant encore et toujours cette paix intérieure qu’il fantasme tant.

Se livrant en anglais depuis le début de sa carrière, il entame un virage à 180 degrés en publiant un nouvel elpee ce 29 septembre 2023 au sein duquel il ose se frotter à la langue de Shakespeare.

Entre musiques, projets et introspection, cet artiste est un homme d’exception qui a fait d’une passion, un métier à part entière. Compte-rendu d’une rencontre…

Tu crées une musique à la fois lumineuse, subtile et complexe. On y découvre beaucoup de superpositions tant dans les sons que dans la voix. Comment expliques-tu cette direction artistique ?

De manière globale tout simplement ! Je ne vais pas te faire rêver ! Je ne suis pas en haut d’une colline pour y puiser l’énergie solaire ou de la nature. La façon dont je crée est on ne peut plus simple ! Lorsque des idées et des fantasmes musicaux me traversent l’esprit, je m’assieds devant mon ordinateur, guitare à la main. Je m’aide de claviers et des sons qui m’entourent. Je mets à plat toutes les idées qui se bousculent dans ma tête. A vrai dire, je ne crois pas que le processus créatif soit le plus important. L’essentiel est tout ce qui se situe en amont : les éléments que je pioche ci et là, de mes rencontres, des voyages que j’ai pu réaliser, des frustrations et les fantasmes également. Tous ces éléments sont les plus importants pour la création.

La musique de Talisco est franche, directe, immédiate et ne s’éparpille pas. Ton approche est plutôt instinctive ?

Oui, effectivement, ma musique est instinctive. Je refuse d’ailleurs qu’elle le soit autrement.

Paradoxalement les produits formatés sont aujourd’hui pourtant très présents. Quel regard portes-tu sur l’industrie musicale ?

Je me garde bien de poser un regard sur l’industrie musicale. C’est un domaine qui ne m’intéresse pas ! Ça reste du business. Et je n’ai pas l’intention de regarder comment les autres l’abordent, ni même de m’en inspirer. Je trace ma route, voilà tout.

La pub 4G de Bouygues Telecom s’est approprié en son temps « The Keys » et « Sun » a été choisi comme générique d’une série sur France2, ‘Un si grand soleil’. Finalement, le grand public connaît tes chansons sans forcément savoir qui s’y cache derrière. N’est-ce pas un peu frustrant ?

Pas du tout ! J’adore ça ! A vrai dire, c’est ma plus grande réussite. Je n’ai jamais travaillé pour que mon nom soit connu. Très sincèrement, je m’en fous complètement. D’ailleurs, mes idoles ne sont pas des gens notoires, mais des producteurs qui ne sont pas nécessairement des figures marquantes dans le domaine de la musique. Qu’elle soit écoutée et qu’elle me permette d’en vivre reste le plus important. Lorsque je me lève le matin, je compose. Lorsqu’une chanson paraît, peu importe qu’elle soit signée Jérôme Amandi ou Talisco. Vraiment, ce n’est pas essentiel.

Finalement, tu es comme l’artisan, fier de ton travail…

Oui, c’est exactement cela ! Grand bien me fasse de ne pas être connu, je n’ai pas à me soucier de mon image. Je n’ai pas envie de me lever tous les matins et de me préoccuper du temps qui passe sur mon physique, ma tête ou encore mes cheveux. Il n’y a que l’aspect musical qui m’intéresse.

De qui es-tu le plus fier ? De l’homme ou de l’artiste ?

Bonne question ! Je dirais de l’homme parce que je n’ai jamais dissocié l’homme de l’artiste ou encore l’aspect artistique de moi-même. Je n’ai jamais porté cette double casquette. Je suis simplement une personne qui fait de la musique avec acharnement et passion.

A t’entendre, tu sembles être quelqu’un de très humble et qui a les pieds bien sur terre, tout en sachant exactement dans quelle direction tu souhaites te diriger…

Je pense que sans les valeurs du travail, l’aspect artistique ne vaut strictement rien…

Je sais que tu n’aimes pas devoir expliquer ton son en termes de genre. Mais, comment te définis-tu en tant qu’homme et artiste ?

C’est difficile à dire. Je me considère simplement comme quelqu’un qui fait de la musique pour se faire du bien.

