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Chroniques

Williams Hayward

Cotton Bell

Écrit par

John Hayward Williams est un personnage discret, voire secret. Recueillir des infos à son sujet sur le net, est un exercice de style de longue haleine. En outre, la notoriété de ce songwriter n’est pas encore parvenue à traverser l’Atlantique. Sur son site perso, on apprend quand même qu’il est né dans le Wisconsin, au Nord-est des USA. On y lit également, qu’avant d’avoir l’opportunité d’enregistrer un album, Williams s’est longtemps produit dans les bars, pubs et clubs musicaux de sa région. Rien de tel pour forger son expérience, mais également sa personnalité. 

La musique de l’Américain est mystérieuse. A l’instar du personnage. Il pratique un folk-americana tout en sobriété et délicatesse, une expression sonore hantée par une instrumentation de circonstance : lap steel, violons, mandoline, etc. Pas de tape à l’oreille sur cet opus, simplement huit chansons sculptées dans de jolies mélodies, dont le charme est susceptible de rappeler, tour à tour, Nick Drake, Bob Dylan ou encore le contemporain Ryan Adams. Néanmoins, si l’ensemble tient la route, je crains fort que ce « Cotton Bell » ne fasse grand bruit hors de ses frontières. Maintenant, ce n’est probablement pas une des priorités de l’artiste. A mon humble avis, tout ce qui l’intéresse, c’est se faire plaisir, en jouant sa musique. Et le reste, il n’en a rien à cirer…

Ben Harper

Live from the Montreal International Jazz Festival (Cd + Dvd)

Écrit par

Tout semble enfin réussir pour ce jeune auteur/compositeur/guitariste californien. Et le succès est inévitablement au rendez-vous. Le style Harper est le fruit d’une savante fusion entre divers styles : rock, folk, blues, country et même funk et gospel. Son premier elpee, "Welcome to the cruel world", était déjà paru chez Virgin. Et apparemment, Ben semble fidèle à son label. A moins que ce ne soit l’inverse. Et pour cause, les disques de l’artiste se vendent plutôt bien…

Son premier backing band, c'était les Innocent Criminals. Ensemble, ils vont publier un elpee ‘live’, en 2001 : "Live from Mars". Puis un Dvd, également immortalisé en public : "Live at the Apollo". En 2005. Bénéficiant même du concours des stars du gospel, The Blind Boys of Alabama. Fin 2008, il met un terme à sa collaboration avec ces Innocent Criminals. Il fonde aussitôt Relentless7, dont l’esprit est beaucoup plus rock. La nouvelle formule concocte "White lies for dark times", un elpee studio qui paraît en 2009. Relentless7 réunit un trio et pas un septuor. Outre Ben, il implique le guitariste Jason Mozersky, le bassiste Jess Ingalls et le drummer Jordan Richardson.