La musique impacte directement l’homme et l’artiste. Si je la conçois triste, elle va me remplir de tristesse et m’épuiser. Je la vis pleinement. A vrai dire, je me plais à composer des morceaux positifs, puissants et assez ouverts parce qu’ils me grandissent. Si je réalise un disque uniquement dans cette veine, ça me fait du bien fou et ça me porte.

Tu sais, Talisco n’est qu’un nom derrière lequel se cache une personne à part entière.

Tu possèdes des origines espagnoles. As-tu choisi ce nom de scène en fonction des consonnances latines ?

Effectivement. Un nom, c’est comme un tableau. Derrière, Talisco, il n’y pas d’histoire en soi. C’est un univers qui permet de m’évader.

Contrairement à certains artistes qui estiment devoir servir de porte-drapeau de causes nobles et justes ou encore évoquer une tranche de vie à travers leurs compositions, les thématiques de tes chansons misent plutôt sur le fantasme, la rêverie et la liberté. Est-ce une forme de modestie ?

Ce n’est pas mon tempérament tout simplement. J’admire ceux qui y parviennent à travers leurs chansons. Mais, c’est délicat en ce qui me concerne parce que je n’ai pas vraiment d’idées à faire passer, mais simplement l’énergie et les envolées de ma musique. Elle est là pour transporter, voyager et faire du bien. Je sais que certains de mes auditeurs sont gravement malades. Si mon travail peut leur apporter un peu de réconfort, pour moi, c’est gagné. Je ne suis pas assez calé pour traiter des thèmes lourds et graves comme l’écologie ou la politique. Et puis, ce sont des sujets qui, objectivement, ne m’intéressent pas.

Après plusieurs tournées intenses à travers le monde depuis 2014, tu sors un nouvel opus porté par un single en français « C’est ici », une première dans ta carrière. On le sait, l’anglais est plus musical et exportable. Ce choix traduit-il le besoin de se challenger ? Comment comptes-tu aborder ta carrière, à l’avenir.

Franchement, j’ignore si je vais renouveler l’expérience. A la base, il s’agissait d’un ‘one shot’. Lorsque je compose, je n’ai aucune idée de la direction vers laquelle je vais aller. Le français était une manière de me surprendre. J’ai réalisé quatre disques et j’ai toujours parlé de la même chose. J’adore cela et je ne m’en lasse pas. Je vis pleinement les bons moments et peu importe l’environnement ou la couleur. Toutes mes chansons parlent d’évasion et le français reste une très belle expérience quoiqu’il en soit.

En formule ‘live’, des musiciens t’accompagnent. Mais Talisco est d’abord et avant tout un projet personnel ?

Tu sais, jouer seul serait chiant. Le concept ne m’intéresse pas du tout. Je préfère de loin partager un bon moment entre potes et vivre quelque chose de merveilleux.

Si certains artistes conçoivent leur disque de manière plus ou moins orientée pour le ‘live’, chez Talisco, on prend un plaisir partagé à écouter sa musique, aussi bien assis confortablement dans son salon que lors d’un concert. Quelle est la formule dans laquelle te sens-tu le plus à l’aise ?

Il m’arrive d’y penser. Parfois, je crée des sons qui possèdent un potentiel énorme en ‘live’, mais je ne compose pas dans cette optique. Parfois, je me demande s’il ne faudrait pas changer de fusil d’épaule, car certains de mes morceaux sont impossibles à reproduire en concert. Dommage, mais c’est bien la preuve que je ne pense pas uniquement en fonction du ‘live’.

Les sonorités de Talisco sont influencées par Ennio Morricone et la guitare, en particulier, parce qu’on y associe cette notion de liberté, mais aussi et surtout par la musique des années 80. Quels sont justement les artistes de cette décennie qui t’ont le plus influencé ?

J’y pensais, il n’y a pas très longtemps. J’en ai discuté avec ma mère. J’avais entre deux et dix ans durant cette décennie. Pourtant, mes parents m’achetaient déjà des disques. Je citerai A-ah ou Simple Minds. Mais plus généralement les groupes de cette génération. Les chansons étaient punchy et se distinguaient par de grandes mélodies et des envolées fantastiques. Ensuite, dans les années 90, j’ai surfé sur la vague du Rock. Je devais avoir 13-14 ans. Ecoute le premier album de A-ah, c’est juste grandiose. De même que Cock Robin ; comment ne pas tomber sous le charme ? Ces musiques te hissent vers le haut tout en exhalant un parfum de nostalgie. Lorsque je prends du recul sur ma musique, j’ai cette sensation.