Pour mettre en forme cette nouvelle œuvre, Harper a de nouveau fait appel à Danny Kalb. Le répertoire reprend presqu’intégralement le tracklisting de "White lies for dark times". Le concert s’ouvre par "Faster slower disappear come around". Nous sommes projetés plus de quarante années en arrière. On se croirait revenu à l’époque de The Cream. Le timbre vocal est proche de celui de Jack Bruce. Le son est dense et intense. L'attaque est franche. Les musicos n’ont pas besoin de rodage. Et dès qu’il en a l’opportunité, c'est-à-dire très rapidement, Mozersky se déchaîne. Il a la rage aux cordes et est constamment à l’offensive. Pourtant, ces jeunes hommes affichent un look ‘bcbg’ : cheveux coupés courts et tenue décontractée. Autre claque de cet elpee : "Number with no name". Ce titre ouvrait le long playing précédent. Harper est assis. Il tient sa guitare à l'horizontale. Il la martyrise à l’aide d’un slide bar qu'il fait glisser le long des cordes. Son delta blues rock est de haute facture. Jason prend le relais et s’éclate à son tour. Il nous entraîne au cœur d’un voyage psychédélique. L’intensité est à son paroxysme. Relentless7 nous a pris à la gorge et n'est pas prêt de relâcher son étreinte. "Shimmer & shine" est emporté par une dynamique carrément punk. Une sauvagerie qui renvoie presque les Stooges d'Iggy Pop chez les enfants de chœur. Quoique un rien plus mélodique, "Lay there & hate me" demeure aussi vivifiant. La voix soul, claire de Harper est splendide. Les guitares sont toujours susceptibles de rugir. A l’instar de "Why must you always dress in black", une compo qui semble issue des collines du Nord du Mississippi. Les cordes rappliquent au grand galop. Elles sont bientôt suivies par celles, plus épaisses, de la basse de Jess, qui mettent le nez à la fenêtre. Ben laisse hurler la slide. Le son est métallique comme ce n’est pas possible. Elle agonise, mais ne meurt jamais. Le "Red house" de Jimi Hendrix constitue la première reprise. Un blues lent très électrique, au sein duquel il inocule énormément de vibrations. Une leçon d'efficacité à la slide. Enfin un moment de répit ; une ballade apaisante intitulée "Another lonely day". Harper susurre ses mots. Tant de douceur est plutôt surprenant, après un tel début de set. Et embraie par le tendre "Skin thin", au cours duquel il s'accompagne à la guitare acoustique à douze cordes. Il chante encore une dernière ballade, "Fly one time". Passionnément. Une superbe compo qui marque le retour des guitares. Les deux gratteurs raniment la flamme sur "Keep it together". Les riffs sont denses et puissants, mais le tempo est lent, autorisant des périodes d’accalmie. Il est vrai que cette plage s’étale sur près de 12’. "Boots like these" lorgne vers le Led Zeppelin, mais la voix de Harper est radicalement différente de celle de Robert Plant. La deuxième reprise est consacrée à "Under pressure" du Queen de Freddy Mercury. Un titre sur lequel, Ben réalise une nouvelle performance vocale. Le concert s’achève par l’excellent "Up to you now". Nombreux et enthousiaste, le public sollicite un rappel. Pour gouverne, nous sommes le 12 août 2009. Dans le cadre de la trentième édition du Montreal Jazz Festival. Il aura droit d’abord à une ballade empreinte de délicatesse : "Faithfully remain". Puis à une longue version de "Serve your soul", un titre qui figurait sur "Both sides of the gun". Imprimé sur un mid tempo, ce blues rocker est le théâtre d’une nouvelle orgie de cordes ; Mozersky y brille de mille feux avant de laisser sa gratte émettre ses derniers cris. Cet excellent concert tient en haleine pendant plus d'une heure et demie.

Et le Dvd est la réplique du Cd. Il est cependant enrichi de deux bonus tracks : "Skin thin" et "Fly one time".

 

Edgar (animo)

Mangrove

Écrit par

Edgar (ANIMO) réunit quatre Bruxellois qui apprécient la musique alternative, en général. Ainsi, les musiciens aiment aussi bien Sonic Youth, Animal Collective que David Bowie et Mr Bungle. Le combo pratique un math rock (NDR : ou post rock, je vous laisse le choix) dans l’esprit de Taïfun, Casse Brique ou encore El Dinah. D’ailleurs, je pronostique leur signature prochaine chez le label liégeois Honest House. 

La formation compte quand même dix années d’existence. Et pourtant, « Mangrove » ne constitue que son deuxième elpee. Il fait suite à « Tendre Savane », paru il y a deux ans. Un disque découpé en six plages d’une durée moyenne de 4 minutes. Les rythmes sont trépidants. Les riffs de guitare spasmodiques. Les vocaux sont rares. Il y a bien quelques cris. Et puis un peu de chant sur « One Little Eye », en fin de parcours, sur fond de guitare acoustique (NDR : le meilleur titre de l’opus). Des interventions judicieuses de trompette également, concédées un peu dans l’esprit de We vs Death. Les mélodies ne se dévoilent pas à première écoute. Pas de longs crescendos, mais un tempo soutenu en permanence. Peu de contrastes donc. Dommage, car Edgar (ANIMO) possède suffisamment de talent pour concocter une œuvre d’une toute autre envergure. Mais cette carence en substance et en densité lui est préjudiciable. En espérant que son troisième essai soit à la hauteur. C’est tout le mal qu’on lui souhaite…

 

Eat Your Toys

On the Ledge

Écrit par

David, Vince et Benji ont formé Eat Your Toys en 2007. L’année suivante, ce trio rennais enregistre son premier essai. Un trois titres qui, dès sa sortie, entre immédiatement au sein du  CQFD (Ce qu’il fallait découvrir) des Inrocks. Deux ans plus tard, les Français publient leur premier Ep, «  On The Ledge ». Un pur bonheur !!!

Influencé par la scène indie-rock des années 90, le post-punk d’Eat Your Toys véhicule des accents manifestement noisy. La formation se réclame cependant autant de Sonic Youth que de Nirvana.