On le sait moins, mais tu travailles aussi, en parallèle, sur d’autres projets, dont Old Caltone, référence à Dracula, avec Sébastien Thebault. Il s’agit d’une musique plutôt conceptuelle et élitiste puisqu’elle s’adresse à un public cible. Les multiplier te permet-il de prendre de la distance par rapport à Talisco, plus dense et populaire ?

C’est une soupape pour moi. C’est quelque chose de théâtral et je m’en amuse. Je suis très proche du projet Talisco, pas de celui-ci. Talisco est très instinctif alors que Old Caltone est nettement plus pensé. Il faut le considérer comme de la mise en scène. Il me permet de prendre du recul.

Les réseaux sociaux, s’ils appauvrissent la pensée, peuvent se révéler indispensables pour un artiste qui souhaite se faire connaître et partager. Quel est ton rapport face à ce média ?

Oui, évidemment, ils peuvent constituer un outil exceptionnel. Pour être tout à fait honnête, je suis plutôt mauvais élève, mais j’y travaille. Je suis plutôt passif, je n’utilise pas ces canaux de manière très saine. Pour schématiser, il y a deux types d’individus : ceux qui sont actifs et passent leur temps à faire des stories ou des montages et les autres, comme moi, qui ne font que regarder du contenu. Il m’arrive de regarder des conneries, du genre ‘un crocodile mange une vache’. Non seulement, le temps que j’y passe est perdu, mais ce passe-temps ramollit le cerveau.

Ta conception du bonheur est de trouver la paix intérieure. Artiste épanoui et la tête sur les épaules, Jérôme, dis-moi, l’as-tu enfin trouvée ?

Je l’ignore ! Nous y travaillons tous au quotidien, j’en suis convaincu ! Nous cherchons exactement les mêmes choses dans chacune de nos existences. Beaucoup pensent qu’avoir un bon travail, de l’argent ou encore de la reconnaissance sociale est synonyme de bonheur. Alors qu’au contraire, une personne peut être très heureuse et épanouie alors qu’elle ne possède rien. On rencontre souvent cette paix intérieure dans les pays pauvres. Dans notre société occidentale, nous ne fonctionnons qu’à travers le matérialisme et la position sociale. Personne ne nous a jamais inculqué le sens du bonheur. Si je n’ai pas trouvé la paix intérieure, je l’effleure parfois du bout des doigts. J’essaie en tout cas de maintenir le cap. C’est le travail de toute une vie.

Talisco. Nouvel album « Cinematic ». Sortie ce 29 septembre 2023.

En concert, le 16 novembre au Rideau Rouge  et le 17 nov à l'Atelier Rock de Huy.

SOROR

Un nouveau-né…

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L’interview de SOROR se déroule un peu avant la release party de son premier elpee, « New Born », le jeudi 21 septembre 2021, dans les loges du Botanique, en présence des quatre membres de la formation bruxelloise. SOROR, qui signifie sœur en latin, est né de la rencontre entre Sophie Chiaramonte et Alice Ably. La première, passionnée de rock, se charge de la basse. La seconde, chanteuse, bercée au trip-hop et r&b des années 90, vient d’avoir un bébé. A l’instar de Julie Rens et Sasha Vonk chez Juicy, elles sont devenues inséparables, voire fusionnelles.

SOROR, c’est un groupe ou un duo ?

Un peu les deux. Le groupe réunit Sophie a la basse, Alice au chant, Thibaut à la guitare et Théo à la batterie. Et puis c’est un duo, puisqu’il est né de la rencontre entre deux filles qui ont eu un véritable coup de cœur pour faire de la musique ensemble… c’est finalement devenu une histoire d’amitié et une petite entreprise.

Quelles sont vos influences ?

On aime mêler les genres même si la base est plutôt rock. Les influences oscillent de Cat Power à Radiohead en passant par Warpaint…

Qui a produit l’album et comment se sont déroulées les sessions ?

Il est auto-produit et a été enregistré à Bruxelles, au Zinnemann, sous la houlette de Dries Van Ende. On l’a réalisé tous ensemble et réarrangé sur place.

Quel est votre processus de création : idées, musique, paroles, refrains, etc. ?