L’Ep s’ouvre par « Before The Coming Blast ». Un excellent titre caractérisé par des interventions aussi grinçantes qu’efficaces de guitares. Funky, le titre maître pioche parfois dans l’univers de LCD Soundsystem. Sandrine Maisonhaute, la chanteuse du groupe rennais It Isn’t Kane, vient poser sa voix sur « Flags for museum ». Le refrain de « Control » est imparable. La basse y est virevoltante. On croirait presque entendre dEUS période « Ideal Crash ». « Avalanche » conclut le disque. Un titre plus atmosphérique. Parfait pour conclure ce superbe Ep.

Vivace, efficace et bourré de feeling, cet Ep parvient, en cinq plages, à étaler toute la palette d’influences d’Eat Your Toys. Et elle est impressionnante. Sans jamais nuire à la cohérence de l’expression sonore. De quoi mettre l’eau à la bouche, en attendant la sortie d’un premier album…

 

Dyrathor

Sacred Walcraft Of Hel

Écrit par

Dans le genre ‘Je n’invente rien, mais je le fais bien’, Dyrathor n’a de leçons à recevoir de personne. Bravant les flots, l’équipage arrive tout droit d’Allemagne sur son Drakkar flambant neuf. Oui, d’accord, les Chevaliers teutoniques ne se déplacent généralement pas en Drakkar. Cependant, ce n’est pas parce que l’on vient du pays de Volkswagen qu’on ne peut pas conduire une Volvo. Et, ce n’est pas parce qu’on est Allemand qu’on ne peut pas jouer, avec brio, du bon vieux Viking/Pagan Métal.

Dyrathor a été formé 2006 par Jan Groenewold (Batterie), Manuel Erlemann (Guitare), Tobias Reeck (Basse), Jan-Joerg-Heynen (Claviers), Markus Gornik (Chant), Mirco Kortmann (Guitare) et Julian Koch (Violon). A l’époque, ces sept mercenaires n’étaient âgés que d’une quinzaine d’années à peine. Le premier pressage de la démo intitulée « Memories in Frost » est sortie en 2007. Elle sera épuisée en moins d’une semaine. Le second pressage (200 exemplaires) a, lui aussi, été écoulé dans des délais plutôt rapides.

« Sacred Walcraft Of Hel », le nouvel opus, a été enregistré fin 2009 aux ‘Gernhart Studios’ de SIegburg (Suidakra, Tankard, Destruction). Situation plutôt rare dans le milieu du métal extrême, ces jeunes guerriers germaniques semblent ne pas trop se prendre au sérieux (NDR : il suffit de voir leurs photos plutôt hilarantes sur la pochette). Si, côté look, l’humour semble de mise, la musique, elle est jouée avec tout le sérieux de musiciens professionnels. Les compositions, pour la plupart interprétées dans la langue de Goethe, sont rapides, guerrières et épiques. Parfois secondé par des vocaux clairs, le chant extrême évoque les vociférations du black métal. Un clavier et un violon utilisés à bon escient restituent des ambiances folks et épiques sans pour autant faire sombrer le combo dans la niaiserie gothico-symphonico-folklorique.

Bien que « Sacred Walcraft Of Hel » ne déborde pas d’imagination, la grande qualité des titres qui le compose devrait séduire les fans de Thyrfing, Månegarm, Ensiferum ou encore Wintersun.

Dr. Dog

Shame, Shame

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Depuis 2009, Dr. Dog a déserté les bureaux du label Beggars Banquet pour s’installer sous le toit de Anti-. Un changement sans grande conséquence sur les compositions de la formation qui, pour son sixième labeur, conserve la formule qui a fait son succès. « Shame, Shame » vogue, comme lors de ses précédents opus, au cœur d’une folk sixties, influencée par les inévitables Neil Young, Beach Boys et autres Beatles. Le quintet de Philadelphie met cependant les guitares davantage en avant (« Later », « Someday », …) et propose ici les morceaux les plus allègres de sa discographie. « Shame, Shame » n’est en rien révolutionnaire mais ne semble pas clamer le contraire non plus.

Dr. Dog propose en toute simplicité onze titres accessibles, à la fois folk et bluesy. De plus, les cinq gaillards se sont plutôt bien entourés. Du côté des guests, Jim James de My Morning Jacket (Yim Yames pour les intimes) se permet une petite incursion discrète derrière le micro sur le morceau-maître de la galette. Et Dan Auerbach (The Black Keys) prête sa plume sur l’entraînant « Shadow People ». « Shame, Shame » est, en somme, un disque qui porte bien mal son nom !

Department of Eagles

Archive 2003-2006

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On connaît surtout Daniel Rossen pour ses prouesses accomplies au sein des déjà classiques Grizzly Bear. Pourtant, depuis l’an 2000, et bien avant de se forger une notoriété chez les Ours Gris, il faisait déjà équipe en compagnie de Fred Niclaus pour le compte de Department of Eagles. Ce duo s’est formé à l’Université de New-York (NYU), alors que les deux compères vivaient en colloc’. C’est après avoir bidouillé et samplé dans leurs chambres, qu’ils sont parvenus à concocter leurs propres compos. Progressivement, ils sont ainsi parvenus à écrire un répertoire particulièrement conséquent, et en particulier toutes les chansons du magnifique elpee qui paraîtra en 2008, « In Ear Park », un disque devenu notoire pour sa pop grandiose et atmosphérique. Dans l’intervalle le tandem va graver quelques Eps et puis deux autres albums. Tout d’abord « The Whitey on the Moon », en 2003 (NDR : c’est le premier !), puis « The Cold Nose », en 2005 (NDR : c’est leur deuxième !) « Archive 2003-2006 » est bien sûr une compile. Elle permet de mieux comprendre l’évolution de leur processus d’écriture et en révèle les chaînons manquants. C’est après avoir publié leur premier opus que Daniel Rossen écrit les 5 actes de « Practice Room Sketch », tout simplement à l’aide d’un piano, dans sa chambre d’université. « Practice Room Sketch 1 » constitue d’ailleurs l’ébauche d’« Easier » de Grizzly Bear. C’est à partir de ce moment que les influences de SMiLE et de Van Dyke Parks vont davantage s’affirmer, et gommer les références hip hop des débuts, leur permettant d’embrasser alors une forme d’americana sombre et sophistiquée On peut déjà ressentir cette évolution à l’écoute des quelques esquisses proposées ici.

En 2006, lors des séances d’enregistrement, baptisées ‘Sessions de Janvier’, Daniel et Fred affinent leurs ambitions et utilisent du matériel pro qu’ils ne parviennent pas à maîtriser complètement. Ils se permettent des sessions de cordes. Il en résulte la magnifique composition « Golden Apple ». Mais ces ‘Sessions de Janvier’ constituent un échec retentissant, quoique nécessaire pour leur future évolution… A côté des restes de ces sessions douloureuses, figurent d’autres productions composées en compagnie de Chris Taylor (leur voisin à l’époque et actuel leader des Grizzly Bear…), comme ce « While We’re Young » qui rappelle les arrangements raffinés opérés tout au long d’« In Ear Park »

Très inégal mais passionnant de bout en bout, « Archive 2003-2006 » capte quelques moments clé de l’évolution de leur songwriting, des débuts confidentiels jusqu’à « In Ear Park »… une plongée intéressante dans l’univers naissant et dans le cerveau en ébullition des plus dignes héritiers pop de Brian Wilson ! Sans aucun doute à la hauteur des Grizzly Bear…

The Dead End Guys

Welcome The Darkness

Écrit par

La grande toile se transforme en désert aride lorsqu’il s’agit de dénicher des informations sur The Dead End Guys. Même en ratissant large, on arrive à peine à en extraire le nom de la ville d’origine du groupe : Ulm, dans le Baden-Württemberg en Allemagne. C’est peu, mais il faudra bien s’en contenter.

Pourtant, on aurait bien aimé en savoir un peu plus sur ces cinq déjantés au look de zombies sérial killers qui déversent une demi-heure de punk rock horrifique sur une galette digitale venimeuse intitulée « Welcome The Darkness…».

Fortement influencé par les Misfits de Glen Danzig, le quintet germanique délivre un punk rock mélodique destructif combiné à des lyrics inspirés de films d’épouvante. Cependant, contrairement à la plupart des groupes ‘Horrorpunk’, les Dead End Guys semblent avoir mis de côté l’humour noir inhérent au style pour se concentrer sur l’horreur pure.

Les riffs haineux suivent généralement un tempo speedé. Bien que manifestement punk, la guitare ne rechigne pas, de temps à autre, à jouer un petit solo quasi-métallique. La quatre-cordes, elle, mixée en avant, mène souvent le jeu. Les titres sont courts et dépassent rarement les deux minutes. Seule exception à cette règle, « Night Falls » qui clôture le CD dépasse les 3 minutes. Ce titre se démarque d’ailleurs aussi du reste de l’album en versant dans le rock gothique industriel et lourdingue.

Un bon disque au final, malgré l’absence d’humour.

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