Tout commence par un riff de basse, sur lequel on pose la voix. On a toujours les paroles, à disposition. Et sur cette base, on compose et réarrange le tout collectivement.

Comment définissez-vous votre son ?

Il est organique.

Et la voix d'Alice ?

Elle est cassée, fragile, mais peut aussi avoir du coffre… comme la chanteuse… (rires)

D’après ce que je peux lire, vos concerts sont très dynamiques. Ce sera une découverte, pour votre interlocuteur. Vous avez participé, il me semble, à une résidence, Que vous a procuré une coach vocale ?

De la discipline. Elle nous ouvre les yeux sur la manière de jouer ensemble, de mieux comprendre ce qu’on interprète et de le vivre pleinement...

Pourquoi avoir intitulé votre premier elpee, « New Born » ?

C’est notre premier bébé. Il se réfère à la naissance de notre musique mais aussi de l’enfant d’Alice qui a grandi dans son ventre avant d’entrer dans la vie… Les compos ont été composées pendant sa grossesse. Il donc devenu source de création et d’inspiration.

Quels sont les derniers disques que vous avez écoutés, dernièrement ?

Ceux de Phoenician Drive et de Puma Blue…

Etes-vois engagés dans des projets parallèles ? Si oui, lesquels ?

Pour trois d’entre nous, il s’agit de notre premier projet. Pour Théo, non. Théo Lanau est batteur, improvisateur et compositeur originaire du sud-ouest de la France. Il a découvert le jazz au collège de Marciac, puis étudié à l’école de batterie Agostini Toulouse et au sein des conservatoires de Paris, Budapest et Bruxelles. Il notamment milité chez Limite, Le Bal de Marie Galante, Amaury Faye Trio, Terpsichore, Mobilhome, Pétrole et Omega Impact, pour n’en citer que quelques-uns

Y a-t-il des formations ou artistes belges que vous appréciez tout particulièrement ?

Édouard Van Praet, ViCTORIA + Jean, Warhaus, dEUS…

Et sur le plan international ?

Radiohead !

Une tournée est-elle prévue, et notamment à l’étranger ?

Oui, en France et en Allemagne

Comment qualifieriez-vous votre style musical ?

De ‘dream rock’, même s’il n’existe pas encore. C’est un rock planant, tour à tour doux ou tranchant, à fois mélancolique et groovy…

The Murlocs

Quelle magnifique soirée !

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Issu de Melbourne, en Australie, The Murlocs est le side project d’Ambrose Kenny-Smith, mieux connu comme chanteur/guitariste/claviériste chez King Gizzard & The Lizard Wizard (NDR : non content d’être prolifique, le collectif se distingue par des tas de side-projects). Et le bassiste de cette formation, Cook Craig, participe également à cette aventure. Le patronyme s’inspirerait d’une créature mythique qui se passionne pour l'oracle. Mais les murlocs sont également des créatures de jeux vidéo…

Au sein de ce band, Ambrose se consacre à la guitare ainsi qu’à l’harmonica et Cook se cantonne à la basse. Le line up est complété par Cal Shortal à la sixcordes, Tim Karmouche aux synthés et Matt Blach aux drums. A son actif, 7 elpees, dont le dernier, « Calm Ya Farm », est paru en mai dernier. Une œuvre abordée sous un angle davantage country.

La dernière date de la tournée passe donc par l’Ancienne Belgique, transformée en ABBox, ce vendredi 22 septembre. Qui en accueillant 600 personnes, est sold out.

Le supporting act est confié à un autre groupe aussie, The Prize. The Prize a déjà assuré les premières parties de King Gizzard & The Lizard Wizard pour toute une série de concerts et maintenant il s’y colle pour The Murlocs. A son actif, un LP éponyme, paru en 2022, et un Ep 4 titres, « Side Of Town », sorti la même année. 

Outre deux guitaristes, un bassiste et un claviériste, le band implique une batteuse/chanteuse. Les musicos se présentent en ligne, mais c’est sur Nadine que tous les regards se focalisent. Elle possède une superbe voix, proche de Lzzy Hale, la chanteuse de Halestorm (qui se produira bientôt dans la même salle). Elle est parfois épaulée aux vocaux par les autres membres du band, et notamment par un des guitaristes. Son drumming est à la fois nerveux et puissant. Il semble même hérité du punk. Elle parvient à cumuler les deux fonctions, sans jamais perdre son souffle. Les mélodies sont entraînantes. Parfois on pense aux Chats ou aux Breeders. Et l’intensité électrique atteint son paroxysme, lorsque trois sixcordistes entrent en action.

Le combo n’en oublie pas son tout dernier single, « First Sight » et clôt sa prestation par un « Had It Made » particulièrement accrocheur. Une belle découverte.

Setlist : « Easy Way Out », « Don't Know You », « Don't Need 'Em », « Say You're Mine », « Down The Street », « Static Love Affair », « First Sight », « Wrong Side Of Town », « From The Night », « Had It Made »

Pendant que les musicos s’installent, les baffles crachent le « Moskow Diskow » de Telex. Une tenture plissée sert de décor en fond de scène. Elle changera de teinte en fonction du light show. Tel un gladiateur conquérant, Ambrose débarque le dernier.

Dès le départ, The Murlocs attaque pied au plancher. La musique oscille entre psyché/rock, country/rock et boogie. Un style plus homogène que celui de King Gizzard, qu’on pourrait qualifier d’hétérogène.

Mais on reconnaît immédiatement la voix particulièrement nasillarde d’Ambrose et les effets qui la triturent, vocodée ou distorsionnée. Les riffs de guitare sont acides. Le drumming est aussi redoutable que fulgurant et le clavier rogné, vintage, libère des sonorités davantage 'Booker T. esque' (Booker T. Jones) que 'Manzarekiens’ (Ray Manzarek, le légendaire claviériste des Doors). Sans oublier l’indispensable harmonica de Kenny-Smith sans qui le spectacle ne serait pas le même. Ambrose déclare d’emblée que le public bruxellois doit se montrer plus énergique que celui qui l’avait accueilli à Paris, la veille, au Trabendo. Et il n’en faut pas plus pour que le foule s’enflamme. Et comme il saute comme un kangourou, les spectateurs multiplient les pogos.  

Issus de « Rapscaillon », les trois premiers morceaux sont particulièrement énergiques. Avant d’attaquer « Common Sense Civilian », le leader déclare : ‘Suis-je déjà ennuyeux ?’ et embraie par ‘Je préfère être ennuyeux que d'être aussi ennuyeux qu'Ed Sheeran’. La foule apprécie cette subtile taquinerie, puisqu’elle se remet vite à danser. Néanmoins, on ne peut pas dire que le quintet soit loquace, se consacrant essentiellement à son répertoire qui va puiser dans presque toute sa discographie, dont quatre extraits du dernier long playing, « Calm Ya Farm », et sept de « Rapsacaillon », un opus plutôt autobiographique.

Hormis la ballade « Comfort Zone », dansante, la première heure de concert libère énormément de groove. Dès qu’Ambrose signale qu'il n'a plus besoin de son mellotron, utilisé pour « Loopholes », le set passe à la vitesse supérieure. Ainsi, un premier mosh pit éclate dès « Wickr Man », dans la fosse. L’ambiance est phénoménale, alimentée par une diaspora australienne bien représentée. C’est littéralement de la folie, dans le public. Un de ces moments que l’on vient chercher en concert et que l’on n’est pas près d’oublier. « Bobbing And Weaving » vient confirmer cet instant de grâce par une puissance et une communion extatique entre public et Ambrose, par rapport au précédent titre.

Après la pépite garage/punk « Bellarine Ballerina », le set s’achève par « Rolling On » qui vient finir d’épuiser un public qui se sera autant dépensé que les artistes sur les planches. Pas de rappel, mais le dernier single des Stones, « Angry », en guise d’outro préenregistrée. Une grosse claque après une belle découverte. Quelle magnifique soirée !

Setlist : Intro : « Moskow Diskow » (Telex song)

« Subsidiary », « Virgin Criminal », « Living Under A Rock », « What If ? », « Common Sense Civilian », « Withstand », « Russian Roulette », « Comfort Zone », « Queen Pinky », « Initiative », « Bowlegged Beautiful », « Loopholes », « Wickr Man », « Bobbing And Weaving », « Skyrocket », « Francesca », « Noble Soldier », « Reassurance », « Bellarine Ballerina », « Rolling On.

Outro : « Angry » - (The Rolling Stones song)

(Organisation : Ancienne Belgique)

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